XVIII
Cependant je ne me dissimule pas tout ce qui manque à la première partie de ce travail , combien de doutes, combien de vides à combler subsisteront après elle ; aussi n'ai-je pas la prétention d'offrir au public une œuvre achevée, mais seulement, ainsi que le titre de l'ouvrage l'indique, une série de documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique orientale. Je ne fais aucune difficulté de l'avouer, de même que j'ai beaucoup emprunté aux savants qui m'ont devancé dans cette étude et dont les écrits m'ont guidé dans mes recherches, de même j'ai laissé de nombreuses lacunes à remplir pour ceux qui traiteront le sujet après moi. Un mot maintenant du plan de l'ouvrage.
Comme cette série de documents forme deux groupes distincts, l'un relatif au passé, l'autre au présent, j'ai divisé l'ouvrage en deux parties : la première contient un examen des notions acquises à diverses époques sur le pays que j'étudiais, et le récit des principaux événements dont il a été le théâtre ; je l'ai intitulée. Exposé critioue des diverses Notions ACQUISES sur l'Afrique orientale, depuis les temps les PLUS reculés jusqu'à nos jours. Elle forme la matière de ce volume.
La seconde , qui présente l'ensemble des documents de toute nature recueillis pendant l'exploration, a pour titre. Relation du voyage d'exp;.oration exécuté, par le brick le DucouËDic, pendant les an-
NÉES 1846^ 1847 ET 1848 ; elle forme la matière de deux autres volumes.
Enfin un album de plans , de vues de villes , d'armes et d'ustensiles , de portraits d'indigènes pris au daguerréotype, toljs colligés dans 1$ cours de la campagne, forme une annexe importante et non sans intérêt, je l'espère, aûTtexte, dont elle était, d'ailleurs, le complément indispensable. Les plans ont été levés par MM. Grasset et Caraguel , alors enseignes, aujourd'-hui lieutenants de vaisseau; c'est ce dernier qui les a dressés , c'est à lui que sont dus aussi la plupart des dessins reproduits dans l'album. D'autres dessins sont l'œuvre de M. Bridet, lieutenant de 'vaisseau. Les opérations daguerriennes ont été faites , sous ma direction, par le chef de timonerie Vernet. \
La deuxième partie étant précédée d'im avantpropos , je n'ai à signaler, dans cette préface , que l'ordre des matières composant le premier volume. J'ai établi dans ces matières cinq divisions qui m'ont paru naturellement indiquées par les diverses dominations politiques ou prééminences commerciales auxquelles la côte orientale d'Afrique a été successivement et plus ou moins assujettie, et j'ai cjpnné à chacune d'elles ou à la période qu'elle comprend le nom de la nation dont la suprématie était établie sur le pays ou qui y avait des relations exclusives. De là les désignations suivantes : ;
1* Période anté-historique (arabe et phénicienne).
2° Période gtéc^hromaine ,
3° , Période musulmane , ,
4° Période ^portugaise ,
5* Période omâniennê, chacune de ces périodes faisant le sujet d'un livre.
Lé premier livre présente une série de considérations générales et de commentaires sur les quelques notions qui nous ont été transmises touëhant les navigations et le commerce des Phéniciens , des Hébreux et des Arabes jusqu'à l'époque où la domination grecque s'établit en Egypte dans la personne de Ptolémée Soter. Mon principal but, dans ce livre , est d'établir que les navigateurs arabes ont , les premiers, reconnu et fréquenté'^a côte orientale d'Afrique.
Le second constate les progrés de la navigation et du commerce dans la mer Erythrée, et les connaissances géographiques acquises sur le littoral baigné par cette mer. Il embrasse , au point de vue politique et chronologique, l'intervalle de temps pendant lequel régnèrent , en Egypte , les Ptolémées d'abord , puis les Romains jusqu'à l'hégire.
Le troisième traite de l'origine et du développement des colonies fondées par les Arabes musulmans à la côte orientale d'Afrique , c'est-à-dire des petits royaumes ou États dont les noms se sont conservés jusqu'à nos jours, et par lesquels la souveraineté des Arabes s'étendit sur tout le httoral : il se termine
à l'époque de l'arrivée des Portugais dans la mer de l'Inde.
Le quatrième est consacré au récit des événements qui amenèrent et suivirent la substitution de la domination des Portugais à celle des^rabes. Il s'arrête au moment où , la puissance des nouveaux conquérants s'afTaiblissant dans les Indes , sous les efforts combinés des Hollandais, des Anglais et des nations indigènes, les Arabes d'Oman ou de Mascate apparaissent sur la scène politique et commencent la lutte qui les rendit maîtres de tous les points de la côte situés au nord du cap Delgado.
Le cinquième, enfin, contient l'historique des actes accomplis dans les établissements d'Afrique par les Arabes d'Oman , qui en sont encore maîtres aujourd'hui. Ce livre débute par un exposé succinct de l'origine et des progrès de la puissance des imams d'Oman.
Les documents qui ont servi à la rédaction de cette première partie ont été extraits d'un très-grand nombre d'ouvrages imprimés ou manuscrits traitant d'histoire ancienne et moderne , de géographie , d'ethnographie, etc., et surtout de relations de voyages, la plupart ne contenant que des notions partielles et fort incomplètes sur les points à éclaircir, et même souvent qu'un fait isolé , sans date précise et perdu au milieu d'un grand nombre d'autres entièrement étrangers à mon sujet.
— xxn —
La collection de ces matériaux a été pour moi d'autant plus longue et difficile, que presque tous les ouvrages où j'avais à les chercher sont écrits en langues étrangères, dont plusieurs me sont inconnues. Aussi une pareille tâche eût-elle été au-dessus de mes forces, si je n'avais trouvé auprès de quelques érudits un concours aussi bienveillant qu'il m'était indispensable , et pour lequel je suis heureux de proclamer ici toute la reconnaissance que je leur ai déjà exprimée. En première ligne , je dois citer le savant professeur conservateur des manuscrits arabes à la bibliothèque impériale, M. Reinaud : son obligeance à mon égard s'est montrée inépuisable, et j'ai reçu de lui tout à la fois aide, conseils et encouragements J'ai beaucoup pris dans ses excellents ouvrages ; 41 reconnaîtra son bien quand il m'accordera l'honneur de me lire, et je le prie de se rappeler alors qu'on ne peut emprunter qu'aux riches. J'ai agi de même avec M. Quatremère, de qui j'ai adopté et inséré ( ce que j'avais de mieux à faire ) l'opinion si bien raisonnée sur l'Ophir des Hébreux.
Je n'oublierai pas non plus M. le vjcomte de Santarem : son érudition inépuisable en ^ tout ce qiii se rattache aux gloires historiques de sa |)atrie m'a souvent aplani des difficultés, et je reiipUs un pieux devoir en déposant sur sa^tombe ce tribut de ma gratitude. |
Je dois aussi de chaleureux remercîments à plu-
— Xtlll —
sieurs orientalistes distingués, MM. Derembourg, De4 frémery, Kazimirski de Biberstein : chacun d'eux m'a donné de nombreuses preuves de bienveillance toute personnelle, et leurs travaux m'ont souvent été fort utiles. .
J'ai encore à mentionner l'obligeant concours de tous les conservateurs des bibliothèques publiques^ dont il m'est arrivé de réclamer les Jjons offices; mais , p6a*-dessus tous , il me faut nonuner M. Landresse , bibliothécaire de l'Institut , si complaisant à mettre à ma disposition les livres du riche dépôt confié à ses soiîis.
Enfin , parmi les personnes qui m'ont aidé jà accomplir ce travail ardu , je dois un souvenir tout particulier à mon excellent ami M. d'Avezac, et j'acquitte ici ma dette avec bonheur : son érudition et ses connaissances bibliographiques m'ont fourni de précieuses indications pour les recherches qu« j'avais à ffdre.
Puissent tous ceux à qui je viens de payer mon tribut de reconnaissance ne pas trop regretter, à la lecture de ce volume, le temps que je leur ai dérobé et l'assistance qu'ils m'ont si généreusement prêtée.
Et, maintenant, il me reste à remplir ime obligation que tout auteur contracte envers le pubHc auquel il s'adresse ; cette obligation , c'est de se demander, dans son for intérieur, non pas si son livre
— XJLIV
est bien fait (l'on n'est jamais tenu qu'à faire ce qu'on peut), mais s'il était lutile et à propos de Vécrire et de le livrer à la publicité.
Eh bien ! ma réponse à cette question est aussi nettement affirmative qu'elle l'était il y a sept ans. Au retour de mon voyage, en 1849, je traçais les lignes .suivantes , que je retrouve dans mes notes et que je n'écrirais pas d'une manière bien différente aujourd'hui :
« Le grand courant commercial se dirigeant des
^^ mers de l'Inde et de la Chine vers l'Europe se corn-
« pose d'un nombre infini d'affluents qui se rappro-
« chent et se confondent en suivant une ligne tan-
« gente au cap de Bonne-Espérance, d'où elles se por-
« tent vers l'Atlantique. Un de ces affluents, le pbis
« modeste sans doute, mais le plus intéressant pour
<^ la France , puisqu'il «ompte parmi ses tributaires
« l'île de la Réunion, Sainte-Marie, Nossi-bé et
« Maïotte , s'alimente de courants secondaires pre-
« nant leur source aux rivages de l'Afrique orien-
J4i taie, de la grande île de Madagascar et des petits
« archipels qui entourent celle-ci comme des satel-
« lites.
« Le jour où le génie civilisateur de l'anCien
« monde, secouant sa torpeur et reprenant force et
« courage pour les grandes entreprises , aura con-
« Iraint la Méditerranée et l'océan Indien à s'unir
\t(à travers l'isthme de Suez , le grand courant coni-