CHAPITRE IV
Syed Saïd. — Son caractère. — Sa famille. — Gouvernement, militaires. — Marine. — Revenus et dépenses.
Force*
Il est toujours bien difficile de juger un homme qui occupe une haute position politique, même dans les pays dont les usages et les mœurs nous sont familiers. L'époque n'est pas venue où les idées que nou$ nous faisons, humainement parlant, du beau, du bon et du juste serviront de règle aux dominateurs d'empires aussi bien qu'aux citoyens obscub ; et, puisqu'il est encore admis que la morale des petits peut ne pas toujours être celle des grands, que les lois de la vertu ne sont pas les mêmes pour le fort et pour le faible, l'observateur qui veut se rendre compte de la valeur de certains personnages est dans l'obligation d'avoir un point de vue mobile et de changer ses poids ou sa mesure selon les circonstances.
Mais la difficulté augmente, si l'homme dont nous devons peser les mérites et les fautes appartient à une nation et se trouve à la tête d'un gouvernement qui diffèrent entièrement des nôtres par les coutumes et les traditions. Tout le monde connaît ces cours d'Orient où le meurtre et la duplicité font partie intégrante de l'art de régner; où les intrigues de palais se dénouent souvent par le poison et le
poignard; où l'on est habile quand on sait tromper, énergique lorsqu'on tue à propos ; où l'on peut s'abaisser sans s'avilir, se parjurer sans déshonneur; où le crime heureux n'est plus le crime ; où la honte qui porte profit n'est qu'une sage spéculation; où enfin toutes les infamies, toutes les turpitudes sont tellement passéesen usage, qu'elles ont perverti la moralité publique et ne soulèvent plus dans les consciences aucune protestation! C'est dans un tel milieu que Saïd est né à la vie du monde et à la vie politique : pourrions-nous ne pas en tenir compte dans le jugement que nous allons formuler sur lui , et nous montrer aussi sévère que nous le serions si de sages leçons, si de nobles exemples eussent seuls entouré son berceau et sa jeunesse? Pourrions-nous oublier dans quelles conditions particulières il a été personnellement placé, et quelle était la situation de l'Etat dont la Providence remettait la destinée entre ses mains? Si nous négligions tous ces éléments d'appréciation , nous n'arrivetions jamais à concevoir une idée juste
d'un prince dont oin a dit , je le crois , beaucoup trop de bien et beaucoup trop de mal ; qui a été observé superficiellement, critiqué sans motif, loué sans raison; enfin qu'on a tantôt exalté avec l'enthousiasme de la niaiserie ou dans un but intéressé, tantôt ravalé étourdiment et sans
réserve.
Saïd avait quinze ans à peine lorsqu'il vit mourir son père Soultan', glorieux et regretté, quoique violateur des droits d'un frère. Le premier acte de sa vie politique fut de lutter, entraîné par Bedeur, contre leur oncle Qis, au préjudice dutjuel , aussi , Soultan' s'était emparé du pouvoir, et qui , à juste titre, le revendiquait. Bedeur, grâce à l'appui moral qu'il avait
reçu de la coopéralionde ses jeanes cousins, usurpe, àsontour, le gouvernement auquel ceui-ci croyaient avoir droit comme 61s du dernier sultmi. Saïd décide alors son frère atné, Salem, à abdiquer ses pr^ntions en stt faveur ; il parvient à reconquérir le rang suprême, par suite du meurtre de son oncle et cousiu Bedeur, dont la mort, quel qu'en soitl'auteàr, a toujours laissé planer un soupçon de complicité sur la tète de celui qui en a profité. Tel fut le prologue de l'histoire de Saïd, prologue non moins rapide qu'émouvant , car il ne dura guère plus d'une année, et Saïd avait vu ou fait toutes ces choses avant l'âge de seize ansi vrîor, iuh . = > . Pour oser prendre, si jeune encore, cette couronne tachée de sang, il fallait une certaine audace; car la puissance des imams d'Oman semblait être bien pr^ de sa ruine : l'État, démembré d'une bonne partie de ses villes maritimes et de ses districts de l'intérieur, démoralisé par la défaite, appauvri par les impôts payés aux vainqueurs , ne vivait , pour ainsi dire, que grâce à la tolérance de Souhoud. Dans ces tristes conjonctures, Saïd, pour ne pas désespérer du salut, eut besoin d'une grande force d'âme, et, pour ne pas consommer sa perte, d'une prudence et d'une habileté que sa jeunesse rendait d'autant plus remarquables. Avec des soldats sans fidélité et sans bravoure, des marins aussi peu courageux qu'ignorants de leur métier, il a eu, pendant de longues années, d'un côté à combattre les hardis pirates , terreur de ces mers; d'un autre à se défendre contre des ennemis partout victorieux, conduits par un général d'une valeur éprouvée, contre ces terribles Ouahhaby, disons-nous, dont le fanatisme religieux doublait les forces. Cependant il n'a pas succombé! Sans doute, le hasard est venu en mainte occasion
à son aide ; mais il a su donner au hasard le temps d'agir. Que dans une situation aussi périlleuse il ait employé souvent les armes de la faiblesse, la ruse, l'intrigue, la duplicité, cela n'est pas douteux ; mais Saïd n'avait pas fait la situation , il la subissait, et il s'en est tiré par les seuls moyens qui fussent en son pouvoir. Une fois pourtant^ dans sa carrière politique (je laisse de côté, comme c'est mon devoir, le drame inexpliqué de Beurka), une fois Saui s'est montré, je. ne dirai pas perfide , car la perfidie était une arme habituelle pour lui ainsi que pour ses adversaires, mais cruel et cruel à l'excès : ce fut après sa victoire définitive sur les M'zara. En les condamnant h une lente agonie» il parut s'inspirer beaucoup moins de la raison d'État que de son propre ressentiment ; et pourtant il eût pu être prévoyant et sévère sans barbarie, il eût pu, sans danger, se montrer généreux.
C'est qu'en réalité, et malgré ses prétentions contraires, Saïd ne saurait passer pour un homme supérieur que chez des barbares. Ceux qui ont prononcé le nom de Méhémet-Ali à propos de Saïd ont fait à celui-ci plus de tort que d'honneur ; on rapetisse certains hommes en les plaçant dans une perspective trop élevée.
Saïd a eu le malheur de se trouver chargé du gouvernement d'un État en pjéîâe décadence, attaqué de toutes parts et, pour ainsi dire, sans moyens de défense. Pour parer aux nécessités du momenTTiil a donc escompté l'avenir ; pour se sauver de ses ennemis , il a ^gagé son indépendance visà-vis des Anglais. Ce fut une fatalité attachée à son règne que d'avoir besoin des services du plus puissant et du plus avide de ses voisins. Il ne s'est pas étourdiment exposé au péril caché sous cette alliance, j'en suis convaincu; il s'y
est résigné comme tout boa musulman se soumet à l' arrêt du destin :'Mâ ghâ Allah 1 Dieu l'a voulu!
Après treirte-cinq années d'une TÎe orageuse mêlée de combats contre les ennemis du dehors et du dedans, tf humiliations, de sacrifices, de succès douteux, suifis de prompts revers, Said, fatigué, tisé par les agitations de sa vie politique et par l'usage trop fréquent des consolations du harem, vieux avant l'âge, — car, lorsque nous le vîmes en dernier lieu, il n'avait pas dépassé sa'binquante-huitièae année, — Saïd, dis^e, s'est retiré à Zanxibar, probablement pour chercher un repos salutaire, dans les lieux où la fortune lui a été le plus favorable et dont la vue réveille en lui des souvenirs moins amers. Il est le premier chef de l'Omftn qui ait pacifié sérieusement la côte d'Afrique, le premier qui ait (détenu des chefs de cette côte une soumission non absolue sans doute, mais effective autant que ses intérêts personnels l'exigeaient. Ciomme sultan de Zanxibar, il a été, si peu que ce soit, créateur et organisateur; il a feit progresser sa conquête africaine, tandis que ses possessions arabes s'en vont tous les jours dégénérant. Aussi Zanzibar est-il devenu son pays de prédilection. Là il semble vouloir s'habituer peu à peu à l'idée des changements politiques dont est menacée sa contrée naiale. Prévoyant que, dans un avenir prochain, l'Oman, placé trop près de la sphère d'activité du colosse anglo-indien, ira, satellite docile, fatalement graviter autour de cette masse puissante ou même s'absorber en elle, il cherche à s'arranger, pour ses vieux jours, un refuge assuré contre les tempêtes , et à préparer pour ses descendants le berceau d'un nouvel empire. Mais, ayant conscience de son épuisement et de l'inaptitude complète du peuple
dont il est le chef, il borne ses efforts à maintenir ce qui existe, à améliorer son flsc et son coDunerce, enfin h grossir l'épargne qui devra faciliter à ses enfants l'accomplissement de l'œuvre de progrès, qui lui sourirait peut-être, mais qu'il ne lui est pas donné d'entreprendre. L'avenir ne trompera-t-ii pas ses calculs et ses espérances? Nous ne saurions le dire. Tout ce qu'il est possible de supposer en ce moment, c'est que l'état des esprits à la côte d'Afrique, et les questions graves qui , probablement, préoccuperont encore longtemps les hommes d'État de l'Europe, permettront à Saïd de terminer en paix sa vie dans sa retraite favorite. t>^
Malgré le peu de sympathie que m'avait inspiré pour ce prince ce que je savais de son passé comme de ses actes récents, malgré ce qui me choquait dans les allures tortueuses de son gouvernement, malgré même les choses ridicules ou de mauvais goût qui offusquaient ma vue dans le cours de mes rapports avec lui, ce n'était pas sans intérêt que je contemplais cette belle figure de vieillard où se peignent à la fois la noblesse de la race et les ravages causés par les passions ou les agitations de la vie politique. Sa taille est élevée et majestueuse, et l'on devine aisément que sa constitution a dû être robuste ; ses traits sont beaux ; sa physionomie intelligente respire le calme et ne trahit que bien rarement les émotions qu'il veut cacher. H fut , sans doute, dans sa jeunesse, vif et emporté ; mais il a appris de bonhe heure l'art de dissimuler ses impressions et sa pensée ; Seulement , s'il est blessé ou contredit fortement, une rongeur fugitive court sur son visage impassible sans que l'harmonie des traits et l'immobilité des muscles en soient dérangées. J'ai dit qu'il possède à un degré marqué la noblesse et la di-
gnité du geste, et qu'il a pour les étrangers une grande afifa^Hté ; devant eut , il met une certaine coquetterie dans ses manières, et l'on voit qu'il attache du prix à leur approbation ou à leur estime. Mais , dans les largesses dont il les gratifie, on découvre plutôt l'envie de briller qUe la volonté de leur être agréable. L'obscurité lui pèse : il éprouve un besoin impérieux de paraître et de faire parler de sa personne. C'est ainsi qu'il a voulu devenir membre de la société générale des naufrages , heureux et fier d'accoler son nom, sur les listes publiées par le journal de cette société, à celui des potentats qui y figuraient. Il se trouverait satisfait, j'en suis sûr, d'être associé à toutes Les entreprises philanthropiques d'une portée assez générale pour attirer le^ regards du monde. Il est surtout jaloux de se montrer, aux yeux des représentants des nations civilisées, digne d'être considéré comme l'égal des souverains avec lesquels il a noué des relations. Une 4es plus douces satirfactions qu'il ait éprouvées dans sa vie fut assurément celle que lui causa, en 1835, l'arrivée des deux navires américains et de l'agent qui venait, au nom du président des Etats-Unis, lui proposer un pacte d'amitié et de commerce. Si précieux que fussent les avantages politiques attachés à cette alliance, la satisfaction qu'il en ressentit égala à peine la joie secrète de se voir traiter quelque peu en roi, lui , le successeur amoindri des imams d'Oman, réduit à n'être que le plus gros commerçant de ses Etats, le péager monopoleur de la c6te orientale d'Afrique.
Au reste r.. rien , dans sa personne ni dans ce qui l'entoure, ne décèle cette vanité, qui d'ailleurs ne s'étend pas aux choses frivoles; il évite le clinquant; sa mise, toujours
simple, n'a de remarquable que la finesM da linge et ane exquise propreté; il ne recherche ni le faste ni la pompe du cérémonial ; dans ses rapports a?ec ses sujets» il est trèspaternel, et se laisse aborder avec une facilité yraiment patriarcale. J'ai dit, précédemment, qu'il vient d'habitude passer quatre jours de la semaine à la ville ; pendant les heures libres de ces jours , le matin particulièrement , les salles de son palais s'ouvrent au public, et qui veut l'approche. Une nombreuse assistance se presse autour de lui dans ces réunions, qui sont à la fois une audience, une espèce de petit lever et un baisemain. Les uns l'y entretiennent d'affaires litigieuses, et, lorsque les questions ont peu d'importance , il en prononce la solution, séance tenante ; d'autres se présentent en courtisans, je n'ose pas dire en amis. Requêtes, compliments, souhaits, flatteries, jusqu'au simple Bonjour, Saïdî... que lui adresse quelque vilsiteur dédaigneux de l'étiquette, tout est reçu par lui avec affabilité, et sa voix calme, au timbre doux et grave, répond uniformément à chacun : Maràkba (i) l
S'il faut en croire les gens de Zanzibar, l'avarice serait une des particularités du caractère de Saïd ; mais les opinions sont entièrement contradictoires sur ce point : divers voyageurs le vantent, sous le rapport de la générosité, comme un prince modèle; j'ai lu certain passage d'un livre anglais, où l'auteur enthousiaste le compare, pour la muni-
(1) Marahba on Meurhaba. — Le sens propre de ce mot est affec tuemement^ largement; mais, dans Iç cas dont il s'agit, il signifie que le compliment ou le salut adressé est reçu avec plaisir, et il est alors une forme de remerctmeni. C'est encore par ce mot qu'on accueille un visiteur ou un présent.
ficence, aux anciens khalifes. Les deux assertions, toute mesure gardée , paraissent être également vraies. Si son amour-propre est en jeu , Saïd donne sans compter , il exagère ses libéralités ; il sait qu'elles lui reviendront de l'étranger en pompeux éloges , et la presse anglaise le sert à cet égard selon ses goûts. •.
Voici un fait que raconte Edmund Roberts, dans la relation de son ambassade à Mascate ; il s'est passé à l'époque des conférences pendant lesquelles fut rédigé le traité avec les Américains, a Quand, » dit le narrateur, a j'eus fait la lecture du cinquième article , relatif aux marins naufragés, et qui stipulait un dédommagement pour les frais qu'exigeraient l'entretien de ces malheureux et leur rapatriement aux États-Unis , il ne voulut pas accepter la rédaction proposée et demanda qu'elle fût modifiée en ce sens : que les frais de protection , d'entretien et de rapatriemrat seraient à sa charge; il fît observer, en même temps, qu'agir différemment , ce serait vicier les usages des Arabes et les devoirs de l'hospitalité, toujours respectés par ses compatriotes. » Dans cette circonstance,'était-ce le philanthrope sincère qui parlait, ou l'homme vaniteux qui faisait parade d'une générosité de commande, ou plutôt le musulman d'origine princière voulant se montrer à la hauteur de son rang et éblouir des chrétiens par sa munificence?
Quant aux habitants de Zanzibar, il est réel qu'il ne les gâte pas de ses largesses. Peut-être cette population misérable, mendiante :par besoin, mais encore plus par habitude, a-t-elle des exigences insatiables, \t Saïd s'absUept alors de pratiquer une bienfaisance qui serait souvent imméritée et qui , dans tous les cas, deviendrait trop onéreuse pour lui.
D'ailleurs je crois qu'il méprise profondément ses sujets africains : il les sait paresseui, menteurs, coutumiers de Tol et ineptes. Prodiguer à de pareilles gens cet or si difficile à amasser, ce serait une duperie bien peu compatible avec le caractère de l'arabe et du vieillard; il y a plus, cette excessive parcimonie pourrait bien être uniquement l'effet d'une prévoyance bourgeoise en faveur de sa famille ou plî|t6t de celui de ses fifs qu'il voudrait avoir pour successeur. Ceci m'amène à parler des principaux personnages qui tiennent au sultan de Mascate par des liens de parenté.
Syed Saïd n'avait eu, jusqu'en 1846, que deux feiùines légitimes : l'une, qu'il a épousée vers l'époque de son avènement , était sa cousine Âdza-ben'ti-Mouza-ben'ti-el imam Ahhmed (fille de Mouza, fille de l'imam Ahhraed). Adza vivait encore quand je me trouvais à Zanzibar, et conservait, m'a-t-on dit, une grande influence sur son époux, qui lui est fort attaché; mais l'unique enfant qu'il ait eu d'elle est mort en bas âge. Sa seconde femme fut cette princesse de Chiraz qui, quelques années après son mariage, quitta si cavalièrement son mari : elle ne lui a pas non plus laissé d'enfants. Le Sultan n'a donc pas d'héritiers légitimes. En revanche, il a eu de ses concubines bon nombre de fils et de filles. J'ai donné, au tableau de la descendance d'Ahhmed, la liste des premiers, et je ne m'occuperai ici que des trois plus âgés, les seuls qui , jusqu'à présent, soit par leur action dans le gouvernement, soit parleurs prétentions plus ou moins fondées à succéder à leur père, méritent une attention particulière.
L'aîné de ces enfants, Syed Hilal, est né d'une Abyssinienne; il avait, en iS46, environ trente et un ans; bien
li ï
jeune lorsqu'il perdit sa mère, il s'est trouvé depuis en butte aui jalousies et aux intrigues des mères des autres enfants du harem. Son père, influencé par ce& haines féminines, le relégua dans le gouvernement de Beurka, tandis que les deux fils cadets étaient placés aux postes bien plus importants de Zanzibar et de Mascate. Hilal resta gouverneur de Beurka jusqu'en 1840, je crois ; à cette époque, afin, sans doute, de prévenir les collisions qui auraient pu s'élever entre ce jeune prince et ses frères plus favorisés, Syed Saïd, rendu défiant par le sentiment même de l'injustice avec laquelle il le traitait, l'appela vers lui. Ce fut dans la même année que je vis Hilal pour la première fois, à Mascate, où il était près de son père. C'était alors un homme de tai^lle moyenne, mais bien proportionnée; ses traits, assez réguliers, n'étaient ni nobles ni accentués comme ils le sont ordinairement dans le type arabe ; toutefois sa physionomie ne manquait pas d'intelligence , et elle avait surtout une expression de tristesse qui trahissait les préoccupations douloureuses d'un coeur ou d'un orgueil blessés.
On attribue cette désaffection du père de Hilal à diverses causes dont il est fort difficile à un étranger de vérifier l'exactitude ou d'apprécier la valeur. J'en ai déjà indiqué une dans les rivalités des femmes du. harem au sujet des enfants qu'elles ont eus du maître; ou ne saurait s'imaginer, ou plutôt s'imagine-t-on peut-être sans peine, toutes les cabales et les discordes intestines résultantde ces jalousies maternelles et, par suite, toutes les tribulations du vieux Sultan. De là des concessions iniques arrachées à sa faiblesse, et bientôt une aversion réelle qu'accroissent les récriminations et les révoltes de l'enfant injustement sacrifié. Cette expljk^ation me parait
des plus plausibles ; cependant on parle vaguement aussi de tentatives coupables et même de liaisons incestueuses qui auraient existé entre Hilal et l'une des concubines de son père. Il est certain que l'entrée du harem lui est rigoureusement interdite ; mais Hilal n'ayant pas de mère à y voir, sa présence ne saurait "être qu'irritante pour les mères de ses frères, et voilà probablement la cause de l'interdiction dont il est l'objet. Au reste, sa continence habituelle et son tempérament donnent peu de créance à l'accusation formulée contre lui par les partisans de ses frères ou par les individus qui, possédant la faveur du père, cherchent à excuser, dans l'esprit des étrangers, la conduite qu'il tient à l'égard de l'un de ses fils. Cette conduite est, en effet, d'autant plus extraordinaire que Saïd semble aimer tendre^ ment ses autres enfants. Enfin, quelle que soit l'origine de l'antipathie du Sultan contre son fils aîné, certains actes accomplis par le prince deux ans environ avant notre passage à Zanzibar l'avaient auginentée et rendaient plus pénibles que jamais ses rapports avec son père. On me raconta qu'à l'occasion d'une dispute entre lui et son frère Kbaled, dans laquelle il avait été jusqu'à tirer le poignard contre ce dernier, Saïd étant intervenu aurait frappé Hilal au visage, et que celui-ci, craignant les suites de la colère de son père, avait pris le parti de quitter le pays , sous le prétexte de faire un voyage à la Mekke, mais en réalité, selon quelques personnes, pour aller en Angleterre : on affirmait qu'une lettre d'introduction lui avait été remise, à cet effet, par le consul anglais, capitaine Hamerton . Quel que fût, au surplus, le motif de son départ, toujours est-il que Hilal se rendit en Angleterre en l'aunée 1845. H paraît qu'il n'y fut point
accueilli comme il y comptait, et qu'ayant obtenu une audience du ministre des affaires étrangères il reçut le conseil de rentrer au bercail , où Ton promit de lui ménager un traitement favorable en intercédant auprès de son père.
En février 1846, Hilal était revenu à Zanzibar, à bord d'un navire anglais; mais, profondément choqué du scandale produit par le recours de son fils à une médiation étrangère, Saïd ne lui a point pardonné cette incartade et s'est montré encore plus rigoureux qu'autrefois. Le consul anglais s'abstint, d' ailleurs, d'intervenir entre le prince et son père; et ^ilà^Yî^ aujourd'hui dans un état relativement misérable, habitant une petite maison voisine de M'toni. Le vieux Sultan reste inflexible et ne l'ap^le au palais, je crois, que lors des réceptions cérémonieuses auxquelles donne lieu l'arrivée des étrangers.
Malgré son dénùment, Uilal a su néanmoins se faire une réputation de générosité qui rallie à sa cause un assez grand nombre d'adhérents, et il m'a paru qu'il excitait une sympathie marquée dans la population arabe de Zanzibar. Parmi ses partisans, on distingue beaucoup de jeunes hommes, vigoureux et entreprenants, qui seraient très-propres à lui assurer l'avantage sur ses frères au moment où la mort du Sultan laissera une libre -carrière aux prétentions de chacun. Hilal entretient le dévouement de ses amis, leur promettant une large part dans les trésors de son père: et leur confiance est accrue, dit-on, par l'appui tacite du capitaine Hamerton, qui fait espérer à Hilal l'assentiment du gouvernement anglais. Ici, bien entendu, je raconte, sans prétendre, en aucune manière, garantir la vérité du récit.
Le second fils du Sultan, nommé Khaled, plus jeune que
le premier d'environ quatre ans, est né d'une femnoe malabare. II est d'une belletaille. Ses traits, réguliers et fins, donnent à sa physionomie une eipression de grâce féminine qui s'harmonie avec la voluptueuse nonchalance répandue dans toute sa personne ; tout en lui annonce le manque d'énergie, prédisposition naturelle augmentée, sans doute, par les graves infirmités dont il est atteint. Ses membres inférieurs sont monstrueusement développés par l'éléphantiasis, et cette difformité, jointe à une hydrocèle (maladie endémique dans certaines contrées équatoriales), l'empêche de se livrer aux exercices du corps, qui, chez les nations barbares , assurent à quiconque y excelle le prestige de la supériorité, et imposent au vulgaire, bien plus que ne le font les qualités morales ou intellectuelles. Syed Khaled ne
monte à cheval que pour se promener, et cela avec beaucoup de précaution; son inaptitude aux fatigues corporelles, peut-être aussi l'amour du gain, lui ont fait tourner son attention exclusive vers le commerce; oii dit qu'il s'y entend merveilleusement et qu'il a déjà amassé des sommes énormes; mais il passe pour être fort peu généreux. C'est là un défaut capital aux yeux des Arabes , qui aiment à voir leurs chefs doués des qualités qu'ils n'ont pas eux-mêmes; et , dans leurs causeries intimes, ils désignent souvent le jeune prince par l'épilhète de banian.
Saïd paraît affectionner particulièrement son fils Khaled ; les intérêts'de ce dernier trouvent d'ailleurs, dans la constante sollicitude de sa mère , une protection puissante et active. Cette femme s'est acquis une véritable royauté dans le harem ; elle le bouleverse à son gré au moindre mécontentement que lui cause le maître; de telle sorte que, las
de tracasseries et d'ennuis, le vieui Sultan finit toujours par céder à ses caprices.
Syed Khaled est, depuis plus de six ans, chargé du gou-' vernement de Zanzibar, et, en l'absence de son père, il a également autorité sur toutes les autres possessions du Sultan à la côte orientale d'Afrique.
Enfin le troisième fils de Saïd , plus jeune de deux ans que son frère Khale^ , est nommé Tsouéni. Je ne saurais dire positivement de1)uel pays était sa mère ; cependant , si mes souvenirs ne me trompent , elle devait être Géorgienne ou Circassienne, et le visage de Syed Tsouéni rappelle effectivement le beau type des races asiatiques. À ses traits mÀles et vigoureusement prononcés s'ajoutent une physionomie d'une énergie un peu sauvage et une robuste constitution. £n 1838, à mon premier passage à Mascate, il avait en -main les rênes du gouvernement, son père étant alors » Zanzibar. ' v
Tstouéni est réputé très-brave et très-entreprenant, et son nom est assez populaire dans la partie de l'Oman restée sous la domination de Saïd. Il est ambitieux et parait se disposer sérieusement pour les éventualités de l'avenir. Parmi les fils du Sultan, c'est celui qui a le plus de chances d'hériter du pouvoir dans ce pays; mais il aura d'ardents compétiteurs dans plusieurs de ses parents : particulièrement dans les fils de Syed Az'ran-ben-Qis et Syed Hilal-ben-Mohhammed-ben el imam Ahhmed, son grand-cousin, dont je vais dire quel- (]ues mots.
Outre ces trois fils de Saïd , quelques personnages de sa famille réclament, en effet, nue place dans ce tableau, eu égard' à leur importance-poliliquc. Au premier rang, sous
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le rapport de la naissance et des qualités personnelles, est Uilal-ben-Mobbammed-ben-el imam Ahbmed, cousin du Sultan et gouverneur de Souïk. Cette ville et le territoire qui en dépend lui ont été légués par son père» qui les avait reçus en apanage de l'imam Àhhmed-ben-Saïd. Je ne me suis jamais trouvé en présence de ililal-ben-Mohhammed, mais voici le portrait qu'a fait de lui le lieutenant Wellsted (1), qui l'a vu en 1835.
a II est, de tous tes chefs de l'Oman , le plus marquant « après le prince Syed Saïd ; ses traits nobles respirent le <i commandement ; il excelle dans tous les exercices guerc( riers ; il aime passionnément la chasse et les autres diver- (( tissements de même nature; quoique peu robuste en ap- (( parence , on dit qu'il unit à une agilité extraordinaire « une vigueur telle qu'il passe pour l'homme le plus fort (( de son pays. Il est généreux jusqu'à la prodigalité »
Le même auteur nous apprend que Hilal-ben-Mohhammed était regardé comme possédant une très-grande influence sur les Bédouins du nord de l'Oman. £n 1828, une étendue assez considérable de terrains renfermant les vastes oasis de Koth'ra, et plusieurs villes du littoral , étaient tributaires de ce chef. Mais, peu de temps après, le cheikh de Sohhar, Hhamoud-ben-Az'ran, étant, ainsi que je l'ai dit précédemment (2), rentré en possession de son domaine héréditaire, voulut augmenter ses forces, afin d'engager une lutte contre le Sultan; dans ce but, il s'efiForça, par ses intrigues, d'entraîner les petits cheikhs voisins à quitter la bannière d(3 Syed Hilal et à se ranger sous la sienne, leur promettant
< 1) Ouvrage déjà cite, pago 190 et suivante. (2) Voyez fhapifro ui , pajïe lOi,
la remise des impôts qui avaient été exigés d'eux. La tentation était trop forte pour que ceux-ci reftisassait , et bientôt Uilal se vit dépouillé de son territoire, de ses revenus, de son pouvoir, enfin de cette influence qui le rendait redoutable même au Sultan, dont il fut réduit à devenir simplement le pensionnaire.
Le lieutenant Wellsted raconte une anecdote relative à la femme de Syed Uilal , sœur de Saïd , et qui prouve la crainte que ce dernier avait de soa cousin et beau-frère. Hilal, ayant été accusé de sourdes menées à l'effet d'entraîner les Bédouins à se révolter contre l'autorité du Sultan et à le renverser, celui-ci , sous quelque prétexte menisonger, l'avait attiré à Mascate, et l'y retenait prisonnier, tandis qu'il expédiait secrètement des troupes pour s'emparer du fort de Souïk. Grâce à l'énergie de la femme de Uilal, qui sut résister aux menaces et repousser avec courage et succès l'attaque exécutée par les soldats de Mascate, Souïk fut sauvée, et le Sultan, ayant reconnu, plus tard , la fausseté des accusations portées contre Syed Uilal, lui permit de rentrer dans son gouvernement.
C'est encore à une femme, si l'on en croit Wellsted, que, dans une autre circonstance, Syed Uilal dut le salut de sa ville attaquée, pendant son absence, par le cheikh de Sohhar. Cette nouvelle héroïne était sa sœur, et il avait pour elle, disait-on, tant de respect et de soumission, qu'il n'entreprenait jamais rien sans la coi^ulter.
Tels sont les renseignements que j'ai puisés dans l'ouvrage du voyageur anglais au sujet du personnage dont il s'agit. J'ignore si , depuis, il s'est produit quelque changement dans la situation de Syed Uilal-ben-Mohhammed ; mais.
à répoque où je me trouvais à Zanzibar, on le citait encore comme l'un des compétiteurs présumés à la succession du Sultan. ^ - îa.ii
A cdté de Syed Hilal se placent Hhamoud-ben-Âz'ran et Qis-ben-Az'ran, petits-enfants de Qis-ben-el imam Ahhmed et arrière-cousins de Syed Saïd. On a lu, dans te précédent chapitre, que le premier a non-seulement su contraindre son grand-cousin à lui rendre son héritage de Sohhar et dépendances, mais qu'il a joint à son patrimoine reconquis la ville et plusieurs parties du territoire de Rëustak, dont Saïd avait dû lui reconnaître la propriété. Il m^ été signalé comme partageant avec Hilal-ben-iVlohhammed et Tsouéni les chances de l'élection à laquelle donnera lieu, en Oman, la mort de Saïd.
Outre ces divers personnages, on peut citer, comme ayant plus ou ipoins de partisans, un fils et un arrière-neveu de Bedeur, non moins ennemis que les précédents de la famille de Saïd , sur laquelle ils auront ou croiront avoir à
venger l'assassinat de leur père et grand-oncle : ce sont Sîfben-Bedeur et Ali-ben-Sâoud dont le père a été tué à Reuslak (1) où il s'était retiré après sa révolte contre Saïd. Mais ces deux jeunes princes semblent ne devoir trouver d'appui que dans une bien minime partie de la population.
Enfin les enfants de Saïd ont encore à redouter les descendants de l'imam Saïd-ben-Ahhmed dépossédé du pouvoir par son frère Soultan', père du souverain actuel : ces descendants ont eux-mêmes à reprocher à Syed Saïd de leur avoir enlevé la ville de Reustak dont Soultan' avait laissé la
(t) Chapitre m, page 190.
joaissance à leur père avec le titre d'imam. Parmi eux se trouvent uafiis de l'imam Saïd, nommé Ahhmed, et trois fils de ce dernier : Aabeud , Naceur et Soultan' par qui fut tué, à Reustak, Sâoud-ben-Ali (1).
A tous ces prétendants, dont deux surtout peuvent in^ spirer de sérieuses inquiétudes à Saïd , ce prince n'aurait à opposer, en dehors de ses propres enfants, que ceux de son frère Salem, Mohhammed, Ahhmed et Seurhhan'. Tous les trois passent pour lui être entièrement dévoués; mais on dit leur infhience bien médiocre, et ils n'exercent d'autre autorité que celle dont leurs emplois respectifs les investissent. Ainsi il est indubitable que la mort de Saïd sera le signal d'une lutte ardente, dont ris)sue ne saurait être prévue. Toutefois c'est seulement dans la partie arabe des États du Sultan que la question sera agitée d'une manière active. Selon l'opinion des principaux habitants de Zanzibar consultés par moi, les Sonahhéli se rangeront, sans hésiter, du côté de celui des prétendants que l'Oman aura choisi. Cette assertion paraîtra surprenante, puisque le siège du gouvernement étant à Zanzibar, le Sultan y a soUs la main sa principale force , sa marine. Mais les navires mouillés à M'toni n'ont pas d'équipages pour les mettre en mouvement, et ceux qui sont armés, presque toujours à la mer, naviguent tout autant dans les eaux de Mascale que dans celles de l'Afrique. Quel serait, du reste, le chef capable de soulever cette partie de l'Etat contre l'autre? Khaled n'a pas les allures et les tendances guerrières, et le peuple qui l'entoure non plus. Hilal seul aurait probablement assez d'audace et
(1) Voir, pour l'iDlelligence de tous ces détails généalogiques, le tableau qui fait partie de l'appendice annexé à la première partie.
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d'ambition pour une telle entreprise; mais, après avoir réussi à Zanzibar, que pourrait-il contre i'Omân, n'ayant ni matelots ni soldats? D'ailleurs, son rAle est tracé : étant l'aîné de la famille, il ne s'exposera pas, en restant à Zanzibar, à voir tomber entre les mains de son frère ou de quelque parent plus éloigné cette partie de l'hà'itage que les imams se sont transmise jusqu'à ce jour. Sa place sera en Oman quand il voudra défendre ses droits; car les principales cités de ce pays, Mascate surtout, n'ont pas encore perdu ce prestige qui s'attache aux villes métropolitaines. C'est donc là que se décidera l'afifaire de la succession; et, dans toute hypothèse , il est probable que l'Angleterre aura une part fort importante d'influence à exercer au milieu des conflits plus ou moins sanglants qui s'élèveront alors. Peut-être même son intervention sera-t-elle décisive et fera pencher la balance du côté qui lui agréera le mieux et lui offrira le plus de garantie.
Il est difQcile d'indiquer positivement les limites des Etats du sultan de Mascate. A la côte d'Afrique, sa souveraineté s'étendrait , au dire de plusieurs voyageurs, sur tout le littoral compris entre les caps Delgado et Guardafui; cependant on verra, dans le cours de notre itinéraire, que sur bien des points cette souveraineté est purement nominale, et que dans beaucoup d'autres elle n'a jamais été reconnue. En Oman, les limites qu'elle atteint ne sont guère mieux déiinies, car elles varient selon les dispositions des cheikhs : il est certain que plusieurs villes importantes, ayant appartenu longtemps aux imams, ont échappé à sa domination : telles sont Reuslak, Sohhar et toutes celles qui sont situées au nord de cette dernière. Dans le golfe Persique et sur la
cùle de Perse , Saïd prétend avoir sous sa dépenda^ice Bahharin', Kechm', Lareck et Hormonz, Bendeur-Abbas et Minou; mais ses préteotions sont illusoires, exagérées ou contestables. Ces trois dernières villes lui sont affernaées, moyennant une redevance annuelle, par le chah de Perse; ce monarque lui dispute, en outre, la souveraineté de Kechm', et de longues négociations ont eu lieu, à ce sujet, sans trancher la question, dont voici , en résumé, les éléments :
A la fin du siècle dernier, Kechm' était regardée comme une dépendance de la Perse, et, à ce titre, le cheikh qui 1 avait en sa possession payait un tribut au Chah. Après s'en être emparé, ainsi qu'il a été dit ailleurs, Soultan' n'en avait pas moins continué de servir au gouvernement persan la renie payée par l'ancien possesseur, et aujourd'hui la Perse arguë de ce fait pour prouver que son droit de souveraineté a toujours subsisté. D'un autre côté, Saïd représente comme absolu le droit de conquête que son père lui a transmis sur cette île, et soutient que la redevance payée par SouUan' ù la Perse Tétait exclusivement à titre de fermage pour Bendeur-Abbas, Hormouz et Minou. Quoi qit'ii en soit, la propriété de Kechm' n'est point encore déûnitivement dévolue au Sultan. Quant à l'île Bahharin', ce que j'ai raconté précédemment montre combien sont peu réels les droits que Saïd s'attribue sur cette localité.
Le gouvernement du sultan de Mascate, dans ses diverses possessions d'Afrique, et d'Asie, est en pr^cipe, un gouvernement absolu et sans contrôle. Cependant l'exercice de sa tuute-puissance trouve des bornes dans la constitution féodale de l'empire. En effet, celui-ci est partagé en districts placés sous le commandement de cheikhs qui, malgré leur
état de vassalité par rapport au Sultan, jouissent d'un pouvoir considérable. Divisés entre eux d'intérêt et jaloux de leur indépendance, ils suscitent souvent des désordres dans l'État et mettent en échec l'autorité oième du chef suprême. Néanmoins ces cheikhs répondent, ou doivent répondre devant lui, de la bonne administration^de leur dbtrict; et pour cause de rébellion^ ou pour refus de secours militaires par lui demandés, ils sont passibles d'emprisonnement et de confiscation de leur propriété : garantie ordinairement bien illusoire, car la puissance du Sultan ne saurait aller jusque-là, les cheikhs étant presque toujours assez forts pour le braver impunément. Saïd a essayé de remédier à ces inconvénients d'une féodalité turbulente et insoumise, et, dans ce but, quand des gouvernements sont devenus vacants, il les a donnés à ses propres officiers, en récompense de services militaires. Mais les e&tinctions ne se produisent pas fré^ quemment, et le vieux Sultan mourra avant d'avoir placé ses créatures dans la majeure partie des postes dont féTlîttK,^ laires attuels font obstacle à l'action pleine et entière de sa souveraineté.
En attendant, Saïd, à qui les moyens violents répugnent sans doute, ou qui, peut-être, .a le sentiment de son impuissance, tâche, par des présents et par de bons procédés, «le se concilier ses dangereux vassaux et de s'assurer leur coopération en ce qui regarde la défense du pays et le maintien de l'ordre à l'intérieur. Il faut bien se l'imaginer, d'ailleurs : si despotique que soit dans sa forme le gouvernement de Saïd, le joug qu'il impose n'est point pesant. L'autorité exercée par ce prince est même beaucoup plus douce, plus équitable et plus régulière que celle des autres souve
rains de rArabie et d'une grande partie de l'Orient. Les mesures d'extrême rigurar sont presque exclusivement déterminées par les tentatives insurrectionnelles des cheikhs contre le souverain.
J'ai dit que chacun de ces cheikhs jouit , dans son district, d'une autorité immense; elle est, en effet, à peu près aussi absolue que celle du Sultan ; ce sont eux qui le suppléent dans les affaires de détail quand son attention est absorbée par les intérêts majeurs de l'État. Ils n'ont pas droit de vie et de mort, mais ils peuvent disposer de la liberté et de la propriété des individus, qui ont, toutefois, la faculté d'en appeler au Sultan, dont la décision est seule définitive. C'est ce dernier qui , dans toutes les causes, est jnge suprême, ou plutôt il est la loi vivante, et n'obéit qu'aux inspirations de sa conscience, lorsque, bien en> tendu, il ne cède pas aux suggestions de la passion. A Zanzibar, sa résidence actuelle, il juge en personne dans les causes graves; celles de moindre importance sont abandonnées soit à son 61s Khaled, soit à Syed Sélyman, le gouverneur de la ville ; les causes civiles sont résolues par le cadi. ^
Pour prévenir ou surveiller les délits, accomplir les arrêts delà justice, assurer la tranquillité, il n'existe dans les Etats du sultan de Mascate aucune institution spéciale; la police y est inconnue. Ce sont les quelques soldats composant les garnisons, et, dans les localités qui n'ont pas de garnison, les partisans armés, que chaque cheikh traîne à sa suite, qui font exécuter les décisions de l'autorité : c'est dire combien il est facile de s'y soustraire.
En effet, la force militaire régulière que le sultan de Mas-
cate entretient est tout à fait hors de proportion avec l'étendue de ses États. On sait que la garnison de Zanzibar n'est pas de plus de quatre-vingts hommes. Mombase a deux cent cinquante hommes; Lâmou, trente environ; Patta, vingtcinq; Kiloua, de six à dix au plus; Moguedcbou, et quelques autres points encore, n'en ont que deux, qui servent de porte-respect au collecteur des douanes. Bref, on ne compte pas, dans toutes les possessions africaines du Sultan, plus de 400 soldats. Les garnisons d'Afrique sont composées, plus particulièrement, de Béloutchis et de Hhadeurmi, recrutés à mesure qu'il en est besoin, les premiers dans le Mekran, les seconds dans le Hhadeurmâ'ut; leur solde est de 3 piastres par mois sans vivres ou 2 piastres i/2 avec 6 kilas de riz.
En Oman, la force permanente es^ aussi d'à peu près 400 soldats, la plupart Béloutchis; quelques-uns y sont, comme à Zanzibar , grotesquement affublés de l'uniforme des cipayes de l'Inde. Quant aux troupes irrégulières que les cheikhs peuvent mettre au service du Sultan, il est difficile d'en évaluer le chiffre; car il dépend de la bonne volonté de ces cheikhs , de la nature et des causes de la guerre pour laquelle leur concours est réclamé, en un mot de tout ce qu'il y a de plus mobile au monde, les circonstances et les passions des hommes. Selon l'assertion du lieutenant Wellsted, assertion que je crois exagérée, fa partie sud de 4'Omân fournirait aisément dix mille hommes, nombre qu'on triplerait en y adjoignant les Bédouins qui marchent sous les ordres des cheikhs de l'intérieur. J'ai dit, ù propos de la garnison de Zanzibar, combien ces soldats sont mal armés, et, en lisant la notice historique contenue
dans le chapitre III, on a pu constater combien de fois ils ont, par leur peu de courage, attiré à Saïd d'accablants
revers.
'O tr->V'-;..,
On le voijt , les forces militaires du sultan de Mascate ne sont pas brillantes : passons maintenant en revue ses forces maritimes; cet examen offrira plus d'intérêt. , Lorsque les imams yâreby eurent chassé les Portugais de l'Oman, ils comprirent la nécessité d'avoir une flotte pour protéger leurs côtes et leur commerce contre ces ennemis dangereux encore, malgré les rudes défaites qu'ils avaient essuyées : à cette époque remonte la création d'une marine de guerre. Elle a eu ses phases de stagnation et de développement, selon les besoins de la politique suivie par le souverain régnant et l'autorité plus ou moins complète et régulière qu'il exerçait sur le pays. La situation maritime de l'Oman et de ses dépendances en a, d'ailleurs, toujours fait un nécessaire et puissant moyen d'action et d'influence pour ses princes ; ceci a été rendu sensible par les événements racontés au livre v de la I" partie, et notamment ceux qui se sont passés sous le règne du sultan actuel . Syed Saïd a donné à sa marine, du moins quant au nombre des navires, une extensioui qu'on serait tenté d'attribuer à un engouement puéril, en voyant l'inactivité de sa flotte et le parti si peu intelligent qu'il en tire. J'ai ouï dire que cette manie de constructions navales est favorisée et stimulée par les agents du gouvernement anglo-indien. S'il en est ainsi , et j'ai quelque raison de le croire, ce n'est point de leur part un calcul ayant pour but unique et mesquin de servir les intérêts des constructeurs de l'Inde anglaise, d'où sortent presque tous les navires du Sultan : ils n'agissent, sans
doute, qu'en vue d'un intérêt plus sérieux, e^^Miiet duquel je dois m'expliquer. «f^t-^^*? 1^4
On ne saurait se dissimuler que le pouvoir du Sultan, en Oman, est de plus en plus précaire, et ne se maintient que par les bons offices du gouvernement de l'Inde. Saïd se trouve tellement engagé envers ce gouvernement, au moins par des dettes de reconnaissance, que ses bienfaiteurs pourraient l'amener en peu de temps à subir l'application du système subsidiaire (1), système employé avec tant de succès, par la compagnie, à l'égard des divers souverains de l'Hindoustan. Alors la marine de Saïd irait grossir la marine anglaise, et plus celle-là compterait de vaisseaux, plus celle-ci en serait augmentée. Lors même que les choses n'en arriveraient pas à ce point extrême et que cette dépendance politique de l'Oman ne serait ni régulièrement ni ostensiblement consommée, il est indubitable, pourtoute personne connaissant les rapports de Saïd avec le gouvernement anglo-indien, que le premier est complètement à la dévotion
(1) Nous ue faisons pas ici une supposition gratuite; on s'en assurera par la lecture du passage suiyant, extrait de l'ouvrage du lieutenant Wellsted :
« II est, selon moi, hors de doute que la ligne de conduite la plus « sage, la plus politique et la plus juste que nous puissions suivre dans « nos rapports avec ce prince (le Sultan) consisterait à faire en sorte, à « l'imitation de ce que no^s avons fait avec les rois indigènes de l'Inde, « que notre marine fût, dans une certaine mesure, subsidiaire de la a sienne. Ainsi, sans augmenter nos dépenses, nous aurions, en tout « temps, à notre disposition, des armements puissants, qui pourraient « toujours, quand le besoin le requerrait, être équipés avec des marins « européens envoyés de l'Inde, où nous n'avons à présent que des forces « insignifiantes, et où, si le gouvernement de l'OoaiAn tombait en d'au- « très mains , nous pourrions avoir, à un moment donné , un ennemi « très-dangereux. » (Voyez Travels in Arabia, by lient. J^. Wellsted, fol. R. S., tome I, page 403.)
du seco^éV'ft Q^) le cas d'une guerre échéant pour l'Angleterre, éHé aurilU, au service de ses possessions de l'Inde, sinéior tin autiliaire actif dans le Sultan, du moins un surcroît de matériel à sa disposition dans la marine de ce prince. Telle était mon opinion en 1858, après un voyage à Zanzibar et à Mascate ; tout ce que j'ai vu et appris depuis n'a fait que la raffermir.
Quoi qu'il en soit, cette marine se compose actuellement de trois frégates, de quatre corvettes à batterie couverte, de deux à batterie barbette, et de sept bricks de six à douze pièces. En voici le tableau nominal avec l'indication du nombre de bouches à feu qu'ils peuvent porter et du port où on les a construits :
Rom* des bâtiments. Nombre des boncbe* à fen. Lien de coottructian .
Chah-Allenin. '. . . 54 (rièces. Cochim.
Ciroline . 40 — Jd.
Victoria 40 — Bombay.
Rbflmani 24 — Cochim.
MenntèSi 24 — -J) ^ td.
Feza-Alleum . 24 — Zamibar.
Soaltan' 20 — Meatrab.
Artemise 18 — Bombay..
England 16 — id. ,
Carlew 12 — Jd.
Psyché 12 — Cochim selon les uns,
■ """ - Singapour selon les
... A ■ autres.
Nassery * 10 — Zanzibar.
Gazel. 10 — Cochim.
Tage 8 — , Bombay.
Vestal 8 -- Acheté i Zanzibar, vc-
r-y' nant de l'Amérique.
Antelope ■ - A-3- Bombay.
Cheat-el-Frat.. Sans artillerie. Acheté à Mascate.
Outre ces navires, le Sultan possède une vingtaine de bail. 16
leaux dits beurrbela et bétéla ou bétis, amiés^ deux à six pièces, qui servent pour la guerre comme pomr le commerce, et dont le chifCre s'augmente selon les nécessités du
moment. ..,^. ...,.i, :,,mI. ukII u^ - '^:^-ih,m ofo lî- i Plusieurs des navkes du Sultan , particulièrement ceux qu'il emploie à son commerce, n'ont pas à bord toute Tartillerie qu'ils sont susceptibles^e recevoir, mais les pièces existent à terre et seraient, au besoin, mises eH batterie. On comprend ce qu'une telle force, passant aux mains dfô Anglais au début d'une guerre maritime, leur donnerait d'avantages sur leurs adversaires. . j ? ., :/, ..:;
La marine du Sultan était, il y a qni^ques années, plus considérable, sous le rapport du rang des bâtiments ; elle comptait un vaisseau de 74, le Ltverpool, dont SaïdISt présent, en 1855, au roi d'Angleterre. Ce bâtiment construit entièrement en bois de teck dans les chantiers de Bombay, avait été mis à la mer en 1826; il était donc presque neuf; mais l'entretien d'un navire de ce rang et le manqued'ofB ciers capables de le manœuvrer en faisaient pour son propriétaire une charge sans utilité et sans compensation. Quelques autres navires ont été également retranchés de sa flotte, tels sont le Saîeki perdu dans le golfe Persique, le Soliman- Chah de 18, et V Homaîoun-Chah perdu dans le golfe du Bengale, le Prince of Wales de 56 vendu à Calcutta pour cause de vétusté, le M'safa ou Mousafa de 24 abandonné dans le même port, enfin \ El-phinstone ei un autre brick de 6, tous deux vendus. Les navires Victoria, Feza-Alleum, Artemise, England, AntelopCy successivement construits ou achetés pour combler les lacunes ci-dessus indiquées, ne présentent pas^ à beaucoup près, une force aussi consi-
^-âkil^
dérable en artillerie; néanmoins l'existant actuel constitne un matériel naval relativement fort respectable. ^
Mais que signiBent tant de navires, si beaux qu'ils soient, sans un personnel apte à les diriger, sans un bot utile à leur assigner? Des sacrifices considérables que Syed Saïd a faits et qu'il continue de faire dans le but de se procurer des navires , il ne tire seulement pas une satisfaction d'amourpropre; car rien n'est humiliant pour lui comme ce grand nombre de bâtiments réduits à l'état de pontons et pourrissant dans ses ports, faute d'équipages propres à les monter. C'est l'indigence au sein de la richesse : richesse fort inutile en elle-même, puisqu'il est positif que la moitié de ces navires, bien armés, suffiraient, et au delà, aux besoins de sa politique et de son commerce. Ceci est incontestable, attendu qu'aucun des peuples contre lesquels le Sultan peut être conduit à guerroyer ne possède de marine. Le coniraerce de cabotage n'exige pas antre chose que des bateaux, qui naviguent d'ailleurs à meilleur marché; et, quant aux expéditions de long cours, les navires de Saïd ne sauraient rivaliser longtemps avec ceux des puissances maritimes auxquelles des traités ont donné accès dans ses États.
On a dû remarquer ' que plusieurs des bâtiments cités dans les détails qui précèdBnt ont été construits à Meutrah ou à Zanzibar. Des Parsis en ont dirigé la construction , et les matériaux de toute nature sont venus à grands frais de la côte de l'Inde. Si ce n'était le dénûment des ports dont il s'agit, en matériaux, en maîtres et en ouvriers capables , ils se prêteraient assez l!|en, par la disposition naturelle des lieux , à de pareilles of^érations. A Zanzibar, particulièrement, qui pourrait recevoir les bois de charpente de la côte
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voisine et les bois de mâture de Madagascar, ii serait facile d'établir des chantiers de construction ; àe plus, il existe sur la côte ouest de l'île une crique qu'on transformerait, sans de grands travaux , en un bassin de radoub. Cette circonstance n'a pas échappé au Sultan, car, pendant une de nos relâches, il me pria d'aller visiter le lieu en question, désirant savoir mon opinion sur le parti qu'il en pouvait tirer; mais n'étant pas muni dés instruments indispensables pOur pratiquer des sondages et reconnaître si le terrain se prêtait à un creusement facile, tout en présentant une solidité convenable , je; dus me borner à un examen superficiel . Au reste, la construction de ce bassin serait impraticable avec les hommes dont dispose Syed Saïd, surtout sans la direction d un ingénieur capable, qu'il faudrait mander du dehors et, par suite, largement rétribuer. Cette première dépense, pour être utilisée réellement, en demanderait de nouvelles; après le bassin et les cales, il faudrait des ouvriers, des ateliers, des magasins; et enfin les navires une fois construits exigeraient encore bien autre chose. En un mot, il y aurait là une création complète à réaliser; et une pareille œuvre est au-dessus des forces actuelles du Sultan. Ce serait déjà beaucoup qu'il s'occupât sérieusement d'organiser le personnel et d'entretenir le matériel de sa flotte; on va juger combien il aurait à faire dans cette double voie.
Comme je l'ai déjà donné à entendre, en ce qui concerne le matériel d'armement la marine de Syed Saïd est tributaire des nations étrangères : les approvisionnements de toute espèce, gréement, chaînes , artillerie , armes , voiles , pavillons, poudre, boulets, etc., proviennent de l'Inde ou quelquefois de l'Europe, et lui coûtent, par conséquent , fort
cher. ÂucuD service n'est réglementé pour la conservation d'approvisionnements si dispendieux. À M'toni , les navires, désarmés, sans tentes, sans couvertures^ restent exposés aux intempéries du climat. Quand l'un d'eux, en partance, a besoin d'une pièce de voilure, de gréement ou de mâture, on pille dans l'équipement des autres, de telle sorte que, le jour où il faut envoyer ceux-ci à la mer, on ne retrouve plus les objets nécessaires à leur armement.
Sous le rapport du personnel , le Sultan est de même obligé de recourir aux étrangers. Si l'un'de ses navires entreprend un long voyage, s'il double le cap^e Bonnè-Espérance, par exemple, il y a toujours à bord, pour le diriger, quelque officier emprunté aux marines européenne ou américaine. Quant aux matelots, il semble qu'on devrait pouvoir s'en procurer à volonté dans un pays qui présente une si vaste étendue de côtes, dans des parages fréquentés par un nombre infini de bateaux arabes ; mais l'argent prodigué pour l'achat de bâtiments inutiles manque pour réunir et solder des équipages suffisants. Puis, lorsqu'il s'agit d'armer de grands bâtiments de guerre avec des hommes habitués à la navigation irrégulière des bateaux, de les plier à la discipline, dé les former aux manœuvres d'ensemble et au maniement des armes, c'est toute une éducation qui ne s'improvise pas et qui exigerait préalablement un corps d'officiers et d'instructeurs déjà capables, dont la marine du Sultan est dépourvue. Aussi , sans le secours de quelques hommes spéciaux venant de l'Inde, de la mer Kouge et du Béloutchistan, la marine militaire du Sultan ne serait composée que de barques où l'on ne saurait pas même charger un canon ou un fusil.
Tels que sont aujourd'hui ces naTire3, on remarquerons la composition du personnel, la hiérarchie et la diversité des fonctions, les principaux détails du service intérieur, une certaine analogie avec ce qui a lieu dans les marines européennes. Ainsi le personnel comprend : un état^major, un groupe de sous-officiers, des matelots, des canonniers exclusivement affectés au service de l'artillerie, des soldats qui prêtent la main à la manœuve en dehors de leur emploi ordinaire et des mousses servant de domestiques. L'état-major se compose de :
Un commatidant (nakhoda mal sircâr)^ dont le rang est relatif à la force du bâtiment ;
Un ou deu;L officiers [môallem el Kehir mal sireàr), d'un grade correspondant à celui de nos lieutenants de vaisseau, ou de premier lieutenant chez les Anglais ;
Deux officiers {moaïlem el bahar mal tir car), d'un grade analogue à celui d'enseigne de vaisseau en France, eu de lieutenant chez les Anglais ;
Un ofGcier commandant les soldats {moallem sahib zam).
Lorsqu'un bâtiment entre eq^ armement, comme il n'y a aucune espèce de- cadre militaire^ le Sultan choisit, parmi les hommes de mer qu'il juge capables de remplir ces emplois, le capitaine et les officiers néie^essaires. Us sont tenus de savoir observer la hauteur méridien ne^narquer le point sur la carte et donner la route ; le capital nelàoiUobserver à midi , de même que les officiers. Quelques jeunes ge^ pouvant être assimilés à nos élèves figurentj^^iribl&Ons l'étut-major; pour y être admis il faut qu'ils sachent lire, écrire et faire les calculs arithmétiques; ils sont placés sous
— 2^7 — les ordres des officiers, et prennent pârt^avec eux, aa ser
vice du 4|uart^ J
La maistrance, composée d'hommes pratic(ttes, les uôs ayant acquis leur grade à bord des navire du Sultan, 1^ autres ayant défà rempli des fonctions aiuilogaes sur des bateaux du commerce, comprend r^^^^""^'^ ' ' ' ^> '
Un ou deux maires de manœuvre {guHutndj) ; ' ' ' '
Un ou deux seconds maîtres de mancBuvre [semdyl) ;
Un maître de canoonage (meude/i), venant ordinairement de l'Inde, de la Perse ou de la Turquie; "^ • ' ^-"i ^"•'^''
Un pilote chargé de la route en inet {moallem jtahib madjra); ' '^*^ ' ' "
Un ou deux maîtres de calfatage {restad mal htUfM) ;
Un ou deux maîtres de charpentage (sirmeîa) ; \
Un ou deux maîtres de voilerie (le nom arabe m'échappe);
Un forgeron-armurier {. .); .'^i
Un commis aux vivres [ouakil al bohtha).
Enfin l'équipage est composé comme il suit : un iiers, de marins proprement dits ; un nombre de canonniers double de celui des pièces ; quatre à huit timoniers {teukany). Les soldats béloutchis ou cipayes forment le reste.
Sans qu'il existe aucune marque extérieure de hiérarchie, les états-majors ont un simulacre de discipline et de démarcation ; ainsi le capitaine et le second font table à part ; les officiers et les élèves d'un côté, et les maîtres d'un autre, se réunissent pour prendre'Ieurs repas.
Quant aux hommes de l'équipage, ils mangent isolément ou avec qui bon leur semble. Ordinairement, chaque homme a un casier où il ramasse ses effets et où il conserve les provisions qui lui appartiennent et qu'il ajoute à sa ration de
riz. Ces provisions particulières sont achetées, au moyen d'une avance de 4 ou 5 piastres sur la solde. Les capitaines et les officiers sont gratifiés, selon le bon plaisir 4u Sultan, de quelque argent pour la table, pu plus généralement, de proTisioDS sèches^ fruits et confitures; les mitres sont aussi l'objet de la munificence du chef, et au reste il est d'usage que, dans les pays appartenapt au Sultan, les bâtiments de guerre soient approvisionnés par les soins de l'autorité locale. ,;,=,!.; ,n.Ui, .[■^thWin^ . ; i:^hl).,\mm; '^ii •Jljhiaî liJ •
Payée par lunes, au lieu de l'être par voyages, comme à bord des bateaux de commerce, la solde des capitaines, officiers/élèves, etc., est fixée moyennement ainsi qu'il suit :
Capitaine. . . . . . . . . . De 50 à 60 piastres par Iudc.
Premier lieutenant 30 à 40
Second lieutenant et commandant de
■-'' Iatroupe..'^^^v'--y'wS.'^U^'l"- ^ 20 à ,30 '' '' •'■* '' ' ■
Élère.. '. 10 à 15 j ...•
Maître canonnier 15 .
Maître de maaœurre "7
Second maître de manœuvre. . . . 5
C(»nmis aux vivres. ...... 9
Charpentier-calfat 7 i 8
Forgeron-armarier. 7à8
Voilier. 6 à 7
Chef de pièce. . ^, , . ■ 7 j
Timonier. 5à7
Coq.. 5
Matelot et soldat 2à 3 ;;.,
Mousse 1
Quant au service intérieur, il ne parait réglementé que pour ce qui a trait à la garde et à la manœuvre du bâtiment en mer; en ces deux points, il est à. peu près modelé sur ce qui se fait à bord des navires européens, c'est-à-dire qu'un officier de service, relevé de quatre heures en quatre heures.
a soiis ses ordres, pour la manœuvre, un maître, ur second maître, des, élèves et la moitié de Téqujpage, excepté les canonniers exclusivement affectés au service des pièces. , ,^
Les uns ni les autres n'étant faits à des habitudes d'ordre, et ne comprenant pas mieux qu'à bord/des bateaux l'utilité de la discipline, il en résulte que la tenue du personnel et la propreté du matériel sont négligées et laissées à la volonté de chacun; aussi ces navires sont-ils des foyers (le saleté et d'infection, où se déclarent souvent des maladies épidémiques, qui font d'autant plus de victimes qu'il n'y a point de, médecins à bord et que 1^ malades sont abandonnés aux moyens empiriques dont se servent les Arabes. Un de ces navires de guerre, envoyé à Londres il y a quelques années, perdit une soixantaine d'hommes, par suite de sa mauvaise tenue intérieure et de l'insuffisance de la nourriture, le ri^ et l'^au étant trop peu substantiels , sous des climats ten^pérés. ïln outre, soit insouciance, soit imprévoyance, l'on n'avait pas songé à fournir aux hommes de l'équipage des effets qui pussent les garantir du froid , de sorte que, par toutes ces causes réunies, le navire est revenu à Zanzibar après une absence de quinze à dix-huit mois, avec quatorze hommes seulement sur cent qui en étaient partis. ^
Quoique destinés à la guerre, les quelques navires qu'arme le Sultan sont utilisés pour le commerce avec les pays lointains, tels que rinde, le golfe du Bengale» Batavia, les principales îles de |a Sonde, l'Amérique, qui a été pour eux la première occasion de doubler le cap de Bonne-Espérance ; l'Europe enfin, dont ils ont appris le chemin depuis peu, et où leurs expéditions commencenl à devenir régulières. En
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les employant à ces missions, Syed Saïd n'en maintient pas moins à bord le matériel d'armement, toute l'artillerie qu'ils peuvent porter, sans doute pour faire parade de ses canons.
J'ai traité un peu longuement de la marine du sultan de Mascafe , parce qu'elle est la partie la pluâ importante de ses forces et que, vue de loin ou partiellement, elle pourrait donner de sa puissance une idée beaucoup trop haute, contre laquelle j'ai voulu prémunir le lecteur par des détails et une appréciation circonstanciés. À présent que nous connaissons à peu près tons lés ressorts qui composent le gouvernement de Saïd, voyons quelles sont les ressources de ce prince pour mettre en mouvement un mécanisme qui a, du moins, l'avantage de la simplicité.
Les produits de la douane forment la plus forte partie des revenus du sultan de Mascate. Cette ville et Meutrah sont, dans l'Oman, presque les seul^ qui alimentent son trésor. Les autres absorbent, par les dépensés qu'elles occasionnent, les impôts levés sur elles, impôts d'ailleurs toujours modiques. Le lieutenant Wellsted , champion déclaré de Syed Saïd, affirme que celui-ci ne reçoit pas un dollar (une piastre) de l'intérieur ; qu'il est forcé, au contraire, lorsqu'il fait un séjour en Arabie, de dépenser des sommes considérables en présents aux cheikhs de diverses villes méditerranéennes et des oasis. L'honorable voyageur s'est trouvé plus à même que moi d'acquérir la preuve de ce qu'il avance. Du reste, mes propres renseignements s'accordent avec sa première assertion ; mais je n'ai rien à dire au sujet des générosités de Saïd envers ses vassaux. Le tableau des revenus de rOmân, donné ci-aprês, s'approche, je crois, autant que possible, de la vérité.
KevemuB de dooaaes et, J^^fc jJl* — "^•»
CÔTB d'ohIi. ' ^•:- j,^
Mq^ate. Doaane ;< ,^, 95,000 piMtres.
Octroi 4,000
Monopole pour la pesée do café, da ^^''^ " ' ^'
gûwfle , da rà de Calcutta et da ^ beurre en grandes jarres. . • , *.. . 050
Taxe sur la préparation de la soie. . 4,000
Taie sur h préparation du il. . . 650
Taxe sur la teinture par indigo. 500
Taxe sur les boutiques 2,500
Meutrah. Douanes. . 7,000
Soûr. Revenu net 1,800
cAtB DB PBB8B.
GuadeL Revcnti net 6,500
Bendeur-Abau. ReTOiu net . 10,500
Sur Texportation du soufre. . . -, 3,500
ilf tnott. (Je n'ai rien pu savoir de cette place.) Pour mémoire.
Total pour TOmàn. . . 136,600 piastres.
La côte d'Afrique produit au Sultan des sommes beaucoup plus considérables, ainsi que l'indique le tableau suivant : ' ^
Kerenas d* la edte d^Afrl^ae.
Fermage de douanes payé par le banian Djiram pour
toute là cdte, moins ^emba. ~ 175,000 piastres.
Produit de la douane de Pemba 12,000
Impôt de capitation sur les Moukbadim 12,000
ReTenu des plantations de girofliers appartenant au
Sultan, en moyenne 50,000
On peut estimer le bénéfice de ses opérations conuner*
cialesà 100,000
Total pour la côle d'Afrique. . . 349,000 piastrps.
Soit en tout 485,600 piastre.
Ainsi le sultan de Hiscate perçoit un revenu équivalent, en chiffres ronds, à t;500,000 francs; sur cette somme, il entretient sa marine , ob|et de ses dépenses les plus considérables , un millier de soldats an plus , un petit nombre de fonctionnaires, sa maison et celle de plusieurs personnes de sa famille. Quelque magnifique qu'il soit dans ses présents, quelle que soit sa prodigalité quand il s'agit (le peupler son harem, H n'est pas douteux que ses dépenses sont fort au-dessous de ses recettes; aussi dit-on que Saïd possède une épargne considérable. Et cependant, un peu d'activité et une administration mieux entendue lui permettraient de retirer de ses Etats un revenu plus élevé, sans pressurer les peuples et même en améliorant leur sort. Mais il ne faut pas attendre de ce prince des réformes radicales. Son rôle actif semble à peu près terminé, car il est arrivé à ce moment de la vie où la vieillesse et la fatigue nous portent à regarder le maintien de ce qui est comme la suprême sagesse.
Les deux chapitres que j'ai consacrés à Syed Saïd donneront, je crois, une idée juste de ce souverain et de son gouvernement ; je n'ai, du moins, rien épargné pour qu'il en soit ainsi. Toutes les fois que je n'ai pu voir et juger moi-môme, j'ai puisé mes renseignements aux sources les plus dignes de foi et je les ai soumis à un contrôle sévère. La vérité a été mon seul but, je l'ai consciencieusement et laborieusement cherchée. Bien des lacunes subsistent, sans doute, dans cette notice; d'autres écrivains les combleront plus tard ; mais, en attendant une biographie complète de Syed Saïd, ce que j'ai écrit ici suffira, j'espère, à dissiper l'ignorance profonde où l'on est, en France, sur tout ce
WHe preuve de celte
qui le concerne. Voici, entre ignorance.' ■•! .;»•,- ■•or ^ .^jit^-
Au mois de juin 1849, la €aroitn«^ «me des frégates du sultan de Mascate, entra dans le port de Marseille. Quoique armée commercialement, elle avait à bord un agent de Syed Saïd, chargé d'ofiFrir, de la part de ce prince , au Président de la république française un présent qui consistait en six chevauK arabes. Un de nos grands journaux publia, à cette occasion, l'article reproduit textuellement ci-dessous et qui fut répété par d'autres journaux. >
a L'envoyé de l'Imam vient de quitter Paris, médio-
« crement reçu par le gouvernement, qui a semblé ne pas c( savoir ce que c'est que l'imam de Mascate. > : . «o.i
« L'imam de Mascate, né à Rostack, province de l'Oman « sur la côte orientale du golfe ^ersique, ^t fils de Sultan; « son nom arabe est Said^bne-Sultan. L'île de Zanzibar, (( dont il habite Sawoychel , la capitale, renferme cinq cent « mille habitants. t.
« Sur les côtes d'Afrique, ses possessions s'étendent de- <( puis Quérimbe jusqu'au cap Gardafoui , ce qui comprend « les Etats de Zanguebar, de Montbaze, de Mélinde , de (( Brava, de Juba et de Magadoxchoor
« La population de ces dififérents États est de cinq mil- « lions d'hommes.
c< Le reste de sa puissance longe la mer des Indes et les (( bords du golfe Persique. Elle commence à Moccala, comte prend toute la province arabe de l'Oman, s'étend jusqu'à (n l'ile d'Ormus, met le pied sur le territoire de Béloutchis- « tan, pénètre jusqu'à la province persane du Kerman, cornet mande à plusieurs villes importantes, entre autres à Ben-
u dèrabassi et cobMBjP^ Bord, au pays des célèbres et en- <t core puissants nMfHïs, à l'occident au pays des Adiaa mites. Quatre autres miUions d'hommes lui ob^ssen\ de « ce côté.
<( Sa marine est de 37 bâtiments de guerre sur le pied « de paix. Il a 10,000 hommes de troupes, qu'il peut éle- « ver à âSO»000 hommes, dont 50,000 marins.
« Son xevenu politique est de 40 miUions. Ainsi que les « anciens empereurs romains, il a un trésor particulier plus a considérable que le trésor public ; ses revenus sont de « 60 millions.
<c Or , ce souverain , dont certains hommes politiques « ignorent l'existence, a envoyé en France, et pour former « des relations commerciales avec elle, un de ses fami- « tiers, Hadj-Dervich, lequel a débarqué à Marseille, avec « six chevaux de pur sang arabe, qu'il amenait au Prési- « dent
(( L'envoyé devait s'attendre à un accueil sinon distingué, « au moins poli (i) »
Le souverain sur le compte duquel on imprimait d'aussi véridiques détails était depuis cinq ans lié avec la France par un traité d'amitié et de commerce; depuis de longues années, des relations de diverse nature avaient existé, soit directement, soit par l'intermédiaire de l'administration de nos colonies, entre notre gouvernement et les imams ou sultans de Mascate ; enfin le brick le Ducouedic venait d'exécuter une campagne de trois ans, consacrée en grande partie à étudier les contrées soumises à la domination du chef
(1) Voyez le journal VAnemblée nationale, numéro du 30 août 1849, page 3f 1'* colonoe.
de l'Oman! Puissé-je avoir, en transportant Saïd des régions de la^ fantaisie dans celles de la réalité , rendu à mes compatriotes le service de leur faire connaître un homme qui a dès longtemps acquis le droit de se dire ami de la France, sans que la plupart de mes compatriotes s'en soient jamais doutés !
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"îm^f, t,-i ■% ;n *'
:--aiWt..,
Départ de Zanzibar. — Arrirée è Dion. — Aspect de la rille et de la forteresse. ->- P<^lation. — lodostrie. — Commerce.
Le 10 du mois d'octobre 1S46 , après uoe relâche de quinze jours à Zanzibar, le Ducouëdic appareilla avec une jolie brise de sud et sud-sud-est , et sortit du port par la passe du nord-ouesl; le pilote ne voulait pas y diriger le brick, prétendant qu'il s'y trouvait trop de bancs; or cette passe est, ainsi que je l'iai dit précédemment, large et facile, et, pour croire le contraire, il fallait que ce brave pilote Connût bien peu le port de Zanzibar. Il m'avait cependant été donné par le Sultan, comme pratique de la côte comprise entre Raz-Hhafoun et Mozambique.
Dans le canal que forme Zanzibar avec la côte opposée, surtout près du rivage de l'île, le courant subit l'influence des marées; il porte au nord avec le flot et au sud avec le jusant; il est naturellement d'autant plus fort ou plus faible, dans chacun de ces deux sens, que la direction du mouvement de marée est en accord ou en opposition avec celle du courant général de la mousson.
Bien que mon séjour à Zanzibar eût été à peine sufQsanl
pour exécuter, danà cette première relèche, tout ce que me
prescrivaient mes instructions, le renversement de la dmmis
son devant s'opérer très-prochainement, il ne m'était pas
__ 258 — permis de m' attarder en ces parages sans avoir ensuite une extrême difficulté à avancer vers le nord; tout au plus, ayant, dans ma route vers la côte de l'Inde, à longer celle d'Afrique sur un certain espace, pouvais-je tenter de recon- : naître quelques points de cette dernière. Force fut donc de ' remettre à un autre temps l'exploration de la rivière Pang-
gâni devant l'embouchure de laquelle le brick allait passer. Après avoir doublé la petite île Moina^^^oina, au^i nommée Djézirat-el-Djage (île des poules), nous continuâmes de suivre le canal à l'ouest de Pemba, que les Arabes, à cause de sa luiuriante verdure, ont appelé DjéaircU-el-Ehodhora (île verte). , .
La partie sud*ouest de cette île est, très-basse, et pour la
voir , même dans une nuit claire, il faut en être très-près ;
mais, si l'on suit attentivement les mouvements de la brise
et l'état de la mer, on prévoit facilement» par l'appréciation
, raisonnée de ces mouvements, les erreurs que le courant
ferait commettre dans l'estime du chemio. £n effet, dès que l'on n'est plus masqué par Zanzibar, on reçoit la brise fraîche et la houle du large qui donnent fidors librement dans le canal entre cette île et Pemba; une diminution très-marquée de la brise et de la houle commence dès qu'on est abrilé par la partie sud de cette dernière île et se maintient ius- ' qu'à ce qu'on ait doublé la pointe iK>rd, où la boule, sinon
la brise, redevient très-sensible.
Le 1 1 , au jour, bous n'avions plus aucune terre en vue, et
1^ les observations de midi accusèrent, pour les dix-huit heures
\ précédentes, un courant de 34' au nord 39° est. La latitude
I y éUit 4M2 sud; la longitude, 37° 58 est ; la déclinaison de
l'aiguille, 12*' nord-ouest.
Le 15, nops eûmes coonaissance de la terre auxeofironsde Braoua. C'est une côte de moyenne hauteqr , dont la crête est peu ondulée, et le rivage sans saillies remarquables; de grandes nappes de sable bllnc s'y détachent sur un sol de couleur brun rouge, où croisaent çà et là des buissons. Noos ne ralliàmes la côte qu'à quelques milles au nord de Braoua et sans avoir découvert ce point. Ici Taspect se modifie légèrement ; les nappes de sable blanc disparaissent ; les broussailles descendent presque jusqu'à la plage, plus clair-semées à mesure qu'elles s'en rapprochent. Le sommet des collines semble mieux garni de buissons et d'arbustes ; le "sol est aussi moins ronge.
Depuis midi nous longions la côte d'assez près, quand , vers trois heures et demie, nous aperçûmes un village bâti sur un petit promontoire et entouré d'une muraille ou palissade. Les cases qui le composent sont d'un gris foncé qui empêche de les voir de loin. Au dire du pilote, ce village, abandonné il y a longtemps, sert d'asile temporaire aux pêcheiirs et aux caravanes : celles-ci côtoient, à ce qu'il paraît, le rivage pour se rendre d'un point à un autre du littoral. ]Hous en distinguâmes plusieurs cheminant lentement, avec leur longue file de chameaux, dans des sentiers dont nous suivions parfaitement la trace. Nos observations placeraient le village que j'indique par V 25' de latitude nord et AT 04' de longitude est. Ce doit être le lieu désigné, sur la carte d'Horsburgh, sous le nom de Torré ou Terra.
Peu d'heures après, nous étions devant Meurka : quoique nous en fussions à moins d'un mille, le crépuscule, déjà faible, nous en laissait à peine deviner les détails; mais, ce point ayant été, quelques mois plus tard, visité par le
DucouidiCt j'aurai l'occasion d'en donner une description dans la suite de cet itinéraire.
La ville de Moguedchou, située à peu de distance au delà de Meurka, devant être dépassée pendant la nuit, c'est-àdire sans qu'il fût possible d'y faire aucune observation, il était inutile de continuer à longer la côte : je gagnai donc le large et fis route directe vers l'Iiïde. Bien m'en prit, car la mousson de sud-ouest nous abandonna, le 17 octobre, par les 7° nord et les 54" est, et des brises variables du nordnord-ouest à l'est-nord-est ou des calmes lui succédèrent jusqu'au 19. Dans ces derniers jours, les courants, devenus contraires, nous avaient rejetés un peu dans le sud. Du 19 au 22, nous eûmes un retour de mousson dont je profitai pour faire du chemin à Test, et échapper ainsi à l'influence des vents et des courants de cette partie, vents et courant^ établis dès le commencement d'octobre, suivant Horsburgb, à l'ouest du méridien de Socotra.
Le 22, nous étions par les 7" nord, et les 57° est. De petites brises variables et des courants^ variables aussi , mais nous poussant presque toujours un peu dans le nord, nous avaient conduits, le 29, par les 12° nord et les 59° 28' est. A partir de ce point, nous eûmes des vents réguliers de l'estnord-est au nord-nord-ouest ; les courants prirent une direction ouest-sud-ouest, puis, successivement, plus sud à me sure que nous approchions de la côte ; ils donnèrent même deux ou trois fois de l'est; ils se dirigèrent de nouveau plus à l'ouest par le travers du golfe de Gambaye et suivirent ce rumb franc à l'approche de la côte du Gouzerate.
Le 14 novembre au soir, nous eûmes connaissance du cap Diou et des hautes terres à l'est da ce cap.
Dans ce trajet , qui dura trente-cinq jours , de graves affections morbides, dont le germe avait sans doute été contracté è Zanzibar , en dépit de toutes les précautions hygiéniques, se développèrent sous l'influence des temps orageux que nous éprouvâmes en traversant la zone des vents variables. Nous perdîmes deux hommes atteints de dyssenterie présentant quelques symptômes typhoïdes. Le nombre des exempts de service fut, en moyenne, de quatorze.
Durant la nuit du 14 au i5, nous manœuvrâmes en vue de terre pour nous élever dans l'est ; mais un fort courant de cette partie neutralisa pendant plusieurs heures notre sillage de 2 et 1/2 ou 5 nœuds en sens opposé, ce qu'il était facile de constater paMe relèvement d'un feu de la côte. Au point du jour, le 15, nous nous trouvions à environ sept milles de terre. En premier plan se détachait, par son aspect pierreux et aride, une terre basse à l'extrémité orientale de laquelle on apercevait quelques édifices. Nous primes la bordée du nord qui nous faisait gouverner un peu au vent de cette pointe. Bientôt les rayons du soleil pénétrèrent la couche opaque de vapeurs qui voilait le rivage, et les objets s' illuminant tout à coup de brillants reflets, nous distinguâmes parfaitement les parties élevées de la ville et de la citadelle de Diou, où flottait le pavillon portugais.
Ce qui attire tout d'abord les regards, ce qui domine dnns l'ensemble et donne, au premier aspect, à la ville de Diou un caractère de pittoresque grandeur, ce sont de nombreuses églises aux tours élancées : les unes d'une éclatante blancheur, d'autres accusant par leur couleur grisâtre et noire, ou par quelques-unes de leurs parties en ruines, les ravages du temps et les traces de l'incendie ; ce sont en-
suite des couvents dont l'apparence indique que la>vies'en est retirée plus réceinraent ; enfin, et comme pour proléger ces monuments de la foi ^ une haute muraille crénelée à l'ouest, la mer au sud, à l'est la citadelle de Diou, autrefois formidable, avec ses murs flanqués de tours et de bastions, hérissés de bouches à4eu : bizarre accouplement du sacré et du profane, emblème frappant de Tesprit fanatique et guerrier qui animait les Portugais dans leurs conquêtes en Orient. . . ; : = .
A huit heures, nous arrivions à bout de bord sous les murs de la citadelle, sans avoir vu aucun bateau s'avancer vers nous, bien que nmis eussions depuis longtemps arboré le pavillon pour appeler un pilote. Pensant que le tirant d'eau du brick nous permettrait d'entrer dans le port et n'ayant pas de plan qui pûi m'aider à m'y diriger, je persistai à attendre le pilote demandé et fis prendre la bordée de l'est sous petite voilure pour mieui marquer mon intention. Au fur et à mesure que nous avancions dans cette direction , l'entrée du port , masquée d'abord par la citadelle , se découvrit. Nous y remarquâmes un petit brick, mouillé devant la ville^ puis, au milieu du bras de mer qui sépare l'île du continent, un vieux bâtiment de forme irrégulière, surmonté d'une CTo'in et isolé comme une sentinelle perdue. £n arrière, sur la terre de Gouzerate, est un village fortifié du côté de la campagne par une enceinte bastionnée. A l'est, le rivage est bas et sa direction, un peu curviligne, incline vers l'est-sud-est jusqu'à la pointe de Novo Bandel, formant ainsi entre cette pointe et celle de l'île une baie assez étendue, où, pendant la mousson de nord-est , la mer est très-calme. Les terres de l'intérieur sont élevées, et l'on y
distingue, parnlessas tootes, la montagne iJe Djanagliav.
A huit hèfares «t demie^ bous vtmeseiiSn une chaloupe sortir da port et se diriger verB noas; nom Is FalNàmâs et pHmes ail pilote, tnais il ne nous servit à rien , car, soit timidité de sa part, 9oit qu'il y eût impossibWté réelle de nons condaîre k l'aficrage intérieor, il demanda a mouiller en dehors eluiètiie beancoofp plus va large que je «a l'eusse fait moi-même, sans «ncnn risque tfiolleura , comme je le sus plus tard. '^ ^''' ^'- • n-a; •-!■ * '.-i ')mHVrnn .•■■'<: ':!
Le Ducêuidic, ayant serré ses voiles, salua la viHe de vingt et un coups de canon , puis l'on s'ocoupa dTaffourcher : les ancres furent placées nord-est et sud-ouest, aeton la directioa moyenne des murants de marée. Ces courants sont trèsforts, et exigent de la vigilance quand on eat sur la côte; dans la nuit que nous y avions passée à la suite de l'atterrage, nous nous étioiis presque subitement trouvés à une petite distance de terre, alors que l'estime en mettait encore le brick à distance de 5 à 6 milles.
Le salut ne nous avait pas été rendu, et, la$ d'avoir inutilement attendu pendant deux heures, j'allais envoyer demander la raison de ce retard , loi^u'une neavelle chaloupe arriva à bord avec le chirurgiea de la place. Côt officier m^éxpliqua que, ne possédant pas de pavilkm français et voulant cependa&t l'arborer au moment du salut, le gouverneur avait donné l'ordre d'en confectionner un : on n'avait donc dififéré de répondre à notre politesse que pour s'acquitter d'une manière plus complète, et en ei3«t les batteries de la citadelle saluèrent bientôt de vingt et un coups de canon.
Dans l'après-midi, je descendis a terre pour faire visite
mxsfi"
au gouverneur. En entrant dans le port, on a, sur la gauche, la citadelle et, sur la droite, le bâtiment isolé dont j'ai parlé; celui-ci est un ?ieui fortin, jadis destiné à croiser ses feux avec ceux de la place ; aujourd'hui il est à demi ruiné et dégarni d'artillerie. Près de ce point, on est agréablement surpris par le panorama qui se déroule sous les yeux : d'un côté S'élèTe, encore imposante et forte, malgré sa vétusté, la citadelle bâtie sur les rochers qui forment l'extrémité orientsflede l'île; tout ce que l'art de la fortiGcation pouvait fournir de ressources, à l'époque où elle fut construite, a été épuisé pour la rendre inexpugnaMe ; sur le glacis qui la sépare de la ville, on aperçoit plusieurs monuments funéraires. À quelque distance du rempart commence la ville, entourée d'une muraille garnie de meurtrières. L'aspect en est des plus capricieux et des plus variés : ce sont d'abord des maisons isolées, à terrasses, et
dont la façade, bigarrée
le riantes couleurs, se détache sur
des massifs de verdure; ;)lus loin se dessinent, en groupes compactes, les bâtiments qui composent le gros de la ville : c'est un mélange confus i de tous les genres d'architecture, où se montrent péle-mèle des dômes et des clochers d'églises ou de couvents, des minarets, des terrasses dentelées, des pagodes; plusieurs de ces édifices paraissent bien conservés; d'autres tombent en ruines : ensemble bizarre, où se trouvent incessamment accouplées la vie et la mort. Devant soi on a ié fond du port où étaient mouillés , lorsque j'y arrivai , deux petits bricks et quelques bateaux. A droite, et à peine séparée par un étroit canal, s'avance la'pointe du continent, couverte de bouquets d'arbres au mlHeu desquels apparaissent une partie du village de Gouguela et l'un
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des bastions de la muraille qui le protège. La courbe suivant laquelle se développent les objets que je viens d'indiquer se termine par le fortin ruiné qui , avec sa configuration toute singulière, n'est pas le moins curieux détail de ce tableau; il est désigné dans les chroniques de Diou sous le nom de forte do mar (fort de la mer). On m'a dit qu'il existe entre lui et la citadelle une communication pratiquée sous le lit du bras de mer qui sépare Diou de la terre ferme. ^ Il y a un débarcadère à la citadelle et un second à l'arsenal, en face de la pointe Gouguela. A basse mer, ce dernier est le plus commode; j'y abordai et me fis conduire à la maison du gouverneur. .
Je reçus chez le major J. J. de Macedo e Couto un accueil plein de cordialité ; mais, malgré sa bonne volonté, il ne parvint pas à me procurer la viande fraîche dont j'avais besoin pour restaurer un peu mon équipage fatigué. Les bestiaux en petit nombre qu'on trouve à Diou sont la propriété des banians; et il ne faut pas penser à en obtenir d'eux : car la vache étant , comme on le sait , un des objets de leur culte religieux , ils ont pris sous leur protection toute l'espèce bovine. Us poussent le fanatisme jusqu'à employer leur influence, leurs richesses, en un mot les divers moyens qui sont en leur pouvoir pour empêcher l'introduction, dans l'île, du gros bétail destiné à la boucherie. Le gouverneur m'avoua que, pour échapper aux conséquences de cette superstition, il devait, s'il voulait avoir un bœuf ou un veau, s'y prendre plusieurs jours à l'avance, l'envoyer acheter au loin, et user de mille précautions pour en cacher la destination et l'entrée dans la place. Telles sont les concessions que l'autorité locale portugaise est,'en quelque sorte, forcée
— 2«« — de faire aux idées stapide^ de la population qu'elle gou> verne , sous peine d'en voir émigror It majeure partie ^ notamment les banians . aux mains de qui restent eneore quelques capitaux et le peu de commerce effectué dans la localité. L'esprit d'iiitrigne do gouvernement anglo-indien, qui, jaloux d'étouffer le moindre germe de développement politique ou commercial susceptible de porter atteinte à ses intérêts, se tient toujours prôt k profiter êes moindres fautes, oblige le gouvernement portugais aux plus grands ménagements à l'égard de la population de ses établissements de l'Inde, déjà si abandonnés, et lui coinmande de s'abstenir des mesures qui pourraient provoquer de nouvelles émigrations. Voilà donc où en est actuellement la puissance des Portugais dans l'Inde) Les descendants de ces fougueux missionnaires de la foi , les fila des fiers conquérants dont les exploits héroïques portèrent snr tout le littoral de l'Asie méridionale la terreur du nom portugais, sont réduits aujourd'hui à subordonner la satisfaction de leurs besoins aux préjugés religieux de ces gentils , dont leurs pères traitaient les ancêtres avec tant de mépris.
Une relâche à Diou ne peut procurer à un bâtiment de guerre d'autre provision que de l'eau de citerne : celle qu'on prend au débarcadère de la citadelle est fort bonne, si l'on a la précaution de laisser les conduits se nettoyer avant do commencer à la recevoir dans les futailles; nous en embarquâmes unédouznine (le tonneaux, et je me hâtai , pour quitter au plus tôt ce triste séjour, de visiter la ville et les environs.
Diou est une île de iO kilomètres de longueur, dans une direction à peu près est et ouest; sa plus grande largeur est de 4 kilomètres. ËHe à pwur dépendance l'aidée ou village for-
tifié deOouguela, sitaé sur la péninsule qae forme la pointe sud du KailaVar, et dont elle n'est séparée que par un bras de mer fort étroit : ce bras de mer représente ce qu'on appelle le port intérieur, mais son peu de prorondenr n'en permet l'entrée qu'à des bâtiments calant Qioins de 4 mètres d'ea«; l'ancrage pour un grand nayire est en dehors, par 15 mètres; ou bien encore plus avant dans la baie, dans ene espèce de bassin natof^el que Ton nomme le pmis, et où le fond est de 6 à 8 mètres. Pendant la mousson de nord-^st on peut/ sans aucune crainte, itoonfller devaift Diou; le temps y est uniformément beau ; dans le jour, les brises soufflent régulièrement de l'est- nord-eit à l'est-sudest, joli frais; la nuit elles viennent de terre, c'est-à-dire du nord-ouest au nord, et sont ordinairement plus fraîches après minuit. Durant notre court séjour sur cette rade , le baromètre a marqué constamment 0",764; la température a varié entre 26" et 29" centigrades. Les vents de la mousson de sud-ouest y sont le plus souvent tempétueux et pluvieux durant les mois où cette mousson est dans sa force; de mai à septembre, le mouillage extérieur ne serait pas tenable. Les courants de marée sont très-forts le long de la côte environnante ; sur rade, ils ont été estimés de 2' 2 à 2' 5 au fort d'une marée de syxfgie. Ils portent de l'est à Testnord-est avec le flot et en sens directement inverse avec le jusant. Nous avons observé sur ce point une déclinaison de l'aiguille de 2° 20' nord-est , et, d'après nos chronomètres, la longitude y serait de 68° 46' 21" E., le môle du château ayant été pris ponr lieu des observations. - '^'*
Le sol de l'île de Diou est presque partout stérile, et les produits qu'on y récolte sont insuffisants pour les besoins
de ses habitants. Presque toutes les denrées de première nécessité proviennent donc de l'eitérieur et sont; l'objet d'un trafic journalier.
La portion cultivable du sol , évaluée au tiers de la superficie totale, est exploitée principalement en baghéri et en cocotiers ; onze cents personnes approchant sont employées à ces cultures. ..«^ ,=
La population de Diou et dépendances paraît être stationnaire depuis un certain nombre d'années; un recensement fait en 1844 la porte à 9,417 individus. Elle se compose en majeure partie d'Hindous, parmi lesquels la caste des banians est la plus importante par sa richesse relative. Cette classe comprend à peu près trois cents familles, dont une centaine d'individus s'occupent spécialement de commerce. On compte environ 640 musulmans et 550 chrétiens, tous sujets portugais. La classe industrielle qui l'emporte par le nombre est celle des marins et des pêcheurs, habitant, pour la plupart, le village de Gouguela, où elle s'élève à deux mille âmes; Je reste est groupé au village de Brinkabara, à l'extrémité ouest de l'île : là vivent aussi quelques cultivateurs.
L'eau des puits est un peu saumâtre , mais il y en a de très-bonne dans les citernes, dont beaucoup de maisons sont munies.
Le bras de mer abonde en menu poisson et en coquillages dont la population pauvre se nourrit presque exclusivement. Les produits de la pèche constituent d'ailleurs, pour toutes les classes, un des principaux moyens de subsistance et fournissent quelque peu à l'exportation.
L'esclavage a cessé d'être, à Diou, à l'état d'institution
viable; du moins il n'est plus alimenté par It traite. Il y a bien encore des esclaves dans Ttle, mais ils ne tiennent sans doute pas à changer leur condition, car ils n'auraient» pour y échapper, qu'à passer sur le territoire voisin , où ils seraient sous la protection anglaise. . '
L'île de Diou laisse à désirer sous le point de vue de la salubrité. Il y règne des fièvres intermittentes; leur cause la plus active est probablement inhérente aux pernicieux effluves d^agés par les marais qui bordent une partie du côté nord de l'tle et par ceux qui l'avoisinent sur la terre ferme. Les ophthatmies y sont nombreuses et le choléra y apparaît fréquemment. L'ancien couvent de San Francisco sert aujourd'hui cf' hôpital militaire. ■■ - ' '
Les seuls frais que fasse le gouvernement pour l'instractfon publique Consistent dans l'entretien d'une école primaire. Les Hindous et les musulmans possèdent des écoles particulières qui ont du rapport avec nos maisons d'enseignement mutuel, f .uj
La ville se divise en plusieurs quartiers ; visitée en détail , elle ne répond nullement à l'opinion favorable que donne l'aspect pittoresque de son ensemble du côté du port : ces maisons à l'air coquet et aux couleurs variées, qui composent le quartier portugais, vues de près, ne sont plus, en général, que des masures badigeonnées, souvent sales et décrépies, paraissant abandonnées ; elles sont bâties en pierre et surmontées de terrasses, d'où les eaux pluviales se rendent aux citernes. Le quartier hindou se distingue par ses rues étroites et tortueuses ; ses maisons élevées, ayant des jalousies et des balcons , dont quelques-uns ornés de sculptures finement travaillées, mais sans goût, rappellent vaguement
les anciennes cités maures (}e l'Ëspfigne. Parmi ces maisons, il en est qui ont une ^jwçnce pins européenne et donnent l'idée d'une certaine ai^ncecb^ leurs propriétaires; ce sont des maisons de Parsis. Toutes les pagodes y sont mes-
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Une muraille assez haute et crénelée sépare du reste de riie ce que l'on appelle la place de Diou, à reitrémité orientale de laquelle s'éièye la citadelle entourée d'un fossé profond. Sur l'esplanade comprime entre ce fossé et les premières maisons de la ville on aperçoit plusieurs monuments en pierre, sans inscriptions, destinés évidemment à perpétuer le souvenir de fiaits historiques. ^L' un de ces monuments est une pyramide quadrangulaire tronquée, couronnée par un petit entablement orné d'une boule; sa base, qui a la forme d'un parallélipipède rectangle, est à simple corniche : il fut érigé, dit-on, par l'armée de Cojè Çofar, au lieu même où un boulet vint frapper ce chef conduisant le siège de la citadelle que défendait don Jean de Mascarègne. ^on loin de là se dresse une aiguille surmontée d'une croix indiquant que son érection est due aux chrétiens; on suppose qu'elle marque la place où fut trouvé le corps mutilé de l'un des fils de dom Joào de Castro, après qu'une miue habilement préparée par l'ennemi eut fait sauter un des bastions de la citadelle et jeté au loin les cadavres de ses héroïques défenseurs. D'autres pierres tumulaires.gisent encore çà et là, mais nul ne sait dire aujourd'hui quels souvenirs elles sont destinées à rappeler.
Il me serait impossible de décrire exactement la forteresse de Diou ; elle est si vaste et si compliquée dans son tracé, les ouvrages y sont si nombreux^ qu'on n'en j^^arde
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pas aœ idée ne^te loisqu'oQ ne fit {iir<;a«ra,Q^u'iiQe fois. D'ailiears elle o'a pas été ooostnMte snjvvnt an plan d'ensemble, eUe a pris sncçessifeiQept de9 proportions plas considérables i Q^esore que les circonstances en démontraient l'utilité, et selon les moyens dont les goo?erneurs disposaient; de pompeuses inscriptions rappellent les époques de ces diyers accroissements, qui rendirent la place de Diou la plus forte des Indes orientales. 1
Aujourd'hui cette citadelle est encore garnie, m'a-t-on assuré, de plus de deux cents bouches à feu tant en bronze qu'en fer : j'en ai vu (^elques-unes de vraiment extraordinaires par leur longueur et par leur calibre; plusieurs portent des légendes curieuses ou sont ornées de reliefe et de moulures bizarres. Il existe dans la citadelle vingt-trois citernes, dont deux seulement reçoivent et conservent l'eau, les canaux de conduite des autres étant détruits ; la citerne dite du Roi est un fort bel ouvrage en ce genre, «^t^^t ^^-îa^^, m .. .
La garnison ne se compose actuellement que de cent cinquante hommes^ iafaoterie et artillerie, qui sont fournis par l'armée de Goa. ^^,1 n^ ,- ....
Au fur et à mesure que l'on pénètre dans la citadelle, l'intérêt va croissant, et le visiteur y trouve une source inépuisable d'émptioqs. Il n'est peut-être pas, en effet, de lieu au monde qui rappelle plus de glorieux souvenirs, plus d'actes d'enthousiasme et de patriotique dévouement.
Diou, quoique non mentionnée sur la carte de Ptolémée, parait avoir été connue des anciens sous le nom de BéionuSf île située, d'après le Périple, à l'entrée occidentale du golfe de Gambaye ou sintu Bariginus. Il y a bien encore, dans ces parages, la petite jle BtU ou SWheit^ nommée par les
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Portugais t7^ dos Mortos ; mais ce]l&>ci est dans le golfe même, et non à l'entrée occidentale du golfe; de plus, comme elle ne possède ni port ni aucune des facilités nautiques qui constituent une position maritime, il est difficile de supposer qu'elle ait attiré l'attention des navigateurs anciens. La situation avantageuse de Diou, son port assez vaste et assez sûr pour de petits navires, en rendaient la possession trop précieuse pour que les Portugais négligeassent de se l'as surer; la conquête de cette place devait, d'ailleurs, sembler indispensable à ceux qui se proposaient de s'emparer du commerce de l'Arabie, de la Perse et de l'Inde; aussi Alphonse d'Albuquerque, qui savait à la fois concevoir et eiécnter les grandes choses, songea-t-il d'abord à obtenir l'agrément du roi de Cambaye pour y bâtir un fort. Les conquêtes d'Hormouz, et de Malacca, en réclamant tous ses soins, détournèrent son attention de l'île Diou ; mais le projet de s'y établir continua d'être l'une des plus sérieuses préoccupations de ses successeurs dans le gouvernement de l'Inde portugaise Les négociations engagées par eux, à cet effet, ayant échoué, on dut recourir à la force. En 1518, Diogo Lopez de Sequeira prépara, dans ce but, une flotte de quatre-vingts voiles ; mais ces dispositions n'eurent pfioint de suile. En 1 529, Lopo Vaz de Sampayo consacra , sans plus de' succès , pour le même objet, des sommes énormes à la cr&tion de l'une des plus formidables flottes que l'Inde eût encore vues. Ce ne fut que sous le gouvernement de Nuno da Cunha que les Portugais prirent position à Dioû, grâce à un traité conclu avec Bahdour, usurpateur du trône de Cambaye (I). Quelques
(1) Bahdour, gouyernear de Gouzerate au temps d'Ibrahim II , empereur de Delhi , se rendit iudépeDdaut à la mort de ce dernier. En 1535,
années plus tard, à ia saite des sièges mémorables qu'aTait eus à soutenir la citadelle de Diou, et après l'éclatante victoire remportée par dom Joâo de Castro, les ouvrages de défense furent accrus à un tel point, que dès ce temps elle fut regardée comme inexpugnable.
Lorsque l'île entière eut passé sous la domination portugaise, on la mit à couvert de nouvelles agressions par terre en occupant militairement la portion du continent située en face d'elle. Cette partie du territoire de Gouzerate est demeurée jusqu'à présent une dépendance de l'île.
Avant l'arrivée des Portugais dans l'Inde, Diou faisait déjà un commerce considérable non-seulement avec les pays de Cambaye et de Gouzerate, qui , depuis l'antiquité la plus reculée, étaient fréquentés par les marchands de la Perse el de l'Arabie, mais aussi avec tous les ports de la presqu'île indienne. Quand les Portugais s'en furent emparés, son importance augmenta encore; elle devint l'entrepôt géhéral du commerce de l'Arabie et de la Perse avec l'Inde et les ports de Cambaye, Baroche et Surate, qui commencèrent, par suite, à être négligés. Beaucoup de familles européennes s'établirent dans l'île, et sa population s'éleva bientôt jusqu à cinquante mille âmes; l'opulence et le luxe y étaient excessifs. Un arsenal , dont it reste quelques vestiges, y fut établi , et le port de Diou servit de base aux opérations de la marine portugaise dans les mers au nord de Goa. Il eo sortit des
ayant été vaincu par Temperear Houraaïoun II , il se retira h Diou, où ii accorda aux Portugais Tautorisatiou d'élever uae forteresse, à cunditiou qu'ils lui serviraient d'auxiliaires contre Houmaïoun. Les Poriu;:ais acceptèrent. La forteresse fut bâtie, et Bahdour recouvra le royaume de Gouzerate.
escadre qui parconrurent les mers d'Asie, et d^ navires marchands dont les expéditions s'étendaient à tous les pays à l'est du cap de Bonne-Espérance. Les receltes produites à la douane par ce mouvement commercial ne montaient pas à moins de i 00,000 cruzades, somme énorme à cette époque. En un root , après Goa , Diou était le plus riche marché de l'Asie méridionale. Toutefois cet état de choses, aussi brillant que prospère, eut une bien courte durée; il fut suivi d'une triste et rapide décadence. Malgré les revers qu'ils essuyèrent dans l'Inde, les Portugais, grâce à son inexpugnable citadelle plus encore qu'à l'insuftisante garnison qu'ils y entretinrent dès lors, conservèrent, il est vrai , cette place importante; mais son commerce et, par conséquent, l'industrie et la richesse de ses habitants n'en devaient pas moins être atteints par les causes de ruine auxquelles la plupart de leurs autres possessions avaient déjà succombe. D'ailleurs celles d'entre ces possessions qui avaient précédemm(3nt résisté aux hostilités des Hollandais et des Anglais étaient alors exposées aux fanatiques agressions des Arabes d'Oman , qui , une fois émancipés du joug des Portugais, poursuivaient contre eux une lutte acharnée. La descente qu'ils opérèrent sur l'île en 1760, et qui eut pour résultat le pillage de la ville et le massacre ou la capture d'une partie de la population , fui , pour Diou , un désastre dont elle ne s'est pas relevée.
EtJMiulenant, en ce lieu où s'accomplirent tant d'actions surhumaines qui firent des premiers temps de la doraination portugaise dans l'Inde uneépoquevraiment héroïque, on ne retrouve même plus le culte des souvenirs. La populatiorf chevaleresque qui l'animait naguère, cette phalange
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d'intrépides soldats, en tète desquels apparaissent, dans notre pensée, les grandes 6gures de Sylveira, de Mascarenhas et de Joao de Castro, tout cela n'est aujourd'hui représenté que paar un petit nombre de familles misérables, abâtardies et condafhnées probablement à se retirer bientôt devant les descendants des vaincus, qui leur sont déjà supérieurs en richesse, en industrie, peut-être même en intelligence. Devant les édifices en ruine, les monuments funèbres qui jonchent le sol de Diou, le voyageur, ému d'un religieux respect, ne peut, sur tant de témoignages muets d'un passé glorieux, interroger que l'histoire écrite; car c'est à peine si une vague tradition a transmis à quelques-uns de ces maîtres dégénérés la mémoire des faits qui ont illustré leurs aïeux.
Au point de vue industriel, Diou n'est pas moins que sous les autres rapports déchue de son importance. Faute de débouchés, une réduction considérable s'est opérée dans la fabrication des tissus de coton, si active à l'époque de la conquête, et dont les produits, consistant surtout en cotonnades imprimées, rivalisaient avantagensem^t avec ceux des manufactures de Madras pour la beauté du tissu et la solidité du teint. Cette fabrication n'occupe plus guère que sept cents ouvriers des deux sexes, y compris une centaine d'imprimeurs : encore, depuis longtemps, ce petit nombre de tisserands ne travaillent pour ainsi dire que sur commandes. Leurs étoffes sont consommées en partie dans l'île, et le reste s'exporte dans les possessions |)ortugaises de l'Inde et du Mozambique; elles comprennent des toiles rayées, des indiennes, des mouchoirs, du linge de table,
des couvertures de lit et quelques autres tissus qui sont désignés par des noms particuliers au pays. Le coton et les matières colorantes qu'on y emploie viennent de l'extérieur, principalement de Bombay et du Katiavar. Lep moyens de fabrication sont restés ce qu'ils étaient primitivement, sans aucun emprunt aux progrès obtenus par l'application de la mécanique à l'industrie; les dessins sont généralement de mauvais goût et peu variés.
Ces tissris sont presque l'unique ressource du commerce d'exportation de Diou. Goa lui fournit en échange un peu de riz, quelques autres denrées alimentaires et une petite quantité de vin. Les retours de Mozambique se font en dents d'éléphants et en or, articles servant à payer le coton en laine , les matières colorantes et lés vivres que l'île tire de Bombay et (lu Gouzerate. Trois petits navires de 50 à 80 tonneaux destinés aux voyages de Mozambique et une cinquantaine de barques côtières suffisent au transport de ces divers échanges et composent toute la marine marchande de la localité. On pourrait, néanmoins, construire, dans son port, (les navires de 250 à 500 tonneaux. Il existe encore parmi la population de l'île des constructeurs et ouvriers spéciaux ; mais ils sont moins nombreux et moins habiles qu'à Daman, d'où il faudrait, d'ailleurs, comme autrefois, faire venir le bois de construction.
En 1841, Diou fut déclarée port d'entrepôt; on comptait ainsi y voir afOuer les produits d'exportation de la province de Katiavar et même de tout le Gouzerate et les denrées ou autres objets destinés à la consommation de ces pays ; mais le gouvernement de Bombay fit complètement avorter
cette mesure, en déclarant également francs les petits ports de Villane et de New-Bender, voisins de Dion; il en est résulté que l'eïportation du coton du Katiavar continue d'avoir lieu par ces deuï ports, et que les produits de l'extérieur sont introduits dans le Gouzerate par diverses voies, sans participation aucune de l'entrepôt portugais à ce double mouvement. '
Les droits d'entrée, pour les marchandises destinées à la consommation , y sont de 5, 7, iO ou 20 pour 100, selon que ce sont des marchandises indigènes introduites sous pavillon national, ou des marchandises étrangères introduites sous pavillon portugais , ou les mêmes introduites sous pavillon étranger, ou enfin qu'elles consistent soit en étoffes de laine, de fil , de soie, de coton et de passementerie, soit en bois, ambre, fer, acier et autres articles qui peuvent être aisément fabriqués dans le pays. Le droit de 20 pour 100 serait réduit à 17 pour 100, si ces articles arrivaient sous pavillon portugais. L'artillerie, les matières incendiaires et les projectiles sont absolument prohibés sous tout pavillon et de quelque provenance que ce soit. Il est, en outre, certains produits de fabrication étrangère dont l'introduction est également défendue ou réservée aux seuls navires nationaux.
Les droits de sortie sur les objets qui ont été admis à la consommation sont de 2 pour 100 , sans distinction de pavillon ; ils sont nuls sur les articles de production nationale exportés sous pavillon portugais dans les possessions portugaises de l'Inde. L'exportation du coton en laine est seule prohibée.
La valeur des articles imposés s'estime à l'amiable entre le détenteur et le receveur des douanes; s'il se présente des
difficultés au sujet de celte estimation, les droits sont payés en nature.
Au résumé, il y a , dans le système des douanes de Diou comme dans celui des autres établissements portugais de l'Inde, une foule de dispositions exceptionnelles et souvent arbitraires qui ne permettent guère d'en donner une idée exacte. Le tarif dont je viens de faire connaître les dispositions générales, et qui avait été dressé par le gouvernement de Goa à la fin de 1840, aura dû être modifié et mis en accord avec les dispositions du décret de la Reine, promulgué le 5 juin 1844. Or il ne faut pas oublier qu'aux termes de ce décret ne sont admis, dans certainsports désignés, savoir, pour l'Inde, ceux de Goa, Diou et Daman , que les navires des nations en faveur desquelles la liberté du commerce a été stipulée par un traité. Au moment de notre passage à Diou, les Anglais seuls étaient dans cette situation légale pour commercer avec le Portugal et ses colonies.
On battait encore monnaie à Diou il y a peu d'années; les métaux employés étaient i° l'argent, avec lequel on frappait une pièce dite roupie, valant 8 tangas de Goa, 256 reis de Portugal, environ î fr. 80 cent., d'après le taux de Lisbonne ; 2° un mélange de toutenague et de cuivre, qui servait à fabriquer des pièces dites pataca, meia palaca et quarto de palaca. Depuis, on s'est borné à refrapper quelques vieilles pièces de cuivre.
A Diou ,' et dans tous les établissements portugais de l'Inde, la roupie vaut invariablement 2 pardans ou séraphins; mais la valeur réelle du pardan et du 1/2 pardon varie naturellement selon celle de la roupie, dont ils sont une division et une subdivision.
Les monnaies ayant cours aujourd'hui , outre les pioct^ que je viens de mentionner, sont :
En or : Une pièce, dite San-Thomé (note) (i), valant 14 séraphins; La meïa dobrâo (demi-doublon), dont îe cours, variable, était, à notre passage, de 2i roupies 1/4- de Goa.
En argent : La roupie de Goa (qui est anssi une monnaie de compte), valant 4/4 en sus de la roupie de Diou ou 320 reis de Portugal ; La roupie anglaise de la compagnie, valant un peu plus que la roupie de Goa ou 556 reis de Portugal; La piastre espagnole, valant 5 roupies et i tanga de Diou. Eu cuivre : La tanga de Goa, valant 1/8 de la roupie de Diou.
Il y a de plus en circulation à Diou une petite pièce de cuivre alliagée de zinc, qui vaut un cinquième de la tanga ; c'est la pièce de 12 reis de Goa et peut-être l'ancienne meïa pafaca de Diou. On donne ordinairement cent vingt-cinq de ces pièces pour une piastre d'Espagne; nous en avons eu cent dix-huit, cent dix-neuf et cent vingt pour une pièce de 5 francs, selon le poids de celle-ci, qu'on né peut, d'ailleurs, considérer comme ayant cours sur la place Les poids en Bsage sont :
La livre portugaise , équivalant à O',4698,04* ; Le sîr» de 10 onces 4/5, -— 0^,530* ;
\1) II y a eu uoe autre pièce de ce nom, frappée aiicieoaemeirt a Dioa , ei qai rslait 10 serapbios.
•«FW^flSiSp?'^!^^?'
Le maun, de 40 sîrs, équivalant à IS'^jSOOs;
L'arrobe, de 32 livres, -- i4S689»;
Le kandi , de i6 arrobes, — 235^0245.
Les mesures de longueur sont :
Xa palme (pa/ma), équivalant à 0°',2i94;
La coudée (cdvado), — 3 palmas ou 0"',6582;
La vare (vara), — 5 palmas ou l^OO?.
Comme mesure de capacité pour les céréales, on se sert de l'alquier (alquiere), équivalant à 13*,5085.
Le mouvement commercial de Diou est, aujourd'hui , tellement restreint , que je ne vois pas d'opération lucrative à faire régulièrement sur ce point par nos commerçants. Voici, toutefois, ce qui m'y paraît accidentellement exécutable, soit pour un navire se rendant à Bombay ou à Mascate, soit pour quelque bateau de Maiotte en destination pour les mêmes pays.
Parmi les articles importés à Diou, l'ivoire est à peu près le seul que fournirait l'entrepôt de Maiotte, et le seul aussi qu'un de nos navires relâchant à Diou puisse en exporter. Or il entre annuellement à Diou environ 200 kandi d'ivoire ; les dents qu'on préfère sur ce marché, qui les réexporte dans l'Inde, sont du poids de 41 à 14 kilogrammes. Le moment le plus favorable pour vendre est la fin de septembre ; le prix du kandi d'ivoire y est alors de 550 à 600 piastres, un peu plus tard il ne s'élève pas au-dessus de 500. On y introduit, en outre, environ 200 arrobes de dents d'hippopotame et une petite quantité de vieux cuivre. Dans le cas donc où une maison de commerce établie à Maiotte et ayant à envoyer quelque bateau chargé à Bombay ou à Mascate voudrait comprendre dans cette expédition une escale à
Diou, elle aurait la chance de placer ces articles avçc avantage, s'ils y étaient présentés dans les conditions ci-dessus indiquées quant à l'époque et à la quantité. Toutefois le payenaent n'en serait facilement effectué, par l'acheteur, qu'en traites sur Bombay ou Surate, ordinairement tirées à huit jours de vue. La vente ne pourrait, d'ailleurs, avoir lieu qu'en entrepôt. Le droit d'entrepôt est de 1 pour 100; mais. par suite jj'une espèce de courtage dont se charge le chef de la douane, il s'élève, m'a-t-on dit, à 2 5/4 pour 100; c'est le vendeur qui règle avec la douane, sans être obligé d'entreposer réellement la marchandise, pourvu que lejlroit d'usage soit acquitté. «
S'il s'agissait, au contraire, d'un achat d'ivoire à faire par un navire passant à Diou, l'époque la plus convenable serait la fin de novembre.
Trois jours passés dans cette localité nous suffirent pour obtenir les renseignements relatifs à l'objet principal de la mission. Le 18 novembre, à neuf heures du soir, nous appareillâmes avec une petite brise de terre, et nous nous dirigeâmes, sous toutes voiles, vers notre nouvelle destination.
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