‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 13 sur 101 · SSSS · texte numérisé non relu

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meot navigable. Quelque temps auparavant, Dom Henri avait obtenu du pape Martin V une donation perpétuelle, à la couronne de Portugal, de toutes les terres et îles qui seraient découvertes entre le cap Bojador et l'Inde, et, de plus, une indulgence plénière à tous ceux qui périraient dans les expéditions entreprises pour arracher ces vastes contrées aux païens et aux infidèles. C'était faire habilement coqspirer, pour le succès de son entreprise, deux puissants mobiles, l'intérêt et le sentiment religieux.

En 1441 , Dom Henri confia le soin de continuer les découvertes à Autam Gonçalves et à Nuno Tristam. Ce dernier s'avança jusqu'au cap Blanc, à 150 lieues environ du cap Bojador. Dans une seconde expédition, il découvrit l'île d'Arguin, quelques-unes des îles du cap Vert, et explora la rôte jusqu'à Sierra-Leone.

Des nègres et un peu de poussière d'x)r rapportés du Riodo-Ouro, hras de mer au fond duquel avait mouillé Gonçalves, excitèrent en Portugal l'avidité et l'orgueil national. Les Portugais avaient, dès lors, donné des preuves certaines de leurs progrès dans l'art de la navigation. Les imaginations s'exaltèrent; la renommée, en racontant à travers l'Europe et les découvertes faites et les grands bénéfices qu'on en retirait, poussa vers le Portugal une foule d'étrangers et surtout d'Italiens, qui passaient pour les marins les plus habiles et les plus expérimentés. Tous ceux qui se distinguaient par leurs connaissances en astronomie et en marine furent favorablement accueillis par le prince, qui sut employer à propos leurs talents et leur expérience. C'est ainsi qu'en 1444 il envoya Vicente de Lagos et Aluise da Cà-da-Mosto, gentilhomme vénitien, explorer les mers de

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l'Afrique. Ces navigateurs se dirigèrent sUt- \t dp Blëhc et la Ganïbie, où ils trouvèrent le Génois- Antonio de Nova, qui reconnaissëit ausîi la côte par les ofdtles d^ D6A Herili'. Cà-da-Mosto fil deux Voyages le long^ de cette côte;' d^aùtrës' navigateurs y furent *égarlemenlenvbyés, et, gTÔcé à'IcWr' concours, le digue prince eut là saftisftïrtiori et la gk/îre de créer pour sa patrie un vaste cortimerce et des colonies florissantes. Il mourut en 1463, à 'l'âge de sOiiratrte et dii atts, après avoif , par ses tentaliVes incessûTite^ et le coù^ëgé^ de ses serviteurs, étiiMi la probabilité, devenue, plus taM, littè certitude^ qu'on pouvait étendre vers le sud les limités de là navigation, et qu'il ne fallait c^ue de la pfersévérflUce pour' arriver ad but.

Toutefois, dans celte longue përio(îc de cifWfuaftté-déîii' ans; les travaux du prince n'avaient aftiené'qne la reconnaissance de 1,500 milles de côtes, aucun de ses serviteurs n'^ayant dépassé avaryt sa mort le 6* ou le 8* degré au delà de rëtfuateur. Maïs, dans cette longue et patiente conquête faite pas à pas sur des mers inconnues, qu'importent, pour la gloire dé Dom Henri, l'éteudneet la richesse des régions qu'elle embrassa? Son principal mérite est dans l'élan que ses hautes conceptions, sa constance et ^on courage surent donner à sa patrie dans une carrière au bout dé laquelle il y avait pour récompense un monde. Cette force d'impulsion fut telle, que, sans méconnaître la port que ses successeurs prirent à cette grande œuvre , on peut dire qu'elle entraînait encore Vasco da Gama lorsque la proue de ses navires sillonnait les flots de l'océan Indien, et que c'était elle encore qui enflait la voile de l'Iieureux navigateur en face des montagnes du royaume dé Calicut.

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Cependant la mort de Dom Henri suspendit les progrès des Portugais le long des côtes d'Afrique; mais cette suspension ne fut que momentanée. Depuis l'année 1453, des importations considérables avaient eu lieu d'Afrique en Portugal , et le mouvement ne se serait pas ralenti si la cour de Lisbonne n'avait été exclusivement occupée de ses querelles avec la cour de Castille. En 1469, un marchand nommé Fernando Gomes afferma du. roi Dom Alphonse le commerce de la Guinée, s' engageant, entre autres conditions, à reconnaître, pendant la durée du privilège qu'il obtenait, oOO lieues de côtes au midi : c'est ainsi que furent découvertes les îles Fernando-Pô, du Prince, de Saint- Thomas et d'Annobon. Il paraît certain, en outre, que, dans l'espace de diï-huit ans qui s'écoula entre la mort de Dom Henri et celle du roi Alphonse, de 1463 à 1481, les navigateurs portugais reconnurent toute la côte de Guinée, avec ses golfes, les baies de Bénin et de Biafra, les îles adjacentes, et s'avancèrent jusqu'à la frontière septentrionale du royaume de Congo. •

L'avènement de Jean II au trône de Portugal imprima aux voyages de découvertes une ardeur nouvelle. Convaincu, comme son glorieux oncle, des résultats importants qu'on devait attendre de ces voyages, et surtout de l'ouverture d'un passage par mer aux Indes, ce roi demanda au pape la confirmation des concessions déjà faites à son prédécesseur. Il obtint même d'Edouard IV, roi d'Angleterre, que ce prince renonçât à toute entreprise le long des côtes concédées, et en défendit la navigation à ses sujets.

En 1484, Diogo Cam s'avança au delà du cap Sainte-Catherine, et atteignit l'embouchure d'une rivière considéra-

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ble que les naturels appelaient ZaïrCt et qu'on a nommée depuis le Congo. i

Dans un second voyage, il essaya de reconnaître la côte située au delà de cette rivière ; mais nous ignorons jusqu'où il s'avança.

Encouragé par les succès obtenus, le roi Jean se prépara à faire une tentative définitive, et, pour en assurer la réussite, il résolut de chercher à pénétrer vers l'Inde, à la fois par la voie de terre et par la voie de mer. D'un côté, il chargea Pero da Covilham et AflFonso de Payva de se frayer un passage à travers les continents de l'Afrique et de l'Asie ; de l'autre, il fit équiper une flottille composée de deux caravelles et d'un petit bâtiment d'approvisionnement, et en donna le commandement à Bartholomeu^ias, gentilhomme de sa maison.

Celui-ci mit à la voile, pour la côte occidentale d'Afrique, à la fin du mois d'août i486. Arrivé à la Serra-Parda, à environ 2 degrés du tropique austral et à 120 lieues au delà du point le plus éloigné qui eut été reconnu par tous les précédents navigateurs, Dias, avec un courage digne de la grande entreprise qu'il tentait, se dirigea directement au sud par la pleine mer, et perdit bientôt la terre de vue. Jeté enfin à l'est par de violentes tempêtes, il vint ajtérir à une baie qu'il nomma Dos Vaqueiros ou des Vachers, à cause des nombreux troupeaux que les naturels gardaient sur le rivage. Il se trouvait alors à 40 lieues à l'est du cap qu'il cherchait, et qu'il avait doublé sans s'en apercevoir. Continuant sa route à l'est, il atteignit une île qu'il appela Santa-Cruz ; puis il arriva à la baie da Lagoa : sa flottille )»e comptait plus alors que deux bâtiments ; ses provisions

étaient épuisées , et la tempête avait précisément sépwé de lui le petit navire qui en portait d'autres; ses équipages, harassés de fatigue et manquant de vivres, se montraient ir-^ rites et demandaient à retourner dans leur pays. Bartholomeu Dias, ignorant qu'il avait déjà doublé le cap, engagea les mutins à continuer encore leur voyage 25 lieues plus loin. La côte inclinait alors directement à l'est': les Portugais, en la longeant, arrivèrent enfin à l'embouchure d'une rivière qu'ils nommèrent le Rio-do-Infante , aujourd'hui la grande rivière des Poissons. Là ils se décidèrent à arrêter leur mouvement de progression.

Mais quelle ne fut pas la joie de Dias et de ses compagnons lorsque, en revenant désappointés et mécontents, ils aperçurent ce promontoire qn'ih avaient si longtemps cherché en vain! Pour comble de bonheur, ils retrouvèrent là 16 petit bâtiment perdu, ce porteur de provisions dont l'absence leur avait été si préjudiciable.

Après avoir déterminé avec exactitude la position du cap, Bartholomeu Dias revint à Lisbonne au mois de décenabre 1487. Le fameux cap, qu'il avait nommé 0 cabo Tormentoso en souvenir des violentes tempêtes qu' il y avait essuyées, reçut du roi de Portugal celui de cap de Bonne- Espérance [o cabo de Boa-Esperança).

Dans cet intervalle, Covilham et Payva s'étaient mis en route au mois de mai 4487, avec l'intention de traverser l'Egypte. Us se joignkent à une caravane de marchands arabes de Fez et de Tremecem (4), qui fe^ conduisit à Ter, au pied du mont Sinaï, dans l'Arabie Pétrée, où ils recueil-

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lirent quelques^ informations précieusfKS concernant' le com^ merce de Calicut. ils se séparèrent ensuite au port d'Aden. Payva alla visiter l'Àbyssinie et Coviiham se rendit dans l'Inde. Après avoir visité Calicut, Cananor et Goa, il partit pour Sofala ^ aGn d'examiner par lui-même les célèbres raines d'or de ce pays, et il y recueillit les premiers renseignements précis que les Européens aient pu se procurer sur l'île de Madagascar. Il se préparait à revenir en Portugal quand il apprit, au Caire, la mort de, Payva, qui venait d'y être assassiné. Il se dirigea alors vers l'Abyssinie, où il reçut du roi de ce pays l'accueil le plus bienveillant. Les bonnes dispositions du monarque , ou plutôt les obstacles qu'il mit au retour de Coviiham, décidèrent celui ci à pas^e^ en Abyssin ie le reste de ses jours. Rodrigo de Lima, qui y lut envoyé en ambassade en 1525, y retrouva encore vivant le vieux voyageur^ après trente-trois ans de séjour dans sa patrie d'adoption.

Coviiham avait écrit souvent au roi de Portugal, son maître; il lui avait appris, entre autres choses, qu'il était possible d'aller aux Indes par mer, depuis le cap de Bonne- Espiérance, et il affirmait que les navigateurs indiens et arabes connaissaient parfaitement ce promontoire.

Dix ans après la découverte du cap de Bonne-Espérance, Emmanuel , le nouveau roi de Portugal , fit partir une flottille composée de trois vaisseaux montés par soixante hommes, sous le commandement de Vasco da Gama, gentiiliomme déjà célèbre par son courage, sa prudence et ses talents de marin. Vasco da Gama mit à la voile le 8 juillet 1497. Il se dirigea directement sur les îles du cap Vert , continua sa route au sud et vint mouiller dans la baie de

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Sainte-Hélène. En quittant cette baie» il atteignit en deux jours la pointe méridionale du continent africain. Là il eut à lutter avec les vents de sud-est , et ne triompha que par sa fermeté et son adresse du découragement et de la mutinerie de ses équipages. Enfin, naviguant à l'est, le long de la côte méridionale de l'Afrique , il vint jeter l'ancre dans la baie de Saint-Biaise, d'où, peu après, il arriva à la petite île de Santa-Cruz, où s'étaient arrêtées les découvertes de Dias. Gama, qui voulait trouver les contrées visitées par Covilham, suivit la côte, en ayant soin de ne pas la perdre de vue, et envoyant ou descendant à terre pour y prendre des renseignements. 11 continua ainsi de faire voile vers l'est et passa même devant le pays de Sofala, où il supposait que Covilham se trouvait peut-être en ce moment, sans rien apercevoir qui fût digne de son attention. Enfin, au commencement du mois de mars 1498 (le 4" mars, suivant Osorius; le 28 février, selon le Diario Portuguez^, il jeta l'ancre devant la ville de Mozambique.

L'accueil que Gama reçut dans cette ville fyt des meilleurs. Il est vrai qu'on prenait les Portugais pour des mahométans venus des côtes de Barbarie. La population de l'île sur laquelle s'élevait Mozambique était en majorité idolâtre ; mais elle comprenait aussi un certain nombre de négociants sarrasins. Les navires du pays étaient munis de boussoles (1) , de cartes marines et d'instruments pour observer les hauteurs du soleil. Gama apprit que Mozambique dépendait du sultan de Kiloua, et que celui-ci y avait un gouverneur désigné par lui : le gouverneur alors en fonction

(1) Ce fait a été nié par des commeatateurs modernes.

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se nommait Zacoëja. Kiloua, lui dit-on, était un des ports les plus célèbres de toute cette contrée ; ses navires avaient des communications fréquentes avec l'Arabie et l'Inde, d'où ils rapportaient beaucoup de marchandises. On lui parla aussi du pays de Sofala et de la grande quantité d'or qu'on en retirait. Gama demanda des pilotes pour le conduire en Calicut; le gouverneur s'empressa de lui en fournir deux.

Mais^les relations amicales qui s'étaient établies entre les Portugais et les habitants cessèrent quand ceui-ci découvrirent que les nouveaux venus étaient chrétiens. Cette découverte donna lieu, de la part des Arabes, à des tentatives hostiles qui forcèrent Gama de lever l'ancre.

Alors il se dirigea vers Kiloua ; mais les vents contraires ou la mauvaise foi de ses pilotes l'empêchèrent d'y aborder. Ceux-ci lui conseillèrent d'aller à Mombase, lui faisant accroire que la plus grande partie de la ville était habitée par des chrétiens , et qu'elle lui offrait le lieu le plus convenable pour faire reposer ses équipages et soigner ses malades. Celte ville , défendue alors par quelques fortifications munies d'artillerie, contenait aussi une garnison nombreuse. On y trouvait en abondance des fruits, des légumes et des grains, du gros et du petit bétail et de l'eau douce. L'air y était fort tempéré, les maisons y étaient bien bâties. Gama, séduit par le récit de ses pilotes, s'empressa d'aller y mouiller, désirant y faire rafraîchir ses hommes et s'y ravitaililer. Mais il ne tarda pas à acquérir la preuve que les misérables aux conseils desquels il se confiait le trahissaient : échappé, par un heureux hasard, aux embûches qu'ils lui avaient tendues, il repri^la mer et fit voile pour Melinde.

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Là, du moins, Gama n'ent à subir aucune déception. La viBe était «ous les ofdres d'un vieillard iioinmé ôoiageirage (4), qui, ne pouvant quitter son palais à cause de son igrand Age, envoya h horà du capitaine portngais son jeune fils, nommé Ali , avec qui Gaina eut une entrevue des iplos cordiales. Ces bomnes dispositions ne se déaientirent point durant tout le séjour que la flottilte §t à Melinde. Des pijotes eipérimentés furent donnés au navigateur étranger, et on lui fit prfflnettre d'y revenir lorsqu'il opérerait son retour en Europe, l'intention du cheikh ^taet d€nv4>yer une ambassade en PoirtixgaJl , pour faire, avec le roi Emmanuel , un traité d'amitié et d'alliatice. j

Le 2â avril , Gama partit de Melinde, En peu de jours , les Portugais passèrent l'équaleur, reviirent avec grande joie l«s constellations du nord, et, le 28 mai 1498, mouillèrent près de Calicut.

Ainsi se trouvait accompli le rêve conçu quatre-vingt-six ans auparavant par Dom Henri, et dont il avait lui-même, avec tant de persévérance et de courage, poursuivi la réalisation pendant un demi-siècle. i

Après un assez long séjour sur la côte de Calicut et une visite faite à Goa, la flotte portugaise reprit le large, traversa la mer d'Arabie et vint longer la côte orientale d'Afrique, du nord au sud. En passant, elle canonna la ville de Moguedchou, abattit une grande partie de ses maisons, et coula un grand nombre des bateaux qui s'y trouvaient ; puis

(I) Nous n'acceptons pas la responsabilité de Torthographe des noms trouvés dans les histoires portugaises ou espagnoles : quand nous avons pu la corriger avec certitude, nous l'avons fait; en tout autre cas, nous avons reproduit les noms tels qu'ils y étaient écrits.

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^ 3.*9 ^ elle Vji{H.mQniUç^ à M^linde, s'y ,raii»t«Âlfô^ prit à boi!(l l'ambâssade piicmii^, ^ Teia^it à la voile au bout de oiqq ^ow^, pressée de doubler le cap avant l'hiver, qui «'approchait, he 29 ayrll 4499, elle arriva à l'Ile 4e Zactf ibar. ^^oique malH)inét0nSj les habUaots accueillireiH bi^ les Por^gais ist leur lour^ireDt 4es vivres et 46S fruits w alHwdaAce. La Hotte passa /Ç^s^iUte le long du Mozambique, «lia faire 4e l'eau à SaintrBlaîse , doubla le c^, toucha i Terceire, «ù Vasco 4a Qs^ma eut la dou^u-r de vojr iQourir son frète VsajA, et arriva enfin, au mois de septembre de Tannée 1499, à Lisbonne, où elle (reçut le prix de ses travaux et de sw courage : les faijgues^ les maladies ai^^ient emporté dans sa laborieuse campagne les deux tiers de ses Sommes.

On ne peut suivra safls un immense intérêt cette magnf^que épopée , quj , des prewièrjes teolatives du priBce Dom Henri au voyiage heureux de Yasco da Gama, se déroule majestueusement , à travers mille péripéties , vers un but gigantesque, ayant un siècle pour durée, et pour théâtre cette vaste étendue de l'Océan qui baigne trois continents. Du jour où le merveilleux dénoûment est atteint, l'axe du mouvement commercial a changé ses pôles ; l'immense courant s'élance dans des voies nouvelles; la Méditerranée a cessé d'être le lien exclusif entre l'Orient et l'Occident, et l'Europe, traînée à la remorque des vaisseaux de Gama, va prendre possession de ce monde aux profondeurs infinies, dont le génie et l'audace lui ont ouvert les portes.

Désormais un va-et-vient continuel s'établira des rivages du Portugal aux meis indo-africaines. Dans ces communications incessantes, l'Afrique orientale n'aura, sans doute, qu'une part secondaire; mais elle deviendra le point de re-

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pos obligé entre l'Europe et l'Asie, le parvis du sanctuaire imJien, et la place qu'elle occupera dans l'histoire ne sera pas sans importance.

Le roi Emmanuel , heureux et fier de ce grand événement qui marquait son règne du sceau de la gloire, ne laissa pas aux brises de l'Océan le temps d'effacer le glorieux sillon tracé par la flotte de Gama : peu de mois après le retour du grand capitaine , il en fit équiper une nouvelle, montée par quinze cents soldats bien armés, et fournis d'artillerie et de munitions de guerre de toute espèce. Il en confia le commandement à un gentilhomme nommé Pedro Alvares Cabrai. Celui-ci mit à la voile le 8 mars 1500. Arrivé à l'île Saint-Jacques, une bourrasque sépara un navire de sa flotte et jeta celle-ci sur une côte inconnue, où elle atterrit le 24 avril. Cabrai donna à cette terre le nom de Sainte-Croix. C'était le Brésil. Il en partit le 5 mai. Le 28, une tempête fit sombrer, sous ses yeux, quatre de ses navires. Les sept navires restant avec leurs équipages, consternés de l'épouvantable événement dont ils venaient d'être les témoins oculaires, se remirent en route. Une seconde tempête les dispersa encore, et l'un d'eux fut entraîné par le vent jusqu'auprès du golfe Arabique. Il retourna en Portugal , n'ayant plus que six hommes de son équipage. Les six autres navires allèrent mouiller à Mozambique le 21 juillet. ■ ' ' ■

Les habitants de cette ville, se souvenant des mauvais procédés qu'ils avaient eus envers Gama et voyant venir des hommes de la même nation accompagnés de forces plus considérables, trouvèrent à propos de manifester une grande satisfaction de leur arrivée. La flotte put se remettre de ses

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fatigues ; elle fit de l'eau sans rencontrer aucun obstacle, et , après avoir pris un pilote, fnit à la voile pour Riloua.

Dans la crainte de manquer le but, Cabrai navigua en vue de la côte, et découvrit ainsi plusieurs îles habitées, toutes sous la domination du sultan de Kiloua. Il arriva devant celte ville le 26 juillet.

Riloua était une des plus anciennes cités de cette côte. Nous avons^donné au livre précédent (1) l'histoire de sa fondation et la série des souverains qui la gouvernèrent. Le sultan régnant alors était un Maure nommé Ibrahim, qui jouissait d'une grande autorité dans le pays. Il avait eu longtemps le gouvernement de la contrée de Sofala, et y avait acquis de grandes richesses et la puissance qu'elles donnent. Cabrai était muni de lettres et commissions délivrées, par Emmanuel, pour la conclusion d'un traité d'amitié et d'alliance avec le chef de Kiloiia. Dans une entrevue demandée à Ibrahim, et accordée sans difficultés, la nussive du roi de Portugal et ses propositioris furent accueillies avec faveur. Le représentant de celui-ci eut donc tout lieu d'être satisfait des dispositions qui lui furent montrées.

Mais les marchands arabes, que leurs intérêts rendaient plus clairvoyants que le sultan, commencèrent à le poursuivre de leurs supplications et à l'entourer de leurs intrigues. Ils lui dépeignirent les Portugais comme des hommes cruels et avides, et lui firent entendre que l'admission tie ces étrangers dans le pays aurait bientôt pour effet d'anéantir sa fortune et sa puissance : ils parvinrent enfin à mettre la défiance au cœur d'Ibrahim. Dès lors, celui-ci fit traîner

(1) Voyez ci-devant, page 177 et suivantes.

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en k>ngueur la conclusion du traité, et , pendant ce temps, de grands préparatifs de défense avaient lieu dans la ville. Cabrai fut instruit de tout ce qui se passait par un cheikh nommé Omar, frère du roi de Melinde, qui se trouvait alors à Kiloua ; mais, pour ne point retarder l'achèvement de sa mission, il remit sa vengeance à un autre moment, et fit voile vers Melinde.

La nouvelle de son arrivée y fut accueillie avec joie par le vieux cheikh, qui s'empressa d'envoyer à la flotte une abondante provision de tout ce que le pays produisait en vivres et en fruits. Cabrai ramenait avec lui l'ambassadeur qui avait suivi Gama, et qui était chargé par Emmanuel de riches présents destinés à son maître. Celui-ci les reçut avec une vive satisfaction. Il fit tout son possible pour retenir Cabrai pendant quelques jours : il aurait désiré trouver dans la présence de ses nouveaux amis une protection contre un de ses voisins, le cheikh de Mombase, dont la puissance l'emportait sur la sienne, et qui lui faisait payer cher, disait-il , l'amitié qui l'unissait aux Portugais. Dans la guerre survenue entre eux, depuis le passage de Gama, le cheikh de Melinde avait déjà perdu beaucoup d'hommes et d'argent. Mais Cabrai était pressé d'arriver dans l'Inde ; il prit donc congé de ce fidèle allié, laissant sur les lieux deux bannis, qui devaient tenter de pénétrer, par terre, en Abyssinie, pour y étudier les mœurs et les usages de cette nation, et prendre des informations sur le souverain de la contrée, qu'on savait être chrétien et auquel on donnait, en Europe, le nom de Prélre-Jean (i).

(1) Voici ce qu'on lit dans Joâo de Barros sur ce Prêtre-Jean :

« Au dire de certains écrivains orientaux, parmi les nations tartares

Le 7 août, Cabrai partit de Melinde pour la côte de l'Inde, sur laquelle il séjourna jusqu'en 4501, et revint en Portugal , où il arriva le dernier jour de juillet.

Avant l'arrivçe de Cabrai, Emmanuel avait, dans le courant de mars, envoyé dans l'Inde quatre riavires, sous le commandement de Juan de Nova, gentilhomme de Galice. Celui-ci avait touché à Mozambique, à Kiloua et à Melinde. Mais rien d'important ne signala ces différentes relâches. En allant, il avait découvert la petite île de la Conception, et au retour, il découvrit celle de Sainte-Hélène.

L'année suivante, 1502, le roi de Portugal envoya, pour la seconde fois, Vasco da Gama vers l'Inde, avec dix navires

( qui habitent la province du Calhav, pays qui correspond à la Scythie, ic au delà du mont Iraaô, de Ptolémée, il avait existé quelques princes « chrétiens nestorieus, des plus puissants de la contrée, que les Tarlares M païens de ce temps nommaient Uncha , et que leurs vassaux appelè- << rent Jean, du nom de Jonas, le prophète : ce nom se transmettait par « héritage. Les Occidentaux de l'Église romaine les appelaient Prétre- « Jean des Indes, parce qu'ils habitaient cette partie du monde. Ce sur- « nom de Prélre leur venait de ce qu'au temps où ces princes floris- « saient (suivant ce qu'écrit Antoine, archevêque de Florence), on por- « tait devant eux, eu guise de bannière, une croix en temps de paix, et « en temps de guerre deux, l'une d'or et l'autre de pierres d'un grand " prix. Cet étendard; en même temps qu'il était Icmblème de leur foi, « était aussi celui de leur noblesse et de leurs richesses, qui surpassaient « celles de tous les primes de la terre. Ils étaient si puissants, qu'ils « avaient pour vassaux soixante et douze rois. Sous le règne d'un de ces « princes du nom de David, les Tartares, auxquels il réclamait le tribut M qu'ils étaient dans l'habitude de lui payer, se révoltèrent à l'instiga- M tion dun de leurs capitaines, nommé Gingis. 11 s'ensuivit une guerre, « dans laquelle David perdit ses États et la vie. L'empire passa aux mains « de Gingis, qui, selon certains historiens, tenait à la famille royale par « les femqies. Pour se concilier l'amour du peuple, le nottvwu monarque u épousa la ûUe du roi détrôné, et, abaudonoaot le titfe qui apparte- « uait aux héritiers légitimes du trône, il prit celui de Vlar-Kan du Ca- « thay. Selon Marco-Polo, le sujet de la guerre suscitée par Gingis était

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bien armés. Une autre flotte de cinq navires fut aussi expédiée sous le commandement de Vicente Sodré. Cette dernière avait ordre de courir la mer de l'Inde et de faire vigoureusement la guerrjB aux Sarrasins qui trafiquaient dans ces contrées. Elle quitta Belem le 10 février. Elle fut suivie de près par une autre flotte de cinq navires, partie le 5^ avril, sous la conduite de don Estevam da Gama. Emmanuel, passionné pour les grandes choses , venait de former le projet de conquérir les contrées nouvellement découvertes, d'exterminer les ennemis des chrétiens, et d'implanter la religion du Christ aux Indes orientales.

Vasco da Gama, après avoir touché à Sofâla, vint mouiller à Mozambique. Le chef qui l'avait si mal reçu à son pre-

« le refus que le Prêtre-Jean avait fait à celui-ci de la main de sa fille, M Gingis étant déjà roi des Tartares.

« L'héritier légitime du Prêtre-Jean resta chef d'un État très-borné, u dans lequel il recueillit les restes de la population chrétienne nesto- « rienne. Comme il était cruellement persécuté par les usurpateurs de « son trône, le pape Innocent lY, à qui il avait adressé ses plaintes, en- M voya, en l'année 1246, à l'empereur tartare qui régnait alors, un cer- « tain nombre de moines dominicains, dont le chef s'appelait le frère « Anselme, pour le prier de ne pas tremper ses mains dans le sang chré-

« tien, et l'engager à embrasser la religion du Christ

u Bref, ce nom de Prélre-Jean, que les Européens avaient pris l'ha- « bitude de donner aux rois chrétiens de l'Inde, fut, après la chute de tt leur empire, transporté aui rois de l'Abyssinie, qui étaient aussi chré- « tiens. Des religieux qui s'étaient rendus dans ce pays, apprenant que « le souverain appartenait à la religion chrétienne et qu'il portait pour « insigne une croii à la main, le prirent pour le Prèlre-Jean des Indes, « si célèbre en Europe. Une circonstance singulière, c'est que le nom « de ce souverain abyssin avait une grande conformité de consdnnance « avec celui de Prêtre- Jean, Pre«fe-Jooo. Aussi, les bons religieux ie ti prenaienf-ils pour une dénomination donnée par les Européens. »

Voyez , pour le même sujet , le Voyage de Marco-Polo, édition de la Société géographique de Paris.

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mier voyage n'existait plus; son successeur accueillit bien les Portugais. Gama fit construire à Mozambique ane caravelle qu'il destinait à courir la côte; il l'adjoignit à la flotte et vint mouiller à Kiloua, où son frère ne tarda pas à le rejoindre avec sa division. La flotte comptait al(»rs dix-neuf navires. "^^

; ^ Ibrahim, éperdu à la vue de celte grande quantité de vaisseaux , accourut se jeter aux pieds du capitaine portugais. Celui-ci le retint d'abord prisonnier; mais Ibrahim, ayant imploré son pardon, fut relâché sous la condition de payer au roi de Portugal une certaine quantité d'or. Il laissa, en outre, pour otage, Mohhammed Anconij, personnage d'une grande autorité qui le secondait dans son gouvernement. Une fois libre, Ibrahim, en vrai Arabe qu'il était, refusa de payer la rançon promise. Il savait bien que Gama pourrait se venger sur Mohhammed; mais cela le touchait peu. C'était un homme ambitieux et méchant, qui, disait-on, avait tué traîtreusement son prédécesseur pour régner à sa place, et qui , depuis, tenait pour suspect tout homme sage et de quelque valeur. Mohhammed instruisit Gama des projets déloyaux d'Ibrahim, et paya de ses deniers la rançon convenue. Gama lui rendit la liberté, et se décida ensuite à partir pour Melinde. Mais le vent l'empêcha d'y aborder, et porta ses vaisseaux dans un golfe situé à io lieues plus loin, d'où il fit voile pour l'Inde. Près d'y arriver, il rencontra un grand navire appartenant au soudan d'Egypte, et chargé d'épices, de denrées précieuses et de passagers en destination pour la Mekke. Gama donna l'ordre de l'attaquer, et, après l'avoir pillé et avoir égorgé tous ceux qui le montaient, à l'exception d'une vingtaine ^

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d'enfants, il le coula. Dans ces temps de fanatisme, on avait une façon d'user de la victoire qui ne permettait point de demander miséricorde à ses ennemis au jour des représailles, et certes celles-ci ne devaient pas manquer d'avoir lieu. L'acte barbare de Gama n'était que le prélude de cette guerre d'extermination qu'allaient bientôt se faire, sur Tocéan Indien, les chrétiens et les enfants de Mahomet.

Cependant le roi Emmanuel , toujours préoccupé des intérêts de son naissant empire, envoyait flotte sur flotte dans la mer des Indes. Déjà les deux frères, Affonso et Francisco d'Albuquerque, ayant chacun trois navires sous leur commandement, étaient partis, en 1505, pour porter des secours aux Portugais et au roi de Cochim, qui , à cause de sa fidélité au Portugal, venait d'être attaqué par celui de Calicut. Dans la même année, une autre flotte partit aussi avec la mission d'aller croiser à l'entrée de la mer Rouge, et d'y arrêter les navires arabes qui naviguaient entre ce golfe et l'Inde. Cette mission fut confiée à Antonio de Saldanha, qui eut aussi trois navires placés sous ses ordres. L'un de ceux-ci , dont le capilaine était Diogo Fernandes Pereira , fut séparé des antres par une tempête et porté à Melinde. De là, en faisant route vers le golfe Arabique, Pereira découvrit Socotra, où il résolut de passer l'hiver. Quant à Antonio de Saldanha, l'ignorance de son pilote lui avait fait perdre sa route, et il avait abordé à l'île Saint-Thomas, sous Téquateur. A son départ de cette île, un coup de vent sépara de lui l'autre navire que commandait Rodrigo Lourenço Ravasco. Ce dernier, après avoir touché à Mozambique, vint mouiller à Kiloua , où il attendit Saldanha pendant vingt jours. Voyant qu'il tardait trop, Ravasco prit la route de Zan-

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zibar. Il rôda autour de cette île deui mois , durant lesquels il arrêta vingt navires charges de marchandises, qu'il ne voulut pas relâcher sans que ceux à qui ils appartenaient lui eussent payé rançon. Ces actes de brigandage irritèrent les habitants de Zanzibar et des autres îles, et rendirent les Portugais odieux à beaucoup de gens qui les aimaient auparavant. Aux représentations qui lui furent faites, Ravasco ne répondit que par des injures et des outrage?. Alors le cheikh de Zanzibar, poussé à bout, fit équiper quelques petits navires pour assaillir les Portugais; mais Ravasco s'empara de quatre de ces barques et mit les autres en fuite. Le fils du cheikh perdit la vie dans cette échauffourée. « Le battu paye ramende, » dit, à ce propos et fort judicieusement, le vénérable OSorius. En effet, le vaincu acheta la paix par la promesse de reconnaître^la suzeraineté du roi de Portugal , et de lui payer un tribut' annuel.

Zanzibar, visitée, pour la première fois, par Vasco da Gama, lors de son retour de l'Inde, en 1499, était une île peuplée de Cafres et de Maures. On y trouvait des bois épais, de bonnes aiguades et des bestiaux en abondance. Il s'y faisait un grand commei*ce d'écaillé, d'ambre, d'ivoire, de cire, de miel et de riz, et l'on y fabriquait beaucoup de cordflges en fil de coco, et de bonnes étoffes de soie et de coton. Cette île avait, en oulre, un bon port, et offrait ain^i une relâche commode et avantageuse.

Après avoir conclu le traité qui rangeait Zanzibar au nombre des dépendances du Portugal , Ravasco prit la route de Melinde.

Le cheikh de cette dernière ville et celui de Morabase se faisaient alors une guerre acharnée. Ravasco vint dans ce

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dernier port et y combattit deux navires de charge et trois autres barques, qu'il prit, ainsi que leurs équipages. Au nombre des prisonniers se trouvaient douze Maures qui comptaient parmi les plus riches et les plus notables de la ville de Braoua. Ils attendaient là un autre navire chargé de marchandises de grand prix : dans le but de sauver leurs richesses, ces honnêtes commerçants ne se contentèrent pas de payer rançon pour eux; ils firent encore hommage de leur ville, et promirent, par serment, que tous leurs compatriotes demeureraient à toujours les sujets du roi de Portugal. Ravasco leur imposa un tritut annuel d'une certaine quantité d'or.

Sur ces entrefaites, Saldanba vint mouiller, à Mombase, suivi par trois navires qu'il avait capturés. A la yue de cette flottille, le cheikh du pays craignit que les Portugais ne lui fissent un mauvais parti , et se hâta de conclure la paix avec Melinde. De là, Saldanha fit voile pour l'Inde, où les renforts devenaient de plus en plus nécessaires à ses compatriotes.

En efi'et, la puissance des Portugais ne s'établissait pas sur la côte de la Péninsule sans conteste ni sans obstacle. Maîtres depuis si longtemps du commerce de ces régions, les Arabes usaient de tous leurs moyens pour susciter des ennemis à leurs nouveaux concurrents et les chasser des marchés où, avant eux, ils régnaient sans partage. C'était à leur sollicitation que le roi de Calicut avait fait la guerre aux Portugais, d'abord si amicalement reçus par lui, et qu'en ce moment il poursuivait de ses hostilités son voisin, le souverain de Cochim, l'allié fidèle du roi de Portugal.

Mais la révolution opérée dans le mouvement commer-

ciai par l'arrivée des Portugais avait produit jJans les intérêts un bouleversement qui ne se bornait pas à atteindre les localités prochaines : il s'étendait, au contraire, à des pays lointains, et associait à la même ruine et aux mêmes colères de vastes régions et de puissants intéressés. C'est ce que va démontrer un coup d'œil jeté sur la direction des courants commerciaux au sein des mère de l'Inde, antérieurement à l'époque dont nous parlonsy

Les transactions (1) ne se bornaient pas alors à exploiter ce qu'on appelait l'Inde en deçà et eu delà du Gange ; elles s'étendaient jusqu'à la côte orientale de la Chine et comprenaient tout ce vaste archipel dont quelques îles sont grandes comme des continents, et qui va toucher à l'Océanie, découverte des temps modernes. Les Maures, les païens euxmêmes étaient, dans c^ contrées, les agents d'un trafic actif et incessant. Dès que le vent favorable venait à souffler, toutes les épices, les pierres et les tissus précieux, l'or et l'argent produits par les pays à l'est de cette presqu'île, que les anciens avaient nommée la Chersonèse d'or, le girofle des Moluques, la noix et le macis, le sandal de Timor, le camphre de Bornéo, les parfums, les aromates et tou's les richesses de la Chine, de Java , de Siam, etc., venaient s'amonceler à Malacca, le plus riche comptoir et la marché universel de l'Orient. C'est là que les habitants des pays situés à l'ouest de cette ville, jusqu'à la mer Rouge, allaient, sans avoir besoin de l'intermédiaire d'aucune monnaie, prendre ces marchandises en échange de celles qu'ils apportaient.

(l) Voyez les Décades de Joâo do Barros.

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En cheminant vers l'occident, ce commerce s'enrichissait encore de la cire de Pégu , des tissus et des perles du Bengale, des diamants de Norsinga, «le la cannelle de Ceylan, du piment et du gingembre, et autres épices de toute espèce de la côte du Malabar. C'était ce commerce, qui avait rendu opulentes et célèbres Calicut, sur la côte de Malabar; Cambaye, dans le golfe du même nom; Aden, aux approches du détroit de la mer Rouge; Hormouz, sur l'île de Gérun, à l'entrée du golfe Persique. A Hormouz venaient s'entasser les produits de la Turquie et de l'Europe destinés à s'échanger avec ceux de l'Orient. Arrivé à ce point central , le torrent se bifurquait. Une partie des marchandises s'écoulait à travers le golfe Persique jusqu'à Bassora , à l'embouchure de l'Euphrate, où elles étaient réparties sur les diverses caravanes qui se dirigeaient, tantôt vers l'Arménie, Trébisonde et la Tartarie, tantôt sur Alep, Damas, et jusqu'au port de Beyrouth, où venaient les prendre les Vénitiens, les Génois et Jes Catalans, qui étaient alors les maîtres de ce commerce.

L'autre partie côtoyait l'Arabie, faisait escale aux ports de la mer Rouge et arrivait à Suez ou à Tor. De là, les caravanes transportaient les denrées au Caire; celles-ci s'embarquaient ensuite sur le jNil et descendaient à Alexandrie, où les navires des nations européennes que nous avons citées plus haut venaient les chercher pour les distribuer dans toute la cbiétienté. ,

Quelle que fut la roule suivie, tout le commerce de 10rient^boulissait donc aux ports du sultan du Caire. Avant qu'ils fussent passés aux mains dps Ïurcs-Oltoraans , les États de ce prince s'étendaient depuis la limite orientale du

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royaume de Tunis , au cap nommé par les marins Ras-Assein, et par Ptolémée, le promontoire Borée, jusqu'au golfe de Larazze, où se trouvait la ville du même nom. Sur celte étendue de côte d'environ 360 lieues s'ouvraient plusieurs ports célèbres.

Du côté de l'intérieur, ces Etats atteignaient, sur le bord du Nil , le sud de la Thébaïde, nommée Saïd par les naturels, arrivaient à l'antique Ptolémaïs, aujourd'hui Hicina, cl étaient baignés par la mer Rouge. Au delà, ils entraient sur la terre d'Arabie, longeaient les possessions du cbérif de la Mekke, venaient, à travers le désert, toucher à Bir, sur l'Euphrale, et de là rejoignaient le golfe de Larazze. Dans ce vaste circuit étaient englobés une grande partie de l'Arabie Déserte, toute l'Arabie Pétrée, la Ji^dée, une bonne partie de la Syrie, et tout le Metser de Mesraïm, nom donné, par les Hébreux et les Arabes, à l'Egypte proprement dite.

Le Soudan du Caire était alors Kansou-Algouri; Sélim X régnait en Turquie; le chérif de la Mekke était Baracat, plus célèbre par son grand âge que par ses hauts faits; Aden avait pour chef Hhammed ; à Hormouz régnait Sîf-Eddin II, et à Gouzerate, enfin, Mahhmoud , 1" du nom.

Pour tous ces princes et pour toutes ces populations, In nouvelle puissance des Portugais, surgie depuis cinq ans à peine et devenue déjà maîtresse des mers de l'Inde, était à la fois une ruine et une honte, une honte surtout pour la ville sainte, dont elle venait enlever les pèlerins jusqu'aux portes de la mer Rouge; aussi le nom Portugais était-il partout abhorré, et chacun èvait la destruction de l'ennemi commun.

Les Arabes qui trafiquaient sur la côte de l'Inde, plus

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directement lésés, résolurent d'envoyer une ambassade au sultan du Caire. Us déterminèrent le zamorin à y joindre des présents. Le cheikh d'Aden envoya aussi un chérif (descendant de la famille de Mahomet), pensant que le caractère religieux de son ambassadeur donnerait plus de poids à sa supplique. On priait le sultan d'Interposer son pouvoir et d'arrêter le fléau qui s'était appesanti sur tous , et avait déjà fait couler abondamment le sang des enfants du prophète.

Mais le Soudan n'avait pas besoin du stimulant des plaintes et des colères étrangères. Il ne s'apercevaft que trop^ des pertes que subissait son trésor depuis que les Portugais avaient violemment détourné le commerce de son cours naturel. Cependant il crut devoir commencer par adresser des remontrances au pape; à cet effet, il lui fit porter une lettre par un religieux du couvent de Sainte-Catherine. Le pape envoya la lettre et l'ambassadeur au roi de Portugal ; mais ni l'un ni l'autre n'eurent dejuccès auprès de ce prince : prières et menaces vinrent se briser contre deux obstacles invincibles, son ambition de f oi et sa foi de chrétien. Voyant ses tentatives de conciliation avortées, le soudan se décida à recourir à la force des armes. Une ère de luttes sanglantes allait s'ouvrir dans les mers de l'Inde, pour les Portugais; mais ce devait être aussi pour eux une ère de victoires.

Au moment même où le pauvre moine du Sinaï , ambassadeur à la fois du vicaire de Jésus-Christ et du principal représentant de Mahomet, abordait à Lisbonne, le roi de Portugal venait de faire équiper une grande flotte et l'avait mise sous le commandement de Dom Francisco d'Almeïda, à

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qui il donnait le titre et le pouToir de vice-roi de l'Inde. La flotte, partie de Lisbonne le 25 mars i505, vint, au mois de juillet suivant, aborder à Kiloua.

Dès son arrivée dans ce port, Almeïda envoya complimenter le sultan Ibr^iim ; mais celui-ci , qui avait sur la conscience ses mauvais procédés envers les Portugais, s'enfuit de la ville pendant la nuit. Les soldats se rangèrent alors autour de Mohhammed-Anconij , personnage dont nous avons parlé plus haut , afin de résister aux tentatives des Portugais. Mais Almeïda, lassé d'attendre une réponse aux ouvertures qu'il avait faites, descendit dans la ville à la tête de cinq cents hommes. Mohhammed, ses soldats et toute la population avaient fui. Resté maître de Kiloua sans coup férir, Almeïda ordonna de construire immédiatement une forteresse ; puis il fit engager les habitants à rentrer dans leurs foyers, promettant que les biens et les personnes seraient saufs, et qu'il nommerait chef du pays Mohhammed, homme généralement estimé. Ces propositions furent parfaitement accueillies, et toute la population rentra dans la ville, ayant à sa tête Mohhammed, qui fut reconnu sultan au nom du roi de Portugal. Un tribut peu onéreux lui fut imposé, et il se déclara vassal d'Emmanuel.

Cependant Mohhammed n'était pas un ambitieux; il exposa à Almeïda que, si le sultan Alfudaïl, traîtreusement assassiné par Ibrahim, eût encore existé, il lui aurait remis le pouvoir qui lui appartenait; mais que ce sultan avait un fils qui ne devait pas être déshérité : il demandait, en conséquence, quoiqu'il eiàt lui-même un fils, que celui d'Alfudaïl fût désigné pour lui succéder. Un pareil désintéressement excita, comme de raison , l'étonnèment et l'admira-

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tion des Portugais. Almeïda accueillit la prière qui lui était faite, et envoya chercher le jeune prince, que les habitants reconnurent dès lors pour leur futur sultan.

Comme nous l'avons vu dans le livre précédent, Kiloua était la plus importante des villes de la côte. C'est elle qui avait peuplé d'Arabes une grande partie de la terre ferme voisine, quelques îles adjacentes et quelques port^ de l'île Saint-Laurent ( Madagascar). Sa position moyenne sur la côte, entre la cité de Moguedchou et le cap Corrientes, avait facilité son développement politique. Trouvant au sud et au nord l'espace nécessaire à l'extension de sa puissance, elle s'était rendue maîtresse de Mombase, des îles Pemba, Zanzibar, Mafiia, Comore, et de beaucoup d'autres localités où des établissements se fondèrent, grâce à son impulsion et à ses richesses. Mais déjà, avant l'arrivée des Portugais, elle s'était presque entièrement éclipsée par suite des divisions qui , plusieurs fois, éclatèrent à la mort de quelques-uns de ses souverains.

Almeïda, après avoir construit la forteresse à laquelle il donna le nom de Santiago, y laissa un gouverneur et- une garnison, et partit le 8 août pour Mombase, où il arriva le 15 avec onze navires et trois barques. Dès son arrivée, il fit sonder l'entrée du port pour s'assurer s'il était vrai , comme le disaient les pilotes, que ses vaisseaux pussent s'y engager. Il envoya ensuite proposer au roi de se soumettre. Ses offres ayant été repoussées, il attaqua la ville, la prit et la brûla.

Almeïda fit ensuite voile de là pour Melinde; mais, n'ayant pu y aborder, il se rendit aux Anjedives, où, conformément à ses instructions, une forteresse fut construite. A quelque temps de là, il reçut la nouvelle d'une tentative d'assassinat

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faite sur Mohhammed de Kiloua, à l'iostigation de l'ancien gouverneur Ibrahim. Mais l'assassin, arrêté, a?ait été puni, et , en ce qui concernait la côte orientale d'Afrique, le viceroi ne prit , pour le moment , d'autre mesure que d'envoyer plusieurs bâtiments y croiser.

Après qu'Almeïda eut quitté le Portugal , le roi Emmanuel , qui , par suite des relâches que les Portugais avaient faites à Sofala, avait eu de nombreux renseignements sur le commerce de l'or dans ce pays, s'était déterminé à prendre des mesures énergiques pour s'emparer de ce commerce. La construction d'une forteresse à Kiloua était un commencement d'exécution du plan conçu par le roi. Pour le compléter, ce prince venait de décider qu'il en serait élevé une autre à Sofala : à l'aide de ces deux forteresses et d'une forte croisière s'appuyant, du côté du nord, sur Melinde, dont le cheikh était dévoué, Emmanuel comptait dominer tout le mouvement commercial de la côte. En conséquence, il avait fait équiper une flotte de six navires, qu'il plaça sous le commandement de Pero da Khaya. A la même (•poque, deux autres navires, commandés par Cyde Barbudo et Pedro Quaresma, partaient avec l'ordre d'ajler découvrir toute la côte, du cap de Bonne-Espérance à Sofala. Des six navires conduits par da Nhaya, les trois plus gros devaient se rendre dans l'Inde; les trois autres étaient destinés à servir de stalionnaires et de croiseurs dans les eaux de l'Afrique. <'-eux-ci étaient commandés par Joâo de Queiros, Francisco da Nhaya, fils de Pero, et Manoël Fernandes. Ce dernier devait résider, comme facteur, dans la forteresse qu'on allait construire à Sofala, et que da Nhaya serait chargé de garder avec les officiers et les soldats nécessaires.

Arrivé devant Sofala, da Nhaya trouva le pays sous le commandement d'un vieillard aveugle âgé de soixante et dii ans, et nommé Youceuf. La ville n'était pas grande; elle avait une garde de soldats maures aux costumes bariolés , coiffés de turbans , nus jusqu'à la ceinture et portant au côté un cimeterre à poignée d'ivoire. Youceuf n'était là que gouverneur pour le sultan de Kiloua ; mais il s'intitulait sultan lui-même et refusait d'obéir à son suzerain, à cause des révoltes et des dissensions qui régnaient dans la métropole. Youceuf, ayant appris qu'Almeïda s'était emparé de Kiloua, craignit que, Sofala étant vassale de cette cité, le vice-roi ne vînt l'inquiéter et revendiquer ses droits de souveraineté. Cette crainte le détermina à faire un accueil amical à da Nhaya, espérant, par ce moyen, conjurer le péril qui le menaçait, et s'assurer, en outre, une protection contre son gendre Mengo-Musaf , homme influent et d'un grand renom, soupçonné de nourrir des projets ambitieux contraires aux droits héréditaires des fils de Youceuf. Dans de pareilles dispositions, ce dernier ne put qu'accorder sans peine au capitaine portugais la permission de bâtir un fort dans le pays. Da INhaya se mit à l'œuvre immédiatement, et y fut aidé môme par les gens de Sofala. Au bout de quelques mois, les travaux étant très-avancés, il envoya dans l'Inde les navires et les hommes qui ne lui étaient plus néceïsaires. Mais la bonne intelligence ne devait pas être de longue durée entre les nouveaux venus et leurs hôtes. Le gouverneur, influencé par quelques Maures qui lui firent un tableau lugubre des méfaits des Portugais et des maux qui lui étaient réservés, se laissa entraîner à conspirer leur perte. Ceux-ci , prévenus du complot par un Éthiopien du nom d'Acote, qui

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s'était déclaré leur ami depuis leur arrirée , se préparèrent à soutenir l'attaque. Elle eut lieu , et le résultat en fut désastreux pour le vieux cheikh. Après un comb^ acharné , ses gardes forent vaincus , et lui-même perdit la vie.

Voulant se concilier l'amitié des gens du pays, da Nhaya suspendit le carnage; puis, quand tout fut rentré dans l'ordre, pour récompenser Àcote, il le nomma gouverneur, au nom 4kl roi de Portugal, à l'autorité de qui le nouvel élu jura de rester soumis (1).

(t) Voici ce qu'on sarait du royaume de Sofala au temps de Barros : Ce territoire, dit l'auteur portugais dans ses Décades, fait partie d'une vaste contrée sur laquelle règne un prince nommé Bcnomolapa. Elle est entourée, en forme d'île, par les deux bras d'une rivière qui prend sa source dans le lac le plus considérable de toute l'Afrique, celui où les anciens géographes plaçaient la source du Nil , et d'où nall aussi le fleuve Zaïre, qui traverse le Congo. On sait, à présent, que, de ces trois rivières remarquables, celle qui s'enfonce le plus dans les terres est le Nil , que les Abyssins nomment Facuij, dans lequel se jettent deux autres grandi s rivières auxquelles Ptolémée donnait les noms d'Astabora et Astapus , et que les oatilrels appellent Tacazij et Abanhi. Celle-ci (dont le nom signifie père des eaux) vient d'un autre grand lac appelé Barcena (et par Ptolémée, Coloa), et contient dans son sein plusieurs Iles où s'élèvent quelques monastères de religieux. Quant au grand lac, il p«raît avoir plus de 100 lieues de long. La rivière de Sofala se divise eu Ûeux branchés : l'une va se jeter en deçà du cap Corricntes, dt a pris successivement le nom de rivière de la lagune (da Lagoa) et de rivière du Saint-Esprit; l'autre vient se jeter dans la mer, à 25 lieues au nord de Sofala. C'est le Couama, nommé, dans l'intérieur, Zambeze. Cette branche est beaucoup plus considérable que l'autre; elle est navigable à plus de 250 lieues ; elle reçoit six cours d'eau remarquables , qui portent les noms suivants : Panhamca, Louamjioua, Arrouya, Manjouo, Inadire et Roùenia^ Toutes arrosent la terre du Bénomotapa, et la plupart charrient de l'or.

Le delta enfermé entre ces deux bras de rivière, et qui forme le

royaume de Sofala, a plus de 750 lieues de circuit. Il ressemble au Zan-

guebar par l'aspect du pays, les animaux qui s'y trouvent, les hommes

qui l'habitent et les aliments dont ceux-ci se nourrissent. Tout ce ter-

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L'infortuné Youceuf avait eu tort de ne pas suivre plus longtemps ses premières inspirations. Il eût mieux fait, pour sa sûreté comme pour sa vengeance, de se confier plutôt au

ritoire est riant, fertile, boisé, arrosé de ruisseaux, couvert de bêtes fauTcs et de bétail, et très-peuplé. Il forme coutraste avec la terre qui «voisine le cap Corrieotes, et qui est nue, aride et balayée par des vents très-froids. Comme le delta de Sofala est très-peuplé, les éléphants s'en éloignent et se réfugient dans les solitudes du Zanguebar, où ils se promènent en grandes bandes comme des troupeaui. Les Cafres prétendent qu'il s'en tue de quatre à cinq mille par an, ce qui explique la grande quantité d'ivoire qui s'exporte de ce pays pour l'Inde.

Les mines d'or les plus voisines de Sofala sont celles qui portent le nom de Manica ; elles sont situées dans une vallée entourée d'un amphithéâtre de montagnes de 30 lieues de circuit. Les endroits qui recèlent l'or se reconnaissent à la sécheresse et à la nudité de la terre qui es recouvre. Tout ce territoire se nomme Malouca, et les peuples qui le fouillent pour en extraire le précieux métal sont les Bolongas. Quoique le pays soit situé entre l'équateur et le tropique du Capricorne, les montagnes sont couvertes d'une si grande quantité de neige, que ceux qui y séjournent pendant l'hiver meurent de froid; mais pendant l'été, l'air est, sur ces sommets, d'une pureté et d'une sérénité sans égales.

Dans toutes ces mines de Manica^ qui s'étendent à 50 lieues dans l'ouest, la terre est sèche, et, comme l'or y est en poudreries naturels y creusent des trous que les pluies de l'hiver remplissent, en y entraînant les parcelles d'or des terres environnantes. En général, personne ne creuse. à plus de 6 ou 7 palmes; à 20 palmes, on trouve le roc.

Les autres mines plus éloignées de Sofala sont distantes de 100 jusqu'à 200 lieues. On y trouve l'or en morceaux, soit enfermés en filons dans la pierre, soit dans les lits des torrents que l'hiver a formés et que l'été dessèche. Dans certains dormants des rivières, les naturels plongent et trouvent beaucoup d'or dans la vase qu'ils rapportent. Quelquefois ils se réunissent jusqu'à deux cents hommes, pour épuiser l'eau d'une mare et mettre à découvert la vase et l'or qu'elle renferme. Enfin la terre est si riche, que, si les habitants étaient cupides, ils se procureraient d'énormes quantités de ce métal; mais ils sont si paresseux et ont SI peu de besoins, qu'ils doivent être poussés par la faim pour se décider à creuser la terre.

Pour exciter leur convoitise, les Maures qui se rendent au milieu d'eux ont recours à la ruse ; ils les couvrent, eux et leurs femmes, d'éto£fes et

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climat meurlrierl^e cette c6te qu'à la puissance de ses armes. En effet, les Portugais ne tardèrent pas à se ressentir de l' insalubrité du pays ; les maladies vinrent les assaillir et firent

de bijoux, qai çxcitent leur joie, et, quand ils voient leur rarissemeat arrivé à son comble, ils leur abandonnent ces objets avec confiance, leur disant : • Allez chercher de l'or, et vous nous payerez au retour. » Par le crédit qu'ils leur imposent ainsi , ils les obligent k aller creaser la terre ; car telle est la bonne foi de ces pauvres gens, qu'ils ne manqaont jamais de remplir leurs engagements.

Il y a d'autres mines encore dans un district uonuné Taroa, qui porte aussi le nom de royaume de BouUma, et qui a pour seigneur un prince vas^l du Bénomolapa. Ces mines sont les plus anciennes que l'on connaisse dans le pays; elles sont toutes en pleine campagne. Au centre du terrain existe un édifice fort remarquable; c'est une forteresse garnie, en dedans et en dehors, de pierres fort bien taillées, d'une graudeni| merveilleuse et dont la surface a 25 palmes de largeur et un peu moins de hauteur. Elles ne paraissent pas être jointes par de la chaux. Sur la porte de ce monument est une inscription que certains Maures marchands et savants qui ont été sur les lieux n'ont pu lir«; ils n'ont même pu deviner à quelle écriture elle appartient. Autour de l'édifice, sur certaines élévations, il y en a d'autres construits de la même manière, avec un revêtement de pierres sans chaux, et au milieu desquels est une tour haute de pl^s de 12 brasses. Ces édifices portent, dans le pays, le nom de Symbaoè' (Zimboë), qui signifie pour eux une résidence royale. En effet, ils nomment ainsi tous les lieux où le Bénomolapa réside. Se* Ion eux, c'est parce que cet édifice avait une origine royale que toutes les autres demeures du roi prirent le même nom. Un homme de race noble est préposé à sa garde et porte le titre de symbacaijo, gardien du Symbaoë. Il y réside aussi toujours quelques-unes des feuuues du Bénomolapa.

Quand et par qui furent construits ces édifices? Comme les gens du pays n'ont pas d'écriture, le souvenir ne s'en est pas conservé parmi coi ; ils disent seulement que c'est l'ouvrage du diable, parce qua, compare à ce qu'ils savent et peuvent faire, il ne leur parait pas croyable que des hommes aient eu la puissance d'exécuter un pareil travail. Des Maures qui l'avaient vu, montrant à Vicente Pegado, capitaine de Sofala, la construction de la forteresse portugaise , avec ses fenêtres sculptées et ses arcades, affirmaient qu'il n'y avait pas de comparaison ii établir entre ce travail et celui du Symbaoë, tant ce dernier était net et parfait. Sa

bien des victimes : da Nhaya fut du nombre. Les sarvirants,

d'an commun accord, élirent à sa place Manoel Fernandes.

Sur ces entrefaites, une sédition éclata dans Kiloua. Moh-

distance de Sofala était d'environ 170 lieoes, à vol d'oiseau, à la hauteur do 20* ou du 21' degré, et, dans tout ce trajet, il n'existait aucun édifice analogue, ni ancien ni moderne : la population est, en effet, trèsbarbare, et les cases sont toutes eu bois.

On a fait naturellement beaucoup de conjectures sur Twigine et la destination de cette forteresse. Les Maures qui l'ont vue lui attribuent une grande antiquité; mais il n'existe, dans le pays, aucune tradition qui s'y rapporte , et d'ailleurs les caractères de Finscription leur sont complètement étrangers. Ils pensent que le but de sa construction a dû être d'assurer à ceux qui relevèrent la possession des mines, qui sont très-anciennes, mais desquelles on ne retire pas d'or depuis longtemps, à cause des guerres qui désolent le pays. (Barros pense que cette contrée doit être celle que Ptolémée désigne sous le nom d'Agyzimba. Ce nom offre^ en effet, une certaine analogie avec celui que porjte l'édifice en question.)

Les habitants de cette contrée sont noirs, à cheveux crépus; ils ont plus d'intelligence que ceux de la côte de Mozambique, de Kiloua et de Melinde. 11 en est beaucoup parmi eux qui sont anthropophages et qui saignent le bétail pour en boire le sang. Ceux du Bënomàtapa sont trèsbien disposés pour être convertis au christianisme. En effet, ils croient à un seul dieu , qu'ils appellent Mozimo, et n'adorent aucune idole , à l'opposé de tous les autres nègres, qui sont idolâtres et fétichistes. Le fétichisme est même, chez eux, en abomination, et ils le punissent de mort. Us ne sont pas moins sévères pour le vol et l'adultère, et, pour convaincre un homme de ce dernier crime, il suffit qu'il ait été vu sur la natte où une fenune était assise. Ce simple indice suffit aussi pour faire déclarer la femme sa complice.

Les honunes sont polygames; ils prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir. Mais la première conserve toujours la préséance, et les autres la servent. Ce sont ses fils qui sont héritiers des biens du père, constitués ainsi en une sorte de majorât. Un homme ne peut épouser une femme que lorsqu'elle est apte à concevoir , c'est-à-dire lorsqu'elle a donné la preuve de l'établissement de ses fonctions menstruelles; l'époque en est habituellement célébrée par de grandes fêtes.

Les vêtements en usage. sont faits d'étoffe de coton ; ils sont fabriqués dans le pays ou inàportés de l'Inde. Les femmes et les nobles y font entrer beaucoup de soie et des broderies d'or, et leurs vêtements sont quel-

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hammed venait de périr, altiré dans un guet-apens par le cheikh de Tirendiconde (1), parent d'Ibrahim. Le vice-roi Alme'ida , informé de cet événement en même temps qu'il apprenait la mort de Pedro da Nhaya, désigna Gonçalo Vaz de Goes pour aller, en Sofala , prendre le commandement du fort, et lui ordonna de toucher, en passant, à Kiloua, afin d'y apaiser les troubles et d'en châtier les auteurs.

Voici ce qui s'était passé dans cette ville.

Par suite des ordres du roi Emmanuel relatifs à la garde

quefois d'un prix très-élevé. Le Bénomotapa seul ne porte que des habits confectionnés dans le pays, pour éviter que des étrangers y fassent entrer quelque substance nuisible ou quelque maléfice. Ce titre de BénomoCapa a une signification qui correspond à celle d'empereur.

Les femmes sont l'objet d'une vénération particulière. Le fils du roi lui-même, s'il en rencontre une, lui cède le pas. Le Bénomotapa a plus de mille femmes, filles de grands du pays; mais la première, fût-elle la moins élevée en naissance, est maîtresse de toutes les autres, et son premier fils est héritier du trône. Quand vient le temps des semailles et des récoltes, la reine tient à honneur d'aller elle-même aui champs pour y surveiller les travaux et soigner ses intérêts agricoles.

Tels sont les principaux détails que Barros nous a transmis sur cette intéressante contrée.

Il est bien entendu que nous ne donnons sa description que pour c« qu'elle vaut; eb beaucoup de points, comme on l'a v|a, elle est incomplète ou erronée; mais, quelle qu'elle soit, elle n'en occupe pas moins ici la place qui lui appartient dans le développement historique des connaissances acquises , à diverses époques , sur les contrées^dont nous écrivons l'histoire. Au reste, notre relation se bornant à parlerides pays situés au nord du capDelgado, nous n'aurons à faire, du moins en détail, la description d'aucun des points appartenant encore au Portugal , ni des contrées qui leur sont limitrophes du côté de l'ouest. Ceui qui désireront avoir de plus amples et de plus véridiques renseignements sur les régions intérieures du Sofala et du Mozambique (d'ailleurs encore peu connues) les trouveront dans quelques ouvrages modernes, et surtout dans VAfrica orienlal de Sébastien-Xavier Botelho. {Memoria eslalitlica sobre os dominios portuguezes na Africa orienlal, Lisboa, 1835.)

(1) Ville et territoire situés non loin de Kiloua.

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des côtes , Pedro Ferreira , capitaine de Kiloua , avait affecté deux navires à ce service. Une des prises qu'ils firent était un bateau venant des îles d'Angoie, sur lequel se trouvait un fils du cheikh de Tirendiconde. Comme le père était en guerre avec les Portugais, à cause de sa parenté avec l'ancien sultan Ibrahfm, Ferreira retint en son pouvoir le fils prisonnier et toute sa suite. Mohhammed Anconij, homme nouveau et sans alliances, désirant s'attirer, par des prévenances, la bienveillance de ses voisins, racheta les prisonniers, et, après les avoir comblés de bons procédés et couverts de vêtements dont la richesse était en rapport avec leur rang , il les renvoya dans leurs foyers.

Le cheikh de Tirendiconde, paraissant vivement touché du témoignage d'amitié que lui donnait Mohhammed, adressa de grands rcmercîmenls à celui-ci , et lui fit dire que, sa haine contre les Portugais s'opposant à ce qu'il allât à Kiloua, il le priait de se rendre auprès de lui pour conférer de choses qui importaient à leur intérêt commun, lui montrant en perspective la possibilité de mariages entre leurs enfants, et lui promettant la restitution de l'or avancé pour la rançon de son fils. Mohhammed, par suite du grand désir qu'il avait de complaire à cet homme, et quoique le capitaine Pedro Ferreira cherchât à l'en détourner, alla avec quelques-uns de ses gens au rendez-vous qui lui était donné. Il venait de se livrer au sommeil , quand , pour prix de sa noble confiance et des services rendus, son hôte le fit assassiner, alléguant, comme justification, qu'il était beaucoup plus obligé par sa parenté avec Ibrahim , dont il venait de venger les affronts, qu'il ne l'était envers Mohhammed par les bienfaits dont celui-ci l'avait gratifiée

La nécessité de donner un successeur au malheureux sultan créa des dissensions dans Riloua , et divisa la ville en deux catops : d'un côté, les officiers de la foctorerie» avec quelques Maures, soutenaient Ali-Hhocen , fils du défunt, et présentaient à Tappui de sa candidature un écrit du viceroi , qui mentionnait les services rendus par Mohhammed au roi Emmanuel , en même temps que les trahisons et les méchancetés d'Ibrahim. D'un autre côté, le capitaine Pedro Ferreira, une partie des hommes influents du pays, et même

les Cafres de l'tle Songe, située à i lieue de Riloua, soutenaient qu'il n'était pas dans l'intérêt du roi Emmanuel

d'appeler à régner un homme d'une aussi basse extraction

que le fils de Mohhammed Anconij, et préféraient un cousin

d'Ibrahim nommé Micante (1). Les troubles inséparables

d'un tel débat avaient forcé un grand nombre d'habitants à

aller s'établir à Melinde, à Mombase et sur tout le littoral.

Mais l'événement que nous venons de racx)nter n'avait pas été la seule cause de perturbation. Un règlement du roi de Portugal défendait aux Maures de trafiquer en Sofala avec des objets de prix; et, par suite de contraventions à ces règlements, dont la cupidité de ses agents les portait même à exagérer la sévérité, les Portugais avaient fait de nombreuses prises. Toutes ces rigueurs ayant soulevé beaucoup de mécontentements, le pays se dépeuplait de plus en plus.

Gonçalo Yaz de Goes avait été instruit, avant son arrivée, de toutes ces circonstances ; désireux de rendre à Kiloua

(1) Micante était probablement le nom de ce fils d'Alfudaïl , que Mohhammed avait proposé et fait accepter, pour son successeur, au vice-roi Alîneida (voyez page 333). Mais Joâo de Barros ne s'explique pas à ce sujet.

son ancienne prospérité, et ayant pris conseil des personnes compétentes, il avait , en longeant la côte, envoyé proclamer, dans les villes de Melinde, Mombase et Kiloua, que tout marchand pourrait trafiquer avec les mêmes marchandises et de la même manière qu'au temps du sultan Ibrahim, sans encourir aucun dommage. A peine cette décision fut-elle connue, que les émigrés commencèrent à s'embarquer avec leurs femmes et leurs enfants ; de sorte qu'en arrivant à Kiloua, Vaz de Goes y entra accompagné d'une vingtaine de barques, chargées d'anciens habitant» qui apportaient avec eux une grande quantité de marchandises. On était alors au milieu du mois de décembre 4506. Sur la rade se trouvait un navire commandé par Lionel Coutinho, que la tempête avait séparé d'une flotte nouvellement arrivée de Portugal , sous le commandement de Tristam da Cunha.

Vaz de Goes s'occupa aussitôt de mettre un terme aux dissensions qui troublaient la ville, et dont le choix à faire du successeur de Mohhammed lui paraissait le motif le plus sérieux. Les deux prétendants étaient, nous l'avons dit, Micante et Ali-Hhocen. Celui-ci n'avait pas d'autres droits que les services rendus par son père. L'autre, soutenu par un fort parti, dans lequel comptaient les officiers portugais, avait pour lui sa naissance : il était du sang des sullans qui avaient fondé Kiloua et l'avaient gouvernée si longtemps. Vaz de Goes lui-même jugeait ces dernières raisons péremptoires , et il craignait de donner Keu à de nouveaux troubles, s'il accordait la préférence à un homme de basse extraction, eu égard aux seuls mérites de son père. Mais il fut bientôt convaincu que la principale cause du mécontentement et de l'agitation était réellement dans l'exécution trop sévère du règlement

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imposé par le roi de Portugal, et que l'élection d'un nouveau chef n'avait, pour les Maures, qu'un intérêt tout secondaire. En effet, la modification apportée au règlement suffit pour calmer rapidement les esprits, et il put bientôt désigner comme sultan Ali-Hhocen, sansflue la moindre réclamation se produisît.

Pour n'avoir plus à revenir sur les afifaires de Kiloua, que les Portugais cessèrent bientôt d'occuper militairement, disons tout de suite ce qui eut lieu postérieurement à cette élection. Après le départ de Vaz de Goes, Ali-Hhocen, fort de la faveur du chef portugais, résolut de faire la guerre au meurtrier de son père. Dans ce but, il envoya secrètement vers un chef de nègres nommé M ougna- M ongo (1), homme puissant par le nombre de ses sujets, pour lui proposer de se porter, par terre, sur Tirendiconde, pendant qu'il irait lui-même, par mer, surprendre cette ville, et la mettre à feu et à sang. De grands présents décidèrent le chef nègre. L'attaque eut lieu, et la cité, prise d'assaut, fut livrée à la destruction. Le meurtrier de Mohhammed parvint néanmoins à s'échapper; mais la plus grande partie de la population sauvée du carnage fut emmenée prisonnière par les Cafres.

Ce triomphe exalta l'orgueil de Hhocen. Il gaspilla les trésors que son père lui avait laissés et que les nécessités de sa fatale expédition avaient considérablement diminués. Sa correspondance avec ses voisins devint blessante; il écrivit aux cheikhs de Melinde, de Zanzibar et de toute la côte, en homme qui s'estimait bien au-dessus d'eux. La vanité de

(1) C'est san$ doute Moigai Monge : Moigui est uq mot soualiheli qui équivaut au mot monsieur, le sieur. Les Portugais en ont fait, par erreur, un nom ou une partie de nom d'bomme.

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ceux-ci en fut blessée, et ils devinrent ses ennemis. Ils lui reprochèrent la mort d'un grand nombre de leurs sujets, qui , se trouvant à Kiloua pour leur commerce, avaient été, soit par supplication, soit par force, entraînés dans l'expédition contre Tirendiconde. Ils ne lui pardonnaient pas surtout le sort funeste de tant de vrais croyants emmenés en esclavage par les Cafres. La haine, l'envie et les passions politiques liguèrent ces cheikhs avec les anciens partisans du rival de Hhoeen, et tous écrivirent au vice-roi que, s'il tenait à maintenir la tranquillité, dans le pays et à ne pas dépeupler Kiloua, il devait enlever. le gouvernement à Hhoeen pour le donner à Ibrahim, ou, en cas de refus de ce dernier, à son cousin Mirante. Le vice-roi, ému de toutes ces plaintes, acquiesça à la demande qui lui était faite; il en écrivit à Pedro Ferreira, et Hhoeen fut déposé. Ibrahim, qui se méfiait des Portugais, ayant refusé de lui succéder, Micante fut nommé sultan. Hhoeen, ne se sentant pas en sûreté à

Kiloua, où, pensait-il , ses ennemis chercheraient à le faire périr, demanda à Pedro Ferreira de l'envoyer à Mombase. Peu de temps après, il y termina ses jours plus misérablement qu'un homme du peuple.

Micante ne tarda pas à faire regretter son prédécesseur. Il avait d'abord gouverné avec sagesse; mais bientôt il s'abandonna à l'ivrognerie, et, par les excès auxquels ce vice le conduisit, il se rendit odieux aux Portugais, et surtout aux indigènes, dont il enlevait les femmes, et qu'il livrait à lo mort, sous prétexte qu'ils voulaient attenter à ses jours. Il était devenu, en un mot, un véritable fléau pour le pays.

Sur ces entrefaites, Pedro Ferreira fut remplacé dans sa capitainerie par Francisco Pereira Peslana. Malgré la mé-

fiance qui s'établit, à son arrivée, entre lui et Micante, le nouveau capitaine eut la faiblesse de se laisser entraîner à prendre une part active aux querelles extérieures du sultan de Kiloua. En effet, Micante sachant que l'exilé Ibrahim le voyait avec envie maître du gouvernement , et craignant ses entreprises, lui avait déclaré la guerre. Plusieurs rencontres eurent lieu, et l'assistance des Portugais y fut trèsutile au sultan. Dans une des attaques faites contre la ville, par ses adversaires aidés d'un graffd nombre de Cafres, Francisco Pereira tua beaucoup de monde à l'ennemi et fit prisonnier un neveu d'Ibrahim, nommé Mougno (1) Came. Cet état de guerre avait, d'ailleurs, un résultat heureux : au milieu de ses travaux belliqueux et des soins de la défense, Micante, qui combattait vaillamment, se livrait moins à ses vices. En outre, par haine de son cousin, il restait fidèle aux Portugais, et, à cause de sa fidélité, Francisco Pereira supportait moins impatiemment les écarts auxquels son allié se livrait encore. Mais le sang portugais avait coulé; dans la lutte, et la forteresse s'était trouvée exposée à de grands dangers, car, à cette époque, elle n'était défendue que par quarante hommes en état de prendre les armes, tous les autres étant malades. Aussi , quand le roi Emmanuel eut connaissance de tout ce qui se passait à Kiloua, il adressa au viceroi l'ordre de faire raser la forteresse et d'envoyer Francisco Pereira à Socotra, dont les Portugais venaient de s'emparer. L'abandon de la forteresse de Kiloua avait d'autant moins d'inconvénients que, deux ans après son érection, il venait d'en être construit une autre sur l'île Mozambique, opérait) Nous croyons qu'ici encore c'est Moigni qu'il faut dire.

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tion dont avait été chargé Gomes d'Abreu, quand ii fut expédié de Lisbonne pour l'Inde, en 1507.

A la réception de l'ordre d'Emmanuel, transmis par le vice-roi , Francisco Pereira avait pris la résolution de déposer Micante avant de partir, et de le remplacer par [brahim ; il expédia donc plusieurs messages à celui-ci. Mais Ibrahim ne crut pas à la bonne foi de Pereira, et, craignant qu'un stratagème n'eût été ourdi entre le capitaine et Micante dans le but dé s'emparer de sa personne, il fit répondre que son neveu, Mougno Came, étant retenu prisonnier, il ne pouvait considérer l'offre de Pereira comme sérieuse. Celui-ci , qui était déjà embarqué et sur son départ, fit mettre à l'instant son captif en liberté. Peu de temps après, Ibrahim vint prendre possession de Kiloua pendant que, d'un autre côté, Micante s'enfuyait. Celui-ci, persécuté par son cousin, se réfugia dans l'une des îles Quirimba, où il acheva ses jours aussi malheureusement que l'avait fait son prédécesseur.

Ibrahim régna désormais en paix, et remit le pays dans un état meilleur que celui où il était avant la conquête portugaise; ses malheurs lui avaient peut-être enseigné à bien gouverner. Jusqu'à sa mort, il recommanda à ses fils de rester fidèles au roi Emmanuel.

Tels furent les événements arrivés à Kiloua après la nomination du sultan Ali-Hhocen par Vaz de Goes ; celui-ci , après avoir mis ordre aux affaires de cette ville, s'était rendu à Sofala, afin d'exécuter la seconde partie de la mission qui lui avait été donnée par le vice-roi Dom Francisco d' Almeïda. En passant à Mozambique, il y avait trouvé quatre navires faisant partie de la flotte de Tristam da Cunha, dont nous avons déjà signalé l'arrivée.

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Disons maintenant par suite de quels événements cette flotte se trouvait sur la côte.

Le désirde fortifier et d'étendre sa puissance dans l'Inde et d'y propager la foi catholique ne faisait que s'accroître dans le cœur d'Emmanuel. Ce monarque voulait porter des coups de plus en plus terribles aux infidèles, ruiner leur commerce et les chasser de ces mers. Les obstacles même qui interrompaient de temps en temps le cours des victoires du vice- roi ne servaient qu'à redoubler l'énergie du prince et son opiniâtreté. Chaque année, des flottes nouvelles et plus nombreuses quittaient le Portugal pour aller remplacer les navires engloutis par la tempête ou ceux qui revenaient de rinde chargés de richesses. Il fallait aussi satisfaire aux exigences toujours croissantes d'une conquête qui, en s'agrandissant, faisait surgir, à chaque pas des vainqueurs, des ennemis nouveaux.

Parmi ces ennemis brillait au premier rang le Soudan du Caire : il avait à se dédommager de l'insuccès de sa campagne diplomatique et se préparait à combattre; mais, pour cela, il avait besoin d'une flotte dans la mer Rouge, et les moyens de construction manquaient totalement de ce côlé. Venise, qui voyait sa gloire éclipsée et son commerce en décadence, la jalouse Venise, oflFrit de lever celte difficulté; les haines communes rapprochent les adversaires les plus acharnés. La reine à demi découronnée de l'Adriatique envoya à Alexandrie les bois et les autres matériaux nécessaires, qui , conduits au Caire par le Nil, puis portés à Suez à dos de chameaux, servirent à construire quatre grands vaisseaux, un galion, deux galères et trois galioles. Nous retrouverons plus tard, dans les mers de l'Inde, cette flotte,

espoir de tant de rancunes et source de tant d'illusions.

La cour de Portugal, prévoyant le péril qui la menaçait, avait , dès l'année précédente, résolu de fermer la mer Rouge , en établissant une forte croisière dans le golfe d'Âden et en s' emparant de Socotra, qui, par sa situation à l'entrée du golfe, semblait devoir faciliter l'exécution de ce plan. Une autre raison, d'ailleurs, militait en faveur de cette conquête : Tile passait pour renfermer tine population chrétienne soumise aui Arabes, et le pieux Emmanuel tenait à ce que ses capitaines délivrassent celle-ci du joug des infidèles.

En conséquence, le 6 mars 1506, une armée navale, forte de quatorze voiles, quitta le Tage. Affonso d'Albuquerque, qui allait préluder à sa gloire future, commandait quatre de ces navires, d^tinés à courir la côte d'Arabie; tous étaient placés sous le commandement supérieur de Tristam da Cunha.

La flotte, partie de Lisbonne, où la peste venait de se déclarer, perdit d'abord quelques hommes atteints par le fléau; mais celui-ci disparut heureusement quand elle doubla la ligne équinoxiale. Au cap de Bonne-Espérance, le mauvais temps dispersa les navires. Da Cunha, avecceui qui lui restaient, s'éleva si haut dans le sud, que le froid lui tua plusieurs matelots; enGn, au mois de décembre, il arriva à Mozambique, où il se proposait de séjourner jusqu'à la fin de la mçusson de nord-est, quand Vaz de Goez l'y rencontra.

Les autres navires de la flotte avaient été entraînés vers des points divers ; et , tandis que leur chef atteignait Mozambique, Afl'onso Lopes da Costa relâchait à Sofala ; Lionel

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Coutiobo, à Kiloua; Àlvares Telles était emporté jusqu'au cap Guardafui , d'où, après avoir pillé quelques bateaux arabes, il se rendit i Socotra. Enfin, Rodrigo Pereira Coutinho trouvait un refuge contre la tempête dans un port de l'ile Saint- Laurent (Madagascar). Cette dernière relâche fut l'occasion d'un voyage de Tristam da Cunha en cette ile/Dans l'espoir de l'y attirer, Rodrigo Pereira Coutinho, ravi de la beauté du pays, retint à bord de son bâtiment , à l'aide de présents, deux habitants de l'île qu'il emmena à Mozambique.

Da Cunha, voyant que la saison n'était pas encore propice pour faire route vers Socotra, céda aux instances de Coutinho, et se rendit avec lui à l'île Saint* Laurent. Il y aborda dans une baie qui fut, plus tard, appelée baie de la Concepiioriy mais que son fils nomma alors baie dona Maria da Cunha\ du nom d'une jeune dame qu'il aimait. Après avoir couru quelque temps la côte, sur laquelle se perdit le navire de Ruy Pereira, il rentra à Mozambique, et y retrouva Âffonso d'Albuquerque. Il en partit bientôt , et , après avqir touché à Riloua pour faire rallier ceux des vaisseaux de la flotte qui s'y étaient réfugiés, il se rendit à Me- Unde.

Le cheikh accueillit les Portugais avec la cordialité qui lui était habituelle, n oubliant pas, toutefois, d'ajouter aux démonstrations amicales les doléances ordinaires sur les mauvais traitements que ses voisins lui faisaient endurer pour sa fidélité au roi de Portugal.

Notons, en passant, que le vieil Arabe ne disait pas complètement la vérité sur l'origine des vexations exercées contre lui par les cheikhs de Mombase , d'Oja et autres lieux ; il est constant que ses différends avec eux remon-

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talent à une époque bien antérieure à la conquête portugaise. Elle avait sa source dans les rivalités qui, de tout temps, avaient existé entre tous ces petits chefs arabes, A mesure qu'ils établissaient leur influence sur les indigènes et qu'ils acquéraient du pouvoir, non contents du litre de cheikh, ils se paraient pompeusement de celui de sultan, et se disputaient la souveraineté de certains points de la côte. Cependant les chefs de Kiloua et de Zanzibar avaient seuls, sérieusement et du consentement unanime, porté le titre de Sultan. Le cheikh de Mombase, l'un des plus riclies et des plus puissants, ne l'avait pris que plus tard , lorsqu'il s'était révolté contre son suzerain, le cheikh de Zanzibar. Quant au cheikh de Melinde, qui n'était exempt ni de vanité ni d'ambition , il prétendait rivaliser avec les plus puissants chefs de la côte, se disant issu des souverains qui avaient anciennement régné dans la ville de Quitau (i). Cette ville avait été, selon les uns, la maîtresse de tout le pays, et quoiqu'elle ne fût plus, lors de la venue des Portugais, qu'une pauvre bourgade, quelques monuments encore debout et des ruines gisant çà et là sur le sol témoignaient d^ son importance première. D'autres, cependant, désignaient Louziva, ville peu éloignée de la précédente, comme la souveraine de la contrée, et prétendaient que Patta, Mandra, Lâmou, Jaca, Oja, etc., lui obéissaient.

Quoi qu'il en soit, le cheikh de Melinde, s' appuyant sur ses prétentions surannées , soutenait que Kiona (2) et Ri- .

(1) Nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur celte ville ni sur la position quelle occupait. Son nom même, si tant est qu'elle ait existé, est aujourd'hui inconnu des indigènes.

(2) Peut-être Tchiogny.

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liG, qui sont au sud de M«linde, lui appartenaient : c'était là le principal, disons-mieux, l'unique sujet de ses querelles avec le cheikh de Mombase. Du côté du nord , ses contestations avec le cheikh d'Oja avaient des causes semblables.

Mais Tristam da Cunha ne jugea pas à propos de se préoccuper de tous ces détails et de rechercher de quel côté était le bon droit. Il ne fallait aux Portugais, sur cette côte, que des sujets ou des amis , et c'était bien le moins , de par fe droit du plus fort, que leurs amis y fussent respectés. Da Cunha prit des résolutions en conséquence, et , en quittant Melinde, il se dirigea d'abord sur Oja.

Dès son arrivée , il envoya dire au cheikh qu'il désirait l'entretenir d'affaires importantes ; ceîîri-ci lui fit répondre qu'étant vassal du soudan du Caire, il ne pouvait entrer en pourparler avec les ennemis de ce prince. Da Cunha, craignant la venue du mauvais temps sur une côte dangereuse, flt aussitôt attaquer la ville, qu'il prit, saccagea et livra aux flammes.

Il fit voile ensuite pour Lâmou. Cette ville, craignant le sort de sa voisine, prit le parti de se soumettre. Le cheikh alla lui-même au-devant de Trisfam pour lui offrir de reconnaître la suzeraineté du roi de Portugal et de lui payer un tribut de 600 miticals d'or par an (1).

L'amiral portugais se rendit ensuite à Braoua, une des villes les plus populeuses et les plus commerçantes de ces parages. Déjà, comme nous l'avons rapporté, quelques-uns de ses principaux habitants s'étaient engagés pour elle envers

(1) Le mitical valait 16 réaux.

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Ruy Lourenço Ravaaco, à reconni^tre It souveraineté da roi de Portugal. Mais cette promesse n'ayait pas eu de suite, lé cheikh ne s'étant pas cru obligé d'y souscrire. Aussi, quand la flotte se montra, fit-il, comme pour ta braver, déployer sur la plage une troupe de plus de six mille hommes bien armés , dont la vue pouvait suggérer à l'agresseur quelques réflexions prudentes. Cependant celui-ci ne se laissa pas intimider; il mit à terre quatre cents hommes divisés en deux colonnes d'attaque, Tune sous son commandement, l'autre sous celui d'Albuquerque, et donna l'assaut. Le combat fut long et acharné, mais la victoire resta aux Portugais, qui la souillèrent de cruautés sans nombre, et dont l'avidité ne connut pas de bornes. La ville, après le pillage, fut incendiée aux yeux de ses habitants, qui s'étaient retirés sur les collines voisines. A la suite de ce triomphe, Tristam da Cunha et son fils Nuno, furent armés chevaliers par Albuquerque.

La flotte se rendit ensuite à Moguedchou. Les habitants s'y préparaient à combattre, et, quoiqu'on leur eût envoyé des gens de Braoua pour leur faire connaître le sort de cette ville, ils persistèrent dans l'intention de résister. Da Cunha jugea l'enlreprise périlleuse : d'une part, la ville était bien défendue et gardée par des hommes résolus; de l'autre, la mousson de sud-ouest prenant de la force, il était à craindre que, si un premier assaut ne suffisait ptas, le mauvais temps ne vint mettre la flotte en péril. L'amiral portugais, suivant d'ailleurs en cela l'avis de ses capitaines et de ses pilotes, renonça à l'attaque et prit la route de Socotra, où il arriva en peu de jours.

Socotra renfermait alors une population de chrétiens ja-

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cobites venus d'Âbyssinie. Ces chrétiens Avaient des lem» pies et des autels comme ceux d'Europe, mab ornés de croix seulement et sans images. Leurs fêtes étaient les mêmes et se célébraient aux mêmes jours que celles des Européens. Ils observaient strictement les jeûnes et n'éponsaient qu'une femme. A part cela, leur ignorance était telle, qu'ils ne savaient pas un mot des dogmes de la religion chrétienne. Ils étaient, du reste, parev<tseox et lÀcbes, stupides et hébétés, au point qu'une petite troupe d'Arabes suf- , fisait pour les contenir, même en les tyrannisant. A l'errivée de Tristam da Cnnha, ils étaient sous la domination dn roi de Kecben, en Arabie Heureuse, qui les gouvernait avec rigueur et qui, pour leur enlever toute idée de s'affranchir, faisait garder le pays k l'aide d'une petite forteresse et de quelques soldats, que commandait en ce moment son propre fils, nommé Ibrahim. '

Da Cunha envoya, dès son arrivée, un parlementaire an jeune prince, pour le sommer de loi livrer le fort Ibrahim répondit fièrement qu'il n'avait d'ordre à recevoir que de son père. L'amiral portugais fit alors débarquer des troupes et donner l'assaut; le fort tomba en son pouvoir, malgré une défense désespérée , dans laquelle Ibrahim, en combattant vaillamment, périt avec presque toute la garnison.

Da Cunha y en reconnaissance de ce succès, convertit une noosquée voisine en une chapelle chrétienne, qo'il dédia h Notre- Dame-de-la- Victoire. Puis, ayant rerais la citadelle en état de défense, il y établit comme comma*idant Afibnso de Noronba, qu'il laissa sur l'île avec quelques officier» et cent itoldats. Ces mesures prises , il partit

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pour riode le iO août 1507. Àlbuquerque, de son côté, mit à la voile le 20, se dirigeant sur Roselgad ( Ras-el-Hhad).

Arrêtons-nous un moment, et jetons un regard en arrière pour passer en revue les préliminaires accomplis de l'œuvre gigantesque que les Portugais vont exécuter dans l'océan Indien.

L'arrivée de Yasco da Gama dans les mers de l'Inde, c'était, comme nous l'avons déjà fait comprendre, la croix et le croissant se heurtant aux extrémités du monde ; c'était Rome et la Mekke aux prises à plus de i ,500 lieues de leurs champs de bataille ordinaires ; c'était l'Europe chrétienne eaivoyant ses soldais au delà du continent africain, pour prendre l'islamisme à revers, le placer entre deux feux et tarir les sources où il puisait ses richesses, condition de sa grandeur et de sa puissance. Aussi , à peine l'heureux capitaine a-t-il touché la côte de Malabar et reçu l'accueil amical du Zamorin, que les enfants de Mahomet se sentent blessé?. L'influence de l'Arabe est grande dans l'Orient : c'est un parasite colossal dont les mille suçoirs sont partout; l'ébranlement causé par l'apparition des Portugais ne tardera pas à se propager dans les innombrables ramlGcations de ce vaste réseau. En attendant, les Arabes de Calicut, comme une sentinelle avancée surprise par l'ennemi, poussent le cri d'alarme, et commencent à s'agiter avec toute l'énergie et la persistance que peut donner la cupidité aux abois. Leurs intrigues jettent la méfiance dans l'esprit du Zamqrin, et l'amitié promise se retire de Vasco da Gama. Le signal d'une longue guerre a été donné.

Vaine colère! Le chemin est frayé; aucune puissance humaine ne le fermera plus. Pedro Alvares Cabrai suit de près

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le Christophe Colomb des Indes orientales dans la route que celui-ci a ouverte. Aux premières entrevues amicales du nouveau venu avec le roi de Calicut succède bientôt une nouvelle rupture. Les hostilités commencent ; mais cette côte n'a pas pour Cabrai que des ennemis : les princes de Cochim, de Cangranor et de Coulam> rivaux du Zaraorin, envoient des ambassadeurs au capitaine portugais pour solliciter son amitié. Celui-ci retourne en Portugal , après avoir semé çà et là des facteurs chargés de recueillir des marchandises.

En iSOl, Juan de Nova aborde à Cananor. Le souverain de ce pays désire en vain le retenir; instruit que le roi de Calicut envoie contre lui une flotte de quarante voiles, le capitaine portugais se dirige néanmoins sur Coofcim, rencontre la flotte ennemie et la met en déroute. Après avoir ramassé, sur les divers points de la côte de Malabar, les marchandises préparées par les facteurs, il retourne en Portugal.

Mais il faut augmfinter dans l'Inde les moyens d'attaque et de défense; il faut surtout empêcher les navires arabes de sortir de la mer Rouge ou d'y rentrer. Vasco et Estevam da Gama et Vicente Sodré partent avec une flotte nombreuse. Cochim et C^ananor donnent de nouveaux gages d'amitié ; le roi de Calicut éprouve rudement les effets de la vengeance portugaise. Partout des factoreries sont créées dans les villes amies. Mais le Zamorin montre, dans sa résistance, une opiniâtreté digne d'un meilleur sort. A peine Vasco da Gama est-il parti , que ce prince attaque Cocliim et la brûle. Le roi de cette ville, Trimumpara, est forcé de se retirer sur l'île Vaïjpi.

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Kn 1605, des renforts arrivent de Portugal avec les deux Aibuquerque et Antonio de Saldanba. Les rois de CaHcut et de Repelin sont châtiés. Un traité de commerce est fait avec la reine de Coularo. Le Zamorin sollicite la paix et passe un traité; mais, peu de temps après, il le viole et recommence la guerre. Le roi de Gochim , pour résister à la ^ haine et aux hostilités de son adversaire, demande et obtient qu'un certain nombre de Portugais soient laissés près de lui. Les Aibuquerque retournent a Lisbonne.

Après leur départ, le Zamorin convoque à la défense commune tous les souverains de la côte de Malabar : les rois de Tanor, de Besponr, de Cotugham, de Corin répondent à son appel. Une armée de terre nombreuse et une flotte considérable s'organisent ; elles comptent cinquante mille hommes sous les armes. Dom Duarte Pacheco , nouvellement venu de Portugal , bat sur terre et sur mer les rois coalisés. Pendant cinq mois, ce ne sont que batailles sans fin; mais la vicloire a fait un pacte avec les Portugais. Le roi de Repelin demande et obtient la paix.

L'année suivante, mêmes combats, mêmes triomphes : Lopo Soares, arrivé avec une flotte de treize voiles, canonne la ville de Calicot, en ruine une partie, bat d'autre part la flotte du Zamorin, a Banane, châtie le roi de Cangranor, qui molestait celui de Cochim, et force le roi de Tanor à se soumettre.

^Mais, jusqu'à présent, les Portugais n'ont été, dans ces parages, que des vainqueurs et des marchands (vainqueurs souvent cruels , marchands souvent cupides) ; Hs n'ont fait que semer la terreur et recueillir des richesses : ils ne se sont pas encore établis comme puissance régulière dans le pays.

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En i 305, Dom Francisco d'AImeïda parait; une flotte de vingt vaisseaux l'accompagne, et il vient avec le titre de vice-roi^des Indes. Nous l'avons vu, à la côte d'Afrique, imposer partout la suzeraineté du roi de Portugal , faire et défaire des sultans , placer des garnisons , imposer des tributs; puis nou^r avons laissé élevant, par Tordre d'Emmanuel , une forteresse sur l'une des Anjedives, k 12 lieues de Goa. L'empire portugais d'Orient avait pris pied.

Là, Âlmeïda reçoit des ambassadeurs du roi d'Onor, qui lui offre son amitié ; des marchands d'Hormoaz, notables de cette ville, lui apportent le tribut de leurs hommages et de leur admiration pour les grandes actions des Portugais, et les Maures de Cincatora (1) lui envoient des présents. C'est la terreur qui fait tous ces miracles, et les avis qu'on transmet de Cochim au vice-roi lui annoncent qu'elle se répand tout le long de la côte de l'Inde depuis qu'on a reçu la nouvelle de la venue de sa flotte et du traitement sévère qu'il a fait subir à Kiloua et à Mombase.

La forteresse achevée , Alnç^eïda se rend à Onor, dont le roi se déclare vassal de celui de Portugal. Il se dirige ensuite vers Cananor, où un terrain^lui est concédé pour la construction d'une forteresse. A Cochim, il apprend qu'Antonio de Sa, facteur de Coulam, a été, avec tous ses officiers, tué par les Arabes; il envoie son fils Lourenço infliger à ceux-ci un châtiment exemplaire.

Au retour du jeune capitaine, une nouvelle occasion de vaincre lui est donnée. Le roi de Cananor s'était révolté ; Dom Lourenço l'attaque et le bc(t. Sa défaite et l'arrivée

(t) c'est peut-être de Tutacorin, dans le golfe de Manas, que les auteurs portugais ont voulu parler ici.

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des renforts amenés par Tristam da Cunha forcent le rebelle à demander la paix.

Mais, pour n'avoir plus à nous écarter de notre sujet principal , achevons à grands traits l'esquisse du tableau merveilleux que le Portugal grava avec la pointe de son épée dans les fastes de l'Orient, ce pays dçs merveilles.

La côte d'Afrique soumise, Socotra prise et occupée, et les forces du vice-roi remises sur un pied respecjable par l'arrivée de Tristam da Cunha, il ne restait, pour compléter l'exécution des plans arrêtés par la cour de Lisbonne, qu'à surveiller activement les côtes de l'Arabie et à s'assurer la domination du golfe Persique. Maîtres de cette mer intérieure et du golfe d'Aden , les Portugais interceptaient le cours des deux affluents du commerce de l'Egypte. Albuquerque, que nous avons laissé se dirigeant sur Ras-el-Hhad, se présente d'abord devant Calayate (Keulhât); le gouverneur s'empresse de lui offrir des présents et fait un traité de paix avec lui. Albuquerque passe alors à Curiate (Keriat), à 10 lieues plus loin; là il rencontre une vive résistance, mais il en triomphe , saccage la ville et la réduit en cendres. Il vogue ensuite vers Mascate; celle-ci, effrayée du sort de Reriat, demande la paix et expédie des vivres à la flotte portugaise. Cependant deux mille hommes envoyés par le sultan d'Ormuz (Hormouz) s'introduisent dans la ville, l'empêchent de se soumettre, et font jouer l'artillerie des remparts contre les Portugais. Ceux-ci donnent l'assaut et franchissent la muraille av^c une telle impétuosité, qu'ils laissent à peine aux assiégés le temps de s'enfuir. Mascate est mise à sac. Albuquerque fait alors voile vers Soar; les habitants de cette cité l'abandonnent, à l'exception du gou-

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verneur et de quelques-uns des notables, qui se déclarent vassaux du roi de Portugal et s'engagent à lui payer le tribut qu'ils payaient au sultan d'Hormouz. De Soar, Albuquerque va à Orfacan (Khour-Fekan), qui, après une faible résistance, est emportée et livrée pendant trois jours au pillage.

Enfin, Albuquerque arrive à Hormouz, le but principal de son voyage. Hormouz, c'est la clef du golfe Persique, et, comme nous l'avons déjà dît, de toutes les routes commerciales qui portent les produits de l'Inde à la Perse, à l'Asie Mineure, aux rives orientales de la Méditerranée. L'île de Géroun, sur laquelle elle s'élève, n'est qu'un rocber aride, et ne fournit rien à ses habitants; il faut que le Mogostan, les îles de Queixome (Kéchm), Larek et autres, l'alimentent; mais elle est gorgée de richesses. Son roi est Sîf-Eddin, enfant de douze ans, qui règne sous la tutelle d'un esclave nommé Cojè-Atar, homme astucieux, mais plein dé nergie. La ville compte dans ses murs trente mille soldats, parmi lesquels quatre mille Persans, adroits archers; elle a dans son port quatre cents barques, dont soixante d'un tonnage considérable, et cette flotte porte deux mille cinq cents hommes.

Albuquerque, pour montrer à ces barbares que son courage est plus grand que leur multitude (ainsi s'exprime l'historien Faria y Souza), entre dans le port avec ses vaisseaux pavoises comme en un jour de fête, et va mouiller au milieu des plus forts navires d'Hormouz; puis il envoie dire au gouverneur qu'il vient, de la part du roi son maître, prendre la suzeraineté de ces mers et lui imposer un tribut. Au lieu de répondre, on se prépare secrètement à la dé-

fense. Lassé d'attendre, Albuquerque canonne ia flotte, coule ou incendie la plus grande partie des navires, et tue dix sept cents Arabes et alliés. Cojè-Atar, ébranlé par un tel désastre, fait appel à la clémence du vainqueur. Le sultan d'Hormouz s'engage, par serment et par écrit, à reconnaître le roi de Portugal pour son suzerain, et à lui payer un tribut annuel dé 15,000 séraphins (i) d'or; il concède, en outre, à Albuquerque, l'autorisation de construire une citadelle pour la protection des Portugais qui resteront dans le pays. La forteresse s'élève rapidement. Mais Cojè-Atar a pu compter ses ennemis, et il rougit de s'être laissé vaincre par un si petit nombre d'hommes. Toutefois, n'osant pus encore se confier à ses forces, il a recours à l'intrigue et à la corruption, et jette la discorde parmi les capitaines de la flotte. Albuquerque juge prudent d'abandonner les travaux commencés, et prend le parti d'affamer la ville en interceptant les communications de l'île avec l'extérieur. Il allait saisir sa proie, quand trois capitaines l'abandonnent honteusement avec leurs vaisseaux. Contraint, par cette trahison, de remettre à un meilleur moment l'exécution de ses projets, Albuquerque lève l'ancre et va hiverner à Socotra, où il trouve la, garnison mourant de faim. Son arrivée sauve ceux qui avaient survécu. Enfin, l'hivernage passé, il se dirige vers l'Inde.

L'occupation de Socotra n'avait pas produit les avantages qu'on en avait espérés. L'île était stérile, malsaine, et n'avait pas de port. Les navires qui se rendaient de la mer Rouge dans l'Inde n'y touchaient jamais, et la distance qui

(1) Le séraphin valait 6 réaux 1/2.

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la sépare du cap Fartaque (Ras-Feurlok), sur la côte d'Arabie, était trop considérable pour que la navigation pût être interceptée sur cette étendue : aussi , dans le courant de l'année 4508, la flotte égyptienne, sous le commandement de l'émir Hhocen, pénétra -t-elle sans obstacle dans l'océan Indien, où elle opéra sa jonction avec la flotte de Cambaye. Ses premières rencontres avec l'ennemi qu'elle cherchait eurent des résultats heureux pour elle. Par suite du départ pour l'Europe d'un grand. nombre de navires chargés de marchandises, les Portugais étaient fort aflaiblis. Ils furent battus par l'émir Hhocen, dans un combat où le fils du viceroi perdit la vie.

Mais.des renforts considérables ne tardèrent pas à arriver de Portugal. En même temps, le vice-roi recevait l'ordre de remettre le gouvernement de l'Inde (1) à d'AIbnquerque. Francisco d'Almeïda avait à venger et la défaite de ses capitaines et la mort de son fils; il retarde la remise de ses pouvoirs, rassemble ses forces et marche à la rencontre de Hhocen. En passant, U réduit en cendres la ville de Daboiii. Puis il joint à Diou les flottes combinées de Cambaye et d'Egypte, les attaque et remporte une victoire sanglante. Son triomphe jette l'épouvante sur toute la côte de l'Inde : ('.ambaye et Chaul se soumettent; ses alliés lui renouvellent leurs protestations de fidélité : Cananor et Cochim le reçoivent en triomphateur. Enfin, comblé de gloire, mais abreuvé de douleur et de dégoûts, Almeïda, laissant le gouvernement à d'Albuquerque, part pour Lisbonne et va périr, misérablement assassiné par un nègre, dans la baie

(1) AfFoDSo d'Albuquerque u'cut pas le titre de vice-roi, mais seulement celui de Gouverneur.

de Saldanha, où avait relâché le vaisseau qui le ramenait.

Affonso d'Albuquerqae, devenu Gouverneur des Indes, songe d'abord à afiFermir son pouvoir à la côte de Malabar, afin de s'occuper ensuite librement de l'exécution des vastesdesseins qu'il médite, pour l'extension de la puissance portugaise. Il se porte, en conséquence, sur Goa, dont il s'empare après une victoire désastreuse pour les Maures qui défendaient ses remparts. Il fortifie sa nouvelle conquête, y place une garnison, et Goa devient dès lors la capitale et la première place d'armes de toutes les possessions portugaises dans les mers d'Orient. La prise de cette ville amène la soumission d'une foule de princes de la côte de Malabar.

Tranquille de ce côté, Albuquerque cherche à s'étendre vers l'est de l'Asie. Sans s'arrêter à Cèylan et laissant sur sa gauche la côte de Coromandel , il vogue vers Malacca , le grand centre commercial de l'océan Indien. Déjà quelques Portugais s'y étaient présentés plutôt comme commerçants que comme conquérants. Mais les Arabes, sachant à quoi ils devaient s'attendre de la part des nouveaux venus, s'étaient hâtés de faire partager leur haine aux habitants, et plusieurs Portugais tombés dans des embûches dressées, contre eux avaient été massacres.

Ces violences donnaient aux projets ambitieux d'AIbuquerque un prétexte de justice dont il se hâta de profiter. Au commencement de 1541, il paraît devant la ville de Malacca, et, après bien des combats sanglants et opiniâtres, il s'en empare. Les rois de Siam, de Pégou, et plusieurs autres, envoient des ambassadeurs lui offrir un traité d'alliance.

De retour à Goa, Albuquerque s'apprête à exécuter l'or-

i-i--^^Tj>iç-,?^ï?î^^3ï.

dre qui lui a été donné par Emmanuel de s'emparer d'Aden et d'y établir une forteresse. Les Égyptiens, après la défaite de Hhocen à Diou, n'avaient pas cessé de faire passer leurs navires dans les mers de l'Inde, en dépit des croisières du golfe d'Aden. Sans doute , ces expéditions isolées ne pouvaient avoir aucun résultat décisif; mais les combats de détail qu'il fallait livrer entretenaient l'inquiétude chez les Portugais et avaient, deux ans auparavant, décidé le Gouverneur à faire évacuer et détruire la forteresse de Socotra, dont il jugeait la garnison trop exposée aux attaques des vaisseaux ennemis.

Albuquerque va mouiller devant Aden , débarque ses troupes et fait donner l'assaut à la ville. Mais la fortune, cette fois, lui est infidèle, et ses soldats sont repoussés. Il entre ensuite dans la mer Rouge, et conçoit le projet d'aller ruiner Suez. Les obstacles de toutes sortes que cette mer offre à la navigation sont plus forts que son talent, son expérience et son courage. Après avoir pénétré fort avant dans le golfe, il est obligé de revenir sur ses pas. Il ne rêve alors rien moins que de décider le roi d^Âbyssinie, qui briguait l'alliance du Portugal, à détourner le cours du Nil dans la mer Rouge, et, d'un autre côté, il veut lancer contre la Mekke un corps de cavalerie qui , s'emparant des lieux saints, jettera la perturbation dans tout l'islamisme. Mais les moyens dont il disposait étaient au-dessous de son génie.

Revenu sur la côte de l'Inde, il répare quelques désordres qui s'y étaient produits durant son absence, envoie des navires courir le golfe d'Aden et se montrer à l'île de Baharein

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(Bahharin'); puis il part lui-même pour Hormooz. Sif-Eddin et Cojè-Atar n'étaient plus. Le nouveau sultan, Rais- Hamet, et le gouverneur, Nour-Eddin, lui font un accueil amical. Il obtient qu'on lui rende la forteresse commencée à son premier voyage , et il est autorisé à l'achever ; i^décide même le jeune prince à y faire porter les canons des remparts de la ville.

Fendant le séjour du Gouverneur devant Hormouz, le Chah de Perse lui expédie un ambassadeur avec de riches présents, et l'invite à venir à sa cour ou à s'y faire représenter par un de ses lieutenants. Ce monarque commençait à souffrir du voisinage et de l'ambition des Turcs, et désirait trouver, dans les conquérants de l'Inde, des amis et un appui pour l'avenir. ' ■ '^ '.

Tous ses projets accomplis , et s'étant assuré , par ses égards et ses bons conseils, l'affection de Raïs-Hamet, Ali buquerque retourne à Goa, où il trouve l'ordre de remettre le Gouvernement à Lopo Soares d'Albergaria. Il était arrivé malade : l'ingratitude de son roi jette dans son âme une tristesse qui accélère les progrès de sa maladie, et le précipite dans la tombe. 'Cet illustre capitaine, que les Portugais ont appelé, avec raison, le Grand Alphonse d' Albuquerque (o Grande Affonso de Albuquerque), mourut, le 15 décembre 1515, dans cette cité qu'il avait, avec tant d'autres villes, conquise au Portugal.

Pendant ces événements, une division détachée de la flotte portugaise prenait, par ordre de la cour de Lisbonne, la route des iVloluques. Les Arabes s'étaient depuis longtemps répandus sur ces lies et en avaient monopolisé le

commerce. Lorsque les Portugais , inévitables ennemis qoi les suivaient partout, arrivèrent dans cet archipel, les Arabes essayèrent encore, par leurs intrigues, de mettre obstacle à rétablissement de leurs rivaux dans ces parages; mais leurs tentatives échouèrent, et ils ne purent empêcher que les indigènes n'autorisassent les nouveaux venus à construire une forteresse sur l'une des îles du groupe. Dès ce moment, le Portugal avait compris tes Moluques au nombre de ses possessions.

Lopo Soares, qui venait de remplacer Albuqnerqne, ne resta pas au-dessous des grands projets de son prédécesî^eur. îl eut d'abord à lutter contre les embarras sans cesse renaissants que les Arabes et les indigènes lui suscitaient sur la côte de Malabar. Mais, délivré de cette inquiétude, il se porta sur Ceylan , dont il s'empara et où il éleva une forteresse.

La cour de Portugal préparait, à cette époque, une expé- -^«iition pour la Chine. Dès les premières années de son gouvernement, cet important dessein entrait déjà dans les prévisions d'Albuquerque. A Malacca, des rapports fréquents et tout bienveillants de sa part s'étaient établis entre lui et les Chinois, qu'il avait encouragés à y continuer leur commerce, 11 s'était ainsi procuré, sur la puissance, les richesses et les nKEurs de leur pays, des renseignements détaillés qu'il transmit à son maître, et qui donnèrent à celui-ci Fidée d'ouvrir des négociations avec le souverain du Céleste Empire.

En conséquence, dans le courant de l'année 1518, une flottille comnuindée par Fernando d' A ndrade partit de Lisbonne, et alla déposer, à Canton, un ambassadeur nommé Thomas Pires. Celui-ci fut conduit à Pékin , et y trouva la

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cour heureusement prévenue en faveur de sa nation, dont la gloire remplissait l'Asie. Ces bonnes dispositions furent d'abord entretenues par la conduite pleine de convenance et de loyauté de Fernando d'Ândrade, qui, pendant ce temps -là, parcourait la côte en faisant du commerce. Mais, sur ces entrefaites, arriva, avec une autre flottille, le frère de ce dernier, Simon d'Andrade, qui fut assez insensé pour traiter les Chinois comme les Portugais n'avaient que trop pris l'habitude de traiter tous les autres peuples de l'Asie. Le gouvernement de Pékin, indigné de ces violences, rompit les négociations et fit jeter l'ambassadeur en prison, où celui-ci mourut quelques années après. Les Portugais, par suite de cette rupture, furent forcés de disparaître des côtes de la Chine. Mais ils y revinrent un peu plus tard et rétablirent leurs affaires : des procédés plus convenables, la bonne foi et la modération dans leurs transactions, enfin une heureuse occasion qui s'off'rit à eux, de secourir avec succès les Chinais contre un pirate qui désolait la côte, les remirent en bonnes grâces. Le gouvernemeirt de Pékin les autorisa à trafiquer avec ses sujets et leur fit don de la presqu'île de Macao.

Pour terminer cette longue série de (ionquêtes, nous ajouterons qu'en 1542, une tempête fit découvrir aux Portugais le Japon, qui leur ouvrit avec empressement ses ports, et dont les produits leur fournirent les éléments d'un nouveau et magnifique commerce.

Pendant que les Portugais étendaient ainsi leur gloire el leur puissance aux confins de l'Asie, la côte orientale d'Afrique n'avait pas été négligée : n'était-elle pas une fraction considérable du vaste empire colonial qui s'étendait des plages

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de la Guinée aux mers de la GhineT n'était-elle pas la mine féconde d'où sortait la plus grande partie de l'or employé à couvrir les immenses dépenses que nécessitaient le développement et la conservation de cet empire? Quoique Sofola fût devenue, depuis l'abandon de la forteresse de Kiloua, le chef-lieu de tous les établissements de la c6te, Mozambique^ par sa position moyenne et la bonté de son port, en était lé point le plus important. A ce titre, elle recevait de fréquentes visites des navires qui venaient de l'Inde ou qui s'y rendaient, et , grâce aux forces maritimes qui s'y trouvaient en permanence, maintenait sans trop de peines la suzeraineté du roi de Portugal sur presque toutes les villes du littoral et la perception régulière des tributs. La connaissance des événements qui se passaient dans l'Inde, entretenue par des communications continuelles entre les deux côtes, assurait la soumission des populations africaines, en répandant parmi elles un effroi salutaire. Le théâtre de la guerre était assez rapproché pour que cet effet fût produit , et trop éloigné pour que la vue des combats et du massacre de leurs frères pût réveiller les passions des Maures d'Afrique et les exciter à la vengeance. Aussi les événements y sortaient -ils rarement de leur cours régulier, et l'histoire ne trouve à enregistrer dans cette longue période de l'année 1507, époque où nous avons interrompu notre récit, à l'année 1560, que les faib» suivants.

En 1522, deux navires , commandés l'un par Diogo de Mello, qui allait prendre la capitainerie d'Hormouz, et l'antre, par Dom Pedro de Castro, vinrent hiverner à Mozambique. Joâo da Mata, qui en était alors le capitaine et le

facteur, craignant pour les équipages les maladies qui sé- I. 24

370 — vissaient à cette époque de l'aDnée dans la localité, toulut les employer, au dehors, à une expédition dont foici le sujet. Le cheikh de Zanzibar, qui était vassal du roi de Portugal et lui payait tribut (1), avait lui-mènae pour tributaires les insulaires de Quirimba. Ces derniers, s' étant alliés avec le cheikh de Mombase) qui était ennemi des Portugais, proGtaient de cette circonstance pour refuser les tributs et faire même la guerre à Zanzibar. Le cheikh de cette dernière île avait plusieurs fois adressé des plaintes à Joao da Mata, lui exposant que cet état de choses le mettait dans l'impossibilité de lui payer son propre tribut. La présence, à Mozambique, des navires que nous avons signalés plus haut fut, pour ce cheikh, une occasion de renouveler ses plaintes, et c'est sur ses instances que Joao da Mata proposa à Pedro de Castro l'expédition dont il s'agit. Celui-ci, en ayant accepté la direction , partit pour les îles Quirimba avec son navire et trois barques du pays, emmenant avec lui une centaine de volontaires. Allant mouiller devant l'île principale du groupe, il attaqua la ville, et, quoiqu'elle eût pour défenseurs, outre ses habitants, bon nombre de gens de Mombase, il s'en rendit maître, la livra au pillage et la brûla. Les îles circonvoisines n'attendirent pas qu'il leur fût infligé un semblable châtiment, et elles se hâtèrent de se replacer sous l'obéissance du cheikh de Zanzibar.

Le plus remuant de tous les cheikhs de la côte, le plus difficile à soumettre, et le plus prompt à la révolte, était celui de Mombase. La forte position de cette ville, les nombreux moyens de résistance qu'elle possédait, entretenaient

(1) On se rappelle qae l'tle de ZaniilMr arait fait sa soumission au roi de PorUigal entre les mains de Ruy Lourenço Ravasco.

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cher Ms babitaotft la passion <k riodépaadaAce. Uoe foi» déjà, elle avait été ruiikée par Àlioeïda, comme nous l'avons raconté précédemmept. Sa destinée, on en verra de Cré^ quentes preuves dans le cours de ce livre, était d'être alternativement révoltée et soumise, détruite et relevée.

En 1528, Nuno da Cunba, fils de Tristam, allant prendre le gouvernement de l'Inde, avait touché à Zanzibar et à Meliiule, et reçu des cheikhs de ces deux villes Içs plaintes ordinaires au sujet des hostilités de Içur turbulent voisin. La mousson l'obligeant à séjourner sur la c6te, il résolut d'aller à Mombase et de réduire celte ville. Le cheiMi de Melinde lui ofirit un secours de huit cents hommes; mais Nuno da Cunha, craignant tout délai qui donnerait au cheikh de Mombase le temps de se mettre en état de défense , accepta seulement cent cinquante hommes, auxquels se joignirent deux des principaux personnages du pays, l'uo nommé Zacoëja, l'autre Cide-Bubac (1). L'intention de Nuno était, après la prise de la ville, d'en donner le gouvernement à Mougno (2) Mohbammed, fils de Ouagerage, l'ancien roi de Melinde au temps de Yasco da Gama, en récompense du bon accueil fait par son père aux Portugais. Mais Mohhammed , sachant que sa naissance serait un obstacle (son père l'avait eu d'une esclave cafre), refusa noblement ce témoignage de la munificence du Gouverneur, et, en exposant les raisons de ce refus, lui conseilla de donner la préférence à son frère, Cide- Bubac, plus jeune, il est vrai , mais neveu du cheikh régnant et issu de laiamille des sultans de Kiloua. JSuno, étonné d'un pareil acte de désintéressement , remit à décider celte

(1) Probablement Sld-Abon-Bekr.

(2) Sans doote Moigni, roir la not« de la page 345.

question après la prise de la yille. L'expédition partit le 44 novembre; elle se composait, en tout, de huit cents hommes.

Nuno, arrivé en face de Mombase le 17, et ayant mouillé à l'entrée du port, vit venir à lui , dans une sambuque bien équipée, un Maure, chef d'un lieu nommé Otondo, situé non loin de Mombase. Celui-ci était encore une victime du cheikh de cette ville. Il se disait vas«!al du roi de Portugal , et, dans l'espoir de se venger des^nsultes de son voisin, il venait offrir sa coopération au capitaine portugais. Les services du cheikh d'Otondo furent acceptés.

Depuis sa destruction par Almeïda, Mombase s'était fortifiée ; elle avait augmenté son artillerie en y joignant les canons de navires perdus et abandonnés par les Portugais dans la baie; de plus, un fortin défendait l'entrée du port. Averti des desseins de Nuno, le cheikh avait amassé des* munitions et introduit dans la ville cinq ou six mille archers noirs, très-agiles et très-hardis dans le coiQbat.

Aussitôt après son arrivée, Nuno envoya sonder la passe, et , malgré le feu du fortin qui lui causa quelques pertes et emporta une main à Cide-Bubac, il vint mouiller, à portée de mousquet, en face de la ville. Le lendemain, au point du jour, il fit donner l'assaut, et la place fut emportée avec assez de facilité, malgré son matériel de défense et le grand nombre de ses défenseurs.

\ Les Maufes, avant l'attaque, avaient mis en siireté, sur la terre ferme, leurs femmes, leurs enfants et ce qu'ils possédaient de plus précieux. Voyant la ville envahie, ils prirent d'abord la fuite; mais, les jours suivants, ils revinrent à la charge : cachés dans les bois et jardins environnants, ils

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escarmouchèrenl à coups de flèches empoisonnées t et tuèrent quelques hommes aux Portugais.

"Nuno da Cunha, inquiet et irrité des pertes que lui faisait subir cette guerre de tirailleurs attaquant à couvert et se dérobant promptement par la fuite, se détermina à faire venir des gens du pays habitués à cette manière de combattre. Il «n écrivit au cheikh de Melinde, qui lui envoya aussitôt un de ses neveux , accompagné de plusieurs Maures notables et de cinq cents hommes. Ces auxiliaires arrivèrent tout heureux de pouvoir satisfaire leur désir de vengeance et leur cupidité ; car la ville était vide d'habitants, mais non de butin. A l'appel de ?(unu accourut aussi le cheikh de Montagane (1), petit pays voisin de Mombase, qui disait aussi avoir eu beaucoup à souffrir du cheikh de cette ville pour cause de son alliance avec les Portugais. Il n'amenait que deui cents hommes, ses luttes avec les cheikhs de Mombase l'ayant déjà fort affaibli. Pemba, Zanzibar et autres villes environnantes Grent porter des présents à Nuno, pour lui exprimer leur satisfaction d'être délivrés du tyran qui les opprimait.

Les nouveaux combattants, faits au climat et encouragés, d'ailleurs, par 1^ présence des Portugais, forcèrent les gens de Mombase d'abandonner l'île et de passer sur la terre ferme. Mais, comme ceux-ci <;am^aient près d'un endroit où l'on pouvait, à mer basse, passer à gué, et que ces maiheureux, poussés par la faim plutôt que par le désir de se battre, s'introduisaient sans cesse dans l'île, venant jusque dans la cité enlever des vivres et blesser ou tuer quelques

(1) Peut-être s'agit-il ici de MHangata, petite ville située sur U cète, en face de la partie sud de Pemba.

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" Portugais, Muno, poussé à bout, doona l'ordre de détruire les maisons et de couper les palmiers k l'abri desquels se glissaient les assaillants.

Quand le cheikh de Mombase futiinstruit de cette détermination et qu'il commença à en voir les effbts, il dépêcha à Nuno un de ses parents, nommé Mototo, pour lui offrir de reconnaître la suieraineté du roi de Portugal , et de payer un tribut annuel de 1,500 mithicals d'or, s'engageant à verser immédiatement trois années et 12,000 mithicals, pour la rançon de la ville, qu'il tenait à présenrer des flammes et de la destruction. Il devait aussi s'engager à servir le roi de Portugal et à ne jamais recevoir ni les Turcs ni. ses autres ennemis. 1 ,500 mithicals furent donnés en à-compte.

Mais pendant les jours qui suivirent ce traité de paix , dont l'exécution se faisait nécessairement attendre, ainsi qu'il arrive toujours avec les Maures, les gens de Mombase, à la faveur des communications établies entre le camp et la ville, apprirent que les Portugais étaient presque tous malades, et en conchirent que Nuno ne tarderait pas à abandonner l'île. Cet espoir leur fit retarder encore l'accomplissement de leurs promesses.

Les Portugais étaient, en effet, dans un état déplorable. Les fatigues et l'insalubrité du climat avaient déterminé des maladies qui les décimaient, et les capitaines pressaient Nuno de partir pour ne pas laisser plus longtemps exposés à tant de périls ses équipages et sa vie, plus précieuse que sa conquête. Nuno résista jusqu'à ce que la mousson fût devenue favorable. Mais au commencement de mars , il se décida à incendier la ville, qui fut entièrement détruite par les flammes; il passa alors à Melinde, où il laissa qoatre-

vingts hommes pour aider le cheikh à se défendre contre celui de Mombase, et partit, le 5 avril 1529, pour la oAt# de Malabar.

L'expédition que nous venons de raconter ramena un« tranquillité à peu près absolue sur toute la c6te orientale d'Afrique ; et, dès ce moment, la suprématie des Portogais y fut, du moins pour un temps assez long, établie sans conteste, du cap Corrientes à Braoua. Aussi , durant cet intervalle, ne se passa-t-il , dans ces parages, aucun fait assez important pour mériter une attention particulière. Nous profilerons de ce moment de repos pour jeter un dernier coup d'œil sur l'ensemble du vaste empire dont faisaient partie les étàbli^ements de l'Afrique orientale.

Ce n'est certes pas sans raison que tous les historiens ont envisagé avec étonnement l'avénement de cette domination colossale, s' étendant de l'océan Atlantique aui mers de la Chine, surgie et fondée, dans l'espace de soixante ans à peine, par les efforts d'un peuple n'ayant de remarquable, en Europe, que l'exiguïté de son territoire. Conquête prodigieuse par sa rapidité comme par son immensité, et qui produirait sur l'esprit du philosophe une impression sans analogue, si la chute qui la suivit n'avait été tout aussi prompte et tout aussi complète : car, nous pouvons le dire dès il présent, l'abaissement de cet empire fut égal à sa grandeur. Il n'a pas eu même, pour consolation, ce qui reste d'ordinaire aux puissances tombées, le témoignage éloquent des grandes ruines. D'un siècle à l'autre, le souffle des événements a balayé l'édifice géant comme s'il eût été de sable, et l'histoire seule racontera aux peuples futurs les merveilles de son passé.

Une foi ardente, d'autant pluii active qu'elle était plus aveugle ; de mâles vertus, une grande simplicité de mœurs, des habitudes austères; un courage personnel bouillant, indomptable, sans pitié, mais aussi préparant de projoipts retours à la fortune , tant il allumait la soif de la vengeance par ses inexorables fureurs ; la force du corps entretenue par une vie rude et frugale, l'habitude des périls, le mépris de la mort, un enthousiasme que poussait jusqu'au délire l'orgueil de la nationalité et des grandes choses accomplies par les devanciers , une confiance illimitée dans le succès, la supériorité des armes, du nombre de vaisseaux, de l'audace, de la discipline; la convijction d'avoir à remplir nonseulement une mission d'honneur pour la patrie, mais encore une mission de salut pour la chrétienté ; l'ardeur et la noble émulation que savent inspirer les princes désireux de s'illustrer ; quelques grands hommes, produit inévitable des époque^ fameuses que d'autres grands hommes ont préparées ; puis , cette exubérance de vie des peuples adolescents qui font leurs premiers pas dans la gloire; l'ambition accrue par le succès , la cupidité surexcitée par la vue de tant de richesses dans ces parages où les vaisseaux du commerce, de l'extrémité de l'Afrique aux rives orientales de l'Asie, couvraient, pour ainsi parler, la mer d'or et d'objets précieux de toutes sortes; enfin, — il faut le dire, car il est des bornes à toute admiration , — l'absence de rivaux sérieux; des adversaires surpris à l'improviste et frappés de stupeur, mal armés, sans organisation militaire, n'ayant pour se défendre, dans cette partie redoutable, où ils jouaient l'existence ^e leur patrie, que des barques mal construites, pesantes, dépourvues d'abord d'artillerie, et des peuples

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énervés, le plus souvent, par les ardeurs du climat ou amollis par les largesses d'une nature trop féconde : voilà ce qui eiplique l'irapétuosilé de la conquête et les merveilles de la victoire. i

Certes, l'avidité des Portugais et leur orgueil devaient être satisfaits :. ils avaient des possessions considérables sur les côtes de la Guinée et du Congo; ils étaient maîtres de tout le rivage oriental de l'Afrique; ils possédaient l'amitié de l'empereur d'Abyssinie et une grande influence sur sa politique; ils pouvaient faire trembler la Mekke et inquiéter Suez; le golfe Persique, toute la côte d'Arabie, du cap Razel-Hhad à l'Euphrate, étaient à çux ou leur payaient trikfet ; sur le littoral de l'Inde et de la Perse, \h détenaient presque tous les ports et toutes les îles de quelque importance : ils régnaient même en souverains sur tonte la côte de Malabar, depuis le cap Diou jusqu'au cap Comorin, sur la côte de Coromandel , le golfe du Bengale et la presqu'île de Malacca : Ceylan et les îles de la Sonde leur payaient tribut; les Moluques étaient sous leur obéissance; enfin, In Chine et le Japon leur avaient ouvert leur marché. Dans toute cette immense étendue s'amoncelaient pour eux des richesses sorties de la triple source des tributs, des prises de guerre et d'un négoce dont ils fixaient arbitrairement les conditions. Le Congo, Sofala et le Japon leur versaient (les métaux précieux, dans des proportions incalculables. Il y avait bien là de quoi rassasier le peuple le plus affamé de gloire et de lucre.

Disons maintenant, en peu de mot«, quelle organisation politique présidait au maintien et à la direction de cet empire.

L'autorité souveraine était entre les mains d'un seul , assisté d'un conseil. Ce chef suprême avait le titre de gouverneur ou, selon le cas, de vice-roi. Ses pouvoirs, en quelque sorte illimités, avaient néanmoins un contre-poids dans ce fait , que leur durée ne s'étendait guère au delà de frois ans. Il disposait des forces militaires, et l'amiral V des Indes lui-même, quand il en existait un, était soumis

à ses ordres. Dans les affaires civiles, le tribunal du viceroi , siégeant à Goa , décidait en dernier ressort et sans appel.

En dehors du gouvernement de l'Inde proprement dit, le vice-roi ou gouverneur avait à diriger quatre grands gouvernements placés sous l'autorité de gouverneurs qui ne relevaient que de lui. Ces gouvernements, par ordre d'importance, étaient : 1° celui de la côte orientale d'Afrique, dont le centre politique avait été transporté à Sofala, après l'abandon de la forteresse de Kiloua, et le fut ensuite à Mozambique; 2° celui de Malacca, dans la presqu'île de ce nom; 5° celui de la citadelle et de la ville d'Hormouz, qui comprenait aussi toutes les possessions portugaises, dans le golfe Persique; 4° enfln, celui de l'île de Ceylan.

Chacune des dépendances de ces gouvernements avait son organisation militaire, ses administrations civiles, financières, religieuses, toutes reliées au gouvernement dont elle relevait, et par lui, au gouvernement central de Goa.

Partout des villes considérables, des forteresses puissantes, de nombreuses églises et d'autres établissements religieux s'étaient élevés. Goa, en i559, avait été érigé en archevêché et primatie. L'ordre des Jésuites arrivait à la même époque, pour y poursuivre sa propagande active sur les pas de l'il-

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lustre François Xavier (1), et l'inquisition y avait établi son tribunal et son funèbre cortège. Heureusement, par un trait de politique habile, la liberté de conscience était respectée, dans cet enipire, pour ceui qui n'appartenaient pas à l'Eglise catholique. Sans cette circonstance, les marchands de tous les pays et de toutes les religions qui affluaient dajis les établissements portugais s'en seraient à jamais éloignésT^au grand détriment du conunerce des conquérants de l'Inde.

EnGn, à côté de ce gouvernement aux cent bras, aux proportions gigantesques, et sous son autorité dictatoriale, vivaient, ou plutôt végétaient, une multitude de rois terrifiés et soumis, livrant, bon gré mal gré, à leurs vainqueurs, l'influence et les richesses qu'ils n'avaient pas su défendre.

Comment s'éclipsa cette puissance? Comment cet édifice immense s'écroula-t-il?

A ce colosse il manquait d'abord une condition première de stabilité : une largeur suffisante à sa base. Le Portugal et son empire d'Afrique et d'Asie, c'était comme une pyramide mise en équilibre debout sur sa pointe, et que le dérangement d' un grain de sable peut faire vaciller.

Borné dans sa population comme dans son étendue, le petit royaume de Portugal ne pouvait aUmenter longtemps, sans s'épuiser, les garnisons de tant de forteresses et les équipages de tant de flottes, décimés rapidement par un climat dévorant et des batailles incessantes. Aussi se trouva -

(1) Voyez, pour les faits relatifs auv actes de François Xavior dans rinde portugaise, le premier volume de Oriente conquiêlado à Jésus Chrùlo pelot Padres da companhia de Jésus da provincia de Goa (l'Orient conquis à Jésus-Christ par les Pères de la compagnie de Jésus de la province de Goa), par le P. Francisco de Souza.

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t-on forcé bientôt d'être peu scrupuleux dans le choix des soldats , et d'en prendre une partie plus ou moins grande soit parmi les repris de justice, soit parmi les indigènes des colonies, ceux-ci ignorants, paresseux et cupides, toujours disposés à la trahison et à la révolte, ceux-là corrompant les autres par leurs vices, ou les irritant par leurs violences, j

En outre, longtemps féconde en grands hommes, la mère patrie, comme il arrive ordinairement, devait avoir des phases de stérilité. Pour la vice-royauté, il y eut des choix déplorables, marqués par l'incapacité souvent, par la cupidité presque toujours, par l'une et l'autre quelquefois. Sur tontes ces déprédations, toutes ces insuffisances, la métropole, éloignée comme elle l'était, ne pouvait avoir l'œil assez ouvert ni aviser assez promptement a.u remède. D'ailleurs, tant que l'argent attendu continuait d'affluer dans ses caisses, iglle restait aveugle ou fermait les yeux, ne s'apercevant pas que ses fondés de pouvoir lui tuaient petit à petit sa poule aux œufs d'or.

Enfin les Portugais ne restèrent pas ce qu'ils étaient au début de la conquête. Cette valeur bouillante qui les emportait s'attiédit; l'enthousiasme s'épuisa; la foi se tut devant des intérêts plus immédiats; le mépris de la mort s'affaiblit devant les séductions d'une vie enivrante; le climat et les voluptés faciles énervèrent les forces physiques ; la faculté de jouir et de s'enrichir abâtardit les consciences et les courages; les caractères se dégradèrent ; les sentiments chevaleresques se prirent en pitié; les probités devinrent accommodantes; ce qu'on attendait autrefois du commerce et des chances heureuses de la guerre, on le de-

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manda à la contrainte et à la spoliation. En même temps l'orgueil croissait en raison directe de l'abaissement de tous, et faisait peser sur les vaincus, sur les alliés même, une tyrannie dont l'imprévoyance seule égalait la cruauté. Insensés, qui oubliaient, dans l'ivresse de leurs convoitises assouvies, dans le délire et les excès de leur toute-puissance, que, pour conserver les biens acquis, braver le désespoir des victimes et résister à des ennemis implacables et semblant renaître de leurs cendres, ils avaient plus que jamais besoin, en vue des périls du moment et des menaces de l'avenir, de ce courage et de cette force qui, chaque jour, en eux, s'alangulssaient.

En eflFet, les obstacles et les périls de toute sorte allaient désormais croître sans cesse pour les Portugais, et précipiter chaque jour leur ruine, déjà commencée par les causes de destruction qu'ils portaient en eux-mêmes. Nous avons signalé les premières luttes qu'ils avaient eues à soutenir avec les princes dépossédés ou tyrannisés des divers royaumes de l'Inde. Ces luttes, fomentées et soutenues avec ardeur par les Arabes, et surtout par le sultan du Caire, avaient eu, sans doute, presque toujours une issue funeste. Mais un adversaire plus belliqueux et plus acharné que les khalifes fatimites des bords du Nil, apparut bientôt sur la scène : en 1517, les Turcs se rendirent maîtres de l'Egypte, et dès lors commença, entre ce jeune et vigoureux peuple et l'empire portugais d'Orient, une guerre qui, pendant près d'un siècle, rougit de sang ottoman et de sang chrétien la mer qui baigne les rivages de l'Arabie et les côtes occidentales de l'Inde. Sans doute, dans cette longue bataille, où, malgré d'assez nombreux revers, le Portugal se couvrit de gloire, celui-ci

rendit à la chrétienté» encore une fois menacée» un immense seryice en occupant, au loin, une partie des forces de cette puissance envahissante des O^ianlis, qui 6t trembler l'Europe et amena ses hordes victorieuses jusque sous les murs de Vienne ; sans doute aussi » les flottes infatigables du sultan de Constantinople finirent un jour, vaincues et lassées, par disparaître des mers de l'Inde. Mais les ressources des Portugais s'usèrent dans ce conflit; d'énormes pertes d'hommes s'ensuivirent fatalement pour eux, et les peuples conquis, entretenus dans une habitude de rébellion funeste -au conquérant, apprirent, par les quelques victoires des Turcs, que leurs dominateurs n'étaient pas invincibles. En dernier résultat , quand ces agresseurs opiniâtres disparurent du champ de bataille, les Portugais étaient si affaiblis, que les Persans, s'y montrant à leur tour, sous- le règne d'Abbas le Grand, au commencement du xvii* siècle, ne tardèrent pas à se rendre prépondérants dans les eaux du golfe Persique, et finirent par les chasser de leur magnifique établissement d'Hormofuz.

Ce n'est pas tout ; des complications survenues dans la politique intérieure du Portugal^ hâtèrent le mouvement de décomposition qui s'opérait dans son empire d'Orient. Après la malheureuse expédition faite en Afrique, par le roi Dom Sébastien, expédition qui coûta la vie à ce jeune prince, le cardinal Henri , son oncle, avait occupé le trône pendant deux ans; mais, à la mort de celui-ci, les deux branches masculines de la maison régnante se troiivant éteintes, une guerre de succession s'alluma entre l'Espagne et le Portugal, qui , peu de temps après, en 1580, passa sous la domination espagnole. Cependant les Portugais ne

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se soumirent qu'avec une répugnance manifeste, et il résulta, pour eux, de la perte de leur indépendance, un étal d'anarchie morale, de dégoût et de découragement qui se propagea jusque dans leurs établissements les plus éloignés. L'esprit de nationalité ayant cessé de les stimuler au railieu des luttes qu'ils avaient continuellement à soutenir dans l'océan Indien, ils se battirent avec moins de courage, plus soucieux de leurs intérêts privés que d'une gloire qui ne rejaillissait plus directement sur la patrie, mais sur l'Espagne. Lorsque, soixante ans plus tard , une révolution nouvelle arracha aux successeurs de Philippe II le tr6ne de Portugal , ely fit monter la maison de Bragance, le mal était fait et en grande partie irrémédiable. De plus, les guerres qui s'ensuivirent entre les deux nations furent , pour le Portugal, une nouvelle cause d'affaiblissement, et le mirent ainsi hors d'état de s'occuper sérieusement de la conservation de ses possessions de l'Inde et de lutter ayec avantage contre les nouveaux compétiteurs entrés dans la lice pour les lui disputer, vers la tin du xvi* siècle.

En effet, l'Europe, au sein de laquelle se formaient de puissantes nations, ne pouvait ignorer longtemps la route qui avait conduit les Portugais vers ces pays lointains dont la possession les enrichissait et faisait pour tous le sujet permanent d'une jalouse envie. Déjà les Espagnols, leurs rivaux de gloire et de génie dans la carrière des découvertes maritimes, étaient venus les inquiéter à l'extrémité orientale de leur empire. En 1520, Magellan franchissait le détroit auquel il a donné son nom, traversait l'océan PaciGque, et se heurtait contre eux dans l'archipel des Moluques, mettant, par cette rencontre, dans un grave embarras l'infaillibilité

du pape, dont les bulles avaient attribué à la couronne de Portugal les contrées à découvrir du côté de l'Orient, et à la couronne d'Espagne, celles que ses navires rencontreraient du côté de l'Occident. En cette circonstance, les Portugais ne durent le maintien de leur domination dans l'archipel des Moluques qu'à un heureux traité passé, en 1529, par le roi Jean II avec l'empereur Charles-Quint , qui , plus occupé des affaires continentales que de celles d'outre-mer, et réduit, par son ambition, à avoir toujours besoin d'argent, consentit, moyennant une somme de 35,000 ducats, à engager ces îles au roi de Portugal.

Mais des rivaux plus opiniâtres et moins accommodants devaient se présenter bientôt sur la scène. Sous le règne de Philippe H , maître alors du Portugal , la Hollande, petite république de pêcheurs et de marchands, commençait à devenir une des puissances maritimes les plus importantes, grâce à l'austérité des mœurs de ses habitants, à la sagesse de ses lois et A sa constitution, à sa tolérance et au génie entreprenant de son commerce, auquel les principaux habitants d'Anvers, de Gand et de Bruges, fuyant la tyrannie du sombre monarque de l'Escurial , étaient venus porter le recours de leurs capitaux et de leur industrie. Les Hollandais, dont les flottes militaires protégeaient efficacement les flottes marchandes, et avaient plus d'une fois humilié la marine espagnole, sentaient leur ambition s'accroître par suite de leurs premiers succès, et cherchaient à étendre partout leur commerce. Déjà ils étaient maîtres, en quelque sorte, du marché de Lisbonne, où ils achetaient les denrées de l'Inde pour les revendre dans toute l'Europe; et lorsque Philippe, en l'année 1594, défendit à ses nouveaux sujets toute

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relation commerciale avec eux, cette interdiction impoli' tique n'eut pas seulement pour résultat de faire perdre aui marchands portugais les bénéfices qu'ils faisaient a?ec la Hollande, elle força celle-ci , dont le commerce ne pouvait se soutenir sans les denrées de l'Orient, à rechercher sérieusement le moyen d'aller les prendre elle-même à leur source première. Après quelques tentatives pour trouver un passage vers la Chine et le Japon par les mers du Nord , les Hollandais écoutèrent les propositions d'un de leurs marchands, nommé Cornélius Houtman, homme de tète et d'un génie hardi, qui, prisonnier pour dettes à Lisbonne, offrit aux négociants d'Amsterdam de leur ouvrir la route de l'Inde et de les renseigner sur le commerce de cette contrée, s'ils voulaient faire cesser sa caplivité. L'offre ayant été acceptée, Houtman sortit de prison, et ses libérateurs, ayant formé une association sous le nom de Compagnie des pays lointains, lui confièrent, en 1595, quatre vaisseaux, avec lesquels il doubla le cap de Bonne-Espérance, toucha à Madagascar, aux Maldives, et se rendit enfin aux îles de la Sonde.

Dès ce jour, les Hollandais ne sortirent plus des mers de l'Orient, où ils eurent pour auxiliaire la haine que les peuples de r Indo-Chine avaient vouée aux Portugais, haine que les nouveaux venus devaient mériter et subir à leur tour, lorsque, corrompus par le pouvoir et l'opulence, ils laisseraient l'orgueil et la cruauté remplacer dans leur cœur cette austère simplicité et cette mansuétude qui les avaient aidés à supplanter leurs rivaux.

Mais la Hollande ne fut pas la, seule ennemie à laquelle le Portugal dut disputer ses possessions : une rivale non moins envahissante vint aussi demander sa part de la cu- I. 35

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rée. L'Angleterre» au sein de laquelle s'étaient réfugiés (cause première de sa prospérité commerciale et manufacturière) d'habiles fabricants chassés de la Flandre par les cruautés du duc d'Aibe, et des ouvriers de toutes sortes poussés hors de la France par les persécutions des catholiques contre les réformés, l'Angleterre, disons-nous, sous le gouvernement ferme et éclairé de la reine Elisabeth, avait fait des progrès remarquables dans le commerce et la navigation. Après avoir, pendant quelque temps, demandé à la Turquie les marchandises de l'Orient, ses marchands à leur tour songèrent à s'ouvrir une route directe vers l'Inde. Déjà plusieurs tentatives avaient été faites sous Henri YIIl, mais sans succès, pour se frayer, vers la Tartarie, la Chine ou le Cathay, ce passage par le nord-ouest, encore vainement cherché de nos jours. Mais bientôt, s' élançant par des routes plus sûres et plus faciles, les navigateurs anglais pénétrèrent aux Indes, soit par la mer du Sud , soit par le cap de Bonne-Ëspérance : tels furent Francis Drake, en 4579; le capitaine Stéphens, en 1582; et Cavendish, en 1587. Ces voyages furent assez fructueux pour déterminer les principaux négociants de Londres à former, en l'année 1600, une société qui obtint le privilège exclusif du commerce de l'Inde.

Tels étaient (et nous ne parlons pas de la France, qui ne fit son apparition dans ces mers qu'en 1664, sous Colbert), tels étaient les nouveaux ennemis qu'allaient avoir à combattre les Portugais déjà affaiblis, d'un côté, par leurs fautes , leurs vices et leurs crimes , de l'autre par les révoltes des peuples conquis et les hostilités acharnées des sultans de Constantinople que devaient bientôt remplacer celles de la Perse, et plus tard celles de l'Omâh.

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Par quel ma^en pouvaiUelie résister à tant d'élémeots de destruction» cette puissêDce dont l'éclat et l'étendue étaient en quelque sorte factices? Quelque splendide et vaste que soit sa feuillée» ei à cause de son exubérance même, un arbre sans racines ne résiste pas à la tempête. Tel est le sort des empires fondés et exploités par la conquête : ils vivent à la surfoce du sol > brillants comme le sable, et comme lui mobiles l La conquête I . . . . Pour qu'elle pénètre dans le sol et s'y consolide, il faut qu'elle soit aussi bienfaisante pour les populations conquises qu'avantageuse pour les conquérants; mais si elle n'est autre chose que l'exploitation du faible par le fort, du vaincu par le vainqueur, une sorte de piraterie intérieure, un pillage organisé au proGt d'une oligarchie de marchands et de soldats, elle ne se créera pas d'assises solides, et les siècles ne s'accumuleront pas sur elle. Ainsi en a-t-il été pour la conquête portugaise comme pour tant d'autres, et un avenir prochain nous dira si ces principes doivent recevoir un démenti de l'expérience que poursuit, depuis deux siècles à peine, la puissante Angleterre, qui possède aujourd'hui , dans les mêmes contrées, des domaines encore plus vastes que ceux dont les Portugais furent jadis les maîtres.

r^ous allons revenir maintenant à la côte orient-ale d'Afrique, et nous suivrons désormais, sans digression, le cours des événements qui s'y passèrent. Nous avons déjà dit qu'après la destruction de Mombase par Nuno da Cunha, en l'année 1529, la domination portugaise avait été, sur toute l'étendue de celte côte, exempte de contestation sérieuse. Mombase elle-même, si prompte à la révolte, resta longtemps inoCfensive, au moins si nous en jugeons par le silence des traditions à cet égard. Ln fait rapporté par Faria

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y Soaza nous en donne même là preuve positive ; il nous apprend , en effet, qu'à la fin dé l'année 1554, le navire l'Espadarte, faisant partie de la flotte envoyée dans l'Inde, sous les ordres de Dom Pedro de Mascarenbas^ relâcha à Mombase, circonstance qui fait penser non-seulement que le sultan de cette ville était alors en paix avec les Portugais, mais encore que, si l'bistoire est muette, c'est qu'elle n'avait rien à enregistrer, puisqu'elle ne reste pas indifférente à un fait si peu important que la relâcbe d'un navire. Pendant le temps écoulé jusqu'à l'époque que nous venons de citer, la domination portugaise à la côte orientale d'Afrique s'était à la fois fortifiée et qrganisée. Puis, quand elle fut ainsi maîtresse assurée du littoral , l'ambition des ca^ pitaines s'accrut, et ils en vinrent à rêver de porter la conquête jusqu'au milieu des immenses régions de l'intérieur.' Pour de pareils projets, si disproportionnés avec les moyens d'action de ceux qui les concevaient, le sabre ne saurait être que le jouet d'un enfant ou d'un fou, impuissant contre l'obstacle, et dangereux pour la main qui le manie. C'est dans ces cas que les influences pacifiques viennent montrer leur supériorité sur la puissance matérielle et rappeler à celle-ci que, soumise aux lois physiques, il lui faut proportionner la force à la résistance. La foi et l'intérêt, qui, tous les deux, transportent les montagnes, pouvaient seuls, par la religion et le commerce, conquérir peu à peu, mais plus vite encore et plus sûrement que la guerre, l'empire convoité. La religion , comme nous l'avons déjà indiqué, n'avait pas été inactive dans les colonies portugaises. La première des missions apostoliques qui travaillèrent de concert à la propagation de la foi catholique fut fondée et di-

rigée par saint François Xavier et ne parait pas avoir créé d'établissement religieux à la côte orientale d'Afrique; mais la seconde; qui fut celle de Saint-Dominique, en fooda un à MozamBique; celle des Augustins, qui vint après, en organisa un autre à Mombase ; enGn y la compagnie de Je* sus, dont les missions se répandirent dans le monde entier, en établit plusieurs à Mozambique et sur les bords du fleuve Couama. C'est à ce dernier ordre de religieux que sont dues les premières tentatives faites pour conquérir, à I

l'intérieur de l'Afrique orientale, une influence paciflque. I

En 4560, le père Gonçalves da Sylveira, jésuite portugais , '

réussit à baptiser (i) l'empereur régnant du Monomotapa et sa mère, dont un nombre considérable des principaux personnages de l'empire suivirent l'exemple. Mais les cérémonies du culte ne font pas le chrétien, et les conversions ne sont pas solides quand les signes extérieurs seuls y ont présidé et que l'esprit n'y a pris aucune part. En effet, un an à peine écoulé, l'empereur, cédant aux suggestions de ses favoris, qui étaient mahométans, abjura sa nouvelle religion et fit mettre à mort celui qui la lui avait enseignée,

(1) Çuand nous parlons de la puissance du prosélytisme religieux , nous ne l'envisageons qu'au point de vue absolu. Nous n'avons garde d'oublier la vanité des efforts ( efforts glorieux sans doute ) tentés par les missionnaires religieux au sein des populations de l'Asie et de l'Afrique, depuis les découvertes des Portugais jusqu'à nos jours. Une religion s'impose vite et sûrement à une société, quand celle-ci est déjà préparée, par son état moral, à la recevoir, mais seulement alors. Ainsi fut-il du-

catholicisme pour la société gréco-romaine. Quant aux peuples de l'O- \

rient, leurs mœurs, on ne peut plus le nier, les rendent réfractaires au catholicisme. Essayer de les convertir avant d'avoir, par d'autres moyens, modifié les mœurs et cultivé les intelligences, c'est vouloir commencer un édifice par le faite et donner au monde le regrettable spectacle àç l'infécondité du sang des martyrs.

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et cinquante de ses nouveaux prosélytes. Mais les conseillers eurent le tort qu'avaient eu déjà les convertisseurs, de compter sans la mobilité d'esprit du monarque. En effet, celui-ci se repentit bientôt de sa précipitation «t fit punir les mahométans du dernier supplice. Aussi , quand les jésuites de Cochim, informés du revirement qui s'était opéré dans les dispositions de leur catéchumène , envoyèrent deux des leurs faire une nouvelle tentative auprès de lui , ceux-ci le décidèrent sans peine à revenir sur son abjuration, et obtinrent de lui pleine liberté de propager leur religion dans ses États. Ils avaient ainsi l'occasion de conquérir une immense influence; mais l'imprudence de Dom Sébastien, alors roi de Portugal, vint bientôt faire évanouir leurs espérances, en substituant à l'action lente, mais pacifique, des missionnaires un projet «^bitieux d'agression et de conquête.

Cette conquête, c'était celle des mines d'or et d'argent du Monomotapa {\). L'expédition fut confiée à Francisco

(1) Voici , eo résumé, ce que les historieos portugais postérieurs à Barres nous ont appris au sujet du Mouomotapa :

Le Monomotapa se dirise en empire oriental et en empire occidental. Ce dernier, le plus étendu , se nomme Mocaranga et comprend huit royaumes, savoir : Corrouro-Medra, MoudjAou (*), Mococo, Tourgéno, Gengir-Bomba, Maooemougess (**), Boueoga et Bororo. L'empire oriental , qui s'appelle plus particulièrement le Monomotapa, comprend aussi huit royaumes, qui sont les suivants : Chicova,>Sacoumbé, ignabasaé, Mougnare, Chiroro, Manica, Gbingamira et Sofala. Tous ces royaumes sont tributaires de'rempereur du Monomotapa, excepté Sofala, dont les Por-

(^') Les bisloriens portugais nous paraissent avoir donné au pays le nom que les indigènes donnent à se* babiUnt*. Maadjâoa, on plutôt Mouiâo, et , par eootnctioo, M'ilo, signifie an iKMniBe dm p*7< d* laA. { Vojret ci-jiprèK la note 1 de la page 3S)9.]

(**) Nous ferons, au aujel de ce mot , la xaivae observation qu'à la note ci-dessus. Manoemougesa, ou plntAt Sloiinjamouéxj, et par contraction M'njamouéxj, signiCe un homme du paj^ d« Nyamoué«j.

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Barreto, naguère gouverneur des Indes, et qui, au sortir de ce po8te éminent, accepta, par dévouement i son pays, le titre précaire de gouverneur du Monomotapa.

Barreto vint mouiller à Mozambique vers la fin de l'année 1569, avec une flottille de trois vaisseaux et mille hommes de troupes destinées à l'expédition. A son arrivée sur la côte, il eut d'abord à châtier le sultan de Patta, qui s'était révolté contre l'autorité portugaise. Il fit ensuite ses dispositions pour la conquête qu'il avait mission d'en* treprendre. Le personnel et le matériel de l'expédition furent transportés par mer jusqu'à l'embouchure de la rivière Couama (i) [rio dos bom sinaes),'ét remontèrent jusqu'à Sena, d'où l'armée se rendit à Iranapola.

lugais sont possesseurs exelnsifs. Tout ce territoire est riche en mine^i d'or et de pierres précieuses, fertile en cannes à sucre, riz, blé, légumes, bétail, et en toutes sortes de productions; il aboede en éléphants et en chevaui marins. Les montagaes sont très-froides et les vallée» krAIantes. Il est parcouru, du nord au sud, par une cordillère qui porte le nom de montagnes de Loupala ; ces montagnes sont très-élerées et to«iears couvertes de neige.

Les naturels sont régis par un gouvernement despotique, dent le chef a un titre analogue à celui d'empereur. Us croient k un être suprême mais ne lut rendent aucun culte; ils sont superstitieux et ont foi aoi philtres et aux enchanteurs; ils ont des jours fériés, parmi lesquels est celui de la naissance de l'empereur. Celui-ci a une cour et une garde d'honneur; les lieux où il réside se nomment Zimboe.

Ces quelques détails, joints à la grande description de Barros (ci-devant page 337, note 1), suffiront à l'intelligence du récit qui va suivre et des autres fiaits que nous aurons à raconter plus tard. Du reste nous avons déjà reconunandé au lecteur curieux de renseignements plus détaillés sur cette région le livre, fort intéressant, de Dom Sebastien Xavier Botelho.

(1) La riviène Couama ou le Zambèze est un des fleuves les plus remarquables de l'Afrique. La source en est inconnue, et qurlque« auteurs ont supposé qu'elle était la même que celle du Nil. Elle se «lirise ea deux

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 partir de ce point, la marche des Portugais se trouva entravée par de sourdes hostilités de la ^art des indigènes, et Barreto, jugeant nécessaire de s'assurer d'abord l'adhésion de l'empereur du Monomotapa, envoya des ambassadeurs à ce prince et lui fit offrir le concours des forces dont il disposait pour ramener à l'obéissance le roi de Mongas, révolté contre son suzerain. L'offre de Barreto n'avait d'au-

bras sur le territoire de Qaipango, 30 lienes au-dessus des embouchures par lesquelles elle se jette k la mer. Le bras le plus au sud porte le nom de Loaabo, emprunté du territoire qui en borde la rive gauche; celui du nord prend le nem de Quilimane. Du côté de la terre ferme, le fleure arrose, au nord, les terres de Botonga; au sud, celles de Bororo. Les deux bouches sont séparées l'une de l'autre par un intervalle de 18 lieues, et le delta circonscrit entre les deux divisions principales du fleuve s'appelle l'tle de Chingoma. Ce §ont, à proprement parler, deux Iles très-rapprochées que sépare seulement un bras de rivière ; elles portent le nom d'Iles Louabo et May ndo. Cette dernière est un praxo de la couronne de Portugal; autrefois fort riche, elle est aujourd'hui trèspauvre de colons et de culture.

Le Zambèze reçoit plusieurs affluents considérables. L'un d'eux, le Chiri , s'y jette 10 lieues en dessous de la ville de Sena, un peu au-dessus de son confluent, enceint l'Ile d'Ignagone.

Le Zambèze remonte ensuite vers Sena, coupe en deux la cordilière de Loupata, baigne le territoire de Mongas, reçoit les eaux de la rivière de Chireira, et arrive à Tête, distante de Sena de 60 lieues. Au-dessus de Tête, le fleuve est navigable jusqu'au royaume de Lacoumbé; puis, pendant vingt-quatre lieues, jusqu'au royaume de Chicova, il ne l'est plus, à cause des rapides et des roches qui s'y rencontrent fréquemment. Au-dessus du royaume de Chicova, il redevient navigable, et on ignore où il cesse de l'être.

C'est par la barre du nord, autrement dit celle de Quilimane, que les navires entrent dans le Zambèze, le bras dit Louabo étant d'une navigation très-irr^gulière et périlleuse; aussi la ville de Quilimane est-elle devenue de bonne heure fort importante conune centre du commerce qui s'est établi entre Mozambique et les villes de Sena et de Tête. (Voir l'ouvrage de Xavier Botelho déjà cité , et , pour certains points de cet ouvrage, les assertions contraires contenues dans le Rapport manuscrit de M. Loarer au ministre de l'agriculture et du commerce.)

tre but que de justifier, aux yeux de l'empereur, l'invasion du territoire de Mongas, qui, placé sur la route de Sena aux mines, devait être nécessairement traversé par l'expédition. Les ambassadeurs furent bien accueillis du prince, qui accepta les propositions de Barrelo et voulut même, prétend l'historien portugais, placer sous ses ordres cent mille de ses guerriers, que le général portugais refusa. L'armée se dirigea alors vers le territoire de Mongas , et , sans être arrêtée par les difficultés de la route et la résistance des indigènes, arriva devant la ville du même nom et s'en empara. Effrayés des rapides succès des Portugais et de l'usage terrible qu'ils faisaient de leurs armes à feu , les indigènes demandèrent la paix, et la marche de l'expédition allait, sans doute, devenir plus facile, grâce aux négociations qui se poursuivaient dans ce but, lorsque la nouvelle de la révolte d'un de ses lieutenants, à Mozambique, fit penser à Barrelo que sa présence y était nécessaire. Il laissa donc le commandement de l'expédition à Vasco Fernando Homem, el se hâta de retourner vers la côte. Son arrivée à Mozambique y rétablit l'ordre, ce qui le laissa libre d'aller reprendre la conduite de l'expédition; mais, à son passage à Sena, il mourut. Vasco Homem, désigné pour succéder à Barreto dans le commandement, fut détourné de poursuivre sa route par les suggestions du R. P. jésuite Monclaros, et ramena ses troupes à Mozambique. Mais ce religieux vint à mourir, et Homem, cessant d'être sous son influence, prit de nouveau la résolution de tenter la conquête des raines. Celte fois, il choisit, pour y pénétrer, la voie de Sofala, offrant beaucoup moins de difficultés que celle qui avait été précédemment suivie par Barreto. Elle le conduisait plus directement aux mines de Man-

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chika, situées dans le royaume de Chicanga, qui borde, du côté de l'ouest, celui de Quiterve. Après avoir vainement cherché à se concilier le bon vouloir du chef de ce dernier royaume, Vasco Homem s'engagea à travers les États de ce prince, et défit plusieurs bandes de Cafres qui tentaient de s'opposer à son passage. Le roi de Quiterve ordonna alors à ses sujets d'abandonner leurs villages et de fuir, en emportant tout ce qu'ils possédaient, devant les envahisseurs : il espérait ainsi afifamer les Portugais, qui , en efifet, souffrirent tleaucoup de la disette. Mais cela n'empêcha pas Vasco Homem d'arriver à Zimbaze (1) , la ville capitale du pays, (|ue le roi avait lui-même quittée pour se retirer dans les montagnes. Vasco Homem brijla cette ville et continua sa marche vers le pays de Chicanga, où la crainte, plus que la sympathie, le fit recevoir avec de grandes démonstrations d'amitié. Il obtint du souverain de cette contrée la'îiberlé du passage pour arriver jusqu'aux mines; mais, pour en extraire les produits, il fallait beaucoup de travail, et plus de bras et d'instruments que les Portugais n'en avaient à leur disposition : aussi, parvenus au but de leur voyage, ils s'aperçurent bientôt de la vanité de leurs espérances. Vasco Homem prit donc le parti de retourner sur ses pas, et rentra dans le Quiterve, dont le roi , revenu de ses préventions, lui permit de pénétrer jusqu'aux mines de Manninas, à la condition de payer un tribut annuel. De là, il passa dans le royaume de Chicova, où on l'avait flatté de trouver des gîtes argentifères d'une grande richesse. Vasco Homem, après y avoir assis son camp, apporta tous ses soins à se

(1) Il s agit probablement ici duo Zimboë ou résidence du souverain.

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procurer des informutioDS précises. Mais les indigènes, jugeant que; si les mines étaient connues, leurs intérêts en souffriraient beaucoup, employèrent divers stratagèmes pour rendre inutiles les recherches des Portugais; alors, désappointé de l'insucxîès des fouilles qu'il avait fait exécuter, voyant, en outre, que les provisions commençaient à manquer, Vasco Homem prit le parti de se retirer, laissant dans le pays le capitaine Antonio Cordoso d'Alraeïda, avec deux cents hommes et le matériel nécessaire pour continuer les travaux commencés. Après le départ de Vasco Homem, Cordoso d'Almeïda et sa troupe s' étant laissés aller aux fallacieuses promesses des indigènes, tombèrent dans une embuscade, où ils périrent tous.

Telle fut la fin du prétendu gouvernement portugais dans le Monomotapa : il n'eut pas plus de réalité que de durée, puisque, des deux personnages qui portèrent le titre de gouverneur, l'un périt, presque en arrivant, du chagrin, dit-on, de se voir outragé par un homme d'église (1). et que l'autre, à peine sur les lieux, se laissant tromper, comme un enfant, par les ruses de quelques sauvages, se décida à une retraite presque immédiate. Quoi qu'il en soit, la paix ne fut nullement troublée par les tentatives qui venaient

(1) En arrivant à Sena, Barreto avait reçu du Père Monclaros les reproches les plus sanglants et les invectives les plus imméritées à propos de cette malencontreuse etpédition, dont Barreto était loin d'être l'auteur, et qu'il n'avait entreprise que sur les ordres du roi Dom Sébastiam. Les historiens portugais attribuent la mort prématurée de Barreto au chagrin que lui causèrent les attaques violentes dont il fut l'objet de la part du jésuite que nous venons de nommer.

L'auteur d'Orienté conquislado a protesté contre cette allégation et l'a déclarée calomnieuse. (Voyez Oriente conquis tado , etc., tome II, conq, V, d. i, s 12.)

d'êlre faites, et les relations commerciales n'en subsistèrent pas moins entre les Portugais et l'empereur du Monomotapa.

Le maintien de leur domination à la côte d'Afrique exigeait que les Portugais ne se départissent jamais d'une grande prudence et d'une grande modération dans leurs rapports avec les peuples de l'intérieur. L'expédition dont nous venons de rendre compte n'était pas seulement insensée au point de vue de la disproportion qui existait entre les moyens de l'attaque et ceux de la défense; elle exposait encore les établissements de la côle à un double péril , en leur suscitant des ennemis du côté du continent, alors qu'ils pouvaient craindre, à chaque instant, d'être attaqués du côté de la mer. Dans cette dernière prévision, il était d'une saine politique de se ménager toujours l'amitié ou, tout au moins, la neutralité des nations indigènes. Le gouvernement de Lisbonne se trouvait dans l'impossibilité d'entretenir des forces suffisantes sur tous les points de l'immense littoral de son empire; et si la paix qui , depuis longtemps, régnait à peufjjrès complète à la côle d'Afrique, lui avait permis de n'y entretenir que des forces peu importantes, cet état de choses pouvait changer d'un moment à l'autre, comme le prouvent les événements qui survinrent quelques années après la folle tentative faite dans le Monomotapa.

Les agressions des Turcs n'avaient pas encore été dirigées contre les .établissements portugais de l'Afrique orientale; mais, en l'année 158G, un aventurier de cette nation, connu sous le nom de l'émir Ali-Bey, réputé pour sa bravoure, son audace et son activité, et qui s'était rendu célèbre, quelques années auparavant, par une attaque hardie

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contre Mascate, qu'il avait saccagée, résolut d'exécuter, sur la côte d'Afrique, une entreprise digne de la réputation qu'il s'était faite. Il partit de la Mekke avec deui navires en si mauvais état, que l'un d'eui périt bientôt de vétusté. Avec l'autre, il vint se présenter devant Moguedchou et annonça a^x chefs de cette ville que, sur l'ordre de son souverain, il venait faire reconnaître l'autorité de celui-ci par tous les cheikhs de la côte de Melinde, et qu'il avait, pour l'appuyer dans celte mission, une grande flotte, qu'il précédait. La population de Moguedchou s'empressa de reconnaître la suzeraineté du sultan de Constantinople. Ali-Bey se transporta ensuite à Louziva, où, aidé par la trahison du cheikh de la ville, il s'empara d'un navire richement chargé. Roque de Brito, qui le commandait, et son équipage parvinrent à s'échapper et se réfugièrent à Lâmou ; mais le cheikh de cette île, prenant parti pour Ali-Bey, les lui livra. Roque de Brito fut, avec ses compagnons, réduit en escl^ivage, et mourut à Constantinople. A Palta , un autre navire portugais eut le même sort que celui de Brito, et Ali-Bey se vit bientôt à la tête d'une flottille de bateaux capturés, à l'aide desquels il trafiqua dans toutes les villes du littoral, prêchant partout la révolte. En peu de temps, il décida ainsi les gens d'Ampaza (Paza ou Faza), de Lâmou, de Momh base, de Kilifi, de Braoua, de Jougo (1) et autres villes à se soumettre au sultan de Constantinople, comme avaient fait ceux de Moguedchou. Tout cela fut exécuté sans obstacle, au moyen de la fausse nouvelle, qu'il répandait partout, de l'arrivée prochaine d'une flotte turque nombreuse.

(1) Ce nom est tout à fait inconnu; c'est probablement de Koujnu ou de Joubo que les historiens ont voulu parler.

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Car les forces avec lesquelles il se présentait n'étaient pas de nature à effrayer beaucoup : il n'avait eu, pour armer ses prises, que les quatre-vingts hommes qui étaient sur sa galère; et celle-ci se trouvait, d'ailleurs, en si mauvais étot, qu'à son retour elle s'entr'ouvrit et sombra dans le port de Massouah, sur la côte d'Abyssinie, où il avait relâché.

Le cheikh de Melinde seul était resté fidèle au gouvernement portugais. Instruit par lui de ce qui se passait, le viceroi Dom Duarte de Menezes fit partir de Goa une flotte de dix-huit navires, sous le commandement de Martim Âffonso de Melo Borabeyro. Celui-ci, s' étant présenté successivement devant Mombase et les autres villes où l'insurrection avait éclaté, incendia la première et réduisit les autres à l'obéissance. ^

Quelque éphémère qu'ait été le succès de cette romanesque échauffourée, il montre combien était précaire l'état de soumission de la côte orientale d'Afrique. Aussi dut-il faire comprendre aux populations soumises combien étaient grandes les chances de la révolte; aux ennemis des Portugais, à quel point étail vulnérable leur domination dans ces parages.

L'émir Ali-Bey ne tarda pas à mettre à profit les enseignements qu'il avait puisés dans le cours de son expédition, et on le vit bientôt se remettre en campagne. Parti de Moka dans les premiers jours de 1589, avec une flottille de cinq voiles, il se présenta devant Melinde; mais une vaillante résistance de Matlheos Meiides de Vasconcellos l'obligea de renoncer n son entreprise sur cette ville. Alors il se dirigea sur Mombase, pour préparer dans ce port une nouvelle attaque contre Melinde. En môme temps, le gouverneur de l'Inde, Manoel de Souza Coutinho, qui avait été prévenu de la pro-

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chaîne arrivée de l'émir Ali-Bey à la côte, envoya, pour mettre obstacle à ses desseins, nne flotte de vingt navires, montée par neuf cents hommes et commandée par son frère Thoffié de Souza Coutinbo. Après avoir relâché à Braoua , Ampaza, Lâmou et Melinde, le capitaine portugais vint jeter l'ancre, le 5 mars 1589, devant Mombase, où s'était retranché l'émir Ali-Bey. Pendant qu'il s'apprêtait à attaquer la ville par mer, une armée nombreuse d'indigènes se trouvait campée sur la terre ferme, autour de l'étroit canal qui la sépare de l'île.

Ces indigènes étaient un essaim sorti d'une nombreuse peuplade de Cafres connus sous le nom de Zimbas (1), et sur le compte desquels nous aurons bientôt occasion de revenir. Ils avaient quitté les territoires qu'ils occupaient sur les bords du fleuve Couama, et s'en allaient è travers les régions intérieures de l'Afrique orientale voisines du littoral, ravageant tout sur leur passage, égorgeant et dévorant tout ce qui avait vie, hommes et animaux, ne laissant après eux qu'un vaste désert (2). Quelques mois avant d'arriver devant Mombase, ils s'étaientarrêtésdevantKiloua, et avaient assis leur camp sur les bords du bras de mer qui cnceint l'ile où était bâtie cette cité. Kiloua se trouvait, de la sorte, bloquée et ne recevait plus du continent les approvisionne-

(1) Nous croyons que Zimba était le nom du pays habité par cette peuplade, et qu'il faut dire les Ouazimba, c'est-à-dire les hommes du pays de Zimba; au singulier, Mouzimba ou M'zimba, un homme du pays de Zimba. Les monosyllabes mou et oua sont les abrériations des mots souahhéli moulou et oxuilou, par lesquels on désigne un homme et des hommes.

(2) Voyez, pour les détails concernant cette peuplade, chapitre xm, page 83, II* décade de VAsie, par Diogo do Coato.

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ments qu'elle avait coutume d'en tirer. D'ailleurs, tous les bestiaux et toutes les plantations que les Maures possédaient sur la terre ferme avaient été, en peu de temps, détruits ou consommés par les Ouazimba . Mais ceux-ci , dépourvus de barques, ne pouvaient pénétrer dans l'île. La trahison vint alors à leur secours. Un Maure ambitieux et cupide sortit secrètement de l'ile, pendant la nuit, en suivant un gué qui existait à mer basse, et alla oflfrir au chef de cette multitude de lui indiquer ce passage, s'il voulait assurer la vie sauve à tous les membres de sa famille et lui faire sa part dans le butin. Ces propositions furent acceptées, et les Ouazimba pénétrèrent dans l'île sur les pas du traître, pendant que les habitants se livraient au sommeil dans la plus complète sécurité. Une grande partie d'entre eux furent massacrés, et les autres faits prisonniers, à l'exception de quelques-uns qui parvinrent à s'enfuir et à se tenir cachés dans les bois, jusqu'à ce que leurs ennemis, rassasiés de massacres et de pillage, et laissant la ville à demi ruinée, fussent repassés sur la terre ferme. Le sort des prisonniers fut encore plus misérable que celui des victimes qui avaient succombé. Ils devinrent, les jours suivants, la proie des appétits monstrueux de ces barbares , qui étaient anthropophages. Selon Diogo do Couto, mais nous n'admettons cettie assertion que sous réserve, trois mille Maures, hommes et femmes, furent dévorés en cette circonstance. ^

Après la destruction de KiloUa, la horde dévastatrice se porta vers le nord et vint établir ses campements en face de l'île de Mombase, où ils se trouvaient, comme nous l'avons dit, lorsque la flotte de Thomé de Souza se présenta devant la cité rebelle; les infortunés habitants de cette ville se

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trouvaient donc pris entre deux feux , et de toute part ils avaient à combattre des ennemis impitoyables.

Quand le chef m'zimba vit les hostilités engagées par les Portugais et leurs affaires en bon train du c6té de la mer, il leur offrit sa coopération, qui fut acceptée par eux avec une déplorable imprudence. Mais la haine et la vengeance ne laissaient aucune place dans leurs esprits à une politique plus humaine. Les Ouazimba passèrent alors le gué, pénétrèrent dans la ville, et firent de ses habitants Maures et Turcs un carnage épouvantable. Ces malheureux, pour échapper aux.flèches et à la sagaie des nègres, se précipitaient à la mer, où les attendaient l'épée et le mousquet des chrétiens, qui complétaient l'œuvre de destruction. Quelques-uns furent cependant épargnés, et, en devenant captifs des Portugais, ils échappèrent au sort affreux qu'avaient subi les prisonniers faits à Kiloua par les Ouazimba, et qui fut aussi celui des gens de Mombase tombés aux mains de ces sauvages.

Au nombre des individus pris par les Portugais se trouvait l'audacieux Ali-Bey, qui , envoyé à Lisbonne, y mourut après avoir embrassé le christianisme.

De Mombase, Thomé de Souza se rendit à Lâmou; et,

pour terrifier les rebelles par un acte éclatant de sévérité

contre les principaux fauteurs de la révolte, il fit décapiter

le cheikh de cette ville, le frère du cheikh de Kilifi , et deu\

personnages marquants de Patta qui avaient été pris corn

battant dans les rangs des Turcs. Les cheikhs de Patta, de Sio

(Sihoui) et de Paza furent forcés d'assister à ces exécutions,

et leurs villes furent condaninées à payer les frais de la

guerre : le cheikh de Sihoui fut, en outre, emmené prison- L 26

nier. Les habitants de Mandra subirent aussi un châtiment exemplaire : leur vilte, située sur une île au sud de Patta, et les plantations de cocotiers qui l'entouraient rturent saccagées et détruites.

L'effroi que ces terribles représailles répandirent parmi les populations les fit encore une fois rentrer sous le joug, et leurs chefs prêtèrent de nouveau serment de fidélité au roi de Portugal , s'en^ageant à repousser les Turcs toutes les fois qu'ils se présenteraient.

Quant aux singuliers alliés d'un jour qui avaient coopéré, avec les troupes de Thomé de Souza, au sac de Mombase, ils se dirigèrent vers le nord , poursuivant le cours de leurs dévastations; et , peu de temps après que le capitaine-major eut quitté la côte, ils allèrent se présenter devant Melinde, qui se vit ainsi menacée du sort déjà éprouvé par Kiloua et Mombase. Mais la fermeté du sultan de cette ville et, surtout, le courage de Wattheos Mendes de Vasconcellos la sauvèrent de l'invasion. Trois mille lyiosséguejos(l) s' étant joints à la petite troupe de Melinde, l'armée des Ouazimba fut attaquée et mise en déroute.

Peu de temps avant l'époque où les villes rebelles de la côte de Melinde recevaient la cruelle leçon dont nous avons raconté les détails, une atteinte avait été portée à l'autorité

(1) Par les raisons données à la note 1 de la page 399, nous croyons qu'il faut dire les Ouacegueyo. Les Ouacegueyo étaient une tribu d'indigènes qui habitaient la côte de Melinde et les territoires environnants. Diogo do Couto les signale comme des hommes très- barbares , très- féroces et très-belliqueu\, chez lesquels une éducation toute particulière entretenait la force du corps et un courage à toute épreuve ; ils passaient pour être très-fidèles dans leurs amitiés. ( Voyez XI« décade , cbap. XXI, page 93 et suiv.)

dés Portugais dans l'îie de Pémba. Pembà était très-fertile en vivres de toute espèce, et particulièrement en riz : le bétail y était beau et en grande abondance. Le pays, coupé par de nombreux ruisseaux, était couvert de bois d'orangers et de citronniers donnant leurs fruits à qui voulait les cueillir. Malheureusement si fraîche, si boisée et si fertile qu'elle fût, elle était fort malsaine. Néanmoins, plus charmés de ses avantages qu'effrayés des inconvénients qui faisaient ombre au tableau, beaucoup de Portugais, commerçants ou sol dats, s'y étaient établis, bravant les maladies pour jouir de l'existence facile et confortable qu'on y menait.

Mais là, comme ailleurs, les Maures du pays avaienl à souffrir, de la part de leurs dominateurs, des vioFences el des humiliations de toutes sorte». Les fourberies des Portugais de Peraba étaient même passées en proverbe : les fourberies de Pembal disait-on sur toute la côte. Or il arrivii que les Maures, lassés du joug ignominieux qui pesait sur eux, résolurent de se soulever contre les Portugais el contre leur propre cheikh, qui s'entendait avec ces étrangers. Peut-être l'effet produit par la récente apparition de l'émir Ali-Bey dans ces parages entra-t-il pour quelque chose dans cette détermination. Quoi qu'il en soit, ils profitèrent d'une nuit pour assaillir les Portugais dans leur village, massacrèrent hommes, femmes et enfants , et envahirent aussi U demeure de leur cheikh. Ce dernier, cependant, parvint a s'échapper avec quelques Portugais, cl ils quitlèrenl l'ik', à l'aide de barques qui se trouvaient près du lieu du massacre. Ih se réfugièrent à Melinde, et se trouvaient dans cette ville au moment où le capitaine-major Thomè de Souza Coutinho y arrivait, envoyé par le vice-roi, son frère,

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contre l'émir Al i-Bey. Cet officier s'empressa de secourir le cheikh dépossédé, et le rétablit dans son gouvernement. Mais, quelques années après, les Maures de Pemba s'insurgèrent de nouveau , et notifièrent à leur cheikh qu'ils lui refusaient à jamais obéissance. Celui-ci se retira alors dans la forteresse de Mombase (1), où, après s'être fait chrétien, il épousa une Portugaise prise parmi les orphelines que la métropole envoyait dans ses colonies.

Pemba n'était pas la seule localité où la domination portugaise fût contestée ou précaire. Il résulte de certains passages de la relation d'nn voyage exécuté, en 1591, aux Indes orientales, par J. Lancaster (2), que, lorsqu'il se présenta , en septembre de celte même année , à Zanzibar, il s'y trouvait un petit comptoir et quelques facteurs portugais; que ceux-ci firent tous leurs efforts pour empêcher les Maures de cette île d'avoir des communications avec les Anglais, mais qu'ils n'avaient aucune force pour s'y opposer, ni assez d'autorité sur le cheikh du pays pour obliger lui et ses administrés de souscrire à leurs exigences. Cependant il est bien certain, et Lancaster luî-ntiême en eut la preuve durant son séjour à Zanzibar, que cette île était comprise au nombre des localités où les Portugais exerçaient un droit d'inspection et de souveraineté extérieure; mais, outre que celte souveraineté et ce droit étaient bornés et conditionnels, là comme dans toutes les localités où le sou-

^1) Comme la forteresse de Mombase ne fut cooslruite qu'en 1594, c'est postérieurement à cette date que dut avoir lieu la dépossessioQ définitive du cheikh de Pemba.

(2) Voyez le récit du voyage de Jacques Lancaster aux Indes orientales. Histoire générale des voyages, tome I, liv. u, chap. xvi.

verain ne pesait pas sur les populations à l'aide de forces sufGsantes , la révolte ou la résistance se produisaient avec une désespérante facilité.

Si les choses se passaient ainsi sur le littoral, les Portugais ne jouissaient pas de plus de calme et de sécurité sur les points de l'intérieur où ils avaient des établissements. Dans leur Etat de Mozambique, Sena et Tele, qui en étaient les principales dépendances, se trouvaient, par leur situation au cœur du pays , en rapport , en contact même avec diverses peuplades des plus remuantes et des plus belliqueuses. Comme Sena, que nous avons eu l'occasion de citer à prppos de l'eipédition de Barreto, Tête était une forteresse portugaise; bâtie sur la rive droite du Zambèze, et autour de laquelle il y avait onze villages habités par des Cafres vassaux du Portugal. Ces villages étaient placés sous le commandement direct de chefs cafres, qui, dans le langage du pays, portaient le nom d'Encosses; mais ceux-ci étaient sous l'autorité souveraine du capitaine de Tête, qui pouvait, selon son bon plaisir, les nommer et les déposer. Ces Cafres étaient essentiellement guerriers, et, livrés à euxmêmes, ils eussent été sans cesse occupés à guerroyer. « Il vaut mieux se battre, disaient-ils, que de labourer la terre. Le guerrier qui meurt en combattant n'a plus besoin de travailler; celui qui survit est riche des dépouilles de ses ennemis. » Sitôt que l'intérêt public réclamait leur assistance, au premier appel de l'autorité portugaise, chaque village envoyait son contingent de combattants , armés d'arcs, de flèches, de sagaies, de haches, rangés en bon ordre sous le commandement de leurs Encosses, et marchant , drapeaux en tête, au son des tambours et des trom-

pes. Le Capitaine de Tête pouvait ainsi disposer de plus de deux mille soldais, pleins de courage et prêts à tout (1). En face du fort de Tête, dans le nord-est et l'est du fleuve Zarabèze, étaient établies deux peuplades non vassales, les Zimbas ou Mouzimbas (2), dont nous avons déjà parlé, et les Moumbos : toutes deux étaient anthropophages et, au dire de Diogo do Couto (5), tenaient boutique de chair humaine. En 4592, il y avait, parmi les Cafres Moumbos, un homme du nom de Quizoura, qui, ayant attaqué à rauiii armée un ('afre vassal des Portugais, lui avait ravi ses propriétés et enlevé, égorgé et dévoré plusieurs esclaves. Le Cafre spolié ayant réclamé l'intervention du capitaine de Tête, Pedro Fernandes de Chaves, ce dernier traversa le fleuve à la tète d'un corps de troupes composé de soldats portugais et de Cafres; puis il se dirigea sur Chicarougo, propriété de l'individu dépouillé, et dans laquelle Quizoura s'estait renfermé et fortifié. Six cents Moumbos étaient réunis autour de lui. fernandes de Chaves les attaqua et, malgré la résistance énergique qu'ils lui opposèrent, les battit et les passa au fil de l'épée.

Dans la même année, le capitaine de Sena, André de Santiago, inquiété par les Ouazimba et n'ayant pas assez de forces pour leur résister, fut obligé de demander des se-

{i) Diogo do Couto, décade XI, chap. xv, p. 76.

i2 Diogo do Couto, à qui nous empruntons ces détails, en donnant ces doux mofs comme pouvant désigner une même peuplade, confirme ce que nous avons dit précédemment, que Ziraba était le nom d'uu pays dout les habitants devaient être nommés Ouazimbas; seulement l'auteur portugais semble ne connaître que la forme du singulier, Mouzimba. (.Voyez décade XI , chap. xv.)

\,3) Diogo do Couto, décade XI, chap. xv, pages 77-78.

rx)urs au capitaine de Tête. Celui-ci se mit en roule pour lui amener du renfort; mais les Ouazimba, informés de ce mouvement, se portèrent à sa rencontre, et , avant qu'il eût opéré sa jonction avec André de Santiago, l'attaquèrent, le mirent à mort et dispersèrent la troupe qu'il conduisait. Quelques jours après, les vainqueurs se présentèrent de nouveau devant Sena, et André de Santiago, voyant l'impossibilité de leur résister, tenta de s'échapper pendant la nuil ; mais il tomba entre les mains de l'ennemi avec plus de cent trente Portugais, et tous furent tués et dévorés par ce» cannibales. :

Après cette double victoire, les Ouazimba se livrèrent sans obstacle à la dévastation des dépendances de Sena et de Tête, inquiétant et arrêtant les mouvements des commerçants portugais sur le fleuve. Ils leur causèrent de tels dommages, que le capitaine de Mozambique, Dom Pedro de Souza, se vit forcé de prendre des dispositions pour mettre Qn à un pareil état de choses. Il se rendit à Sena, emmenant avec lui quelques soldats, et de là, après avoir pris connaissance de la situation des Ouazimba et de leurs forces , marcha contre eux avec environ deux cents Portugais et quinze cents Cafres, traversa le Zambèze et arriva devant le camp où s'étaient fortifiés ses ennemis, il en fil inutilement le siège pendant deux mois, et, se voyant près d'être abandonné d'une grande partie de sa troupe, composée plulèt de marchands et de cultivateurs que d'hommes de guerre, il se décida à se retirer. Mais il ne put le faire sans que l'ennemi en fût averti, et celui-ci, fondant à limproviste sur les Portugais au milieu du désordre de leur retraite, en massacra une partie et mit le reste en fuite. Pedro de Souza,

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obligé de renoncer à ses projets, revint à Sena, et de là à Mozambique. Il y reçut bientôt Un message, dans lequel le chef des Ouazimba , après avoir justifié ses hostilités envers les Portugais par l'initiative que ceux-ci avaient prise à son égard , témoignait le désijç de vivre désormais en bonne intelligence avec eux et proposait la paix : Pedro de Souza l'accepta avec empressement.

Heureusement , sur d'autres points , la fortune servait mieux les Portugais. En cette même année 1592, ils virent augmenter leur influence dans leurs possessions du nord par un double triomphe obtenu , de concert avec le cheikh de Melinde, contre les cheikhs de Kilifi et^de Mombase, qui , après la retraite de la flotte de Thomé de Souza et la destruction des Ouazimba, avaient repris possession de leur territoire et restauré leurs villes. Le cheikh de Kilifi, parent et vassal de celui de Mombase, se livrant incessamment à des déprédations contre les sujets du cheikh de Melinde, ce dernier , après s'être concerté avec le capitaine de la côte, se décida à en tireij vengeance. A sa troupe, augmentée des quelques soldats poi'tugais qui formaient la garnison de Melinde, se joignit un corps nombreux de Ouacegueyo. On marcha sur Kilifi , qui fut prise après une résistance acharnée, et dont le cheikh fut tué dans l'action. Ceux de ses habitants qui échappèrent au carnage se réfugièrent à Mombase.

Informé, par les fuyards, de ce qui venait de se passer, le cheikh de Mombase rassembla environ cinq mille hommes pris parmi les Cafres, ses vassaux, qui habitaient le territoire continental voisin de son île, et entreprit d'aller venger la défaite et la mort de son parent. Toutefois, avant d'en-

trer sur le territoire de Melinde, il jugea prudent de disperser la troupe des Ouacegueyo , qui , dévouée au cheikh de cette ville, pouvait se porter à son secours et mettre les Mombasiens entre deux feux, corarae avaient fait, quelques années auparavant, les Ouazimba, lors de l'attaque de Mombase par la flotte de Thomé de Souza. Mais les Ouacegueyo, loin d'être effrayés de son approche, s'avancèrent à sa rencontre et mirent son armée en fuite, malgré la résistance de quelques Maures des premières familles de Mombase groupés autour du cheikh, qui lui-même fut tué avec trois de ses filSj et les Ouacegueyo, profitant de 'leur victoire, passèrent sur l'île de Mombase et prirent possession de la ville. Ils expédièrent ensuite un bateau au cheikh de Melinde, pour l'informer qu'ils étaient maîtres de Mombase et prêts à la lui livrer. Comme signe dé leur triomphe, ils avaient mis à bord de ce bateau un jeune fils du cheikh défunt. '

A la nouvelle inespérée d'un tel succès, le cheikh de Melinde se rendit en toute hâte daiîs la ville conquise, où les vainqueurs l'accueillirent avec de grandes démonstrations de joie ; il s'y établit dès lors comme souverain et confia aux soins d'un gouverneur la garde de Melinde.

D'après une chronique arabe de Mombase (1), dont l'original en langue arabe fut trouvé, il y a quelques années, entre les mains d'un habitant de cette ville, le sultan régnant lors des événements dont il vient d'être question se nommait Chaho-Ben-M'chahham, désigné encore sous le nom de Chao-mou-M'vita. Il fut le dernier prince de cette famille de cheikhs ou sultans schiraziens qui avaient gou- «

(1) Voyez à l'appendice, pièce d" 2.

verné Mombase depuis qu'elle avait cessé d'être dépendante de Zanzibar. D'après celte même chronique, le cheikh de Melinde, successeur de Chaho dans le gouvernement de Mombase, avait pour nom Ahhmed.

L'avènement de la famille souveraine de Meli^nde au gouvernement de Mombase entraîna naturellement l'occupation permanente de ce point par les Portugais. Cette famille, restée toujours fidèle à ses alliés, et qui n'avait dû qu'à leur protection de se maintenir dans ses Elals, en dépit de l'animosité et des agressions répétées de se$^ voisins, allait trouver dans cette occupation une garantie de sécurité contre les protestations qui pourraient s'élever à propos de sa nouvelle possession. De leur côté, les Portugais devaient désirer de tenir enfin sous leur dépendance immédiate, à l'aide d'un établissement fort et durable, cette ville de Mombase, si importante par son port, constamment rebelle à leur domination, et qui , plusieurs fois réduite par eux, s'était toujours relevée de ses ruines pour devenir le foyer de nouvelles révoltes.

Dans ce ^but, une forteresse y fut construite en 1594, par les ordres du vice-roi Mâthias d'Albuquerque. Nous voyons, en outre, dans la douzième décade de Diogo do Coulo, qu'à son arrivée à Mombase, en décembre 1596, le vice-roi Dom Francisco da Gama y trouva établi , comme capitaine, Antonio Godinho d'Andrade, et qu'obligé d'y passer l'hivernage , la saison ne lui .permettant pas de se rendre à Goa, il Ht ajouter à cette forteresse quelques ouvrages nécessaires pour en assurer la- défense. En môme temps, le vice-r6i régla, de concert avjèc le sultan, le régime des douanes, pour l'exécution duquel ce dernier s'engageait

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à fournir tons les agents nécessaires. A son départ pour l'Inde, Dom Francisco da Gama emmena avec lui le cheikh déchu de Pemba, lui faisant la promesse d'envoyer plus lard une flotte pour le rétablir dans le gouvernement de son lie. - -

Mombase soumise, les Portugais semblaient devoir jouir paisiblement de leur souveraineté à la côte orientale d'Afrique; mais, par suite des complications politiques survenues en turope, cette tranquillité ne pouvait êtrede longuedurée. Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis les derniers événements dont nous venons de faire le récit, que les HoU landais, poussés vers l'Orient, comme nous l'avons dit, par la fausse politique de Philippe II, parurent dansjes mers de l'Inde. En juillet 1597, deux vaisseaux de cette nation, ayant besoin de faire de l'eau, se présentèrent dans le port de Quintangone, à quelques lieues au sud de Mozambique. Cette apparition des Hollandais était bien propre à causer des inquiétudes aux autorités portugaises. Aussi, le capitaine de Mozambique, Fernandesde Noronha, s*empressa4-il d'en donner avis au vice-roi (1). Toutefois les deux navires n'occasionnèrent d'autre dommage aux Portugais que la perte de quelques bâtiments marchands aux environs du cap Combrin. Mais les Hollandais étaient entrés dans les mers de l'Asie pour n'en plus sortir, et ils ne tardèrent pas à démembrer à leur profit l'empire colossal que les Portugais y avaient élevé. Cependant la côte orientale d'Afrique n'eut j,uère à souffrir de leurs tentatives. Les premières hostilités qu'ils dirigèrent contre elle eurent lieu en 1607. Le 29 mars

U) Voyez la Xlb décade de Diogo do Couto, liv. I, chap. va.

de cette année , l'amiral Van Caerden , conduisant une flotte de huit vaisseaux, montée par plus de mille honimes, matelots et soldats, se présenta devant Mozambique, dont Estevam d'Ataide était capitaine. Le lendemain, il s'empara de deux caraques mouillées dans le port; puis il fit des dispositions pour opérer, le jour suivant , un débarquement. La descente, relardée jusqu'au 1" avril au matin, fut effectuée sans perte pour les assaillants, malgré les vives décharges de mousqueterie faites par la garnison qui avait pris position dans la vHIe, mais qui bientôt se retira sans faire plus de résistance. La ville occupée, les habitants forent désarmés, et Van Caerden, ayant fait avancer ses troupes, serra de près la citadelle, et en commença le siège. Les opérations furent continuées régulièrement pendant un mois , après lequel , les maladies ayant sévi avec une grande intensité sur les assiégeants, l'amiral hollandais se vit contraint , au commencement de mai , de rembarquer ses hommes et son matériel. Avant de s'éloigner, il écrivit au commandant de la forteresse, pour le sommer de payer une rançon, s'il voulait sauver les maisons et édifices qui se trouvaient en dehors de la citadelle, et, après an énergique refus d' Estevam d'Ataide, il les incendia, ainsi que les caraques et toutes les barques mouillées devant l'île. De leur côté, les Portugais causèrent un grand dommage aux vaisseaux hollandais, qui, en sortant du port , avaient à passer sous le feu des batteries de la citadelle, et l'un d'eux, s'étant échoué, fut tellement désemparé par l'artillerie ennemie, que l'amiral Van Caerden fut obligé de le décharger et de le brûler. Le reste de la flotte resta quelques jours mouillé hors de la portée des canons du fort pour

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répara ses avaries, et alla ensaitr^ ravitailler aux lies Comores.

Après y avoir séjourné six semaines, Van Caerden retourna vers Mozambique , et parut le 25 juillet à l'entrée du port , où se trouvaient trois nouvelles «araques venues de Lisbonne. Il tenta d'abord, mais vainement, de s'en emparer; puis, ayant appris que trois autres caraques étaient attendues d'Europe, il alla croiser sur la côte dans l'espoir de leur couper la route. La force des vents et des courants l'obligeant à abandonner cette nouvelle entreprise, il se dirigea vers l'Inde, but principal de son voyage (i).

A la suite de ce^ premières agressions des Hollandais, le siège du gouvernement, fixé jusqu'alors à Sofala, fut transporté à Mozambique, qui était, en effet, le point le plus important de ce gouvernement. Néanmoins Estevam d'Ataïde, eu égard à sa belle défense, conserva le commandement de ce poste avec le titre de gouverneur.

L'attaque infructueuse de Van Caerden ne fut pas la dernière tentative faite par les Hollandais contre les possessions portugaises de l'Afrique orientale. En juillet 1608, l'amiral Verhoeven parut avec une flotte de treize vaisseaux devant le port de Mozambique, où se trouvaient une caraque et deux petits bâtiments, qui furent enlevés immédiatement. Le jour même de son arrivée, l'amiral débarqua ses troupes : elles prirent position devant le fort et exécutèrent les premiers travaux d'un siège, sans que les Portugais fissent rien pour s'y opposer; mais, la tranchée ayant été

( t ) Voyez Hiitoire générale des voyages, par Fabbé Prévost , vol . VIII , page 378 et suivantes, second voyage de Van Caerden aui Indes orientales.

ouverte, ceux-cf accueillirent les assaillants par un formidable feu de mousquelerie, et, opérant une vigoureuse sortie, forcèrent les Hollandais à la retraite. L'amiral fit alors élever d'autres batteries et bloquer l'île au moyen de chaloupes armées, afin d'intercepter toute communication entre les assiégés et ceux qui pouvaient les secourir; puis il envoya sommer le gouverneur de lui rendre la place. Les É^rtugais répondirent par une sortie, dans laquelle ils tuèrent quelques hommes aux Hollandais, dont ils détruisirent, en outre, les ouvrages. De nouvelles batteries établies par les assiégeants éprouvèrent encore le mêrpe sort. EiW^n, rebuté par tant d'échecs et par l'héroïque résistance de ses adversaires, l'amiral hollandais prit le parti de se retirer, ajoutant à la honte de sa défaite celle d'un acte de barbarie inqualifiable : sous le prétexte du refus que lui avait fait le capitaine de la forteresse de lui livrer un déserteur, il ordonna de conduire à la tranchée tous les prisonniers portugais enchaînés et de les fusiller «ous les yeux de la garnison. Après cette lâche vengeance, il abandonna l'île, sur laquelle il avait préalablement exercé toutes sortes de ravages.

Kn quittant Mozambique, les Hollandais s'emparèrent du galion le Bon Jésus, qui, faisant route vers ce port, se trouva inopinément au milieu de la flotte ennemie. Hs se dirigèrent ensuite vers Goa, puis vers Calicut, où Verhoeven ratifia un traité antérieurement conplu avec le Zamorin, par l'amiral van der Hagen , traité qui établissait une allianciî offensive et défensive, entre ce prince et les Hollandais, contre les Portugais, leur ennemi commun. A cette époque, l'influence des Hollandais était déjà puissante dans

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les Indes, et leur alliance était hautement appréciée à Snmatra, Johor, Bantam et autres lieux (i).

Dans cette même année 1608, les Anglais se montrèrent aussi à la côte orientale d'Afrique. L'Angleterre n'était plus en guerre avec l'Espagne, ni par conséquent avec le Portugal , depuis l'avènement de Philippe tll ; mais sa concur> rence commerciale était déjà redoutable aux Portugais. On lit dans la relation d'un voyage eflFectué par le capitaine anglais Sharpey dans les Indes orientales, que cet officier loucha à Pemba, dans le courant du mois de décembre, et que les Portugais, à qui portait ombrage la venue des Anglais, poussèrent les Maures de cette île à attaquer traîtreusement les gens de son équipage, après les avoir attirés à terre par de feintes démonstrations d'amitié (2).

Dans le mois de février de l'année suivante, 1609, le capitaine Rowles, commandant le navire anglais l Union, ^^éparé, par une tempête, de celui de Sharpey, se présenta à Zanzibar : les habitants de cette île, qui lui avaient fait d'abord un bon accueil, manifestèrent, plus tard, des dispositions hostiles, et deux de ses hommes furent tués dans une embuscade. Il est probable que, dans cette dernière circonstance comme dans la première, les violences qui furent exercées contre les Anglais eurent pour principale cause les

(1) Voyez Hist. gén. des voyages, vol. VIII, page 386. Voyage de Villems Verhoeven.

i2) Ce fait de la présence des Portugais à Pemba lors du passage du capitaine Sharpey donne à penser que leur autorité avait été rétablie dans rtle. Le vice roi Dom Francisco da Gama avait-il réalisé- la promesse faite au cheikh déchu de Pemba, et que nous avons meatiouoée (voyez ci-devant, page 411)? Les historiens portugais ne s'expliquent pas sar ce point.

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suggestions perfides des Portugais, qui , du reste, souverains de ces pays , étaient responsables des actes commis contre les sujets d'une puissance en paii avec le Portugal ; mais les Portugais se sentaient dès lors trop faibles pour ne pas être perfides et violents. Leur empire d'Orient se lézardait déjà de toutes parts sous les coups redoublés des Hollandais, qui l'attaquaient à la fois par les armes et par la concurrence commerciale. Dans une pareille situation, même les actes les plus inoffensifs d'un peuple ami leur devenaient un sujet de jalousie et de haine , et ils s'abandonnaient à ces passions, au risque de s'attirer encore un ennemi de plus, ennemi dont ils connaissaient pourtant la force; car, peu de temps auparavant, sous le règne de Philippe II, la marine anglaise avait plus d'une fois vaincu celle de l'Espagne.

Quoi qu'il en soit, le moment n'était pas encore venu où les Anglais devaient porter de si terribles coups à la puissance portugaise dans l'Orient , et, pour ce qui regarde particulièrement la côte orientale d'Afrique, ni de leur part ni de celle des Hollandais, les Portugais n'eurent, postérieurement aux tentatives des amiraux Van Caerden et Verhoeven, aucune attaque sérieuse à repousser. Aussi peut-on dire que, jusqu'à l'intervention des Arabes d'Oman, ils n'eurent jamais, sur cette côte, de plus grands ennemis qu'eux-mêmes.

Orgueil et cupidité , fourberie et violence : ces quatre mots semblent résumer désormais l'histoire de la domination portugaise dans ces contrées. Mombase, plus que toute autre localité, devait en être la preuve. Elle paraissait, dit Faria y Souza, destinée à avoir pour commandants de sa forteresse les officiers les plus insolents et les plus avides.

On n'a pas oublié qu'après Toccupation de Mombase par les Ouacegueyo, le cheikh de llfîèïïhde avait été installé dans la cité conquise, devenue siège de son gouvernement érigé en sultanie. Cet avènement des sultans melindi , dont la fidélité ne s'ébit pas démentie une seule fois depuis le temps de Vasco da Grama, et l'érection d'une forteresse auraient dû assurer le maintien de l'autorité portugaise à Mombase, pour peu qu'elle eût été sage et prudente. ÎWais sagesse et prudence étaient des mots vides de sens pour des hommes que la soif du gain dévorait, et qui, songeant bien plus à leurs intérêts privés qu'à ceux de la patrie, restaient inaccessibles aux idées de justice et aux sentiments de reconnaissance que devaient leur inspirer pour Ahhmed (i) les nombreux et loyaux services renéus aux rois de Portugal par tous ses ancêtres , les sultans de Melinde. i

En 1G14, la forteresse de Mombase avait pour capitaine un homme plus insolent encore et plus avide que tous ses prédécesseurs; il s'appelait Manoel de Melo Pereira. Sa haine contre le malheureux sultan et les vexations dont il l'accablait avaient leur source dans la résistance opposée par celui-ci à la rapacité cynique de son persécuteur, qui cherchait tous les moyens de le dépouiller. Malheureusement, cette haine avait pour complice l'ambition astucieuse

(1) Faria donne au premier sultan de Melinde et de Mombase réunies le nom de Hazen ; mais nous pensons que l'historieu espagnol a commis une erreur. La chronique de Mombase, que nous avons déjà citée et que nous donnons en entier à l'appendice, nous parait offrir plus de garantie d'exactitude que les documents portugais d'après lesquels Faria a écrit. Il est possible que le sultan s'appelât Ahhmed-Ben- Hazen (ou plutôt Hhacen), et que les chroniqueurs portugais n'aient retenu et noté par inadvertance que la dernière partie du nom composé.

d'un onde d'Ahhmed » nommé Mounganaje, vieillard d'un esprit méchant, qui , cherchant à s'emparer du pouvoir au détriment de son neveu, ne reculait, pour y arriver, devant aucune intrigue, si odieuse qu'elle fût. Il avait commencé par feindre un zèle ardent pour les intérêts portugais : c'était un moyen de plaire à Melo, moyen superflu, sans doute, car les passions de ces deux hommes suffisaient pour les unir. Cette union eut lieu en effet , et, du moment où ils se furent entendus, le pauvre Ahhmed n'eut plus le moindre repos.

Un jour, Moungaoaje entre précipitamment dans la citadelle, s' écriant que le sultan a voulu l'assassiner. L'accusation était, à n'en pas douter, sans fondement; mais elle fournit à .Melo un prétexte pour envahir et occuper la ville maure. Ahhmed ne songea pas plus à la résistance qu'il n'avait songé au crime qu'on lui imputait. Il se contenta de quitter sa demeure, et, faisant porter devant lui la bannière de l'ordre du Christ (1), il se retira au milieu des Cafres de Kilili. Démarche imprudente, dont ses ennemis ne devaient pas manquer d'abuser!

Au récit du guet-apens dont il était victime , les Cafres, indignés, éclatèrent en menaces, et insistèrent près de lui pour le décider à reconquérir par les armes son pouvoir et son repos. Ahhmed, aimant mieux tout perdre que de faire suspecter sa fidélité, repoussa leurs propositions et s'efforça de calmer leur fureur. Mais, ses efforts étant inutiles, il leur déclara qu'il ne les suivrait pas, les suppliant de respecter

[\) Oa sait que ia bannière de l'ordre du Christ flottait sur les établissements portugais, à l'est du cap de Bonne- Espérance. Le roi Emmanuel avait accordé ce privilège à l'ordre, en récompense dos grands services rendus par ses membres dans la conquête des Indes orientales.

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les Portugais et de n'attaquer que les babitatioos des Maures, complices de MouDganaje.

Cependant ceux-ci s'étaient réfugiés auprès des Portugais dans la forteresse» et les Cafres, soit qu'ils fussent arrêtés par cet obstacle, soit qu'ils voulussent obéir aux r^ commandations du sultan, revinrent sur leurs pas. Melo, qui épiait leurs mouvements, les atteignit pendant leur retraite, et, tombant sur eux à l'improviste, en massacra une grande partie.

Peu de jours après, le sultan rentra dans sa demeure. Son retour ne donna lieu, de la part de Melo, à aucune manifestation; mais le silence du capitaine cachait une machination infâme. Pendant que le malheureux Ahhmed s'abandonnait à une sorte de sécurité, Melo dressait contre lui, auprès du vice-roi , une accusation circonstanciée de complot et de trahison. Le vice-roi, qui était, à cette époque, Dom Jeronimo d'Azevedo, accueillant avec trop de crédulité les impostures de son lieutenant, ordonna d'arrêter le sultan et de le diriger sur Goa : Simon de Melo Pereira, qui aHait remplacer à Mombase son frère Manoel , fut chargé de l'exécution de cet ordre. Ahhmed, instruit du sort qu'on lui destinait, s'enfuit à Rabaye, lieu habité par ses esclaves, an milieu desquels il croyait être en sûreté ; mais Simon de Melo parvint soit à corrompre, soit à effrayer un certain nombre ■ d'entre eux, et ces misérables assassinèrent leur maître ; puis ils lui tranchèrent la tôle, et ce sanglant trophée fui envoyé à Goa par le nouveau capitaine de Mombase. Mounganaje recueillit alors le fruit de ses abominables intrigues; le gouvernement fut remis entre ses mains; mais on lui adjoignit comme collègue le gouverneur de Melinde, Mohhammed ,

frère da sultan si lâchement assassiné. Ce partage de l'autorité ne pouvait convenir à Tambitieux Mounganaje. Les mêmes pièges où s'était perdu Ahhmed furent tendus à son frère ) qui ne tarda pas à être, comme lui, traîtreusement égorgé (1).

Pendant que ces choses se passaient à Mombase, des événements importants avaient lieu dans la capitainerie de Mozambique, à propos des mines du Monomotapa; mais, pour en faire le récit , nous sommes obligé de revenir de quelques années en arrière.

Il a été dit précédemment que, lors de la première expédition dans le Monomotapa, l'empereur avait triomphé avec le secours des Portugais des agressions d'un de ses vassaux, le roi de Mongas. En reconnaissance des services à lui rendus dans ces graves circonstances, il avait fait donation perpétuelle de toutes les raines de son pays au roi de Portugal. Le premier août 4607, cette donation fut acceptée, au nom de son souverain, par le capitaine de Tête, Diogo Simoens Madeira, l'un des officiers qui avaient combattu pour l'empereur dans les dernières affaires. L'acte de donation portait en substance : « Que l'empereur donnait toutes les « mines d'or, d'argent, de cuivre, d'étain, de fer et de « plomb qui se trouvaient dans son empire au roi de Por- « tugal , à la condition que ce prince l'aiderait de ses forces « militaires et le reconnaîtrait pour son frère d'armes ; « que, l'année suivante, il enverrait un de ses fils, avec « un ambassadeur, à Goa; qu'il remettait dès à présent tt aux mains de Diogo Simoens deux autres de ses fils , et

(1) Voyez Asia portugueza , par Faria y Souza, tome III, partie III, cbap. m.

« qu'il lui confierait bienlôt encore deux de 8cs filles pour « les faire chrétiennes. »

L'occasion se présenta immédiatement d'exécuter une des clauses du traité : l'empereur se mettait en campagne contre un de ses vassaux, nommé Ancogne. Diogo Simoens Madeira l'accompagna avec ses soldats. Le rebelle fut vaincu, et le capitaine portugais revint à Tête, emmenant avec lui les deux enfants que l'empereur lui avait confiés. Ces deux jeunes princes furent instruits dans la religion catholique et baptisés, l^un, sous le nom de Dom Philippe, l'autre, sous le nom de Dom Diogo : celui-ci resta à Tête ;| celui-là, sur instances de sa mère, retourna, au bout de peu de jours, auprès de ses parents.

Gependant l'empereur, s' attribuant tout le mérite des succès obtenus en commun avec les Portugais, s'imagina bientôt qu'il pourrait, avec ses seules forces, dompter ses ennemis. Mais cette présomption lui devint funeste. Son armée, étant entrée dans le royaume de Baroë, y fut mise en déroute. D'un autre côté, chez les Moungas, ses troupes furent encore vaincues, et on lui tua un fils. Enfin, un autre de ses ennemis, nommé Matouziagne, se rendit maître d'une grande partie du Monomotapa. Heureusement, il pouvait toujours, aux termes du traité, réclamer l'assistance des Portugais; il s'adressa donc au capitaine-major du Mozambique, qui était alors (1609) Nuno Alvares Pereira. Sur l'ordre qu'il reçut de ce dernier, Diogo Simoens Madeira marcha de nouveau au secours de l'empereur. Ce monarque fut rétabli dans ses Etats, à la suite de deux victoires remportées par les Portugais 6ur Matouziagne, qui perdit la vie dans la seconde rencontre.

Estevam d'Ataïde, qui avait SQCcédé à Nuno Alvares Pereira comme capitaine-major, eut aussi l'occasion d'employer les armes portugaises contre d'autres ennemis de l'empereur du Monomotapa. Ces ennemis étaient des Cafres pillards appartenant au district de Quianga , qui couraient le pays et causaient de grands dommages au commerce. Dans le but de les combattre avec plus de succès, peut-être aussi avec r arrière-pensée de s'établir plus fortement dans un pays où un intérêt sérieux, l'exploitation des mines, réclamait une protection de tous les instants , Estevam d'Ataïde avait fait construire un fort dans le district de Massapa, voisin de celui de Quizinga, et y avait mis une garnison portugaise, sons le commandement de Diogo de Carvalho. Nous n'entrerons dans aucun détail au sujet des rencontres sans importance qui eurent lieu entre la garnison du fort de Massapa et les maraudeurs, dont elle était destinée à réprimer les brigandages; nous passerons immédiatement au récit d'un fait qui eut pour les Portugais des conséquences désastreuses, dont ils ne pouvaient, d'ailleurs, accuser qu'euxmêmes. Voici ce qui se passa.

Toutes les fois qu'un nouveau capitaine-major était nommé pour le Mozambique, l'usage voulait que ce fonctionnaire envoyât un présent à l'empereur du Monomotapa. Ce présent, nullement facultatif, était comme un droit payé en échange de l'or que les Portugais retiraient des domaines de l'empereur. La quantité de ce métal qu'on en extrayait était alors considérable, et rapportait au capitaine-major du Mozambique d'énormes bénéfices, tandis que le présent que celui-ci avait à faire valait à peine 5,000 ducats.

Or, à son avènement, Eslevam d'Ataïde, informé que

des ambassadeurs envoyés, peu de temps auparavant, à >'uno Alvares Pereira allaient rejoindre leur souverain, voulut profiter de leur départ, et ordonna à Diogo de Carvalho de les accompagner pour réclamer la remise des mines. Cet officier était, en même temps, chargé de porter à l'empereur la redevance obligée de tout nouveau capitainemajor.

Le commandant du fort de Massapa ne remplit que la moitié de sa mission ; il se fit remettre les mines, et revint sans faire aucune mention du présepiï. L'empereur, choqué de cet oubli, garda néanmoins quelque temps le silence; puis il adressa à Carvalho des réclamations qui n'amenèrent aucune réponse satisfaisante. Alors, indigné de l'impudence avec laquelle les Portugais venaient enlever l'or de se» terres, sans se soucier de remplir les conditions du contrat, l'empereur ordonna à ses gens de faire main basse sur tous les objets apportés pour les échanges par le commerçant portugais. L'exécution de cet ordre fit perdre à ceux-ci une immense quantité de marchandises, et donna lien à des collisions où quelques-uns d'entre eux perdirent la vie. Carvalho, furieux de la dspoliation dont les Portugais étaient victimes (par sa faute cependant), eut recours, pour en tirer vengeance, à une infâme trahison. Il avait auprès de lui un grand nombre de nègres que l'empereur lui avait envoyés pour l'aider à se procurer des subsistances et à combattre les pillards de Quizinga; il fit une alliance secrète avec ceux-ci, et une nuit, de concert avec eux, il surprit les gens du Monoraotapa pendant leur sommeil , et en égorgea une grande partie. Ceux de ces malheureux qui réussirent à prendre la fuite allèrent répandre partout la nouvelle de

cet horrible guet-apens, et l'horreur qu'inspirèrent l'ingratitude et la déloyauté des Portugais souleva contre eux tout le pays.

Effrayé des suites de son crime, Carvalho abandonna le Fort et revint à Tête.

C'était Estevam d'Ataïde qui avait lui-même conseillé secrètement à Carvalho de ne point remettre le présent dont il était porteur à l'empereur du Monomotapa et de l'abuser par de fausses promesses. Quand il vit les fâcheux résultats dont sa duplicité était la cause première, il n'osa sévir contre son subordonné pour la trahison que celui-ci venait de commettre, et , au Meu de chercher à apaiser l'empereur, il se disposa à lui faire la guerre, et se rendit à Sena. De là, après avoir publié « qu'il était, à son grand regret, obligé de reprendre, par la force, les mines dont on le dépossédait, » il partit pour Tête, et envoya Carvalho élever un fort à trois journées au delà de cette ville ; mais, ayant été informé que les Hollandais voulaient faire une troisième tentative contre Mozambique, il retourna en toute hâte à la côte, laissant à Tête, pour capitaine, Diogo Simoens Madeira. On était alors au mois de mars de l'année 1612.

Après avoir vainement attendu la flotte ennemie pendant six mois, Dom Estevam repartit pour Tête. La guerre dans le Monomotapa avait été, durant son absence, suivie de tels succès, qu'à son arrivée des envoyés de l'empereur vinrent lui proposer de cesser les hostilités et de se conformer de part et d'autre à l'exécution du traité. Toutefois l'empereur ne renonçait pas au présent qui lui avait été dénié, et demandait qu'il lui fût enûn remis. Estevam ne voulut ni voir ni entendre ces envoyés. Et , pourtant , le présent qu'on

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lui réclamait à si juste titre était, comme nous l'avons dit , d'une valeur minime auprès de ce que les mines pouvaient lui rapporter. Déjà,' en refusant de le pajer, il avait attiré aux Portugâts des enneniis innombrables , il perdait tout le fruit de 50,000 ducats dépensés pour l'établissement de Massapa, il avait légitimé la spoliation ruineuse exécutée par les Cafres contre les marchands de sa nation, il se condamnait, enfin, à une guerre longue et dispendieuse. Mais la passion ne calcule pas ; Estevam d'Ataïde commença cette guerre injuste. Cependant la réfleiion Jui fit reconnaître bientôt ce qu'il y avait eu d'insensé dans sa première détermination. Peut-être aussi voulut-il attendre des nouvelles du Portugal et de l'Inde, pour savoir comment sa conduite, dans cette circonstance, était jugée par ses supérieurs. Quoiqu'il en soit, il s'arrêta dans sa marche agressive, et, en juillet 1615, il reçut l'ordre de laisser le commandement du fort de Tête à Diego Simoens Madeira, de remettre le gouvernement du Mozambique à Dom Joâo c^ Azevedo, frère du vice-roi , et de se rendre à Goa.

Diogo Simoens de Madeira poursuivit l'exécution des projets belliqueux d' Estevam d'Ataïde, quoiqu'il n'eût à sa disposition que cent quarante soldats portugais presque entièrement dépourvus de toutes les choses nécessaires à une pareille campagne ; il avait, il est vrai, pour auxiliaires six mille indigènes pris parmi les populations soumises à la juridiction de la forteresse. 11 se mit en route, avec cette armée, au commencement de septembre. Le premier ennemi qu'il résolut d'attaquer était un Cafre puissant du nom de Chomba. Celui-ci, pour contrci-balancer la supériorité que donnaient à son adversaire ses fusils et deux canons qu'il traînait avec

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lui , avait élevé une immense fortification, qui , au dire de Faria, n'avait pas moins d'une 1/2 lieue carrée. Dans cette enceinte étaient retranchés plus de huit mille hommes. Diogo Simoens Madeira livra plusieurs assauts infructueux, et, malgré un renfort de quarante fusiliers portugais et de trois mille indigènes, qui lui fut envoyé par Diogo Pires Brandam, capitaine de Sena, il eût été arrêté indéfiniment devant cet obstacle, si l'un des Cafres assiégés désertant les siens ne fût venu dans le camp portugais, et n'eût enseigné à Simoens Madeira un endroit où l'enceinte se trouvait plus abordable. En effet, le 14 novembre, après un assaut donné sur le point désigné, l'enceinte fut emportée. Les Portugais mirent alors en déroute l'armée ennemie et forcèrent son chef, Chomba, de prendre la fuite. Diogo Simoens Madeira confia la garde de l'enceinte fortifiée à Quitambo, Cafre vassal qui avait mis au service du Portugal un grand courage et une grande fidélité.

Diogo Simoens Madeira se dirigea ensuite vers Chicova pour s'emparer des mines d'argent de ce district. Quand l'empereur du Monomotapa eut connaissance de la marche des Portugais, il fit dire à leur chef qu'il était prêt à lui remettre les mines, ainsi qu'il l'avait déjà fait une première fois, entre les propres mains de Simoens Madeira, à la condition que celui-ci renoncerait à s'y faire accompagner par des gens en armes. Le capitaine de Tête saisit cette ouverture avec empressement, et fit prier l'empereur de nommer des agents chargés de lui faire la remise des mines et de re cevoir en même temps une valeur de 4,000 ducats en étoffes pour le présent dont on lui était redevable. Ainsi fut terminé, par la sagesse et la modération de cet officier, un

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différend qui ne s'était élevé que par suite de la mauvaise foi d'Estevam d'Ataïde. Tout parut, d'ailleurs, réglé à la satisfaction générale, et le capitaine portugais, aux applau dissements de la population de Chicova, fut rais, le 8 mai 1614, en possession des mines de ce territoire, par Ignanchangue, cousin de l'empereur. Simoens Madeira y fit aussitôt commencer la construction d'un fort, pour mettre ses gens en sûreté. Il contracta ensuite une alliance avec un Cafre puissant, qui lui avait offert son amitié et qui créa aux Portugais des relations fort utiles avec ses vassaux. Ce Cafre se nommait Sapoé,^et le territoire qui lui était soumis, Bororo.

Cependant, après avoir donné toutes les preuves possibles de bon vouloir, l'empereur du Monomotapa en vint à regretter d'avoir fait donation des mines de Chicova, et, lorsque le moment fut arrivé d'en signaler les gisements, il eut recours à des ruses et à des détours qui ne tardèrent pas à indisposer ses alliés contre lui. Sur ces entrefaites, une discussion s' étant élevée entre un Portugais et un Cafre, il s'ensuivit une lutte dans laquelle ce dernier fut tué. Ce fatal événement détermina un soulèvement général des populations environnantes, et la guerre se ralluma, au grand contentement de l'empereur.

Dans le courant du mois de mars 16t5, une armée de près de dix mille Cafres vint assaillir le fort, défendu seulement par quarante Portugais. Simoens .Madeira, qui était parti pour Tête quelque temps avant ces événements, revint, avec ses troupes, au moment où l'ennemi tentait un dernier assaut avec une fuije incroyable, qu'augmentait, à chaque instant, l'espoir du succès. Cet espoir fut déçu et anéanti par une

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éclatante défaite. Après sa victoire, Simçens Madeira réussit, en employant la menace, à se faire donner des renseignements exacts sur les lieux où étaient les mines d'argent. Les fouilles qui y furent pratiquées ayant eu un résultat satisfaisant, il put envoyer en Portugal de beaux échantillons, qui , de là , transportés à Madrid , y mirent en émoi toutes les imaginations.

iMais la conquête si heureusement effectuée par Diogo Simoens Madeira se trouva bientôt compromise. Les maladies occasionnées par les chaleurs excessives de ce climat décimèrent la forte garnison de Chicova. Les soldsSk étaient emportés en quelques jours et mouraient désespérés de se voir, à leur dernière heure, privés des sacrements (1). Ce n'^est pas tout : à ce premier, fléau vint s'en joindre un autre non moins terrible, la famine. Pour échapper à ce double péril, les Cafres qui servaient dans le fort s'enfuirent , et leur absence, au lieu de diminuer la détresse, l'augmenta, car seuls ils pouvaient procurer des vivres à la garnison. Les hommes qui survivaient ne soutenaient plus leur débile existence qu'en mangeant un petit fruit tellement âpre, qu'ils étaient obligés, pour l'avaler, de le saupoudrer de cendre. Plusieurs fois, avant d'en être réduit à celte extrémité, Diogo Simoens avait fait savoir au vice-roi que, s'il ne recevait de prompts secours, il serait obligé d'abandonner la conquête ; mais on avait mis peu d'empressement à répondre à ces demandes. Néanmoins les approvisionnements seraient encore arrivés à temps^ s'ils n'avaient été arrêtés à

(1) A cette occasion accourut de Seua, pour remplir son pieux ministère, le frère Joâo dos Sautos, religieux de l'ordre de Saint-Domioique, connu pour un livre curieux qu'il a écrit sur l'Afrique orientale.

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Mozambique par suite du calcul le plus infernal que l'envie puisse inventer.

L'ouvidor Francisco de Fonseca Pinto venait d'être envoyé dans cette île, pour y déposséder de la capitainerie Ruy de Melo e Sampayo, que ses excès y avaient rendu odieux à tous; il était en outre, chargé d'accompagner les vivres et instruments d'exploitation destinés , par le gouvernement central, à la garnison de Chicova, et de les conduire jusqu'au fort. Il devait aussi s'assurer de l'existence réelle des mines, dont, à ce qu'il paraît, on doutait encore. Malgré les avis répétés de Diogo Simoens, qui l'instruisait du triste état où rétablissement se trouvait, Fonseca Pinto, qui nourrissait contre le capitaine des sentiments d'envie et de haine, s'arrangea de manière à perdre trois mois à Mozambique. A Tête, il reçut de Diogo Simoens une dernière dépèche, qui le rendait responsable de la perte de la conquête : il y répondit par un arrêt de conflscation lancé contre les terres appartenant à cet officier; puis il en envahit une partie à main armée, les livra au pillage et enleva les esclaves, qu'il fit vendre à Sena. Il défendit ensuite aux habitants de Tête, sous peine de mort, d'avoir aucune communication avec la garnison de Chicova et de la secourir. D'un autre côté, il envoya dire à l'empereur du Monomotapa qu'il pouvait courir sus à Diogo Simoens Madeira, accusé d'avoir, sans ordres du vice-roi , envahi les mines comme un bandit de grand chemin. Enfin il se mit en route pour Chicova, se faisant précéder par des affidés qui devaient s'assurer, par ruse, du malheureux capitaine.

Mais celui-ci, pressentant qu'on en voulait à sa vie, se tint éloigné du fort. L'ouvidor, informé de celte absence, et quoique très-près du fort , revint sur ses pas sans avoir

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communiqué avec la garnison, sans lui envoyer aucun secours, sans même visiter les mines, comme il en avait reçu l'orilre. Diogo Simoens, voyant l'infâme trahison dont il était victime, se décida à évacuer le fort, et revint à Tête, versant des larmes de douleur, moins à cause de sa conquête perdue que pour le déshonneur que faisait rejaillir sur son pays le misérable acharné à sa ruine. En arrivant à Marenga, il trouva un édit de l'ouvidor, qui lui enjoignait de se présenter, sous neuf jours, à Sena, pour rendre compte de sa conduite. Fonseca Pinto croyait encore Diogo Simoens au fort de Chicova ; quand il apprit que le capitaine revenait à Tête, il envoya deux mille Cafres se mettre en embuscade pour l'attendre sur le chemin et le tuer à son passage, et il se trouva un Portugais qui accepta le commandement de cette troupe d'assassins. Toutefois ceux-ci craignirent de commettre le crime dans un pays où l'homme qu'ils voulaient égorger s'était acquis une grande influence et pouvait, s'il échappait à leurs coups, leur faire un mauvais parti; ils le laissèrent donc passer sain et sauf, et Uiogp Simoens, instruit du péril auquel il avait failli succoftiber, se réfugia à Ignambanzo, dans une terre qui lui appartenait.

Fonseca Pinto rendit alors un jugement qui déclarait Diogo Simoens Madeira rebelle, pour avoir abandonné le fort de Chicova; puis il se disposa à partir pour l'Inde. Mais, /x voulant que, môme après son départ, sa victime ne pût rester en repos, il écrivit à l'empereur du Monomotapa de poursuivre Diogo Simoens jusque dans la retraite où il se croyait en sûreté. Chassé de ce dernier asile, celui-ci finit par rentrer à Tele. Sa perle était accomplie.

Ainsi se termina la seconde conquête des raines du Mo-

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nomotapa : la première avait causé la mort de Barreto; la dernière ravit à Simoens Madeira tout ce qui fait qu'on ne veut pas mourir, honneurs, considération, richesses.

Nous avons extrait le récit qui précède de l'ouvrage de Faria, le seul historien que l'on puisse consulter pour les faits de cette époque ; malgré les lacunes et les obscurités qu'il présente, il montre à quel degré d'abaissement les caractères étaient descendus chez les conquérants de l'Inde, et combien ces maîtres de l'Orient, qui ne savaient pas défendre leurs meilleurs capitaines contre la jalousie et l'intrigue, offraient une proie facile à leurs nombreux ennemis Parmi ceux-ci se trouvait depuis peu Abbas, Chah de Perse. Déjà ce prince avait, en 1645, fait une démonstration contre le fort de Comoran (Gambroun) , sous prétexte d'un tribut non payé. Abbascherchait une occasion de déclarer la guerre. Il avait toujours vu d'un œil de convoitise le brillant royaume d'Hormouz, et depuis longtemps il en rêvait la conquête. Eu 4620, d'autres démonstrations hostiles eurent lieu de sa part; mais la plus gravé*1tit l'alliance offensive qu'il contracta avec les Anglais, qui, sans être en guerre avec le roi d'Espagne, avaient eu déjà des collisions avec ses vaisseaux sur la côte de l'Inde. Celte alliance donnait au Chah de Perse les forces maritimes qui lui manquaient, pourqu il put diriger avec fruit ses agressions contre les établissements portugais; aussi poursuivit-il, dès lors, avec acharnement une guerre dont l'issue pouvait satisfaire son ambition. Dès cette même année 1620, les confédérés canonnèrent le fort de Queixome ( Kéchm' ) , que faisait construire Ruy Freire d'Andrade. Cette première attaque ne fut suivie d'aucurT résultat; ce ne fut que deux ans plus tard qu'ils réussirent à s" en emparer,

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malgré la courageuse défense faite par le même capitaine.

Mais Hormouz était la proie convoitée, et tout succès importait peu tant qu'Hormouz n'avait pas été conquise. Aussi le siège fut-il bientôt mis devant cette vJHe, et poussé avec énergie. Ses défenseurs n'ayant pas su opposer aux assaillants la fermeté et le courage dont Ruy Freire avait donné l'exemple dans Queixome , Hormouz fut bientôt emportée et à jamais perdue pour le Portugal , qui n'eut pas même, dans cette circonstance, la consolation de voir ses capitaines vaincus se retirer l'honneur sauf.

La perte d'Hormouz devait avoir, pour les Portugais, des suites fort graves. Placée dans une admirable situation commerciale, Hormouz, que la nature avait traitée en marâtre , était la plus étonnante création qui soit jamais sortie des efforts combinés du commerce et de l'industrie humaine, î/un et l'autre avaient fait de ce bloc de sel et de ^able, sans végétation et sans eau, le plus merveilleux joyau que jamais prince d'Orient ait attaché à sa couronne; mais c'était peu que la perte de tant de merveilles et de richesses; c'était peu que celle d'un point commercial sans pareil : comme position politique et militaire, Hormouz était d'une bien autre importance; elle tenait en échec à la fois, au nord, les côtes de la Perse; à l'ouest, au fond du golfe, les ports dépendants de la Turquie; dans le sud, l'Oman. Mais celte place enlevée au Portugal , une double conséquence se produisait : en même temps que la situation des autres possessions portugaises dans ces parages devenait précaire , les populations voisines , dont l'essor avait été jusque-là comprimé, acquéraient une plus grande liberté d'action. C'est ainsi que furent amenées et la chute

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de la forteresse de Mascate par l'Imam d'Oman, et la prépondérance des Arabes de ce pays non-seulement dans le golfe Persique, mais encore, ainsi qu'on le verra bientôt, à la côte or^ntale d'Afrique.

En faisant un récit lamentable de la perte de leur belle colonie, les historiens portugais et espagnols semblent avoir cherché un soulagement à leur douleur dans des récriminations contre les hommes qui ont figuré au milieu de ces événements. Ils ont accusé la lâcheté des uns, l'insouciance des autres, les mauvaises passions de tous; l'insolence des Anglais contre les Portugais à Surate , la duplicité d'Abbas- Shah; que savons-nous encore? des retards apportés aux secours par des accidents de mer. Pauvres raisons, dont se payent l'orgueil et l'imprévoyance des peuples! Il ne faut jamais attribuer à de petites causes les grands événements. Les Portugais étaient partout ce que les avaient faits la nature de leur conquête et leur manière de l'exploiter. De Sofala au fond de l'Indo-Chine, l'esprit des conquérants était le même, et les mêmes faits se produisaient; fautes semblables et semblables désastres. Et, vraiment, les personnalités devraient disparaître lorsqu'on raconte la décadence d'un empire puissant, sous peine de faire de la chronique et non de l'histoire. Si les malheurs des maîtres de l'Inde, comme leurs crimes, n'eussent pas tenu à des causes générales qui, un peu plus tôt, un peu plus tard , auraient fatalement agi , malheurs et crimes se seraient individualisés et localisés; mais ils éclataient et étaient commis partout. Les faits accomplis dans des contrées diverses pourraient, jusqu'à un certain point, être dépeints par les mêmes récits,

en changeant seulement le nom des lieux et celui des per- I. 28

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sonnes. L'histoire a sa logique, et, avec des prémisses identiques, elle conclut toujours de ia même manière. Revenons maintenant à la côte d'Afrique. Ahhmed, le premier des sultans melindi de Mombase, avait laissé un fils du nom de Youceuf. Après la mort tragique de son père, cet enfant, tilors âgé de sept à huit ans, fut envoyé à Goa et confié aux religieux de Saint-Augustin, pour être élevé dans les principes du catholicisme. Baptisé en 1627, sous le nom de Dom Geronimo Chingoulia, il écrivit, à cette époque, une lettre de soumission au souverain pontife. 11 semblerait, d'après Faria, qu'il aurait été, dans cette même année, appelé à la sultanie de Mombase; mais la chronique arabe déjà citée par nous affirme textuellement que ^0Il élection eut lieu le samedi 7 de moha rem de l'an 1040 de l'hégire, c'est-à-dire, le 23 août 1650. Après son père avait régné, pendant un temps fort court, comme nous l'avons raconté, son oncle Mohhammed, gouverneur de Melinde, que les machinations de son collègue 3îounganaje conduisirent à la mort. Ce qui se passa depuis ce dernier fait jusqu'à l'avènement de Youceuf, l'histoire ne le mentionne pas. Ce qu'il nous est permis de présumer, c'est que les excès commis par les Portugais contre les sultans de Mombase durent continuer; du moins, savons-nous que, dès son entrée au pouvoir, le jeune sultan (il avait vingt-trois ou vingt-quatre ans) eut à subir les mômes avanies et les mêmes persécutions que ses prédécesseurs. Le capitaine de la forteresse était alors Pedro Leytam

de Gamboa.

La foi de Geronimo Chingoulia était-elle sincère? ou n'avait-il fait acte de chrétien qu'afin d'obtenir le pouvoir

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— i35 — qu'il ambitionnait? ou bien rôvait-il dès lors quelque terrible vengeance, dont il prévoyait les difficultés et préparait d'avance les moyens? On l'ignore !....... La conscience a

de mystérieuses profondeurs où se cachent aussi bien les grandes passions que les petits calculs, et, pour décider si un homme a une éme vulgaire ou un grand caractère, il faut attendre que les circonstances lui aient permis de se révéler tout entier.

Si nous en croyons l'auteur de la chronique de Mombase, « quand Youceuf eut en main le pouvoir, il gouverna trèstyranniquement; il força le peuple à manger de la chair de porc, et il fut méchant et infidèle, etc. » Était-ce un rôle que jouait Youceuf en exerçant et autorisant de pareilles vexations? Il faudrait avouer alors qu'il ne négligeait rien pour paraître sincère, et une telle duplicité fait horreur. Mais, dans l'intimité de sa vie privée, comme nous l'apprennent les documents portugais, il rendait au souvenir de son père ce culte fervent qui dénote la noblesse des sentiments. Il avait coutume de visiter souvent le tombeau où ^reposaient les restes d'Ahhmed et, en offrant à cette dépouille vénérée le tribut de ses larmes, d'accomplir, quoique catholique, des cérémonies funèbres selon l'ordre prescrit par la religion musulmane. Quelle révélation sortit pour lui de cette tombe? Ces ossements mutilés lui racontèrent-ils seulement la triste destinée de son père comme une prophétie de celle qui l'attendait? ou lui inspirèrent-ils l'idée de la vengeance comme un devoir imposé à sa piété filiale? ou plutôt, enfin, allait-il épancher, dans l'enceinte funéraire, le secret longtemps gardé dans son cœur, et dire à l'ombre paternelle de patienter encore?... Dieu le sait! Mais

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les représailles accomplies par lui furent bien terribles et bien complètes, pour qu'il ne les eût pas longtemps méditées.

Un jour que Youceuf rendait aux mânes de son père l'hommage accoutumé, son secret fut surpris par un Portugais. Cet homme, qui soupçonnait le sultan de n'être chrétien que de nom, l'épiait depuis quelque temps : il informa aussitôt de ce qu'il venait de découvrir le capitaine Gamboa. Celui-ci lui répondit qu'il ferait arrêter le renégat et l'enverrait à Goa. Le délateur, soit indiscrétion, soit remords, s'empressa d'aller avertir Chingoulia du projet du capitaine. Le rusé sultan accueillit cette révélation avec de grandes protestations de reconnaissance : mais, redoutant que l'exécution du plan arrêté, à l'instant même, dans sa pensée ne fût entravée par quelque nouvelle indiscrétion qui éveillerait les soupçons de Gamboa, il fit suivre et égorger secrètement par des hommes sûrs l'imprudent donneur d'avis. i

Ce premier pas fait, Youceuf n'hésite plus : il précipite l'exécution de ses desseins et marche au sinistre dénoûment avec la rapidité de l'homme qui sait que pour lui il n'y a plus de lendemain. Il assemble à la hâte trois cents Cafres dévoués,, les arme et s'introduit avec eux dans la forteresse, sous prétexte de faire une visite au capitaine qui la commandait. La garnison et son chef, sans défiance, se laissent surprendre. Tandis que les Cafres se jettent sur les gardes et les frappent sans merci , Youceuf poignarde Gamboa de sa main. L'épouse et la fille du capitaine, le prêtre même qui leur disait en ce moment la messe, tombent , au pied de l'autel , sous les coups des meurtriers. î^nfin le jeune sultan reste maître de la place.

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Mais le sang déjà versé exalte la rage des assassins : ils envahissent la ville portugaise, la livrent aux flammes et massacrent impitoyablement tous ceux qu'ils peuvent atteindre.

Les Portugais qui échappèrent au fer et à l'incendie coururent se réfugier dans le couvent des Âugustins, s'y renfermèrent et s'y défendirent pendant sept jours. Alors Youceuf leur fit promettre la vie sauve, s'ils voulaient sortir sans armes. Rien n'arrêtait cet homme. Pour assouvir sa vengeance, qu'était un parjure de plus? Sur la foi de sa parole, les malheureux quittèrent leur refuge, et il les fit , sans pitié comme sans honte, tuer à coups de flèches. Femmes, enfants, prêtres, religieux, tous furent immolés , et tout ce qui servait au culte sacré, chapelles, vases, saintes images, fut profané et détruit.

L'œuvre sanglante achevée à Mombase , Youceuf , après avoir répudié hautement le titre de chrétien, qu'il avait, disait-il , porté si longtemps comme un odieux fardeau , se hâta d'instruire les cheikhs ses voisins de ce qu'il venait d'accomplir, et les engagea à se débarrasser, ainsi qu'il l'avait fait , de tous les Portugais qui se trouvaient dans leurs domaines. Les cheikhs de Montangante (M'tanggata), de Tanga (Tanggata) et de Motone (1) s'empressèrent de suivre et son exemple et ses avis. Les autres lui envoyèrent des secours.

(1) Parmi les localités voisines de Mombas?, nous ue connaissons aucun uum qui puisse être assimilé à celui que nous annotons. Lo seul connu de nous qui s'en rapprocherait serait M'ioni, lieu situe sur la côte ouest de Zanzibar, mais qui n'a jamais dû être asspz imporlaul pour avoir d'autre chef que celui dn l'ile mèmn.

A la nouvelle des funestes évi'nemenls de Mombase, le vice-roi dom Miguel de Noronha, comte de Linliares, fit préparer une galère, une patache et quatorze autres petits bâtiments, parmi lesquels étaient sept galiotes : le tout monté par cinq cents Portugais. Il nomma son fils major de cette flotte, et en confia le commandement à Francisco de Moura, homme éprouvé, qui ctvait déjà servi dans l'Inde et au Brésil. La flottille quitta Goa au milieu de décembre 1631. Le 2 janvier de l'année suivante, elle loucha à Ampaza, où l'on apprit de quelques Portugais tout ce qui s'était passé depuis la révolte de Chingoulia. Le 10, la flottille entra dans le port de Mombase; là vinrent se joindre à elle trois bâtiments, avec cent hc(mmes envoyés de Mascate par Ruy Freire d'Andrade. Il vint -aussi, d'autres endroits, quelques navires, qui portèrent le nombre des combattants à huit cents, marins et soldats. Mais ces forces avaient devant elles des ennemis nombreux et paraissant disposés à se défendre vigoureusement dans la forteresse où ils s'étaient établis. Francisco de Moura commença par débarquer son monde, opération qui fut difficile à cause de la grosse mer. Le il, il alla, avec le fils du vice-roi, dans le canot de la galère, reconnaître la passe de M'coupa, près de laquelle il fit mouiller des navires destinés à intercepter le passage de la terre ferme sur l'île; il en plaça d'autres à l'entrée du port pour empocher la fuite de l'ennemi et l'arrivée des secours par mer; enfin il fit mettre à terr<^ le matériel nécessaire pour un siège. Dès les premiers instants de son arrivée il s'était emparé de deux bâtiments que le sultan avait préparés pour sa fuite en ras de défaite.

t'.es préliminaires accomplis, le commandant de l'expédi-

tiori, se croyant sur d'un prompt succès, expédia à Mozambique une lettre destinée au roi d'Espagne, dans laquelle il promettait de recouvrer en peu de temps la forteresse perdue.

Mais l'homme propose, et la fortune décide : elle refusa, dans cette circonstance, de faire honneur, aux engagements de Francisco de Moura. Après trois mois d'un siège trèsmeurtrier pour les Portugais, désespérant du succès et jugéant que pour l'olDtenir il fallait des forces plus considérables, il prit le parti de rembarquer son monde, pour ramener la flottille à Goa. Or on était , en ce moment , au milieu de mars, et plus de deux mois devaient s'écouler avant le mauvais temps ; aussi Francisco de Moura fut-il , par la suite, accusé de s'être trop hâté. Quoi qu'il en soit, dès que sa décision fut arrêtée, il s'occupa des préparatifs du départ. Mais l'ennemi , ayant été averti de ce qui se passait par un déserteur, {jt braquer un canon sur l'aiguade, et rendit très-difficile aux Portugais l'approvisionnement d'eau nécessaire pour le retour de la flottille dans l'Inde; de sorte que les derniers bâtiments ne purent prendre la mer qu'à la fin de mai. Deux navires, ayant à bord quelques soldats et des gens de Zanzibar, restèrent au mouillage extérieur pour bloquer le port : l'un commandé par Pedro Rodrigues Botelho, l'autre, par André de Vasconcellos. Ils étaient chargés de garder la côte et d'empêcher les assiégés de recevoir aucun secours. Les capitaines, dès qu'arriveraient les gros temps de la mousson, (pii ne permettent pas de rester à l'ancre devant le porl, devaient, d'après leurs instructions, se réfugier l'un à PaKa, l'autre à Zanzibar. Opcndanl Bolelho et de Vasconcellos ayant, on ne sait pour quelle raison, aban-

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donné leurs navires , ceux-ci furent enlevés par les gens de Mombase. Le sultan, qui pensait bien que les Portugais reviendraient à la charge, et qu' il ne pourrait pas résister aune nouvelle attaque, résolut de mettre à profit, pour prendre la fuite, le moyen inespéré que la fortune lui offrait. Il transporta donc à bord des deux prises portugaises toute l'artillerie de la citadelle, la démantela, détruisit la ville maure de fond en comble et rasa tous les arbres à fruit ; enfin, après avoir promené partout le fer et la flamme, il s'embarqua avec toutes ses richesses, et , accompagné de quelques lÉaures et de quelques esclaves, il se dirigea vers les côtes de l'Arabie, où il visita successivement Kechen, Chaël (Chehheur)etAden.

Pendant deux^mois après le départ de Youceuf, l'île de Mombase ne fut qu'un désert silencieux, où ne s'élevait que cette mystérieuse voix des ruines qui donne aux hommes de si austères et souvent de si inutiles leçons.

Enfin quelques Maures informèrent Pedro Rodrigues Botclho, alors à Zanzibar, des faits qui venaient de se passer à Mombase. Il s'y rendit aussitôt, reprit possession de l'île, et commença à relever de ses décombres la forteresse et la cité qui, tant de fois déjà, avaient accompli de si lugubres destinées.

En 1656 (Uezende dit à la fin de 1655), l'ex-sultan de Mombase, après avoir erré quelque temps sur les rivages de l'Yémen, vint chercher un refuge à Madagascar, où il se concilia la faveur du sultan de Masselege (1) et de quel-

(1) Il s'agit de la baie do bouéui, côte ouest de Madagascar, où était établie une colonie d'Arabes venus de différents points de l'Afrique orientale, et particulièrement de Patta.

ques Maures originaires de Patta. Dès que les Portugais de Mozambique eurent connaissance de ce fait, ils résolurent daller attaquer l'auteur abhorré de la catastrophe de Mombase. Ils armèrent deux ntVires et quelques barques, sur lesquels montèrent soixante soldats portugais et cent dix Cafres. L'expédition était commandée par Roque Borges, qui avait sous ses ordres les capitaines André Borges et Antonio de Oliyeiro.

Le 47 mai , cette petite troupe de vengeurs fit une descente sur la côte malgache et se porta vers l'enceinte fortifiée où s'était retiré Youceuf. Mais les assiégés étaient nombreux, et de plus ils occupaient une position inexpugnable. Cette dernière circonstance se rencontra fort à propos pour couvrir l'honneur des assaillants, qui furent obligés de se retirer sans avoir pu mettreJa main sur le renégat Dom Geronimo Chingoulia. En revanche, ils brûlèrent quelques bateaux et de misérables villages, égorgèrent de malheureux noirs qui n'étaient pour rien dans le massacre de Morabase, emportèrent, pour trophée, des agrès, des munitions (1) sur les barques incendiées; et, comme ils rentrèrent à Mozambique avec ce butin, la vanité portugaise put se déclarer satisfaite de ce dénoûment, quoique le but de l'expédition eût été manqué.

Après ce dernier épisode, nous ne trouvons, dans Faria y Souza, dont le récit se termine avec l'année 1640, rien qui ait rapport à la côte orientale d'Afrique.

Ce qui arriva à la suite de la reprise de Mombase est résumé dans une inscription qui existe encore de nos jours

(1) C'était une partie des canons que Youceuf avait enlevés à la forteresse derMombase, "^

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*i\i-dessus de la porte de la forteresse de l'île (j). Il parait» d'après rette inscription, qu'en 4655, le capitaine-major Francisco de Sexas e Cabra releva la forteresse; qu'il réduisit la côte de Melinde, soulevée à la voix de Youceuf ; qu'il rendit tributaires les cheikhs d'Otondo, de Mandra, de I.ouziva et de Jaca; enfin qu'il châtia Patta, dont les murailles furent rasées, Pemba et toutes les populations rebelles, livrant au supplice, sous sa responsabilité, les gouverneurs révoltés. ^

Rezende nous apprend , en outre, qu'à cette époque, la ville maure de l'île Mombase n'avait pas encore été repeuplée ; il n'y existait qu'un seul habitant, du nom de Faquevalle (2), que le vice-roi nomma gouverneur du territoire de Mombase et de Melinde, à cause de son origine et de sa fidélité envers les Portugais : tous ses coreligionnaires, s'étant trouvés compromis dans la révolte de \ouceuf , avaient pris la fuite après le départ de celui-ci. La population portugaise était aussi, comme on le pense bien, très-bornée, par suite du massacre général opéré précédemment, et vu le peu de temps écoulé depuis la reprise de possession. Le vice-roi tut donc obligé de faire venir de Patta et de Zanzibar une vingtaine de Portugais mariés pour peupler (5; la ville à mesure qu'on la réédifiait.

La sanglante expédition exécutée contre les villes de la côte de Mombase assura pour un certain temps leur sou-

\\\ Voir appendice, pièce n" 3.

(2) Probablement Feki-Ali.

(3) C'est peut-être à cette époque que les ^uakilindini, tribu precc- <li-mmeiit ( tabiie sur la terre ferme, se transportèrent sur l'île, avei lautorisation des Portugais, fait dont il sera parlé dans la rela»ion

Voyez 11" partie, chap. \\\\\.)

mission. Mais on comprendra aisément qu'elle restât précaire, si l'on se rappelle que la domination portugaise était alors partout ailleurs en décadence, et que cet élat de choses devait, sur les points où elle existait encore, surexciter les désirs de rébellion. Avant d'entreprendre le récit de ce qui eut lieu ultérieurement à la côte orientale d'Afrique , arrêtons-nous un moment pour faire un résumé de l'état où était cette contrée lorsqu'elle passa sous la souveraineté des Portugais, et donner une idée générale de l'organisation de celle-ci à l'époque où Rczende écrivit son traité.

Quand les Portugais abordèrent à la côte orientale d'Afrique, ils y trouvèrent les établissements arabes dans une situation dont quelques-uns des documents examinés par nous dans le livre précédent ont pu déjà donner l'idée. Les récils d'Tbn-Bathoula ont surtout édifié le lecteur au sujet des villes de Moguedchou et de Kiloua. Si l'on en juge d'après certains détails de la chronique de ses sultans, Kiloua avait, à la fin du xv^ siècle, perdu une partie de ses anciennes dépendances; mais, sous le rapport politique et commercial, cette ville était encore fort importante : eile comj)tait parmi ses possessions, .VIozambique, si riche d'avenir, et Sofala , le comptoir le plus productif de toute cette partie du continent africain. Du re>te, le développement successif de toutes les localités de second ordre créées par l'initiative des cités mères avait été la principale cause de l'amoindrissement de celles-ci. Dès qu'un centre de population s'était formé, il voulait vivre de sa vie propre et ne dépendre que de lui-même. C'est ainsi que l'Etat de Kiloua avait perdu, entre autres points , l'une de ses principales annexes, l'île

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de Zanzibar, dont le cheikh avait pris le titre de sultan. Celle dernière, Morabase, Mellnde et Kiloua paraissaient être, lors de la venue des Portugais, les localités les plus considérables de la côte.

Mais, dans tous les lieux où étaient établis des Arabes ou des descendants d'Arabes , il existait des signes manifestes d'une certaine prospérité. Mozambique, qui eut l'honneur (l'être le premier point visité par Gama, Mozambique, quoiqu'elle ne fût encore qu'un établissement de troisième ordre, pouvait déjà causer quelque surprbe aux Portugais. Les maisons des habitants étaient en bois; mais au-dessus d'elles s'élevaient des mosquées, et la maison du cheikh, bâties en pierre, et, quand l'amiral vit venir au-devant de lui ce cheikh vêtu de soie et de velours brodés d'or, chaussé de sandales de soie, armé du sabre et du poignard, accompagné d'une suite nombreuse de Maures richement habillés eux-mêmes, marchant au son de divers instruments de musique , il dut comprendre le dédain avec lequel furent iiccueillis les modiques présents qu'il offrait à son hôte. Les Portugais s'étaient imaginé trouver au delà du cap de Bonne -Espérance des peuplades sauvages, semblables à colles qu'ils avaient rencontrées sur la côte occidentale du môme coiUinent; ils étaient détrompés. Ce fut bien autre chose lorsqu'ils mouillèrent devant Mombase! Il y avait dans le port un grand nombre de petits bâtiments de commerce, et l'île, riche en productions de toutes sortes, était couverte de vergers plantés de cocotiers, de grenadiers, de figuiers d'Inde, d'orangers et de citronniers. La ville était grande; la plupart des maisons, bâties en pierre, avaient forme de celles d'Espagne, avec des plafonds de plâtre tra-

vailles en compartin^nts. Dans ses rues, fort belles, circulaient de nombreux piétons et d'adroits cavaliers, tous brillamment parés. Les femmes s'y faisaient remarquer par le luxe et l'élégance de leurs vêtements, qui étaient en soie, enrichis d'or et de pierres précieuses. Mombase recevait du continent une grande quantité d'ivoire, de cire et de miel.

A Melinde, nouveau sujet d'étonnement! Les Portugais, dit l'histoire, y admirèrent la beauté des rues, la régularité des maisons, bâties en pierre, à plusieurs étages, avec des plates-formes et des terrasses au sommet. La ville était peuplée d'Arabes possédant de spacieuses habitations, se piquant d'élégance et de politesse, vêtus de soie ou de fines étoffes de coton, portant des sabres et des poignards travaillés avec assez d'art et de goût. Les fenunes, comme à Mombase, s'y distinguaient par la richesse de leur parure, et de plus elles étaient fort bdles; aussi disait-on sur toute la côte : « femmes de Melinde, cavaliers de Mombase. » Melinde comptait aussi , dans sa population flottante, beaucoup de marchands du Cambaye et de Gouzerate, qui venaient chercher de l'or, de l'ambre, de l'ivoire, des résines et de la cire en échange des épices, du cuivre, du mercure et du calicot qu'ils apportaient de l'Inde. La campagne qui s'étendait derrière la ville était couverte de cocotiers et d'autres arbres donnant d'excellents fruits ; le bétail , la volaille et les céréales y abondaient.

Gama avait éprouvé une grande joie de trouver une ville qui ressemblait à celles de sa patrie; il se sentit plus heureux encore quand il se vit accueilli avec une bienveillance et une cordialité inespérées par les principaux per-

sonnages du pays, dont l'aspect ne pouvait manquer de produire une vive impression sur lui et ses compagnons, |]n effet, lorsque la flotte fut visitée par le fils du cheikh de Melinde, ce prince était dans sa barque, assis sur un beau fauteuil ; une longue robe de damas cramoisi doublé de satin vert couvrait ses autres vêtements, une riche écharpe était élégamîi;ent roulée en forme de turban autour de sa lôte; vingt ÎMaures ou Arabes somptueusement vêtus formaient sa suite, et l'un d'eux , debout à son côté, portait dans ses mains une magnifique épée à fourreau d'argent. Kn même temps, à mesure que les barques qui amenaient les visiteurs circulaient entre les navires, divers musiciens faisaient retentir l'air du son (Je leurs instruments. -

Nous rappelons toutes ces particularités pour prouver l'opulence des villes auxquelles elles se rapportent et le de- ' gré de civilisation relative qu'elles avaient atteint. Du reste, la plupart des autres villes de la cÔte étaient, à des nuances près, aussi prospères. L'histoire des premières années de la conquête témoigne hautement de l'état florissant de Sofala, de Zanzibar, de Lâmou, de Patta, d'Oja, de Jaca, de Braoua. Meurka manque à cette nomenclature, et les Portugais parî^issent ne l'avoir pas connue; du moins n'est-elle mentionnée par aucun de leurs historiens. Quant à la ville de Moguedchou , Vasco da Gama , revenant de son premier voyage à Calicut , la rangea d'assez près pour distinguer qu'elle était grande et fort belle, qu'elle avait une ceinture de murailles et des édifices remarquables, enfin qu'un nombre considérable de bateaux étaient mouillés dans son havre. Nous avons dit que, plus tard, lorsque Tristam da Cunha se présenta devant cette ville, avec l'intention de la

— kM — soumettre ou de la détruire, il la troiiva dansd(^s condiliotis lie défense assez imposantes pour qu'il jugeât prudent de renoncer à son projet.

Ce qui manquait à tous les établissements arabes de l'Afrique orientale, c'était une force militaire organisée; mais il ne faut pas oublier qu'ils ne devaient pas leur origine à la conquête : fondés par des marchands ou des proscrits, ils s' étaient" développés peu à peu par l'action lente, mais sûre du commerce, presque toujours sans violence et du consentement des indigènes, souvent même avec leur concours. Aussi n'ayaient-ils jamais eu à redouter que les jalouses compétitions qui les armaient les uns contre les autres, et les irruptions faites à de rares intervalles par certaines peuplades sauvages de l'intérieur. Contre de tels ennemis, quelques pans de muraille, de médiocres mousquets, l'arc, les ilèches et la sagaie étaient de suffisants moyens de défense. Grâce, d'ailleurs, aux allures pacifiques de ces colonisatei^rs sans nom comme sans désir de gloire, l'union des races avait pu se faire dans la zone voisine de la côte, favorisée en outre, jusqu'à un certain point, par quelques heureux résultats de propagande religieuse. Ainsi le Cafre, l'Africain, dont le caractère a beaucoup plus d'affinités avec l'Arabe qu'avec l'Européen, s'était habitué à voir sans défiance circuler dans ses>lomaines , s'avancer même bien loin dans l'intérieur, les petits-fils des émigrés de l'Yémen et de l'Oman. Bref, toutes ces circonstances avaient amené, entre les colons et les indigènes, des relations solides et un vaste système d'échange, qui, par mille et mille canaux, faisait affluer les esclaves, l'or, l'ivoire et les autres productions du continent vers la côte, le long de laquelle la mer était sillonnée de

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barques innombrables, faisant escale aux villes mentionnées plus haut , que ce traflc ne cessait d'enrichir.

Aussi , quand les Portugais eurent sous les yeux un aperçu du tableau vivant et animé qu'offrait cette activité commerciale et de la prospérité qu'elle avait engendrée, conçurent-ils le désir de déposséder les Arabes de ce magniûque monopole et de se substituer à eux pour l'exploiter. Une double raison devait encore leur rendre précieuse la possession des établissements qu'ils venaient de découvrir : c'était, d'une part, la situation de la côte orientale d'Afrique sur la route de l'Inde ; de l'autre, la richesse des gîtes aurifères du Sofala. Trouver à la fois un lieu de repos et de ravitaillement pour les flottes du Portugal , qui avaient à faire la longue traversée d'Europe en Asie , et un pays dont la fécondité de ses mines avait rendu depuis longtemps le nom célèbre, même à la cour de Lisbonne, il n'en fallait pas tant pour décider celle-ci à une conquête qui lui parut, avec raison, exempte de grandes difficultés. Cette conquête fut le but de l'expédition de Dom Francisco d'Almeïda, premier vice-roi de l'Inde. Nous avons fait le récit de ses rapides victoires et dit comment des forteresses avaient été construites à Kiloua et à Sofala, et que celle de Kiloua ayant été bientôt abandonnée, Sofala était alors devenu, au double point de vue hiérarchique et commercial, le premier établissement portugais de la côte. Le roi Emmanuel , préoccupé, sans doute, des intérêts de son trésor, voulut même, d'abord, conserver ce gouvernement de Sofala sous sa direction propre et en dehors de l'action immédiate du viceroi. Plus tard, cependant, il fut placé sous la juridiction du gouvernement central de Goa , en conservant son rang de

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capitainerie majeure jusqu'au jour où ce titre, avec les prérogatives qu'il entraînait, passa, ainsi que nous l'avons raconté, après l'attaque des Hollandais en 4607, à l'établissement de l'île de Mozambique (1), sur laquelle, comme on le sait déjà , une forteresse avait été construite dès les premières années de la conquête (2). A. part ces deux forteresses et celle de Mombase, dont l'érection n'eut lieu qu'en 1594, il n'existait sur toute la côte que quelques petits forts placés sur diverses îles ou sur des points de la terre ferme; plusieurs des endroits occupés par les Portugais n'avaient même pour toute force militaire que de simples garnisons. Melinde était dans ce dernier cas, probablement à cause du bon accord qui n'avait cessé de régner entre les cheikhs de cette ville et les Portugais ; aussi est-il présumable que le petit nombre de soldats qu'on y entretenait était moins destiné à servir de garantie contre ces cheikhs, qu'à les défendre contre leurs propres ennemis. An surplus, en substituant leur souveraineté à celle que les Arabes ou Maures exerçaient sur la côte, les Portugais n'eurent garde de les déposséder de leur autorité. Ces chefs, en effet, étaient, entre leurs vainqueurs et tes populations maures ou cafres du littoral, des intermédiaires précieux qu'il valait mieux utiliser que supplanter. La cour de Lisbonne se contenta donc , autant que l'esprit de soumission des premiers occupants le lui

(1) Le capitaine qui commandait à Mozambique avant le changement dont il est fait ici mention avait, comm»' dans tous l'S établissements placés au même rang, le titre de caslellào (commandant de château '.

(2) Cette forteresse fut, plus tard, modifiée et agrandie, d'après le^ plans de Dom Joâo de Castro, qui la trouva mal construite et insuffisante, lorsque, allant prendre la vice-royauté de l'Inde en 1540, il toucha à Mozambique.

permit, d'établir entre ceui-ci et elle des rapports de vassal à suzerain (1) et de leur imposer un tribut annuel. Les cheikhs, de leur côié, étaient trop prudents et trop bons calcnlateurs pour n'avoir pas compris tout de suite l'impossibilité d'une résistance soutenue , puisque les Portugais se triouvaient maîtres de la mer, et le danger auquel ils s'exposaient en l'essayant, de perdre le plus beau, le véritable joyau de leurs chétives couronnes, c'est-à-dire les bénéfices du trafic qu'ils faisaient, des produits de l'intérieur, avec les marchands affluant dans leurs ports de tous les points de l'Inde et de

[l) Nous avoDS trouvé, dans un ouvrage portugais iniitalé Doeumentos A rabicos para a historia partugueza, copiados dos originaes da Torre do (ombo e vertido$ em porluguez por Fr. JoUo de Souza, Lisboa, t790, deux lettres écrites peu d'années après la conquête. Elles montrent dans quelle étroite dépendance étaient maintenus les cheikhs de la côte d'Afrique, même ceux dont la soumission datait des premiers jours de la découverte, et dont la fidélité n'avait jamais ^té douteuse. En voici la traduction :

Lettre du roi de Melinde au roi D. Manoel.

Après les compliments d'usage.

« Et il (le roi de Melinde) vous demande votre protection et votre agrément «fin qu'il soit plus honoré et considéré par vos serviteurs, lui permettant de pouvoir naviguer tous les ans une fois pour Goa et Mozambique dans un sien navire pour qu'il soit utilisé, sauf votre respect , et que vous n'oubliiez pas cette supplique

« C'est pourquoi votre serviteur le cheikh Ouagerage (*) vous demande que vous jetiez sur le peuple de Melinde des regards d'autant plus favorables et cléments que vous êtes la gloire, l'abri et le respect des hommes ; et comme le cheikh de Melinde n'a pas encore voyagé à Mozambique il espère que vous lui concéderez licence pour y aller et si quelqu'un, soit portugais, soit musulman lui disait quelque chose ou lui fai-

(") l.e cheikh Ouagerage éuit le sei|(neur de Melinde avec qui V»sco da Gama fit «Uianrf rn liW, ni doDl il emmeai l'ambassadeur en Portugal.

«...T-jTi-™ir--

TÀrabie. Presque tous se résignèrent donc à leur uiauvaise destinée et se soumirent après plus ou moins de tergiversations et avec plus ou moins de sincérité, jugeant qu'il valait mieux partager la proie que la perdre entièrement. A l'aide de ces derniers, ks Portugais parvinrent à connaître la nature et les habitudes du commerce établi depuis si longtemps sur cette immense cAte et à y prendre une part active. Ce commerce opérait principalement (à part quelques objets d'échange envoyés d'Europe) au moyen de certaines étofiFes que les Portugais tiraient de leurs comptoirs indiens,

sait quelque dommage il répoDdra que le roi l'a voulu ainsi el de luèuH* qu'il commande et décide en Melinde comme il veut, l'autorité- du monarque n'a pas de limite; et avec cette grâce qu'il espère, ou dira , le cheikh de Melinde a été à Mozambique sans craindre les insultes des Portugais et tous sauront qu'il mérite cette faveur pour avoir toujours coopéré à l'élération de votre nom , de votre crédit et de votre réputation, ainsi que pourront le témoigner vos serviteurs Simon d'Andrade, Francisco Pereira et tous autres aussi bien chrétiens que musulmans.

« Finalement, Monseigneur, je suis à votre service avec mes fils et mes biens, etc.

« Elle (cette lettre) a été écrite le 28 de zoukhada de 921 ^ M septembre 1515). »

Lettre du chérif Mahomed-el-Aloui (*) de Mozambique, écrite ou roi

' D. Manoel.

Après les compliments d'usage.

« Ce que je sollicite de votre bienfaisance, Monseigneur, est que vous n'oubliiez pas de m'cuvoyer la lettre que je yous ai déjà demandée , par laquelle je sois prci»ervé de l'invasiou et de l'hostilité de vos sujets dans l'État de l'Iude et puisse naviguer librement et avec toute sécurité en un mien navirb sans que personne me violente ou me fasse aucun dommage. Telle est la faveur que j'implore de vous et grâce à elle je serai élevé parmi les musulmans el vous en aurai de la reconnaissance tous les jours et toutes les nuits de ma vie.

« Elle (cette lettre) a été écrite le 25 de rebi de 923 i 27 mai 1517 . »

{") Le chérif Maliomed , qui Rouveinait Moiambique i> cette époque, tlaii i.lui av(r l.qufl Vaico da Gama Ct conoaisianct el amitié lar« Hr son lecood voya^p dan» l'Inrf.- en 150V

comme avaient fait jusqu'alors les Arabes leurs prédécesseurs. L'autorité suprême des vice- rois ou gouverneurs de l'Inde s'exerçait, dans les possessions d'Afrique, par l'intermédiaire d'officiers dont le grade était en rapport avec l'étendue des circonscriptions placées sous leurs ordres. Celles-ci subirent des changements à mesure que se modifiaient les convenances politiques ou administratives qui les avaient limitées ; mais voici à peu près ce qu'elles étaient en 1635, époque à laquelle Barreto de Rezende, secrétaire du vice-roi comte de Linhares, écrivit, sur les colonies portugaises de l'Inde et de l'Afrique orientale, le traité dans lequel nous avons puisé la plupart des détails qui suivent (1).

11 existait deux circonscriptions principales, celle de Mozambique et celle de Mombase.

La première, et la plus considérable, comprenait les districts de Sofala, de Mozambique et de ce qu'on appelait Os ries lie Couama (2), autrement dit les établissements placés sur les bords du fleuve Zambèze.

L'établissement de Sofala, situé, par 2i° de latitude sud, sur une langue de terre de 400 brasses de tour, dont un bras de mer faisait une île à marée haute seulement, consistait en un simple fort carré de peu d'étendue, ayant un bastion à chaque angle ; quelques cases, habitées par cinq ou six

(t) Ce traité, resté maDuscrit et dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque nationale, a pour titre : Brève tratado feilo por Pedro Barrelo de Rezende, secretario do senhor conde de Linhares vizorrey do Eslado da India. No anno 1635. i ,

{-!) Sur la plus grande des Iles comprises dans le delta du Zambèze existait, lors de la conquête, un village nommé Couama. C'est, dit-ou, par suite de cette circonstance que les Portugais ont donné le nom de Rios de Couama à la région découpée en îles par les nombreuses branches du Qeuve et h ces branches elles-mêmes.

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ménages portugais, étaient disséminées autour de cAie for^ tification. Celle-ci ne contenait pas de garnison, et il ne s y trouvait aucun autre militaire que le capitaine; mais les Portugais qur vivaient sous la protection de ce fort possédaient un certain nombre de Cafres esclaves, dont on pouvait faire, au besoin, des soldats pour le défendre.

Le capitaine de Sofala avait le monopole du commerce sur toute la côte comprise entre ce point et le cap de Bonne-Espérance, où il existait deux comptoirs assez importants, l'un, par 26° de latitude sud, dans la baie d'i4/agoa ou de Lourenço Marques, nom du premier Portugais qui, pour la traite de l'ivoire, alla y établir des relations régulières avec les Cafres; l'autre, celui d'Inhambane, près du cap Corrientes, par 25* 30' sud. Inhambane fut le premier village notable que reconnurent les Portugais quand ils vinrent aborder à la côte orientale d'Afrique, en 1497 ; il faisait partie d'un royaume nommé, comme sa capitale, Tongue ou Otongue (4).

Quant à l'établissement de Sofala proprement dit , dépourvu d'une ville et n'ayant pour port qu'un petit bras de mer dans lequel ne pouvaient entrer que des bateaux d'un faible tonnage, il n'avait guère d'autre utilité que de servir d'entrepôt pour le commerce de l'or, dont la traite se

(1) Nous n'avons pu découvrir la date de la fondation du comptoir d'Inhambane; nous savons seulement qu'au milieu du xvi' siècle il était en pleine exploitation. En 1560, le R. P. jésuite Gonçalo da Syheira parcourut en missionnaire le royaume d'Otongue, et se rendit même dans la capitale, auprès du roi du pays; son influence y était, dit-ou, fort grande. L'année précédente, le cousin, d'autres disent le fils de ce prince, avait été baptisé à Mozambique, ayant pour parraiu Dom Sébastien de Sa, capitaine de la forteresse. (Voyez Oriente conquislado , cooq. V, d. II, p. 829 et suiv»)

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taisait à H-) lieues environ dans l'intérieur. De ce cèté > étendait . autour de Sotala . un vaste territoire que le? 'onïmerçanjs portugais pouvaient parcourir en toute sécurité ii). Le roi de ce pays s appelait le Quitève, coinme le pays lui-même. Autrefois sujet de l'empereur du Monomotapa. il avait rendu cette dépendance purement nominale en proOtant de l'appui qu'il recevait des Portugais, et, désirant se maintenir en paix avec ses dangereux voisins de la côte, il favorisait leur libre circulation dans toute l'étendue de son royaume.

A l'aide de leurs établissements du Zambèzç, les Portugais exerçaient leur domination jusqu'au cœur de l'Afrique orientale. Ce beau fleuve leur permettait de transporter facifemeiit à plus de 100 lieues dans les terres les marchandises destinées à la traite. On les expédiait de Mozambique à Quilimane par mer, en mars ou en octobre. Arrivées à ce dernier point, àitué sur la rive gauche du bras de mer appelé rivière de Quilimane, à 4 lieues au-dessus de son embouchure , elles étaient débarquées et déposées dans des magasins à la garde d'un facteur, pour être'transportées, an moment favorable, sur le fleuve, qu'elles remontaient dans des bateaux appropriés à sa navigation (2).

(1) Les royaumes compris entre le pays d'Inhambaue el la barre de Louabo étaient ks suivants : au nord d'Iuhambane, le royaume de Chi- «^■«ngro, ayant pour limite septentrionale la rivière Sabia ; puis le royaumr de Sedeuda , qui venait confiner au i terres de Sofala ; ici commençait j*' royaume de yuitévc, se terminant à une rivièro que les Portugais nommaient Tendanculo ; le territoire compris entre celle-ci et la rive droite du Zambèze était regardé comme possession portugaise. Tous ces royaumes faisaient partie de lempire du Monoraotapa. (Voyez Oriente conquistado, conq. V, d. ii , p. 853.)

i2^ Toutes Ips descriptions qui nous ont été données par les auteurs

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I.e fort de Ouilimane était situé sur le territoire de Boror*.. AUSSI peu considérable que celui de Sofala, ou l'jivait laisse >ans artillerie jusqu'en 1635, époque à laquelle uiiecaravell.' venue de Portugal avec des mineurs y apporta six pièces d. faibles calibres. Dépourvu de garnison, sa défense était corttiée aux quelques Portugais établis dans le pays; mais leurs esclaves pouvaient être armés, et à ceux-ci s'adjoignaient, au besoin, un certain nombre de Cafres vassaux du roi de Portugal , habitant les territoires voisins. Quand une guerre devenait imminente, la petite population disséminée autour du fort s'y enfermait et envoyait prévenir le capitaine de Séna ou celui de Mozambique.

Du reste, les relations des Portugais avec les indigènes (étaient ordinairement pacifiques, à part quelques rares démêlés qu'ils avaient avec un chef indigène nommé le

portugais représentent le Zambèze comme se divisant , à 30 lieues dans l'intérieur, en deux bras qui viennent se jeter dans la mer, à 18 lieues de distance l'un de l'autre; celui du sud , qui est le plus considérable, porte le nom de Lbuabo ; celui du nord est nommé rivière de Quilimane. Cependant, si l'on en croit M. Loarer, qui s'exprime à cr sujpl duiip manière très-explicite, cette prétendue rivière de Quilimane ne serai» qu'un bras de mer d'une vingtaine de lieues de profondeur, aboutissant , ;i l'ouest, à un cul-de-sac nommé Bocca do Rio, et séparé du fleuve par une langue de terre de 25 à 26 milles seulement, que les Portugais uoiument 0 Mazaro. Les objets detraite seraient alors transportés, à travrrs cpt isthme, jusqu'aux bateaux qui doivent leur faire remonter je Zambèze. Selon Xavier Botelho, déjà cité, le Zambèze, à certaines époqms do l'année, c'est-à-dire dans la saison des pluies, communique avec le bras de mer de Quilimane, et cette communication aurait liru pcudani quatre mois , laps de temps suffisant pour légitimer le nom de rivièrr donné au bras de mer en question. Mais M. Loarer affirme que cette < ommunication n'existe que pendant quelques jours , à la suite de jtluies violentes et par un débordement du fleuve, i^ Voyez le rapport maouscrii •le M. Loarer au ministre de l'agriculture et du commerce.'

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Mozoura, souverain du pays compris entre le Samoroco , 10 lieues au nord de Mozambique et le territoire dépendant de Quilimane. D'après Rezende, ce territoire s'étendait, le long de la côte, sur une zone de 10 lieues de large, jusqu'à la rivière des Bons-Signes, et , le long du fleuve, jusqu'à Morabone, 5 lieues au-dessus de Quilimane, où se trouvait un cheikh maure ami des Portugais. Au sud de Quilimane, les Portugais possédaient le vaste et fertile territoire enfermé dans le delta du Zambèze (1), et qui n'avait pas moins de 80 lieues de circuit. Une partie de ce territoire était occupée par eux; le reste était entre les mains de chefs indigènes, ayant dans le pays le titre de Foumo (2), vassaux et tributaires de la couronne de Portugal. Malgré la fertilité de ces immenses possessions, la production n'y était pas développée au delà des besoins de leurs habitants; mais elles fournissaient un assez grand nombre d'hommes de guerre, que l'autorité portugaise pouvait, à volonté, appeler aux armes moyennant une faible rétribution en étoffes.

La fidélité de toutes ces populations noires des environs

(1) D'après Rczcude, le delta du Zambèze renfermait deux lies, séparées seulement par un bras étroit de la rivière : l'une, appelée Louabo, donnait son nom à la branche du sud, dont elle formait la rive nord; l'autre se nommait Maïndo. Selon l'auteur d'Orienté conquistado, il y avait trois ilcs : celle du milieu, qui était de beaucoup la plus grande, prenait le nom de Chingoma; la seconde, qui était au sud de Quilimane, s'appelait l'île de Linde- la troisième enfin, et la plus petite, était l'Ile de l.ouabo, près de la barre du même nom.

Xavier Botelho, au contraire, n'en signale qu'une nommée Chingoma.

(2) Foumo, seigneur. C'est le titre que les indigènes du Sofala donnaient à leurs chefs. 11 paraît avoir été adopté sur d'autres points de la côte fort éloignés de Sofala, et il est encore aujourd'hui employé par les Souahhéli de Patla, qui en fout précéder le nom de leurs sultans : ou en verra des exemples au livre suivant.

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de Quilimane était garantie par le besoin qu'elles avaient des Portugais pour se défendre contre des voisins farouches, ceux de Bororo, par exemple, qui étaient adonnés à l'an- Ihropophagie, et dont la cruauté leur inspirait une extrême terreur.

N^ Quoi qu'il en soit, cet état de choses sufBsait à protéger les mouvements de la navigation sur le fleuve, et les bateaux pouvaient, sans être inquiétés, remonter jusqu'à Sena et à Tête, et en redescendre avec leur riche cargaison.

Sena était i^ne ville assez tlorissante, élevée sur la rive droite du fleuve, à 30 lieues de son embouchure et sur le territoire de Botonga. Siège du gouvernement central des établissements du Zambèze , un capitaine, à la nomination du gouverneur de Mozambique, y exerçait l'autorité. Il avait sous sa juridiction tous les postes portugais compris entre la barre de Louabo et la rivière nommée Arvegna, dont le cours passe à 50 lieues au-dessus de Sena, et au delà de laquelle commençaient les dépendances de Tête.

Aucun fort ne défendait la ville de Sena ; elle en avait eu un autrefois, armé de huit fauconneaux , mais, tombé en ruines, il ne fut jamais restauré. Le gouverneur de Mozambique entretenait à Sena un facteur, qui en occupait la principale maison. La population se composait d'une trentaine de Portugais mariés, tous munis de mousquets et possédant, chacun, de trente à cinquante esclaves susceptibles d'être utilisés comme hommes de guerre.

On comptait quatre églises dans cette petite ville : parmi les indigènes sujets du Portugal se trouvaient, il est vrai , un certain nombre de gens baptisés qui grossissait celui

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des fidèles; mais, comme le fait observer Rezende , ils né raient chrétiens que de nom.

Le capitaine de Sena remplissait les fonctions de juge : toutefois on appelait de :^es arrêts a i'ouvidor de Mozambique.

Les Portugais prétendaient être maîtres de tout le territoire qui s'étend du. fond de la rivière de Quilimane {bocca do rio) jusqu'à plus de i20 lieues en amont, et ayant e!i largeur un espace s'avançant jusqu'à 30 et 40 lieues dans le sud du tleuve. Au reste, qu'elle fût illusoire ou réelle, cette souveraineté ne rapportait pas de grands bénéfices, d'abord parce que les bras manquaient pour la culture, ensuite parce que les Cafres qui habitaient ces régions, ayant souvent guerroyé contre leurs nouveaux maîtres, gardaient un secret ressentiment des nombreux revers que ceux-ci leur avaient fait autrefois essuyer.

Le territoire de Sena confinait au royaume de Baro, donl le chef, nommé le Machone, était en paix avec les Portugais, et qui leur garantissait, en échange d'une certaine quantité d'étoffes , la possibilité de voyager librement et avec sécurité à travers ses États. En passant par ce royaume de Baro, on se rendait dans celui de Manica, où se trouvait un fort nommé Chipangoura, qui servait d'asile aux marchands portugais lorsqu'ils parcouraient le pays pour faire la traite, et près duquel était une mine en exploitation. Un autre fortmoinsconsidérable existait encore dans le royaume de Manica; il portait le nom de Malouca.

AoO lieues en amont de Sena, el comme elle au sud^lii fleuve, sur un plateau salubre faisant partie du royaume de Mocranga, était le comptoir de Tête, enceint d'une mu-

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^/taille hairte de 1 brasse 1/4. défendue par six bastions armé»; de tanconneauï !.à vivaient une vingtaine de-£ortog^is mariés, oui^lques métis et noirs, fous pourvus de mou»- Hiets. }.e capitaine lie l'ele était nommé par celui de Mozambique; Il remplissait les tbnf lions de juge dans les même? ronditions que celui de Sena : sa juridiction s'étendait del)uis la rivière ArtegrMi jusqu'aux limites des possessions jwrtugaises, iO lieues à peil près au-dessus de Tête. Il pouvait, au dire de Rezende, lever dans c«tte étendue de terre environ huit mille hommes de guerre parmi les Cafres soumis à l'autorité portugaise.

1/ établissement de Tête était au centre même de la contrée où existaient tes mines, et cette situation lui donnait une importance d'autant plus grande que les objets d'échange étaient amenés jusque sous ses murs par la voie du fleuve, encore navigable bien au-dessus de ce point. D'autres petits forts avaient été construits, par les Portugais, dans diverses localités où les traitants pouvaient avoir besoin de trouver un refuge ou une protection : c'était, sur les terres iJe Botonga, le fort de Mayavao, à iO lieues de Tête; à 10 lieues de cet établissement, dans le royaume du Monomotapa, le fort de Louanze ; puis celui d'Ambérane, celui fie Mussapa, dont nous avons parlé précédemment; celui de l/afa/"cmma, celui de Ckiperivici; enfin un autre, le plus important <le tous, ilans la résidence même de l'empereur du Monomolapa. Le gouvernement de Mozambique entretenait dans ce dernier fort trente soldats commandés par un officier, et qui d'ordinaire suivaient l'empereur dans ses guerres.

Les Portugais avaient avec ce monarque des relations le plus souvent amicales. Nous avons déjà parlé du traité qui

ouvrait toutes les terres de son royaume à leur commerce, moyennant le présent que devait lui envoyer chaque nou veau capitaine-major; la situation des Portugais dans le Monomotapa était ainsi très-avantageuse; ils- pouvaient aller trafiquer dans les parties les plus reculées de ce pays, et les Cafres eux-mêmes se faisaient leurs colporteurs, colporteurs d'une fidélité rare, à qui ils confiaient toute espèce de marchandises, sans avoir jamais à craindre qu'on ne leur en rapportât pas la valeur en or, en ivoire et autres objets précieux.

Ce fonctionnaire avait, moyennant une redevance payée au roi de Portugal , le monopole des objets d'échange employés, pour la traite, dans toute l'étendue du district de Rios de Couama, comme dans celui de Sofala. C'était lui qui, par conséquent, approvisionnait les magasins de dépôt existant à Quilimane, à Sena et à Tête. Lorsque le gouvernement, comme cela arrivait quelquefois, se réservait l'exploilation du commerce de ce district , il concédait au capitaine-major, ainsi qu'aux facteurs, le droit de partiper, dans une certaine proportion, au fret des bateaux employés pour le transport des marchandises.

Le capitaine de Mozambique, nommé par le gouvernement de Lisbonne, ne conservait sa charge qu'un petit nombre d'années. Il résidait sur l'île, dont les Portugais avaient fait le plus beau, le plus puissant de tous les établissements de l'Afrique orientale." La bonté de son port en avait fait le point de ralliement de tout le commerce de ces parages; aussi était-elle la seule localité de la côte d'Afrique qui eût, en réalité, une ville portugaise, ville déjà fort remarquable en 1635. D'un autre côté, tout ce que l'art des

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fortifications offrait de ressources à cette époque avait été employé dans la construction de la citadelle et des forts élevés sur plusieurs points de l'île, devenue, par suite, le dépôt des munitions et du matériel naval ou de guerre nécessaire soit aui bâtiments de l'Ëtat, soit aux garnisons des autres villes de la côte.

Il y avait à Mozambique une administration des affaires ecclésiastiques ne relevant que de la métropole de Goa, et dont l'action s'étendait à tous les lieux de l'Afrique orientale où l'on pratiquait le culte catholique. Les égliseret les couvents y étaient nombreux, et il en existait dans toutes les localités importantes de la circonscription. Sur les points (Je l'empire du Monomotapa où les Portugais occupaient quelques fortins isolés, il se trouvait même de petites chapelles, dans lesquelles un prêtre attendait l'occasion de convertir quelque idolâtre ou d'offrir aux soldats et aux traitants portugais malades les secours de la religion.

Un ouvidor, envoyé de Goa par le vice-roi , rendait la justice; il avait des pouvoirs très-étendus. On a vu, par l'affaire de Diogo Simoens Madeira, qu'ils étaient presque illimités.

Enfin un administrateur, désigné sous le tjtre ^Escrinao da Fazenda de Sua Majeslade e Feitoria, sut-veiliait les intérêts du trésor royal.

Au milieu de tous les avantages dont la nature et l'art avaient doté Mozambique, une chose essentielle lui manquait, c'étaient lesdenrées alimentaires. Exclusivement adon nés au commerce, les Portugais ne s'étaient jamais occupés de la culture des terrains fertiles que leur offraient les environs de l'île même, ni de celle des terrains, bien plus vastes,

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qu'ils possédaient dans le delta du Zaïubèze et tout le long de la rive droite de ce fleuve. Aussi les habitants de cette importante place de guerre et de commerce étaient-ils obligés de s'approvisionner à Madagascar, à Pemba, à Zaozibar et sur quelques points de la côte compris entre le cap Delgado et Mombase.

Pour terminer ce qui a trait à la circonscription de Mozambique, il nous reste à parler des îles d'ÀDgoxo et de Qoerimba, qui en étaient dépendantes.

L'île d'Angoxo, la plus grande du premier groupe et qui lui a donné sou nom, est située à 30 iieues dans le sud de Mozambique, devant l'embouchure '-d'une rivière, où elle s'enfonce d'à peu près la moitié de sa longueur, y formant ainsi deui canaux assez profonds. Klle était peuplée de Maures et de noirs, esclaves, au nombre d'environ quinze cents; te chef de l'île se considérait comme vassal du roi de Portugal. Le capitaine de Mozambique y eotretenait uu facteur chargé de trafiquer avec les indigènes de la terre ferme. Pendant longtemps un prêtre y avait résidé; mais, en l'année 1627, les Maures ayant assassiné celui qui s'y trouvait, il ne fut pas remplacé.

Les autres îles du groupe, situées dans ie sud-est de la précédente, étaient toutes inhabitées.

Les îles Querimba forment une chaîne d'îlots très-voisins de la terre ferme, commençant à une soixantaine de lieues de Mozambique et s'étendanl le long de la côte jusqu'au cap DeTgado. Ces îles avaient peu d'importance à l'époque où Rezende en fit la description dans son traité ; elles étaient la propriété de quelques colons portugais, qui payaient , chaque année, au capitaine de Mozambique une faible redevance en millet.

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Matemo , la plus grande de ces îles (elle a 7 lieues de circuit), produisait, outre cette céréale, quelques autres plantes vivrières; les cocotiers y abondaient, et on y élevait beaucoup de petit bétail.

Les autres îles étaient, pour la plupart, inhabitées, sans étendue notable, <Jépourvues d'eau douce et de culture, n'ayant même qu'une végétation à peine suffisante pour nourrir quelques chèvres : il nous paraît donc inutile de reproduire la description détaillée qu'en a donnée Rezende, et nous nous bornerons à extraire de celle-ci les particularités caractérisant leur sujétion à l'autorité portugaise.

A Querimba, celle des îles dont le groupe porte le nom, se trouvait une église desservie par un vicaire appartenant à l'ordre de Saint-Dominique, et où les colons des autres îles étaient obligés d'aller entendre le service divin aux quatre principales fêtes de l'année. Sur 0 Ibo et Malacoe, toutes deux assez voisines du continent pour faire craindre à leurs habitants quelque attaque de ce côté , on avait élevé des maisons en pierre armées de fauconneaux et décorées par les Portugais du nom de forts. En résumé, la possession des Querimba était, au point de vue politique et militaire, sans utilité pour le gouvernement portugais; on ne s'y procurait d'autre article de commerce qu'un peu d'ambre jeté par la mer sur le rivage sablonneux de ces îles,

A partir du cap Delgado commençait la seconde circonscription dont nous avons parlé; Mombase en était le cheflieu, et il y résidait un capilaine-major, dont la juridiction s'exerçait depuis le cap susnommé jusqu'au cap Guardafui.

La soumission des villes situées au nord de Patla, telles que Braoua , Meurka , Moguedcbou, etc., était, il est vrai ,

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bien problématique; mais, par suite des dispositions prises,

ces localités portaient , comme toutes les autres, le poids de la domination portugaise. Chaque année, le capitaine de Mombase devait envoyer un navire avec vingt-cinq soldats parcourir les îles et la côte jusqu'à Guardafui, pour faire acte de souveraineté ; sa mission principale consistait à forcer les bateaux qui , de Diou, Daman, Baçaïm et Chaul, venaient aborder à la côte d'Afrique avec des vivres et des étoffes, d'aller à Mombase, où une douane avait été établie pour percevoir des droits sur tous ceux qui trafiquaient dans l'étendue de la circonscription.

La forteresse de Mombase était , après celle du Mozambique, la plus considérable, disons mieux, la seule digne

de ce nom dans les établissements de l'Afrique portugaise. Elle contenait une garnison de cent soldats environ, commandés par un capitaine sous l'autorité supérieure du capitaine-major.

11 existait, en outre, de l'autre côté de l'île, en face de la passe de M'Koupa, trois fortins destinés à empêcher les IVfozoungalos (1), peuplade cafre qui occupait la zone de la terre ferme environnant Mombase, de s'introduire dans l'île en passant le gué; toutefois un certain nombre de ces maraudeurs parvenaient, dans les nuits obscures, à le franchir, malgré cet obstacle.

Les Mozoungalos étaient la terreur des gens de Mombase :

(1) Ce nom, qui figure aussi daus l'inscriptiou gravée au-dessus de la porte de la citadelle, n'appartient aujourd'hui à aucune peuplade des environs de Mombase. Nous n'en saurions dire la siguificàtioa propr> ; mais peut-être était-ce celui par lequel les habitants de l'Ile et les Portugais désignaient alors les Oua-Nika , qui, dès cette époque, devaieut occuper la partie du littoral où Rezende place les Mozoungalos.

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Rezende fait un tableau sinistre du penchant de ces Cafres au toI et au meurtre et de l'effet terrible de leurs flèches empoisonnées. La crainte de les voir envahir l'île avait

toujours été telle, qu'on ne se contentait pas seulement d'y \

faire bonne garde et de surveiller les mouvements de leurs embarcations : le sultan de Mombase, dont ils acceptaient l'autorité, avait soin, en outre, de se concilier leurs chefs et de les intéresser au maintien de la paix en leur, payant une sorte de redevance en étoffes. Depuis la disparition de Youceuf, le roi de Portugal ayant hérité de tous les droits de souveraineté dont jouissait , avant sa révolte, le sultan infidèle, les Mozoungalos se disaient vassaux des Portugais ; mais ils n'en exigeaient pas moins de ceux-ci le tribut accoutumé, dont l'acquittement ne garantissait pas néanmoins au tributaire une tranquillité parfaite.

Quelque peu solides que fussent les relations des Portugais avec cette peuplade, ils en obtenaient, moyennant échange, (le grandes quantités de grains, et s'ap|)ropriaient de la même façon tout l'ambre ramassé sur les côtes voisines, substance dont la vente donnait lieu à de grands bénéfices pour le trésor royal. La douane de Mombase procurait également au trésor un revenu considérable, un peu diminué, toutefois , depuis l'attentat de Youceuf.

Les localités comprises dans la capitainerie de Mombase étaient les suivantes :

1° Lîle de Patla. On y trouvait, outre la ville du même nom, celle d'Ampaza et celle de Sihoui. Les cheikhs de ces trois villes étaient Arabes ou de race arabe ; ils se reconnaissaient vassaux du roi de Portugal et lui payaient tribut. Celui de Patta, qui prenait le titre de sultan, était de beau- I. 30

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coup le plus puissant "des trois» et ses prédécesseurs avaient plusieurs fois commis, k l'égard des Portugais , des actes d'insubordination. Le cheikh qui vivait à l'époque où écri> vait Rezende était soumis et fidèle ; néanmoins il n'avait jamais voulu consentir à laisser construire une église sur son territoire. Le vic&-roi comte de Linhares y avait établi une douane qui servait de succursale à celle de Mombase; les bateaux s'y rendaient pour acquitter les droits» lorsque la mousson ou quelque autre circonstance ne leur permettait pas d'aller jusqu'à Mombase. Le capitaine de Mozambique entretenait à Patta un facteur chargé des intérêts de son commerce. *

À Ampaza, il y avait une église desservie par un vicaire appartenant à l'ordre de Saint-Augustin.

Les trois villes de l'Ile Patta comptaient un assez grand nombre de soldats maures ;^ leurs habitants possédaient, tant sur l'île que sur la côte environnante, de grandes plantations de cocotiers ; ils y cultivaient, en outre, beaucoup de millet et d'autres substances alimentaires. Cette île et ses dépendances contenaient une nombreuse population.

2* Lile de Lâmou. Elle était, comme la précédente, peuplée d'Arabes et de Maures, et son cheikh payait tribut. \

3* Melinde et son territoire. Cette localité ne rapportait rien aux Portugais. Il fallait même que ceux-ci envoyassent, tous les ans , au cheikh de la ville une certaine quantité de fer et de pièces de toile, destinée à être distribuée aux Cafres ouacegueyos qui infestaient le voisinage ; à ce prix seulement , la ville se mettait à l'abri de leurs agressions.

4* L'île de Pemba et les ilôts adjacents. Cette île, remar-

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qiiable par sa fertilité, élait alors fort peuplée. Rezende assure qu'elle pouvait mettre cinq mille hommes sous \e» armes ; elle contenait quatorze villages. La population se composait de Maures et de Cafres, que les premiers y attiraient pour les employer à l'agriculture. Quoique les excès commis par les colons portugais qui l'avaient habitée autrefois les en eussent fait expulser, Pemba n'en était pas moins restée soumise à une redevance annuelle de 600 mamudcu de riz. Cette denrée y était très-abondante et de meilleure qualité que dans l'Inde. Elle produisait aussi d'excellent sésame, beaucoup de légume^ et de fruits, du beurre, enfin une quantité considérable de gros bétail et des porcs à l'état sauvage, provenant de ceux que les anciens résidents portugais y avaient laissés. Les plantations de cocotiers étaient nombreuses sur la grande île et raêiûe sur les îlots; on pouvait tirer de la première de beaux bois de construction. Aussi Pemba fournissait-elle à Mozambique et à Mombase la plus grande partie de leurs approvisionnements.

Pour échapper aux tracasseries et aux inquiétudes que causait à la garnison de Mombase le voisinage des Mozoungaios, le gouvernement portugais avait eu, pendant quelque temps, le projet de faire évacuer celte forteresse et d'établir le siège de la capitainerie à Pemba ; mais il y avait renoncé, à cause de l'insalubrité de l'île et parce qu'bn ne croyait nucun de ses ports susceptible de contenir de grands navires.

5° L'île de Zanzibar. Au temps de Rezende , elle avait cessé d'être vassale et tributaire; mais son cheikh ou sultan conservait les meilleures dispositions pour les Portugais. Ceux-ci avaient beaucoup de leurs compatriotes établis sur

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l'ile avec leurs familles et faisant valoir leurs plantations dans une complète sécurité. Il s'y trouvait une église desservie par un frère de l'ordre de Saint-Augustin, et le culte catholique y était activement protégé par le cheikh.

Zanzibar, non moins fertile et verdoyante que €*emba, pouvait fournir d'excellents bois pour^ la construction des navires de toutes sortes , et le cheikh n'en refusait jamais aux Portugais. . >

Le capitaine de Mozambique avait, à Zanzibar comme à Patta, un facteur chargé de faire des ventes et des achats pour le compte de ce fonctionnaire.

6° L'ile de Mafiia. Bien que les habitants fussent sujets du sultan de Kiloua (1), le capitaine de Mozambique n'en avait pas moins un facteur sur l'île de Mafiia. Il y existait aussi , près du bord de la mer du côté de l'est, un petit fort qui recevait, en temps de guerre, douze soldats portugais fournis par la garnison de Mombasè. Ce fort n'était, au reste, qu'une maison bâtie de pierres et de chaux , n'ayant pour toute arme défensive que les mousquets portés par les soldats .

On élevait à Mafiia beaucoup de gros bétail , dont la chair n'était pas bonne, mais qui donnait du beurre en abondance. Le capitaine de Mombase s'^ procurait, en échange d'étoffes, beaucoup de résine (2), dont il devait fournir chaque année une certaine quantité au gouvernement.

(1) Nous ayons yainement cherché, dans le traijé de Rezende, quelque mention de Kiloua autre que celle qui en est faite à propos de Tlle de Mafiia. Le silence gardé par l'auteur relativement à une ville autrefois si importante est d'autant plus étonnant qu'il semblerait indiquer la cessation de tout rapport entre les Portugais et le chef de cette localité.

(2) Il est probablement question ici de la résine copal, qu'on trouve •0 grande abondance sur toute la c6te.

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EnOn auprès de l'île Mafiia se trouvaient trois îlots nommés Auxoly, Coa et Zibondo (1), le premier ayant une 1/2 lieue de tour et les deux autres 3 lieues. Ils étaient peuplés de Maures, pour toute redevance, ayant la charge de nourrir les Portugais qui abordaient chez eux , pendant la première journée de leur séjour.

En résumé, presque tous les points dont nous venons de parler contribuaient, pour une forte part, à l'approvisionnement de Mozambique, en y envoyant du millet, du riz et du bétail : c'était la plus sérieuse des raisons qui faisaient considérer aux Portugais comme d'une nécessité urgente le maintien de leur domination sur cette partie de la côte.

Au point de vue commercial , les principaux articles fournis par la circonscription de Mombase étaient l'ivoire, l'ambre, la civette et les esclaves qu'on exportait dans l'Inde. En échange de ces objets, Mombase recevait du même pays des étoffes, que les Cafres et les Maures appréciaient pardessus tout; puis du fer et du riz; car, à part l'île Pemba et les bords de l'Oufidji, on ne cultivait sur toute la côte que du millet, dont les indigènes font leur principale nourriture. \

Les établissements de l''Afrique orientale rapportaient à leur métropole d'assez grandes richesses, même en faisant la part des exagérations portugaises. Outre les tributs et le produit des douanes, le trésor royal percevait de brillants

(1) Il s'agit ici des îlots situés dans le nord-ouest de Mafiia. Nou> croyons les noms donné» par Rezende entachés d'erreur; nous n'y retrouvons pas, par exemple, celui de Coualey, que porte aujourd'hui l'un d'eux, le plus intéressant comme escale de commerce pour les bateaux, ni celui de Kouma, qui en désigne un autre.

revenus, provenant soit des monopoles que le gouvernement se réservait, soit de leurs fermages quand il n'en dirigeait pas lui-même l'exploitation. Ces fermages étaient ordinairement donnés à bail aux Cfipitaines-gouverneurs , à charge , par eux , de subvenir aux dépenses publiques de leur district et de servir une rente au trésor.

Mais le gouvernement de Lisbonne ne réalisait tous ces bénéfices qu'à la condition de fermer les yeux sur les exactions, les violences et les concussions de ses agents, qui, afin d'amasser une rapide fortune pendant leurs courtes fonctions, pressuraient les populations, les trompaient, les spoliaient souvent, et les désaffectionnaient à jamais, de sorte qu'en moins d'un demi-siècle, avec l'or dont il regorgeait, le Portugal avait recueilli de sa conquête deux fruits bien amers : la corruption irrémédiable des conquérants et la haine inextinguible des peuples conquis.

Les historiens portugais ont systématiquement attribué la décadence de leur empire d'Orient à l'avènement de la maison d'Kspagne au trône de Portugal. Durant la période d'anncu^ion, la politique de l'Escurial suscita, en effet, à ce peuple des ennemis qu'il n'aurait peut-être pas eus sous un gouvernement indépendant. Mais est-il supposable que la Hollande et l' Angleterre,^ qui, cherchant à étendre leur commerce et à fonder des colonies, s'étaient déjà frayé une route vers l'Inde, n'eussent pas, quoique restées en paix avec le Portugal, saisi ou fait naître, un jour ou l'autre, l'occasion de prendre leur part du splendide festin? Et du reste, bien avant l'annexion , le caractère des conquérants de l'Inde avait commencé à se dég^rader, et ïauri sacra famés, l'ardente soif de l'or, s'était emparé de leur cœur;

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bien avant cette époque, leur orgueil et leur cruauté avaient mis la rage et le désespoir dans l'âme des peuples conquis. Nous l'avons dit en d'autres termes, toute hypothèse qui lait résulter les grands événements de causes accidentelles est menteuse et inféconde ; l'histoire ainsi interprétée serait sans autorité morale et n'aurait plus d'enseignements utiles pour la postérité. Nous ne saurions nous placer à un tel point de vue, et notre conviction est que, sous la maison de Bragance comme sous les descendants de Charles^uiot , l'empire portugais devait, par les raisons que nous avons énumérées, s'écrouler fatalement et donner, une fois de plus , à l'histoire sujet de flétrir toute conquête égoïste et brutale, c'est-à-dire n'ayant pas pour excuse l'amélioration du sort des vaincus.

Toutefois, après avoir repoussé ce qu'il y^ d'absolu dans l'opinion des historiens portugais, nous réconnaissons que le passage d'une dynastie étrangère sur le trône d'Emmanuel dut contribuer à ébranler l'empire que ce grand roi avait fondé en Orient, et hâta probablement sa chute : si bien qu'en 1640, lorsque le duc de Bragance, Jean IV, rétablit l'indépendance du royaume de Portugal, il était trop tard pour que cet événement influât d'une manière notable sur les destinées des possessions portugaises de l'Inde. Déjà l'Angleterre et la Hollande y avaient fait de larges brèches, et les guerres que la métropole eut à soutenir en Europe pour assurer son indépendance reconquise ne permirent pas d'envoyer, dans les colonies, des forces proportionnées aux exigences de leur situation. Quant aux établissements de la côte d'Afrique, les conséquences funestes de la perte d'Hormouz allaient bientôt se faire sentir pour eux ; car sûr les ruines de

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la domination portugaise, dans le golfe Persiqae, grandissait la puissance des imams d'Oman, à qui l'indomptable Mombase devait un jour demander, pour soutenir^ lutte contre l'oppression , un appui aussi utile à sa cause que périlleux pour ses dominateurs.

Cette intervention de l'Oman dans les affaires de l'Afrique orientale et les événements politiques qui en résultèrent seront le sujet du livre suivant. Nous entrerons en matière par quelques recherches géographiques et historiques sur les origines et le développement de cette nationalité, dont le représentant actuel est le prince connu, en Europe, sous le nom d'Imam ou Sultan de Mascate.

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