‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 34 sur 101 · II · texte numérisé non relu

II

;ijîf1J

du rivage, nous eûmes successivement des fonds de 30, 32, 37, 40, 43 et 45 métrés, le brassiage augmentant assez régulièrement à mesure que nous avancions dans l'ouest; à distance d'environ sept milles de la baie du sud on n'eut plus de fond avec 64 mètres de ligne, j f v- ^ y^^

Vers six heures, nous atteignîmes l'extrémité occidentale de l'île; à cet endroit, la côte, devenue fort basse, affecte subitement une direction nord, sur un espace d'environ deux milles. Un banc s'en projette jusqu'à un demi-mille au large; mais il est parfaitement signalé par les grands brisants q^i déferlent sur toute son étendue.

A la nuit, nous quittâmes définitivement Àbd^l-Kouri et fimes roiMe au sud, vers la presqu'île de Hhafoun. Pendant ce trajet, qui dura trente-deux heures, notre navigation n'offrit rien de remarquable ; la brise, très-fai]ble du sud-est à l'est tant que nous, restâmes au nord du parallèle de Guardafui , prit un peu de force quand nous l'eûmes dépassé et hala le nord-est. On ne constata aucune différence sensible entre l'estime et l'observation.

Le 1*' février, vers une heure du matin, on aperçut la partie nord-est de Hhafoun; je fis gouverner pour contourner la presqu'île au sud. Vers quatre heures, le temps se mita grains soufflant assez violemment du nord-nord-est et donnant de fortes ondées ; nous longions la côte à deux milles de distance environ , et , bien que nous en fussions aussi rapprochés,, les grains nous en dérobaient souvent la vue. Au jour, on reconnut les terres basses de l'isthme; nous étions à l'ouvert de la baie, où l'on distinguait, dans les embellies , plusieurs bateaux au mouillage. Nous fîmes quel'" ques bords sous voilure maniable; et, à sept heures, nous

^rm^Kfr'

laissâmes tomber Tancre par là mètres fond de sable. Nous arrivions à propos, dans cette localité, pour nous abriter d'une des bourrasques de la mousson ; toute la journée il venta bon frais ; des rafales extrêmement violentes me firent juger prudent de mettre bas les mâts de perroquet.

Le lendemain, le vent mollit, et nous commençâmes à explorer, an moyen de la sonde, cette baie, dont je n'avais pas le plan. Après m' être assuré que nous pouvions rapprocher le brick de terre, pour que nos communications fussent plus promptes, je le mouillai par 9 mètres, sable, à environ quatorze cents mètres du rivage, relevant ainsi le village au nord 55** est, et la pointe sud de la baie au sud 20" est.

Dès mes premières relations avec les gens de Hhafoun, je les jugeai incapables de me fournir les renseignements dont j'avais besoin; il me fallait donc tÂdier d' avancer à l'intérieur pour me mettre en rapport, sinon avec le souverain du pays, du moins avec quelqu'un de ses agents en qui je pusse avoir confiance. Le prétendu chef du village, nommé Djiouled, m'en inspirait fort peu, car j'avais été prévenu qu'il n'y avait pas à faire le moindre fond sur tout ce qu'il me dirait. D'un autre côté, la présence d'un navire de guerre, notre allure ferme et assurée ne laissaient pas, je crois, que de donner quelque crainte aux indigènes. Assez disposés quand ils sont en nombre à maltraiter les équipages des bateaux arabes, ils appréhendaient, se sentant à leur tour les plus faibles, de nous voir abuser de notre supériorité, et, par suite de l'ombrage qu'ils en prenaient, ils étaient moins que jamais portés à la franchise.

Il se trouvait à terre un vieil Arabe nommé Salem, qui ,

dès les premiers jours, fot plusieurs fois employé à traduire aux habitants ce que M. Yignard disait en arabe. Quoique installé depuis près de trente ans dans le pays, où il avait femme et enfants, il entretenait des relations avec ses anciens compatriotes non-seulement pendant les relâches de ceux-ci dans les ports soumal , mais en faisant lui-même de fréquents voyages à Zanzibar et sur toute la côte ; il avait ainsi conservé la supériorité relative de sa race et surpassait de beaucoup, par l'intelligence et l'esprit de conduite, les gens au milieu desquels il vivait. Il me parut, de plus, être doué d'autant de bonne foi qu'en peut fournir une conscience d'Arabe, et j'espérai, en me l'attachant comme factotum, rendre mes rapports avec la population de Hbafoun plus sûrs et plus faciles. Je l'engageai donc eu service du bâtiment pour le temps de notre séjour dans le pays, et je n'eus qu'à m'applaudir de cette mesure. Ses allées et venues à bord , son intervention dans toutes nos affaires, la confiance qu'il montrait en nous inspirèrent aux indigènes de meilleures dispositions à notre égard. '

Nous eûmes bientôt, par ses soins, quelques bœufs, beaucoup de cabris et d'excellents moutons; puis, après s'être entendu avec Djiouled et quelques individus récemment arrivés de l'intérieur, il me procura un courrier qui se chargea, moyennant six piastres, d'aller remettre une lettre au Sultan et de m'en rapporter la réponse au bout de six jours. Je profitai de cette attente forcée pour examiner la presqu'île et en faire lever le plan par mes officiers.

' Tf

Page 1