‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 28 sur 101 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Traversée de Diou à Surate. — Mouillage de Swally. — Promenade à Surate. — Incideuts de notre séjour en cette ville. — Retour à bord. — Description de Surate. — Population.— Aperçu historique.— Commerce. — Douanes. — : Observations faites au mouillage. — Départ. — Arrivée à Bombay. — État sanitaire de l'équipage. — Séjour dans ce port. — Départ pour Goa. — Mouillage d'Agoada. — Séjour à Paogim.

— Description de la baie. — Fortiicatioas. — Ancienne ville dfi Goa.

— Description de Paugim, la nouvelle Goa. — Sa population. — Forces militaires. — Marine. — État de Goa. — District des lies de Goa. — District de Bardez. — District de Salcete. — Population générale. — Productions. — Commerce. — Poids et mesures. — Monnaies. — Observations faites au mouillage. — Départ pour Socotra. {

Le point où le brick devait toucher en quittant Diou était Surate : je réglai donc la route pour passer au sud des bancs de Malacca.

Le plomb jeté d'heure en heure donnait des sondes de 50 à ôi mètres, fond mou. La nuit fui belle, la brise inégale et variable du nord- nord-ouest au nord,halant le nord-nordesl et le nord-est, au jour, à mesure que nous ouvrions le golfe de Cambaye. Le 19, dans la matinée, nous aperçûmes devant nous la haute terre de Saint-Jean, qui est à l' entrée du golfe, du côté de l'est. Après midi, la brise s'élant faite du nord-nord-ouest<, nous nous élevâmes un peu dans le nord. Les terres de Daman et la montagne Panella étaient alors en vue. Les courants de marée sont rapides entre la terre et

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les bancs, et, par suite, on ne peut que perdre en louvoyant à contre-courant. Comme le flot commençait à prendre de la force, nous fûmes contraints de mouiller en attendant des circonstances plus favorables. Nous étions par âô^jG, fond de vase et gravier ; le courant estimé au moyen du loch allait 2 milles 4/5 dans le sud-sud-ouest. D'après ce que j'ai observé dans la partie du golfe de Cambaye comprise entre Daman et Surate, les marées sont régulières ; \e courant varie de r est-nord-est au nord pendant la durée du flot et de l'ouest-sud-ouest au sud pendant lé jusant. La plus grande vitesse de ce dernier a été de 2 milles 4/5 et celle du flot de 2 milles i/2, le troisième jour d'une nouvelle lune. Le 20, au point du jour, on mit sous voiles avec une jolie brise d'est-sud-est, et nous fiimes bientôt par le travers de la montagne de Panella ou Panerra. Cette montagne est d'autant plu| remarquable qu'elle s'élève au milieu d'un pays plat; les Anglais ont bâti à son sommet un fort dont nous distinguions le mât de pavillon : il y existe, m'a-t-on dit, plusieurs réservoirs de bonne eau. Nous longeâmes la côte en traversant, par intervalles, des lignes de bateaux de pêche. Au nord de Panella, les terres deviennent très-basses; à six milles de distance on n'en découvre que les arbres, du pont d'un navire; les eaux sont jaunes et vaseuses; la sonde seule indique les changements de fond. De dix heures à deux heures, il fit presque calme, mais, à partir de onze beures, le courant nous portait dans le nord. Une brise de nord-est et d'est-nord-est s'établit alors, soufflant bon frais, par rafales, et nous obligeant à manœuvrer les perroquets. Nous fîmes route la sonde à la main, conservant toujours la côte en vue, et, au soir, nous mouillâmes devant l'embou-

chure de la Tapti , à environ trois milles du phare de Vaux-

Tomb.

Nous pûmes juger dès l'abord^pmbien Surate est maintenant délaissée par le commercé européen. Quelques bateaux du pays attendaient à l'ancre le moment convenable pour remonter la rivière ; mais il ne se trouvait pas même un navire anglais en ce lieu, où affluaient, à la'fin du siècle, dernier, les vaisseaux de commerce de toutes les nations maritimes. Sur la pointe qui est du côté nord de l'embouchure de la rivière, on aperçoit, au milieu de quelques arbres, un bâtiment à terrasse, au-dessus duquel s'élève un mât de signaux portant les couleurs anglaises, et, à côté, une espèce de tour de guetteur; aucune autre indicatipn ne fait soupçonner l'existence d'un service de port quelconque. Au reste, le sémaphore resta sans mouvement, et rien ne nous fit penser qu'on se fût le moins du monde préoccupé

de notre arrivée.

Le lendemain matin , ne voyant aucun bateau venir à bord, je suivis le précepte de Mahomet .j'allai vers la montagne, c'est-à-dire que j'expédiai, à l'endroit où s'élevait le mât de pavillon, un canot avec un officier. Celui-ci n'y rencontra personne à qui parler, si ce n'est deux Hindous, et, faute d'interprète, il lui^fut aussi impossible de se faire entendre de ces hommes que de comprendre ce qu'ils disaient. Mon envoyé prit donc le parti de revenir à bord ; mais le canot, ayant été surpris par le jusant, resta échoué plusieurs heures et ne rallia le Ducouédic que dans l'après-midi.

Espérant de cette communication avec la terre des renseignements qui me permettraient de remonter jusqu'à la ville, j'avais, de mon côté, fait disposer l'embarcation qui

devait m'y conduire avec quelques-uns de mes ofBciers. Comme je ne devais désormais compter que sur nos seules ressources, je me mis en route à l'instant, pensant atteindre, avant l'heure de la basse mer, un des points de la côte en dedans de la barre. Cependant, le trajet n'étant pas moindre de quatre à cinq milles et la brise ne nous favorisant pas, la nuit arriva avant que nous eussions pu^border, et le canot s'arrêta bientôt sur un banc, d'où nous ne parvînmes pas à le dégager. La mer descendant toujours, il se trouva, peu de temps après, complètement à sec. Nous reconnûmes alors que nous étions échoués sur l'accore du grand banc qui laisse entre lui et la rive droite le chenal qu'on appelle chenal de Domeus. Nos matelots débarquèrent pour examiner les alentours et chercher un moyen de sortir d'embarras; mais ils n'en trouvèrent pas : la distance qui séparait le canot du chenal était trop grande pour len- -tf^r (le l'y transporter à force de bras. Nous jugeâmes donc . que la seule manière de nous tirer de ce mauvais pas était d'essayer de nous faire entendre de terre, puisque l'obscurité nous ôtait la chance d'être vus. Il y avait, de l'autre côté du chenal , un petit village dont quelques feux nous indiquaient la position. Pour attirer l'attention de ses habitants, nos hommes firent jouer leurs poumons avec toute l'énergie dont ils étaient capables, et, grâce au calme de la soirée, au silence habituel des heures qui précèdent le sommeil , leurs cris finirent par être entendus : une réponse dans le même ton arriva à nos oreilles, nous prouvant qii'il existait, dans le pays, des larynx aussi forlemetit constitués que ceux de nos canotiers. Les gens du village avaient deviné notre mésaventure, car nous vîmes s'avancer

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