‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 29 sur 101 · ST · texte numérisé non relu

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vers n<nis uat pirogae, qui malheareusement iie pouvait pas contenir {dus de deux ou trois hommes. Toutefois nous n'avions pas lien de nous plaindre : exposés è passer la nuit à !a belle étoile, sur un banc de vase, — puisque nous étions séparés du rivage par un chenal n'ayant pas moins d'un quart de mille de largeur et où le courant allait quatre à cinq milles, — nous devions nous estimer fort heureux déjà qu'il se fût trouvé, de l'un et de l'autre bord, de vigoureux gosiers et de fines oreilles. Aussi, quelque exiguë que fût l'embarcation qu'on nous amenait, nous l'accueillîmes avec une vive reconnaissance. M. Loarer s'embarqua sur le fréie et précieux esquif, et se rendit à terre afin de quérir un bateau de dimension plus convenable. Mais les braves habitants du village étaient décidément d'une intelligence rare et d'une bonne voljonlé charmante : M. Loarer rencontra en route le bateau désiré, qui venait nous chercher. Dès que celui-ci nous eut ralliés, nous nous y embarquâmes, laissant sur le banc notre canot ^ son équipage, et donnant l'ordre au patron de nous apporter nos effets aussitôt que le flot le permettrait.

Dans ce village résidaient deux officiers de la compagnie appartenant à la garnison de Surate, et qui y étaient venus prendre l'air de la mer pour achever une convalescence. Ils nous accueillirent avec politesse et nous ofifrirenl de partager leur souper, ce que nous acceptâmes , à la condition d'y joindre les provisions dont nous étions munis. Je m'informai, auprès d'eux, des moyens de locomotion qu'on pourrait trouver dans le village pour aller à Surate par terre, car le peu de succès de notre première tentative m'avait fait renoncer à remonter la rivière en canot.

Suivant leurs îndicatioDS, je m'entendis immédiatement avec le conducteur d'une carriole, pour qu'il se cluifgeèt de nos bagages pendant que nous ferions roQ^ à pi^. ^otre départ fut fixé au lendemain. i» >«iï ;^ '* .?

Nous nous arrangeâmes donc de manière à passer la nuit chez nos hôtes, qui, n'ayant que deux lits, étaient autorisés , en qualité de malades , à ne pas les céder : un vieux fauteuil , l'une des plus vénérables pièces de leur mobilier et une tente dont on recouvrit le plancher nous en tinrent lieu. Grâce à ces couches peu moelleuses et surtout aux insectes incommodes qui nous y assaillirent, nous passâmes la plus détestable nuit dont on ait jamais compté les heures dans le vaste empire de l'Inde britannique. C'était la seconde, mais ce ne devait pas être la dernière de nos infortunes sur les terres de Surate.

Avant le point du jour, nous étions levés ; je ne dis pas éveillés, parce que nous n'avions pas dormi. Je ne sais si nos hôtes s'étaient ressentis du trouble apporté par notre présence au milieu des tribus d'insectes parasites qui vivaient paisiblement dans leurs meubles antiques, ou s'ils éprouvaient cette mauvaise humeur caractéristique d'un sommeil interrompu intempestivement, toujours esl-ilqu ils virent d'un assez mauvais œil notre petit remue-ménage matinal et qu'ils assistèrent aux préparatifs de notre dépari d'un air qui semblait dire : il eût beaucoup mieux valu pour

nous que ces gens-là ne fussent jamais venus A quatre

heures, nous nous mîmes en route avec l'espoir d'être dédommagés, à Surate, des mécomptes que nous avions éprouvés en nous y rendant. Hélas! combien nos illusions étaient grandes 1 '

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Noos chemiDàmes gaiement derrière le chariot qui portait nos bagages; vêtus de tous les costumes, nous ressemblions fort à une troâ^peXâe comédiens ambulants ; mais nous ne rencontrions sur noue route personne qui pût s'en étonner ou en rire. Nous traversâmes .une campagne d'aspect à peu près uniforme, mais bienei^tivée, et, malgré l'absence d'arbres, nous ne fûmes pas tourhientés Q$ir la chal«ur. Cependant nous n'avions pas moins dèKquatre ou cinq lieues à parcourir, et, pour des pieds habitué\à ne foulef que le pont d'un navire, c'était une longue étapà; aussi, quand nous eûmes fait les deux tiers du chemin, prii^es-nous le ç^rti de monter, à tour de rôle, sur la carriole afin de nous délasser. Vers neuf heures, nous étions aux abord^ de la ville : là le paysage changea. De magnifiques plantations d'arbres nous apparurent, puis, au milieu de leur riche végétation, des jardins et des maisons confortables qui annonçaient la présence d'Européens : en effet, tous les fonctionnaires anglais demeurent en dehors de la ville; on y remarque, de plus, une caserne occupée par une partie de la garnison. Notre conducteur nous indiqua une espèce d'hôtel, entretenu aux frais fie la compagnie, jpour ceux de ses agents qui ont occasion de passer à Surate. C'est d'elle que dépend le personnel de l'établissement, composé d'un Parsi et de quelques serviteurs; c'est elle, par suite, qui arrête le tarif des logeraeuLs. Mais les vivres sont fournis par le Parsi, et, on doit lui rendre cette justice, il ne néglige rien pour en tirer les meilleurs bénéfices possibles. Cette sorte d'hôtellerie ou de caravansérail privilégié s'appelle un hungalou. Celui de Surate est une maison d'assez bonne apparence, située en de-

iiors et tout près de la ville, sur une vaste esplanade, plantée II. 19

d'arbres, qui dofnine la rivière et où était autrefois la factorerie hollandaise. Mous y fûmes accueillis avec tes 4émoti8tralions les p\us obséquieuses p&t l'hdte '^^ flairant u»e bonn^ affaire, se ft-ottait les maitis, sans doute, à la vue des victimes que le h»sard lui ameuait. Les Pârsis et les banians sont les juî^ de ce monde oriental , si tant est que tous les indigébes ne soient pas un peu de la tribu de Judas.

Une rois installés, nous nous firaei servir à déjeuner et nous mangeâmes avec autant d'appétit que si nous n'avions pas été sûrs de payer fort cher. Pendant et malgré l'accomplissement de cet acte important^ j'étais quelque peu préoccupé de la singularité de notre positioU et de k façon non moins singulière dont nous y étions arrivés. Mouillage à l'entrée de la rivière, descente à terre, trajet de Domeus à Surate, installation dans l'hôtel où nous étiofis en train de nous restaurer, tous ces mouvements s'étaient effectués sans qu'une seule sentinelle nous eût crié : Qui mve, sans qu'aucune voix officielle nous eût dit : Soyez les bienvenus! 11 y avait là ou une grande négligence ou un laisser aller vrai ment^xtraordinaire. J'avoue que, pour lUa part, je n'étais pas ravi du peu de sensation que nous avions fait, et que, ce fût iiïsouciance ou parti pris, j'en étais aussi blessé qu'étonné.

Je fus interrompu dans ces réflexions désagréables par l'apparition d'un cipaye qui me remit un chiffon de papier sur lequel étaient écrites au crayon et en françaw les questions suivantes, aussi claires que laconiques :

Qui étes-vûHS?

D' m venez-wm ? >

Où allez-txms ?

Ces tfojs petites frases à la Spartiate firent d'abord sur moi le même effet que le mané-técel-Pharès sar les cooTives de Mthazir. Mes regards stupéfaits allaient , alternativement, de la missive au porteur et du porteur à la missive , et je me dejuandais lequel des deux était garant de l'autre, c'est-à-dire si le cipaye prouvait l'authenticité du papier ou le papier l'authenticité du cipaye; toutefois je ne pouvais rester longtemps dans le doute, en voyant celui-ci re^tu d'un costume ofBciel , tandis que l'autre ne portait ni adresse, ni date, ni signature. Je dus donc regarder le militaire nonseulement comme étant de bcni aloi , inais encore comme la pièce essentielle; puis, c(»sidérant qu'un brave soldat du respectable corps des cipayes était incapable de commettre un faux en écriture publique, libellé surtout en langue française, j'en tirai logiquement cette conséquence : que le papier, si peu cérémonieux dans sa tenue et dans son langage, émanait de l'autorité locale pour qui, probablement, i'apposition d'un cipaye à un billet valait celle d'un cachet ou d'une signature.

Arrivé ainsi à me convaincre que je devais prendre an sérieux le m^sage et le messager, j'essayai d'entrer en communication avec celui-ci , tâche peu facile, puisqu'il ne parlait que l'hindou. Mais le Parsi, intendant du bungalou, s'eoi pressa de me servir d'interprète : il questionna le cipaye H nous transmit ses réponses en anglais. J'appris, de cette manière, que M. le major €ooke, commandant militaire de Surate, avait daigné «'adresser l'interrogatoire sommaire que j'ai transcrit plus haut littéralement. C'était à a'y pas croire de la part d'un officier anglais ; car, si l'on a reproché quelquefois aux officiers de cette nsytion d'être généralement eu-

tachés de morgue, ils sont, à coup sûr, les plus poliment formalistes de tous les officiers d'Europe et d'Amérique. Le procédé était ineicusable ; on n'eût pas agi plus brutalement à l'égard d'étrangers qui se seraient introduits furtivement dans. une ville en état de siège; or la situation paisible et régulière où se trouvait Surate n'autorisait , en aucune façon, un manque d'urbanité envers des arrivants qu'on savait bien être Français, puisque c'était en français qu'on leur écrivait. Avec un peu plus de tact ou moins d'étourderie, M. le major aurait d'abord fait prendre, auprès du chef de l'hôtel où nous étions descendus, les informations nécessaires sur la qualité et les intentions des personnes que celui-ci avait reçues dans le caravansérail de l'honorable compagnie. Bref, je congédiai le cipaye en le chargeant de dire au major Cooke que nous étions le commandant et les officiers du brick de guerre français mouillé à l'embouchure de la rivière, et que j'irais moi-même, dans la journée, répondre aux questions qui nous avaient été adressées.

Je me rendis bientôt, en effet, chez le major commandant; son envoyé l'avait, sans doute, informé des marques de surprise et de mécontentement que j'avais laissé échapper en recevant son message, car il se montra , tout d'abord , fort embarrassé. Cet embarras s'accrut même de la difficulté que nous avions à nous comprendre, car il connaissait aussi peu la langue française que je connaissais peu l'anglais; heureusement le major avait à sa disposition une providence prête à nous tirer d'affaire; c'était mistriss Cooke, sa femme, qu'il se hâta d'appeler à son aide, et à qui je fus immédiatement présenté. Mistriss Cooke était une brune assez piquante; elle avait passé quelque temps à Paris, et elle remplit très-

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convenablement son rôle d'interprète. Avec l'air de candeur et le langage timide d'une jeune miss non au courant des questions officielles , elle m'expliqua comment son mari, ignorant la présence d'un navire de guerre français dans les eaux de Surate et ayant seulement appris que des étrangers étaient arrivés en cette ville, avait pu agir aussi peu cérémonieusement envers nous.

Dans les affaires délicates, l'intervention d'une jeune et jolie femme prend le caractère d'une médiation dont le résultat est toujours satisfaisant. L'apparition, non moins agréable qu'inattendue, du charmant négociateur qui se plaçait entre le major et moi avait dissipé l'effet produit par le malencontreux billet du matin, et je me sentais d'autnnt plus disposé à l'indulgence que, M. Cooke ne sachant pas le français, il devenait manifeste que la jolie main de mis- Iriss Cooke avait rédigé le fatal message. Je me contentai donc, comme entrée en matière, de quelques plaisanteries sur la forme concise et tant soit peu cavalière de l'interrogatoire écrit qui nous Irvait troublés dans une occupation sérieuse, comme l'est un déjeuner lorsqu'on viei^t de faire à pied une promenade d'au moins vingt kilomètres; je ne me montrai nullement difficile quant à laTvaleur de l'explication qui m'était présentée de la meilleure grâce du monde et avec un désir évident d$ la rendre convaincante. A mon tour, je fis connaître au major Cooke le but de ma relâche à Surate, et l'accident qui nous avait contraints à nous y rendre par terre et pour ainsi dire incognito, après avoir, toutefois, tenté inutilement de faire constater au poste de Vaux-Tomb l'arrivée du brick au mouillage de Swally. Ces éclaircissements donnés, nous échangeâmes de part et d'au-

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tre quelques phrases de circonstance; puis je pris congé de mes interlocuteurs.

Le soir même, les relations pacifiqHCS qui vénâfétit de s'établir reçurent une consécration. L^passible cipaye, naguère messager de discorde, cette fois messager de paix, reparut à l'hôtel et me remit, au nom de M. et de M"* Cooke, une lettre d'invitation à dîner pour mes officiers et moi. Cette lettre, écrite en français, sur papier à bordure rose et d'une jolie petite écriture déliée, était, sans aucun doute, de la main du gracieux interprète qui m'avait traduit les excuses du major, et elle était conçue dans les termes les plus obligeants. De crainte qu'il ne me fut resté au fond du cœur quelque regain de rancune, le bienveillant rédacteur, par un raffinement de politesse, terminait en priant « Monsieur le capitaine commandant du bateau français de pardoiiner toutes ses surprises; » c'est-à-dire, je crois, qu'on s'excusait encore de s'être laissé surprendre. On ne pouvait montrer plus d'amabilité et de prévenance; je répondis en conséquence, acceptant seulement pour moi, les officiers qui m'accompagnaient devant retourner à bord avant le jour fixé par le billet d'invitation. ^

A l'issue de mon entrevue avec M. et M""" Cooke, je m'étais rendu chez le juge, qui est la seconde autorité du pays ; il était absent, et j'avais été reçu par madame, qui fut loin de se montrer, pour moi, aussi afi'able que sa compatriote; je ne pus même la décider à parler français, quoiqu'elle le sût un peu. Là se bornèrent mes relations avec les autorités anglaises. Quant aux autorités indigènes, le pays étant sous la dépendance des Anglais, je n'avais pas de rapports officiels à établir avec elles : ceux que la curiosité m'eût

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eog«gé à nouer m'éUient iqler4Us faute d'iin i^terprèle. Je me bprpai donc à visHer quelques riebes oéyociants aratei» établi^ à Surate, pour obtenir les reaseigoements conuMBrclaux que je voulais prendre : la présence de M. Viguard reudait faciles mes entretiens avec eux. Au nombre des Arabes que j'allai voir se trouva aaUireilemenl l'agent du sultan de Mascate, pour lequel j'avais une lettre de son souverain. Il me reçut fort civilement et se mit entièrement à ma disposition. Il se nommait Abbmed-ben-^ubir; né de parents arabes, à Surabe, il n'en était jamais sorti. C'est dans sa conversation que je recueillis quelques détails sur la situation commerciale de cette ville, assez déchue aujourd'hui, même au point de vue maritime, poi^r qu'un navire de guerre étranger puisse mouiller dans ses eaux sans que l'autorité supérieure ait l'air de s'en apercevoir.

C'était, du reste, je suis bien forcé de l'avouer^ une singulière autorité que celle qui j;ésidait alors à Surale. Ce qui s'était passé aurait dà reni/re M. Cooke plus circonspect dans sa manière d'interpréter les devoirs que la société impose, surtout à un gentleman, comme disent ses compatriotes; cependant il n'en fui rien. Décidément il était écrit que ce pays me serait fatal, e^ le soir où mon canot s'échoua sur le grand banc du bas de la rivière (présage bien clair et que je ne sus pas comprendre], au lieu de me réjouir d'entendre la voix des gens du village qui répondaient à notre appel , j'aurais mieux fait de boucher mes oreilles et celles de niei> hommes avec de la cire, comme ût Ulysse quand il \oulut mettre son équipage et lui à l'abri des vocalises séduct/ices des sirènes. A partir de ce moment , que de chutes de Cha-

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rybde en Scylla et de Scylla en Charybdel D'un banc de

sable vaseux où je risquais de n'avoir, une bonne partie de la nuit, que la voûte étoilée pour ciel de lit, passer à l'hospitalité maussade de deux convalescents renfrognés, dormir (quel abus de langage!) sur un plancher et en proie à la voracité d'une nuée de parasites, faire cinq lieues à pied, tomber entre les mains d'un hôtelier plus vorace encore que les insectes de la nuit, et recevoir là, emmanché d'un soldat cipaye, un papier de propreté douteuse qui nous demande, à brille-pourpoint, comme un agent de police à un vagabond , qui êtes-vous et que voulez-vous? certes , voilà plus de contre-temps qu'il n'était nécessaire pour que je prisse en abomination l'antique métropole du commerce de l'Asie ; cependant je n'étais pas au terme de mes misères : j'avais encore à avaler la lie de ce calice d'amertume. *

Je restai trois ou quatre jours hébergé, au poids de l'or, par mon juif de Parsi, et, pendant trois ou quatre jours, j'attendis que le major Cooke voulût bien se rappeler qu'il me devait une visite. Vaine attente! En fait de visites, il était, sans doute, de ceux qui peneent qu'une invitation à dîner en tient lieu. Le jour fixé arriva sans que M. Cooke eût paru. Cependant, résolu que j'étais de ne désespérer qu'au dernier moment, je patientai jusqu'aux environs de l'heure du rendez- vous; mais, hélas! pas de major Cooke. On eût dit qu'il était passé à l'état de mythe, ou ique quelque fakir, à 'l'instigation d'un rajah, lui avait administré un des poisons subtils que ces moines indiens préparaient autrefois pour servir la vengeance du grand mogol. Je fus alors convaincu que le commandant de Surate n'était pas plus poli pour les étrangers qui séjournaient dans sa ville

qu'à l'égard de ceux qui y armaient, et je pris aussitôt mon parti. A cinq heures (on voit que je poussai la patience jusqu'à la limite eitrême), à cinq heures, je fis porter à M. le major Cooke, par un marin du Ducouèdic, nne lettre préparée dans la journée , et dans laquelle je disais : « qu'ayant eu l'honneur de faire une Yisite à M. le major j'avais droit de m'aétendre à recevoir la sienne; que c'était là un devoir entre gentlemefiy el,t^\m forte raison, entre les agents officiels (te deux nations amies; qu'en s' abstenant de remplir ce devoir il rti'avait mis , à mon grand regret , dans l'impossibilité de paraître à sa table; je terminais en priant mistriss Cooke d'agréer mes excuses, et de croire à la peine que je ressentais, de ne pouvoir me rendre au dîner que j'avais accepté. » Cette épître tomba comme une bombe au milieu des convives réunis, au nombre desquels, par une prévoyante attention de mistriss Cooke, devaient se trouver, m'avait-elle écrit dans son billet d'invitation, (( des gens , deux ou trois , qui parlent la française. » ï>a stupéfaction et le désordre régnèrent un instant dans l'assemblée. On eût dit qu'un autre Sevagy (i) venait de se présenter sous les murs de Surate. Enfin un cipaye, l'inévitable cipaye, fut dépêché, en toute hâte, à la poursuite du matelot qui avait apporté ma lettre. Ce dernier fut atteint et amené en présence de l'honorable. société, où se distinguaient M. Cooke, à qui l'émotion de la honte ou du dépit avait donné la couleur de son habit d'uniforme, et mistriss Cooke, qui , par son empressement à excuser son mari , témoignait le regret que lui faisait éprouver ce contre-temps

(1) En 1664, Sevagy, roi des Mahrattes, assiégea Surate et jeta la terreur parmi ses habitants. ]

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fâcheux ou, pour me servir de son langage, cette nouvelle surprise. « Son mari, disait-elle, ne savait pas le français ; comment eût-il été rendre visite à Motmeur le capitaine? Sans doute elle s'y fût transportée avec lui, si

Motisieiu' le capitaine eût été seul Il fallait bien dire à

Monsieur le capùaine combien on ^ait 4ésolé et combien d'excuses on présentait, etc., etc.... » Mon messager revint me rapportant ces flatteuses protestations, qui me prouvèrent que , si mistriss Cooke n'avait pas songé à rappeler à son mari les devoirs qu'il aurait dû remplir, elle n'était pas, du moins, complice d'une grossièreté 4a'eipii(fue seul l'espèce d'isolement où l'on vit dans ce pays, et par suite duquel on désapprend les usages de la bonne compagnie. Sans me départir de la ligne de conduite qui m'était imposée , je pus donc envoyer une pensée de remerciment et de bon souvenir au seul être agréable que j'eusse vu et enlendu dans la ville de Surate.

Le lendemain , je m'embarquai sur un bateau du pays pour descendre la rivière et retourner au plus vite à bord du Ducouédic. Mais il était écrit que je ne pourrais, sans éprouver un désagrément, faire un pas dans ce lieu de relâche, où le mauvais sort m'avait jeté; mon conducteur m'échoua sur un nouveau banc, où je restai une heure à un mouillage forcé. Je finissais, on le voit, conune j'avais commencé. Aussi , pour me soustraire à la malfaisante influence qui me poursuivait dans ce pays, je me hâtai , à peine arrivé à bord, de faire les préparatifs du déparU

Je me bornerai à rappeler ici les principaux événements qui causèrent successivement la prospérité, puis la décadence de Surate, par la raison que son hiâtoire politique,

géographique et commerciale se trouve dans tous les livres spéciaui : d'ailleurs cette ville ne se rattache qi^'inctdeniment à l'objet de ma mission, et par conséquent à la présente relation. ; ï ?i •- 3 ^v i '•

Surate, que les indigènes prononcent Soùrêiê (beauté), est une grande viile de la province de Gouzerate, dépendante aujourd'hui <le la présidence de Bombay. Elle est située sur la rive gauche ou méridionale de la Tapli , par :21<' 12' de latitude nord et 7(y 29' 45" de longitude est. Cotte rivière se jette dans le golfe de Cambaye, à dii-hnil milles environ à l'ouest de k ville ; sa largeur est remarquable ; mais la navigation en est dangereuse, même pour les bateaux, à cause des bancs de sables noouvants dont elle est encombrée et qui, dans leurs déj^cements, ouvrent parfois de nouveaux canaux ou comblent les anciens. Ces bancs sont très-nombreux, surtout à peu près aux deux liers de la distance qui sépare Surate de la barre, et ne laissent entre eux que des passages fort étroits. Les barques qui naviguent sur ce cours d'eau sont généralement de 5() à iO tonneaux, ayant deux mâts portant chacun une large voile latine. . .

Les grands navires ne franchissent pas la barre ; ils jettent l'ancre dans la radade Swally, qui tire son nom de celui d'un petit port placé sur le côté nord de l'eaibouchure. C'est sur la pointe Swally que se trouve J^aux-Tomb, reconnaissable à une tour surmontée d'un dôme blanc et a un mât qui porte un fanal.

Sur la rive gauche, environ quatre millet ea dedans de la barre, est une crique donnant accès vers le petit village de Domeus, où existe, bâti sur une éminence, un corps de

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garde commandé par un sergent qui est chargé d'enregistrer l'arrivée et le départ des navires, et d'en rendre compte au commandant de Surate. De Domeus à Surate, il y a environ quinze milles par eau et dix par terre. * ^

Surate s'élève au milieu d'une fertile campagne, accidentée de collines, boisée, coupée de longs chemins omhreui et parsemée de grandes jongles touffues, au sein desquelles pullule toute sorte de gros et de petit gibier. Des villages et des ferméis se montrent çà et là dans le pays environnant. La ville a la forme d'un demi-cercle, dont la Tapti serait la corde ; elle est entourée d'une muraille de six milles environ de circuit, en bon état, garnie de bastions demi-circulaires et de créneaux. Une garnison, composée d'un petit nombre de cipayes et de quelques artilleurs européens, occupe la citadelle, située dans l'enceinte de la ville et sur le bord même de la rivière. Les couleurs britanniques flottent à l'un de ces bastions et celles du Mogol au bastion opposé.

Surate est une vaste cité, mais elle ne justifie pas le nom que lui ont donné ses premiers habitants. Les rues en sont étroites et tortueuses, non pavées, pleines de poussière ou de boue, selon la saison, les maisons généralement construites en terre délayée et en bambous; quelques-unes seulement, occupées par les principaux négociants, ont été bâties avec plus de soin, sinon avec plus d'élégance. On y remarque aussi plusieurs mosquées, la Douane, la Monnaie, des fontaines et des citernes d'une bonne construction. Un curieux établissement y existe : c'est un hôpital pour les animaux vieux ou malades, où se trouvent réunis, avec tout le confort possible, chevaux, bœufs, moutons, chèvres, etc.

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Cet établissement a été fondé et richement doté par les joins (1). La résidence du Nabab est un édifice moderne» mais elle n'a rien qui puisse fiier l'attention; enfin on y voit un joli temple protestant. , s .,>,,

La population de Surate était estimée, en 1796, époque à laquelle sa prospérité avait déjà décliné , à huit cent mille âmes, les plus raisonnables disent six cent mille; maintenant que presque tout son commerce a passé à Bombay, la population , considérablement réduite, n'excède guère cent mille âmes; elle se compose, outre les Européens, d'Hindous pour la plupart yatn« , de mahométans, de Parsis, d'Arméniens, de juifs et d'autres castes encore. Les Parsis et quelques familles de mahométans occupent, sous le rapport de l'influence et de la richesse, le premier rang dans cette population mêlée.

Surate est à la fois le siège d'une force militaire anglaise, de la cour suprême de justice pour toute la présidence de Bombay, et d'une cour de district; elle a aussi un bureau de douane avec un receveur.

La ville de Surate est si ancienne, qu'on la trouve mentionnée dans un vieux poëme sanscrit appelé le Râmâyana (2). Après la conquête de IHindoustan par les mahomé-

(1) Les jains ou jainas Sont une secte religieuse de rHindoustan ; leur nom est dériré du sanscrit jtna (rictorieui), qui est le nom générique des jains déifiés de cette secte. Ils sout très-nombreux dans les proyinces méridionales et occidentales de l'Inde.

(2).,Le sujet du Rdmdyana est la descente de Tisnou sur la terre, pour prérenir la destruction du monde par le prince des démons, Ravana. On n'a pu déterminer avec quelque certitude l'époque i laquelle il fut écrit. Il est seulement possible d'induire des faits dont il traite qu'il se rapporte à l'introduction du culte de Brabma dans la péninsule et qu'il a dû être composé h une époque très-reculée.

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— S03 — tans, elle fut ]t port où ils s'embarquaient de Référence poar le pèierioage de la Mekke; et, lorsque les Européens eurent découvert le passage du cap de Bonne-Espérance, elle ne tarda pas à être la place de commerce maritime la plus imp<H'tante de tout le continent indien, supériorité qu'elle dut au voisinage des plus riches provinces de i!empire du Mogol et à sa position favorable pour concentrer le mouvement d'échange entre la côte du Malabar et les golfes Persique et Arabique. Quand les Portugais se furent solidement établis à Calicot, à Goa et à Daman, ils commencèrent à trafiquer avec Surate, à peu près vers 1564. En 1603, un marchand de Londres, du nom de Mildenhall , partit pour Agra et réussit , trois ans plus tard , à foire concéder à sa nation des privilèges commerciaus sur le marché dont il s'agit. En 1610, les Portugais ayant voulu s'opposer aux opérations des Anglais à Surate, il s'ensuivit une série de combats heureux pour les armes de la €rrand&*Bretagne. Ces succès valurent aux Anglais TautorKatiOn d'établir une lactorerie, qu'un firman de l'empereur leur donna en 1615. A la même époque environ, les Hollandais se présentèrent dans le pays ; ils y devinrent , pour lés Portugais et les Anglais, des rivaux redoutables, et leur commerce y prospéra pendant la durée d'un siècle. Ce ne fut que bien longtemps après les Anglais et les Hollandais «^ue les Français parurent sur le marché de Surate. Les Européens, qui y avaient pris pied avant eux, se croyant intéressés à les faire exclure , employèrent toutes sortes d'artifices pour inspirer aux Indiens des préventions contre ces nouveaux concurrents. Le gouverneur était déjà disposé à les desservir à la cour d'Agra, où allatent se rendre deux en-

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— S03 — voyés de la France, les sieurs Là Boulcne et Bt^rr^ pour solliciter la liberté du commerce. Heureusement un capucin, nommé le père Ambroise, qui se troutait sur les lieux, parrint à détruire les calomnies qu^on avait répandues et à remettre ses compatriotes en estime dans cette partie de l'Inde. Le principal représentant du commerce français à Surate, vers celte époque, c'est-à-dire en 1668, était un nommé Carron, homme expérimenté et très-actif, malgré ses soixante et donze ans. Il devint le chef de la compagnie des Iftfées orientales et choisit d'abord la ville dont nous parlons poor en faire le centre des opérations de ladite compagnie. Mms, quoique florissante, cette ville ne répondit point à l'idée «pï'il s'en était formée pour un établissement principal; H abandonna donc son projet, et les FVançais n'eurent dws Saille qu'une factorerie, qui ne fui même jamais bien importante.

Dans les notices statMiques sur les colonies françaises publiées, en 18S9, par le département de la marine, on Toit encore igorer, an nombre de nos établissements de l'Inde, une loge (1) À Surate. Il y est dit que celte loge a été occupée, à^aterde 1819, par un agent français mort en 4823, et qui ne fut point remplacé, attendu la cessation absolue de reiationscaoïmercialeseaire la France et ce pays. L'auteur des notices ajoute qu'elle est occupée par on gardien et un jtion., enûn que le jardin de cette factorerie et le pavillon qui en dépend sont loués pour la somme de 2,000 francs. Il m'a

( 1 ) Le nom de lo^ était donné, soas le régime de la compagnie des lades, à des factoreries ou établissements isolés, comprenant une maison ayec un terrain adjacent, où la France avait le droit de former des dépôts de marchandises et de fkire flotter son papillon.

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fallu lire ces détails dans une publication officielle pour croire que la France conservait le droit d'avoir une Ic^eà Surate; car, à mon passage dans la localité, rien de ce que j'avais vu ou entendu ne me l'avait appris. Je ne sais jusqu'à quel point les maîtres actuels de cette cité seraient disposés à nous laisser user d'un pareil droit. Tout ce que je puis dire, c'est que personne, à Surate, ne m'a paru se douter que nous eussions un pareil privilège. c i .

Les Anglais ont été plus heureux que nous dans leurs relations avec Surate; en 1615, sir Thomas Roe obtint de l'empereur, qu'il visita à Agra, l'autorisation d'établir des factoreries non-seulement dans la ville qui nous occupe, mais encore à Cambaye et partout ailleurs. Surate devint alors le siège principal de la compagnie anglaise des Indes, sur la côte occidentale de la péninsule, et garda cette prérogative jusqu'en 1686, époque où la présidence fut transportée à Bombay. En 1800, les Anglais forcèrent le Nabab à signer un traité par lequel il résignait le gouvernement civil et militaire de la province entre les mains de la compagnie, à la charge, pour celle-ci, de payer à lui et à ses héritiers une pension annuelle d'un lack de roupies et le cinquième du revenu net produit par la ville et ses dépendances. Quoique prisonnier d'Etat, le Nabab, comme son maître, l'empereur de Delhi, peut toujours revêtir les insignes extérieurs et s'entourer des apparences du pouvoir. Nous avons dit que son drapeau flotte sur la citadelle, à côté de celui de la Grande-Bretagne. Enfin un traité conclu en 1805 entre la compagnie et les Mahraltes contraignit ceux-ci de renoncer à toutes leurs prétentions à l'égard de Surate, prétentions qui remontaient à la prise de cette ville par le fameux Sevagy-

La décadence de Surate a été attribuée à diverses causes : tantôt aux épidémies, aui inondations et aux incendies qui l'ont ravagée, tantôt à la translation du gouvernement central de la compagnie à Bombay; ce dernier fait, joint au développement commercial de plusieurs autres points de la côte, paraît avoir été la cause la plus réelle de cette décadence. Quoi qu'il en soit, sa prospérité n'existe, aujourd'hui, que dans l'histoire; son commerce extérieur, considérablement restreint, se borne, pour ainsi dire, à quelques opérations avec le golfe Persique et la mer Rouge. Celles qu'elle fait avec l'Arabie ont encore une certaine importance. Quant à la côte orientale d'Afrique, Surate n'y expédie plus directement de marchandises : depuis les calamités qui ont affligé cette ville, aucun de ses négociants, n'étant resté assez riche pour envoyer sur cette côte oti en recevoir des chargements complets, on opère par l'intermédiaire de Mascate, de Bombay ou des ports de Keutch.

Un navire qui jette l'ancre devant la barre de Surate doit être visité par un commis de la douane chargé de prendre les noms du capitaine, du bâtiment, de la nation à laquelle il appartient et de l'endroit d'où il vient.

Les marchandises ne peuvent être débarquées sans un permis spécial. Celles qui sont transbordées à la barre ou en rivière, et expédiées de là en d'autres endroits , sont sujettes aux mômes droits que si elles entraient dans la ville. Les articles qui seraient saisis, après avoir été introduits en fraude ou transbordés sans acquittement du droit, seraient confisqués.

Les droits se payent d'après le manifeste, qui doit être

livré à la douane, et la facture exhibée. Toute marchandise U. 20

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qui ne s'y trouve pas portée paye double droit, si elle est débarquée.

Si la valeur d'une marchandise n'est point portée att moinifeste, le droit à payer est calculé sur le prix de facture iet t à défaut de celui-ci , sur les pris courants de Surate.

On ne fournit de pilote qu'aux capitaines ou patrons qui se i^résentent munis d'un certificat du chef de la douane attestant qu'ils sont en règle.

Toute marchandise arrivant de l'étranger, par mer, dans un bâtiment monté par des personnes, pu étant la propriété Vde personnes placées sous la protection de la compagnie, paye un droit de 4 pour 400 à la douane; il y a, en plus, 2 pour 100 à payer pour diverses charges de pilotage, d'ancrage, etc.

Toute marchandise importée sur un bâtiment qui n'est pas dans les conditions précitées paye , outre le droit déjà indiqué :

Par navire européen ou américain. . .

Par navire venant du Bengale. . . .

Par navire venant des côtes d'Afrique et de Coromandel, de Malacca, Achem et Siam

Par navire venant de Ceylan

Par navire venant de Chine 20

Par navire venant de la côte entre l'Indus et le cap Gomorin 40

Les provenances de Bassora, de Moka, ;

de Djedda , en un mot des ports du golfe Persique et de l'Arabie. ...... 6

Les marchandises certifiées venir des ports des posses-

60 pour 400.

sions anglaises de Tlnde, autres que Caoara, Cochim et Ceylan, sont exemptes de droits à Surate.

Les marchandises importées, sans certificat d'origine, du Bengale et du Coromandel sont soumises à un droit d'importation de 2 1/2 pour 100, lequel est rendu, à l'aide d'un drawback équivalent, lorsque les marchandises sont réexportées par terre ou par mer.

Le droit sar 4e coton est fixé annuellement , selon le cours de cet article sur le marché.

Les provisions de toute espèce abondent à Surate et sont à un prix raisonnable. On y trouve, parmi les nombreux végétaux alimentaires , les pois, l'asperge et le concombre. Le froment y est d'excellente qualité et le p^in meilleur que dans les autres parties de l'Inde. La rivière fournit beaucoup de poisson. Le bois à brûler est rare, et le bois de construction, apporté de Daman ou de la côte de Malabar. On consomme l'eau des puits, celle de la rivière étant presque toujours saumâtre.

Pendant notre séjour au mouillage de Swaliy, les vents ont soufflé de l'est-sud-est à l'est-nord-est. ^ Le baromètre s'est constamment tenu à 0"',766. Le thermomètre a varié entre un maximum de 28°, qu'il marquait à l'beure de midi, et un minimum de 22°,5, à six heures du matin.

Les courants de marée estimés à bord n'ont pas été de plus de 2 milles et i/2 à l'heure, le flot portant au nordouest et nord-nord-ouest , le jusant, en sens opposé.

La déclinaison de l'aiguille a été trouvée d§ 2° nord-est ; enfin nos observations placeraient la pointe Swaily par 21° 4' 45 " de latitude nord et par 70» 27' 40" de longitude est.

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Le 25 novembre, à sept heures du matin, profitant d'une brise d'est- nord-est assez forte pour nous permettre de refouler le courant de la fin du flot, nous appareillâmes et fîmes route, sous toutes voiles, pour sortir du golfe de Cambaye. Dans l'après-midi, la brise hala successivement le nord-est, le nord et le nord-nord-ouest. A quatre heures et demie, nous étions par le travers de la montagne de Saint- Jean et nous nous dirigeâmes alors, le long de la côte, vers le» port de Bombay; le 26, à deux heures et demie du matin , le phare de Golabba était en vue. Nous manœuvrâmes pour nous mettre en position de prendre un des pilotes dont les bateaux, à celte époque de l'année, croisent constamment devant le port : à huit heures, nous en avions un à bord, et à une heure après midi , nous jetions l'ancre devant la ville.

Il y avait au mouillage une frégate et un bateau à vapeur de guerre anglais : sur la première flottait un guidon de Commodore; je le saluai, selon l'usage, de dix coups de canon, et fis ensuite une autre salve de vingt et un coups pour la terre, avec le pavillon britannique en tête du mât de misaine. Les deux saluts me furent aussitôt rendus; puis le Commodore m'envoya présenter ses compliments et faire ses offres de service par un des officiers de la frégate.

Le but de ma relâche à Bombay était de compléter mes vivres et d'effectuer quelques petits travaux propres à assainir le logement de mon équipage.

Pendant mon séjour à Zanzibar, j'avais apporté la plus sérieuse attention à préserver mes hommes des effets de l'insalubrité du pays, et quelques cas de fièvres et de dyssenterie heureusement arrêtés m'avaient fait espérer que mes efforts seraient couronnés de succès ; mais, ainsi que je l'ai

dit , des affections plus graves et plus nombreuses s'étaient manifestées, après le départ, et, dans notre traversée de Zanzibar à Diou, deux hommes avaient succombé. En arrivant à Bombay, nous avions encore, outre quelques exempts de service, huit malades dont plusieurs étaient dans un état alarmant. Que mes efforts, que toutes les mesures sanitaires prises n'aient pas suffi pour prévenir ou atténuer le mal , il n'y a là rien d'étonnant, alors que des difQcultés inhérentes à la nature du bâtiment s'ajoutaient aux influences morbides que l'équipage subissait dans les localités insalubres. Tandis qu'il eût fallu lutter contre ces influences, en épargnant aux hommes certaines privations, supportables sous un climat tempéré, mais contraires à l'hygiène sous un climat torride, j'étais forcé de mettre mes pauvres matelots à la ration d'eau, car on n'en fait que bien rarement et bien difficilement de bonne a la côte d'Afrique. De plus, la quantité d'eau que le brick eût pu prendre dans les conditions normales prévues au devis était, quand nous quittions le port de ravitaillement, diminuée du contenu de cinq caisses dans lesquelles il fallait placer du biscuit et des légumes; ce qui n'empêchait pas notre fauï pont d'être encombré» sauf une coursive de chaque bord , d'un plan de quarts de farine, de salaisons et de caisses d'échantillons. Pendant un mois et demi que le faux pont restait ainsi plus ou moins engagé, l'air y circulait mal ; la température, encore développée par les feux de la cuisine et du four, y était très-élevée. Quand la moitié de l'équipage était couchée, on y respirait un air nécessairement vicié. Qu'était-ce donc lorsqu'au rade les trois quarts de l'équipage et les malades y étaient réunis? On ne voit pas sans émotion la vie de cent

cinquante hommes livrée à des chances menaçantes, et je rae demandais souvent, avec anxiété, ce qui arriverait si une épidémie se déclarait à bord , ou seulement s'il s'y trouvait une vingtaine d'individus sur les cadres, éventualités cependant probables. Pour accomplir des missions semblables à celle dont nous étions chargés, des navires à batterie sont nécessaires; or le Ducouédic, déjà impropre, de sa nature, à la campagne qu'il jàvait dû entreprendre, manquait même des commodités qu'ont aujourd'hui tous les navires sans batterie; il aurait donc fallu percer quatre ou six hublots dans le faux pont , avoir dans le pont des verres lenticulaires mobiles afin de favoriser la circulation de l'air, et pratiquer deux petits panneaux à l'arrière des cuisines. Je voulais et pouvais ouvrir ces derniers pendant ma relâche; mais il n'était pas dans mes pouvoirs de commandant de faire exécuter les autres travaux. Tant que dura la campagne , les mauvaises conditions sanitaires où se trouvait mon équipage furent l'objet de mes préoccupations les plus vives; et ce n'était pas sans raison, puisque, à peine au début, j'en éprouvais déjà les tristes conséquences.

Le lendemain de notre mouillage à Bombay, j'envoyai à l'hôpital les huit marins dont l'état m'inquiétait; je plaçai aussi dans une maison de sanlé le chirurgien-major du brick, M. Loher, de qui la position s'était sérieusement aggravée depuis notre séjour à Zanzibar. Des huit marins, l'un mourut le jour de son entrée, quatre se rétablirent rapidement; mais je fus obligé, en quittant Bombay, d'y laisser les trois autres, qui étaient hors d'état de reprendre la mer (1).

(1) J'ai appris, plus tard, qu'un de ces hommes était mort à Bombaf trois mois après DOtre départ, et que les deui autres ayaut été ra-

Quand je m'occupai de compléter les approvisionnements du brick, j'éprouvai beaucoup de difficultés à renonveier le vin de l'équipage ; cette boisson ne faisant pas partie de la ration des marins anglais, qui ue consommant que du thé et du rfanm , il n'en existe pas , à Bombay, de convenaMe pour vin de ration : c'est un embarras contre lequel tout navire français comptant se ravitailler en ce port fera bien de se précautionner. On n'y trouve que du vin de caisse des- Une à la consommation extra de quelques Européens. Faute d'autre , je pris celui-ci et le fis transvaser des bouteilles dans nos pièces; je n'eus pas même la quantité nécessaire, mais, comme ma prochaine destination était Goa, j'espérais y être plus heureux sous ce rapport.

Quant aux besoins spéciaux du navire , il me fut très-facile d'y pourvoir, grâce à toute la bonne volonté que mit à me satisfaire M . le surintendant de la marine, sir Robert Olliver, capitaine de la marine royale.

Le capitaine Olliver, une de mes anciennes connaissances, élait un de ces hommes qu'on quitte à regret, dont on se souvient avec plaisir et qu'on revoit avec joie. Dans mes précédents voyages à Bombay, en 4858 et 1840, j'avais en avec lui les rapports les plus agréables. En 1846, il se montra ce qu'il avait toujours été à mon égard, et, je puis le dire, au milieu des sentiments d'estime et de bienveillance qu'il rae témoignait, il y avait un fonds d'affection pafer- Fielle aussi touchant qu'honorable pour moi.

Parmi les nouvelles connaissances que je fis, la gratitude rae porteà nommer le capitaine de vaisseau de la compagnie,

pairies par voie de Suez, un seul élait arrivé à Marseille, l'autre étant décédé à rhôpital du Caire.

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M . Lynch, sous-intendant de la marine et connu par ses beaux travaux hydrographiques des mers de Chine. J'eus, avec lui, des relations fort amicales auxquelles prêtait un charme de plus la présence de madame Lynch, jolie femme, d'un caractère vif et enjoué. Le mari et la femme parlaient français ; ils se montraient toujours empressés à m'être agréables, et leur maison m'était un refuge assuré contre l'ennui qui poursuit trop souvent le marin dans ces pays lointains où il est condamné à errer sans rencontrer un visage qui lui sourie. Je leur dus quelques-uns des bons mom^ts de mon court séjour à Bombay.

J'arrivais dans cette ville au commencement de la belle saison ; c'est l'époque où la société quitte ses demeures urbaines pour aller s'établir en camp volant sur les glacis de la place. A cet effet, on a des espèces de baraques ou tentes en bois , plus ou moins grandes , selon le nombre de personnes composant la famille qui doit s'y installer. Ces maisonnettes mobiles sont, d'ailleurs, fort élégamment décorées, peintes de fraîches couleurs, munies de varangues avec cloisons à grillage, pour que l'air y circule mieux, pourvues enfin de tout le confortable que les Anglais entendent d'une manière si merveilleuse. Ces petites villas ambulantes prennent le nom de hungalous, déjà connu du lecteur. On les établit sur un vaste emplacement situé en dehors des murs et dans une position rendue délicieuse par la fraîcheur que la brise de mer y apporte et le tableau que le regard em- . brasse. Ces maisons s'élèvent au milieu d'enclos garnis de palissades, plantés de quelques arbres,/ et surtout ornés de charmants arbustes et de belles fleurç en caisses ou en pots. C'est le jardin postiche à côté du ^{\i chalet portatif;

mais tout cela est riant, gracieux et bien entendu. Derrière la demeure des maîtres sont les cabanes pour les domestiques , les hangars pour les voitures , les chevaux , etc. Et puis, quand la belle saison s'en va, cette féerie champêtre disparaît, et il ne reste sur place que les enclos et quelques arbres en pleine terre, seuls vestiges de ce qui était presque une cité. C'est là que la bonne compagnie passe la mousson de nord-est. Les hommes se rendent le matin à la ville pour leurs affaires, et, le soir, un phaéton ou un palanquin vient les déposer à la porte de leur bungalou. Sir Robert Olliver avait le sien, et il ne manqua pas de m'y offrir à dîner. Je trouvai la manière de prendre le grand air dans ce cottage improvisé aussi agréable qu'originale, d'autant plus que, tous les soirs, la musique de la garnison donnait un concert en plein vent à une foule de promeneurs et de promeneuses formant la partie la plus fashionable de la so- (iété de Bombay. ».

Le capitaine Lynch avait, comme les autres, sa maison de plaisance, et je n'ai pas besoin de dire qu'il m'en flt les honneurs. C'était, au reste, à ces réceptions amicales que ie bornaient, en cette partie de l'année, les plaisirs du monde ; et , à part les excursions que je faisais en calèche dans la campagne et mes visites à la ville des Bungalous, le séjour à Bombay n'eut pas beaucoup d'attrait pour moi. Ln soir pourtant, la famille Lynch voulut me procurer un divertissement du cru, une vraie scène indienne, jouée par de vrais Indiens, avec les seules ressources indiennes. On me conduisit donc à une réunion nommée, dans le pays, notche^ qui a lieu à l'occasion de quelque fête de famille, el dont le principal agrément consiste à voir danser et à en-

tendre chanter des bayadères. On y convie ordinairement ses amis et ses connaissances ; j'y fus admis à ce double titre, mais je n'eus pas lieu de m'en féliciter. Une musique bari)are, des chants sourds et modotones, une danse lente et disgracieuse, exécutée par des femmes sans beauté ni élégance,.mal vêtues même, tel fut le spectacle auquel j'assistai , et il me prouva encore une fois que la réalité est toujours au-dessous du rêve. Si les braves indigènes pour qui ce genre de récréation a été inventé pouvaient voir un jour sur le théâtre de l'Opéra de Paris quelque prétendue imitation de bayadères, et qu'on leur dît : Voilà ce que nous avons pris chez vous, ils ouvriraient de grands yeux, et certes, s'ils trouvaient le spectacle beau, ce qui n'est pas absolument impossible, ils le trouveraient, en revanche, d'une remarquable inexactitude. Pour moi , ce que je vis à la notche avait, assurément, la couleur locale; mais aussi cela me parut fort laid.

Comme on le pense bien, je m'étais acquitté, en arrivant à Bombay, de mes devoirs envers l'autorité supérieure de la ville; dès les premiers moments qui suivirent le mouillage du brick, j'avais écrit au major Willougby , chef de l'état-major, afin de savoir quel jour et à quelle heure je pourrais être reçu par le gouverneur. La réponse ne s'était pas fait attendre : elle m'apprit que Son Excellence, dans le but d'épargner son temps, avait l'habitude de recevoir deux jours par semaine à sa résidence de Pareil , et que les personnes qui désiraient la voir s'y présentaient à l'heure du déjeuner, où tous les visiteurs étaient conviés. Au jour indiqué, je me rendis donc à Pareil. Cette résidence, située à quatre railles environ dans le nord de la ville, est un bel

édifice dont les appartements ont des proportions grandioses : bâti et occupé par les jésuites pendant ia domination portugais , il fut acheté par la compagnie lors de la cession de l'île à l'Angleterre. La réunion étant assez nombreuse, mes rapports avec le gouverneur durent se borner à un échange de politesses; quelques mois qu'il m'adressa avant et après le déjeuner renfermaient l'offre de faire mettre à ma disposition tout ce qui pourrait être nécessaire ponr mon bâtiment.

Les deux navires de guerre que j'avais trouvés sur la rade de Bombay étaient la frégate Fox et le bateau à vapeur Spileful, tous deux appartenant à la marine de Sa Majesté Bri tannique, et formant une subdivision de la station de Chine, chargée du service des mers de l'Inde, sous le commandement du Commodore Blackwood.

Je n'eus qu'à me louer de l'exquise politesse et de l'aménité du chef de la station anglaise ; ma première visite avait été pour lui, et le digne coramodore voulut bien s'estimer heureux d'avoir, au moment même de mon arrivée, une occasion de contribuer à me rendre agréable le séjour de Bombay. Une fête se préparait à bord du Fox et devait avoir lieu dans deux ou trois jours ; voici quel en était le motif.

Partout ou des Anglais sont réunis en quantité notable , deux institutions spéciales, caractéristiques, existent à l'état de germe ou de développement complet, c'est le Jockey- Club et le Yacht-Club. Il n'y a pas de ville un peu importante sur le territoire ou sous la dépendance de l'Angleterre, qui n'ait l'une de ces choses ou les deux à la fois. Je ne saurais dire si Bombay a un Jockey-Qub, ce qui est

probable, puisqu'ellefa des courses; mais elle possède, bien réellement, un Yacht-Club (société des canots) fort nombreux, et organisant de temps en temps des joutes , régates ou courses de petites embarcations. C'est à propos d'une course de ce genre , qu'il y avait fête à bord de la frégate anglaise. Sir Henry Blackwood avait engagé un certain nombre de personnes, parmi lesquelles une vingtaine de dames, à venir, à son bord, assister au carrousel nautique; mes officiers et moi nous fûmes des invités. L'assemblée était des plus gaies; on commença par danser au son de la musique militaire de la frégate; puis, après le bal, il y eut tifine, autrement dit collation. Je rencontrai là plusieurs membres du Yacht-Club avec qui je fus mis en rapport. On me présenta aussi à madame Mylius, femme du gouverneur de Mahé, aux Seychelles, et Française d'origine. Je ne connaissais encore aucun membre de cette famille, mais j'avais déjà entendu vanter son dévouement empressé pour les malades du Berceau, pendant une relâche âe cette corvette dans l'île. Je devais un jour éprouver personnellement combien réloge était mérité.

Vers quatre heures du soir, la joute eut lieu ; les Français qui n'en ont jamais vu de semblables ne peuvent se faire une idée de l'enthousiasme que ces jeux excitent parmi les Anglais. Marin par excellence , l'Anglais se passionne pour tout ce qui tient aux choses de la mer ; il se précipite à ces fêtes maritimes avec la même ardeur qui entraîne aux fêtes militaires le peuple français, soldat avant tout : les joutes, les régates, les évolutions de navires sont pour lui ce que sont pour nous parades, revues et petites guerres. L'animation était grande à bord du Fox, au moment où les

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embarcations rivales glissaient avec rapidité, l'une à côté de l'antre, sons lenr blanche voilure. Le commodore luimême donnait l'exemple , excitant du geste et de la voix acteurs et spectateurs , et prenant autant de peine que si du résultat de la lutte eût dépendu l'honneur du pavillon de la Grande-Bretagne. Du reste, l'équipage de la frégate était indirectement intéressé à ce résultat; l'un des officiers avait été chargé de préparer et de diriger un yacht appartenant à un avocat, profession peu marine, qui n'empêchait pourtant pas celui qui l'exerçait d'être un des membres les plus zélés du Yacht-Club. A Ta grande joie de l'état-major et des matelots, ce fut cette embarcation qui remporta le prix de la course, et le vainqueur, passant triomphalement à l'arrière du Fox^ fut salué par la musique du bâtiment et le triple hourra des assistants.

Il n'y a pas de bonne fête sans lendemain; celle|dont je parle ne dérogea pas à l'usage; elle se termina, le jour suivant, par un grand dîner que donnèrent les men^bres du club. La salle du festin était un immense bâtiment neuf, destiné à servir d'entrepôt au coton en laine qu'on transporte à^ombay des diverses parties du Malabar. La réunion se composait d'une centaine de personnes; le cérémonial en était banni, et les convives avaient endossé da jaquette blanche comme tenue d'obligation. Inutile de dire que le repas était somptueux, il s'agit d'une table anglaise; qu'on y fit le passe-bottle , et qu'avec le passe-bottle commencèrent les toasts, conséquence inévitable en pareille Conjoncture. Le commodore Blackwood but à la marine française et au capitaine Guillain, son représentant; l'usage rae condamnait à répondre à cette politesse par un speech suivi

(fun toast; le sujet en était, d'ailleurs, tout trouvé, car il m'avait ^ officieusement indiqué d'avance. Ayant donc rempli mon verre, je me levai et débitai ma petite allocution à peu près dans les termes suivants : "^

« Messieurs , « J'aime à penser que le toast qui vient d'être porté par a l'honorable commodore Blackwood n'est pas seulement « une politesse, une manifestation courtoise de l'hospitalité « anglaise, mais encore un appel et un encouragement à « des efforts dirigés vers une œuvre commune. Depuis que « les nations sont entrées dans une ère de paix et de civili- « sation, ce n'est plus avec un sentiment de mesquine envie « que les unes accueillent les progrès accomplis par les au- « très. Entre les hommes éclairés de tous les pays , il ne « saurait y avoir désormais qu'une noble émulation pour « augmenter les découvertes de la science, les faire servir « au développement des arts et de l'industrie , et , par là, « arriver à accroître le bien-être des peuples , rapprochés, « associés de plus en plus. Or, Messieurs, la marine est un « des plus puissante moyens d'action q«e possède l'homme « pour réaliser l'association universelle des peuples, desli- « née réservée par la Providence aux générations futures; « c'est donc de grand cœur que j'ai applaudi à ces jeux « auxquels j'ai assisté avec vous, parce qu'ils occupent « une place dans cette série d'in^itutions qui doivent avoir « pour résultat de perfectionner l'art nautique. Sous l'in- « fluence de la même pensée, je saisis avec empressement « l'occasion de payer aux officiers de l'Indian-Navy, nom- « breux dans cette réunion, un large tribut d'éloges pour « les beaux travaux hydrographiques qu'ils ont exécutés.

lé à leur marine une piace distinguée dans

[vantes du monde. Pour me résumer, je

[Mesâieurs , de porter un toast à la marine

îlui qui en est maîot^ant le di^ne chef,

Robert Olliver. »

use impr^sioo âiarquée sur ceux de mes ires, il est vrai, qui comprenaient la laniis s'empressaient, à mesure que je parlais, paroles à leurs voisins. Mon ami le capi- ^ésident du club, et le comiBodore Blackle signal des manifestations approt>atives les idées saillantes de mon allocution. Ënlul doute, à la bienveillance des prineipaui [ant lesquels je la prononçais et à cette sa- ^prouve toujours d'un éloge loyalement ex- )eau succès, dont le retentissement fut porté :ks voisins par le roulement des manches \es hourras unanimes des convives, parlant, les relations avec les Anglais sont, en général , on ne peut plus agréables, toutes les fois qu'on ne blesse pas leur amour-propre national et qu'on rend pleine et entière justice à leur incontestable mérite comme marins; pour mon compte, j'ai trouvé en eux une politesse empressée que je me fais un devoir de reconnaître. J'ai bien rarement, je n'ai peut-être même jamais rencontré un second major Cooke, dont l'histoire (soit dit en passant ) égaya beaucoup mes amis de Bombay, à qui je ia contai. Le major Cooke n'habilait-il pas, au reste, une espèce de pays perdu où un navire de guerre étranger ne s'était pas présenté depuis un temps inmiémonal, et n'était-il pas ex-

d'un toast ; lel sujet en était, d'ailleurs, toi m'avait été olïicieu sèment indiqué d'ayanj rempli mon verre, je me levai et débitai tion à peu près dans les termes suivants :

« Messieurs, «c J'aime à penser que le toast qui vient a l'honorable commodore Blackwood n'est « une politesse, une manifestation courtoise « anglaise, mais encore un appel et un en^ « des efforts dirigés vers une œuvre commui « les nations sont entrées dans une ère de paj « sation, ce n'est plus avec un sentiment de « que les unes accueillent lés progrès accom[ « très. Entre les hommes éclairés de tous \{ (( saurait y avoir désormais qu'une noble éi « augmenter les découvertes de la science, l( « au développement des arts et de i'indu«trM « arriver à accroître le bien-être des peuples , « associés de plus en plus. Or, Messieurs, la « des plus puissants moyens d'action qoe possède l'homme « pour réaliser l'association universelle des peuples, desti- « née réservée par la Providence aux générations futures; «c c'est donc de grand coeur que j'ai applaudi à ces jeux « auxquels j'ai assisté avec vous, parce qu'ils occupent « une place 4ans cette série d'in^itutions qui doivent avoir « pour résultat de perfectionner l'art nautique. Sous l'in- « fluence de la même pensée, je saisis avec empressement « l'occasion de payer aux officiers de riodian-Navy, nom- « breux dans celte réunion, un large tribut d'éloges pour « les beaux travaux hydrographiques qu'ils ont exécutés.

« et qui oui doooé à ieuf marine une ^ce distinguée dans (( les marines savantes dti monde. Pour me résumer, je (( vous propose, Messieiu's , de porter un toast à la marine « de l'Inde et a celui qui en est maintenant le digne chef, <K r honorable sk Robert Olliver. »

Mon speech fit une impression marquée sur ceux de mes convives, bien rar^, il est vrai, qui comprenaient la langue française, et ils s'empressaient, à mesure que je parlais, de traduire mes paroles à leurs voisins. Mon ami le capitaine Lynch, président du club, et le commodore Blackwood , donnaient le signal des manifestations approbatives qui accueillaient les idées saiilantes de mon allocution. Ën- 6n, grâce, sans nul doute, à la bienveillance des principaux personnages devant lesquels je la prononçais et à cette satisfaction qu'on éprouve toujours d'un éloge loyalement exprimé, j'eus un beau succès, dont le retentissement fut porté aux échos des docks voisins par le roulement des manches de couteaux et les hourras unanimes des convives.

Sérieusement parlant, les relations avec les Anglais sont, en général , on ne peut plus agréables, toutes les fois qu'on ne blesse pas leur amour-propre national et qu'on rend pleine et entière justice à leur incontestable mérite comme marins; pour mon compte, j'ai trouvé en eux^une politesse empressée que je me fais un devoir de reconnaître. J'ai bien raren^nt, je n'ai peut-être même jamais rencontré un second major Cooke, dont l'histoire (soit dit eo passant) égaya beaucoup mes amis de Bombay, à qui je Uscontai. Le major Cooke n'habilait-il pas, au resl«, une es|)èce de pays perdu où un navk-e de guerre étranger ne s'était pas présenté depuis un temps immémorial, et n'était-il pas ex-

cusable de s'être un peu rouillé sur les usages de la bonne compagnie? ;^/ ! u^jr^ï^^^

Mon séjour à Bombay se prolongea plus que je ne l'aurais voulu, eu égard à la mission spéciale qui nous appelait ailleurs. La manutention du biscuit nécessaire pour compléter l'approvisionnement du brick demanda près de trois semaines. Je profitai de ce retard pour revoir ce que la ville et les environs offraient d'intéressant à la curiosité du voyageur. Comme il faudrait un volume pour en donner seulement un aperçu, et que, après tout, la description de cette cité et de ses dépendances, ainsi que son histoire, existe dans une foule de livres à la portée du public, je fais grâce au lecteur de mes propres observations.

Le 22 décembre, dans l'après-midi , je ralliai le Ducouédïcpour appareiller. J'appris, en arrivant, que le pilote que m'avait fourni le sultan de Mascate n'était pas rentré é bord. Sur la demande de cet homme, je l'avais autorisé à s'établir à terre pendant la durée de notre relâche à Bombay. Deux jours avant l'appareillage, j'envoyai à son domicile; mais la navigation commencée avec nous n'étant probablement pas à sa convenance, il avait disparu, se payant, sans doute, de ses services passés au moyen d'une certaine somme que je lui avais avancée pour l'achat de ses provisions de voyage. Ce n'était pas une perte pour moi que celle de ce pilote, car, autant, que j'en avais pu juger, son talent équivalait à sa moralité. En conséquence, je ne fus pas longtemps à le chercher ni à le regretter, et, à quatre heures du soir, je mettais à la voile.

A six heures, nous étions en dehors des bancs, et nous nous dirigeâmes alors vers le sud, sous toutes voiles. La

brise soufflait joli frais du nord-ouest et iioasfiiisioiis grand sillage, lorsque nous nous trouvâmes à l'improviste au milieu d'une sériç de pieux plantés sur le fond comme des balises; plusieurs' bateaux y étaient amarrés et, à l'approche du brick, leurs équipages poussaient des cris qu'on pouvait attribuer à l'intention de signaler un danger aussi bien qu'à la crainte d'être abordés par nous. L'of&cier de quart, qui ne connaissait pas les localités, s'en tint à la première hypothèse, et me fit prévenir aussitôt en changeant la route, afin d'éviter le banc que ces perches lui semblaieirt indiquer. Quoique 5e trompant à cet égard, il n'en atteignit pas moins le résultat désirable en épargnant , par sa manœuvre, aux laborieux pécheurs le dommage que leur eut causé la destruction de leur attirail. On rencontre de ces pieux jusque par 12 et 14 mètres d'eau : ils sont plantés au commencement de la belle saison, c'est-à-dire dans les premiers jours (l'octobre, et enlevés avant que la mousson de sud-ouesl soit établie. On les enfonce au moyen de deux bateaux qu'on

y amarre solidement à haute mer, de telle sorte que, le niveau de l'eau s' abaissant, le poids des bateaux fasse pénétrer le pieu daos le fond : ils sont déplantés par le même procédé appliqué en sens inverse. , >;

Aucun incident notable ne se produisit dans les quarantehuit heures que nous mîmes à nous rendre de Bombay à Goa, séparées par un espace de soixante-quinze lieues. Dans cette saison, la navigation de la côte occidentale de l'Hindoustan est des plus faciles, surtout lorsqu'on s'avance du nord au sud; il y règne, en effet, des brises régulières de terre et de mer; les premières, qui soufflent (de l'est à l'est-

nord-est, commencent vers neuf ou dix heures du soir : fai- U. 21

him ê'ÊÊ^té i fÂhSÊ preéttent iplttfl éé foroé ft la fiti de la m\i el teB^tit vers neof heam du ttmiin j pots^ à tiiiéi> lu brke du htfga se lève dû ilordHioest et btle le rmà sur le soir, efl tottiaiit grddoétlMW&t aprèë le ccmcber du soleil. Le ciel est alors irèa^bwa et la température fort agréable» àpart les quelques heures de calme qui » dans la iiiatlnée, succédant à la brise de terrè^ heures pendMt lesquelles )a chaleur est assët aoéflblante.

A bord, le them^eaiétre centigrade variait etitre uii ttiaxi-

ïûistà de 38* à â9* À midi, et Uû miuimUfH de Sa* À 25' à

sii heures du matin.

Le 24,^ à quatre heures du soir, <ious aviotiÉ eu vue les terres de la baie de 6oà, terminées, du côté du nord, par la pointe d'Aguada, terre de hauteur modérée, et que courohne ub p€^it chèteaU^ dont l'un des bastions est surmonté d'une tour à fôu et d'un met de signatii; du côté du sud, par un promontoire eScarpé, au sotnniet duquel est un large bâtiment dont les blanches murailles se détachent sur les massifs d'arbres qui garnissent toute la célline. Ge pTon^ontoire, désigné, dans le pays^ sous le nom de o €aho (le cap), est pinis élevé qu'Aguada^ et l'édifiée qui le domine en fait un point de reconnaissance très-rettarqUable.

L'entrée de la baie nous étaftt ainsi bien signalée, nous ftnte^ r<mte pour y donner; mais la brise était tirès^faibie, et ce ne fut qu'à sept heures du soir que nous pûmes lais^r toniber l'antre, par 9 mètres fond de vase molle, è un demi mille dans le sud dtt fort d'AgUada, le mât de pavillon du débarcadère notis restant au nord 18* ouest et ta pointe dite 0 €(Ao au sud Sd' est.

kmx que néttS éttssionà ttiouHIé, lin iéanot du fort avait

accosté le brick, ^officier ^ui comnitnclâit eette embtrcjh tion, DOUs ayaat adressé les questions d'usage, monta à bord , et je reçus de lui les renseignements qui pouvaient m' être utiles en ce qui concernait le personnel actuel du gouTernement. Quant à la localité elle-même, je l'avais dé}è visitée deui fois en 1840, et je n'avais pas besoin de clce» rone pour m'y diriger. '

La ville nouvelle de Goa est située à deux milles au-dessus de la barre de la rivière qui débouche au fond de la baie où le Ducouèdic était mouillé , et le trajet à contre-marée ne demande pas moins d'une heure dans une bonne embarcation. De plus, le passage de cette barre, sans présenter beaucoup de difficultés, exige cependant, pour être effectué, même avec un canot, quelque connaissance des lieux. Dans le but d'éviter tout embarras pour leurs communications avec la ville, les navires qui stationnent au mouillage d'Aguada se servent ordinairement de bateaux du pays, qui sont fort grands, armés de douze à seize rameurs et que l'on paye à raison de 6 roupies par jour. Dès le lendemain de notre arrivée , je pris à louage deux de ces bateaux pour le temps que le brick resterait sur rade, et dans le courant de la journée je me rendis à la ville.

Afin d'économiser le temps que nous eussent fait perdre les allées et venues du bord à terre et de terre à bord , je m'établis dans un appartement ayant vue sur la rivière, et qui , loué au prix d'une roupie par jour, contenait assez de pièces pour loger tous ceux de mes officiers que le service ne retiendrait pas à bord. Aussitôt après m'y être ifistallé, je me présentai à l'hôtel du gouvernement. On sait qu'à partir dfi l'année 1835 le titre de vice- roi primitivement

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donné an fonctionnaire qui exerçait l'autorité suprême dans les établissements portugais d'Asie a été remplacé par celui de gouverneur et capitaine général. A mon arrivée, le titulaire était dom José Fereira Pestana, ex-ministre de la marine de Portugal , homme aussi distingué par son instruction que par ses manières. Son accueil fut des plus gracieux ; il comprenait le français , mais il ne le parlait pas ; j'en étais à peu près au même point pour le portugais, de sorte que nous nous mîmes à causer chacun dans notre langue, sans être plus embarrassés que si nous eussions parlé un seul idiome également connu de tous deux. J'informai Son Excellence que ma relâche à Goa avait pour objet de me procurer quelques approvisionnements et de prendre, ainsi que je l'avais fait à Diou, une idée du commerce existant enlre Goa et les possessions portugaises du Mozambique. Dom José répondit avec beaucoup d'empressement qu'il donnerait les ordres nécessaires à la prompte et entière satisfaction de mes désirs. Après cet entretien tout officiel, le gouverneur me présenta à dona Mathilde, sa femme.

Je reçus ensuite des offres de service du premier aide de camp du gouverneur, M. Mas de Saint-Maurice, un Français ayant appartenu à la légion étrangère lors de la révolution de Dom Pedro et qui, resté au service du Portugal , était parvenu au grade de major. Je trouvai encore dans la ville un autre compatriote : c'était la femme de M. de Souza, le Juiz desembargador, ou chef de la justice. Grâce à ces heureuses rencontres, nous pûmes presque, mes officiers et moi , nous croire en pays français.

Mes affaires furent promptement expédiées : je complétai

mon eau à l'aide d'une citerne et les vivres de caropagn avec de bon vin de Porto. Pour mes recherches historiques, la bibliothèque m'avait été ouverte; mais elle ne contenait, au sujet de l'Afrique orientale, que les Décades de Barros, et je les avais déjà en ma possession.

Comme il n'y a pas dé relâche sans banquet, il me fallut encore banqueter dans celle-ci. Le dîner que le gouverneur nous offrit n'eut rien de remarquable, si ce n'est le grand nombre des convives ; il y avait réuni tous les principaux fonctionnaires du pays et quelques ofBciers étrangers de passage à Goa : le repas fut servi dans une vaste salle voûtée, autour de laquelle était disposée, au-dessus de la corniche , la série complète des portraits des vice-rois et gouverneurs de l'Inde, ce qui donnait à cette salle, toute réserve faite quant à la valeur artistique des peintures, un caractère très-imposant. Nous dînâmes au son de la musique, dont les fanfares redoublèrent lorsque les convives passèrent dans une grande galerie voisine, où était dressé le dessert, coquettement orné des belles fleurs qui croissent sous le riche climat de l'Inde. Les toasts, on le devine aisément, ne furent pas négligés, et se succédèrent dans l'ordre imposé par les convenances internationales.

Goa conserve une partie du cérémonial pompeux de la cour des anciens vice-rois, qui lui rappelle ses jours de gloire. L'orgueil des nations comme celui des individus renonce difficilement aux signes de la grandeur, même quand elle est éclipsée; Goa, la brillante reine de l'Asie portugaise, trône sur des ruines et se drape, néanmoins, dans son lambeau de pourpre. Ainsi, en Espagne, les hidalgos déchus se pavanent dans leurs haillons, plus fièrement que ne le

— 3S^ — faiMient leurs ancêtres dans l'or> le velonrB et la soie : le Portugal touche à l'E^gne. Après toOt, ce n'est pas la vanité seule qui inspire un tel calte de l'apparence, c'ee^ aussi le respect des aïeux et du blason qu'ils ont honoré. Ne pas oublier qu'ils ont été grands, c'est encore un mérite pour les peuples tombés, parce que, dans ce souvenir, il y a une promesse et peut-être une garantie de régénération.

C'est notamment dans les honneurs rendus au gouverneur que se retrouve lecérémonial pompeux d'autrefois. Dom José, dona Mathilde et quelques personnes marquantes de Goa m'avaient fait l'honneur d'accepter un dîner à bord du Ducouèdic. A mesure que le canot de Son Excellence passait devant chacun des forts établis sur les bords de la rivière et de la baie, il était salué de vingt et un coups de canon par les batteries : on eût dit la marche d'un souverain. D'un autre côté, lorsque l'embarcation s'approcha du brick, notre batterie tira la même salve que les batteries de terre, et l'équipage, dont une partie avait été envoyée sur les vergues, poussa trois vivats selon l'usage portugais. A l'arrivée de mes hôtes, je fus informé par M. Mas de Saint-Maurice que le gouverneur s'était d'abord proposé de me faire rendre immédiatement le salut par le fort d' Aguada , mais qu'il avait, ensuite, jugé préférable de le retarder jusqu'au moment où nous boirions à la santé du roi des Français, et qu'il me priait d^indiquer le signal par lequel l'ofBcier commandant le Tort en serait averti. Les choses se passèrent, à cet égard, comme elles avaient été préparées; après quoi vint la série des autres toasts officiels. Un dernier fut porté è l'hospitalité de la France, par M. de Souza, qui avait été forcé d'y émigrer pendant la terreur miguéliste : dans une

une ématm fwissée Jw^qy'^MK liiripi^» }m m^m^* ^^

gr9tilM46 :^'|1 «v«U ^oservé» pour i'^€Cvi#H r^C» 9V \m ànm «otre pays,

I^ 4ÎDer terminé, 4Hi aongoa à re^g^^r 1» terj¥> U ouit ét9i( close; prévoyant icittte circonsU^Qd» , j'avais pri» «U9» diapo^Uio^* fît, lorsque le gomverf^r (9^ ^ qcmipAvipÂe r^ montèrent mr le ppot popr 3'eflibar^uer, la literie de tfibârd4M Mck fut soi^aie^meat illiwqés par |m Iftpal fi\¥^ à chaque fiii>or4, ep même temps que 4^ fen^ 4u jOlie^ale» allumés a^ bput dm yergiie«, jeU^ieut lei^ ^la^ bleiiâllre tou^ aptour di^ nmre. l^ arojbarcaticm^ qmttère9it )e \>ofd au bcuit des vivat éçhaagés entre ap$ ^QYJves 4 nous, f^pus Q9 |ard4me» pa» à les suirre, pour aUier pas^ser le rie»te de la soirée au gauveruement.

]Le salon de dom José et de dpqa /Maihilde nous était toujours ouvert Leç dames qui ^'y réunissaient, et parmi ie$* quelles se di)»tinguait madame }i»» de SaiotrMai^rice, nne charmante Espagnole» faisaient tout leur possil^le pour nous rendre agréable le séjour de Go«ai i dles y réussissaient à merveille, et nous n'e^s$ions pas mieux demandé que de nous laisser entraîner aux réductions de ces enchanteresses; mais ce n'était pas le mop^nt-de noM^ endormir dans les délices de Capoue, La c6te d'Afrique nous a{^lajt, eJL ie temps était venu de rajlier ses rivages ^^ides et ,9es pppulatÂonç h demi sauvages. Après onze jgiurs de r/^che, uQU^/i^mes adjeu^ l'antique métropple da j'iiiSie porjtugaise, -

Goa est#itiuéa, dans ia province de BéjapoHT, |Mf 15* ^ de latitude nprd st Ji" ^^' de long^de e^, amr une lan^e de terre compyrise entre dep^ rivières, la Maadovi , fin ^^i^,

*Jr

et ia rivière Zouarim ou de Mormougàn, au sud. A une certaine distance dans l'est, ces deux cours d'eau communiquent entre eux et convertissent la langue de terre en une île d'environ vingt-quatre milles de circonférence. C'est à l'embouchure de la Mandovi que se trouve la barre de Goa. La pointe qui borde cette embouchure, au nord, est celle d'Aguada; la pointe qui borne l'embouchure de la Zouarim au sud est celle de Mormougàn : entre les deux embouchures s'avance l'extrémité occidentale de l'île de Goa, terminée par le promontoire o Cabo. Sur la partie la plus élevée de la colline qui domine la pointe d'Aguada est une fortiOcation consistant en une enceinte bastionnée qui contient un corps de garde, une poudrière et une tour cylindrique ayant environ quinze mètres de hauteur. Jusqu'à l'année 1775, un feu de nuit fut allumé, au haut de cette tour, pendant toute la saison où avait lieu l'arrivage des navires du royaume; mais ensuite cette précaution cessa d'être prise. Vers 1841 ou 1842, le phare a été rétabli. Sur un des bastions se dresse aussi un sémaphore. J'ai déjà signalé l'un et l'autre, la tour et le mât de signaux, à propos de notre atterrage. Le petit château dont je viens de parler se rattache par divers ouvrages aux fortifications bien autrement importantes disposées sur tout le versant méridional de la colline (c'esl-à dire celui qui fait face au mouillage), et dont l'ensemble constitue ce qu'on appelait autrefois la place d'Aguada et la forteresse royale : à l'intérieur de celle-ci, on remarque, outre les magasins et les établissements militaires, l'antique habitation des gouverneurs de la forteresse, qu'on nommait le Palais; puis une chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de Bon-Voyage; enfin une citerne carrée, dé trente-six mètres

environ de côté à la base et d'une trèsrremarquable construction; l'architecture en est bien conservée, mais les dalles du fond sont brisées et laissent filtrer l'eau.

Outre fia forteresse royale , il y a sur la pointe d'Aguada de nombreuses batteries, reliées entre elles par des courtines. Auprès de la batterie du débarcadère est une petite enceinte qui renferme une belle fontaine, appelée, par les Portugais, Mai d'agua (source abondante, réservoir). Cette fontaine ou aiguade fournit l'eau aux navires, et c'est elle qui a fait donner à la pointe et à la forteresse le nom qu'elles portent.

Sur la colline, toujours du côté de la baie, mais en dehors des murs de la forteresse, est située l'église de S. Lourenço de Linhares, aujourd'hui église paroissiale, et qui fut bâtie, en 4630, par ordre du comte de Linhares, alors vice-roi. On y voit aussi les ruines de quelques bâtiments construits par les Anglais en 1807, quand les troupes avec lesquelles ils avaient envahi la province campaient , partie dans la forteresse dont je viens de parler, et partie sur la presqu'île d'o Cabo.

Les fortifications d'Aguada sont maintenant armées de soixante-quatre pièces en fer du calibre de 9, 12, 16 et 18, el de quelques canons en1)ronze; sa situation est très-avantageuse pour la défense du port, que complètent, d'ailleurs, les ouvrages établis sur le côté sud de la baie.

De ce côté, au sommet du promontoire désigné sous le nom de ô Cabo, fut construit, au temps du vice-roi Mathias d'Albuquerque, vers 1594, un couvent de franciscains réformés, sous l'invocation de Notre-Dame du Cap [Nossa- Senhora do Cabo) : c'est l'édifice aux murailles blanche»

s^^wsps^rsf^^^pp^^^^spp^^p^??»^

(fue j'ai signalé cooioie point de r^ooQpalssMica pour l'atterrage. A la base de la colline dont i) s'agit sont de fortes batteries, dont les restes dénotent coqibien la na^noerieen était solidement construite. Près du couvant on iroit aussi les quartiers bâtis par les Anglais dans les circonstances mentionnées ci-dessus; ils osA conservé la propriété des bâtiments et les font entretenir à Lenrs frais. Ces quar-tiers , ainsi que le couvent, servent de lieu de convalescence aux personnes du pays qui ont souffert 4es fièvres.

Entre la presqu'île o Cabo et la pointe de Mormougan débouche la Zouarim. Sur cette dernière pointe sont les ruines de magnifiques constructions qui devaient former une ville nouvelle. Elles avaient été commencées par le comte d'Alvor, sous le gouvernement duquel les Mafarattes firent une première attaque contre Goa, et son dessein était d'y élever des fortifications inexpugnables, la ville de Goa lui paraissant trop pr^ des territoires ennemis. Nais ces territoires ayant été ensuite conquis par les Portugais, la cour de Lisbonne donna l'ordre de suspendre les travaux, et les projets du gouverneur, comte d'Alvor, ne reçurent pas une exécution complète. Le mouillage de Mormougan est abrité des vents de sud-ouest qui régnent dans ces parages de juin à septembre ; son nom lui vient de celui d'un village qui existait en cet endroit : Mormon gan signifie village des perles^ et il y avait, en effet, autrefois, dans ces eaux, une pêcherie abandonnée depuis par suite de la cupidité des anciens gouverneurs, qui dépouillaient les pécheurs du fruit de leur travail.

La pointe de Mormougan occupe, sur la partie gauche de l'embottchure de la iiouarim, la même positÀon qu^ la pointe

d'Agaada fur la rive droite de i* MnMbvi ; oelle^ est Vettrémité ia plus occldentate du district de Bardei, et ('autre celle du district de Salcette.

La baie d'Aguada, que les Portugais tp^llent barre de Goa et qu'ils nommaieiit jadis la barre Sainte-Catherine, est large, à peu près, d'un mille et demi, mais elle est en> combrée de bancs ne laissant entre eux , sur la barre proprement dite de la rivière, qu'un chenal fort étroK, au fond très-dur, et sur lequel on n'a que 5 mètres d'eM environ, à haute mer et lors des grandes marées.

En dedans de cette barre , entre la ville et la pointe o Cabo, est la batterie Gaspar-Dias, qui crtHse ses feus avec le fort de Bardez ou des Rois>Mages^ situé sur la rive droite de la rivière.

C'est à 8ept milles en amont de la barre que s'élevait la cité de Goa , celle qu'avait bâtie le grand Albuquerque et dont il ne reste que tout juste ce qu'il faut pour marquer la place où elle fut. Quelques couvents et églises, et quelques pans de murs du vieil arsenal , sont seuls debout parmi ses vastes ruines. Je la visitai en i840 et j'entrai dans l'église cathédrale au moment où l'on y célébrait le service divin ; le temple même était désert, on n'y voyait que les ministres officiants. Je pus y admirer tout à mon aise le magniûque tombeau de saint FrançoisrXavier. Sur la rivière, devant l'arsenal , était mouillée une corvette, VÉlizay réduite depuis longtemps à l'état de ponton, comme n'étant plus susceptible de réparations.

C'est l'insalubrité de l'ancienne Goa qui l'a, dit-on , fait abandonner. Les établissements du gouvernement ont été transportés peu à peu à l'endroit où est aujourd'hui la oou-

velle ville, et le reste a suivi. La capitale actuelle, Pangim ou Nova-Goa, est assise à dçux milles en dedans de la barre, sur un terrain autrefois marécageux, resserrée entre une cojline^ui la domine et l'enceint de l'ouest à l'est, par le sud, et la rivière le long de laquelle elle se développe. Elle aurait gagné beaucoup en agrément et en salubrité, si elle avait été construite sur le plateau même de la colline; cette situation eût permis, en outre, d'en reculer les limites à volonté.

Le coup d'oeil que présente la ville sur le bord de la rivière (on se rappelle que nous y étions logés) est très-joli : c'est là que se trouve le palais du gouverneur (1), bâtiment vieux et sans style, n'offrant rien de remarquable, si ce n'est la galerie où sont les portraits des vice-rois. Au reste, Pangim ne possède aucun monument digne d'être cité et n'est qu'une pâle image de l'antique Goa ; cependant des maisons basses, mais propres, avec leurs façades fraîchement peintes de diverses couleurs et entourées d'arbres ou de jardins, lui donnent, malgré l'irrégularité de son ensemble, on air riant et qui plaît au regard. Un seul ouvrage d'utilité publique attire l'attention , tant à cause de sa solidité que par ses dimensions extraordinaires, c'est le vieux pont de Ribandar, par lequel la ville communique, du côté de l'est, avec un quartier du même nom. Ce pont a 1,534 brasses portugaises de longueur et repose sur plus de quarante arches

(1^ Uue vue d'une partie de Pangim, comprenant le palais du gouvernement, a été prise au daguerréotype et reproduite à l'Album, planche 14. Par suite du peu de largeur de la rivière et du développement de la ville sur une longue et étroite bande de terre, il est impossible d'embrasser de face la toulité de celle-ci avec un instrument de ce genre.

de hauteur et de largeur différentes ; il fut commencé et achevé sous le gouvernement du comte de Linhares.

La population de Pangim atteignait, en 4841, le chiffre (le neuf mille habitants et de quinze cents feui; mais elle était alors en progrès, si l'on en juge par le grand nombre de maisons qu'on y bâtissait. Un recensement fait en 4844 porte cette population à dix mille huit cent dif-sept individus : dix mille quatre-vingts chrétiens, six cent vingt cinq Hindous et cent douze mahométans. La rive gauche de la Mandovi , sur toute la longueur de la ville, est bordée d'une muraille en partie ruinée, dans laquelle sont pratiquées plusieurs cales de débarquement : la meilleure de celles-ci est celle de la douane, où sont établis une grue et un vaste magasin au service de cette administration. On trouve dans la ville deux fontaines fournissant d'excellente eau, mais elles se tarissent quelquefois dans la saison sèche : cet accident ne contrarie pas beaucoup les classes inférieures, qui se contentent de l'eau de puits, généralement saumâtre et impure. L'église paroissiale est située sur une grande place au-dessus de laqueHe elle est exhaussée; on y monte par un large escalier : elle n'a de remarquable que le contraste qu'elle offre avec la magnificence des constructions de même nature de l'ancienne Goa. Je ne veux point passer en revue tous les établissements publics que peut posséder une ville comme celle dont je parle ; je me contenterai de dire qu'ils y sont plus nombreux et plus importants que ne le comporte sa pauvreté actuelle.

La force militaire de Goa et de ses dépendances a été fixée, en 1841, à quatre mille et quelques cents hommes ; elle se compose d'un ofGcier général , d'un corps d'ingé-

oiears, d'os régiment d'artilléHe^ de deax baiailleiM d'infanterie et de quatre de diasseart . Ce pemnael fournit les garnisons des établissements de Daman et de Diou. Après tout, s'il survenait uoe guerre maritine où l'Angleterre entrât comme partie l)eUigérante, Goa, malgré ses soldats et toutes ses fortifications, ne conserrerait pas longtemps son indépendance, le Portugal fùt^il même désintéressé dans la lutte, car les Anglais ne ToudraieAt pas laisser sur la côte de l'Inde un port neutre ouvert à leurs ennemis. En pareille occurrence, Goa ne tirerait aucun secours de sa marine, dont 1^ forces actuelles sont réduites à un nombre insignifiant de navires : les documents que j'ai consultés parlent de deux corvettes de 24 et 18 canons, Y InfanU-Régenie et le Daman, de deux bricks et d'une goëlet^ de six pièces d'artillerie, mais je n'ai pas aperçu un de ce» bâtiments à Goa ni à Diou. J'avais vu seulement, en i840, une frégate sur les chantiers à Daman, et j'appris, en 1846, qu'elle y était encore; bref, à cette dernière époque, je ne trouvai à Goa qu'un petit brick de guerre, le Villa flor, détaché de la station de Mozambique. Quant au p^sonnel entretenu autrefois pour le service local, il a été supprimé par ordre du gouvernement de Lisbonne, à l'exceptitm d'un capitaine lieutenant, remplissant les fonctions de capitaine de port, et de quelques pilotes.

La proviflce ou le district dont Pangim est le ehef-lieu constitue -avec les deux districts de Salceite et de Bardez ce qu'on appelle l'Etat de Goa, ou bien encore les anciennes conquêtes (velhas conquistas) pour les distinguer d'autres territoires qui, de l'année 1765 à l'année 1788, passèrent sous la domination portugaise et recurent , à cause de leur

réeente afiiMXioft^ le tuifti de iMUoé^ tm^ittièt (iMvas coûqoistas). Ges deriiiètni fotVÉent titte tone entoufaot, do c6té de l'iittérietDr^ les trois attciens districts, et s' appuyant, du côté de l'est, à la cordillère des Gattes, d'où descendent la MandOTl et plasienrs des riyiéres qui arrosent l'État de Goa.

Le district de Goa proprement dit est une espèce de petit archipel composé de neuf îles, dont la principale seule est baignée à l'ouest par l'océan Indien ; les autres , tontes situées en dedans de celle-ci et séparées par des bras de rivière, sont probablement formées de terres d'alluvion enlevées par les eaux aux flancs des montagnes des Gattes. Ce district renferme de trente-cinq à trente-huit villages, la plapart insalubres par suite des mauvaises conditions où ils sont placés et de l'incurie de leurs habitants. La superficie de son territoire est de 7 lieues carrées.

Le district de Bardez , qui s'étend en arrière des tles de Goa, contient trente-neuf villages, dont le chef-lieu est Mapouça , honoré du nom de ville. Il est celui qui possède la population , relativement , le plus forte ; ses habitants sont les plus actifs et les plus industrieux de la ')}rovince. Le dixième è peine de son territoire reste inculte. D' heureux essais de fabrication de sucre et d'eau-de-vle de canne y ont été feits. Sa surface est de 8 lieues carrées.

Le district de Salcetle, au sud des deux autres, compte de cinquante-sept à soixante villages, dont le principal est MargAn, qui n'a pas moins de douze mille Âmes et quatre mille feux. La superficie de ce territoire est de 30 lieues carrées, dont les deux tiers è peine sont susceptibles de culture.

Les productiaDS de l'état de Goa consistent en sel , cocos, noix d'arec, riz, nacbenim, légumes et fruits. Le^ trois premières et les fruits, qu'on envoie en grande quantité à Bombay, composent la majeure partie des exportations ; il se fait bien quelques autres expéditions de vinaigre, huile, eau-de-vie de sucre, mélasse, noix d'acajou, piments, tiges de chanvre, cire manufacturée, cannelle, beurre, etc.; mais elles sont sans importance. û'ai}leors, par suite de cultures défectueuses, ou par manque de moyens d'exploitation, la production totale du sol ne suffit pas à la consommation du pays. En 1824 , la première était , valeur monnayée, de 640,608 séraphins (1), tandis que la consommation était estimée à 4, 253, 720 séraphins. Quoique moindre aujourd'hui , la différence n'est qu'en partie couverte par l'exportation du sel, des cocos et de la noix d'arec, et la petite quantité de produits industriels qu'on y fabrique; heureusement viennent s'ajouter à cet actif insuffisant les économies prélevées sur leur salaire par bon nombre de jeunes habitants du pays qui vont offrir leurs services personnels dans les établissements anglais voisins et rejoignent leurs familles au bout d'un certain temps. On estime que ces économies font entrer annuellement à Goa environ 800,000 séraphins.

Presque tout le commerce extérieur de Goa a lieu avec Bombay et les terres adjacentes de Balagate, plus ou moins soumises à la domination anglaise. Le commerce avec Diou, Daman, Macao et Timor est insignifiant; celui qu'elle fait avec Mozambique et le Portugal n'a guère plus de valeur:

(1) Le séraphin vaut 160 reis de Lisbonae. 1,000 reis raient 7 fr. 08 c. (6 séraphins et 1/4).

deux navires seulement naviguent de Mozambique à Goa. Il arrive anouellemeot en cette dernière place un brick de Macao apportant les marchandises de Chine dont on n'a pu opérer la vente sur les marchés intermédiaires. Quant au cabotage pr^^preuEient dit, effectué pour le compte de Goa, les bateaux qui y sont employés, sans toutefois dépasser Diou, du côté du nord, et Cochim du côté sud, appartiennent pour la plupart aax établissements anglais, et leur port n'excède pas 23 ou 50 tonneaux. Au reste, pour donner une idée exacte de ce qu'est maintenant le commerce (le Goa, je dirai que, d'après les relevés faits par l'administration locale, la valeur des exportations a été, en 1844, de 255,877 séraphins et celle des importations de 677,089 (1).

En résumé, enclavé comme il l'est dans les immenses possessions de l'Angleterre , écrasé par la prépondérance politique et commerciale que cette puissance exerce à l'excluslon des autres dans l'flindoustan, l'Etat de Goa est aujourd'hui une colonie sans utilité pour sa métropole comme sans intérêt pour les étrangers. Le seul avantage qu'offrirait une relâche dans ce port à ceux de nos navires de commerce en très-petit nombre, d'ailleurs, qai se rendent à la côte de Malabar, c'est la possibilité de s'y ravitailler et réparer à beaucoup meilleur marché qu'en tout autre point de la côte occidentale de l'Inde.

La viande de bœuf de très-bonne qualité coûte 2 roupies l'arrobe (environ 0 fr. 27 c. le kilogr.); on a trois arrobes de pain pour 2 roupies, et l'on en fournit d'excellent à raison de 34 centimes le kilogr. La farine vaut communément

(1) Tous les détails statistiques coucernant cette localité sànl em' pruntés à des docomcDis officiels imprimés h Pao^im.

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de 7 à 8 francs le quintal métrique; elle n'est pas étuvée, il est vrai , néanmoins on la conserverait encore trois ou quatre mois. On pourrait aussi, en peu de temps, faire confectionner de grandes quantités de fort bon biscuit. Le rin ordinaire de Portugal se vend de 5 à 7 francs ralmude(16 litres 55 centilitres) ; le sel est à très-bas prix (1 roupie les 3 arrobes) ; on aurait donc toute facilité pour se procurer promptement des salaisons de bœuf et de porc ; des barils vides de vin, préalablement blanchis, serviraient à les contenir. On trouve également à bon compte du riz, des légumes verts et secs^ de l'eau-de-vie de canne, des moutons, des poules, des canards , des dindons , et tous les fruits de rinde; il en est de même du bois à brûler. Quant aux bois lie construction, et particulièrement cenx de teck, on les apporte de l'intérieur selon les besoins du port. S'il s'agissait de réparer un navire, on aurait à sa disposition beaucoup d'ouvriers de marine, charpentiers, calfats, forgerons, etc., travaillant pour un salaire modique; le cordage en brou de coco ou bastin, qu'on fabrique très-bien et presque sans frais à Goa, remplacerait, en cas de nécessité, dans le gréement, le filin en chanvre.

Enfin l'eau délicieuse qu'on prend à la source d*!4guada s'embarque avec la plus grande célérité ; on peut, d'ailleurs, pour 4 francs le tonneau, faire son eau au moyen d'une citerne qui vient le long du bord, tandis qu'à Bombay on paye dé l'eau saumâtre et insalubre 4 roupies anglaises ou iO francs le tonneau.

Je terminerai ce que j'ai à dire sur Goa par quelques mois relatifs aux monnaies, poids et mesures. Les monnaies sont les mêmes qu'à Diou , seulement la

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valeur relatire n'en est pas absolument égale dans les deut localités.

Il en est ainsi pour les poids indiens , le sîr, le maûnd et le candi, dont les rapports sont, à Goa, comme il suit :

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