‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 31 sur 101 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Irrivée h Socotra. — Description géographique des parties sud et ouest de l'Ile.— Baie de Galan'sié, — Principales productions et commerce.

En quitta^^oa, le Ducouédic fit raule pour l'île Socotra. Dès que nous fûmes sortis de la zone où alternent les brises de terre et du large, nous eûmes des vents réguliers de l'est-nord-est au nord-est, soufflant joli frais*. Le temps était beau, le ciel à peine voilé de quelques nuages. La température s'éleva un peu plus à mejutre que nous nous éloignions de la côte de l'Inde; puis elle diminua à l'approche de celle d'Afrique, sans qu'une variation bien sensible se fût opérée dans )a force ou la direction du vent. Le thermomètre marqua au maximum 51" à midi, et au minimum 23' à sii heures du matin. Franchissant en ligne droite la distance de Goa à Socotra, nous éprouvâmes dans cette navigation des courants dont la direction varia du nordouest f ouest à l'ouest, et dont la vitesse fut, en moyenne, de 10 à il milles en vingt-quatre heures. Le jour avant l'atterrage, ils portèrent au sud de l'ouest. Notre traversée dura neuf jours , sans offrir aucun incident remarquable. Le 13 janvier, à huit heures du matin, nous eûmes connaissance de Socotra, et nous gouvernâmes vers sa pointe esl pour nous placer sur le méridien de celle-ci.

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A la partie orientale de l'île se trouve une montagne trèsélevée; elle se termine, du côté de l'est, en un pic dont la forme lui a fait donner, par les navigateurs anglais, le nom de Nez-du-Dauphin [Dolphin- Nose). Je dois avouer que l'analogie pourrait être plus saisissante, et elle accuse au moins beaucoup d'imagination chez ceux qui l'ont remarquée. Les Arabes nomment cette pointe Raz-Moumé.

Le 15, après midi, ayant dépassé le méridien de Ras- R'dresser, nous gouvernions sur Bas-Fillink, rangeant la côte à petite distance, pour reconnaître le point où eiiste le réservoir indiqué comme aiguade, dans Horsburgh, sous le nom de Ouadi-Filling (4). Cette partie de la côte est d'une hauteur uniforfhe d'environ 50^ mètres au^iessus du niveau de la mer, sans déclivité aucune et de l'aspect le plus aride qu'on puisse imaginer, aridité qui s'explique, d'ailleurs, par l'exposition directe de cette côte aux vents et à la mer furieuse de la mousson du sud-ouest.

En côtoyant le rivage et réduisant la distance d'un mille et demi qui nous en séparait devant Ras-R'dresser à celle de trois quarts de mille, la sonde donna de 27 à 52 mètres roche et gravier ; puis le fond diminua rapidement quand nous approchâmes d'un cap à l'ouest duquel la base des montagnes commence à s'écarter un peu du bord de la mer, et où, comme ledit Horsburgh, les roches abruptes sont remplacées par une petite plage. Au même instant, une gorge se dessinait dans fa montagne. Jugeant, d'après ces indices, que nous étions par le travers du point cherché, je laissai tomber l'ancre par iO mètres fond de roche et cailloux; dans

(1) Ouadi est le nom arabe par lequel on désigne toute vallée où il y a de Teaa.

cette position, nous relevions Ras-Ftlllnk au nord 74° est ; la gorge, au nord 5** est ; et l'extrémité sud*ouest de l'Ile, h l'ouest. ,^ . .

J'envoyai aussitôt un canot à terre arec un officier, poor vérifier si c'était biea là que se trouvait l'aiguaëe. L'officier découvrit, en effet, un réservoir, et il en rapporta une bouteille d'eau jiB peu saumâtre; mais cette eao avait été puisée, me dil-'iL, très-près du bord de la mer, parce que4es difficultés du terrain ne peraettaient pas d'aller au delà dans l'obscurité de la nuit : on avait , du reste, débarqué assea facilement il la plage. J'espérai donc que l'eau serait tout à fait bonne si on la prenait on peu plus haut dans la ravine, et je me décidai à rester au mouillage, pour en compléter le lendemain notre provision. La nuit fut belle ; une petite brise soufQa du nord-^t à l'est. Les courants de marée nous parurent assez sensibles; le flot portait à l'ouest et le jusant à l'est; la vitesse du flot, mesurée au loch, fut, en moyenne, de quatre cinquièmes de mille. •

Le 14, au point du jour, le grand canot fut expédié, chargé de barriques vides, à la plage ; il put en être tenu à très-petite distance sans échouer ; mais le transport de l'eau D'en était pas moins pénible : on allait la puiser assez loin dans le ravin, et on la portait au canot au moyen de barils de galère et de seaux, à travers un terrain inégal et rocailleux qui rendait la marche très-lente. Bientôt la brise s'étant levée, la mer vint à déferler à la plage, ce qui augmenta les difficultés. Bref, de six heures du matin à midi, il n'y avait de pleins, dans le canot, que quelques tierçons. Dans la saison pluvieuse, l'eau serait plus abondante et l'embarquement plus commode et plus prompt. Cependant je crois que,

sauf le cas d'absolue nécessité, on ne devra pas tenter de s'approvisionner en ce lieu.

Aux environs du bassin, on trouva des vestiges d'habitation, de petites rizières et un parc à bétail; mais les hôtes de ces agrestes demeures, sans doute effrayés de la présence du navire, s'étaient retirés avec leurs troupeaux dans la montagne. Le matin, nous avions vu, sur le plateau qui domine ce ravin, plusieurs individus paraissant examiner ce que nous, faisions à terre. Vers midi,. le ciel se chargea d'épais nuages, le vent augmenta, la mer grossit; le^rand canot, courant risque d'être submergé ou jeté à la plage, fut ramené à bord; on le hissa immédiatement, et nous mîmes sous voiles. Le fond est de mauvaise tenue sur ce point, car, en virant sur la chaîne, nous chassâmes avant d'être à long pic, sans qu'aucune voile eût été larguée.

Dès que nous pûmes faire route, nous longeâmes la côte sud de rîle, à l'extrémité de laquelle se montra bientôt le promontoire élevé et abrupt de Ras-Kattani.

La chaîne de montagnes qui, partant de Ras-Moumé, remplit l'intervalle compris entre ce cap et Ras-Kattani s'abaisse un peu vers le milieu de sa longueur; elle offre çà et là de larges coupures qui forment des vallées profondes donnant, probablement, accès vers le centre de l'île et ouvrant , du côté de la mer, dans une petite plaine qui sépare du rivage le pied des montagnes. Cette plaine, qui commence, près de Ouadi-Fillink, n'est d'abord qu'une plage sablonneuse, s' élargissant ensuite et conservant alors, jusqu'aui environs de Ras-Kattani, une laideur de trois à quatre milles; elle ne parait guère moins aride que le rivage ; des buissons et de rares bouquets d'arbustes sont la

seule verdure qu'&n aperçoive parmi les nombreux quartiers de roche dont elle est parsemée. Poiurtant, malgré l'aspect désolé de toute cette côte, il y a, dans les immenses proportions et les formes anguleuses de ses montagnes , dans ses gigantesques promontoires, quelque chose d'imposant et de majestueux qui étonne le navigateur, et fait naitre dans son esprit diverses hypothèses sur l'origine de ces terres cyclopéennes. L'île gisant à trente-huit lieues du continent le plus rapproché n'en a-t-elle pas été séparée par une des |évolutions qui ont bouleversé la croûte du globe? r) 'est-elle pas un rameau détaché du plateau mpntagneux que la mer a bor«ié depuis au Djebel-Yerdefoun, extrémité nord-est de l'Afrique? Des études géognostiques approfondies sur les deux localités fourniraient peut-être des indices propres à élucider la question : le marin, emporté par le mouvement rapide de son navire, regarde et passe sans avoir le temps d'éciaircir ses doutes ou de vérifier ses conjectures. Au-dessus des parties déprimées du plateau littoral et derrière les solutions de continuité qu'il présente, on Mtrevoit les sommets d'autres montagnes de l'intérieur qui paraissent moins stériles. En ces endroits , la vue, jusqu'alors bornée et attristée par l'aridité de la côte, pénètre dans des gorges verdoyantes, au fond desquelles l'imagination se piait à rêver quelque limpide ruisseau serpentant à travers une vallée plantée d'arbres et d'arbustes odorants. C'est, sans doute, dans ces gorges que les indigènes ont groupé leurs chétives cabanes, à l'abri des vents tempétueux du sud et au milieu des verts pâturages que ces vallées humide doivent offrir en toute saison à leurs troupeaux; toujours est-il qu'il n'existe pas une seule case sur la côte sud de l'île.

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Ud instant ayant le coucher du soleil, on découvrît, à l'ouest l sud, la petite île Derzi, se détachant en ombre dans les vapeurs dont l'atmosphère était saturée, et que ren> daient plus diaphanes» vers le couchant , les derniers rayons de l'astre, près de disparaître à l'horizon : vue dans cette direction, elle a la forme d'un trapèze régulier et elle semblait très-élevée, malgré la distance assez grande (fui nous en séparait. La vigie annonça en même temps une autre petite île, qui ne pouvait être que l'île ChonttHih, située à neuf milles dans l'ouest-nord-ouest de Derzi ; mais elle n'était pas visible du pont du navire, f

À la nuit, la brise mollit et ne nous arriva bientôt plus qu'en petites risées. Je ne savais d'abord si ce changement résultait de notre position plus voisine de la partie ouest de l'île ou d'un affaiUissement correspondant de la brise au large; c'était tout simplement la transition ordinaire de la brise de mer à celle de terre qui , vers huit heures et demie, se leva tout d'un coup et souffla bon frais par rafales. Le ciel était pur et les étoiles scintillaient comme dans nos belles nuits d'hiver en Europe. En approchant de Ras-Kattani, on aperçut, un peu à l'est du cap, de grandes taches blanches, dont la clarté relative faisait paraître le rivage bien plus près qu'il ne l'était réellement. La sonde donnait de 27 à âS mètres. Vers dix heures , nous avions doublé le méridien de Ras-Eattani et nous gouvernions vers la pointe ouest de l'île, nommée Ras-Cbaëb; on distinguait toujours l'île ;Derzi.

Dans ces vingt-quatre heures, le baromètre avait marqué 0,765, le thermomètre 27% 27% 28% 27% aui heures ordinaires d'observation.

Le i5, à miDuit, nous serrions le vent tribord amures, ne gardant que les huniers, pour ne pas dépasser Ras-Chaëb avant le jour; arrivés près^lu cap, nous courûmes un bord au large. Le vent avait beaucoup diminué, et , deux heures plus tard, il fit presque calme. À cinq heures, nous nous remîmes en route, sons toutes voiles , vers la pointe ouest , dont nous doublâmes le méridien è six heures quarante cinq minutes. Le courant nous était alors favorable , car nous ouvrions plus rapidement les pointes que ne TiDdiquait le faible sillage imprimé au brick par une Iratcheur à peine sensible. Bientôt nous nous trouvâmes à r«ui»ert de la baie de Chaëb, comi»'ise entre le cap de ce nom-et Ratr-Bedou. Au premier de ces deux caps vient aboutir la chaîne de plateaux du sud , qui , à partir de Ras-RattanI , se dirige vers le nord-ouest. Le promontoire qui porte le nom de Ras- Bedou, non moins aride et non moins escarpé que les précédents, termine, à l'ouest, l'un des larges plateaux occupant la partie moyenne de l'île. Les terres du fond de la baie sont de hauteurs inégales, mais bien inférieures en élévation à celles de la côte sud, dont elles ont l'apparence inculte et désolée sans en avoir l'aspect imposant. Vers dix heures du matin, après un temps de calme, la brise se leva du nord-nord-ouest; puis elle hala presque tout de suite le nord et le nord-est en fraîchissant. J'avais l'intention d'aller mouiller dans la baie de Galan'sié, située dans l'est de Bas-Bedou, pour y prendre de l'eau. J'espérais y trouver aussi quelque bateau destiné pour la côte d'Afrique, et auquel je pourrais demander un pilote. Un instant, je crus même que mon espoir allait se réaliser plus tôt : un point blanc, de forme triangulaire et ressemblant à un bateau

sous voiles, venait d'être signalé par la vigie; pins il se dégageait des vapeurs qui couvraient en ce moment l'horizon, plus l'illusion augmentait; mais notre erreur ne fut pas de longue durée : ce que nous avions pris pour une voile n'était autre chose que la roche Saboyna, qui nous restait alors dans l'ouest, à environ cinq milles. La coupe triangulaire de cet îlot, la couleur blanchâtre du calcaire dont il est formé, rendue plus éclatante par les reflets de lumière qui l'inondaient alors, ce qu'il y a d'étrange dans la saillie abrupte de cette aiguille rocheuse h une assez grande dis* tance de terre, tout, en un mot, rendait possible une méprise. Après midi, nous louvoyâmes avec une brise fraîche et donnant de fortes rafales , pour doubler Ras-Bedou et atteindre le mouillage de Galan'sié; mais, à la nuit, nous étions encore sous le vent de ce dernier. Nous continuâmes donc de louvoyer pour gagner dans lest.

Durant les vingt-quatre heures, le baromètre était resté à 0,765; le thermomètre avait marqué^29°, 29% 29%5, 30°, aux heures d'observation.

Le 16, de minuit à cinq heures, nous manœuvrâmes pour nous tenir à petite distance et au vent de la baie; au point du jour, nous nous dirigeâmes sous toutes voiles vers Ras-Galan'sié. Un banc de sable partant d'une petite baie comprise entre ce cap et Ras-Sommari s'avance dans le nord-est à environ un mille au large de la ligne qui joint ces deux caps;Jl assèche à basse mer, et, de haute mer, ses limites doivent toujours être, je crois, sufBsamment indiquées par la couleur de l'eau qui le recouvre; en tout cas, on n'aura, pour l'éviter, qu'à tenir Ras-Bedou à l'ouest 26" sud du compas. Vers neuf heures, nous jetions l'ancre dans la

baie par il mètres fond de sable, relevant la roosqaée dn village aa sud 59* est et Ras-Galan'sié au nord 83" est, à moins d'un mille de Fun et l'autre point.

Les terres qui entourent cette baie , sans être meublées d^une riche végétation, ont un riant aspect comparativement à l'affreuse stérilité de celles du sud et de l'oUest. A peu de distance des sommets rocailleux de Ras-Bedou, les flancs du plateau auquel il se lie , bien que conservant des pentes roides et escarpées, sont du moins égayés par la veraure d'arbustes et d'arbrisseaux qui deviennent plus nombreux et plus serrés vers le pied des montagnes. Entre celles-ci et la mer, le terrain, uni et peu élevé au-jlessus de la plage, forme une plaine assez étendue, couverte, dans toute sa partie ouest, d'arbustes d'une hauteur uniforme qui lui donnent l'air d'une plantation. 4 l'angle snd-est de la baie, à une centaine de pas du bord de la mer, est le village, dont on aperçoit çà et là des cases entremêlées de dattiers. Au milieu d'un bouquet de ces arbres, s'arrondit le dôme de la mosquée blanchie à la chaux; sa couleur tranche sur le vert sombre des palmiers et en fait l'objet le plus remarquable de la baie. Un petit dâo et plusieurs embarcations gisaient à sec devant le village.

Le temps était magnifique et, quoique le thermomètre marquât 30% une jolie brise d 'est-nord -est , rafraîchissant l'atmosphère, rendait cette température supportable à bord. Dès que nous eûmes serré les voiles, on disposa le grand canot pour prendre de l'eau , et il fut expédié au village, où, peu après, je descendis aussi avec l'interprète de la mission.

En abordant à la plage, nous fûmes accueillis par un groupe

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d'hommes qui nous saluèreot ea arabe; on leur demanda où se tenait le chef du village; ils répoodireQt qu'il n'y en avait pas, et que le seul individu qu'as recoanossent comme tel résidait à Tamarid. Je priai alors que l'on nous conduisit dans un endroit batuté^ afin de causer {4us à l'aise ; car, l'air n'étant pas à terre, comme sur rade, nafraicbi par la brise, les rayons ardents du soleil nous brûlaient l'épiderme, et, sans être accusés de cédera un entraînement poétique, nous pouvions envier le frais ombrage des palmiers que nous voyions >k quelques pas de nous. Celui de nosinterlocuteurs qui paraissait être le plus ancien 4e la bande nous mena à l'une des cnses, où nous suivirent les autres indigènes, curieux, sans doute, de savoir le motif de notre relâche. Parmi eui se trouvaient le nakodah ( patron ) et les matelots du dâo échoué à la plage; ils étaient venus de M'Kellé à Galan'sié pour y faire du poisson salé. Je les questionnai sur divers points de la c6te d'Afrique que plusieurs d'entre eux prétendaient avoir parcourue, et ils me donnèrent , à ce sujet , des renseignements qui s'accordaient à peu près avec ceux que j'avais déjà recueillis. Néanmoins aucun ne se crut assez sûr de ses connaissances locales pour y piloter le brick, ni naême pour me nommer à première vue les principaux pointsde cette côte pendant l'exploration que je me proposais d'en faire. J'appris d'eux que la période la plus favorable pour le cabotage, depuis Guardafui jusqu'au Djoub, est comprise entre la mi-février et la fin d'avril ou la mi-mai. Pans les premiers jours de janvier, les bateaux de l'Oman, qui sont destinés pour la côte orientale d'Afrique, quittent les ports de Mascate et de Tsour en groupes de quatre ou cinq et se dirigent vers Socotra ; ils y renouvellent leurs provisions et traitent

du semen, de Taloès, un peu d'eoceDS et des vivres (irais, pour lesqœk ils donnent des dattes et du riz. Ib s'avancent de là an sud de Guardafui et passent ordii^iffemeat à Hhafoun, où relâchent aussi , au commencement de février, les bateaux de la côte sud d'Arabie, de M'Kellé et de Chehiieur. Quelques-uns de ces bateaux s'arrêtent de préférence è Ras- Màabeur, s'ils ont besoin d'eau, parce qu'elle y est bien meilleure et plus abondante qu'à Hhafonn ; puis tous descendent la côte, faisant escale, où ils espèrent effectuer des échanges. L'existence de la rivière Douera, que d'anciennes cartes géographiques représentent comme débouchant à la mer à cinquante lieues environ dans le nord d'Ouarcheikh, était un des faits dont il m'importait de constater l'exactitude ; malheureusement mes interlocuteurs ne connaissaient pas même le nom de Douara. Us m'afBrmèrent , d'ailleurs, qu'il n'y avait aucun cours d'eau coulant régulièrement sur toute l'étendue de côte comprise entre Hhafoun et Onarebeikh; que seulement, dans la saison des pluies, il s'y formait des ruisseaux ou des ravines dont les eaux arrivaient à la mer. Ils mentionnèrent plus particulièrement au sud de Hhafoun un de ces ruisseaux, le désignant sous le nom d'Ouadi-Nougal. '

Notre hôte, on s'en souvient, était le doyen du village; il me sembla passionné pour la politique , dont , au reste , l'horizon se renfermerait, pour lui, dans le cercle très restreint de ses connaissances géographiques ; il adressait , sur ce sujet, question sur question à M. Vignard et avait l'air fort impatienté de n'obtenir d'autre réponse que quelque nouvelle interrogation formulée pour mon compte et relative aux renseignements que je désirais me procurer. Ce- II. 23

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jonJapi^ t|MPè» ffiolr éfmaé tout h samk ées assirtnits s«r ce^iB'4filérettBit, js fis appel è ta compkBBaiioe de M. Vi- ^ntfd H h ptm île satbfaif e là moBomtmie de oe fartfe ^niHie. Ifa^réiBon bon vouloir, ce me fet pa& chose aussi fecik «lue je ravais peosé; il se m'eût CaHu, «pciur y récn^r^ rien bmmbs ^iie la lueidilé laagfiétique du plus imervieiHeQx sonnanbule. liotre patriarche s'ittfontia de ce que les Anglais faisaient à Ade»; puis, appareaimentpëu édi'ié|»af ines ré|)onses, Il cbaugea de sujet , passaot des Anglais à Syed Saïd> le sultan de Mascate; et tout bien considéré, la Iransitioii n'était pas trop brusque, eu égard auK liens étroits qui unissaient ce priace aux Anglais. Mon nouvelliste tenait à ce que je lui disse dans quels termes, depuis sa rentrée au bercail, Syed Hilal, le fils aîné du Sultan, vivait avec son père. A ceci M. Yignard répondit, en plaisa&tant, que Syed Hilal habitait le sérail, où on le surveillait, sans doute, de près, pour le garder d'une ^coode escapade. « Mais, répli- (c qua le curieux vieillard, est-ce qu'il a encore l'intention « de s'enfuir? Où ira-t-il cette fois? » £t» prenant pour le désir de dissimuler l'embarras que nous éprouvions à répondre à ses interpellations : « Ohl ajouta-t-il, je vois bien a que c'est chez vous qu'il doit se retirer, puisque vous « vous taisez sur stô projets. y> Vraiment cet homme aurait été un excellent accusateur public à certaine époque de notre histoire.

L'état âes affaires, à Mascate, le préoccupait aussi trèsfortement; il r^rettait beaucoup que nous n'eussions pas touché à ce port; toutefois rien n'était encore désespéré pour lui, grâce à cette faculté de causalité dost il était si largement doué. Franchissant par la pensée la distance de Mascate

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à Zanzibar, il amis demanda û le InUé feur J'jteilitioB du trafic des noirs avait été si^ {mt ^fed Sud , et 4e «otne réponse il allait eoBclure iolailliblemeDt que telle farliede rOmàn était ou soumise ou révolutionnée; BttiietKuse' ment nous ne pûmes qae lui apprendre rarTirée, à Zwzibar, de la corvette anglaise (7iébpd£r0, apportant leiraité à la ratification du SuUan , mais non iui dire si cette ratification avait été effectuée. Et, sur ce, nous laissâmes l'enragé politique et primes la clef des champs pour visiter les environs.

Le village de Galan'sié se compose de trente à quarante misérables cases, dont les murailles sont en pierres grossièrement maçonnées et les toits à terrasses faites d'une espèce (le blindage recouvert de feuilles de palmier et de terre. Li plupart de ces cases ont une enceinte, soit en broussailles, soit en pierres juxtaposées, qui enclôt, outre la case, trois à quatre mètres de terrain ou végètent quelques plants de pastèques et de tabac, auxquels un ou deux palmiers prêtent leur ombre. Si j'en juge par ce que nous avons vu d'hommes sur les lieux, la population de Galan'sié ne va pas au delà (le quatre-vingts à cent individus. A une portée de mousquet dans le sud du village, on trouve le lit d'un ruisseau où doit couler un volume d'eau assez considérable dans la saison pluvieuse, mais qui n'offrait, Qu moment de noire passage, que de petites mares alimentées par de minces filets d'eau suintant de sa rive gauche. A l'est, la plaine est aride et pierreuse; mais, entre le village et Ras-Bedou, quoique les vents du large aient transporté, sur une partie du sol , des sables de la plage, elle est pourtant meublée d'arbustes à encens qui, réunis en un massif, la couvrent de leur ver-

dare et loi donnent un aspect assez agréable. Un raisseau qui prend sa sonrce an pied des montagnes traverse cette partie de la plaine selon une direction nord-est et sud-ouest, et vient former, près du rivage, un vaste réservoir d'excellente eau ; toutefois le récif qui borde la plage en cet endroit et s'étend assez loin an large empêche qu'on ne s'en rapproche suffisamment, de mi-jusant à mi-flot. Le canot envoyé pour la provision d'eau, n'en ayant trouvé que de saumâtre au puits du village, avait été dirigé par les naturels vers ce réservoir; mais c'était le moment de la basse mer, et l'aspirant qui commandait la corvée, rencontrant des difficultés trop grandes pour le transport de l'eau dans l'embarcation, retourna à bord sans en avoir fait. J'ai remonté le ruisseau à quelques centaines de pas au-dessus du réservoir ; il coule rapide sur un lit de rochers garnis çà et là de petites plantes aquatiques aux tiges soyeuses et du plus beau vert. Si l'on avait besoin de beaucoup d'eau, il faudrait jeter l'ancre plus à l'ouest dans la baie, en face du réservoir, dont on est trop éloigné au mouillage ordinaire. Il est regrettable que l'eau du village soit de mauvaise qualité, car rien ne met obstacle à son prompt embarquement; nous en prîmes quatre tonneaux pour la cuisine.

On ne se procure dans la baie même d'autre provision que de maigres cabris; nous n'avons vu, au village, aucune espèce de volaille, et, quant aux fruits, ils se bornent à des pastèques et à un peu de dattes dans la saison où on les récolte, en octobre et en novembre. Au dire des habitants, la partie est de l'île et les environs de Tamarid ofiFrent plus de ressources; on y pourrait acheter de gros et de petit bétail , des fèves, des giraumonts ; puis des oranges et des

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bananes dans les mois de mars et d'avril. Tamarid est le village principal du littoral et la résidence du gouverneur de l'île ; il contient, d'après Wellsted, environ cent cinquante maisons éparses, dont un tiers seulement est occupé par une population qu'il estime à cent cinquante individus. Il paraît que, sur le rivage et dans les baies de l'île, la température est sensiblement plus élevée qu'à l'intérieur, car le voyageur déjà cité donne, pour température moyenne des trois premiers mois de l'année, 70", 5 Farenheit ou 26',5 centigrades, et, pendant les jours de janvier que nous avons passés sur trois points de la côte, la température moyenue a été, à bord, de 29" centigrades. Nous n'y avons pas eu une goutte de pluie, et le ciel y a été généralement clair ; mais le lieutenant Wellsted dit qu'il y pleut presque journellement durant la mousson de nord-est, et le capitaine Haines cite le mois de janvier comme l'un des trois mois de l'année où la pluie tombe le plus abondamment (1).

Les productions naturelles de l'île de Socotra sont l'aloès, le sang-dragon et une sorte d'encens inférieur en qualité à celui de l'Arabie et du pays des Soumal ; celles qui proviennent de la culture sont les dattes, le millet, les fèves et le tabac, avec un peu de coton et d'indigo. C'est principalement dans la partie orientale de l'île qu'on cultive les dattes et le millet. A l'exception de l'aloès et du sang-dragon, qui seraient, si les indigènes les recueillaient avec plus de soin, une branche de commerce assez importante pour le pays, ces produits sont absorbés par la consommation locale , et ,

(1) Od verra , plus tard , qu'à Abd-el-Kouri , qui est sar le même parallèle et seulement à 20 lieues plus k rouest,le temps des pluiet commence arec le mois de février et dure jusqu'à la fin d'avril.

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inéme peut ce qui est des dattes, la récoite n'y suffit pas; aussi en est-il apporté de l'extérieur. La nourriture des habitants se compose, en outre, d'un peu de riz, qui y est pareillement importé ; puis, du lait et de la chair de leurs troupeaux.

L'espèce bofine n'est pas très-nombreuse dans l'île; mais il s'y trouve une grande quantité de moutons et de chèrres. Avec le lait de leurs vaches , les indigènes font du beurre qui , après avoir été fondu, est conservé liquide sous le nom de ghi on de semen, et compte parmi les principales exportations du pays. De la laine des moutons ils tissent une étoffe très-forte, dont les Arabes font des manteaux on cabans. Il n'y a pas de chevaux sur l'île, mais seulement des ânes;yivant à l'état sauvage dans les montagnes, et des chameaux qui servent au transport des objets de troque entre les marchands établis dans les villages du bord de la mer et les montagnards ou Bédouins; ceux-ci forment la majeure partie de la population de Socotra et semblent en être les aborigènes.

La pêche ajoute encore aux moyens d'alimentation des habitants du littoral, et surtout de ceux de la côte sud, qui se nourrissent presque exclusivement de poisson. Dans la baie de Galan'sié, à défaut de canots ou de pirogues, les pêcheurs emploient, pour y suppléer, un petit radeau fait de morceaux de troncs d'arbres où de gros espars liés entre eux par des bouts de planche. Un ou deux individus s'établissent sur cette plate-forme, assis les jambes repliées et croisées; chacun est armé d'une pagaie à deux pelles, dont l'une et l'autre sont immergées successivement à droite et à gauche du radeau, pour le mettre en mouvement : un

bout de sae en pailte étftèii à Farrièn sert à rMpapseï* le ba« gage de pèche et le poisson pins.

le commerce de Soeotra coosiste dans rechange de (fiielques-iuis des produits sns^mentioODés» i'aloès» le ght et le saBg-dragon, CMitre de» dattes» et des étoffes à turban qai y soDt apportées par les bateaux d^ Maaeate^ el ausai contra du Tïz et d'aiUres étoffes provenani 4tt Keatcb, de Sarata et de Bombay,

L'aloès recueilli est presque totalemeal rassemblé à Tamar id, où vont de préfére&ce les bateaux qui abordeak daos l'ile, soit au commencement et à la fia de la nousson de sud-ouest pour ceux qui arrivent du sud , soit dons la seconde moitié de la mousson de nord-est pour ceui^ qui se dirigent du nord vers la mer Rouge et la cûte de Zai>gue< bar. C'est dans cette dernière période de temps que se fait la récolte de Taloès. Mars et avril $ont donc les mois où l'on en pourrait trouver une plus grande quantité sur le marché, et, comme les bateaux qui s'y rendent au commeneemeot de la mousson de sud-ouest ne s'y montrent guère qu'en mai , on les y devancerait facilement et l'on éviterait ainsi toute concurrence.

Il existe toujours dans l'île beaucoup de civettes ou chats musqués, dont le produit aromatique, connu sous le nom de l'animal qui le fournit, figure, dans les anciennes relations, au nombre des articles qu'on se procurait autrefois à Socotra. Mais les indigènes paraissent négliger aujourd'hui de recueillir cet objet de spéculation, qui n'est pourtant pas à dédaigner.

Le transport des marchandises d'importation comme d'exportation est opéré presque exclusivement par les dâo arabes

ou indieDS qui y relâchent : les habitants de l'ile ne possèdent qu'un ou deux bateaux propres au grand cabotage; et cette pauvreté de moyens de communication avec les côtes voisines , chez une population insulaire ayant à demander et à fournir des denrées au commerce extérieur, dénote à elle seule une indolence invétérée et un manque absolu d'instinct industriel qu'on ne rencontre même pas dans les habitants des îles les plus isolées de la Polynésie.

En lisant les diverses relations des voyageurs européens qui ont visité Socotra depuis l'époque où elle fut reconnue par le capitaine portugais Diogo Femandes Pereira , on trouve une similitude à peu près complète entre la description qu'ils font des mœurs, du commerce et de l'industrie de sa population, et son état actuel sous ces divers rapports; on se demande alors comment elle a pu rester ainsi stationnaire, pendant plusieurs siècles, au milieu des événements politiques et maritimes qui se sont accomplis dans les mers où cette île est située.

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