‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 26 sur 101 · W' IT · texte numérisé non relu

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phiviaiës,(|aiy aetrotaviiil pat d'îMMs tofBMMM, y formont des narécigef. Cesl peut-^ètte là une dafreatitts de iiitia- Ivtiritédd Zanzibar*. ffontévàDt pn oeiiitaler.i'iBiàrtnieè de {ïliisieiirt 4e^6s «arécâges ùam tes coirses ^p» Ém» atons Ikttes à riatériflBr,#ui8eDtreJi'toiH«l In tfile, et «Nfin am cafvifoos lis raissom qui ùèbàvsthé i Bomèotif à^vHfjqes «jHes^^ati nonléd M*tooi. Les court if «iiittKi MM ni nombreni ni eo&sid^ables : te «ont» à pioprefllèfll pai'ler, des ra^serax qui, lors des grosses plaies, se transforasent en torrents» et dont les eaux» se mêlant, à teor enboodivre , avec celles de la mer, y font croître une grande quantité de palétuviers^ foyer de miasmes pesUlenlialiu Le sol est généralement riciu^ et« sauf qœlqBea parties jéÙ' le terre est légère et saMonneiise, et qu'occupent sortovlt les oeco> tiers , la végéta tien y est aussi belte que variée. B est propre à toutei les cultures intertropicaleB : la canne à mcre, r indigotier, le giroflier y viennent à raervnilto, ainsi qu'un grand nombre de piaiAes vivrtèriBS, telles que le rh^ te millet, le maïs, etc. Mats, soit manque de débouchés, soit que les indigènes préfèrent s'adonner à d'autres industries q«i leur paraissent plus lucratives, l'agriculture est à peine assez développée pour fournir aux besoins de la consommation. Cependant, depuis l'introduction du gitofiter, on «e Uvre un peu plus aux exploitations agricoles. Quant aux arbres fruitiers, tels que les orangers, les citronniers, les manguiers, les bananiers, les grenadiers, etc. , ils y sont en grande quantité. Il existe aussi, dans les endroits boisés de l'île, plusieurs essences propres à la construction; mais on ne fait rien dans le pays pour mettre à profit ces richesses naturelles. Les ruisseaux dont nous parlions tout à l'heure ne sont

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nulle part utilisés oi eonune fMC^ metrâce ni peur les irrigâtions ; d'ailleors, si ce n'est pendant quelques années de sécheresse qui se prése^nt de loin en loi^, les pluies et les rosées suffisent à l'arrosement du sol. Les pluies périodicpies tombent principalement à l'époque du reoTersement de la mousson de nord et dans les trois ou quatre premiers mois de la mousson de sud. Il y a, de plus, en décembre et janyier, de fréquents orages, qui amènent des pluies^i^ondantes; ces orages se forment au-dessus de la grande terre, et, lorsqu'ils éclatent dans la mousson de nord , ils donnept lieu à de violents coups de vent.

La tempén^ure est très-variable, et les brusques transitions qu'eUe SfdMt sont pour beaucoup dans les maladies qui désolent le pays. Lot chaleur y est toujours très-forle dans le jour; DUOS, pendant la mousson de sud, dès que le soleil est couché, l'air devient assez frais pour qu'on soit obligé de mettre ^ vêlements d'hiver.

Voiéi le résumé des observations barométriques et thermométriques faites, à des époques différentes de l'année (1), durant nos divers séjours sur rade :

(1) Les obserratioos barométriques ont été faites, modant toute la campagne, de six heures en six heures : à midi, i minuit^fi 6 heures du malia et à S heures du soir.

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— 7i — Il exifte, è ZânifliPftr; mie popnMlçn fibre et une popuktien eaçiave. La première est un in4lange dindividus appartenant à trois races différentes : \m Souahkéli , qui sont tes indignes et forment la majofité^^e la population , les Arabes on descendants 4* Arabes, et les Ijodieiw.

Les SeuaMIéli doivent leur origine aux colons arabes qui s'établirent sur la côte à diverses épeques, dins les temps reculés, et notamment lors des grandes émigrations musoimafies dont j'ai esquissé l'histoire a^ livre III de la première partie de cet ouvrage; ce sont eux^ue les Portugais trouvèreot maîtres du pays et désignèrent sotts le nom de Maures. Le type des fondateurs (te ces établiesements s'est altéré de plus en plus par suite des aliianees qu'ite ont contractées avec les individus de race aflricaine, et les caractères de cette dernière en sont venus i prédoàainer sur ceux du type primordial. Cette dégénérescence physique ne s'est pas produite, on le comprend, suis entrftf ner avec elle une dégénérescence morale analogue qiii justifie, jusqu'à un certain point, l'état, d'infériorité sociale des Souahhéti de Zanzibar par rapport aui Arabes. A cette cause incessante d'2d}aiseement s'en joignit une autrci qui prit sa source dans les changenaents politiques sorvenus au sein du pays, et que je dois mentionner sommairement ici» afin de faire resiortir les conséquences qu'elle eut pour la population qui nous occupe. , j ''

L'établissement des R^rtogais sur plusieurs^ points de la côte, leur suzeraineté reconnue par les^chiefs indigènes avsMent plus ou moins subdlernisé ceux-ci. Toutefois, coiHme, sur la plupart de ces points et particulièrement à Zanzibar, les conquérants u'avaieut pas d'établissement

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\ itftlitairc, inais «BiMierit det fdièare el <|iielques négo-

ciBots qui tntfiquaîMit {MMir ievr compte paitimdier^ 1*^1 soeiai épu popnlitsofi* Indtfènn y était demeuré le mène, eii tout es aeoejplBat fe'iMiieiafDeté plus ou laeiiif DominaJe du Portugal « lemaaitanaeili oheiiLbt anneotea^aervé la senfvmiMlécffieictife el gauvemiait comme ammt la coaquète. Il àété^il^ en effrtv aîHéon (1), d'aprèa kt ren« seigpemeDtB puisés daes Bea»^, que Zanzibar ne payait pas de tribut îot que les Portugais n'aTaient qu'à se louer de lears relations avec les itîd^ènes, oeux««i les afléctionDant et f]Biài^ot leurs opérations commerciries. Gette situation lûsaaiidouc le petit «ombre de POTtugais élablia dans chaque localité en deboës de sa pefMilation , et lès Soukhhéli gardaient ainsi la sUpériortté relatife et la prépondérance qu'Hs tenaient de leur origine. Telle 'ftit, particriJèrement à Zanait)itf« la pD^iUoB de ç^te easte iusqa'au moment où les Portogajtf» aé dépaltant de la ligne de modération qu'ils avs^ut antéfieuretpent suivie, poussèrent les populations de la c6^ à se révolter contre leur domination oppressive, révolte dont le si^tal fot donné par la cité de Mombase. Zanzibar fit aussi sa r^ofutioo , massacrant uae partie des Portugais et cbasaaiit les autres ; mais, cette indépendance FecouYrée» il fallait la conserver. Or les sultans de Zanzibar n'étaient pas de force à soutenir seuls une lutte contre les Portugais; tia réclnmèient donc , cérame l'avait frit Mombase, le secours de rimam d'Oman, On a vu, au livre Y de I4 première partie,^e la supplique fut agjféée.'-. Ces sortes de services se font teujoufs pavCT diôrement.

(1) Lnrre it, page 467 de la l" partie. '^ i ^ *■ '■■■'■'

Quand le cheval de la Mile demanda fassislBiiicederiioinine pour se venger de son ennemi, cette assistance lui coûta la liberté. Les Souahliéli de Zanzibar ne forent pa» secourus à meilleur marchéi^et l'intervention^e l'Imatti ressembla moins à un protectorat qu'à une prise de posseséion. Les Arabe| venus d'OmAn n'eurent pas seulement la haute main dans les affaires du pays et la suprématie politique, ils se posèrent edcore en conquérants, et les Souahhéfi devinrent alors, sous leurs nouveau! maîtres, une sorte de caste taillable et corvéable à merci. Ils portèrent même, à compter de cette époque, un nom qu'ils conservent encore aujourd'hui et qui fut comme le cachet de leur condition inférieure ; on les appela Moukhadim* ( homme de labeur) (4 ). ^

Cependant les Moukhadim' (2) restaient constitués entre eux ainsi qu'ils l'étaient auparavant, et ils continuèrent^ être gouvernés par leurs cheikhs' ou sultans, issus de la famille des sultans de Kiloua et se succédant comme par passé ; le sultan des Moukhadim', fut toujours l'intennédiaire officiel entre les chefs arabes et la population. Son prestige et son influence ne diminuèrent, d'ailleurs, que progressivement, et, dans les commencements, l'un était même assez réel, et l'autre jugée a^ee utile aux vues du suzerain pour qu'il y ait eu des sultans souahhéli qui furent

(1) Ce nKA parait délirer de Tarabe Mteéêm oa kkaâama, indiquant l'état de serriteor ou d'esclares traYaillant , et qai 4 reçu nna forme soaahhéli ; précédé de la syllabe mou, abrériation de inoulou, il signifie ainsi, dans cette dernière langue, homme de libenr, homme esdare on raincu, d'après les règles des sociétés barbares. ; ;. ...^i - , .>.•>

(2) Les Mookhadim' sont plo» noirs que les Souahhéli en général ; cela tient, isans doute, h ce que ces derniers ont eu moigs de croisements arec la race africaine pure. . k> i > >

en même tenais fwifcrtiow» poar riman. Oa cite, entre autres» Siid-bmMiobediB', qui jrempiaçi le picmier gouverneiir enfoyéd^Onààn; Saïdi^-GaliiieB' etMtôoii , qui garda ces foncti«M^psndant qept tnt. Mais, ped k peu, la situation politi<|i»et flOfciaie de cm witans et de leurs goaTemés s'est coBsidévablementaiiioiiiéfiey rétuitatfilaLaBqiiel les imams d'OmAn devaioit natorellement traYiilter par raiaoïi d'État. Aujourd'hoi le siiitan des MoBkhadim' ne l'est phn qoe de nom. Sa pins importante prérogative eonsisfe i faire rentrer et à transmettre an soayeraln riDH>ô( de capitation qui a remplacé , depuis le règne de Syed Sud, le droit de corvée, non aboH cependant d'une manière complète. Cet imp^ est de â piastres pv tète. Sur la somoM totale, le sultan des Moukhadim' ga/de 2,000 piastres pour lui et verse le reste entre les mains du sultan Saïd, qui lui fait un présent d'environ 2,000 antres piastres. Les femmes , les enfants et les célibataires n'y sont pas soumis.

^ne possède aucun renseignement sur la série des sultans soiiafahéli qui se suecédèrent à «Zanzibar; je sa» seulement que, lore4^'avénement d' Ahhmed-ben-Saïd en Oman, le titulaire 8'i^pelaitillÉibmed>^n-Soaltan'-ben*Hhacen el Alaoui«i ■^:.*if -M n' iU.» i ■^ifU' i«<-iiiî "' 'S^'i"» • f ■";-• ■ . ' ■

Le lecteur a, sans douté, compris que parmi les Souahhéli dont nous avons parlé n'ont pas été comptés ceux qui sont ou venus ou nés à Zanzibar postérieurement à la prise de possession de i'tle par les imams.' Cette dernière classe, bien moins nombreuse que l'antre , n'a pas snbi la même déchéance sociale que les Moukhadim'; anssi les individus qui la composent ne sont-ils jamais désignés sous ce nom, qui s'applique exclusivement aui anciens indigènes de Zan-

«bar. Quanl à C8igr-<^i ». Hs si«l atrèMMnÉraQfc iibMb je n'si pa aie procdrer tfm df relMéigtioaimifej imi fat^r-' tiii» àmr le chiflre aûipiel ik atteigaéDt kiÈ âi^#iHi je»^ «oàDage HftpoftiiBt4a ptfV^ iiac<Miptenieii*.dlxHfctiit Éittle ehefe de fnnille» ce <pii fiinrit iiippotei^ uàei pBpoMlMlt «u Bwin» qaadnfto^ Miid«to«' a aaiird» tf mt» antréoôtéf <|tf il n' ; eifc avait pat plaa de ic|>l raiite^ se fandaiit sur cm ^ fe F«venii ée YiÈoptty atiqilel: lia «heii de Imitlle fieirit aoDi «9treifits t était de i4f€60> piaaiiwi G« éeroiei renseifilenient iBè parait eaact^ eaf il Éa^a 4t4 confinaé pat dhrersfei per^ soniie»> Maintenanf iV toésta è savoir ai %ed SéiA n'est pas iFMBpé par le nundiiiire ifiit loi aeiH 4e pei«eptaiir« et , aloi^ même qa'ôrii, aarait to«te garaotjeè eeVégUfûiM setait encore élffidl« dé détertnhier, d'apiés œ «Mfl^ èeloi ée la population dont ii ^agilf; enr, (fuoiqae neas côniMifs^ 9ion» les dasses efgttpieB de Vkàpélr nous sommes loin de pouvoir les dénombrer» d'ao4ant^«B (|ne, parmi eHea^ se troavent les femmes» dont le iioffitx'e^sorpasée)' di(H>n» ehez les Mottkhadim' » 1» ptopattioÉ^ opdînai ce entre lea deux seie»< . . ::, . ...../... ^ ,■ ,. .; :....^

La population arflbe ae coinpoae des deaoenéants d'Aaabes venus dans le pays lorsqu'il passa sous Tautorité des imam», puis de ceus qui» à dij^efseit époques, a^jsont étdMis dans Bft but de convenante ou d'intérêt : c'est parmi eux q/ae le Sultan choisit ses principauit dignit^ûre» on fonctionnaires. Je ne saurais évalirer auiuate le nombre des Arabe» résidant sur l'île; mais il est relativement très-petit et ne dépasse pas» je erois, 3»000 âmes (4)*^ plusieurs circonstances ren-

(1) Dans ce nombre est comprise aoe population flottante de trois à qaatte çeots MMtiridis {vomuitf de .Ir oûte siié*cst d*Andiie, dont je

hélt peuii^ 6|«8 ftift p«uf daf^ralMt^ iitt»4iiti de Gdiix*oi»i far le» traits di ^t lacoittÉiiei eoMîte les fènUM» d'AralÎM fie sa MCMÉmit fat^Mn kiriaeSf et les enfaolB restefit eafermétiiTeceliet. h 0^i»^-*n 4 <

/ , 4e doisidke, em peisaat» que le Jificiiilé n'est pe&aMi»* dre poer se faire iroe idée à» le pepelatioii géÉkale de File : le gmiTenisiiiait^loea] ne sat4 pas oe <|ac! c'est qu'un raoeneeineftty et il n'eèl point ée faija^r^ rjfeet écrit mr ZaazilNir, qui ait pareoiini lootealee pafties^ habitéaeé& Ftle poopse imdie compte^ aa^Hrt^qpie'cda est peoiiMai h vee d'ail)» da iioiiiMvdft ses habilnÉi^ D^wir antre eôlé,?oic&iNi fait qui édifiera 1» lecteor sur hi lateen des toMsigacmeniB qu'on .obtiendrait des persenoagea importait du peiys. Ua

dois faire one mentioD particulière. Ces hommes te transportent snr tons les points où ils sarént pontoir se proenfèr dn travail et amasser, par ce aufeD^ un pain pasoi», mm la|Ml m retoORMuC ansaite éans leur pajs natal. Us soat connus, k Ztnùhu; aoàà ht nom de JSfapmaitii' ( porte-faix ), parce ({ue c'est remploi auquel la plupart d'entre eux se Ihrrent. fl eir est aiis8r| eependti^, <fui s'eugayént comme maçons, labourewr» «t mène commt sold«t«* .[, .nî'>it*fîî ^*4 immAa ?- ^^v

A en juger par la réputation qu'ils se sont accpise h Zaniibar, ce sont des hommes honnêtes, laboriettx et durs k l» fatigue. Bien pris du corps, dWn Oaraetnte tif M énergl^uf»^ ils parAimmA, po«r hMirité^pItysique et peur rintdligeBGe,,fwt aucdfeâras des naturel» des Connres et de tout le Souahhel. Ils présentent, en un mot, toute la supériorité de la race sr^ pure snr hi rtce bètaréè des SSbuàhhîéli. te Sultan en entretient «n aasei gnmd aombni» à m. soldi« dois la« gaomiaaM 4*àhkfm et d'OmAn ; ils ; sont connus sous le nom de Hhadeurmi (homnies du Hbadeurmant). A Aden, beaucoup de ces mêmes hommes sont employés, k divers titrés, an serrlee du geureiTiement; ils j reçoivent, m*a-t'«a dit, un soaHwani par joiK, outre 1» noorritare. U yi • doao lieu de. croire qu'on tEOUYerait également, dans cette population, des travailleurs libres pour Maïotte, dont ils supporteraient le climat tout aussi bien que les indigènes des autres Gomores et du Zanguebar. «^^ ^ '*'<-• i >^^ <> ^

jour qoe je deoMNMiais an SultaD-à eomMen de têtes il évaluait la popolafcion de Zanzibar : « Gomment potmraia^je le « savoir, merépeodit*il, puisque f ignore même combien « de personnes demeorent dans ma maison. » N'ayai^ pas la prétention d'être mienz informé, è eet i|ard, qoe le Sultan, je n'adopterai aucun chiffre depuis celui de deux cent miUe, écrit (sons toutes résenres, il est vrai) par le capitaine Th. Smée, jusqu'à celui de soixante mille, le plus faible qui aHrété indiqué. Je pois £re seulement qu'il nous a été afirmé que la popatation allait s' accroissant d'une manière notable. Pour celle qui i^^rtient en propre à lairille, comme elle est plus facilement iqtpréciable, il m'est permis de me montrer moins timofé, et j'estime qu'elle doit être de ^,000 ou 25,000 âmes, esclaves compris.

Il me reste à parler de la troisième des classes formant la population libre de Zanzibar, c'est-à-dire la classe dj^ Indiens. Celle-ci se^compose d'Hindous proprement dits, natifs de Surate , de Bombay ou de quelques autres points de la côte de l'Hindoustan, et de banians, originaires du Keutch. Non-seulement les Indiens dififèrent complètement de mœt^rs et de religion avec les gens du pays, mais encore ils viveik à part, ne contractant avec eux ni relations intimea ni al-\ liances de famille, et n'ayant pas dans l'tle de résidence fixe. C'est une population commerçante mobile, se renouvelant périodiquement, et pour laquelle Zanzibar n'est qu'un comptoir où chaque indivi(Hi vient faire valoir ses capitaux ou ceux qui lui ont été confié|^^, au bout de quelques années, s'en retourne enrichi dans son pays, laissant la place à des compatriotes nouvellement arrivés. Du reste, ils sont tout au plus 500. ' .= i.^

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Lea esclaves forment les deux Uera oa les trois <»iart8 de la populatioQ totale ; ce sont des Àfriçaina proyeraot 4e toutes les peuplades qui occupent les légions intérieures de l'Afrique orientale comprises entre le Monmbiqoç et le Djoub. Inutile de mentionqe^ spécialement des individus isolés appartenant à d'autr^ contrées, teb que, par exemple, les esclaves abyssiniennes qui ornent le harem du Sultau et celui de quelques hauts dignitaire»,, v ^,^ ^^.^^

La majeure„partie de^ gens libres habitent la ville, seul grand centré de population qui soit sur l'tie ; quelques-uns seulement rendent sur Jeurs propriétés rurales , qu'ils exploitent à l'aide d'esclaves. Quant à ceux-ci^ ils sont surtout répandus dans les campagnes, où on les emploie aux travaux de ragticulture. , ;.. ^ , . ? ,„. { f .

Enfin on compte encjore, parmi les habitants de la ville, les étrangers établis à Zanzibar pour faire du commerce ; ce sont des Anglais, des Américains ou des Français ; mais le nombre en est excessivebient restreint, ef le climat ne leur permet jamais un séjour de bien longue durée.

11 ne faut pas s'attendre à rencontrer, dans cette localité,

beaucoup de ces belles physionomies arabes dont le type est

connu. Il y existe des individus qui se^ donnent pour Arabes

et qui ont les traits plus africains que bien des Souahhéli ;

le type primitif, dans toiite sa pureté, n'est conservé que chez

quelques familles principdes ou récemment établies dans

le pays. Quant aux Souahhéli , il y a parmi eux une gi|inde

variété de caractères physiques, qui tient au plus ou moins

de croisements opérés dans l'ascendance de chacun d'eux

entre les races arabe et africaine : les uns se rapprochent du

premier type, mais ils sont rares; les autres s'en éloignent U. 6

de plas en pliis , jusqu'à se confondre presque entièrement avec le second ; aussi leur teint yarie-t-il de l'olifâtre au noir. Au reste, on pourra se faire une idée de ces différents types par l'inspection des portraits qui se trouvent dans l'albutn de la relation. La taille des Souahhéli est généralement assez élevée et ne descend guère au-dessous die la moyenne; toutefois, avec une certaine apparence de force, ils sont, en réalité, assez failles, car ils n'ont, pour 4|^ maintenir robustes, ni les fatigues de la guerre ni les travaux de l'industrie ou de r agriculture, le pense que c'est là un mal local et que la race n'est ainsi dégénérée, à Zanzibar, qu'à cause de la grande quantité d'esclaves qu'on y possède, et dont on use et abuse de toute façon. J'ai vu quelquefois venir, de la terre ferme, des Souahhéli qui étaient d'une ^ille très-élevée et semblaient avoir une vigueur remarquable.

Dans, cette population mêlée, qui touche, d'un côté, à l'étal sauvage, de l'autre à la civilisation orientale, et se compose, en outre, de castes diverses et de races -hétérogènes, le costume ne saurait être uniforme. Les Arabes et les Souahhéli aisés ou soigneux de leur personne se coiffent du turban roulé selon la fantaisie ou le goût de chacun , mais ordinairement de forme peu élevée et les bouts de Técharpe tombant sur les épaules. Dans la maison, ils ont, de préférence, une sorte de calotte (koufia) en étoffe, sans aucun ornement. Cette dernière coiffure est la plus généralement adoptée; elle est toujours fortisale, mais le paraît bien moins que certains châles-turbans portés par quelques-uns. La tête est rasée, la barbe et les moustaches sont conservées, ces dernières ténues petites.

Le vêtement commun à toutes les classes de la société est

unoichefflise (ilcâii'sott)^ le plus «ouyent de ootoo bUoc, sans ^ col« boutonnée au eou Couverte deifant jusqu'à la taiUe : les bords 4e cette ouverture sont;>au goût de chacun, enjolivés de cordonnets blancs ou ruses. La <^mise» qui tombe jnsqu'À mi-jambe, et dont les manches sont larges et presque flottantes, est serrée an corps par une ceinture (^eiM4M' en arabe, ei-hhazami en souahhéli), remplacée qndquefois par une pièce de coton blanc, bordée de franges de soie rdse foncé, ou de raies de couleur ménagées dans le tissu. Cette pièce d'étoffe, nomtnée chouka, est portée, par les hommes, de manière à former à la fois èlla ceinture et une sorte de jupe...';;fî^(îJ!>'!"iiaa ^uimmiis^m i:;Mjij' 'i?>«»i*^j --.nmïvi--: I Les individus de la classe aisée j et surtout les Arabes, ont, en outre, pendant la saison relativement froide, et même en toute saison, pour mettre alors plus de convenanoe dans leur toilette, un pantalon étroit et court, ou plutôt une ^pèce de caleçon qui se passe sous la chemise. Par-<k8sus celle-ci, le buste est aussi couvert d'un gilet {relxla en arabe, kizibao en souahhéli ] , tantôt à manches , tantôt sans manches, en drap léger ou en soie, garni de passementeries, brodé sur je devant et pouvant seDoutonner jusqu'au cou. ËnfÎQ les hommes âgés, et principalement; les personnages de haut rang, quand ils sont en cérémonie ou seulement hors de leur niaison, revêtent encore une longue robe flottante et ouverte, d'élofie plu^ ou moins riche, connue en Europe sous le nom de cafetan, et qui , dans le pays, porte celui de djoukha. C'est ainsi que le Sultan se montre dans ses réceptions à la ville; c'est ^pareillement la tenue habi" tuelle de son Gis Khaled, du gouverneur et des principaux fonctionnaires.

' ! Toid les habitants de Zanzibar vont tes jambes nues, mais lis chaussent des sandales [viaUm en soaafahéli) lonrdes et traînantes, composées d'nne semelle plate de bois ou de cair, retenue an pied par un petit rebord emboîtant à peine le talon et par une bride qui entoure le cou-de^pied : à cette bride vient se joindre, en dessus, une lanière s' attachant, par l'autre extrémité, à un court tenon en bois planté dans la semelle, et qui se loge entre le gros orteil et l'orteil suivant. Ces sandales rendent nécessairement la mardie lente, et dénoteraient à elles seules les habitudes et le caractère de ceux qui en font usage; elles se prêtent, d'ailleurs, à la coutume établie de quittera chaussure non-seulement à la porte des mosquées et en entrant dans l'appartement de toute personne à qui l'on doit du respect, mais encore dans l'intérieur de sa maison, surtout quand les parquets y sont recouverts de tapis ou de nattes.

Les esclaves n'ont, pour la plupart, d^in^ vêtement qu'une pièce d'étoffe qui ceint le corps au-dessus des hanches et tombe, en façon de tunique courte, de manière à cacher les parties honteuses; bien peu y ajoutent une chemise *: il va sans dire que tous, sans exception, marchent pieds nus.

Autant qu'il est permis d'en juger, le costume des femmes est sans élégance et sans grâce. Quelquefois elles ne sont vêtues que d'une sorte ûç sarrau à toanches courtes , avec une ouverture étroite pour le passage de la tète ; ce vêtement est assez ordinairen^nt en étoffe de couleur claire, cotonnade ou soie rayée ; toutefois elles portent, le plus souvent, une chemise qui a pour complément un pantalon large ( souroualien souahhéli, en arabe seroûal], serré paFune

gaine ou coulissa aa-dessus des hanches. D'autres, particulièrement les femmes souahhéll, substituent à ce dernier une

longue pièce d'étoffe [goûho) qui se roule autour du corps et l'enveloppe depuis les aisselles jusqu'au! pieds : c'est bien le maillot le plus disgracieux et le plus contre nature qui se puisse voir; il pèse sur la fiice supérieure des seins ^et les rabat vers le ventre, contribuant ainsi à les déformer, même chez 1^ plus jeunes. Une semblable mode n'aurait jamais dû être acceptée daifs un pays où les finnmes ne peuvent compenser que par Ja beauté des formes l'imperfection des traits du visage. /,,, ,: ^ ri^ , î . ,, ;.? ,^ .,

Par-dessus les vêtements que nous venons de décrire, les femmes jettent un ample pagne (en souahhéli, il»fam6t), généralement de couleur sombre , noir on bleu , à bordure de soie ou de coton de couleur, ou seulement garni de franges de soie; il couvre la tète et les cAtés de la face, dont on n'entrevoit, d'ailleurs, le reste qu'à travers un masque (beurqou). Celui-ci n'a, dans le genre, aucun rapport avec les nôtres ; . il est composé dp deux bandes d'étoffe de spie noire, maintenues par quelques baleines qui servent à leur donner la forme voulue : l'une de^es bandes cache le front, se joignant, en haut, avec une sorte de résille, et descend jusqu'aux sourcils ; l'autre voHe la partie du visage comprise entre le milieu du nez et la lèvre supérieure. Les deux pièces sont soutenues, en avant, par une baleine étroite et plate qui suit la crête du nez, et donne ainsi au masque la forme d'une carène. Il est conservé, même dans la maison, en présence d'un homme.» Ce n'est que par une faveur tout exceptionnelle, et grâce à ma qualité d'ami du maître , qu'il m'a^^été permis de voir quelques femmes sans ce voile gro-

tésque. Lorsque celle qui le porte veut manger, elle le relève sur kl tète , comme faisaient de la visière de leurs casques nos anciens chevaliers, ^ous ne savons trop ce que gagnent ft une pareille invention la fidélité cônjagale et la dignité dies femmes; mais tout le monde comprend ce qu'y perdent ce§ malheureuses sous le rapport des commodités de la vie, dans un climat brûlant. ' ^ ^ • a • • '

' Les femmes ont aussi les jambes nues, mais garnies^ andessus de la cheville, d'une on de plusieurs manilles [hâlihâh), grands anneani creux soit en argent, soit en cuivre. Leurs pieds sont nus ou chaussés de sandales semblables à celles des individus de l'autre sexe, et quelquefois de babouches à la turque. '-' '■^'-■"i ■''•V^i^- '^'^ ^iirr^ni ^Miilirù

" Les hommes n'ont d'autres bijoux que des bagues simples , parfois garnies d'upe cornaline sur laquelle sont gravés quelques sentences du Coran ou leur nom, et, dans ce dernier cas, ils s'en servent comme d'un cachet. Il y a cependant , par-ci par-là , quelque lion de haute volée qui possède une montre {sâa) et bat breloques comme un élégant du boulevard des Italiens, à Paris. "' ' '- - - >■ -!

Lés femmes, outre les anneaux qui ornent leurs jambes, ont encore des bracelfets (kikéhé) d'or ou d'argent, de cuivre ou de verroterie, des bagues [fhété, ta kédàlé) d'espèces diverses et des colliers {m'kofou) auxquels sont suspendues de petites cassolettes (tchouho). Ce ne sont point/ des boucles qu'elles mettent à leurs oreilles, mais des boutons doubles, ne différant que par une plus grande dimension de çeut qui servent à fermer nos chemises : il y en a d'aussi larges qu'une pièce de 2 francs. Leur nom souahhéli est djaci au singulier, et mad/dci au pluriel. Ce n'est pas, du

r^te, Je lobule seul de l'oreille qui est percé; il y a encore plusieurs trous pratiqués daus le (rfi qui borde cet organe en arrière et en haut : ces ouvertures sont occupées par d'autres l^utons {kipini) semblables à ceux du lobule, quoique plus étroits. Ils sont en métal , en corne , en pète de girofle très-dure, ou bien en une autre substance qu'ils appellenf tc/iatot et qui joue le coraij. C'est un mélange de tchakdzi , espèce de gomme-résine dont j'ignore l'origine, de copal dur et de cinabre, qui, mis en fusion, se coule dans la forme voulue, et qu'on polit ensuite. Enfin un bouton, de même forme et de même nature, mais qui tient le milieu, pour la largeur, entre ceux du rebord de l'oreille

et celui du lobule, est aussi porté, surtout par les femmes souahhéli, dans une fente pratiquée au-dessus de l'aile du nez. " / '

Les petites filles ont un anneau, dans le genre de nos grandes boucles d'oreilles rondes, passé dans la partie inférieure de la cloison du nez , comme cela se voit dans le portrait de la petite Aziza [IJ; cet anneau s'appelle p'hétéia-poua (anneau du nez). r "^

Je ne puis rien dire de la coifiTure, la tète étant toujours couverte : Aziïa avait /les cheveux tressés en^battes tombantes. Au reste, les femmes souahhéli m'ont paru avoir les cheveux crépus et,^r conséquent, peu susceptibles d'être lissés ou tressés. Elles ont un goût prononcé pour les parfums ^^mploi^nt habituellement les essences de rose, de jasmin, de giroQe, de sandal ; elles aiment nos cosmétiques et accordent une estime particulière à l'alcoolat balsamique qui a rendu célèbre le nom de Jean-Marie Farina. Malgré

U)jVoyeï planche 29 de l'album, v

t cela, comme elles sont fort sales, et ne pratiquent pas les

ablations avec toute la fréquence et les soins minutieux qu'exigerait le climat; comme elles ont des effets de toilette qui sont rarement changés et que ne protège, la plupart du temps, aucun linge, il se fait, entre les émanations qui s'exhalent de leur corps' mal lavé, continuellement en transpiration sous ces vêtements inamovibles, et les parfums employés avec profusion, une lutte où ces dernière sont vaincus, au grand détriment des organes olfactifs, affreusement blessés par ces fauves senteurs humaines.

Quelques habitants du pays, hommes et femmes, ont emprunté aux Européens ou aux Indiens l'usage du parasol. Ce n'est point du parasol indien qu'ils se servent, mais du parapluie d'Europe ; ils l'appellent , en souahhéli , m'vou/t.

Aucune arme ne fait partie essentielle du costume national ; le poignard, que placent ordinairement à leur ceinture les Arabes et les autres individus vêtus comme eui^, n'est guère qu'un ornement ; c!est le poignard recourbé des Turcs et des Arabes, connu sous le nom de djambia. On rencontre çà et là quelques Arabes ayant à la main ou sous le bras un sabre à lame tantôt droite [sif en arabe ou pangga en souahhéli ] çt à double tranchant , tantôt recourbée comme un cimeterre; il est porté plutôt pour servir de contenance que dans une prévision d'attaque^ ou de défense : ain^i se présentait souvent à nous Syed Saïd, jouant avec son sabre à poignée de fer et à fourreau de cuir frappé, comme on le fait avec une canne. D'ailleurs, c'est ce dernier objet, la canne [fimbo'), faite de liane tortue, qu'un grand nombre d'individus, surtout les vieillards, portent habi-

tuelleinent; il remplit là, comme chez npus, le r6ledu bAtoo de vieillesse ou de la badine dci mascara. Od reneontre par* fois quelque indifidu aràié de la sagaie africaine; mais c^est alors un nouveau débarqué de la c6te ferme. Quaiil aux fusils (boundouki), on n'en voit qu'entre les mains des soldats commis à la garde du fort on attachés au service militaire de la maison du Sultan. Ces fusils sont d'une longueur interminable et d'une mode plus qu'arriérée, car l'amofce ne s'enflammequ'avec la mèche d'antique mémoire. Ce n'est pas qu'il n'y ait beaucoup de fusils européens dans le pays; mais les troupes du Sultan, qui viennent de l'Oman ou du Beloutchistan, n'ont pas encore appris à se servir du àiousquet à pierre; à plus forte raison seraient- ils embarrassés avec un fusil il piston. /^ t*'^ ■ ;•

On remarque encore, à Zanzibar, des hommes portant un bouclier (teut'n) en peau dé rhinocéros : c'est un cône de 45 à âO centimètres de hauteur et dont les côtés sont légèrement concaves. La base n'a pas plus de 2â à 30 centimètres. Le peu d'étendue que couvre un pareil bouclier montre assez qu'il est plutôt un objet de parade que de défense. Sa surface est arrondie, au sommet, en forme de gros bouton , polie partout et enjolivée de rainures et de saillies circulaires, avec un épais bourrelet è la base. Ube forte poignée de cuir très-dur est assujettie à sa partie concave, et les points d'attache en sont ornés, à l'extérieur, d'étoiles ou de rosaces en métal. À cette poignée est attachée une lanière qui sert ou à le fixer autour de la main lorsqu'on veut en faire usage, ou à le suspendre à r épaule gauche, de manière qu'il se pose, la face convexe tournée en dehors, un peu au-dessous de l'omoplate. Ces

boucliers ne sont portés que par des soldats ou des Arabes d'Omèn, de passage dans le pays. - . ;>>î^ .,,. ,

Les habitants sont sujets à des maladies endémiques assez nombreuses : les fièvres intermittentes simples et pernicieuses, la dyssenterie, les ophtbalmies, i'éléphantiasis, l'hydrocèle, le sarcocèle, les hernies ombilicales, certaines maladies de la peau ont élu domicile parmi eux; au nombre de ces dernières, j'en ai surtout remarqué une, qui consiste en taches blanches plus ou moins grande dont le corps est parsemé. Je pense que c'est T^èce de lèpre que lés Arabes, selon Niebuhr (1), nomment bohak, et qu'il dit n'être ni contagieuse ni funeste. Enfin les maladies vénériennes y sont fort nombreuses, et de temps en temps des épidémies de variole très-meurtrière? viennent porter le ravage dans la population. Lors de son voyage en 4811, le capitaine Smee tenta d'introduire la vaccine parmi les habitants; ses efforts furent vains; les préjugés ou l'indififérence lui opposèrent une barrière infranchissable. Et cependant l'adoption de cette pratique pouvait avoir une immense utilité pour des gens dont les esclaves constituaient la principale richesse; mais l'aveuglement que produit l'ignorance chez les peuples attardés l'emporte même sur les suggestions de la cupidité. D'ailleurs, antérieurement au passage du capitaine Th. Smee, les Français avaient déjà inutilement essayé de populariser ce moyen préservatif, et, de nos jours encore, la vaccine est presque aussi étrangère aux gens de Zanzibar qu'elle l'était, en Europe, avant la découverte de Jenner.'

(1^ Voyez Description de V Arabie, par Carsten IViebuhr; traduction de Mourier. Tome III, page 119.

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La prophylaxie et le traitement des malac|[ies sont abandonnés, pour ainsi dire, au hasard ou aux Inspiraitions du premier venu : iî li'existe pas un seul mèdeetn dans le pays; deux ou trois individus sont réputés! connaître des remèdes empiriques, et on les consulte qudlqaefois. Mais, en général , les soins sont administrés par la famille, selon le plus ou moins d'expérience de ceux qui la éomfKH sent. Beaucoup de personnes put recours aux conjurations on aux prières, et font venir, à l'occasion, des savants renommés pour Tadministration de ce genre d'assistance. D'autres, enfin, s'en tiennent aux aumônes et à leiu^ pro- Dresnrières' *'^'' **'^'^ t»!?r!i'î/'-»'n iïi'"'î-'4-'''*Ti rv'i i^'^xi-^^^x ■

Nous avons rencontré souvent, dans les rues de Zanzibar, des individus ayant une partie du visage couverte d'une pâté jaunâtre qui leur donnait la plus burlesque physionomie : on s'en fût amusé comme d'une mascarade, si l'on ne s'était aperçu, à la décomposition ded traits, que le sujet ne prétait nullement à rire. C'étaient des malades qui , pour dés maux de tète ou certaine fièvre, s& plâtraient ainsi la figUre avec line'pâte dont l'ingrédient principal est la feuille du hhmna ou hennés séchée et réduite en pondre. Après avoir cru à son efficacité topique dans plusieurs maladies, on en a fait bientôt un préservatif, et, par extension encore, on s'en est servi comme d'un charme propre à sauvegarder les enfants des maléfices. C*est à ces divers titres que l'usage

de pareils emplâtres est répandu sur toute la côte, aux Coraorés et à Madagascar.'* '•' » - /->i*- >. , , .

Un de leurs moyens curatifs est la Ventouse; ils appellent kouhoumika l'action de les appliquer : ils eibploient empiriquement ce procédé de petite chirurgie; il en est,

— M — d'ailleurs, toujours ainsi des remèdes si bornés dont se compose leur médicatioiau,, i,,,,| -^ ^., i, .:^.,;,. ^.,,,^ .;.M,.*t...

La population n' éprouve pourvut , à recevoir les secours de la médecine, aucunerépiignanee inspirée par la superstition, l'ignorance ou^ toute autre. caii8e.^<lha(itte fois que nouft arrivions dans le pays, le médecin^^dn bord avait quelques consultations à adonner. En 1846, un officier de santé auxiliaire d^Js, marine s'établit dans la ville, fut appointé par le Sultan et soigna beaucoup de malades; mais nous ne savons pour quelle raison il se retira au bout de deux ou trois années. Peut-être l'habitude de recourir régulièrement à un médecin n'existant pas encore dans cette population , où les gens riches sont assez nombreux cependant, l'acquisition d'un^dientèle suffisante serait-elle trop lente pour rémunérer suffisamment l'homme de l'art qui irait se fixer dans cette résidence, ou bien les chances dé résister aux atteintes mortelles du climat sont-elles trop précaires pour qu'aucun médecin s'expose à les braver. Quoi qu'il en soit, et le fait est là comme preuve du degré de barbarie auquel en est encore la capitale des Etats de Syed Saïd , les pauvres sujets du glorieux Sultan n'ont rien à attendre que des seules forces médicatrices de la nature. Tout confire cependant, outre les chaleurs brûlantes du jour et le froid, quelquefois très-vif, des nuits, à développer ou à entretenir les maladies. Ni le gouvernement ni les particuliers ne s'occupent de (Prendre des mesures hygiéniques : Ja ville est d'une saleté affreuse ; on y enterre les morts dans les cours, et on jette au bord de la mer, très-près des habitations, toutes les immondices, les cadavres des animaux, que les eaux n'entraînent pas complètement et qui répSfidçnt bientôt des

jmÊk^ÊmMêi^^mie prévoTance^mpècherait le développement. Cest rendant la monsson ^n sad, et sùrtoi^àTépo^e des grandes plaies, que surgissent les principales affections , notamment les fièvres"; mais, pour les Européens , U n'y a pas de saisons ; tontes sont périlleuses au même degré. Sauf de très-rares exceptions, parmi lesquelles nous «vous déjà signalé celle si remarquable du capitaine Hamerion , le consul anglais , les Européens ne peuvient pas vivre à Zanzibar,; au bout de quelques années, les deux tiers de ceux qui s'y établissent succombent, et le resté ^obligé de quitter le pays avec une santé délabrée. Le capitaine Oiren raconte, dans l'histoire de son voyage à la cAte orientale d'Afirique, que le commodore Noùrse, de rilndfromoc^e, qui se trouvait sur rade en août i€24, ayant accepté du gouverneur une invitatiou à passer la nuit à sa maison de campagne^ avec les ofQciers de son état-major, fut, ainsi que la plu^rt de ceux qui l'avaient accompagné, pris de fièvre au bout de quelque temps, et que tons succombèrent (1). Deux Français, créoles de Bourbon, qai étaient allés à Zanzibar monter et diriger une sucrerie pour le compte du Sultan, périrent aussi après un court séjour. Nous n'en finirions pas, si nous voulions reproduire tous les faits qui prouvent combien le climat de cette tle est meurtrier pour tous ceux qui n'y sont pas nés, à moins qu'ils ne viennent de contrées également Insalubres. Ma conviction, à cet égard, est tellement forte, que j'engage tout Européen qui voudra séjourner à Zanzibar à installer son logement de nuit à bord de quelque navire stationnant sur rade : cobame

(t) Voyez FoyofMto %U tkorts ofàftiça, etc.; par W. F. W. Oweo. Tome I, page 430.

il s'y trouve toujovirs, sans conâpier la frégate Chap-Alleum, plusieurs navires du Sultan désarn^, le jnoyen préservatif que j'indique ne serait pas d'une pratique stus^i <fifficil^ ou aussi gênante qu'il le parait. Rester à terre entre huit jieufes du soir et le lever du soleil, c'est s'exposera une /nort trèsprobable, sinon certaine, .^i ^7 .f mAm HE ^.^ÎH

L'idiome presque exclusivement usité dans i'ilej^t le souahbéliy langue africaine qui a pris soi^ origine dans l'ancien Souahhel, c'est-à-dire la partie «Iq littoral coipniençant à quelques lieues au sud de Mombase et s' étendant jusqu'au cap Delgado. Depuis, les limites: de ce pays ayant été reculées, du côté du nord, jusqu'au Djoub^ et^n^ le sud jusqu'au sein des possessions portugaises du Mozambique, l'usage du souahhéli dut recevoir une extension correspondante. Par suite, il s'est assimilé quelques jhots portugais défigurés, outre les locutions queJes Arabes y avaient introduites : c'est encore à ces^derniers qu'il a emprunté sa manière défectueuse de représenter les sons. Tous les individus appartenant à la population sédentaire de Zanzil^ar parlent souahhélL; parmi les Arabes les plus fiers de leur nationalité , il en est bien peu qui sachent s'exprimer en arabe : cette langue n'est employée que dans l'exercice du culte et dans les relations ofîReielles du Sultan, soit avec ses sujets, soit^vec les étrangers. Je ne dis rien tle plus ici sur la langue souahhéli, jjarce que je donnerai à l'appendice un vocabulaire précédé de quelque^ observations grammaticales. / , , , •

La religion professée à Zanzibar est le mahométisme, et ses divers rites y ont des adhérents. Dans le nombre des Arabes qui sont originaires d'Oman, le sChlsme ibadhite

compte beaucoup de sectair^, et eotre autres» k Sultan. Quaot^nx Souahhéli , ils sont sunniies et ont générâleMent adopté lé rite ehaféi. £o dehOTs du mahométisiiie, ikn'y a de religiOD que celle des banians, qui ne sont uoBement inquiétés dans: l'exercice de leur culte, A part lé souverain mépris que tout vrai croyant professe pour les infidèles, une grande tolérance est accordée à ceux-ci, quel que soit, au reste, le faux dieu qu'ils adorent, .a > ij uan i*^tu^

Gomme celle de tous les peuples ignorants^ ia Veiigion des Souahhéli consiste plutôt en pratiques extérieures que dans l'observance des prescriptioné morales du Goran. lis exécutent avec une régularité à peu près irréprodiable toute la série d'exercic^^ieux que la règle leur impose, tels que les prières, les puriâcations , les ablutions, etc.; nais cela ne les empêche pa^ d'être fourbes et voleurs envers l'étranger, et même quelquefois entre eux, sans plus de pudeur ques^H s'agissait tout bonnement d'un chien de mécréant : ils sont , en outre, tout aussi débauchés que s'ils avalent pour excuse l'excessive austérité^d'une loi moins prudente que celle du Prophète. D'ailleurs, ainsi que tous les mauvais dévots , et je ne sépare pas, en cela, l'Arabe du Souahhéli , ils mettent , selon les circonstances , un certait^ apparat , une ostentation mal déguisée dans leurs^évoti(ms,«t leur ferveur s'accroît en raison deJkrpfoiimïié où ils sont du regard des étrangers. Ils ne^ boivent pas de vin , cela est vrai, au moins en public etjians les circonstances ordinaire; mais, si j'étais indiscret, je pourrais dire, tout bas, que tel et tel pécheur, craignant plu^ l'œil du prochain que l'œil de Dieu, a, dans la solitude o« sous prétexte de quelque maladie feinte, désobéi souvent aux injonctions d'Allah.

Gepenëant , j^ur éloigner^^mitaDt que ixMsible f lef^ôecasioM de pécher, et comme il est avec le ciel (sons quelque latitude que ce soit) des accommodements, ils ont trouyé un moyen d'adoucir la rigueur extrême du Gonm au sujet des boissons fortes : ils boivent des liqueurs douces, et ils en boivent beaucoup. Certes, c'est bien là, ou jamais, abandonner la lettre qui (ue pour Vetprit gui «itn/î»."? - m^îïê'îSî

Ainsi vont les choses de ce monde : tout est permis, pourvu qu'on y mette la fortaie convenable. Il n'est pas de boisson, pas plus que d'idée de contrebande, qui ne réussisse à se faire livrer passage^ si elle a soin de se masquer ou de s'habiller de certaine façon. 5?i5 \ i # ' ; : -tV)?^

On serait bien étonné qu'un peuple tel que celui-ci ne payAt pas un large tribut àia superstition et aux arts divinatoires. Avec un peu d'ignorance et de fanatisimi (et nous n'entendons parce mot que l'exclusivisme d'une (croyance religieuse donnée) , on va loin dans cette voie : que sera-ce donc quand à beaucoup de fanatisme se joint l'ignorance la plus épaisse I On connaît les superstitions des peuples musulmans ; les habitants de Zanzibar les ont presque toutes acceptées. Donc ils croient aux bons et aux mauvais génies , djinns rahnumy (divins) et djinns scheittmy (qui procèdent de Satan) ; les Souahhéli les nomment p'hépo et m'z(mk : les premiers sont musulmans , les seconds , tout naturellement, infidèles. Geuxrci cherchent à causer autant de mal que possible aux vrais croyants; ils s'introduisent quelquefois dans un individu , pour le tourmenter et le faire parler à leur guise. Si l'infortuné essaye de lutter contre le malin esprit, il se sent bientôt, en punition de sa résistance, boucher les narines, clore la bouche, et il tombe suffoqué

'liWW^^

— 97Vju^u'/à ce ^o&^par d^jX^onjurations on Vait déUvré de son tourmeoteur ipfenial. Il arrive parfois qoe ies conjurations restent infraptueuses ; c'est là un fâcheux contre-teinps, car alors le pauvre possédé, considéré comme mort, «st enterré,^ la grande satisfaction du djiniT maudit. Les djinns habitent les broussailles, la mer, les ruines, et-en général les lieux isolés et ceux où se produisent des effets dont l'apparence prête au merveilleux. Ils pénètrent quelquefois dans les mosquées; mais il n'y a que les bons djinns assez osés pour cela. Tous les actes, tous les accidents heureux ou malheureux aue ne peuvent s'expliquer les Souahhéli (et ils font de bie|i faibles efforts de raison et d'intelligence pour a>ri^eHrcomprendre).sont l'œuvre d'un djinn. Il en est qui prennent la forme d'une femme pour tromper les coureurs d'aventures : sont-ce, dans ce cas, de bons ou de mauvais djinns? D'autres se font l'ami d'un homme marié

et empêchent les tentatives d'infidélité de la part de son épouse. Il est à présumer qu'il en est, par-ci par-là, quelques-uns, moins bien inteniionnés, jouant , à leur tour, un rôle plus favorable aux amants.

Le ve^et de la chèvre, dans le Coran, i est celui qui. a le plus d'efficacîté-pour conjurer les djinns. Une étoile filante est un djinn qui a tenté de V introduire dans les demeures célestes et qui en es*t pnêcipilé par les angies ; à ierVue de ce phénomène, le crédule. et craintif musulmanT prononce ce verset : « Je cherche un refuge en Dieu contre le génie malfaisant. » Les djinns ont un corps d'homme re<^uvert de longs poils ; leurs yeux sont percés verticalement :\ils se manifestent ainsi quand ils se Couvent dépouillés de leur pouvoir par un talisman d'une puissance supérieure. S'ils sont 11. 7

alors aperçus d'un œil humain, ils meurent, dit-on, inunédiatement. On voit que toutes les absurdités qui infestent les cervelles humaines sortent du même moule et qu'elles ont lubi peu de modifications en passant d'Orient en Occident , ou vice versa. Quoique leur origine se perde dans la nuit des temps, cela ne les rend pas plus respectables. U ancienneté et le consentement universel ne sont heureusement pas toujours , pour les traditions , une consécration de leur tégitimité.

On n'a pas, à Zanzibar, pour les fous ou idiots fanatiques que nous connaissons sous le nom de santons, et qu'on appelle, dans le pays, medjanoun (possédé d'un génie) , le respect et les égards qu'on leur témoigne en Orient; et, quand ils commettent quelque acte condamnable ou Scandaleux, on les fait enfermer ; en quoi 1^ Souabhéli se montrent plus sages qu'ils n'ont coutume. Mais ils ont "beaucoup de vénération pour certains hommes que leur piété et leurs vertus entourent comme d'une auréole : ces saints personnages, qu'on appelle, en mrabe, otfo/t (favoris du ciel), et que les Souabhéli nomment aabmdf se livrent aux plus grandes austérités, poussent le jeûne à l'excès, se vêtent d'étoffes grossières et souvent de costumes biiarres. Pendant leur vie, on les visite pour leur demander des prières; après leur mort, leur tombeau devient le but de pèlerinages, et, en signe de distinction, on le recouvre d'une voûte ou même on y bâtit parfois une mosquée.

Les habitants de Zanzibar, ainsi que tous les peuples orientaux, ont leurs derviches, dont le nom est tmciqùini ou bien moukatha. Les Souabhéli , comme tous les bons musulmans, croient au mauvais œil (en arabe nazary et en lan-

— dégage sooahhéii hhaeidi);\h le redoutent et prennent de nombreases précaotions contre lui r aussi , par un dë^r de réciprocité/s'eflbrcent-ils d'en épargneif !a crainte aux antres. A leurs yeux, il est îné^nvenant d'exprimer nn«l^dmir«tfon trop vife pour une cho^ qui n'est pat à sol : ils s'eti absttennent, parce qu'ils se méfient, quant à eux, des formules admiratlves exaltées qu'on pourrait leur adresser. L'éloge est soupçonpé cacher F envie et le trait du mauvais œil. Four conjurer ^tte influence maligne ou prévenir le soupçon "••dfifiï'les autres, ils ont certaineç/phrases, parmi lesquelles voici la principale : « MA cha Allah , ou la qoua illa billàh! Ce que Dieu a voulu, et il n'y a de force quen Dieuî » Elle s'etnpioie le plus généralement lorsqu'on est enchanté d'une cbo^ qui appartient à un autre, afii) que le diable, toujours aux écoutes, ne s'empare pas de votre pensée d'admiratioupour^n fhire une de convoitise, auquel cas il obtempérerait immédiatement à vos désirs en gâtant cet objet. Quand on prononce ces mots, on leur donne évidemment ce sens : la belle chose; mais c'est Dieu qui a voulu qu'elle fût telle, et, par extension, qu'elle appartint telle à celui qui la possède. Et, t7 n'y a de force quen Dieu, je ne puis aller contre ses décrets et je m'y résigne sans murmure ni envie^ car ce serait agir contre sa volonté. Si une louange indirecte a été lancée sans la phrase sacramentelle, le propriétaire de l'objet admiré, pour détourner la mauvaise intention de l'admirateur impnident, lui dit : Bénis le Pro^ phète; si celui-là répond : Dieu le bénisse! l'heureux possesseur n'a plus rien à redouter i |

D'autres phrases encore sont destinées à repousser l'esprit du mal ; ainsi celle-ci , Allahoum solli ala M'hbtah-

-?■ ffïv

MKD (u Dieu, répands les grâces sur Mohhammed)! esi en usage lorsqu'il arrive à autrui un accident fâcheux ^ même un malheur, généralement dans toutes les occasions desprr prise; elle s'échappe naturellement de la bouche comme le ferait chez nous une exclamation. Elle est, sans doute, l'ex^ pression d'un sentiment d'abnégation, mais, de plus, une invocation contre Satan, présent partout et toujours pçèt à saisir en voUs une mauvaise pensée , une velléité de révolte contre la volonté de Dieu, dont il jouricait faijre.,spn

£n outre des phrases auxquelles les Arabes et les Souahhéli attribuent une vertu protectrice, ils ont des talismans (i) et des amulettes de diverses natures. Us ont recours à des signes cabalistiques, parmi lesquels sont certains nombres, qu'ils gravent sur leurs cachets, sur les tombeaux, etc. Ils croient enfin aux songes et aux jours fastes et néfastes, tout con^me de vrais chrétiens d'Europe. Les jours heureux sont le lundi , le jeudi et, voyez l'esprit de contradiction, le vendredi! Voilà, ma foi, un jour bien empêché, et qui, entre l'anathènïe catholique et la glorification musulmane, ne peut qaedire : . , , ,. :.

, J'H>îS!.}

- Je n'ai mérité >

Ni cet excès d'honneur ni celte indignité.

.no

À Zanzibar aussi, on désire connaître l'avegir. Pour ravir les secrets'dii destin, on possède plusieurs pratiques plus ou moins ingénieuses : quelques hommes, plus vecsés que

(1) Les charméis et les talismans s'appellent, en langage souahhéli, khinga; en arabe, hefmt on bien hhouzxi^ que les Sonabbéli preoeneent hherixîT - — ^ , .

toi —

le vulgaire dans celle scieoce occuUe, s'en font une indus-

trie lucrative et exploitent- quelquefois assez largement ta crédulité publique. Il y a partout des demoiselles le Norléatid, et des sots ou des ambitîeu^ pour croire à leur savoir ou faire semblant d'y croire; mais, comme tout le monde n'^t pas à même, pour chaque petit évéïtemeat ou entreprise qui se présente, de payer à beaux deniers comptants fa prescience du bon. ou du mauvais succès, on emploie, è l'occasion, certaines combinaisons usuelles et k la portée tic tous, afin de se satisfaire sans bour^ délier. Il en est de fort compliquées et d'autres fort simples. La suivante appartient à cette dernière caiégorie : ' ^' ^ ^ -^^'lni\>^frM iii ;< On a une petite règle! équarrie symétriquement , sur laquelle sont écrites les Quatre lettres a, 6, dj\ d, et qui , à*après ces caractères, s'appelle cCbedjed. On récité d'abord, avec recueillement , une invocation dont voici la traduction ':'' '^' ' '■ i'"'-'" ■'■ = ?" '-•' "' .■ '■': ' '•''•'•* 'î'.''^^ '" '■(■'■

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Louange à « Dieu, maître de l'univers. Que Dieu^^ande ses grâces « sur notre seigneur Mohhamraed , le prophète , le père « (des hommes ) , ainsi que sur sa fam((le et ses compa- « gnons, et qu'il les sauve. ^

M II n'y a de force et de puissance qu'en Dieu, être élevé « et magnifique. » '

Après cela, on fait rouler la petite règle, et, lorsqu'elle s'arrête, on prend note de la lettre écrite sur la face tournée en l'air; puis on ouvre un Coran au hasard, et l'on cherche, dans la page de droite, la première ligne commençant par la lettre notée. En méditant le sens renfermé dans cette ligne du livre saint, l'on arrivo à connaître si l'ontre-

prise formée ou revendent atlenàu doit être heureux ou

malheureux. „,., ; ^, .,.,,,,,h,„r^ M..jiy.î . . :^. * ni.;-%H,i:i- 4h'

La formule ou invocation ci-dessu8 est aussi une de ceUes qui sont usitées pour conjurer les génies, démons ou ambres êtres surnaturels et malfaisants.

Dans l'opération de ïabedjedt les personnes instruites réci4ent des invocations plus longues ou plus compliquées, qui sont : 1** la 1'' sourate du Coran, dite de l'ouverture du livre; 2" les sourat^ 112, 115 et 114-, dites de la 6n, de l'infortune et des Irommes; 5° le 256* verset de la 2* sourate dite de la vache: 4** le 59' verset de 1^ 5* sourate dite de la bénédiction . Tous ces morceaux du Coran doivent être répétés chacun trois fois, consécutivement, avant de passer au second , et à la fin on répète, en outre, trois fois le dernier mot du 59' verset susdit, ajoutant : la Mouinn! ta Moubinl ia Moubin (ô toi qui rendis tout évident, qui expliques tout) ! Après quoi , on opère comme je l'ai dit précédemment.

Il y a d'aul/es procédés pour atteindre le même but :^insi on prend de petites poignées de cailloux ou de graines telles que le riz, le mil , etc.; on en relire des lots de sept ou neuf, selon celui de ces deux chiffres qui a été fixé d'avance ; puis le nombre de cailloux ou de graines restés après cette opération révèle l'issue du projet qu'on a conçu; les nombres heureux sont 1 , 4, 6, 5, et les malheureux 8, 7, 3, 2. Pour se les rappeler iacilement, on a formé deux mots composés des lettres de l'alphabet arabe auxquels ces chiffres répondent : celui des chiffres heureux se prononce hotidan, celui des chiffres malheureux baguezahh.

On se sert encore d'un rosaire {sebbah)^ dont on fait

glisser les grains entre ses doigts, en prononçant alternativement les mots Ali , Gabraïl ( Gabriel } , MoKhammed . d'après- celui de ces noms qui arrive fiVec le dernier grain du chapelet, on peut s'attendre ànn événement heureux ou malheureux à divers degrés; car il /t annonce an dénoûment fâcheux» Gabraïl un résultat médiocre ; quant à Mohhammedj on est sûr, avec lui, que tout se passera très-favorablement. Cet ingénieux moyen d'obtenir des oracles ressemble beaucoup, comme on le voit, à celui qu'emploient avec moins de sérieux, mais av^c plus de grâce, nos jeunes filles de France , lorsqu'elles demandent aux pétales de la marguerite qu'elles effeuillent, si tel beau jeune homme les aime un peu^ beaucoup, pas du tout. ,

Voici maintenant une façon d'oracle d'une portée bien au- Iremen^savante. Nous ne déciderons pas s'il est plus sûr que celui ûe Calchas ; quant à la manière de s'en servir, elle est, certes, plus compliquée. C'est une espèce de tableau comme la table de Pythagore : on le nomme Zmrgeh. J'en ai vu un à Zanzibar, dans, la maison de Khamis, l'indispensable factotum dont j'ai parlé au chapitre précédent. A. B/Clot-Bey en donne la description suivante dans son Aperçu général de l'Egypte, tome II, pa^e 60 :

^^ « Le Zaïrgeh comprend cent petits carrés, çans chacun u desquels se trouve écrite une lettre arabe. rVoici com- « ment on s'en sert. On lit d'abord le premier chapitre du « Coran et le cinquante-huitième verset du sixième : En « lui sont les clefs de toute chose; personne ne les xon- « naît que lui. Il sait tout ce qui est sur la terre et sur « la mer. Il ne tombe pas une feuille sans qu'il le sache. « // n'v a dans les entrailles de la terre ni. un grain de

« sable^ ni une chose verte, ni une chose sèche qui ne soient « écrits. On place ensuite le doigt sur le tableau , sans re- « garder; on écrit la lettre sur laquelle il est tombé, et, à « la suite , en les alternant d'après des règles déterminées, « toutes celles qui se: trouvent dans la même colonne ver- (( ticale, ainsi que les lettres que renferme la Cinquième « colonne à droite de celle que le sort a désignée. L'as- « semblage de ces caractères compose des mots qui expri- « ment un conseil. Les Zaïrgehs sont disposés, en général , a de manière à donner quatre réponses négatives pour une « affirmative. »

Enfin il existe un livre contenant toutes les prières préparatoires ou conjurations à réciter lorsqu'on accomplit quelque pratique de dévotion. Les Arabes et les Souahbéli le nomment Phâl ou Phâli et fiamli.'^ Je ne sais trop cependant si ce dernier mot s'applique bien au livre en question ou à une branche de l'art de la divination (i).

Terminons ici cette longue litanie de pratiques et de croyances stupides , qui sont la honte de l'humanité tout entière; car il n'est pas de peuple, si avancé qu'il soit dans la civilisation, qui, à ce sujet, ait le droit de jeter la pierre à ces pauvres peuplades semi-sauvages, semi-barbares du Souahhel. Disons, pour excuser les uns et les autres, que l'enfance de toutes les races humaines est comme l'enfance

(1) a La science ram{« appartieateQcore, si je ne me trompe, à l4 4tmta « (magie naturelle). Par elle, on prétend pouvoir dire à quelqu'un sa

« destinée, moyennant qu'il donne son nom et celui de sa mère La

« pratique des "sciences kurra (partie de la simia) et ramle est décla- X rée criminelle par les principaux docteurs sunnites, car ils savent très- « bien que c'est un moyen de voler l'argent du peuple. » [Description de l'Arabie, par Carsfen Niebuhr, tome III, page 113. ")

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de l'individu, le temps des err^Ks, des fables^et du meu'

Il y a plusieurs mosquées à Zanzâiar : la principale , si' tuée dans la partie nord-est de la ville, est la seule qni «it un minaret; j'ai déjà dit qu'elle était l'un des points de l'alignement à suii^epoor venir au mouillage par la passe du sud. Les autres sont très-petites; lorsqne j'étais à Zanxiber, on en bâtissait au centre de la ville une nouvelle, qui m'a para devoir être très-vaste : le cadi présidait à la construction, et le Sultan en faisait les frais. - i>-i i .- .), ;. i

Le personnel de chaque mosquée est composé de l'imam et du mouazzim; il y a en outre, pour la grande mosquée seulement, qn fonctionnaire nommé khétibj dont l'emploi consiste à feire la prière du vendredi , la kkotba. On sait qu'il est d'usage, dans les pay§ musulmans, de dire la prière du vendredi à l'intention du souverain, pour appeler «nr lui les faveurs du ciel : pendant longtemps, cet usage n'a pas été suivi pour Syed Saïd, qui, aux yeux de ses sujets, manque du prestige religieux attaché au titre d'imam ; mais, depuis qu'il réside à Zanzibar, il a été rétabli, grâce, ^ \ m'a-t-on dit, à une gratification donnée à l'imam de la mos- \

quée. j .

Chaque imam dispose, à son^ gré, des foods qui lui sont remis, par les fidèles , pour le service et l'entretien de sa mosquée, ou toute autre destination ; toutefois il est bienséant qu'il consulte un peu, à cet égard, les habitués du temple dont il est le desservant, et qu'on nomme rate&tV. Les imams et les mouazzin' vivent, au besoin, sur les revenus de la mosquée, quoique les fonctions des premiers soient ordinairement considérées comme purement honorifiques :

l«8 mouazzin' reçoivent quelque argent de la fiuniUe qui a fait b^tir la mosquée dont ils dépendent ; ils ont aussi , et c'est leur plus grand bénéfice, les vêtements que portent les morts au moment où ils les ensevelissent. -^ -h ^

Les fêtes principales des habitants de Zanzibar, celles qui sont célébrées avec le pius< d'éclat par la population, sont VAïd-el-Kebir etl'Àtd'es-Serir. ,,5.^ v .jh.V' • Jft

L'Aïd-el-Kebir ( la grande fête ) est celle que les Turcs nomment le grand#Beïram. Son institution se rattache au souvenir du sacrifice d'Abraham. Elle dure trois jours, en chacun (desquels on égorge des moutons à l'heure dite eto/i/ui, d'où on appelle encore cette {éieAïd-el-Od^hhia, Elle est également connue sous le nom d'Aïd-^l-Doua (fi^de l'adteu) : les musulmans donnent pour motif de cette dénomination que Dieu, ayant, ce jour-là, cessé ses révélations au Prophète, lui dit adieu et lui confia, pour la suite, la direction des fidèles. Cette fête se célèbre les 10', H* et 12* jours du mois de deul-hhidja, le dernier.de l'année musulmane, époque à laquelle s'accomplit le pèlerinage de la Mekke, et elle donne lieu, dans la ville sainte, a des veilles, à des cérémonies , à des sacrifices, auxquels les pèlerins procèdent avec la plus grande pompe. Eu égard à cette coïncidence, les Arabes de Zanzibar la désignent ordinairement sous le nom â'Aïd-el-Uheudj-{^!^ûu pèlerinage). Les Souahhéli la nomment Sicoucouhou-ia-Aïdi.

L'Aïd-es-Seiir (la petite fête), le petit Beïram des Turcs, est aussi nommée Âïd-el-Feteur (fête du déj^euner), parce qu'elle est consacrée a solenni^er la fin dii jeûne du ramazan ; elle commence le 1" du mois de choual et dure trois jours. A l'occasion de celte-féte, il n'y a aucun sacrifice; on

prononce /^ulemeot quelques prières eitraordiaaères dans les mosquées : voilà pour la partie religieuse. Quant aux divertissemenU publics et privés qu'elle provoqtte, feoai d^jà feit le récit au chapitre I". . ,»i.>ii j;- i;;.*^;;

ifEnfin les Souahhéli comptent au nombre dertnifs fiHes principales celle du JVtrotix, c'est-à-dire du premier jour de l'année solaire» qui, pour les années 1846 et 4847, l'aat trouvé correspondre au 29 août, et, pour l'année 1848, au 28 du même mois. Ce sont surtout les gens de la CMBpi^ gne qui font de ce jour une occasion de réjouissance. Les individus des deux sexes , et particulièrement les fenmies , parés de guirlandes de feuillage, se rendent, par bandes, è la ville et en parcourent les rues, en se livrant à d^ manifeslatio^s bruyantes; Le» Arabes de Zanzibar ne prennent aucune part à cette fête. Les Souabhéli la nomment Sicoucoubou-ia>Mouaka (le grand jour de l'année).

La naissance des enfants n'est pas fêtée ; ce n'est que très-exc^lionnellement .qu'elle donne lieu à une réunion à laquelle on appelle des parents et des amis. Le père, sans plus de cérémonie, impose un nom à son fils peu de ten^s après qu'il est venu au monde.' La circoncisk^se pratique à des âges différents , mais le plus ordinairement vers l'âge de sept auisj c'est le sujet d'une fête pour les pareots^et les amis. Les femmes ne sont pas soumises à l'opération analogue qu'elles subissent en certains pays.

Tout ce qui regarde le mariage se règle, chez les Souahhéli , tant au point de vue ôivil qu'au point de vue religi«uz, d'après la loi musulmane. Nous donnons seulement ici un aperçu des usages qui servent de préliminaires à l'acconfplissement de cet acte important. i — 4 i r

Les aégt>ciatk>ns relativtes è un mariage seiet amduttes par uo personnage qui , dans ce cas, prend le titre d'ouf^'-f préposé à la direction d'urie aflfaire). Avant d'entaHier aucune démarche définitive, il y en- a toujours une préparatoire, ayant pour but de s'assurer si l'on peut, avec espoir de succès, solliciter la main d'une femme. Lorsque les informations prises sont de nature satisfaisante, la demande ou khitba est faite pîar Voulgi, qui est un parent ou un ami, au père de la fille ou, à défaut de celui-ci, au grand père ou à quelque proche parent mâle; s'il n'en existe aucun, il s'adresse à la mère, et enfin, en l'absence de parents quelconques, è l'autorité supérieure de la localité. Cette demande ayant été accueillie favorablement, ou, pour employer le style local, après roti(ot4m6a heureusement effectuée, il y a, chez le père de la fille, un repas en petit comité ; on y invite Voulgi. L'otitoumba n'est qu'une mutuelle promesse, de laquelle il est permis de se dégager pour tel ou tel motif, qu'on déguise sous des formes propres à ne pas rendre la rupturéHésobligeante : dans ces sortes de conjonctures, on met en avant ou des consultations prises auprès de gens compétents sur la convenance de l'union projetée, ou les résultats défavorables de quelque pratique divinatoire. \

Bien que les fiancéssoient en état d' ot4(oum5a ou promesse, la fiancée ne peut paraître le visage découvert devant son futur ni lui parler, pas même devant témoins, et, s'il veut se faire une idé<s de ses traits, il doit, pour savoir ce qui en est, envoyer près d'elle quelqu'une des personnes autorisées à la voir. S'il rend une visite et que le père ou tout autre parent mâle, tuteur de sa promise, soit absent de la maison, il reste dans le vestibule et se contente de faire dire à la fille qu'il est

là ; celleHïi(comiiie eoBSolatioo, sans doute) lui envoie du bétel , que le pauvre prétendant se résigne à mâcher tout seul ; puis il s'en va.:;... comme il était venu. v ; Mi-^-is/i^ i Les fiilesqui ont père ou |[cand-père se marient à toot âge ; celles qui n'en ont pas ne sont admises à se marier qu'à l'âge de puberté, qui pour elles est celui de leur majorité. Les filles de Zanzibar sont nubiles à l'âge de treize ou quatorze

ans. 'Vt "'^'* ;■''•■* ^-^ -"—•■■■'■''''"•::' = ' ■ : ■>. ' ?■;. îi >,; i- ■...;•».

Ch&i les musulmans qui suivent le rite chafeï, ainsi que les Souabhéli , le père ou le grand-père a droit de marier sa fille sans le consentement de celle-ci. . i ^ t .w, >; * \ On contracte parfois une sorte de mariage à terme, c'est- \^-dire qu'on épouse avec la condition de n'entrer en possessrem qu'après un-c^tain laps de temps. Ceci a lieu dans le cas de trop grande jeunesse des conjoints ou de manque d'ar gent ; car l'époux doit payer tout de suite la moitié de la dot et les frais de la noce» parmi lesquels figurent des présents à la mariée et les dépenses de l'ouitma. On appelleainsi le repas qui suit le mariage et qui est ofiert aux témoins, au\ amis et aux connaissances : ce repas est souvent une espèce d'aum6ne en vivres faite aux pauvres; il est alors servi de telle sorte que tout venant soit libre d'y participer. Enfin le retard apporté à la célébration d'un mariage a aussi pour cause ICsdésir d'atten^lre une des époques regardées comme ayant une heureuse influence sur cet acte ; ces époques sont le vendredi, qui est le dimanche des musulmans, et surtout le premier vendredi après le ramazan et le jour du pèlerinage de la Mekke..\ w^r^ '>r ' :;----^ . J-«ki/- .-iii'^Vin., ^

On se marie au mpment de la prière du matin ou de celle qui se dit à une heure. La cérémonie se passe, en général ,

dans la maison de la future, et quelquefois à la mosquée. Le» parents mâles du fiancé y asnstent seuls. Le cadi prend connaissance des intentions du mari » l'eiborte à t^ien tmter sa femme et à ne pas coucher lion de cbez'lBh(«eei^ en outre. des préceptes do Coran). Il va ensuite trouver le père ou, à défaut de celui-ci , le grand-père de la fille, loi fait part des dispositions du mari ei s'assure de son œnsentement; s'il n'y a ni père ni grand-père, c'est à la fille même qne le cadi s'adresse. Il constate d'abord son identité pa> le témoignage des femmes présentes; pais il lui demande si elle accepte les propositions qu'il a reçues do futur. Ces préliminaires accomplis, il conclot le mariage.* ' -^^ ^^ >. Le nouvel époux est conduit près de la mariée, dans

une chambre obscure oo elle est avec d*aôlr^Tëmi[n«7vo»lée et enveloppée. Le mari, guidé par ses compagnes, loi pose la main droite sur la tète et récite quelques prières en forme d'invocation. Après cela, les gens de la fête sont régalés. La journée se passe en visites reçues par l'épousée, en festins, danses et chants religieui accomjMgnés dé trctis ou quatre tambours de basque. Les deux sexes prennenftt part séparément à ces réjouissances, qui durent plosienrs joors, selon la richesse et la générosité du père de k fille. Qoand elles sont terminées, le marié entre en possession

les

de sa femme. S'il la tn>uve vierge, il lui feit un présent él'nvre,^ii lérnoTgtiagt de sa hwiim fui tune, le d tial aux femmes présentes , lesquelles chai^nt al louanges de la tnariée, qui a su se conserre^^pofiëf. Le père récompense aussi sa fille par un présent^ si la virginité a été constatée. , ■ '■ .- r ^ • ) r

Le cadeau par lequel on réc(mipense 4a virginité est ap-

péié dj9giha en gouaUiéli, en arabe êijœsoiUi. Les danses, avée^GodmpagnemeBt de chants et de tâmbMffsde basqoe» sont nonâées tarif en nom de cet ièstitiment' i^ ^ >r vit

Dès que l'époux a prw possessicm de sa femme, )e père de celle-ci s'^absentè^ la maison et s'y rentre <pi' après sept jours» pendant lesquels le mari a traité ses parents et ses ami8^^"-^'''*^îy'-ti ""^-^ y^ ''ojv:*j iiiHfmmjm,mùnhi--

Letemps consacré ans fêtes qui suivent la déflootioii est appelé fongala; fongata est le nombre «e^^e^an^ cienne numération souabhéli. Ge temps écoulé, l'époux conduit sa femme dans une case qui est ofâioalresieot donnée à la nouvelle mariée par son père. Il est même d'usage, si celui-ci en a le moyen , qu'il contibne-ée nourrir sa fille jusqu'à la naissaticrde son premier en^t^^

L'homme qui épouse une esclave ne doit entrer en eemtact sexuel avec elle que lorsqu'elle a feit preuv)e de mobilité une fois depuis le mariage. .' «y >L^j ^»l'}^ti

Les fermes accouchen^fecil^ent à Zanzibar, et les accidents sont fort rares. Ily^^xistedes^ages-femmes titrées.

Lorsqu'une personne meurt, ses paraitse^j^s^affits e)n sont avertis, et viennent dans la maison mortuaire reisdrë une visite de condoléance. Ils y sont informés de l'heure de rmfanmaition. Le corps, lavj^^peffuprès In mort, ps» pnwn loppé de linges neufs plus ou moins riches, selon le rang ou

parents. Le mari ne peut, sans profanation, toucher sa femme quand ^Ue est morte; mais M ]^^psé mi a^ iavage du corps en versant de l^eau-^nr elle, comme 1& foui .tous les pacents , pour qui c'est une pieuse obUgation^ij^ques instants avant que -le coBjrot se mette en ra«rebe,/on en-

■jr^. .

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sevelil le mort; le linceul dont on se sort est toujours de couleur blanche et se pr<^pare à la nnosquée, où la fnmille envoie lYtoffe nécessaire. On introduit souvent dans ce linceul des objet *; de senteur; toutefois lc(orps n'<'st jamais ni embaumé (1) ni pîaré dans tin cercueiU^). Ce sont les plus proches parents qui le portent dînant la mosquée, où on s'arrMe un moment pour les prières cjuc font, en commun, toutes les personnes assistant à la cérémonie funèbre. I^

un .««eit ly Wifé.'que la famille (Tu mort y a fait porter; puis on se dirige silcnricusement vers Iccmietière, oji c^davfe est déposé dans la fosse ; on l'y place, la tôle du cAté de l'Orient et le visage tourné vers la Mekke. C'est l'imam de la mosquée ou le plus savant de l'assemblée qui récite la prière et dirige la cérémonie. Quand le corps a été recouvert de (erre, le mouazzin' rappelle la profession de foi musulmane, et, s'adressanl au cadavre, il prohonce tout haut, comme pour en instruire l'Ame qui a quitté son enveloppe matérielle, les réponses qu'elle devra faire aux questions qui vont'lui être adressées j>ar le Juge suprême.

T.es femmes, pas même celles qui sont esclaves, ne suivent jamais un convoi.

Quelques jours jprès rinhun;ation, a lieu une nouvelle cérémonie que les Arabes appellent hnlil , et les Souahhéli m'boué. Voici en (|Uoi elle consiste : on a rassemblé d'avance un bon nombre de ces cailloux unis, de forme

(1) Aui approches de la mort, l'usage, chez 1rs Souahhi^li, rst d'adr ministrer une cuillerée de miel au mourant , pour solliriter \iii efTrt purgatif qui précipite les excréments et facilite aiusi le lav.ige dû corps, PU uettoyant d'avance les intestin».

(2) La coutume musulmane est de mettre le cadarre des femmes dans un cercueil, mais non celui des hommes. ^

plus ou moins arrondie , qu'on trouvé sur les rivages sablonneux, cl que les marins nomment galel5. Ils ont été flioisis parmi ceux de petite dimension, et ronsarrés pour l'usage auqûeFon les destine par une sorte de bénédiction. D'un autre côté, on a préparé une espèce de pâte liquide, dans laquelle entrent des feuilles de roses desséchées, du jiatchouli , du vétiver, du c^itchiri , du girolle surtout, des semences die coriandre cl dû^fjôqijgrcc. -On trempe dans — — r4;tle pâle les pierres bénites, qui prennent, par l'eiïel de cet uïiJull, une tuulcur brun noir, et- on les fait sécher au ~--^soleil. Au jour convenu, les parents et les amis se réunissent dans rerulroit où le mort est inhumé, el , après avoir récité les prières d'usage, couvrent de ces pierres le dessus de la tombe (1).

Il n'y a pas de lieu formellement consacré aux sépulture»; chaque famille est autorisée, sans doute, à inhumer ses morts sur l'emplacement «lont elle est propriétaire, car beaucoup de maisons ont des lombes dans les cours, comme je l'ai déjà fait remarquer, ou dans de petits enclos ronslruils près des habitations qui appartenaient aux personnes décé-

(1) Voici roriginc prt>l>at>le df ccUe cc'Tt'niynie du Halil : Dans le» jirnnirrs temps de rislami^nic, Vs chapelets lUaicot peu hiiueui et souvent composés de pitrres ramassées au hasard, ou de uojaui d'olives ou de fruits quelconques. Il est à supposer qu'on avait alors l'habitude de déposer le chapelet du mort ou d'en semer les grains sur^sa tombe. Depuis , cette coutume s'est modiGée : soit que^ les chapelets ayaut été fabriqués avec des matériaux plus précieux , les héritiers aient voulu les coustrver, soit |>our toute autre cause, on les a remplacés par de petites pierres sur chaïuiic desquelles ou pronouce des paroles sacramenlelirs, et qui, au dire des fidèirs, acquièreut ainsi, pour sauvegarder le tombeau , la vertu qu'ils attribuaient autrefois aux grains du chapelet du défunt , quaud sd piété avait été notoirs.

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dées. C'est probablement cette multiplicité d'eoclot faoé^ particuliers, qui a fait dire au Jucteur W. 8. W. Kngchemberger, auteur de la retation que bous avons citée précédemnieot , « que les cimetières sont nombreui à Zanzibar. » Nous n'ayons aperçu que trois enclos publics où les tombes fussent groupées de façon è mériter le nom de cimetière : l'un se trouve non loin de la plage, derrière le palais du Sultao , à côté des ruines" d'une ancienne mosquée; l'autre, vers Test de la ville, près du chemin qui mène à M'toni; le troisième, au sud'OUest de la ville, entre elle et le temple indien déjà mentionné. €es champs de sépulture ne sont pas fermés, mais seulement entourés de murs peu élevés en grande partie ruinas. Le terrain est à peu ^ès nu ; il n'existe çà et là que quelques broussailles ou arbustes rabougris, qn^ paraissent y avoir pqussé spontanément. Tout y^respire^'i^iniB^ l'abandon ,'-6ien loin d'indiquer un respect sincère pour les restes- ^e ceux qui

ont vécu. Les tombes, en maçonnerie grossièremen DÔo» Gont^rôfl baMOB»ulonguQ6 d'un mètrolrontc à ^n mètre soixante centimètres, blanchies à la chaux, et sans épita* phe, sauf pour quelques-unes où de hauts personnages dor* ment ce dernier sommeil que petits et grands nous dormirons tous.

Chez un peuple dont la vie intime est, pour ainsi dire, cloîtrée, les renseignements sur l'intérieur de la famille, sur le premier âge, sur les relations tonjugales sont trèsdifGciles à obtenir, principalement pour le marin qui séjourne peu à terre. A part les esclaves, on ne voit guère, dans les riies, d'autres femmes que les plus pauvres, voilées et couvertes de huilions, et portant sur le dos, lorsqu'elles sont

raèref , leur ^ne enbnjt attachd u»f g quoique ItalwBU tf^

toflé (1). GéDéraiemeài, les enfants viTcnt enfermés ai^ec les

femmes jusqu'à l'âge desîx ou sept ans } s'ils appartiennent à ■/

des gens aisés, ils restent entre les matm d'esclaves femelles, qui les soignent et les gardent. A Tégeqae nons Tepoiis d'indiquer, ils commencent à se rendre dans les écoles, où Hs apprennent à lire et à écrire les versets du Coran, et reçoivent sans doute aussi les premières notions du calcul , car les Souahhéli savent compter de bonne heure. Ces écoles ressemblent, du reste, è celles de tous les pays musulmans : il n'y en a plus que deux ou trois à Zanzibar, et encore sontrfiiles pen fréquentées. Comme k commerce est la principale affaire des Souahhéli, ils ont toujours assez d'instruction pour exploiter le producteur et le consommateur;; dès lors lavgcience, les arts industriels, la littérature sont pour eux lettres doses. En dehors des opérations du traOc, leurjplusjgr J. — de-ne-i^eirfWfÇrCeTrêsTqu^c^^ tra

vaillent de-leurs mains; ils~1ie se IJTrpnl gnr i c h rinilinli ir od à la culture que contraints par lai nécessité et iVwanque d'esclaves. Aussi n'y a-t-il que queltjues jeunes hommes qui s'adonnent à un métier, et c'est ordinairement celui de leur père. Un peuple marchand peut, s'il est resté guerrier, conserver l'activité du corp^ à cause de la nécessitédes exercices qui

(i) « An nombre des choses étranges qui attirèrent noire attention, » dit le docteur Ruscbeoiberger dans son Uvre, « faréllt de jeuaes ^fants « portés dans les bras et sur le dos de leurs nourrices. Leur i visage « était marqué de lignes noires, deux sur le front, une sur le nez, croi- « sées par trois autres Yerticales. Les carreaux formés par ces i lignes n donnaient à ces petits êtres l'air de jeunes arlequins. », .

Il est probable qu'il s'agit ici de quelque pratique superstitieuse contre la maladie ou le maavais esprit.

- " ^ViC.-.

le préparent à la guerre; si, aa contraire, réchligë Miion unique occupation, il s'énefVe de plus en plus. G^te dégénérescence physique iliez leis Sonahbéii de Zannbar a déjà été signalée. L& femm^ assez riches pbnr avoir des esclaves passent leur^ie.dans l'oisiveté. ^ ■"' * ?■ '

Nous ne sommes pas à même de dire quelle est la conduite des enfants envers leurs mères ; mais ils ont généralement, pour leurs pères, un grand respect et une soumission absolue. i ^ i

L'éducation donnée par une société qui emploie toutes ses ^ forces à vivre en parasite sur le travail d'autrui, en accaparant les produits pour les transmettre à des acheteurs,, n'est pas de nature à former des générations bien morales; la nécessité d'obtenir au meilleur marché possible, la tendance à vendre aussi cher qu'on 1e peut, entraînent l'habitude du mensonge et une facilité déplorable au vol , déguisées so^s le nom d'habileté commerciale. Le peuple de Zanzibar en est là; l'astuce et l'avidité constituent le fond du caractère de ceux qui le composent. Ils sont paresseux et sensuels, ^sans bravoure et sans bonne foi. Ne vous fiez pas à leur parole et veillez de tous vos yeux à vos intérêts quand vous faites une affaire avec eux.

Graves et flegmatiques en apparence, à la moindre excitalion ils s'emportent avec violence et poussent d'étourdis^ santés vociférations; il n'y a qu'un petit nombre de person*bes de distinction qui sachent se maintenir dans un calme et une réserve imperturbables. Cependant, fanatiques à un moindre degré que les Arabes, les Souahhéli traitent les chrétiens sans morgue et avec plus de douceur; en outre, leur accueil est généralement bienveillant, et ili remplissent

av^ empressement les devoirs de l'hospitalité. IV n'est pas tteft^ certain pourtant que cette hospitalité ne cache nne arrière-pensée, un calcul peu louable; ce serait, si l'on en croit des personnes qui prétendent les bien connaître, une sorte de prêt intéressé, duquel ils espèrent un rendement avantageux. ' ^ * ' '

Du reste, je n'ai pas la prétention de foire ici, de ces bonnes gens de Zanzibar, un portrait achevé ; je ne les ai point assez vus ni fréquentés pour dessiner, d'après mes seules observations, tous les traits qui les caractérisent; mais voici :,r, un résumé de ce qu'en dit, dans son rapport, M. Loarer, qui, étant resté phisieurs mois chez eux, a eu l'occasion de les étudier à loisir.

« Les -Arabes (1) sont paresseux, |)rouillons, menteurs, «fourbes et voleurs effrontés, dès qu'ils trouvent une victime; tt flatteurs jusqu'à la bassesse, ils vendront pour une piastre c( celui qu'ils disent leur meilleur ami . Il faut se défier même « de leurs cadeaux : et-d<ma ferenies. L'Arabe est enchanté « de tout ce qu'il voit chez son ami l'Européen ; il demande « sans façon et se fâche d'un refus. Donnez-lui une pièce « d'étoffe, s'il y a une tache, il vous envoie den&ander de la « lui changer; faites-lui cadeau d'une caisse de sirop, il vous a fait dire qu'il a trouvé toutes les bouteilles cassées et vous « prie de les remplacer. // regarde aiter^tivement aux dents « du cheval qu'on Uti donne. Il est fidèle à sa parole, mais ^

« tant qu'il n'a pas le moindre intérêt à la violer. Il vous « donne, en ^rantic d'un payement, une propriété magni- (( fique et une réputation; non moins magnifique d'honnête

(1) Il ne s'agit, dans ce passage, que des iadigèoei de Zanzibar, Arabes et Souahbéli. i

tt homme; mais, léchéanct: arrivée, un autre créancier se <i présente avec unehypothèqiieqiiiabsorbelegage. Il esterai « que quelquefois le fripon trouve un fripon et demi dans le « compère qui, prenant son rôle au sérieux, garde la prd- V « priété qu'il s'était engagé à sauvegarder contre le véritable

« créancier. » \

On dit que les portraits les moins flattés sont les plus ressemblants. A ce cojoipte, celui-ci serait très-fidèle ; cependant ^ nous n'avons voulu faire qu'une citation, sans assumer une

responsabilité quelconque: '

Le climat doit prédisposer les Souahhéli aux plaisirs amoureuï, et tout prouve, au reste, qu'ils ne s'en font pas faute. Heureusement les facilités données par la loi de Mahomet aux exigences sensuelles rendent les scandales peu fréquents ; mais IVlahomet ayant infligé à l'épouse l'humiliation de la polygamie et du concubinage permis à l'époux, elle s'en venge parfois; voilà pourquoi l'adultère existe encore dans une société où il est légal d'avoir autant de femmes qu'on a les moyens d'en entretenir. Tant il est vrai que le voile et la séquestration ne sont pas des garanties suffisantes contre la passion ou le caprice! A ceux qui croiraient qu'avec . de telles sûretés la morale ne court aucun risque, nous raconterions l'histoire suivante, qui circulait dans le pays pendant le séjour que nous y fîmes, et qui vint à nos oreilles avec toute la désinvolture d'un cancan depetile ville d'Europe.

Une belle dame (les dames sont toujours belles dans les histoires d'amour), une belle dame, citée déjà pour maints exploits amoureux, prenait un jour le frais à sa fenêtre, et, quoique voilée, selon les saines prescriptions musulmanes,

— Il» —

n'en laissait |>as moins deviner qui die était aux passants intéressés à le sareir, car un jeune homme, suivi de son esclaTe, s'arrêta pour solliciter de la belle l'aurodne d'un peu de tamboui (nom «rabe de la feuille de bétel). Dans ce pays, on demande du tamboui à une femme, comme en Europe on lui demande une fleur. La prière fut fiiite et

reçue d'un ton qjai annonçait d'anciennes connaissances.

Avait-elle un sens mystérieux et quel était-il? nous l'ignorons; mais l'esclave, sur l'ordre de son mattre, entra dans la inaison. Pat.ûn hasard, très^fréqaent encore dans les aventures galantes, l'esdave était beau, bien fait, jeune, un véritable Antinoiis eafre. Sans avoir lu le Caprice d'Alfred de Musset, notre iiéroîne n'en était pas à apprendre quel charntert)» éprouve eu satisfaisant, 4 propos, cdui que l'occasion inspire. L'occuion s'offrait avec tout le piquant de ces sortes de substitutions ; elle fut saisie avec toute l'ardeur d' un désir allumé déjà pour un autre. Quant à l'esclave, ce n'était pas un Joseph, et d'ailleurs il n'avait pas le moindre pan de manteau à laisser aux mains de la tentatrice, pour sauver sa vertu en péril. 1 i i

Cependant l'amoureux s'impatientait à la porte, et trouvait t|ue le temps écoulé aurait suffi à mâcher tout le bétel que peut porter un esclave, ii^is enfin de se morfondre, il s'élance dans la maison. Or, dans une maison musulmane, surtout ch^ une fenunequi a de l'expérience, les surprises ne sont pas possibles; et, avant qu'il fût arrivé au seuil de l'appartement où s'était accompli le mystère, l'esclave avait été caché. L'amant portait sur son front plissé toute la mauvaise humeur qu'entraîne un4ésappointement de ce genre. Toutefois l'accueil est si empriessé, le geste et la voix si cares-

sants, que, déconcerté dans son plan de récriminations, il accepte avec reconnaissance le bonhcBr oflFertavec ivresse. Le jeune maître, enchanté, n'eut rien à envier à l' esclave. Le temps s'écoule vite À beaucoup aimer, et, au milieu de cette àHè)rnat!ve de contre-temps et de félicités , l'amant avait oublié que le mari n'était pas sorti pour toujours, et celui-ci revint en eflFet. Ce retour imprévu (on ne prévoit jamais ce qui doit naturellement arriver) fît subitement trouver au jeune homme son bonheur frius amer que ne l'avait été le supplice de l'attente. Le pauvre nftiis ne sedoutait^as de la supériorité d'esprit de sa conquête. A l'aide de quelques mots rapidement échangés, celle-cr, sans s'émouvoir, lui dicte son rôle. Il comprend, se précipite hors de l'appartement, parcourt le logis en jetant les hauts cris et parlant d'esclave fugitif et rebelle; il passe brutalement auprès du mari , disant qu'il est sûr qu'on a caché le coupable, que cela ne peut se terminer ainsi, jure, enfin, qu'il aura raison du recelé et du receleur; puis il franchit la porte^el court chez lui se livrer à des réflexions phik)Sophiques sur les inconvénients des amours heureux.

Le mari , ébahi de tout ce tapage, vient demander à sa

femme la cause de celte scène et de la colère de son ami ; car,

on l'a deviné, sans doute, l'amant heureux était un de ses

intimes. Il apprend alors que ledit ami ayant voulu châtier

un esclave qui avait probablement commis une faute grave,

l'esclave a fui, et, se sentant poursuivi, s'est jeté dans la

première maison ouverte; que, à la vue du serviteur fuyant

'épouvanté, devant le maître en proie à une violente colère,

, — ia femme, dans la crainte d'un dénoûment sanglant, a ca-

^ ché l'un et congédié poliment l'autre. Quoique musulman.

ce mari étak tout aussi mari que le premier chrétien venu ; il loue sa femriiie de la prudence qu'elle a montrée et promet 4'aller chei son colérique ami , pour lui expliquer l'aventure, calmer sa fureur et lui demander la grâce du coupable. Un mari n'en fait jamais d'autres IcGelui -ci étant parti pour accomplir Tacte de bienveillante intervention dont il s'était chargé, l'esclave fut tiré de sa cachette, lin pauvre garçon qui a passé par tant de péripéties mérite bien quelque dédommagement; la dame était trop gênéj&me pour le refuser : le4naître et le serviteur étaient restés manche à manche; mais, grâce au dernier incident, ce fut celui-cr qui gagna la belle. Le soir, on le reconduisit che'z son maître <^imé, qui eut l'air de lui pardonner devant le mari, mais qui, intérieurement, le remerciait du service qu'il croyait en avoir reçu. Talent de conteur mis à part, cette anecdote n'est pas, au fond, indigne de Boccace, et ce qu'elle a surtout de piquant, c'est d'être originaire^ dé la côte est d'i^frique et d'être née par 6° de latitude méridionale et 56° de longitude orientale. >^

Le commérage galant de Zanzibar ne conserve pas toujours la plaisante allure de l'histoire véridique (on me l'a, du moins, transmise comme telle) que je viens de raconter. Il prend parfois des formes tragiques et murmure aux oreilles avec des façons de mélodrame à donner la chair de poule. La voix mystérieuse dit alors que tel jeune seigneur, fils d'un haut personnage, se glisse fréquemment, à la dérobée, dans le harem paternel; que le père s'est, plus d'une fois, defnandé, avec étonnement, la raison de la fécondité d'une partie du troupeau, fécondité qui n'est point en rapport avec son grand âge et la modération^bligée de ses

appétits. Puis le bruit se répand, un beau jour, que deuK femmes ont été secrètement transportées du palais à bord de tel navire, comme pour être envoyées en présent au chérif de la Mekke, mais que ce vivant colis n'est jamais arrivé à destination, et on ajoute que, par une nuit sombre, un homme de l'équipage, dont le nom est resté inconnu, a vu disparaître dans les flots deux masses aux formes indécises, du sein desquelles semblaient sortir des gémissements étouffés.

Il est cJair que le code matrimonial , inspiré par le Coran, n'a pas si bien pris ses précautions, que l'esprit de désordre ne puisse se faire jour par quelque fissure. Si la 4oi musulmane a donné une large satisfaction aux passions de l'bomme, elle a agi tout autrement envers la femme , et , pour peu que chez celle-ci lés sollicitations du cœur ou des sens , ou même de la curiosité seule, soient -énergiques, elles sont obéies dès que les précautions miatérieiles prises contre elles sont insuffisantes. Disons plus, il est de c^ précautions, le voile et la claustration, par exemple, qui deviennent, à l'occasion, les auxiliaires de la ruse féminine. Ainsi un homme n'entre pas dans l'appartement de sa femme pendant qu'elle reçx)it une visite, et, si le voile protège l'incognito de la femme coupable aussi bien que la pudeur de l'épouse vertueuse, ne protégera-t-il pas également tel Faublas d'Orient qui saura cacher sa taille juvénile sous un déguisement féminin?

Mais en voilà assez sur ce sujet, qui prouve qu'à Zanzibar, comme partout, il y a de méchantes langues. Médire des femmes n'est ni généreux ni de bon goût, même dans un pays barbare, et nous ne voulons point paraître prendre notre

part oft responsabilité dans des récits qui ne sont, peut-être, après tout, que des contes inventés par les badauds de la lo< catité. Je terminerai cette esquisse du caractère et des mœurs de la population en disant quelques mots de la classe des banians. Ici M. Loarer me viendra encore en aide; j'emprunte à son rapport les détails qui suivent : /

Les banians arrivent généralement jeunes à Zanzibar et entrent , avec un emploi subalterne, daofi la maison de quelque ancien commerçant jde leur caste ; ils se mettent ainsi au courant du commerce et de la langue du pays , et vont ensuite dans leur patrie chercher une pacotille plus ou moins importante. A leur retour dans Vile , ils trafiquent pour leur compte , et , comme ils sont patients, et actifs , ils augmentent considérablement leur avoir, et partent pour ne plus revenir. Du reste, ils entreprennent tout ce qui leur ofiTre une chance de gain, voire même le prêt sur gage et l'usure. Ils sont très-calmes en affaires, quoique irascibles lorsqu'on les blesse dans leurs croyances ou leurs préjugés; ils sont vindicatifs, mais incapables de violence, parce qu'ils sont faibles. Quand ils ont une vengeance à tirer de quelqu'un, ils s'attaquent à sa fortune ou à son commerce, et se liguent pour le ruiner. Ils trompent sur la qualité et le prix de la marchandise sans le moindre remords, et restent scrupuleux observateurs de leur parole s'il s'agit d'un payement à faire; ils ne s'offensent pas des précautions qu'on prend contre eux, ayant soin, de leur c6té, d'en prendre encore davantage : ce sont les plus rusés commerçants de ces contrées, et peut-être du monde entier. L'économie est, peureux, une habitude, et mh qui deviennent avares le sont à un degré sordide. L'A)rabe, dit M. Loa-

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ref , est prodigue à côté d'eux. Ne consommant rien qui n'ait été apporté de son pays et convertissant tous ses bénéâces en espèces métalliques qu'il y envoie , le banian est , pour les contrées où il trafique, un parasite qui prend toujouM-^^^^l et ne rend rien. Les Arabes et les Souahéli , dont il a ruiné le commerce, le haïssent aussi cordialement qu'ils détestent l'Anglais pour les avoir privés des bénéfices immenses que leur procurait la vente des esclaves. '

La nourriture des habitants de Zanzibar est plus abondante que recherchée; leur cuisine est restée à l'état barbare comme celle de tous les peuples musulmans. La base de l'alimentation des classes pauvres est le moutatna, sorte de gros millet qui se prépare de diverses manières. Ils en font du pain et des espèces de bouillies. Il y a un autre millet plus petit, nommé mahouélé y qu'emploient les individus les plus pauvres. D'autres petits gfaîhs , nommés ouimbi et kimangga^ servent aux mêmes usages. Ils mangent diverses espèces de faséoles et plusieurs racines nutritives, outre un peu de froment qui vient^de l'Inde et de la Perse par Mascate, du maïs, du riz et des patates douces. La classe aisée mange du poisson frais, qiTon pèche en abondance dans les eaux de l'île; la basse classe fait une grande consommation de poisson salé.

On sait que la loi religieuse des musulmans leur prescrit d'égorger les animaux dont ils veulent manger, et que pour être sûr de se conformer à cette obligation un musulman ne doit faire usage que de la chair d'animaux tués par lui ou par quelqu'un de ses coreligionnaires; ainsi font les Souahhéli; ils n'ont pas de boucherie, pas d'étal; pour se procurer de la viande, ils achètent du bétail ^r pied et

le taent chez eux. Ils abattent fort pea de bœafs, non qa'îls aient une très-grande valear sur le marché, car un boeuf ne se paye pas plus de 6 à 8 piastres à Zanzibar, mais parce qu'on préfère le mouton et le cabri. Ils mangent de la viande boucanée qui leur arrive de Madagascar. La voiaiUe, poules et pintades, y est très-«bondante , ainsi que les canards d'Inde et les pigeons. On peut se procurer, pour une piastre , deux douzaines de poulets ou douze à seize canards , ou bien encore vingt-quatre à trente pigeons ; les œufs sont gardés pour être couvés, et l'on a de la peine à en avoir même à un prix assez élevé proportionnellement à celui de la volaille. Le lait n'est pas rare dans le pays. ; .

On trouve dans l'île beaucoup de fruits , tels que des oranges, dont il n'est pas fait une consommation proportionnée à la production ; des bananes, des mangues, des cocos, des dattes sèches, de la canne à sucre, des pistaches de terre ou arachides, en souahhéli m'jogo.

Les huiles à manger sont extraite» du coco, du sésame et de la graine d'une sorte de courge {jolifia africana), que les Souahhéli nomment koumé. Ils se servent aussi du beurre fondu, quoique leur assaisonnement de prédilection pour la confection des ragoûts soit le suivant : ils râpent la pulpe d'un coco dans toute sa maturité, la pétrissent et en expriment un suc laiteux et oléagineux ayant le goût sucré. lis emploient cette substance en guise de beurre.

Le sucre et le miel sont abondants, et on en fait un grand usage. On mafnge ce dernier avec le pain {mkalé); on le mêle aussi à une pâtisserie nommée manaridazy; on en compose, enfin, une boisson avec de l'eau de riz et du fenugrec {haleba des Arab^, et oualou des Souahhéli ).

U est, eiitre autres pâtisseries, un gâteau qui parait souyent sur l^rs tables; voici comment ils le façonnent ^ le cuisent : ils ont, parmi leurs ustensiles de cuisine^ Une sorte de moule conique rappelant le chapeau d'un vole-au^vent ," plus ou moins orné de dessins en bosse et terminé, à la base, par un rebord concaTe; ils préparent ^mus pâte semiliquide, placent leur ustensile sur le feu, et, quand il est suffisamment échauffé , ils versent peu à peu , au sommet , cette pâte, qui se répand à la surface jusqu'au rebord. \^0que Ickcuisson est à point, on décoiffe le moule et l'on a un gâteau léger, tenant de la crêpe et de la gaufre, qui plaît fort aux gens du pays. ^ '

Ils mangent une espèce ibe vermicelle, qu'ils fabriquent eui-mèmes avec de la pâte de riz, à l'aide d'un moule à main appelé kinou-tchatcanbi et dont on voit le dessin dans l'album, planche 50.. Enfin ils font encore line sorte' de galelte sur une jplaque légèrement convexe, où siont gravés des dessins en\creux, et dont jls se servent comme on lé fait de la galeltoire en Bretagne; ils nomment eet ustensile/ripan(/f «cAa fcag'm. '

Leur boisson la plus ordinaire est l'eau ; mais ils boivent aussi le liquide contenu dans le coco frais^surtout pendant le ramazan ; le lait sucré ou miellé et les sirops, tels que celui de canne et très-souvent de calou frais. Les gens riches boivent des sorbets d'Europe, particulièrement ceux de limon et d'orgeat. Un cadeau de sirop d'orgeat est un des pUis agréables qu'on puisse leur offr4r. Les Souahhéli de la basse classe usent d'une boisson fermentée qu'ils tirent du moutama et qu'ils nomment p'hombé. L'usage du café est général dans la classe aisée, où, ainsi que je l'ai déjà dit,

on boit Tolontiers lès liqueurs douces qui Viennent parfois du dehors. .^- ■---■-- ■'^'•ll^'"-^'' *" ••••^^ .>.,.M'( „ ^» ^l

La desiil^lofi faite» au diapitre I", du diner qui nous fut offert, àJi'toiii, par le Sultan a donné une idée du de- Q gré de luxe» d'élégance et de recherche que la table atteint chez les plus riches habitants de Zanzibar. : . ^-^

Dans un pays où les femmes sont tenues en charte prirée et où l'enfance participe forcément à cette claustration de la mère et de la sœur, qi^ peuvent être les relations sociales? Ce que serait la composition musicale sans les tons mineurs et avw une seule moitié d>4a^ gamme. I^core, si , en l'absence de ces deux ressorts affectifs essentiels» le ^xe féminin et le sexe neutre (qu'on me passe celte expression, \

qui n'est pas de moi ), la société possédait quelques-uns des éléments intellectuels qui^itaissent d^ besoin de sevoir et de s'jentendrei et le produisent à leur tour ; si elle était lettrée» si elle aimait les arts et les cultivait» si elle était rafônéf dans ses mœurs et dans ses coutumes I Mais elle n'a * rien de cela à Zanzibat ; aussi les hommes ne s'y cherchent-ils que pour parler d'affaires» et, quand les femmes se visitent ^tre elles, ces rapprochements n'ayant lieu qu'au sein d'un sanctuaire impénétrable, il n'en rejaillit aucun charme sur les relations générales. Zanzibar, sous ce rapport'» est» pour l'Européen, une véritable Thébaïde.

Il^a bien, nous l'avons dit, quelques fêtes publiques ou privées; mais» lorsqu'elles provoquent des réjouissances, : chaque sexe s'y livre à part, et ce ne sont plus alors que des amusements grossiers et bètes du côté des hommes, niais et monotones du côté des femmes. ^^

Ce que font les femmes dans leurs réunions particulières,

^epç "

je ne saurais ie dire : les riches, peat-ètre, quelqee travail de luxe, et toutes, certainemeni* des causeries frivoles et sans portée, seule ressource des femmes ignorantes de tous les pays. Quant aux hommes, ils partent trafic et s'offrent du bétel , comme on s'offre, chez nous, do tabac. £t , après mûr examen , je serais fort embarrassé de décider lequel des deux usages a le plus d'agréments ou d'inconvénients. La prise , le cigare, la pipe et la chique sont plaisirs civilisés et n'ont, en définitive, d'autre résultat qi^e dé noircir, empuantir, et faire suinter du nez et de la louché un liquide couleur de suie; le bétel, amusemenjr de sauvage, noircit et rougit les dents peu à peu, les <i)nvertissant en chicots usés jusqu'au niveau des genci^s ; il a pourtant une supériorité marquée sur le tabac, en^ce qu'il ne donne aucune mauvaise odeur à la bouche et ne n^t, ainsi, qu'à celui qui en use, sans être désagréable ans voisins qui n'en usent pas. Au reste, quoique mâchant haWtuellôment le bétel , les habitants de Zanzibar n'ont pas complètement renoncé au tabac; bon nombre d'entre eux fumeniet se sei vent, à cet effet, du houka indien, nommé, dans lâ^calité, kîka par les Souahhéli , et reuchba par les Arabes.*

Uans les visites, non pas chez les Arabes, si ce n'est exceptionnellement (i), mais chez les Souahhéli, c'est plutôt le bétel qu'on présente au visiteur. Chacun connaît la manière dont on le prépare pour la mastication : on prend une feuille fraîche de cette plante, oirS'J^ttle un morceau de

(1) L'usage du bétel n'est pas ordinaire aui^Arabes et n'est guère adopté.j|u€ de éeux qui fréquentent beaucoup la ^te d'Afrique on qui y sont filés, niex les Souaiihéli , au contraire, il est général , surtout parmi les femmes, dont ou estime la beauté en proportion de la noirceur de leurs dents.

noix d'arec, que Too saupaiidre d'un peu de chaux, et l'on glisse cette sorte de chi<p|| entre les molaires et la joue ; puis on mâche. C'est une volupté qui dure, une heure ou deux, avantage que n'ont pas toutes les voluptés, et qu'on peut, en outre, se procurer aussi souvent qu'on le veut, avantage bien plus grand encore. La feuille s'appelle, en arahe, tamboul, et en souahhéli tambouho; la noix d'ar^, popo (^n souahhéli, et en anbe fdîfnU; le nom souaht^éli de la chaux est tchoka, et Iç nom arabe nora. Ces divers objets sont présentés aui visiteurs sur un plateau ; pour en user hors de chez soi , on les renferme dans une petite boite (souahhéli, kedjalouba; arabe, mokafel), que l'on suspend à sa ceinture^ }.''' .^

Quelquefois on offre des rafraichissemenls, surtout quand on reçoit un étranger :, ce sont des sirops ou deS'Wrbets et du café chez les Xiabés. Les pauvres gens lui présentent des cocos frais, dpnt ils ont ordinairement une provision chez eu^ otr-^u^]^ envoient chercher au moment même.

Si ce n'est à l'occasion de certaines fêtes, comme je l'ai dit à propos du mariage, les Souahhéli n'ont pas l'habitude de donner des repas; seuletnent, quand une personne arrive chez une autre pendant la réfection, les règles de la bienséance veulent qu'on lui offre de la partager. En ma qualité d'étranger, j'eus le privilège de quelques galanteries hors ligne : privilège dont je me serais biçn pas^, toute réserve faite en faveur de la bonne intention. Voici le récit d'un de ces dîners exceptionnels : <;e n'est pas une critique, mais un échantillon de la manière de recevoir et de traiter chez ces braves habitants de Zanzibar. On concevra que ie dîner d^g

M'toni appartient à une sphère trop élevée pour que je nie II. "9

permette de ie présenter irrévéremment comme un type; ce n'est jamais à la cour, d'a|lletli'8^c|u on peut apprendre comment les choses se passent à la ville.

J'avais été invité par un riche habitant, un grand seigneur, ma foi, très-fort de mes amis et qui m'a toujours accablé de bons procédés de toute espèce^l ne s'agissait pas d'un festin d'apparat, mais d'un dîner d'amis sans façon, d'une vraie fortune du pot à la musulmane. Cela m' allait : pour juger des gens au point de vue du ménage , de la toilette , comme à tout autre plus sérieux ,■ il faut les voir en déshabillé. Mon hôte, plein de bonhomie et de tolérance, me fit prévenir, avant le jour de notr^ réunion gastronomique, que, connaissant notre peu de goût pour les boissons musulmanes, il m'invitait à ne pas faire violence à nos habitudes et à me munir, à cet effet, de la quantifé devin qui me serait nécessaire : désirant, avant tout, disait-il , que son dîner me fût agréable. Ayant plusieurs raisons d'en agir ainsi , je profitai de celte offre et envoyai chez mon indulgent ami quelques bouteilles de vin de Bordeaux et de vin de Champagne.

Au Jour et à l'heure fixés, je me trouvai au domicilede l'amphitryon, qui m'accueilljt avec sa grâce accoutumée. La table était dressée dans une vlifé f^èoejneublée de plusieurs canapés en rotin couverts de nattes et d'un lit massif, à la mode hindoue, orné |de sculptures, ayant quatre montants qui supportaient u^ciel sur lequel était jetée une immense moustiquairc^La salle à manger servait donc aussi de Chambre à coucher; elle avait, sans doute, encore plus d'une destination , car, dans un coin, on Voyait amoncelés des échantillons d'objets de commerce, et, dans un autre, de vieilles armes rouillées. Le surplus de l'ameublement se composait

-*^«sk

— laide deui glaces antiq|ies, d'un vieux lustre et d^rquelques bahuts. -^

Cette pièce donnait^ d'un côté, par une porte, sur la galeriè qui entourait la cour intérieure, de l'aptre, par 4^ grandes fenêtres grillées, sur la rad0, dont le spectacle récréait la vue et dédommageait des déceptions qu'éprouvaient les palais trop délicats. Nous étions quatre à table : notre hôte, deux officiers du Ducouéiitc et moi. Un cinquième personnage nous servait d'interprète et aidait au service : je voudrais ne pas' le Qommer , mais on le devinerait. Qui pourrait-ce être, après tout, que l'indispensable Khamis? Il était là comme il était partout, au même titre, avec les mêmes empressements. Si Khamis vient à mourir, cet événement fera une révolution dans les relations extérieures de Zanzibar.

Mais revenons à notre dîner. La propreté douteuse de la table n'était malheureusement dissimulée par la présence d'aucune nappe; les assiettes et les plats étaient de faïence grossière; les verres dépareillés et les couteaux d'une modestie peu commune figuraient en nombre strictement nécessaire; toutefois la partie la pluscurieuse du service consistait en trois ou quatre couverts d'argent , qui paraissaient aussi étonnés de se trouver dans ce lieu que nous l'étions nous-mêmes de les y voir. Il n'avait pas fallu moins que l'empressement habituel de notre hôte à nous complaire, et l'adresse connue de Khamis, pour arriver à nous procurer ces ustensiles, dont la délicatesse^ européenne s'est fait si maladroitement un objet indispensable. Je ne songeai pas à attribuer à mon ami la propiriété de ces couverts : il les avait empruntés sans uvA doute, et cela doublait le mérite de

leur présence. Qu'aurait-il fait de telles iiiutitités? A la manière dont il essaya de s'en servir, nous vîmes bien que jamais le contact de semblables instruments n'avait souillé sa noble main.

Je ne décrirai pas le menu du dîner : il se composait de quelques-uns des mets qui ornaient la table du Sultan, à M'toni. L'humble sujet, quelque opulent et haut placé qu'il fût, ne pouvait imiter, surtout dans un repas sans cérémonie» la profusion et la prodigalité de son maître., Cependant, comme il y a toujours, dans ces occasions, la part de la surprise, on nous offrit des raretés : des radi^^tde petits oignons verts! Les premiers étaient magniGques ; leur feuillage plantureux rivalisait avec celui du navet ou turneps à bestiaux de nos grasses terres normandes ; par compensation, le renflement radical s'allongeait en fuseau mince, violacé, quelque peu dur et ligneux. L'autre légume, d'une venue phénoménale, avait la longueur et l'épaisseur d'un beau poireau de nos conUées. Le maître du logis y^ mordait à belles dents, comme s'il ne se fût jamais trouvé à pareil régal , et nous re^ttiqns de suivre si mal le bon exemple qu'il nous donnait. Mais il nous émerveillait plus encore par ses efforts malheureux pour venir jà bout.de se servir de sa fourchette; dans cet exercice,» où il était si novice, il eut beau suer sang et eau pour nous faire honneur, en daignant se plier à nos. usages, il n'y réussit pas, et, lassé de ses vaines tentatives, il jeta le manche après

la fourchette, et recourut désormais à celle du père

Adam.

P^ous dînâmes aussi gaîment qu'il était possible à des gens qui ne se sontj pour ainsi dire, jamais vus, et qui, pour eau-

^lasser, sont forcés de recourir à ud interprMe. Le vin nous aida à dlgéier les produits peu assimilables d'une cuisine par trop primitive, et à nous maintenir en bonne humeur, malgré fa monotonie de la conversation. Cependant, quoique nous ne l'eussions point ménagé, la moitié du liquide resta dans les flacons ; il est trai que Khamis et notre hôte respectèrent scrupuleusement devant nous les austères prescriptions de

, lai loi musulmane. En fut-il de môme après notre départ? Cette question paraîtra fort indiscrète et quelque peu impertinente, mais voici pourquoi je la fais : c'est que, m'étant présenté le lendemain pour rendre visite à mon aimable hôte, j'appris qu'il n'était pas visible, parce qu'un violent mal de teiel^avalt saisi la veille et forcé de rester au lit.

La ville de Zanzibar est bAtie sur une petite presqu'île de forme triangulaire, dont elle occupe la plus grande partie (1 ) : son principal développement suit une direction nord-est et sud-ouest. La presqu'île, réunie, dans le sud, au reste de l'île, par un isthme 'ayant en largeur moyenne 200 mètres environ, se trouve découpée, du côté de l'est, par une lagune que produit le mouvement des marées, et qui assèche à mer basse. Le périmètre de la ville est à peu près semblable à c^lui de la presqu'île, et sa superficie, de 50 hec-

• tares. j - -

L'intérieur de celte cité ne répond pas à l'idée qu'on peut s'en faire d'aptes l'aspect qu'elle présente, vue du mouillage. L'illusion commence déjà à se dissiper lorsqu'on aborde à la plage; le lieu de débarquement le plus ordinaire est la partie du rivage comprise entre le fort et la maison du Sul-

<t) Voyei planches 4 et 9 de rAlbum.

tan. J'ai dit précédemment que la construction massive de celle-ci et la manière dont elle est percée, la font ressem-" bler plutôt à une prison qu'à un palais, et qu'elle n'a de remarquable que ses dimensions.

Le fort, quoiqu'eu très-mauvais état, a du moins conservé son cachet, et offre un assez bQn spécimen du savoirfaire des Arabes en matière de fortificationis. Il a la forme d'un quadrilatère irrégulier; cette enceinte est flanquée, à ses quatre angles et au milieu de son côté sud, de tours octogones qui s'élèvent au-dessus du parapet des courtines, de la moitié environ de la hauteur de celui-ci. Chacune de ces tours ou bastions est percée d'une embrasure où l'on voit poindre la bouche d'un canon de faible calibre. Les courtines présentent aussi quelques embrasures et meurtrières; celle du nord, couverte à iO mètres en avant de la tour nord-ouest , par une batterie rectiligne armée de vingt et une pièces de 2^a été tracée avec une intention marquée d'en rendre l'approche plus difficile; elle est brisée et à crémaillère. C'est, du reste, au fond de l'angle droit formé par la retraite d'équerre opérée dans la courtine, à 15-inètres environ de la tour du nord-est, qu^est cachée X. la porte de ce fort, ,qui, gardé par une vingtaine de soldats beloutchis et arabes, est transformé aujourd'hui en lieu de détention pour les malfaiteurs; on n'y entre qu'avec une autorisation du Sultan. -r^

Devant le fort, et parallèlement à la plage, s'étend la batterie dont nous avons parlé; elje esk^rasante, et consiste tout simplement en une plate-forme avec un parapet. Ses vingt et un canons en fonte servent, au besoin, à rendre les saints faits k la terre par les bâtiments de

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guerre étrangers qui arriveDt sur rade; ils ne peuvent avoir d'autre utilité; car, pour la défense, ils seraient insignifiants. En effet,- outre que la -plate-forme et les affûts ne sont pas de nature k résister à nn tir un peu actif, la muraille qui est censée protéger cette batterie n'a ni revêtement ni masque, et les premières bordées d'un navire' embossé devant elle la démoliraient. D'ailleura on la prendrait en écharpe, en venant mouiller, près de terre, devant la pointe Changany, et on la ruinerait ainsi sans s'exposer è ses coups.

Entre la batterie et le fort, au pied de celui-ci, sont entassés d^ boulets de divers calibres, et une cinquantaine de canons et de caronades , appartenant aux bétinienls désarmés. Au nombre de ces pièces, on en remarque quelquesunes en bronze, fort allongées et portant des légendes en langue portugaise; on m'a dit qu'elles provenaient de Mascate , où les Portugais les avaient abandonnées lors de la prise de cette ville par les Arabes. i

L'intervalle qui sépare le fort de la maison du Sultan est ' occupé par les bâtiments de la douane ; ils consistent en une vieille mosquée et un vaste hangar couvert en feuilles, où sont amoncelées toutes les marchandises d'exportation ou d'im- /portation assujetties à des droits. Parmi ces marchandises se trouvent, bien entendu, les esclaves, qui sont aussi placés là en dépôt provisoire. Aux époques où le commerce e&t en pleine activité, une afHuence considérable et une grande animation régnent en ce lieu; on y distingue, d'un seul coup d'œil, des individus de toutes les castes, de tous les rangs, vôtus de costumes d'une grande variété. C'est la partie de la ville située à droite de la douane, qui est la plus ré-

gulièrement bâtie, ia moins sale et la moins populeuse; on y remarque les demeures des consuls anglais et américain. "^ ' ' - - -^f • ^. . --'-^ .

Derrière les constructions dont je Viens de parler, et quelques autres placées sur le même plan, s'étend la ville, la vraie ville arabe^ avec ses rues jetées sans ordre , sans alignement, s' élargissant ou 8e rétrécissant au hasarda, et formant un réseau ineitricable , dans lequel on ne se dirige que par suite d'une longue habitude; bien qu'elles soient fort étroites, comme les maisons sont généralement très^ basses, le soleil y donne à peu près toute la journée; ce qui , joint à la poussière du sol , aux miasmes résultant de l'absence totale de soins pour la voie publique, et aut odeurs animales se dégageant du corps des noirs, qui les parcourent constamment , rend la ville presque impraticable, pour un curieux, durant le jour. C'est seulenréntle matin qu'il est possible d'y circuler^ansjtrop de gêne; le soir, il est difficile de se reconnaître dans ce dédale de ruelles : les magasins et boutiques o^es banians restent ordinairement ouverts jusqu'à neuf heures environ ; mais ils sont trop disséminés pouf que la faible lumière qu'ils projettent éclaire suffisamment la voie. Il est inutile d'ajouter qu'aucun système d'éclairage public n'est encore adopté à Zanzibar. '^^ •

Les constructions peuvent se ranger en trois classes distinctes : i* les maisons des pauvres; 2* les maisons des familles aisées, dont la disposition réalise déjà quelques idées de bien-être et de confortable ; 3* les maisons des riches arabes.

Les maisons qui composent la première classe représen-

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tent à peu près un tiers des habitations de Zantibar ; elles sont plus particulièrement groupées sur les côtés est et sud de la ville, longeant la lagune, puis s'ét€ndant de celle-ci à la pointe Gfaangany. La construction en est des plus simples : quelques pieux sans apprêt, non équarris, enfoncée à distance de trente centimètres environ l'un de l'autre , enceignent un carré de trois à quatre mètres de côté; cette enceinte est divisée en deux ou trois pièces dessinées par le même procédé; puis, tontes ces clôtures, extérieiires et intérieures, sont complétées en torchis. Pour la toiture, trois fortes branches, fourchues à leur bout supérieur, sont plantées, deux aux extrémités, et la troisième' au centre de la case; une ou plusieurs perches reposent sur ces fourches en guise de faîtage, et un certain nombre de chevrons, descendant des deux côtés , vont s'appuyer sur le sommet des murs extérieurs, qu'ils dépassent de soixante et quelques centimètres. Ces chevrons sont ensuite reliés entre eux par des pannes , et la charpente ainsi établie est couverte de feuilles de cocotier. Ces sortes de cases ne laissent pénétrer l'air et la lumière que par la» porte et l'intervalle qui existe entre le toit et les murs. Dans un coin, deux pierres forment le foyer, «t la fumée n'a pas d'autre issue que celles que nous venons de mentionner; aussi le séjour de ces masures n'est-il tolérable que pour ceux qui en ont l'habitude. L'ameublement est encore au-dessous de la construction : deux eu trois kibani (i) boiteux, sur chacun desquels s'étale quelque sale et vieille natte, servent de lit la nuit et de siège le

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(1) Le kibftni est composé d'un châssis rectangulaire soutenu par quatre pieds et garni d'une espèce de filet en bastin ou eu rotin, que Ton recouvre d'une natte ou d'une peau.

jour; ane râpe a cocos» un bloc de bois creusé, sprte de mortier dans lequel on pile le rix , el enfiD quelques vases de terre, constituent le matériel de la cuisine.

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Les maisons de la seconde classe sont bâties avec des lÀ^è» de corail /n guise Vie pierres , réunis par un ciment inoi^ chaux, moitié terre ; les* murs ont une épaisseur de soiiarite à soixante-dix centimètres, quoiqu'ils n'aient pas d'étages ^ supporter. Cette précaution esl néeessltée d'abord pareequ'on ne fait pas ordinairran^^t de fondations, ensuftë parce que les maçons connaissent si mal leur métier, qu'ils sont incapables d'élever un mur d'aplomb. Sur la façade s'appuie la varangue , espèce de portique où des pans de morailles et souvent de simples poteaux remplacent les colonnes ; elle a une profondeur de deux mètres, et une laideur proportionnée à celle de l'édifice ; tout autour est placée une sorte de banquette en pierre, élevée de soixante centimètres au-dessus du sol , crépie sur toute ^ surface, et dont une natte grossière tapisse le siège. C'est là que les Arabes prennent l'air et fument le houka. La maison et la varangue ont une toiture en feuilles de cocotier comme celle que j'ai décrite ci-dessus. Une lucarne ressemblant à une meurtrière éclaire chacune 4es pièces de l'intérieur. Çè et là, cependant, on découvre une maigre fenêtre garnie de barreaux et fermée par des volets. Quant à l'ameublement, il se compose de quelques chaises en bois^ auxquelles se mêle exceptionnellement un fauteuil rotiné. On voit encore là le kibani , mais beaucoup plus grand et protégé par une sorte de rideau suspendu à un bambou fixé dans la maçonnerie et traversant la pièce. A la maison est généralement ajoutée une dépendance servant de cuisine, de logement des esclaves, etc. Quel«

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qiies>ttiies de ces maitoos oot un étage; dans ce- cas, le toit en feaiUes est remplacé par ane terrasse.

Enfin les maisans de» Arabes richei^jpccupent la zone de la ville qui borde la mer du côté nord-«uest ; tout, dans leur architecture, annonce que l'argent n'y a pas été épargné, mais que l'art et l'artiste ontnianqué. Comme celles du Sultan, elles ont l'air de casernes plutôt que de palais ; elles sont spacieuses, percées de croisées dont les châssis sont parfois garnis de vitres^de verre, ce qui est un luie à Zanzibar. Il en est même qui ont des jalousies. La menuiserie fine vient de l'Inde, ainsi que les ferrures. Les banians sont les architectes du pays. '

Un vestibule orné, sur les côtés, d'une banquette en maçonnerie recouverte de nattes donne entrée dans toutes ces maisons, dont un petit Nombre seulement possède une de ces cours intérieures si fraîches, particuliOTes aux constructions des grandes villes musulmanes. Les escaliers sont obscurs et mal faits ; les chambra sans formes régulières, souvent plus hafites que larges. Il y a des salons de réception ou tiendraient deux cents personnes, dans lesquels il n'en est pas réuni vingt et une fois l'an. Â défaut de richesse, l'^meoblement pourrait avoir uneiSo^icité sévère; mais il ne présente qu'un mélange grotesque d'arabe, d'indien et d'européen : de la vaisselle de faïence, des vases en verre peint, de riches tapis de Perse, quelques sales tentures ou ricfeaux ; tout ce qu'il faut , en un mot , pour faire ressortir une nudité déplorable.

C'est particulièrement dans la construction de ces maisons que se trahit la faiblesse des ouvriers. Ils n'emploient jamais la pierre taillée ; aussi les fenêtres et les portes

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b' ont-elles oi solidité ni élégance. Pourtant» parmi ces d^nières, on en remarque dont les ^ttants sont asseï bien trayaillés ; on les fabrique avec \\w bois de coBleBr ronge brun, appelé mouarwnga et tiré de la grande terre : ce bois, comme celui de teck , a la propriété de se conserver indéfiniment ; son grain serré et sa dureté le rendent très-convenable pour la sculpture. C'est à Zanzibar même qu'on sculpte les portes ; mais on n'y cite guère qu'un bon ouvrier. Du reste, il varie peu ses dessins : une ligne de rosaces encadre ordinairement le battant; une autre ligne en partage la surface de haut en bas. Soàime toute, ces travaux d'ornement n'accusent, pour la plupart, qu'un talent fort médiocre ; on y découvre rarement quelqù^ rosaces bien détachées, se distinguant par le goût et le fini de l'exécution.

Les fenêtres présentent quelquefois, à leur partie supérieure et en dedans , des espèces de niches , où se placent ries vases ou d'autres ornements et des écussons en terre cuite travaillée à jour, et qui ne manquent pas d'une certaine originalité. -

On fait les planchers en bois ou en terrasses. Dans plu> sieurs maisons, les murs sont stuqués en dedans, ce qui les rafraîchit sensiblement; mais la plupart les ont peintsàlachaux.

Zanzibar est aussi pauvre en monumeuts put^ics qu'en mai— sons élégantes. Nous n'ytruuvons à signalerque les suivants:

Deux ponts traversent la lagune ou Iç marais qui entoure la ville' dans l'est; ils ont été construits par les banians et rappellent, comme tout le reste, l'enfance de l'art; ils o^t, je crois, une quinzaine d'arches chacun. Le plus petit, soutenu par des arches en pierre, a une longueur de cent quarante màtres environ et une largeur de trois à

quatre mètreis; placé sur la iMirUe la çkus étroite de la laguae, H sert de commuDication entre la ville et un petit foubourg composé de cases en paille et torchis, au milieu duquel passe le cbemin qui mène à M'toni. >. L'autre pont, situé à trois cents mètres dans le nord du premier, n'était pas achevé en 1846. .* .<ï^6«j .> ,■ -. , ;. V Les mosquées se ressemblent à peu près toutes quant à la construction. A l'intérieur s'élèvent deux rangées d'arcades, presque toujours de genre mauresque, et dont les piliers sont gros et de forme carrée, ayant les angles abattus. Sur ces arcades repose le. toit, construit en terrasse et ne s'élevant pas beaucoup plus haut que le plafond d'uire chambre ordinaire. Les fenêtres, grillées, s'ouvrent un pied au-dessus du sol, afin que par là on puisse^iracher au dehors, car il n'est pas convenable de cracher dans les lieux saints. Les murs sont stuqués et le-«ol, en dedans, est garni de nattes. En général, ces mosquées ne diffèrent nullement, par leur aspect, d'une simple habitation : je dois, cependant, faire exception pour celle qui est surmontée d'un minaret et^ue j'ai déjà mentionnée ; èïle est isolée de toute autre construction, à l'eittémité d'une petite place sur laquelle ouvre sa porte principale. j. .

Dans la partie de laJi^iJle qui longe la plage du côté du nord, on brûle çà et là le corail pour le transformer en chaui; à cet effet, dans un espace circulaire de deux à trois ^ mètres de rayon sont entassées, à une hauteur de deux mètres à peu près , des couches stratifiées de morceaux de corail et de rondins, qu'on met en combustion le soir. La lueur intense de ces foyers embrasés peut faire croire, la nuit , à un incendie. ■ , i^, i . vr.

-~il

C'est au milieu des misérables maisons qui bordent la ville vers Test, au sein du quartier! le plus populeux, que sont placés les ateliers destinés an! petit nombre d'industries pratiquées à Zanzibar. D'un côté, sous un hangar, sont des forgerons dont tout l'outillage consiste en une enclume, quelques marteaux et un fourneau qu'alimente un soufflet composé d'une ou de deux outres (1) ; d'un autre côté, sous une tente, sont établis deH)etits métiers à tisser, où l'on s'occupe surtout d'ajouter, aux pièces d'étoffe préparées pour servir de vêtements, les passementeries ou les franges que la mode exige : c'est la seule confection qui s'exé* cute dans la localité. Ici sont des moulins à huile de sésame ou ^e coco, mus par un chameau; là des (fuvriers travaillent aux boucliers de peau de rhinocéros. Enfin viennent des corroyeurs, des chaudronniers, puis des fabricants de tchakazi : et à cela se borne à peu pr^ toute la fabrication du pays, fabrication aussi primitive que routinière.

Presque au centre de ce quartier de l'est se trouve lo bazar, qui n'est qu'une rue tortueuse, étroite et sale, bordée de boutiques de la plus pauvre apparence : on y vend en détail les grains, les huiles, les drogues, la poterie, la grosse vaisselle , la verrerie commune ; en un mot tout ce qui sert à la vie matérielle, y compris les fruits et les autres ^ibstances alimentaires.

J'ai déjà parlé des puits et de la mauvaise qualité de leur eau , qu'expliquent très-bien la proximité de la mer et le peu d'élévation du terrain. On en compte de ^ente à quarante dans la ville; leur pr(tfondmr moyenne est de sept à

(1) Le soufflet de fdrge, qaaad il foDCtionne avec une seule outre, est iippelé m'vouko , et mivouho quand il fonctionne ayec deux outres.

buit mètres. On y puise avec iHie«orde ayàni en iongoeor le dooble de la profondeiur du puits et portant à chacnne de ses eitréinités un fhiit de baobai^ nettoyé et percé d'une ouverture de cinq à six centimètres carrés. L'eau très-daire et très-bonne que boivent les riches propriétaires provient d'une source située dans la campagne, an delà du faubourg du côté de M'toni. i

La ville ne pourrait, quant à présent, opt)Oser aucune résistance à une entreprise dirigée contre elle; mais, si elle était entre les mains d'une puissance européenne et que l'on employât, pour la fortifier, toutes les facilités offertes par la nature, elle deviendrait un point d'une force assez imposante. Il y aurait, il est vrai, pour en assurer la défense, à se préoccuper d'abord de faire produire à l'île les substances nécessaires à sa consommation , car elle tire du dehors presque toutes les denrées dont elle s'alimente ; la culture vivrière y est très-peu développée, et cependant la nature du sol conviendrait à la plupart des productions.

On sème les divers grains à trois époques, désignées ainsi qu'il suit : vouli, numaka et m'tchAo. J'ai oublie de demander quelle est la signification de ces trois mots : ce ne sont pas des ndms de mois ; ce ne sont pas davantage des noms de saisons, puisque le nombre des jours qui constituent ces périodes est bien loin d'être le même pour chacune d'elle. Peut-être ces mots expriment-ils seulement un état météoroilogique différent ou une convenance spéciale pour telle ou tell^ culture. Quoi qu'il en soit, xwuH désigne un espace de trente jours comptés du vingtième après le mrouz; la durée ùemouaka est de quatre-vingt-dfx jours après le cent dixième, et nCtchdo commence vingt jours après le

deux cent quatre-vingtième : en d'autres termes, la première période, rapportée à notre calendrier, est comprise entre le 20 septembre et le 20 octobre; la seconde, entre le âO décembre et le 20 mars ; la dernière, enfin, s'étend du iO juin au i*' juillet. ;- *

Dans les années très-pluvieuses et celles de grande sécheresse, la semence, risquant de pourrir ou d'être brûlée, les semailles ordinairement faites en m'tchôo sont retardées plus ou moins, et parfois jusqu'en vou/t. ;

On sème en vouli Le riz, le m^ïs, le sésame, le mongui; eu mouaka, le mil, quelque peu de sésame et du riz en plus grandequantité que durant l'époque précédente, parce qu'à la fil) de mouaka arrive la saison des pluies, et qufalors le riz, même sur les hauteurs , se développe favorablement; tandis qu'en voult, où l'on n'a pas le secours des pluies, il ne pousse que dans les^ terrains bas et marécageux. £n m'tchôo, on cultive des légumes, brèdes, pipangayes, aubergines, etc., du manioc, des pastèques et plusieurs espèces de faséoles, sauf les am6«ra2t (ambrévade), qu'on sème généralement vers les premiers jours qui suivent le nirouz et dont l'arbuste met un an à donner sa récolte. ^

La manière de préparer la terre et de l'ensemencer est fort simple : on brûle d'abord les herbes et autres yégétaux qui se trouvent sur le sol , puis on remue la terre avec la pioche et on ja brise, afin de la rendre bien meuble et de la niveler; on fait alors de petits trous rapprochés et peu profonds, on y jette quelques graines, et l'on recouvre.

Un certain nombre de yégétaux utiles viennent spontanément à Zanzibar, tels sont la canne à sucre, l'indigotier, la

patate deuoe, le cocotier, le ricin, fNtis^neliiiiea petita flhiite dont, à {Mtrt la gofare, Dommée, daos le pays, mapéra, et un antre, qni n'eit qu'une variélé de celle^i , et qa'on appelle n'gonggo, je ne connais pas les analogues parmi les fruits de nos colonies : tels sont le tehonggoma» le kamoM* et le m' boula r qni • l'apparence d'une noix et une odeur trôs*agréable. i- ^'J^^ liui-*, ^ ':.'.• ■^__.,«^}«iJï-i«ii !>=< ■^-■■.■'

La production du riz ne monte guère qa'i deux ou trois mille hectolitres, tiuantité bi^i inférieure à la consomma tigjHle l'tle, qui n'est pas moindre de soixante et dix mille hectolitres; mais on en reçoit beaacoup de l'Inde, de quelques points de la Côte et de Madagascar. On récolte peu de maïs; c'est la c6te ierâie et Pemba qui le fournissent. La récolte du moutama est également fort restreinte; ce dernier se sème de la mi-décembre à la mi-féyrier et mûrit au bout de six mois. Le sésame demande le même temps pour produire sa graine; on le sème en janvier. ,

J'aLdéjÀ raconté comment et par qui la culture d|jf giroflier a été introduite à Zanzibar; j'ai dit aussi combien elle y a pris d'imjportance. Elle' fut même, il y a quelques années, l'objetd'un engouement général ; tout indiyidu possédant un lopin de terre voulait y planter du giroflier ; la production venant alors à augmenter dans des proportions qui n'étaient plus en report aveô les débouchés, les prix ont baissé et le développement de cette culture a pris une allure plus modérée.

Le girofle se récolte à l^.main, et partant cfltte opération est fort longue ; on y emploie un grand nombre d'esclaves : un pied d'arbre occupe quelquefois un homme près

d'un mois. HabitueUeinent, la cueillette commence avec n. 10

si f

octobre d se fomttmï josqu'eD mars. Dans Its amiées plu^ HeuMik oà la floraisea est précoce el acttfe» on j ttayaiUe bcancott)^ plus t6t et sans kiterniptioD pe&dant mviron huit ttèia* Oaoa le* annéci de féchèrane^ au contrairav la cmèA* telle ) «oniDieiicée ven l'époque ofdiiiaire (ie noisd'octo^ ht^)y est suitpendue em novembre et ééeembra, powr être reprise en janvier ; c'est ce qui fait dire souvent qi^'â y a éeni récolter par ao. ■'^ ^j1'^-m>''^;î s^i .^h l'^^h^^h^r*^ f^ -

ÏM baisse surveoiie dans ie prk du girofle dédda &jed Sélimau, en Sa qualité 4e riche propfiélaire, à tenter une spé' cttlation a^ant pour base la producttpn de l'indif o. L'idée lui en fut» c^aitteiurs» suggérée par un Français de qui tesaotécé^ dents à ZaBâbar n'étaieut cepeoéanl pas propres è iaspirer une grande ooofiaoce. Ce Fr»çai», dont Je eroii iaotile de &frd eonnaltie le nom, avait été engagé^ par le SultaD, è titre d'ingénieur des mines ^ peur rechercher si, ceame on l'affirmait, il existait réellement, dans quelques parties de ses Étais, ées richesses métallurgiquea eipleilibl». Meb k» prétendu ingénieur, ignorant le premier mot du mé^er, avaH complètement trompé les espérances de son patron ; et, réduit à l'inaction, il s'était mis en tète, pour tirer parti de ses loisirs fbrcés, de fabriquer de l'indigo. Pour faire un eivett il fiiut «eotr un lièvre , et le dicton seus-entend , cela n'est pas douteux , qu'il faut encore sneotr faire le civet. Vktdividtt dont je parle n'av«i> rien et ne gmait rien. ^ ne suis pas sûr qu'il fût vraiment capable de teconnattle l'iU' digotier avant qu'on le lui eût montré à Zanzibar. Quoi qu'il en soit, ^ intétressa^Syed S^itoan à 9on pro|et et obtint de hii la ooneession d'un termin asscte étendu petr y cultÎTer en grand ^Aml mdifdfèraf que j'^ déjè<Kt crottt» spen^

taiiëDMDt sur l'tle. Syed géliniaii hfi fonfiiftflait» en outre, QD Certain ■ombre ^tÈdvm trinitleiirs et s'étaR «Msi cmgagé à le mueir àe tous les ustensitoB, etifes» fborMMi, ete . , nécessaires à la fiibritatioii désirée. Totit se passa iAm éna le cammeoceneHt; fanil semé lera , granit et afteigfvK l« défeleppement Toilti. Mais sAors eomnelkeèrent les perplexités de finduslriel inproffsé. GomaMnl devait-il employer oe végétal mandit, qui semUalt n'avoir si Meii pouasé que pour le narguer? La Providence vint à son aide, sous la forme du brick le DtteùUidie; nous anfrlmes sur rade de Zanzibar au plus fort de ses embarras , et notre tuda* eiauK compatriote pot » grâce au doetew, liil« quelques ouvrira traitant de la matière. H se mit donc à l'esuvre, et , après idêuir étinées de tAtonnemen^ et plusieurs recolles de feuilles non utWsées, après bien des difficultés» de Ai part du baitteur de •fond^, an sujet de la fourniture des ustensfles qu'il avait promis, après bien des récriminations du manipuienr, qui r^etail sur ie maoraîs vouloir de son associé r insuccès de ses teirta^ves , l'ei^ingénieur des mines parvint à faire quelques Ulogramnes d'indigo de deuxième ou troisi^e qualité, dont j'ai eu en main un éehanllllon. On a prétendu, et c'est là probablement «me êsseitton émise sans preuve par la malveii^nce, que les produits présentés avaient été achetés à un banian. Je n'ai pas à discuter la valeur de cette accusation ; qu'il me suffise de dire que le promoteur de la fabrication de l'indigo à Zanxibar a quittéj^ pays, pour retourner en franco , avant d'avoir réalisé son entreprise, et que, depuis , eette fabrication en est restée à ce premier et malheureux essai. t: -^ '

Une nation n'est, sans doute» pas responsable de Tex^^eta-

tricité et de l'improbité dont quelques-uns de ses enfants font preuYe chez les peuples étrangers ; néanmoins il est très-fâcheux pour la France qu'elle soit si souvent compromise, dans les contrées lointaines, par des aventuriers. Le résultat en est déplorable. Quant aux ^éculateurs de Zanzibar, ils auraient pu facilement se procurer, s'ils avaient voulu s'adresser aux autorités de Bouïbon, les hommes spéciaux nécessaires à la création de certaines indqstries; mais ces gens-là ne savent ni faire une dépense à propos, ni agir avec la persévérance qui seule rend fructueuse une avance de capitaux. ? n j u \

La principale fabrication du pays est celle des huiles : toutefois on extrait seulement celles du coco et du sésame, négligeant de s'occuper de l'huile du ricin, dont les propriétés médicinales trouveraient cependant un emploi salutaire dans la localité. Pour faire lliuile de coco, on cueille les fruits dans leur complète maturité, puis on fend la noix pour en retirer le lait, et on là laisse rancir quelques jours. La pulpe devient molle , grasse , et se détache aisément de la coque. Alors on coupe l'amande par petits morceaux, on la met bouillir dans l'eau, et on enlève l'huile à mesure qu'elle monte à la surface. Un seul homme suffit, avec deux chaudières, à fabriquer cinq à six frazela d'huile par jour, pourvu qu'il ait le bois à brûler à sa portée et 1^ cocos tout accommodés.

L'huile extraite par le procédé que j'indique ici sert pour le luminaire et le couroi qu'on applique sur la carène des bateaux; j'ai dit ailleurs comment se prépare celle qu'on destine à ta cuisine. î.

On exprime encore, quoique moins habituellement, l'huile

dn coco à l'aide du moalin k huile de sésame qui porte le nom souahhéli de AinoM tcha kouchtaâikia ( moulin tournant) ; ce moulin se compose d'un moHieir creusé, en forme de cdne renversé, è une profondeur d'un mètre è un mètre trente centimètres, dans un tronc d'arbre d'un bois très-dur. Un fort pilon du même bois, destiné à se mouvoir circulairement, en remplit le fond^ où il est retenu par son bout inférieur, tandis que le bout supérieur va s'attacher è une solive tournant horizontalement sur un pivot fixé au plancher. Â. l'une des extrémités de celle-ci est attelé un chameau qui lui imprime le. mouvement; à l'autre est suspendu un poids qui , agissant à la fois sur la solive et sur le pilon , augmente la puissance de trituration de ce dernier. Le point d'attache du pilon à la solive est un peu en dehors de Taxe du mortier, de manière qu'en tournant dans celui-ci il exerce Une forte pression sur sa paroi intérieure. Souvent le conducteur du chameau, armé d'un long et mince épieu dont il se sert pour exciter l'animal, s'assied à l'endroit où se trouve le poids, et continue de la sorte sa besogne sans fatigue. La graine, versée dans la cuve et broyée par le pilon, rend son huile, qui est recueillie au moyen d'un bouchon de vieille toile faisant l'office d'épongé, et qu'on exprime au fur et à mesure dans une grande jarre disposée à cet effet. Un moulin travaillant sans interruption à l'aide de deux chameaux alternés peut faire, par jour, environ cent kilogrammes d'huile. Le rendement obtenu par ce procédé très-défectueux est à peu près de 55 pour 100 du poids de la graine. Cette huile, fabriquée proprement et bien convenablement épurée, est d'un goût agréable ; dans sa fraîcheur, les Arabes la préfèrent aux autres huiles comestibles.

Quelque imj^rfiiite que soU U machine doi^ j|s Tiens de dooiier la descripjtioB , elle n'en est pas moins de nature à laisser supposer» cbei le peuple qui s'en sert, assez d'instinct industriel pour appliq^uer rationnelleDient la force mécanique à certaines fabrications. Ce serait là, pourtant, une erreur complète. D^ abord le moulin à huile de sésame est sans doute originaire de TArabie ; et puis , pour mon compte, je n'en ai tu que deux à Zanxibar. L'isolement où se trouve chaque Camille, l'habitude de préparer chei soi ce qui doit satisfaire les besoins naturellement très-bornés de gens si peu avancés en civilisation, enfin la tendance, si facilement réalisée, à se servir, en tout et pour tout, de la machine humaine, l'esclave, toujours prête à fonctionner pour épargner au maître la fatigue du corps et le travail de l'esprit; ces diverses causes, jointes à l'apathie incurable d'une race qui a dans 1^ veines plus de sang africain que de sang arabe, entretiennent, dans ces populations, l'ignorance des procédés mécaniques et l'inaptitude k sortir de la voie routinière où elles croupissent depuis si longtemps. Ainsi les habitants de Zaniibar en sont encore, pour les grains, à la mouture domestique, chaque ménage la pratiquant en proportion de ses besoins , et y employant ies engins les plus grossiers et les plus incommodes. Quant au sucre, c'est la même disette de moyens d'extraction, et cependant la canne vient à Zanzibar spontenément et en grande abondance ; il s'ensuit que, au lieu d'une exploitetion qui les enrichirait facilement, ils n'ont qu'une production bornée et de qualité très-inférieure. Si quelque personne intelligente, dans l'espoir de se procurer de meilleurs revenus, tente la création d'une industrie, comme l'a fait Syed Séliman

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pour r indigo, ces expériences ont lieu sans suite, sans énergie, sans la ferme volonté d'atteindre le but : alors , quand l'insuccès se produit, c'est toujours dans des conditions telles, qu'il est irréparable. Cela est arrivé à Syed Sajd , un jour qu'il se mit en tète d'établir une sucrerie. Il avait appelé deux Français de Bourbon pour la monter et la diriger. Le climat (j'ai déjà mentionné ce fait) ayant tué ces deux malheureux, l'usine en est restée là, et le spéculateur, sans persistance, n'a pas essayé de réparer son échec. Zanzibar continué donc de fabriquer, pour son usage particulier^e mauvaise mélasse et un peu de sucre grossier, en Broyant la canne entre deux poutres que l'on fait mouvoir l'une contre l'autre, en sens opposé ou à l'aide de quelque appareil non moins ingénieux.

Ainsi se perdent, entre les mains d'hommes nonchalants et ineptes, toutes les richesses que la nature a prodiguées à certaines contrées. Pourquoi n'y aurait-il pas, pour les nations, des conditions de déchéance comme pour les individus, et pourquoi n'appliquerait-on pas la loi de l'expropriation à qui possède un pays sans lui faire rien produire? Les Arabes ne sont maintenant, dans l'Afrique orientale, que des parasites, comme l'est tout peuple exclusivement commerçant.

J'aborderai ce qui regarde le commerce de Zanzibar lors que, approchant de là fin de notre itinéraire, j'aurai fait connaître les plus importantes localités qui y prennent part. Le lecteur sera alors plus à jnème d'en saisir le mécanisme. Pour terminer la série des renseignements que je puis donner sur l'île, il me reste à dire ce que sont le gouvernement du pays et le chef qui préside à ses destinées.

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*^ CHAPITRE m.

Sjed Sald. — Notice historique sur les éT^ments de u Tie politique.

D9DS tous les gouvernements absolus, et il n'en existe pas d'autres en Orient, l'État, c'est l'homme qui règne. Ainsi, dans cette vaste étendue de pays comprenant rOmân et la moitié du littoral de l'Afrique orientale, une seule personnalité, celle de Syed Sa'ïd, domine, résume et absorbe tout : le sultan Saïd est le principe et la fin de toutes choses. L'histoire de ce prince sera donc celle de son gouvernement et même celle de ses peuples depuis son avènement. Je vais essayer de la tracer, et je diviserai cette étude en deux parties : la première contiendra le récit des actes de sa vie politique ; dans la seconde , qui formera le chapitre suivant , j'apprécierai l'homme et le souverain, et ferai connaître les moyens de gouvernement dont il dispose.

Soultan'-ben el imam Ahhmed avait, en mourant, laissé deux fils encore adolescents, a L'atné, Syed Salem, était , « avons-nous dit ailleurs, d'un naturel doux et peu arobi- « tieax; le cadet, Syed Saïd, à peine âgé de quinze ans, « annonçait déjà le caractère entreprenant et énergique de « son père , et ne semblait pas disposé à permettre jamais « qu'on le frustrât de son héritage. » Bedeur-beh-Stf, cou-

sin des jeunes princes, et, en outre, oncle malernei de Saïd, avait, dans l'espoir de prévenir leurs réclamations, donné à Salem le gouvernement de Monsanah , et à son frère celui de Beurka ; mais Saïd surtout n'était pas d'humeur à se contenter longtemps d'un si mince apanage. Il profita donc, pour nouer ses intrigues, des premiers embarras que rencontra son oncle et cousin dans l'exercice du pouvoir.

Le sort des armes, fatal à Bedeur, l'avait placé, dès le commencement de son règne, dans une situation humiliante par rapport au redoutable chef des Ouahhaby ; il perdait, de la sorte, tout prestige aux yeux de ses sujets. Il semblait, en effet, ne devoir le rang suprême qu'à la tolérance de son vainqueur et se trouvait, à Vég^r^ de ce dernier, dans cet état de dépendance dont les peuples font toujours un crime au^uverain qui les représente; de pYus, il avait été entraîné ou forcé à une mesure impolitique : tandis que, d'un cMé, les quatre cents cavaliers ouahhaby imposés par Souhoud campaient près de Beurka, il avait licencié ies béloulchis qui formaient naguère la garde particulière de Soultan'; et ces soldats, attachés déjà à Saïd par souvenir de son père , devaient naturellement être disposés à servir les projets du jeune ambitieux. Ainsi aidé par d'heureuses circonstances (et nous pouvons dire, dès à présent, qu'en toute occasion importante les circonstances heureuses eurent la plus grande part dans la fortune de Saïd), ce dernier, qui montra d'ailleurs, celte fois, beaucoup de résolution et d'adresse , avait habilement préparé le terrain , quand les événements que je vais raconter viprent précipiter le dénoûment. >

Syed Salem , ayant un jour quitté , sans autorisation, sa

résiflence ée MonMiiah, Bédear s'emporta eo menaces qui frappèrent sod couaio de terreur et I& décidèrent è s'enfuir secrètement à Beurka, où Saïd lui donna asile dans la citadelle. Bedeur, instruit de v^ fait, eiigea qne le fogitif tài remis entre ses nuiins, déclarant que, s'il ne loi était pas lirré dans trois jours, il se rendrait en personne à Beurka pour assurer l'accomplissement dé ses ordres. Saïd refusa d'obéir. Ce qu'il tramait» ce qu'il prépara pour se mettre en position de braver la colère de son parent, je l'ignore. Au mUieu des versions difiérentes qui ont été et qui sont encore répandues, dans le pays, sur les particularités de la mort de Bedeor, il est difficile à un étranger de se prononcer, et celui qijii écrit ces lignes, a, moins que personne, en raison de ses relations officielles avec le sultan de Mascate, le^rbit d'adopter, parmi les récits divers qu'il a lus ou entendus, ceui qui impliquent la culpabilité de ce prince. Bien des gens, il est vrai , ont attribué à Saïd lui-même le meurtre dont il s'agit; mais d'autres ont nié péremptoiremei^ qu'il en fût l'auteur. Une troisième opinion, tout aussi sévère, selon nous, que la première, sans admettre la participation directe du Sultan, laisse peser sur lui la responsabilité d'un consentement tacite. Laquelle adopter parmi ces versions contradictoires? A l'appui de l'accusation , les détails circonstanciés n'ont pas manqué. Il a été affirmé (on peut en voir la preuve dans l'histoire de Syed Saïdjwr le cheikh Mansour) qu'en apprenant la venue de son oncle, Saïd, dans l'intention bien arrêtée de s'en défaire, avait informé de son projet le djemadar (chef des béloutchis) ; qu'il s'était même concerté, pour l'exécution d'un assassinat longtemps prémédité, avec son cousin Syed Mohhammed-ben-Naceor, qui avait

promis sa coopération ; qu'un esclave nubien, à la fois confident, témoin et complice, n'avait pas su , plus tard , retenir de graves révélations. Mais, de son côté, la défense objecte qu'aucune preuve n'a été fournie; et l'historien impartial, n'acceptant qu'avec la plus scrupuleuse réserve des assertions sans contrôle et des témoignages qui peuvent être intéres^, 4oit alors, sans formuler aucun jugement, borner sa tâche à l'exposition des faits. Voici donc ceux que nous avons recueillis :

Bedeur, confiant dans sop énergie et dans la supériorité que son expérience lui donnait sur ses cousine , se rendit par mer à Beurka, et , ayant débarqué, il partit imprudemment pour la ville sans avoir ordonné d'y réunir les cavaliers ouahhaby qui campaient aux environs. 11 pénétra ensuite dans la citadelle et se dirigea vers l'appartement où Saïd se tenait d'habitude. Ce qui s'y passa, nul ne le' saura jamais avec certitude. Mais, quelques instants après, Bedeur, blessé d'un coup de poignard, s'élança par une fenêtre et tomba sur un monceau de fumier qui amortit sa chute ; puis il se précipita vers l'écurie , s'empara d'un cheval sellé et s'enfuit dans la campagne pour rallier ses fidèles Ouahhaby.

Bientôt ceux qui avaient attenté à ses jours, revenus de leur première stupeur, se mirent à sa poursuite, et ils étaient sur le point de l'atteindre, quand Bedeur, averti de leur approche par le galop des chevaux, se jeta dans un bouquet d'arbres placé sur l'un des côtés de la route. Il put, un moment, seilatter d'avoir échappé à ses ennemis; car déjà ceux-ci, emportés par l'ardeur de la course et le croyant toujours devant eux , avaient dépassé l'endroit où il se tenait caché , lorsqu'un de ces accidents fortuits dans lesquels

tout musniman voit ud arrêt de la fatalité décida de son sort : l'animal qu^il avait monté, entendant ou sentant passer les chevaux de ceux qui poursuivaient Bedeur, se mit à hennir et fit ainsi découvrir la retraite de son cavalier; les assassins retournèrent sur leurs pas et assaillirent avec acharnement leur victime, qui , déjà affaiblie par sa blessure, ne tarda pas à succomber. i . ,>h ^ .

Ils rentrèrent alors dans la ville, où des bruits divers, colportés par des émissaires secrets , se répandirent immédiatement dans la population. Ici l'on accusait Syed Mohhammed-ben-Naceur d'avoir tué Bedeur ; là on rejetait le crime sur les Ouahhaby. D'autre part, ceux-ci , instruits du meurtre qui avait été commis, montèrent à cheval, et, guidés soit par leurs soupçons, soit par des avis reçus, vinrent investir le château de Beurka, demandant à grands cris que le meurtrier leur fût livré.

Syed Saïd protesta de son innocence ; on lui a même reproché d'avoir signalé comme le seul coupable Syed Mohhammed et invité les Ouahhaby à le rechercher activement. Quoi qu'il ensCirTlur ces entrefaites, une masse d'Arabes trompés par des récits mensongers accouraient de la campagne pour venger le meurtre du Sultan : à l'aspect des Ouahhaby, ils se ruèrent sur eux en poussant des cris de mort. Il s'ensuivit une scène de confusion pendant laquelle ceux-ci , voyant l'impossibilité de prouver leur innocence, se retirèrent et se dirigèrent vers Déraïeh, menaçant Saïd de la colère de leur maître. Peu de temps après ces événements, Saïd parvint à s'embarquer pour Mascate avec quelques-uns de ses amis les plus dévoués, sans avoir communiqué son dessein à Syed Mohhammed, dont il craignait les

indiscrélions. Arrivé dans cette ville, il y tronfa la popOlation disposée en sa faveur, et, avec l'appui des béloatchis et des zeudgalis» il fat prodamé Sultan, quarante-quatre jours après l'assassieat de Bedeur. On racoste que, dans cet intervalle, Mascate ayant été attaquée par les partisans du dernier Sultan, OH de quek^ prétendant à sa succession, Saïd étant encore à Beurka, Mouza-Benti-Al^Bed , sa tante, qui l'affectionnait partieultèreoient, sut, par sa prudence et son énergie, arrêter les agresseors; puis, semant la désunion parmi eux à l'aide de présents adroitement distribués, elle conserva de la sorte cette ville importante, doiftt la possesr sion pouvait, en ce moment, décider l'élection dé son neveu. •— Lors de son avènement, le prince était dans sa seisième année.

Depuis cette époque, Saïd n'a pas cessé d'avoir en main l'autorité suprême avec le titre de Sultan , omis non comme beaucoup le croient et le disent encore, avec celui d'imam : la dignité d'in^am (i] a un caractère reUgieuK et ne s'obtient qu'à des conditions que Syed Saïd n'a jamais remplies, a savoir : de faire preuve de certaines connaissances théologiques , de combattre toute sa vie les infidèles et de oe ja-

[1) On lit dans le récit du voyage de Frazer (*) : « Il parait qu'il y a « deui sortes d'imams : l'imam e Schatori «t l'imam e DtffUaee (e ■ châouri — e diffauhi). Du i^emier, oo attfiB4 une vie pure el saiMe ; M il doit toujoars être prêt à moarir pour la défense de sa foi ou daos u une guerre religieuse. On exige moins du second; il à plus du ca- « racttee laïque d'un gouveraenr et peut, dans certaines éircoostaoces,

« sauver sa vie par la fuite sans déshonoeor iUmadd-beo-Saïd était

« de cette deuxième sorte d'imams. » Je n'ai jamais entendu Caire cette distinction en Om&o, et je n'en ai eu connaissance qu'en lisant Fouvrage de Fraier k mon retour eu France.

{') IfarraUvt o/a Jourmj inio Khvrmum in téu jtmrt MU «ntf l«23, «le Laado», lti(.

■ ■.j^^Jl'4^-1âiiiÙA:&ÎSèî^éSt.i^.

mais aller s&ir mer. Le tilre, da resle, lui iiii|M>rt«it probableMent bien molm que la puissaiice; son père, Soaltan', lui arait a^ppm àVen passerp^-i^^^^T'^^'*^"- î^'^' ^ i Dèi 90& débvt dans la carrière, le jeune sultan prit à tédie de s'iosiirer te bon Touloir des hommes qoi avaient le t»lus d-'iofliaeDcedMis^le pays. Pour les choses du goa?ernement, il se dirigea, surtout, d*après les avis de son oncle, Syed Mohhatnmed^ben-Khalfan ; celui'Ci , acceptant la situation telle que l'avaient faite fèkévéoemènts, auxquels il était, d'aiHeurs, resté étranger, ne songea plus, dans l'intérêt du pays, qu'à affermir le pouvoir de son neveu. Il l'exhorta donc à se conduire désormais avec une grande pru^nce et , comme premier pas dans cette voie, l'engagea à écrire "i Souhoud en termes conciliants et à charger un cheikh du soin de porter sa lettre à Déraïefa. '

Cette (ornière mesure convenait à la politique astucieuse de Saïd ; déjà son cousin, Mohhemmed-ben>Naceur,lui avait créé de sérieux embarras ; il s'était présenté à Mascate avec des paroles d'amers reproches; il faisait entendre des récriminations compromettantes ; il parlait de trahison , de foi violée, et se plaignait surtout que le Sultan parjure l'eût accusé d'un meurtre dont la responsabilité devait peser sur Saïd lui-même. Sans doute la vigilance de celui-ci ne s'était pas endormie en face de ce nouveau péril ; par ses intrigues et ses menaces, il avait forcé son cousin à s'enfuir. Mais retiré à Zdclû, ville forte qu'il avait autrefois habitée, Mohhammed-beB'Naceur préparait ses moyens de défense , et tout d'd)ord, poqr s'assurer une protection puissante, il s'était mis «xk rapport avec le chef des Ouahhaby.

Saïd écrivit donc à Souhoud : il lui témoignait tous ses

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regrets du crime qui , étfail^, l'avait obHflé ét^fgmâm^ poufoir, et représenlatti^ow^e le teâl etf i^Mdde^^4biy hammed-ben-Naceur , ajoutant ^^w ce foieiiiEÉi^ifi^ifN^ cherché un refuge à ZÉWqaedaoi \^,lmiêi^ê6Ê0Êim cbâtimeot. Pui8$ faisant aUosion à \&4emmé6i4»i^!B0m adressée à Souhoud par Syed Mohfaamned, il eij^imiil la pensée que le puissant chef des Ouahhaby ne iroQdrait sans doute pas prêter appui à l'assassin, et qu'au contraire il prendrait certainement des mesures pour s'emparer de lui. S^ïd se montrait, d'ailleurs, très-disposé à remplir les stipulations du traité conclu avec Souhoud par Bedeur, et il déclarait que les quatre cents cavaliers pouvaient, en toute sécurité, revenir à Beurka, où ils jouiraient en paii^ des privilèges ques^leur avait octroyés son prédécesseur. La tettre se terminait par un exposé des faits arrangé selon les vues du narrateur, et par les plus grandes protestations de respect pour les doctrines des Ouahhaby et de déférence à leur gouvernement.

Souhoud, qui avait été tenu exacteiçent au courant de ce qui s'était passé par son résident à Mascate, répondit avec une égale dissimulation , et parut abonder dans le sens de Saïd : toutefois il ne consentit pas au retour des quatre cents cavaliers. Ce refus n'avait, au reste, d'autre cause que la répugnance invincible des Ouahhaby à courir les chances d'une destination aussi dangereuse. Enfin Souhoud manif»tait le désir qu'on pardonnât à Syed Mohhammed et qu'on laissât t^elui- ci jouir tranquillement de la possession de Zekki. Par cette politique, le gouvernement de Déraïeh ménageait, en vue de l'avenir, le rival d'un tributaire que tant de motifs devaient lui rendre suspect.

-"Ip.

^eèflnl^iitiéfe tâlé, «oiÉilvit^Mte rhyp^ierMfe de ces Aiàatl d'iWK^Îf léifliit^us rfa^ëti^tHté dans laquelle il mmiÊê^mÊmmt éké MH PUMIgei de 9e montrer

^M f «vé«eiiieBt de Sitd ne t^angii rtee è l« situation âépm^nÊ^ dâl 8è trouvait Hascàte é l%ard de Soohoady sittiâtlon <flii trait pourtant le piuè contribué è l'impopula^ rite de Bedeur. Comme celui-ci, le'jeunetultan s'était constitué tributaire , donnant aussi une sorte d'adhésion aux principes religieux dès Oiiahhaby. Mais Bedeur avait embrassé et servi avec ièle la nouveMe religion, tandis que Said ne s'y était pas converti; et, s'il manifestait pour elle un feint respect , cette concession n'était , de sa part , que le résultat d'un calcul. Ses sujets comprirent cela sans doute et ne se détournèrent pas de lui. Ils ne se trompaient pas, au reste, en pensant qu'au fond du cœur sa haine était grande pour les sectateurs d'Abd-e1-0uahhab» et qu'il était résolu à tout fbire pour rétablir l'indépendance du pays.

Cet état de choses se prolongea cependant jusqu'en 4809» époque à laquelle le Sultan commença d'importants préparatifs de guerre, sans dire précisément quel en était le bCit; on sut bientôt qu'ils étaient destinéà è châtier les Djouassim , dont les bateaux infestaient le golfe Persique. Ces pirates, de la secte ouahhabite, obéissaient à Souhood ; Saïd avait donc contre eux un double motif d'animosité. Un écrivain contemporain affirme (1) que ce prince aurait déjà, dans les années précédentes, tenté de réduire ces bandits, et que l'insuccès de cette première attaque n'aviiHlbit qu'exal-

(1) Voyez Histoire des Wahabis, par L. A. 1810, cliap. xt. 11. 11

, "■ iJi ■".: S«*Éit-

ter leur insolence et leur audace. Je n'ai plus le moyea de vérifier cette assertion, mais il me parait |)|eu adoûss^e

que Saïd eût osé, seul, porterjes armes contre les C0|i^igionnaires de Souhoud. Quoi qu'il en soit, un monMAt arriva où les pirates ne mirent plus de bornes à leursdwédations et ne respectèrent aucun pavillon. En avriH^OO, ils détruisirent une petite flotte réunie par les principales villes maritimes du golfe Persique et ^ui allait se joindre aux forces du sultan de Mascate. Aussi la navigation de ce golfe était-elle rendue impossible aux bateaux des pays riverains. Quand les Djouassim n'en trouvèrent plus à capturer, ils s'enhardirent jusqu'à arrêter les navires anglais. Ils s'emparèrent, entre autres, de la Minerve y vaisseau de la compagnie, qui se rendait de Bombay irBassora, et massacrèrent presque^ toutes les personnes qui étaient à bord ; une corvette, le Momingtony appartenant également à la compagnie, ne leur échappa qu'à la faveur d'une forte brise. A la suite de ces événements , deux frégates de la même nation parcoururent le golfe Persique et remportèrent sur les pirates plusieurs avantages ; elles emmenèrent à Bombay un certain nombre de prisonniers qui furent jugés et condamnés à mort. Toutefois ,^ la veille de l'exécution , on fit grâce aux coupables, dans l'espoir que cet exemple de ma^ gnanimité porterait leurs compatriotes à respecter les na^ vires sous pavillon anglais. Cependant l'effet attendu ne se produisit pas; au contraire, les Djouassim, se^royant redoutés, n'en devinrent qne plus cruels; et les Anglais, fatigués des excès de ces pillards , résolurent île faire tout ce qui était possible pour s'en délivrer à jamais. Le sultan de Mascate manifestait des dispositions semblables; il en çé-

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aii: ::-■.■ -f^.fcWli.^ -,

sulta, entre celui-ci et le gouvernement de Bombay, un pacte ayant pour but de combattre en commun les pirates et de détruire leurs principaux ports.

Vers la fin de l'année 1809, une flottille anglaise, composée des frégates Caroline et Chiffonne, des corvettes Mornington et Thanety de deux bricks et de plusieurs transports, mouilla dans le havre de Mascate. L'étoile de Saïd lui amenait donc pour alliée contre ses redoutables ennemis la première puissance maritime du monde. Le Sultan , se déclarant alors ouvertement ennemi des Ouahhaby , renvoya de son territoire le représentant de Souhoud ; il porta en même temps ses troupes au chifi^re de six mille hommes et équipa sa flotte avec la plus grande activité. Ces préparatifs achevés, les forces combinées sortirent pour aller à la recherche des Djouassim : elles rencontrèrent la flottille des pirates, en mer, le 9 novembre 1809, et la mirent en déroute. Cent vingt dâo furent coulés à fond avec leurs équipages, et beaucoup furent pris. Ceux qui purent échapper se réfugièrent dans les ports qui leur servaient de repaires. Les alliés se présentèrent ensuite devant Ras-el-Khima , qu'ils attaquèrent par mer, tandis que des troupes de débarquement l'assaillaient par terre. La place fut bientôt enlevée et réduite en cendres avec tous les matériaux servant à la construction des dâo. Il enifut de même des villes de Charga, Lenghi, et de plusieurs autres appartenant aux Djouassim. L'œuvre de destraction terminée , la flotte victorieuse rentra dans le port de Mascate, emmenant près de deux mille prisonniers et une grande quantité de bateaux.

Ayant obtenu ces succès, dont l'honneur ne lui était dû qu'en partie, Saïd voulut en poursuivre le cours au moyen

de l'intrigue. Sakot, gouverneur de Bas-el-Khima, morjt récemment, venait d'être remplacé par son 61s Soultan\ Syed Saïd chercha à décider le nouveau cheikh des Djonassiro à faire la paix avec les Anglais et à unir ses forces à celles de Mascate, pour mettre une digue au pouvoir toujours grandissant de Souhoud. Soultan' paraissait disposé ù accepter cette proposition ; mais l'intention qu'il en témoigna eicita un soulèvement parmi les siens, et Souhoud, ayant été instruit de ce fait et de la cause qiii l'avait provoqué, fit arrêter et conduire à Déraïeh son tributaire infidèle.

Le châtiment infligé à Soultan' ne détourna pas Saïd du projet de recouvrer plusieurs points de l'Oman occupés par 1^ Ouahhaby. Il se rendit d'abord à Beurka, par mer; cette ville avait été choisie comme lieu de réunion pour les troupes destinées à l'expédition, et qui se composaient de cinq mille hommes de pied et de trois cents cavaliers. De là le Sultan, monté sur l'un de ses navires, accompagné d'un autre gros bâtiment et d'environ quatre-vingts bateaux , fit voile vers le nord-ouest , pendant que son armée de terre suivait le rivage, sous la conduite de son frère Salem. Son but était de s'emparer de Chinas. Toutefois, cette ville étant assez bien fortifiée pour que l'assaut en fût périlleux, il crut de voir attaquer d'abord une autre place voisine, qu'il espérait réduire facilement parce que, située sur le rivage, elle était à portée des canons de la flotte. Il se flattait que ce succès frapperait de terreur la population de Chinas et la déciderait à se rendre. Les choses ne se passèrent pourtant pas tout à fait selon ses prévisions ; cette place fut, il est vrai , prise et incendiée; mais les habitants, s'étant retirés dans les mon-

tagnes, s'y réunirent aux Bédouins et reYînrent, avec ces auxiliaires, chercher leur revanche. L'armée de Saïd , surprise dans l'ivresse de sa victoire» ne soutint pas le choc ; elle se replia en désordre vers Bearka. La flottille rentra en même temps à Mascate, ramenant le Sultan désappointé.

La division anglaise se trouvait alors devant cette ville» se disposant à retourner à Bombay : Said demanda l'aide du colonel Smith pour venger son échec de Chinas. Ce concours lui fut encore accordé. Au moment où les préparatifs se faisaient en conséquence, on apprit qu'on corps considérable de Ouahhaby, sous la conduite de Matelak, était parti de Déraïeh, se dirigeant vers TOmAn, a6n de secourir les villes restées Gdètes à Souhoud et de punir les chefs rebelles. La coopération des Anglais n'en était que plus nécessaire au Sultan, et les forces combinées se mirent en marche en janvier iSlO. Cette fois, grâce à l'énergie du colonel Smith, Chinas fut emportée. Après quoi , les opérations paraissant devoir traîner en longueur, le colonel déclara que ses instructions lui enjoignaient seulement de détruire les villes maritimes occupées par les Djouassim , et que, cette mission étant remplie, il effectuerait son retour à Bombay; il fit donc embarquer ses troupes, et Saïd, incapable d'agir seul , se décida à ramener ses soldats à Mascate.

Pendant qu'on procédait à l'embarquement, quatre mille Arabes, commandés par Syed Az'ran-ben-Qis, restèrent sur le rivage pour observer les mouvements d'un corps de Ouahhaby, qui , sous les ordres de Matelak, campait sur les hauteurs. Quand ceux-ci virent les Anglais.retournés à bord, ils tombèrent, comme des furieux, sur les Mascatais restés à terre et qui , maigre la supériorité de leur nombre, se déban-

dèrent lâchement sans combattre, et éprouvèrent des pertes considérables. s * h iîhai^^w

Le lendemain de ce combat, Matelak se présenta sur la plage, un drapeau de parlementaire à la main. Le colonel Smith lui envoya demander quelles étaient ses intentions. Matelak proposa de faire un traité de paix avec les Anglais, promettant qu'aucun acte d'hostilité ne serait désormais dirigé par les Onafahaby contre les navires de cette naUon, à la condition que le gouvernement de la compagnie resterait neutre dans la guerre justement déclarée par Souhond au sultan de Mascate, à cause de la violation des engagements pris par ce dernier. Le colonel Smith, ayant accueilli ces ouvertures, consentit tout d'abord à une suspension d'armes, et signa ensuite un traité rédigé dans le sens des propositions ci-dessus indiquées. Cette affaire réglée, il fit route pour Bombay. , '

Saïd se trouva ainsi privé de la puissante protection de ses alliés, qui , d'ailleurs, n'avaient contracté avec lui d'autre Obligation que celle d'aider à détruire les repaires des pirates, opération dans laquelle ils avaient eu la part la plus active. Cependant, quoique abandonné à ses propres forces, il ne renonça pas à la lutte; il se rendit avec sa flottille à Bendeur-Abassi , pour y embarquer des renforts de troupes; puis il se dirigea vers Sohhar, capitale du gouvernement de Syed Az'ran, où s'étaient réfugiés les débris de l'armée dispersée à Chinas, débris que Matelak avait poursuivis avec vigueur. A l'arrivée de Saïd, les Ouahhaby campaient près du rivage, sons les murs de la place; ils furent forcés de s'éloigner par le feu des chaloupes canonnières, qui leur tua beaucoup de monde. Ils s'en vengèrent en portant

le ravage et TiDcendie dans les campagnes environnantes ; puis leur chef, 4aissant sur les lieux Un corps chargé d'investir et d'observer la. ville, s'avança, avec le gros de son armée, sur le territoire de Mascate, après avoir, toutefois, essayé de décider le Sultan à traiter avec lai ; mais Matelak exigeait le payement d'une somme très-forte coteme condition du traité, et cette exigeoce fit échouer sa tentative.

L'armée des Ouahhahy, renforcée de troupes nouvellement arrivées, fut partagée en plusieurs corps, dont l'un était placé $ious le commandement de Syed Mohbammed-ben-Naceur, l'ancien complice de Saïd, au dire de quelques-uns, et devenu son plus mortel ennemi . Pendant qu'une partie de cette armée dévastait l'intérieur, Matelak, avec l'autre, occupait tout le territoire appartenant au Sultan, jusqu'aux environs de Beurka et de Mascate. S^ïd s'était retiré dans cette dernière ville, après avoir fortifié Souik, Meutrah et Beurka, les seules villes qui lui restassent du c^té du nord. Mais, en se voyant ainsi traqué par ses ennemis, il songea à composer; il y fut fortement engagé par M. Dallons, colon de l'île de France, que le général Decaen, gouverneur de celle île, avait envoyé à Mascate, près du Sultan. Néanmoins, comptant sur l'assistance du gouvernement de la compagnie, Saïd différa encore.. j

Profitant de ces hésitations, Matelak avait serré Beurka de si près, que la population y était complètement bloquée : dans cette position critique, les défenseurs de la ville se décidèrent à tenter, la nuit, une sortie, espérant surprendre les Ouahhaby. Ce coup de main , dirigé par Syed Mohhamraed-ben-Hilal, eut un résultat si heureux, que l'ennemi leva le blocus.

L'auteur de l'Histoire de l'Egypte sous Méhémet-ÀH rapporte, dan$i une notice sur 1^ Ouahhaby, qu'en ISIO le sultan de Mascate adressa des ambassadeurs à Souhoud, pour demander la paix, promettant de lui payer un tribut annuel de 50,000 thalaris, et que Soahoad dépêcha à Mascate Hadiben-Karmeleh, à qui le Sultan remit la somme convenue, de riches vêtements et des dromadaii^s magnifiquement équipés. Tous ces détails sont tellement précis, quif^ rendent plausible le fait auquel ils se rattachent ; pourtant ce fait est en désaccord avec la version donnée par le cheikh Mansour, que nous avons suivie de préférence, ce personnage ayant résidé à Mascate, près du Sultan, pendant toute la durée des événements que nous venons de raconter, et y ayant même souvent pris une part active. Peut-être une simjple interversion de date a-t-elle fait placer en 1810, par le premier de ces historiens, les circonstances de la soumission opérée dans l'une des années précédentes. Cette explication ferait disparaître les contradictions que je viens de signaler entre deux écrivains qui , à des titres diflférents, sont également dignes de foi.

Ainsi , d'après le cheikh Mansour, Saïd continua sa lutte avec les Ouahhaby, encouragé, sans doute, dans cette détermination, par l'heureux fait d'armes de Beurka; mais son isolement lui pesait, et il sentait que, réduit à ses seules ressources, sa résistance serait infructueuse. En conséquence, à la fin de 18,11, il envoya son frère Syed Salem à la cour de Téhéran , pour lâcher détenir des secours. Le Chg(h avait lui-même à reprocher ff Souhoud le pillage du tombeau d'Ali, à Héla, et le massacre d'un certain nombre de sujets persans qui s y trouvaient en pèlerinage; l'am-

bassadeur mascatais fut donc bien accueilli , et, après quel» ques semaines d^ s^oor» il retourna dans son fMiys accompagné d'un corps de troupes, soiis^le commandement de Sady-K.han. Cette force auxiliaire consistait en quinie cents hommes de cavalerie, quatre pièces d'artillerie coul^ par des déserteurs russes et une grande quantité de zout^lek, petits canons à pivot qu'on monte sur des cbameaux.

Syed Salem fit route vers Bendeur-Abassi ; il s'y embarqua avec les soldais qu'il amenait, à bord d'une flottille réunie à cet effet, et se dirigea sur Beurka, où il arriva au commencement de 4812. Les alliés furent reçus avec la joie la plus vive; et quatre mille Arabes leur ayant été adjoints, la petite armée se mit en campagne, afin d'atteindre Matelak et de^le contraindre à une action^ générale. Ce chef intrépide ne refusa pas la bataille ; elle eut lieu à Nakel , à viâgt-cinq milles environ dans le sud-ouest de Beurka. Les Ouahhaby, malgré uâl résistance opiniâtre, furent défaits et s'enfuirent dans la province d'Ismaël.

Les Arabes se rangent volontiers du côté du plus fort : après son succès, l'armée combinée s'augmenta bientôt de dix mille hommes. Matelak fut poursuivi, et l'infériorité de ses forces l'obligea dfe se retirer à Zekki; là il éleva des fortifications, de concer^ avec Mohhammed-ben-Naceur , qui était intéressé à le soutenir et de qui il ne pouvait, par conséquent, craindre^ une^Tnfidélilé. En outre, il demanda des renforts à Déraïeïïr^De son côté, Syed Saïd, croyant son ennemi réduit à ne plus rien tenter de longtemps, laissa le commandement de son armée de terre à Syed Mohhammed-ben-Hilal et à Sadi-£.han; puis il gagn^ Mascale, où il équipa une flottille pour aller attaquer les Djouassim et

brûler de nouveau Ras-ei-Khiroa, rebâtie depuis l'expédition de i809. La population de cette ville était redevenue considérable et avait repris ses habitudes de piraterie contre tous les navires qui ne naviguaient pas sous pavillon anglais. Au moment du départ de Syed Salem pour son ambassade de Perse, Saïd avait écrit au gouverneur de Bombay et pour demander l'autorisation d'acheter dans les arsenaui de la présidence quelques canons et mortiers. Ces pièces d'artillerie, apportées à Mascate, servirent à armer la flottille, dont les équipages furent renforcés de bombardiers persans, et qui se dirigea ensuite vers Ras-el-Khima.

Lorsque Matelak vit Saïd s'éloigner, il songea à suppléer par la ruse à la force qui lui manquait : il fit secrètem^nt répandre le bruit qu'en envoyant des troupes en Oman dans le but apparent de secourir le Sultan, le chah de Perse n'avait d'autre intention que de s'emparer de Mascate. Cette insinuation, colportée avec adresse dans le camp des alliés, excita la défiance des Mascatais, et jeta la division entre eux et les Persans. Lorsque Matelak jugea l'instant favorable pour agir, ilattaqua brusquement, avec sa fougue et son courage accoutumés, l'ennemi campé près d'Ismaël. La résistance de cette armée désunie fut faible, et elle essuya une déroute complète. Syed Mohhammed-ben-Hilal fut tué , et Sadi-Khan se réfugia à Beurka avec cent chevaux seulement. '

■ Matelak, sans se préoccuper de l'expédition de Saïd contre Ras-el-Khima, marcha droit sur Mascate, brûla la petite ville de Meutrah et prit position de manière à intercepter les communications entre la capitale et les environs. En apprenant que Matelak se dirigeait sur Mascate , Saïd y

revint en toute hAte, mais il n'arriva que pour vpir J|^irah en flammes, et pour « déplorer, dit son Ustèriên, cheikh Mansour, les conséquences irréparables de m folie et de son peu d'énergie. » ?' ? v '■ r >(<« 4^.45 ti\ vi

Ces derniers mots font allusion à une assertion de l'auteur que nous citons, à savoir : que Syed Saïd manquait de courage miHtaire et redoutait les hasards des combats; que par suite il avait l'habitude de laisser à d'autres le commandement de ses troupes en campagne. Le cheikh Mansour prétend avoir entendu dire plus d'une fois à l'un des familiers du Sultan que ce prince répétait souvent cette parole de Jésus : « Celui qui frappe par l'épée périra par l'épée, » et qu'il conformait volontiers ses actes à cette maxime*.

Les exemples de pareilles défaillances sont fréquents , même chez des hommes doués de force d'Ame, et nous croyons sans peine que le cheikh Mansour a pu ne pas calomnier celui qu'il appelait son maître et ami, en contestant sa bravoure dans les batailles. Il y a plusieurs sortes de courage, et le plus grand ne consiste pas toujours à affronter ht pointe d'une épée ou la balle d'un mousquet. Dans cetie longue lutte soutenue par Saïd contre les Ouahhaby, son rôle comme homme de guerre n'a sans doute pas été brillant : toutefois on ne saurait nier que, du commencement à la fin, il ne s'y soit fait remarquer par une énergie soutenue et par une constance qui a résisté à des revers sans cesse renouvelés; les soldats vaillants lui ont manqué, mais à une vaillante armée il n'aurait fait défaut ni par la fermeté de caractère et les ressource de l'esprit, ni par les inspirations de la politique.

Syed Saïd ne resta pas longtemps abattu sous le coup qui

de le frapper; il renvoya d'abord à Bendeur-Àt>assi S«4i«&ten, après l'avoir accablé de reproches; puis il s'occupa àetiveiBent de mettre en état les fortifications de Mascate et des autres villes maritimes qui le reconnaissaient encore pour leur souverain. £n parcourant l'enceinte de ces cités, derniers restes de l'État constitué par ses aïeux, Saïdben-Soultan' put entendre les murmures s' élevant contre lui et lui demandant compte des calamités qui avaient affligé le pays depuis le commencement de son règne. Pourtant il ne se laissa pas décourager par cette nouvelle injure de la destinée. " ,

La Providence s'apprêtait, d'ailleurs, à venir à son aide, en le débarrassant de son ennemi le plus dangereux , puis eu lui amenant un auxiliaire inattendu. Matelak , n'ayant plus devant lui aucune force capable de l'arrêter ou de le gêner dans ses mouvements, continuait de dévaster les provinces de l'intérieur, contraignant les habitants à embrasser la religion ouahhabite, sans se préoccuper des mécontentements et des haines que ses violences excitaient parmi eux. Ce manque de prudence lui coûta la vie.

Au mois de novembre 1815, comme il revenait de Djelian, dans la province d'Ismaël, accompagné seuleinçnt d'une faible escorte, il fut assailli par les Ouabec ou Ouebi, tribu guerrière du district qu'il traversait, et, après une résistance désespérée, il succomba. Sa tête et ses bras, détachés du corps, furent portés au Sultan : celui-ci, même en présencede ce hideux trophée ,' ne pouvait croire à la mort de l'homme qui avait été pour, lui un ennemi si redoutable , et dont le nom était la terreur des Mascatais.

Souhoud conféra aussitôt au fils de Matelak le comman-

~ 173 — Jemenl des troupes qu'il entretenait dans cette j^uplie de l'Arabie; mais ce jeune homme ne possédait ni In jTjUptgl ni les talents de son père, et dès lors les Ouabhabf pér£> rent toute espérance de subjuguer le sultan de Mascate. ->

Au moment où la tète de Matelak était apportée dans cette ville, un bateau y arrîYait de Djedda ayant à bord Soultan'hen-Sakeur (i), l'ancien chef des Djouassim, précédemment dépossédé par Souhoud et conduit prisonnier à Déraieh ; parvenu à s'échapper de sa prison, il avait gagné la Mekke, où il s'était rais sous la protection des Ottomans.

Le pacha d'Egypte, engagé, depuis quelques années, dans des hostilités contre les Ouahhaby, n'avait jamais songé à conclure une alliance avec Saïd : l'idée lui en fut donnée par Soultan', qui se disait l'ami du sultan de Mascate; comprenait qu'une diversion faite en Oman pourrait être avantageuse à ses opérations, il adressa le fugitif à Saïd, en faisant inviter celui-ci à bîeit accueillir son émissaire, à le protéger et à le remettre , s'il était possible , en possession de Ras-el-Rhima. Par la même occasion et dans le but d'aug> monter les ressources de son armée d'Arabie, il demandait à Saïd de hii envoyer une flottille nâunie principalement de provisions , et de contribuer ainsi à la défaite de leur ennemi commun. Syed Saïd sentit renaître l'espoir de rétablir ses affaires si gravement compromises ; son orgueil était , surtout, très41atté de la considération que lui témoignait

(1) Cheikh Mansour le désigne sous le nom de Messaghera : il y a là probablemeat une faute de copie ou une erreur du traducteur anglais, ou enfin une imitatiou défectueuse du son des syllabes arabes 6en-5dfrettr. dont il est facile de feconnattre l'adalogie avec Mcssaghera .

le représentant de la puissante cour de Constantinople. Il dirige donc aussitôt vers Djedda un navire chargé de vivres et de munitions , et en même temps fit dire à Toussoun- Pacha, fils de Méhémet-Âli et commandant des forces égyptiennes en Arabie, qu'il pouvait compter sur toute l'assistance de Mascate ^ans. la lutte contre les Ouahhaby. Une flottille fut, eo^tre, équipée et mise sous le commandement de ^^iman'-ben-Sakeur, pour donner à ce dernier lei moyen de ressaisir le territoire qu'il possédait naguère, ou par la force ou en réveillant l'afifection de ses anciens sujets.

Ras-el-Khima était un point trop fort pour être attaqué avec quelque chance de succès par la petite expédition que conduisait Soiiltan' ; mais, de l'autre côté du golfe (c'est-àdire sur la côte de Perse), Lenghi etf^les autres villes dépendantes des Djouassim furent obligées de se soumettre à leur ancien chef, dont les ressources militaires étaient augmentées de toute la puissance morale due à l'intervention de Mascate. De sorte que la tribu guerrière qui était la terreur du golfe se trouva divisée en deux parties, l'une reconnaissant l'autorité de Soultan', l'autre restée fidèle aux Ouahhaby.

La situation du sultan dé Mascate était bien changée : l'heure des retours de fortune avait sonné pour lui. Assailli par des ennemis dont les forces surpassaient les siennes, il avait eu le nîérite de lutter avec persévérance contre l'adversité et de ne point désespérer ; mais le lecteur comprend maintenant pourquoi j'ai dit que Saïd devait beaucoup à d'heureuses circonstances. Les fautes de Bedeur et l'indifférence de Salem lui avaient livré le pouvoir; la coopéra-

tion des Anglais l'avait débarrassé des'' Djouassim ; par un hasard inattendu , une tribu de Bédouins l'avait sauvé de Matelak , cet adversaire qui ne pouvait manquer d'achever, en peu de temps, sa ruine;, enfin l'armée du pacha d'Egypte commençait à détourner de lui le danger vdont le menaçaient les hostilités incisantes des Ouafahaby. Cette deroière diversion devint, à partir de l'époque où je suis arrivé, de plus en plus efficace. Méhémet-Ali ne réussit pas d'abord dans ses tentatives ; mais les revers essuyés par ses troupes ne diminuèrent en rien l'acharnement de la lutte qu'il avait entreprise. Ses efforts eurent plus de succès en 1815, et, le 17 avril 1814, eut lieu un événement qui valait mieux pour rÉgypte que le gain d'une bataille : Souhoud mourut, laissant pour successeur son fils aîné Ab-

Libre du côté de la terre et informé des progrès rapides que faisaient, dans leJSedj, les Égf{)tiens , ses alliés , Said jouissait enfin du bonheur et de la tranquillité dont il avait été privé pendant tant d'années; ses Étals commençaient aussi à recueillir les fruits de la paix ; on réparait, on rebâtissait les villes qui avaient été ravagées ou détruites ; les cultivateurs retournaient aux travaux agricoles ; 4e gouvernement des provinces ^tait rétabli dans son ancienne organisation; les habitants des campagnes affluaient à Mascatc et venaient féliciter leur prince du retour de la prospérité, rassurant de leur obéissance. 1} ne restait plus qu'à garantir au commerce maritime la sécurité nécessaire à ces opérations. Dans ce but, Said songeait à augmenter sa roari^te, et il avait déjà donné dés ordres pour la construction d'un grand navire ù Bombay.

' • Cette mesure eût été fort opportune, pour peu que lé Sultan sût tirer parti de ses forces navales. En efifèt, sfd'uA èÔté les Ouahhaby , occupés par Méhétnêt-Ali , le liissaiewt irés^ pirer/de l'autre, du côté delà mer, ses perplexités aflaient renaître : le chef des Djouassim de Ras^^-'Klifmti, te Cheikh Salé, n'avait pas perdu courage; il était ,' au contraire , déterminé à pousser les hostilités avec Tiguenr. Il disposait d'un nombre considérable de bateauf et recrutait encore des auxiliaires. ^ r 3.?-, u^i 1 ^ «

À ce moment, Abdaltah-ben-Sôtiho&d, voulant signaler le commencement de son règne et montrer aux Ouahhaby qu'il était digne de remplacer son père si regr^tépar eux, sTefforçait d'imprimer à la guerre une impulsion plus énergique tant en Arabie que dans le golfe Persiqoe. Une de sies )Mremières opérations maritimes fut d'équiper un très-grand dÂo qu'on arma de douze canons et è bord duquel s'embarquèrent quatre cents hommes choisis. Ce navire, placé sous le commandement du cheikh Dgiafeur, eut ordre de faire la course dans le golfe, où il répandit bientôt la terfeur. Dgiafeur ne craignit pas de paraître dans les eaux de Illascate et vint

établir sa croisière devant Meutrah même. Cette apparHion frappa les Mascatais d'épouvante; cependant le Sultan avait près de lui une multitude de Bédouins indépendamment de ses troupes régulières, et le port était protégé par pAosieurs navires, au milieu desquels la frégate la (^oroltne, nouvellement arrivée de Bombay, excitait l'admiration générale. Pour rassurer ses sujets effrayés , Saïd se décida à naonter lui-même ce bâtiment , accompagné de ses plus zélés serviteurs et d'une troupe, nombreuse. La Caroline mit à la voile, suivie de quelques antres trois-mâls , et la

flottille se dirigea vers le dào qui croisait toujours devant Meotrah. Avant d'être à portée, Saïd envoya au pirate une bordée complètement inutile, et celui-ci, sans daigner y répondre et sans paraître effrayé des forces qui s'avançaient contre lui , fit tranquillement route vers KeulbÀt. Le Sultan , tout fier de voir l'ennemi battre en retraite , rentra à Mascate pour jouir de son triomphe , laissant deui de ses naVires à la poursuite du dÀo; mais ils n'osèrent pas attaquer le pirate, qui , sous leurs yeux, captura deux bateaux arabes et en massacra les équipages. A leur retour dans le port, le récit de cette ridicule expédition excita la colère du maîyre et un grand scandale parmi la population. Saïd oubliait trop souvent que, pour un peuple démoralisé par de fréquentes défaites, le meilleur stimulant du courage, c'est l'exemple donné par le chef. ^

Pendant ce temps, Dgiafeur, ayant été rallié par une flottille de Djouassim, poursuivit le cours de ses déprédations dans le golfe, en dépit des navires qui sortirent encore de Mascate pour tenter de s'emparer de lui. Il était dans la destinée du Sultan de ne mener à bien aucune des opérations militaires qu'il entreprenait avec ses propres forces. Saïd ne chassait pas de race (qu'on ine passe l'expression); et son père, r intrépide Sonltan' , avait emporté au tombeau le secret de mener à la victoire les marins d'Oman. '■■

Au milieu des agitations et des désastres qui l'assaillirent

pendant sa longue lutte avec les Ouahhaby et les pirates du

golfe Persique, le sultan de Mascate n'avait guère arrêté

son attention sur ses possessions de la côte d'Afrique, où, du

reste , la souveraineté dés imams d'Oman s'était toujours si

peu fait sentir qu'on eût pu les croire indépendantes. J'ai II. 12

,'t=vf-^l

raconté dans le premier volume les différends sunrenus entre les gens de Làmou et de Patta et le gonvernement de Mombase , l'appel fait à Syed Saïd et TeoToi , dans Tone de ces villes, d'un gouverneur choisi par ce prince (i). Cet acte de souveraineté ne fut suivi , on le sait , d'aucune démonstration plus sérieuse , ce qui s'explique par la situation pénible dans laquelle se trouvait, en 1812, le chef de rOmân, alors en guerre avec les Ouahhaby. Ce fut plus tard, environ deux ans après la mort de Souhoud , que Saîd intervint d'une manière plus active dans les affaires de l'Afrique orientale, en y envoyant une expédition sous le commandement d'Âbd-el-Adi (2).

À cette époque, c'est-à-dire vers la fin de 1816, Méhémet-Ali , en sapant la puissance des Ouahhaby^ créait à Saïd des loisirs dont celui-ci profita pour régler ses comptes nonseulement avec ses sujets rebelles, mais encore avec ses ennemis secondaires, au nombre desquels était le chef de l'âe Bahharin'. On n'a pas oublié que les Attouby, ayant refusé l'impôt que, de temps immémorial, payaient à l'imam d'Oman les bateaux du golfe commerçant avec les côtes de l'Inde, de la mer Rouge, de l'Arabie et de l'Afrique, Sooltan' s'était emparé de l'Ile (3). Il y avait placé comme goaverneur son fils, Syed Salem, qui n'était âgé que de onze à douze ans, lui donnant pour ministre et conseiller le cheikh Mohhammed. Mais, au bout d'une année, les Attouby avaient repris possession de Bahharin', favorisés, a-t-on dit, par la trahison de Mohhammed , et ils y étaient restés sept ans

(t) Voyez I" partie, liyre t, pag«s 568-69.

(2) Voyez I" partie, livre t, page 571 et suiv.

(3) Voy^ I" partie, liyre T, page 561.

sans être inquiétés. Cependant, en 1807 ou 1808, l'ile tomba au pouvoir des Ouahhaby, qui envoyèrent en otage, à Déraïeb, quinze des principaux cheikhs. L'un de ces derniers, Àbd-er-Rhaman^beD-Réchid, étant parvenu à s'échapper, se réfugia auprès du sultan de Mascate. Syed Saïd le reçut avec bienveillance , et en échange de ses bons procédés obtint , sur les ioo;{rens de défense et les ressources de Bahharin', des renseignements tels, qu'il prit la détermination de tenter un coup de main par lequd il réussit, en effet, à chasser de l'île les sectaires qui s'en étaient rendus maîtres. Abd-er-Rhaman avait su inspirer à Saïd tant de confiance en son zèle et en son dévouement, que ce prince lui accorda le commandement de sa conquête. Mais cette conGance ne fat pas justiGée : le nouveau gouverneur ne tarda pas à entrer en rapport avec les Àttouby et à se déclarer indépendant du Sultan ; puis, apprenant que son bienfaiteur se préparait à l'attaquer pour le punir de son ingratitude et de sa trahison, il se mit sous la protection des Ouahhaby et consentit ^ payer tribut à Souhoud.

Gomme il est facile de le comprendre , Saïd fut réduit à l'inaction en face des protecteurs qu'avait su trouver son enitômi , et dut cacher son dépit en attendant des circonstances plus favorables. En 1816, se sentant libre et fort, il pensa que l'heure était venue de tirer vengeance d'un peil^ et de rentrer dans ses droits. Il chercha d'abord à s'assurer le concours de la Perse ; ses ouvertures, à ce sujet, furent favorablement accueillies : tout^ois la coopération annoncée tarda si longtemps à se réaliser, qu'il se décida à agir tout seul. Une expédition fut organisée, et il la dirigea en personne contre Bahharin', où une descente eut lieu ;

mais une attaque engagée intempesti veinent par son frère Salem et deux autres chefs, suivie de la trahison d'un certain nombre de ses soldats, qui passèrent à l'ennemi, comprb» mit le salut des troupes débarquées. Le désordre s'introduisit parmi elles, et ce fut à grand' peine que le Sultan et une partie des siens échappèrent à la cavalerie des Ouahhaby et regagnèrent leurs navires, dont les équipages avaient été témoins du désastj^e sans pouvoir porter secours aux vaincus (1). Salem paya de sa vie la faute qu'il avait commise. ' Y — ' ■' i :'. ■

La honte que Saïd éprouva de sa défaite , la douleur que lui causa la perte de son frère redoublèrent ses ressentiments contre les Attouby, et il retourna en Oman pour lever des forces plus considérables. On dit même qu'il tenta d'obtenir l'assistance de la flottille anglaise qui se trouvait alors dans le golfe, sous Id commandement de sir William Grand- Keit, assistance qui lui fut refusée. Heureusement il n'en ait pas besoin; les Attouby, ^alarmés à la vue des préparatifs qui se faisaient contre eui, et malgré le départ des Anglais, qui venaient de franchir le détroit, demandèrent la paix, offrant un tribut de 30,000 piastres par an et le payement du droit sur les bateaux , dont le refus était la première cause de la guerre.

Depuis l'instant où le dâo de Dgiafeur et les bateaux des Djouassim avaient jeté l'épouvante dans Mascate, pillant et massacrant le long de la côte, à la grande confusion de la flotte du Sultan, les pirates ne laissaient guère de ré^it aux navigateurs de ces mers : les événements politiques qni se

(1) Voyez, pour toas les détails relatifs aux affaires de Bahharin', postérieurement à la mort de SouUan', l'ouvrage de Frazer déjà cité.

passaient en Arabie allaient porter le mal a son comble. En effet, après une longue altematÎTe de défaites et de victoires, d'armistices et d'hostilités, Ibrahim-Pacha, qui avait pris le commandement de l'armée d'Arabie, s'était empai^ de Déraïehen 1818, et avait obligé Àbdallah-ben-Souhoud, vaincu, à se rendre, selon les ordres du vice-roi, en Egypte, d'où il fut envoyé à Constantinople vers le sultan Mahmoud, qui le fit mettre à mort. Lors de la dispersion des Ouahhaby , bon nombre des soldats d'Abdallah, réduits à l'inaction ou pourchassés par les vainqueurs, quittèrent leur pays et gagnèrent l'Oman, où plusieurs tribus partageaient leur croyance religieuse. Pour ces hommes actifs et belliqueux , la vie vagabonde et aventureuse du pirate devait avoir des charmes ; beaucoup l'adoptèrent et accrurent ainsi d'une manière formidable le nombre et, par suite, la puissance des écumcurs de mer. Leurs navires se multiplièrent, et il y eut un moment où ils tinrent dans une continuelle alarme toute la côte d'Arabie, l'entrée de la mer Rouge et les côtes septentrionales de l'Inde. Cet état de choses ne pouvait manquer d'avoir un terme du moment surtout que les intérêts anglais se (rouvalent lésés. Le gouvernement de Bombay, qui, occupé d'une guerre contre les Marhattes, avait été dans l'impossibilité de distraire une partie de ses forces pour d'autres opérations, recouvra, en 1819, la liberté de ses mouvements, et songea à châtier les pirates du golfe Persique. Une erpédition fut décidée, et le sultan de Mascate eut l'honneur d'être admis à partager les périls et la gloire de cette entreprise. Le rendez-vous était à l'île de Kechm', où Saïd devait, selon ses engagements, réunir des provisions suffisantes d'eau et de vivres frais pour les équipages de la flottille et

les troupes. Vers la fin de norembre, les navires anglais, sons le commandement de sir William Grant-Keit, se dirigèrent vers Ras-d-Khima. Le i" décembre, le Sultan les ràHia avec deux frégates portaïit six cents hommes de débarquement et une certaine quantité de bateaux destinés à servir ao transport des soldats à terre. Ce mouvement commença le 3 décembre, et. après un siège de quelques jours, la ville fut emportée et la défaite des pirates consommée. Le commandant des forces anglaises se loua beaucoup, dans cette circonstance, de la coopération de Son Altesse, le sultan de Mascate.

Comme c'est l'histoire de Saïd que j'écris et non celle des Djouassim , je n'entrerai pas dans le détail des événements qui suivirent la victoire des Anglais et achevèrent la rnine des pirates; maïs, avant de passer outre, j'appellerai l'attention du lecteur sur ce fait, que Syed Saïd est pour ainsi dire fatalement entraîné dans la dépendance de l'Angleterre. Désormais il obéira de plus en plus à la force qui l'attire, et sa puissante alliée le maintiendra bon gré, mal gré à sa remorque.

Une année ne s'était pas écoulée depuis l'expédition que je viens de raconter, qu'une nouvelle occasion se présenta pour Saïd de recourir à cette confraternité d'armes établie entre les Anglais et lut. Rien n'unit deux peuples plus étroitement que de combattre et de verser leur sang pour une même cause : cependant il faut que les résultats soient proportionnés, pour chacun d'eux, à sa part d'action, et que l'un ne demeure pas l'obligé de l'autre : or^ dans son alliance avec les Anglais, c'était toujours Saïd qui restait l'obligé. Quelque inconcevable que cela soit de la part d'un Arabe aussi rusé que lui, il parait n'avoir pas com-

pris tiu'uD pot de terre et un pot de fer ne votit pas impanément de compagnie, et que demander un service, c'est emprunter à intérêts d'autant plus usuraires que le service est gratuit. Quoi qu'il en soit , voici pour quel motif Saïd crut devoir encore faire appel à l'assistance de ses amis : ■■

Après l'anéantissement des Ouabhaby , quelques tribus de l'Oman demeurées fidèles aux dogmes de ces réformateurs entretenaient !e trouble dans la province où elles étaient établies. Une de ces tribus, les Beni-bou-Ali , originaires du Nedj et descendant des khouaridj (secte qui s'était formée lors de la lutte â'Ali contre Moawiah pour le khalifat), occupait le territoire en arrière de Soùr. Cette tribu avait suivi les principes des Béïasi jusqu'en 4811, époque à laquelle elle adopta ceux des Ouahhaby. Elle n'échappa que bien difficilement à la persécution ; toutefois, par une prudente réserve et des temporisations sagement calculées, elle eut le bonheur de se faire oublier et parvint à construire un fort q^i lui servit de refuge. Bientôt même elle inspira assez de crainte aux populations voisines pour qu'on lui laissât la paisible possession du territoire dont elle s'était emparée. Saïd, tranquille du côté de l'extérieur, avait voulu arrêter les progrès de ces dangereux voisins, et fait pour cela des efibrts demeurés infructueux : c'est alors qu'il demanda le concours des Anglais, qui, après la destruction de Ras-el-Khima, opérée à la fin du mois de dé' cembre de l'année précédente, entretenaient à Déristan, sur l'île de Kechm', une garnison de huit cents hommes, composée en grande partie de cipayes.

L'officier commandant, le capitaine Thompson, reçut la

requête de Saïd , mais n'y accéda pas immédiatement. Sa« chaot, d'un autre côté, que quelques individus de la tribu des Beni-bou-Ali avaient pris part à des actes de piraterie, il commença par leur envoyer un messager porteur d'un^ I^tre de remontrances. Ce messager ayant été massacré à son débarquement par des gens de la tribu, le capitaine Thompson consentit alors à joindre ses troupes à celles du Sultan pour l'attaque préméditée par celuÎK^i. Le détachement angUiis, composé de six compagnies de cipayes, emmenant avec elles huit pièces d'artillerie, toucha d'abord à Mascate, puis débarqua, le 24 octobre 1820, à Soûr, où l'avaient précédé les soldats du Sultan. Les forces combinées avancèrent jusqu'à une ci nquantai ne de mill^ dans l'intérieur, poursuivant sans précaution l'ennemi qui èe retirait devant elles. Arrivés dans la position où ils voulaient engager le combat, les Éeni-bou- Ali attaquèrent à l' improviste et mirefitigsalliés en déroute. La perte des Anglais fut proportionnellement considérable ; les deux tiers de Keurs soldats restèrent sur le champ de bataille : Saïd eut l'honneur d'être blessé et de recevoir, dans un rapport adressé, en date du 18 novembre, par le capitaine Thompson au gouvernement de Bombay, des éloges pour son activité, son courage et sa résignation, éloges plus pompeux encore que ceux qui lui avaient été décernés lors de la dernière affaire de Ras-el-Khima.

Dès qu'on connut, à Bombay, la défaite des troupes anglaises, un corps expéditionnaire de trois mille hommes, sous le commandement du major sir Lionel Smith, en partit et vint débarquer sur la côte d'Oman le 21 janvier 1821. Celte force était trop supérieure aux huit cents combattants dont disposaient les Beni-bou-Ali pour qu'elle

n'en eût pas facilement raison, malgré lear résistance désespérée. Dans une rencontre qui eut lieu ^en UMirs , ils furent presque entièrement anéantis. Un petit nombre de survivants, parmi lesquels se trouvait le cheikh, gravement blessé, furent emmenés prisonniers à Boiibay. On les y garda environ deux ans; puis on les renvoya dans leur pays, en leur donnant les moyens de rebâtir leur ville.

J'ai vainement cherché quelque indice d'une coopération du sultan de Mascate dans cette expédition. Le silence gardé à son sujet par tous les documents que j'ai consultés me confirme dans l'opinion qu'en cette occasion les Anglais s'étaient passés de lui. Peut-être fut-il arrêté par les préoccupations pénibles auxquelles il était en proie à cette époque : un terrible fléau, le choléra, faisait, à Mascate, d'épouvantables ravages, qui , si l'on en croit les journaux du temps imprimés à Bombay, .cessaient à peine à la fin du mois de juillet de l'année 1824. Du reste, peu de mois après, un gage de l'amitié et de la considération de ses alliés venait le distraire du deuil répandu dans ses Etats, et le consoler de n'avoir pas eu sa part de gloire dans les derniers combats. Une magnifique épée lui fut présentée au nom du gouverneur général de l'Inde. L'inopportunité du moment choisi pour offrir un pareil présent pouvait bien prètd^ à celui-ci quelque chose d'épigrammatique, et je doute qu'Haut consolé Grillon de n'avoir pas combattu à Arques; mais il parait qu'il en fut autrement pour le souverain arabe : « Son Altesse, » dirent les papiers de Bombay, «( témoigna sa vive reconnaissance pour le cadeau et la manière dont il avait été offert. »

Au surpins, le don de ce hochet était réellement sans

portée : les ÀDglais n'avaient pas besoin de capter par des flatteries le bon vouloir du chef de l'Omén ; ils js'étaient acquis des droits positifs à sa reconnaissance, et ils ne tardèrent pas à les faire valoir. En effet, l'année suivante, fut signé le traité Moresby, relatif à la restriction du commerce des esclaves à la côte d'Afrique, traité dont j'ai tracé l'historique dans le chapitre I". Le quart d'heure de Rabelais était arrivé pour Saïd.

Ce fut à la fin de la même année i8ââ que le Sultan «nvoya une expédition, sous le commandement de Hhammad-ben-Ahhmed-el-Bou-Saïdi , pour arrêter les envahissements d'Abdallah, gouverneur de Mombase. On a vu, dans la première partie (1), quelles causes amenèrent cette intervention et quels événements s'ensuivirent jusqu'au jour où le gouvernement anglais refusa de ratifier le traité passé, par les M'zara, avec le capitaine Owen.

Syed Saïd, réduit à l'inaction à l'égard de ses possessions d'Afrique, et dégagé, sans doute, de tout souci en OmAn, se préparait alors à exécuter le saint pèlerinage de la Mekke et à goûter les douceurs de l'hospitalité chez son allié le pacha d'Egypte. Vers le mois de mars, ayant, pour le temps de son absence, délégué le gouvernement à son neveu Syed Mohhammed-ben-Salem et au cheikh Séliman-ben-Ahhmed, il s'embarqua sur l'une de ses frégates, suivi d'une partie de sa famille et d'une suite nombreuse. Arrivé à Djedda, il fut reçu en grande pompe et avec une distinction toute particulière par le gouverneur et des officiers que Méhémet-Ali y avait dépêchés à cet effet, leur prescrivant de ne rien épargner

(10 Voyez I" partie, livre v, pages 572-584.

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— 4S7 — pour faire à Saïd f accueil dû à stfo ring élevé. Les divers agents du gouvernemétot et les habitaDts luCtèreot à qui lui prodiguo'alt les phis grandes preuves de respect. Dans son voyagé de \h côte à Médine, il fut accompagné par un imposant eortége^^t des courriers le devançiiient, afin qu'on préparât aux lieux de halte ce qui pouvait lui être nécessaire ou agréable. Des festins splendides l«i furent servis. A la MdLke et à Médine, on le reçut avec une rare magnificence; le chérif s'empressait pour lui faire honneur, et, aussitôt qu'il paraissait en public, une foule immense de peuple le suivait, chacun s'éfforçant de le voir de près. Le chérif lui offrit un cl^eval estimé à 4, 000 piastres, avec des harnais qui en valaient le double. Enfin , quand il revint à Djedda, on lui remit, au nom du pacha, des présents d'une richesse et trème. Le Sultan, ajoute le chroniqueur qui nous a transmis ces détails, se montra, de son côté, également libéral (4). Son retour fut f^, à Mascate, par des réjouissances qui durèrent plusieurs jours.

Il n'est pas donné k tous d'aller à la Mekke et d'en revenir d'une façon aussi heureuse. Le cheikh d'Abou-Cheheur l'éprouva dans le courant de l'année 4826. Ce personnage était parti, sans défiance, pour la ville sainte : instruit de son absence, le sultan de Mascate, qui avait contre lui des griefs étrangers à la politique, envoya une flottille devant Abou-Gheheur et ordonna de sai^r tous les bateaux qui appartenaient au cheikh ; il eut soin de laisser en dehors de ses agrégions les navires européens qui étaient dans le port, et s'abstint même d'attaquer la place conformément aux

(1) Voyez Bombay-Gazette, décembre 1824.

conseils ou aux désirs du résideni miglais. Mais il se dédommagea de cette eoBcessîon ol)Iigée par un stratagème qui eut un plein succès et rendit sa vengeance complète. Il f envoya des croiseurs guetter le tbeikh d'Abou^^Cbeheur au

> retour de son pèlerinage , et, celui-ci ayant été arrêté dans

' le trajet du golfe, il le fit transférer, comme prisonnier, à

bord d'un navire de guerre stationnant au large de Kecbm' . Il n'abusa pas, d'ailleurs, de son triomphe; le sujet de la querelle n'était pas de nature à provoquer de sa part des rigueurs inflexibles : il s'agissait tout simplement d'une princesse persane qui avait été, m'a-t-on dit, promise en mariage au Sultan et, autant que j'ai pu le comprendre, déioyalement retenue par le cheikh d'Abou-Cbeheur. L'incident se termina par un échange de prisonniers qui donna gain de cause aux rancunes amoureuses du Sultan. La princesse fut conduite à Mascate, et devint l'épouse de l'heureux Saïd. Nous aurons occasion de retrouver sur notre route celte beauté d'humeur un peu vagabonde.

Le Sultan ne s'occupait pas seulement des intérêts -de ses amours; il tenait aussi à régler des affaires plus positives. Au nombre de celles-ci était une créance qu'il avait sur le cheikh de Bassora, et dont ce dernier s'entêtait à lui refuser le payement. Les obligations de ce débiteur récalcitrant remontaient fort loin, aux dernières années du règne de I, Soultaii', le glorieux père de Saïd. Soultan', qui opposa si

f longtemps uiie barrière infranchissable aux envahissements

de Souhoud, avait, pendant le siège de Bassora par les ' Ouahhaby, réussi, malgré leurs efforts et ceux des Djouas-

sira , à tenir la mer libre, et à conserver ainsi à la ville asj siégée la faculté d'être sans cesse ravitaillée. Le pacha de

Bagdad fut si satisfait ^e la condotte de SouUan' dans cette circoDstance, qu'il lança un décret portant que la ville sauvée par le chef de l'Omâri payerait à celui-ci un tribut annuel. Mais, dès que l'ennemi eut disparu, les engagements pris furent oubliés, et le refus constant d'acquitter cette dette occasionna de fréquents démêlés entre Mascate et Bassora. Said avait, en différentes occasions, tenté d'obtenir par la force ce que le gouvernement de Bassora lui déi;)iait. Ses expéditions ne réussissaient pas et lui coûtaient fort cher. Quoique le tribut ne fût pas considérable, le total des arrérages montait néanmoins, en 4826, à 404,000 piastres. A la fin de cette année, son conflit avec le cheikh d'Àbou- Cheheur étant terminé, Saïd dirigea ses navires vers les bouches de l'Euphrate. Les Turcs, prévenus de cette attaque, avaient équipé une flottille et s'étaient portés à la rencontre du Sultan. Une action eut lieu, dans laquelle les gens de Bassora furent battus et le Hackem fait prisonnier, puis envoyé à Mascate. Saïd s'avança alors contre Bassora et parvint enfin à se faire rendre justice. ,

Vers ce temps-là, le Sultan apprit que le pavillon du protectorat britannique avait, sur l'ordre du gouvernement de Londres , disparu de Mombase. Maître désormais d'agir contre cette ville, il entreprit l'expédition dont j'ai rendu compte dans le premier volume , et à la suite de laquelle il se rendit à Zanzibar (4). Mais, au bout de trois mois environ de séjour danâ cette île, des nouvelles inquiétantes transmises de Mascate l'arrachèrent à ses doux loisirs et le forcèrent à retourner en OmAn. En effet, on informait

(1) Voy« V* partie, lirre r, page i^ et suit.

Saïd que de% troubles fort $érieux venaient d'j écUter:; qu'un de ses arri^e^cHisins , Sâoud-l>3i-Ali-ben-Sif, ikeveu de Bedeur, la victime du drame mystérieux de Beurka, était le chef de ce mouvement séditieux ; qu'après s'être emparé de cette ville il y avait fait emprisonner Hilal et Hofaha^med-ben-Salem, le premier fils aiflé, l'autre neveu du Sultan, tous les deux relâchés plus tard, mais moyennant une rançon de 20,000 piastres. Saïd arriva à Mascate l'esprit bouleversé, sans doute, par cette apparition Inattendue, qui le reportait de vingt-deux ans en arrière au sein des intrigues et des conspirations sanglantes de palais, et lui jetait, au bout de longues années de repos ^ au milieu de ses plus sereines pensée, le signal d'un péiiible réveil, le sinistre Aememèerl Mais son étoile n'avait pas encore pAli , et sa présence suf^ pour donner une tournure rassurante à cette affaire. Les chefs de l'intérieur intervinrent entQe l'offenseur et l'offensé, et une réconeiliatioii s'opéra. €ette réconciliation était-elle sincère? Je l'ignore. Sàoud, dont^la vue ne pouvait que soulever de douloureuses réflexions da^is l'esprit de son grand-cousin irrité de sa révolte, fut ^veyé à Beustak. U y fut tué, quelque temps après, par un de ses cousins, Soultan'-ben^Ahhmed. Hâtons-nous de dire que celui-ci n'avait dû agir que pour son propre oompte, car il était fils d'Alriimed-benrSaïd, dont le père avait été autre* fois détroit par celui de Syed Saïd.

Les documents à l'mde desquels j'écris c^te notice présentent quelquefois des lacunes qui rompent reBchatoe- Bneot des feits et ne permettent pas toujours d'en expliquer les causes et les conséquences. A peine rentré à Mascate, Saïd organisa une expédition importante : il estproba-

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ble que ce fut immédUtemeot «près ranungainenl; de l'affaire de Sâoud, peot-ètre même pendant les négociations auxquelles elle donnait lieu, puisque, le 5 novembre 4839, la Gasêtte de Bombay apprenait à ses lecteurs que « le sultan d'Oman arait rassemblé ui» fonce ^ dix D»iHe hommes, et qu'il était à' bord de sa frégate de cinquante canons, le Ckak'ÀUeum, prêt à prendre It mer. x> Gomme on le voit, Syed Snid n'avait pas perdu de temps pour fiûre ces préparatifs. Il ne tarda pas non plus à montrer à quelle entreprise il les destinait, car il se dirigea sur-le-champ vers l'île Bahharin'. -i-* -^

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Je n'ai découvert aucun renseignement sur les mottfs qui décidèrent Stïd à cette nouvelle at^ne, mais U est à présumer qu'ils ne différaient point de Iceax pour lesquels avait été entreprise l'expédition de 1816,!8i funeste^^mne le rappelle, à ses armes. Si i'on en croit un article du journal la Chronique du Bengale {BengaL Chroniele), en date du 38 février 4839, cette dernière tentative n'eut pas des résultats plus heureux. Les grands nf^vires du Sultan ne pouvant s'approcher de terre poor faciper et protéger 4e débarquement, il s'efifectua en désordre, et les tronpes mascataises, ayant été culbutées, furent forcées de se rembarquer presque sans coup férir. Leurs pertes n'étaient pas, d'ailleurs, considérables; eHes se bernèrent à une douzaine d'hommes tués et à ciBqoaiBte noyés. Nais l'effet moral que cet échec prodoitit dut être iranseme ; pour la seconde fois, Saïd se faisait battre âiQti |Mr une poignée d'hommes sur le rivagede Bahluirin', et on devait «ttrituaer sa défaite bien plus à an manque absolu d'Jiabileté qu'à l'insuffisance des forces employées.

Je ne sais si le Sultan s'occupa, plus tard , de réparer ces

revers : les documents que j'ai sous les yeux se taisent à cet égard ; mais ils mentionnent un fait d'interventicm accompli avec plus de succès par lai dans les États d'un de ses voisins. Voici comment la chose se passa : Syed Mohhammed-Akil , le chef de Dhafar et de Meurbat, ayant été assassiné , dans le cours de l'année 4829, par des geos de la tribu des Garrah, à laquelle ce chef avait imposé son autorité, le Sultan, en apprenant cette nouvelle et sur l'appel qui lui fut adressé par quelques-uns des cheikhs de ces localités, envoya des troupes prendi;eypossession du territoire menacé, au nom du frère du décédé, Syed Abd-er-Rhaman, qui était, à cette époque, marchand à Bombay; mais celui-ci, connaissant les particularités de la mort de Mohhammed- Akil, déclina prudemment sa succession et préféra continuer son tranquille métier.

Cette intervention de Saïd et l'occupation de Dhafar et de Meurbat par ses troupes ne constituaient pas un acte de souveraineté de sa parti; seulement on en peut induire que l'influence du Sultan était alors assez grande en Arabie, puisque les cheikhs des villes maritimes situées dans la partie méridionale de la péninsule crurent devoir recourir à lui en se voyant à la merci de leurs turbulents voisins. J'ignore si quelque incident analogue à celui que je viens de mentioDuer s'est produit dans le cours du gouvernement de Saïd ; mais, en eût-il été ainsi, il n'en faudrait pas conclure, avec certams voyageurs, que toute la côte, depuis Aden jusqu'à Ras-el-Hhad, est comprise dans les possessions arabiques du sultan de Mascate (1). Ce serait une méprise, et on en a

(1) Cette assertion se trouTC émise, dans le récit de son ambassade à Mascate, par M. Edmond Roberts, et d'autres personnes l'ont répétée

commis plusieucs dn môme geore ^tie pàvmi iritéricarement l'occauoR de signaler.', u.^u jj^joaiwi^ .' tu^ n -i!-.;.

An restey le Saftao rappefo Viéiilèt les ftwccB qa'il anit dans le diatrid de Diiafor, ei ce dialiiet retomba aiaai mm la domioation des gâis de k triiHi3de6aiTali, qui, en pen de temps, e» éloignèrent preaqae tons Itt liabiteÉli par un systèmede rapines cftâaiMmopole.ujs. m^ r ^^nt'i <

Ge qni obligeait Said à fiire reotteir ses iroopeal Mméalé, c'étaient sans doate les écbees <pi' avait subis son antorité à la e^ orientale d'Afrifoe« En effet, il veaailè peine de la quitter pour se rendre à Mascate, fue Mombaae s'était soulevée (i), et les M'zara n'avaiealifts tardé à s'emparer de la citadeHe, malgré les efforts du cheikh d» Zanzibar pour secourir le gouverneur Naceor^ben-SéUman^ Au moment où Sa'id appHt qu'une insurrection a^ait éclaté à Mombase^ soit qu'il fût trop occupé par ses démêlés avec Babharin\ soit que le conflit engagé ne lui parftt pas aussi aérteui qu'il l'était réellement, il se conteuta d'envoyer l'émif Uhammad-ben-Ahhmed sur la frégate le Ckakr'AUwmi qui arriva quand la capitulation de la citadelle était effectuée, et repartit «issit^ pour l'Oman . iiaài, vers la fin de l'année 4829, il dirigea en personne contre la cité rebelle la seconde expédition dont les détails ont été racontés précédenuBenl. Après sa douteuse victoire , Saïd s'était de nouveau rende a Zanzibar pour y jouir en paix de èon triomphe au sein de la ville qui devait être, plus tard, la capitale de ses Etats. €ette

fois, son s^our y lut encore inoins long que n'avait été

.;■: :-..\ ■ .ml /*i.m t:l *' -n -; d'après lai , sans plus de fondement. (Voyez Anùnuji to the eatlern courts of Cockin-ChiiM, Siam and Muscat. New-York, 1837.) (1) Voyet I" partie, livre ▼, page 593 et saiTanteè. v '•* U. 13

le premier. Des trpobles sarveniM en Omto le rippelàrent dans ce pays. Hhamoad-ben-Az'raor^en4}i9, son afrièret coosin, qu'il attit dépeaiédé de 900 héiHage (le goavernenent de Sohbar et dépdndances)^> poar le donner à Mohbammed, le fils de son frère Sileni ; HliaBioudy dis^ menaçait Mascate à la tète d'une iasturreistion victoriepiàe. Ce jeune prince, par suite -d^ la apoHaliottexerQée oûntie lui y Mi kMigtenps resté dans une foeHnii infime; aa jennasse et ses aMlfaewi inténeisèreiit un |o«r quelque» cbefii de Bédouins qui hû irent entrevoir la fostibilitéde se reiiger, avec leur appui , du qpoUateiir»<Jl 4e recouvrer le dfflnahie de ses pères. Deronu faomme, il travailla, aidé |)ar ces chefe, à se créer un parti et àpréparer le terrain pour Faeoomplissèment de ses projets^ L'absence de Saïd lui offrit nwm. «ecaaiott favorable t suivi de deux mille hommes, il mareba contre Sohhar et s'en rendit mettra, «nsi que de toot le territoire qui s'étend jusqu'à Sooik ; pois il s? empara du littoral ioaqu'à Beurka, et de Beostak, la ville sain^, sé$e«ir ordinaire des imams et métropole de l'Oman. De là, se rapprochant de Mascate, il jeta l'épouvante parmi les habitants de cette ville; à tel point que lefMVernesr, en attendant leVetottr de son mattre, crut nécessaire de réclamer l'assistance du gouverneur de Bombay. ■■ " i ** in t m- *

Lorsque Saïd arriva sur les lieui , il fut efi^ayé des progrès de la révolte; il essaya d'abord de réparer le mal produit en son absence ; mais tous ses efforts restèrent sans succès, et il se vit obligé de composer avec Bhamoud. Les conditions de la paix furent que le fils d'Az'ran-ben-Qis rentrerait en possession de ses domaines héréditaires, et qu'il aurait de plus la souveraineté de Reustak* dont les revenus seraient

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partagés ^ateéient «nlre Saïd et lui. Ge§ eenditidtts étalent dures, et pourtant il ne les e6t pas obtenues sans l'interveiition éffieieoseiJtt résident anglfins^ns le golfe Persique. Une patente sohitioii ftit M coup terrible porté à la puissance du Sultan ; car» ^win 4fQt boa aMerité difeetfe m tuonvatt anisi amoindrie dans nne partie de ses États, il était oUigé de tèiéfer pi^ de lai nn voisin doiil l'ambition rendmt la paix précaire et menaçait l'avenir J<*

L'insurrection de HimBoad , corameneée en 4829 , se termiia dans le oonraM dé 1850. Said , voj^mt rOmàn pacifié, jeta les yeux ior Hoknbase, et expédia une flottille destinée à en faire le blocus pendant tonte la mousson de nord-est de 4831-^. Puis en décembre de cette dernière aonée> il conduisit lui-même è la côte d'Afrique une expc dition plus eonsidérable dans l'espoir de soomettre enfin les Monbasiens. Malgt^ quelques succès pertiets, il he remporta pas d'avantage 4iéei9if, et, le terme de la moasson approchant, il rembarqua son monde et retint en Oman, après nne courte apparition à îanzitmr (t). ^

Cette fois, le retonr du Sultan à Mascate ne fiH signalé par aacune circonstance regrettable pour fui ; an moins ne croyons-nous pas devoir regarder comme telle la (Hsparitio|) de la princesse persane qui, sept ans auparavant, avait failli soulever une collision sanglante entre Saïd et le cheikh d'Abou-Chdieur. Le s^ur de cette inconstante épouse dans le palais dm Sultan, à Mascate, de 4827 à 4^, ayant probablem^t sofQ è apaiser les ardeors de ^iéy noms supposons que son amour>propre fut plus blessé que son oa^r par la

(1) Pour les détails de ces derniers faits, voyez !** partie, livre v page 597 et suivantes.

faite dont il s'agit. Au surplos, l'usage, chez les noiulrnans, n'est pas de rire de ces sortes de mésayentiires; et le vieux Sultan était d'autant plus en droit de se flS^er^ qu'il a?ait été pris pour dupe, ainsi qu'on va le voir. Cette jeune femme, perfide comme toute fille d'Eve > obtint un jour de la confiance de son époux la permission d'aller à Bendeur- Abassi ; là elle imagina un prétexte pour se rendre à ChirÉz, chez son père, qui , sans plus de façon, la donna en mariage à Abba-Khan-Mirza. Je ne sais jusqu'à quel point les coutumes des sectateurs d'Ali légitiment un semblable akangemenï de main ; mais , quelque licite que put être cet acte de bigamie chez une femme, il n'en constituait pas moins, de sa part et de celle de son père, un procédé aussi leste que déloyal. Il fut, à ce qu'il paraît, le sujet d'une très-vive dispute f ntre le prince de Chiraz et Saïd ; toutefois je n'ai pas su qu'il en fût résulté rien de grave. Ce divorce forcé resta un fait accompli , et on n'entendit plus parler de la princesse persane à la cour de Mascate.

La sotte aventure racontée cinlessus valut à Saîd , de la part de ses bons amis les Anglais , un de ces lazzi qui justifient le proverbe « On n'est trahi que par les siens. )> « La dame , écrivaient les journaux de Bombay, préfère , dit-on, son époux actuel à son premier marj. »

A peu de temps de là, les événements apportèrent an Sultan une compensation de son infortune conjugale. Dans le cours de 1855, Mohhammed- Ali-Khan, c< de la tribu Deustakoor (1), » persi^nage tr^important et l'un des chefs qui avaient chassé d'^Abou-Cheheur le prince de Ghiraz , le peu

(1) Bombay-Gazette. Augwt. 31, 1833.

scrupuleux bean-père dé^Saiki, yenait d'être assassiné par un horaiBè d'une autre tribu. Le pays se tronyaiit déjà livré à une amrciiie' profonde, ce meurtre, qui jetait entre deux des plus paissantes tribbsiine cause de discordes interminables, ne pouvait manquer de mettre le désordre à son comble. Dans cette conjoncture, les habitants d'Abou-Cheheur envoyèrent solliciter le Sultan de prendre en nain l'autorité. Une telle marque de déférence flatta sans doute l'orgueil de Saïd, en prouvant toute la considération dont il jouissait dans les pays riverains du golfe ; mais il ne jugea pas à propos d'accepter l'offre qui lui était faite. Je n'ai point à rechercher comment la malheureuse cité d'Abou- Cheheur se tira du mauvais pas où elle était engagée.

L'événement le plus remarquable qui sesoit passé à Mascate, en 1835, fut l'arrivée des deux navires de guerre américains, Peacok et Boxer, dont l'un portait un agent diplomatique, M. Ëdmnnd Roberts. Dès l'année 1825, les Américains avaient étendu 4eurs opérations commerciales jusqu'à la côte de Zanguebar. En i833, le gouvernement des États-Unis songea à les faciliter, en tâchant de les dégager des droits onéreux dont les marchandises y étaient frappées et surtout des exactions pratiquées par les autorités arabes. A cet effet, l'agenl spécial que je viens de nommer, chargé déjà d'aller ouvrir des négociations en faveur du commerce américain dans divers États de l'Asie , eut ordre de toucher aussi à Mascate et d'y traiter avec le Sultan.

La démarche du gouvernement américain était de nature à marquer le début d'une phase nouvelle dans la politique de Syed Saïd. Depuis longtemps, les événements entraînaient ce prince dans la sphère d'activité de l'Angleterre, et les rela-

tions (^ protégé à protectrice qu'il avait avec cette pui^ sance menaçaient de ge changei- en une dép^dance étroite qui aurait aa^imilé le soltan d'OmAn h tous kê rajahi de rinde, ne lui laissaot, coiooie à «eniL-ci • qu'un titre et un faste précaires. En nouant des liens d'«nftié et d'intérêt avec une autre nation asaex forte poor oontre-balaBeer l'influence exclusive que les circonstances avaient donnée à la Grande-Bretagne» Syed Saïd diminuait d'autant la pression de cette 'envahissante alliée et se créait une garantie contre des exigences IninMKlérées qui auraient pu surgir dans l'avenir. Je ne pense pas faire trop d'honneur à la perspicacité du Sultan en supposant que ces réflexions se présentèrent à son esprit fin, rusé et calculateur; elles naissaient, d'ailleurs, tout naturellement de la situation.

Mais revenons au traité américain. Le sultan de Mascate en accueillit la proposition avec le plus grand empressement , et les clauses en furent bientôt arrêtées. L'échange des ratifications se fit plus tard, au mois de septembre 1855. Ce traité établissait toutes facilités pour les commerçants américains, et les plaçait dans des conditions plus favorables qu'elles ne l'étaient pour les autres étrangers. C'est conformément à l'article 7 que des consuls pour les États-Unis d'Amérique résidèrent h Zanzibar d'abord, puis à Mascate, à la fin de l'année 1837.

Le gouvernement de l'Inde n'apprit pas sans inquiétude le but et le' résultat des négociations fui avaient eu lieu. Mais l'émotion fut à son comble quand le bruit courut à Bombay que le Sultan consentait à ce que les Américains eussent une factorerie à Zanzibar ou sur tout autre point de la côte, s'ils voulaient l'aider à opérer la soumission de

Monbase. l^ frëgiite de Sa Majesté Brita»DK|u« /mo^èM*» capitaine Hart, fui inmiédiiiteineDl dépèohée v«i« Sy^ Saïd. Aui eiplieaftiDns qa'oa demandé » le SultAii^ répondit <|u'il était disposé à aoeofdec aui négatcianfes «ngleis les. avantages concédés à eeiix des États-Unis. G'étftil d« toute justice, mais cela necbMigetit rien «hk conséquences politique» du traité conclu. Quant à l' affaire de In laclererie et à la coopératioi des Àmérioaios pour un« «ttaque. contre Mombase, il n'eti a plus été question. L'aotstf de plasieur» articles sur l'Afriqiie orienirie insérés dans ht M¥ue d'Édi»boufg {Edi9^r§ rmiew) (4) présume que cetta^ Irame a été déjouée par l'attitude de» Ànglai»; je croif sa présomption, à cet égard , fort hasardée. Rien n'a été moipa prouvé que l'existence et, par conséquent, fuiMadonde cette prétendue trame. ;'i ./'i.--i,;-'i., . *;ii ja- • ■ .. - i..,i\i,<i Sur ces ^refaites, des troubles éclalèrent encore dans l'île de Patia; ils ftirent le signel^'une lutin qui amena deux foia SyeA Saïd dans le» eaux de l'Afrique» et ae tonnin», «u coBunenceraent de l'année 1837» par la perte de l'iudépeAdance de Mombase et la aoumission à la squveraiiieté du chef de l'Oman de toute la cdte jusqu'au «ap Oelgado {2). * k partir de celte époque, des rapports plu» fréquentai étar bltrent entre &yed Saïd et ses possessions niricalnesi ilparaii même que ce fut à la suite de sa dernière expédition conitro la cité si difficilement réduite par lui, qu'il cboi«t Zanzibar pour sa résidence habituelle. Son séiour dan» l'tle et la renommée que lui Tahit une victoire, pouctnnt peu honorable, accrurent l'influeiicede oe prinoe cbez les peu-

(l>.V«T«ilecaHrd»iiMH«t«»a»d0fieUeTeviM,iiitiaW. , / (2) Vojei l!*{>«ftiÉ^ Uvr»T, |V0»ft9» HfBira«t«i. ., ^.o i ^ .

— aeo —

pies foisiDS de sa nouvelle capitale. JddoBÉerais ^pnawe de ce que j'avance en raeontani les relations qui Be formèrent entre Saïd et les chefe des Comores et de Madagascar; mais j'en ai fait le réeit dans uo ouvrage (I) précédemment publié, et il est d'autant moins utile de les rappeler ici qu'elles n'ont pas eu pour Syed Saïd de couséqueDce sérieuse, il n'en a point été ainsi de ses rapports avec les nations européennes, qui devinrent dès lors jrfus réguliers : ils constitoent même à eux seul» tout l'intérêt qui peut s'attacher à l'histoire do^ Sultan depuis la souanaiiOD définitive de Mombase noB-seulement pour la période écoulée jusqu'à l'époque où J'arrivai à Zanzibar, mais même jusqu'au mo-

Après l'anéantissonent des M'aara, les préoccupations des peuplades du littoral prirent uo caractère entièrement pacifique, et les spéculations commerciales, agricoles et fiscales absorbèrent toute l'atlentioD du chef. J'ignore ce qui se passa, postérieurement à iS54, du côté du golfe Persique; mais je doute qu'il s'y soit produit aucun événement politique de quelque importance relatif à Said : ce qui me reste è signaler dorénavant se réduit donc aux conventions passées successivement par lui avec l'Angleterre et la France.

J'ai déjà dotiné à entendre que l'alliance avec les nations prépondérantes plaisait à la fois à l'orgueil et à la prévoyance de Saïd : aussi ne serait-t-il pas impossible qu'il eût songé spontanément à en contracter une avec l'Angleterre, et la démarche qu'il fit en 1838 autoriserait à le penser. Dans le cours de cette année, il expédia à Londres, en qualité d'am-

(1) Yojes OoeiNN«nl9 tur rkdMre, la g(lo§raphie et te commerce de a parti* occiOentate ée HeMigaecart l- pirtie, dnp. m el vm.

bas^dear, Syéd Atl-ben-ffaceur, danè le bnt apparent de compfhneriler la réineTiètoria sar son avènement an trône. I^ miissiofr colifiëe à Syed ÂK ayait-elle, en outre, nn but politique caché? Cela êâl probable, car, un an plus tard , on Tit arriver près du Snltan le capfiaine Goggfaan , chargé de conclure avec lui un trdîté d'amitié et de commerce. Ce traité, qui place les sujets de Sa Majesté Britannique dans les mêmes céViditions que ceux de la nation la plus fevorisée, fut signé, le 34 mai 4839, à Zanzibar, et ratifié, le 24 ^illet 1919, à Mascaté, après^qa'on y eut inséré, an sujet de rabolHion de la traite, les stipolatiom particulières que j'ai raentionwées dans le chapitre I*'. En vertu de cet acte diplomatique, le capitaine Hamerton a été ftommé, le 9 dée^nbre 4B4i , consul de Sa Majesté la reine de la Grande^etagne dans les possessions du sultan de Mascate.

£n 484â, ce prince envoyait, à L<Nidres, un nouvel ambassadeur pour offrir à la reine Victoria une parure de diamants, évaluée à 30,000 piastres. Le procédé n'avait, au fond , rien d'inusité entre souverains qui viennent de contracter alliance; et Syed Saïd a coutume d'en agir ainsi quand il ratifie une convention passée avec une nation étrangère : seulement, la magnificence du cadeau était, cette fois, proportionnée au rang de la'sduveraine à qui il était destiné et à la vieille amitié qui attache le Sultan aux Anglais (4).

A peu près vers l'époque où Syed Saïd traitait avec Sa

(1) Vers 1840, Saïd avait, eu échange du Taisseaa le Liverpool, donné ^ par lai an riA d^Aogleterre, reçu, comme èadeao, le yacht royal Prince- Hegtnt. Qooiqoe çt dernier- uaTire fût loin d'égaler eo Yakar celui da Sultan, ce prince voulut peut-être aussi recooualtre, par le présent que nous meDtionooos ci-dessas, TattentioD dont il avait été l'objet, dao$ cette ciieoMtâiieo.

— aoâ —

Majesté Britannique, le gouvernement fffoçais iugea mécessaire aux intérêts de ses commerçants de renouer a«ec lui les relations directes interrompues par les dernières guerres maritimes. Comme bien peu de personnes,, en France, savent l'histoire de ces anciennes retations, il n'est pas inutile que je les rappelle ici , d'autant plus que le public et la presse ont vu, dans le traité conclu avec le sultan de Ma&cate, un fait nouveau et isolé de tout précédent.» ^^^

Nos premiers rapports avec les imams d'Oman» ceux, du moins, qui ont laissé quelques traces, datent de 174d, et l'accident qui y donna lieu était feit pour inspirer à l'imam alors régnant et à ses sujets une haute idée du courage des marins français. Le traité d'Aix«la-Chapelle avait, en 1748, mis une trêve momratanée aux hostilités entre les marines de France et d'Angleterre, dans les mers d'Europe; Biais les stipulations mal définies de ce traité, en ce qui concernait les possessions 4' outre-mer, exigèrent de longues conférences, pendant lesquelles la lulte se poursuivait «lire les flottes des deux nations , dans 1^ mers d'An^rique et de l'Inde. En 4749, le comte d'Ëstaing, montant le C<md4 et ayant soi» ses ordres deux autres navires» fut envoyé de i'ile de France dans le golfe Peraique, pour nuire le plus possible au commerce des Anglais et in^iéter leurs éta> blissements du golfe. Arrivé devant Mascate et apprenant qu'il s'y trouvait un gros navire de commerce sous pavillon ennemi , il le fit enlever par ses embarcations dans le port même et sous le feu deç forts de la ville» avec laquelle nous n'étions pas en guerre, maiscpii s' était crue iégithnemenl en droit de faire respecter sa neutralité. Cependant, le Condé ayant plus tard mouillé dans la baie de Meutrah,les a^riités

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de Mascsite jugèrent prudent de justlâer leor conduite et entrèrent en poorparlers avec d'Eslaing, Tasauruit de leurs sentinMots pacifiques à regard de sa nation et f tnfitant à rentrer dans le port de Maseato pour y prendre les fifres dont il aurait besoin. L'Imam lui-même, informé de ce qui avait eu lieu, envoya à Bendeor-Abass, où le Cond^ s'était ensnite rendu , un homme de confiance chargé de donner au comte d'Estaing des explications sur l'intervention hostile des autorités de Mascate dans l'affaire de l'enlèvement du navire anglais, intervention que, disait-il , il avait blâmée. Après cette démarche de l'Imam, d'Estaing quitta Bendeur-Abass , ayant le dessein d'aborder au port de Sohhar, non loin duqud était la résidence de ce prince ; mais, au lieu d'y conduire directement le Condé» l'envoyé de riraam fit mouiller le vaisseau sur un antre point de la

côte, où de nouvelles difficultés survinrent entre lé commandant français et les autorités locales, par suite de l'arrestation de quelques hommes de l'équipage : ceux-ci , d'ailleurs, furent rais && liberté sur les sommations énergiques de d'Estaing. A l'occasion de ce fait, il écrivit à l'Imam et partit sans avoir eu avec lui des communications plus directes. On trouve, dans le journal du Condé, tous les détails relatifs à ces événements et, de plus, les copies des lettres qui furent alors échangées : la lettre du l'Imam est signée Ahbmed-ben-Saïd ; une autre (de son fils) est signée Hilal-ben-Ahhmed; celle du gouverneur de Mascate porte la signature de Mohhammed-bcn-Khalfan. < <

rtos relations avec l'OmAn, commencées, on le voit, sous des auspices peu pacifiques , furent établies dans de meilleurs termes par les soins du conseil supérieur de Pondi-

chéry et par les agei^ que la compagnie française âet Indes orientales entretenait à Bassora. Un rapport adressé de Mascate, le 20 février 176i, à ce conseil^ par \e siear Petro Deperdriau/ se rendant comme agent à Bassora, contient quelques réminiscences des actes du comte d'Ëstaing; il s'y loue de la bonne réception que lui firent les chefs du pays, malgré le soutenir fâcheux qu'ils avaient gardé de l'affaire du Condé. On lui donna l'assurance que les Français ne cesseraient pas d'être bien accueillis sur la côte et d'obtenir tous les servfces dont ils auraient besoin. Nos navires furent toujours , en effet , parfaitement traités dans leurs relâches à Mascate, où ils se procuraient avec facilité l'eau, les vivres et tous les objets qui pouvaient leur être néces* saires, autant, du moins, qu'ils existaient sur les lieux.

Quelques années plus tard, le sieur Rousseau, autre agent de ladite compagnie à Bassora, avait imprimé à ces relations un caractère encore plus amical , qui ne se démentit pas même lors de la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre, en 4778. Et pourtant, durant cette guerre, l'imam de Mascate eut t se plaindre d'un acte violent commis contre un de ses vaisseaux par deux corsaires français. Le fait dont il s'agit se passa dans la dernière année du règne d'Ahhmed-ben-Saïd, au commencement de 1785; en voici les détails : ' v* ■

Notre marine, à peine restaurée, avait, pendant la guerre à laquelle hous venons de faire alluision, glorieusement réparé les désastres du règne précédent, et, tandis que Suffren tenait la flotte anglaise en échec sur la côte de Coromandel , les corsaires de l'île de France, en croisière sur les côtes occidentales de l'Inde et dans les eaux du golfe Persique, tra

vailiaieiit è détnrire le commerce de i'eonenri «t 8e croyaient autorisés à traiter comme tel toat navire qu'ils sapposaient chargéde marchandises appartenant à des négociants anglais . Deax de ces corsaires^commandés par le capitaine Deschiens, rencontrèrent, dans le golfe, le narire de l'Imam le Saiek, percé à deux batteries et armé de 50 canons à ia batterie basse : ce navire, chargé de marchandises et productions de l'Inde, se dirigeait vers Bassora. Leà corsaires, l'ayant abordé; le capturèrent. L'imam Sqlîd-ben-Ahhmed, qui , peu après cet événement, avait s\iocédé à son père, continua d'accueillir amicalement les bâtiments français abordant à Mascate ; il se contenta d'adresser au roi de France, par l'entremise de M. Rousseau, devenu consul général à Bagdad, plusieurs lettres, dans lesquelles, se plaignant du capitaine Desehiens , il demandait que cet officier fût sévèrement puni , et que le vaisseau le Saleh et sa cargaison fussent restitués. Toutes ces lettres existent encore aux archives des affaires étrangères, et sont empreintes d'un caractère de cordialité et de déférence qui témoigne du prix que l'Imam attachait alors à la bienveillance du gouvernement français. Les représentations de ce prince furent reçues comme elles méritaient de l'être; et des ordres ayant été expédiés, en ce sens, à l'administration de l'île de France, il fut reconnu, à la suite d'une enquête sur les circonstances de la prise du SaUhy que ce navire avait été capturé indûment, et que les réclamations de l'Imam étaient fondées. Mais le navire avait été conduit à Chaui , port des Mahrattes, où on le retenait , sous prétexte que cette nation était en guerre avec l'imam de Mascate : il fallut recourir à un autre moyen d'indemniser ce dernier, et le roi

de France ordoBoa ^ en bètifiieat neuf, avec tMS Bes agvès, lui fût envoyé. Diverses ctrconstaoceft, qn'il serait superflu de rapporter ki , enipèclièreDt VexécotioD inmiédiate de cet ordre, et ce fut sealement daos le courant de l'asnée 1790 qa% le capitaîBe Macnémara, comniaDdant la fhégate hi Thé- Ut, conduisit è iMascate et remitè l'Imam, au non du monarque français, un joli MltNseirt en bon état et doublé en cuivre, anquel on avait, i desaein, donné le nom de celui dont il était destiné à compenser la perte. Quoique ce navire f^ plus petit que le Saleh, et n'eût pas, à beauoonp près, la même valeur, l'Imam n'en témoigna pas moins une grande satisfaction et la manifesta par la foçon cordiale dont il accueillit le capitaine, Missi bien que par les termes de son accusé de récefrtion à M. Rousseau. On trouve aux archives de la marine nn rapport adressé, le 19 s^embre 1790, au ministre, par M. de Macnémara, rapport dans lequel cet oilcier se nH>ntre très-satbfait de la manière dont il a été reçu à Mascate. D'autre part, on lit dans la lettre de riouim à M. Rousseau les passages suivants :

« Vos paroles ont eu leur effet ; le don de votre géné-

« rosité nous est parvenu, et quoique le vaisseau que l'on a nous a envoyé soit très-petit et ne vaille pas le quart de « celui que nous avons perdu , il est à nos yeux beaucoup a plus grand, il nous est infiniffietit plus agréable, et sa poste session nous fait plus de plaisir.

a Vous n'ignorez pas les ordres que nous donnons à nos « officiers du port de M&scate, et la manière dont ils trai- « tent vos compatriotes qui abordent dans notre pays, les « distinguant de toutes les autres nations européennes... »

Qttel<|ae tèK^ «fAiil U restitution dont je tiens de pfltfer, lé goti¥erBenHSflf«fBK manifester intention d'établir à Mascate ttn agent |ilaeé fM» la direction do consulat général de Bagdttd. Le port de Nascate sitaé sur la route de rtnde à Bassora, c'est-à-diro sur la toie par laquelle les nonrelles de rinde arrifaient le ptos promptemefit alors en Ettrope, était un point oà ilpourait être utile d'avoir un agent pour faciliter et assurer les conH^unications nécessaireTentre la France et ses posBêssions de rinde^ L'Imam, pressenti à ce sujet, avait répondu qti'à l'aprivée de ce résident il loi donnerait une demeure pour s'y établir arec ses gens; et, en écrivant à M. Rousseau, il ajoutait : « Cet agent éprourera « de notre part toutes sortes d'égards et d'attentions, et « nous ferons plus pour lui que pour tous les autres, en vconsidération des sentiments qui nous unissent. «

Le HMMivement politique qui se produisit en Europe, à partir de cette époque et pendant la périoderévolutionnaire en France y détourna des aflhires de l'Inde l'attention de nos gouverottits ; et ce fat seuleoient sous le Consulat <]u'on reprit le projet d'établir une agence française à Mascate. Le citoyen Gavaignac, choisi pouro(«uper ce poste, débarqua, en aotkt 1805 , à l'île de France et de lé fut conduit à Maseate par la frégate rAtalmOê. Mais, quand il aborda en cette ville, vers les premiers jours d'octobre, des changements considérables s'étaient opérés éam le personnel gonyerneroental du pays : l'imam Saïd avait été, quelques années auparavant, détr6né par son frère Syed Soultan'; le mmistro Khalfao (1), qui avait pris une part très-^etive dans les

(1) Probablement KhAlfan-ben-Mohhanmied-bea-KliaUiiD, gourerneur de Maseate sous l'imam Abbmed-bei|-Saïd.

•— 808 — boûnes relations existant entre Saïd et le eon^l de Vnmè à Bagdad, était tombé en disgrâce à raréiieiiieiiltde T usurpateur, qui rayait éloigné des «flsires; en ou. mot, les dépositions du nouveau sultan à l'égard des Français n' étaient <pas aussi favorables que celles de son prédécesseur. L'in^ience anglaise commençait à se substitiœr à la nôtre dans la mer de rinde, et les victoires de nos armées sur le continent, ignorées, d'ailleurs, des souverains d'Orient, ne pouvaient contre-balancer dans leur esprit l'effet produit par l'évacuation de l'Egypte devant les forces combinées de T Angleterre et de la Porte Ottomane. De plus, pendant les dernières années qui venaient 4e s'écouler, la puissance des Anglais avait fait de rapides progrès au détriment de la nôtre et de celle de nos alliés : depuis i7d5, ils s'étaient emparés successivement de Ceylan , de Malacca, de nospcssessions du Malabar et de la colonie du cap de Bonne-Espérance ; ils avaient démembré l'empire de Tippou-Saïb, occupé le Garnatic et mis le grand Mogol soub leur dépendance. Qel état de choses était menaçant pour tons les petits princes voisins qui auraient montré des dispositions favorables aux intérêts de la France, seule rivale de l'Angleterre dans les mers de l'Inde. Le souverain de l'Oman comprit , comme tous les autres, les ménagements que commandait sa situation vis-à-vis des Anglais; les hostilités, momentanément suspendues par la paix d'Amiens, ayant été repifises quatre mois avant l'arrivée de l'envoyé français à Mascate, Syed Soultan' se décida à ne pas recevoir notre agents toutefois, en véritable Arabe, il prit ses mesures pour éviter une rupture dont il eût pu se repentir plus tard. A l'arrivée de VAtaUmle à Mascate, le prince était djans, l'intérieur^ oc-

cupé, disait-on , à guerroyer avec les Arabes de Djulfar, ce qui le retiendrait longtemps. Le gouverneur, Mohhammedben-Khalfan (1), se récusa, déclarant qu'en l'absencede son maître il n'était pas autorisé à recevoir un résident étranger; mais il s'engageait à informer aussitôt le Sultan de l'arrivée de l'agent français, et, en attendant la réponse, invitait celui-ci à demeurer à Mascate. Le hasard vint en aide aux moyens dilatoires employés par le ministre de l'Imam : en faisant transporter le citoyen Cavaignac à sa destination, les autorités de l'île de France ne prévoyaient ni difficultés ni délais dans son installation ; et le commandant de la frégate avait, en conséquence, reçu de l'amiral Linois, sous les ordres de qui ce navire était placé, une mission qui l'obligeait de remettre promptement sous voiles. Cependant , eu égard aux empêchements qui se présentaient pour notre agent, le capitaine de VÀtalante allait de concert avec lui combiner ses mouvements pour revenir dans ce port à l'époque où serait connue la décision du Sultan, quand le citoyen Cavaignac apprit, dans ses communications avec quelques personnes notables de la localité, qu'une influence hostile aux intérêts français régnait dans les conseils du prince, et que les motifs allégués pour différer sa réception étaient de simples prétextes employés dans l'intention de l'éluder indéfiniment. Dès lors, ne jugeant pas convenable pour un représentant de la France d'accepter une pareille situation, il se décida à quitter immédiatement Mascate. Il n'est pas douteux que la conduite du Sultan, en cette occurrence, n'ait été le résultai des intrigues des Anglais, et particuliè-

(1) Sans doute un petit-fils de celui qui était gouveraenr eu 1749. II. M

rement, des démarches du résident de cette nation accrédité auprès du pacha de Bagdad. ^^ ,

Pendant que ceci se passait en Omftn , le général Decaen arrivait à 111e de France en qualité de capitaine général des établissements français au delà du cap de Bonne-Espérance. Sous son administration, cette colonie et celle de Bourbon s'élevèrent à un degré de prospérité auquel elles n'étaient pas encore parvenues. Les bâtiments neutres y affluaient et jetaient dans le pays une grande quantité de marchandises et de numéraire en échange des produits du sol , considérablement accrus par plusieurs années consécutives d'abondantes récoltes. Malgré les revers de notre marine à Trafalgar, l'Angleterre, qu'une armée française avait, un moment, menacé d'envahir et qu'humiliaient les défaites successives de ses alliés, obligés, par nos victoires, à se ranger de notre côté, l'Angleterre, que |e blocus continental réduisait aux abois , voyait son ascendant et son influence faire place, en tous lieux, à l'influence et à l'ascendant de sa rivale. La nécessité de concentrer ses ressources pour soutenir cette lutte à outrance l'empêchait d'avoir des forces maritimes supérieures aux nôtres dans les mers de l'Inde, où nos frégates et nos corsaires de l'île de France causaient un grand préjudice à son commerce. Les prises qu'ils faisaient étaient conduites dans les ports de cette île et vendues le plus souvent à des Arabes de Mascate, qui , pour ces acquisitions, aussi bien que pour le placement de certaines denrées alimentaires, y trouvaient un marché toujours ouvert à leurs spéculations. Le sultan dont la conduite nous avait, quelques années auparavant, donné de justes sujets de mécontentement était mort depuis 4804, et cet événe-

ment avait amené, dans le personnel et la politique du gouvernement'de Mascate , des changements qui rendaient un rapprochement possible. Syed Saïd, alors régnant, prH Tinitiatiye des ourertores dans ce sens; et, le 15 juin 4807, un traité fut conclu à Ttle de France entre ce prince et le capitaine général Decaen. Lé négociateur représentant le Sultan était Syed Madjed-ben-Khalfan. Toutefois les agents anglais reprirent bientôt auprès de Saîd l'empire qu'ils avaient exercé sur son prédécesseur : à la suite des représentations qui lui furent adressées par les autorités de l'Inde sur ce traité qu'elles disaient nuisible aux intérêts de la compagnierle Sultan demanda à y introduire quelques modiâcations, et le 17 juin 1808 une nouvelle convention fut substituée à la première, sans être plus exécutée que celle-ci . Les péripéties du grand drame militaire dont Napoléon était le héros vinrent encore imprimer aux dispositions du chef de rOmÂn, à l'égard de la France, ce mouvement de bascule qui déjà, plus d'une fois, nous avait fait monter et descendre dans la faveur des imams. L'Angleterre, après avoir vu échouer ou tourner à son détriment les diverses cMlitions qu'elle avait soulevées contre la France, et ne pouvant entamer notre puissance sur le continent, dot employer tous ses moyens d'action à se conserver l'empire de la mer. En même temps qu'elle entretenait, par des secours de tout genre, la résistance des Portugais et des Espagnols à l'occupation française , qu'elle bombardait Copenhague et incendiait la flotte danoise, elle s'emparait du port de Flessingue, alors français, et dirigeait dés expéditions considérables contre nos possessions d'outre-mer. Le 9 juillet 1810, l'île Bourbon passait, par capitulation, sous la domination

anglaise, et, le o décembre suivant, l'île de France subissait le même sort.' ■w;r?'v-n!>.i.;M . ■•.^ . • h. ^- ' :i^n<,'^ç'-,.

A partir de cette époque, jusqu'à la paix de 1815, la mer de l'Inde fut fermée au pavillon français; et le traité de Paris , en nous rendant quelques-nnes de nos colonies , telles que Bourbon, Madagascar, Pondichéry et nos comptoirs du golfe de Bengale, ne nous fit pas recouvrer , dans les pays baignés par l'océan Indien , l'influence que nous y avions eue autrefois : celle des Anglais, maîtres de la moitié de l'Hindoustan, y régna dès lors sans partage. Une telle situation ne nous permettait donc plus d'attendre, des souverains d'Orient, autre chose qu'un échange de coucessions réciproquement avantageuses et, surtout, de nature à ne pas porter ombrage à nos anciens rivaux. Ce fut dans cet esprit qu'en 1817 le commandant pour le roi , en rîle Bourbon, hasarda une démarche au|>rès de Syed Saïd. A une lettre qu'il avait adressée à ce prince, au mois de septembre de cette année, pour lui recommander un traitant de rtle qui allait charger des marchandises à Mascate, le Sultan répondit en exprimant le plus vif désir de renouer les liens d'amitié qui existaient naguère entre son pays et les colonies françaises. Au commencement de 1819, la gabare la Zélée y armée commercialement, relâcha à Mascate; elle en rapporta des animaux vivants et divers produits de rOmân dont la vente à Bourbon procura de beaux bénéfices, et cet essai ayant déterminé les traitants de l'île à entreprendre de semblables voyages, l'administration locale crut nécessaire de régulariser ces relations. Une convention rédigée à cet effet et signée le 30 mars 1822 régla jusqu'en 184^ les transactions commerciales qui s'opéraient

entre nos colonies et les Etats du Sultan. Nos rapports avec ce prince se maintinrent, du reste, d'autant plus faciles et plus amicaux qu' ils ne cessèrent jamais d'être, de notre part, complètement désintéressés au point de vue politique. Aussi ceux de nos navires de guerre qui, durant cet intervalle, touchèrent à Mascate ou à Zanzibar y furent-ils toujours accueillis avec une grande cordialité par le Sultan ou par ses représentants. *

En 1839, éclairé par l'administration de Bourbon sur le développement commercial qui s'était produit depuis quelques années à Zanzibar, le gouvernement français jugea opportun d'y établir un consulat. On devait s'attendre à ce que ^exécution de cette mesure ne rencontrât aucune diffîculté, car aux ouvertures préalW)lement faites le Sultan avait déclaré qu'il recevrait un consul envoyé par la France sur le même pied et avec la même bienveillance que ceux des autres nations amies. Un agent fut donc désigné pour ce poste et transporté en 1840 à Mascate, où se trouvait alors Syed Said. Mais , soit que l'imminence d'une rupture entre la France et l'Angleterre à propos de la question d'Orient eût porté le résident anglais à conseiller au Sultan de s'abstenir, soit que ce prince voulût réellement, comme il le dit alors, qu'un traité réglât à l'avance, ainsi que cela s'était fait pour les Américains et les Anglais, les attributions de notre agent , l'admission de ce dernier fut diflFérée jusqu'à la conclusion dudit traité, mesure dont le Sultan paraissait, au reste, désirer beaucoup l'accomplissement. Ce traité, négocié par M. le capitaine de vaisseau Romain-Desfossés, commandant la division navale de Bourbon et Madagascar, fut signe à Zanzibar, le 4 novembre 1844,

et, le même jour, le consul qui avait accompagné le négociatear reçut Vexequatur. rv .«ni

Ici se termine la série des renseignements que j'ai pu recueillir sur la vie politique de Syed Saïd, soit dans ^e cours de mes voyages, soit dans le petit nombre d'écrits (i) qui ont été publiés sur ce personnage. Dans le chapitre suivant, je le ferai connaître^ d'une manière plus intime ou plus individuelle et comme homme et comme souverain.

(1) Parmi ces écrits, il en est un plus spécial et qui présente une chroDique assez régulière des faits ; il est intitulé : History of Syed Sàid, tuUan of Muscat. Together loith an aecount of Ihe countries and pe&ple on Ihe ghores of Ihe persian Gulf, parlicularly of the Wahabeet; translated from the italian^ hitherlo not publUhed, etc. London, 1819.— L'auteur du manuscrit, oatif de Rome, après avoir exercé la profession de médecin dans plusieurs pays de l'Orient, se mit au service du sultan de Mascate et devint, sous le nom de Ghbikb MansouR, commandant d'une partie de ses forces dans la guerre engagée, par ce prince, contre les Djouassim et 1^ Ouahhaby.

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