‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 61 sur 101 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Arrivée du brick derant Menrka. — Retour à bord. — Description de la cdtè entre Bfearka et Braona. — Monf^ya. — Golouine sor la Denoq. — Torré. — Relâche à Braona. — Les principaux cbeiks tiennent à bord. — Description da port et de la rille. — Histoire et traditions locales. — Population. — Situation politique actuelle. — Commerce.

' — ta Denoq en arrière et au delà de Braoua. — Communications arec l'intérieur. Itinéraire k Ganiné. — Cours du Djoub. — Considérations générales sur les Bénadir.

Lei5 féyrier, aa mâtin, nous vîmes le brick à quelques lieues au veut de Meurka; nous le croyions en retard» et ce retard m'inspirait de l'inquiétude. Depuisdeux jours, j'avais été pris d'un nouvel accès de fièvre, et, dans mes moments de demi -lucidité, j'entrevoyais, avec le découragement d'un malade, tous les embarras où nous jetterait quelque grave accident arrivé au navire. Mais mon lieutenant était parfaitement en règle, et c'était nous, pauvres impatients, qui, au milieu de nos tribulations, avions, dans nos cerveaux en délire, compté un jour de plus qu'à bord, ce qui, malheureusement, n'avait avancé en rien l'instant de notre délivrance. Toutefois nos préparatifs de départ s'en étaient trouvés hâtés, et, lorsque le brick parut, ils étaient achevés depuis la veille. ï

Aux divers signaui que fit notre sémaphore improvisé, le DucotfèiEitc,sëtant rapproché, mit en panne et nous expédia

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deux embarcations. Le vent, qui avait soufflé bon frais les jours préeédeots, s'était un peu calmé dans la nuit» de sorte que les difficultés de notre rentrée à bord ne furent pas aussi grandes que nous l'avions craint. Les bagages placés dans les canots, on y condaistt les malades ;^puis, après avoir récompensé le Hhadji-Nour de la bonne et serviable hospitalité que nous avions reçue dans sa maison , et dit adieu à nos connaissances de Menrka, qui «à défaut de soins actifs, s'étaient, du moins, montrées sensibles à nos misères, MM. Vignard^ Bri<iet et moi, qni formions ranière-garde, nous nous embarquâmes à notre four et fîmes voile vers le bricÉ.

Quoique malades, ou peut-être parce que nous l'étions, nous n'avions pas oublié les invalides du bord : une provision de moutons» de volailles, d'isuÊ et de miel avait été achetée à leur intention. Dès <|ue nous eànies atteint cet asile où nous attendaient des soios éclairés, le DucouàdÀc gagna le large. J' espérais qu«, en nous tenant à une quarantaine de lieues de la c6te, l'air frais et saJubre de la mer hâterait les convalescences. Le 21, la vigie signala un navire, recoonu bientôt pour un brick-goëlette anglais, f^otre route et la sienne se croisant, ooos fûmes, deui heures après, à portée de voix. C'était le NùMe, venant de Maurice et allant k Braona cbercher une cargaison de bœufs : soa capitaine nous- demanda notre point observé. Je le lui donnai avec qu^que» ratsetgttemeQts sur Meufia et son commerce; pois chacun coatinua sob chemin.

Le soir même, la maladie m' ayant laissé UA peude répit, j'ordonnai de rallier la terre, dont nous ^knes connaissance le 22 au inatio, près et au veut de Meurka. Le temps était

beao.l'eiiToyaideui embanxIloiM f^imdeitiMides «o dellora du hsVns, afin de détemiiier les accores ettéri^rs des bâties et les endroits coareMbles potir jeler l'aoere. Les officiers chargés de ce travail y enpldyèretit to jônroée, et A la nuit rejoignirent le briek, qui reprit la haute mer. Le lendemain â5, noas atterrîmes à quelcines milles dans l'estHnordest de MoDggaya, et je me décidai è rallier Braoua. Nous longeflnies la côte è distanee d'an mille et demi à deux milles, sondant de cinq minutes en cinq minutes» sans avoir fond , avec 48 mètres de ligne. Cette partie du littoral est mieux garnie de buissons et d'arbustes que les environs du dernier port visité par nous; les collines qui dominent le rivage sont un peu plus basses et recouvertes d'un sol moins sablonneux. La côte nous a paru saine sur toute sonétendue, à moibs d'un demi^miÛe de la plage; mais, en divers en> droits; celle-ci est bordée d'une ligne de récifs dont les brisants marquent h environ six cents mètres au large, et qui forme entre elle et la terre un chenal ou la mer est calme et où des bateaux peuvent trouver abri. Ce que les indigènes appellent port de Monggoya ou Mongouya, et qu'on nous a signalé comme situé è une dizaine de milles dans l'ouest sud-ouest de Meurka, n'est autre chose qu'on de ces bassins naturels; nous n'avons point aperçu de groupes de cases sur ce point; toutefois, à environ un demi-mille du rivage, deux ou trois masures en mines (4), auprès desquelles s'élevait un peu de fumée, indiquaient que ce lieu n'était pas complètement inhabité. Autant que j'ai pu le comprendre, le seul titre de Mongguya à une distinction particulière serait

(t) Ce sont peut-être les yestigeMe rancien établissement arabe dont parle le lieoteoant Christopher.

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d'offrir aux bateaux un mlouiliage plus rapproché de l'Onébi- Denoq que tout autre point de la c6te, et où, par suite, sont transportés très-promptement les grains récoltés le long de ce cours d'eau : et, en effet, les habitants des bords de la rivière ont avec Mongguya des communications presque journalières. En arrière de ce dernier, est Golouine (grande broussaille), le plus populeux et le plus riche en culture des villages situés sur la Denoq, entre Guèledi et Doboï. La population en est dévouée à Youceuf; aussi était-ce eu égard à ces circonstances que, voulant s'établir à Mongguya, le Hhadji-Ali avait d'abord dirigé une attaque contre Golouine, attaque qui, comme on l'a vu précédemment, eut de tristes résultats pour l'agresseur.

A ce qui précède, j'ajouterai quelques renseignements donnés sur Golouine et Mongguya, par le lieutenant Christopher, dans le mémoire déjà cité :

c( Apprenant que la rivière s'approchait très-près de la a mer en un lieu appelé Galwen (Golouine), représenté à « quatre milles seulement du rivage de Moonguia, je me « proposai de jeter l'ancre pour essayer d'eiplorer les alen- « tours après avoir envoyé un guide de Brawah (Braoua) « avec un officier pour examiner l'ancrage; mais, l'espace (( convenable pour mouiller ne s' étendant qu'à un petit a. demi-mille du rivage, je ne jugeai pas prudent de le faire « en cette saison où le temps est incertain et sujet aux race fales. La tenue y est bonne, le fond étant de sable fin et « vase à une profondeur de 8 à 9 brasses {14 à 1^ mètres), a profondeur qui augmente subitement jusqu'à 50 brasses <i (55 mètres). Dans la mousson de nord-est, je conçois qu'il u n'y aurait point de danger pour un navire à mouiller de-

« vant le récif, à l'abri duquel une embarcation peut presque « toujours aborder en eau calme. Il y a bon mouillage pour « un bateau du payâf en dedans du récif» en un barachois « naturel dont l'étendue parallèlement au rivage est d'en- « viron 200 yards (485 mètres), avec une profondeur de « i à 3 brasses (i'^S à S'.ëj^ Le jour qui suivit le débar- (( quement du guide de Brawah, je descendis de bonne « heure au rivage, et j'appris avec déplaisir que les babi- « tants de Galwen l'avaient menacé d'une prompte mort « s'il amenait un Feringi (Frenggui) dans%la ville. Arrêté (( dans cette tentative, je restai environ une heure sur la « plage à causer avec ceux qui étaient venus de la ville, « et je visitai les ruines d'un établissement arabe autre- « fois considérable, mais dont les habitants avaient telle- « ment souffert des guerres continuelles de chefs soumal « rivaux, qu'ils étaient retournés à Brawah. Le peuple parle « de cette contrée avec ravissement; il la compare à Basrah « (Bassora) et aux rives de l'Euphrate. La canné à suCre et «. toutes les productions de l'Inde y croissent en abondance; (( entre autres une délicieuse figue sauvage; le plantain, la « grenade, la noix de coco, le melon, le tamarin, les « amandes, le mais et le millet y sont à vil prix {*). »

Comme l'aspect du lieu où se trouve Monggnya n'a rien de bien remarquable et que je n'avais pas à bord de pratique de la côte pour m'en indiquer l'emplacement, nous n'avons pu déterminer sa latitude ni sa longitude, et je lui ai donné sur ma carte celles que le lieutenant Christopher a indi-

(*) Qaoiqae n'ayant pas tu la localité dont il s'agit, je me crois en mesure d'affirmer que cette énnmération de produits est plus qu'exagérée en ce qui a trait aux fruits.

quées. Entre MoDgguya et Braoœi, iXn'jà de tiïtoge visible du large qae Torré : s« po»itioB avait été fisée lors de wÂre précédent passée sur la cdte, et le pilote arabe alors présent à bord me le signala comme abandonné ; j'ai appris ensnite qoe, contrairement à son assertion} Torcé poss^ de trois à quatre cents habitants,

La zone de terrian comprise entre ta mer et la rivière, depuis le point où finit le territoire des Biémal jusqu'à la ville de Braoua, est occupée par les Tonni^ qui forment deui tribus, les Touoi-Douni et les Touni«Braoua : La première habite la partie de cette zone située entre Meurka et Torré ; la seconde, l'espace qui sépare Torré de Braoua. Les Touni- Braoua se considèrent, je ne sais à quel titre, comme supérieurs a leurs voisins de l'est et ne contractent pas de wariages avec eux , mais en cas de guerre les uns et les autres marchent aux ordres de Youceuf qu'ils ont accepté il y a quelques années pour leur chef.

A onze heures, nous étions par le travers de Torré, et trois heures plus tard nous aperçûmes Braoua c^i, vu de loin, a, par la manière dont ses nuiisoos sont groupées sur un terrain plat et sablonneux , faspect d'une vaste fourmilière. Les mâtures de plusieurs navires se dessinant un peu au large de la viUe nous firent présager que nous allions trouver au DMMiiUage de Braoua une compagnie civilisée, agrément bien rare sur cette côte. A notre approche» ils arborèrent leurs couleucSy et nous le» reconnûmes pour anglais; l'un d'eux, portant la ftamske de Vlndian mmy, annonçait la prétention de passer pour un bâtiment de guerre. Après avoir longé on plateau de roches, surmonté de deux Mots et situé devant la ville, nous laissâmes loiober l'Ancre à trois

— tôt — I

heure» ?logt-ciii<| minutes»* fier 40 métPM, foaâ de sable,

relevant la pointe estdu pins grand des tlots an nord 92* est;

le liiât de pairillon de b ville aa nord 7<* eat ei une petite

tour on m»aret isolé, bdti dans le sud de la vHIe, an nord

87* oœst. Qamqux le temps fût beau et la brise modérée,

la mer était boateuse au roonillage, qui est, an reste, entiè*

rement ouvert du côté de l'est et exposé à tons les vents

souffluit entre le nord-est et le snd-oaest ; on y est enfin,

comme disent les marins, à l'abri de sa bouée.

Le navire de l'honorable oenpagnie était le brick-goëlettc Tt^rû, commandé par te lieutenant Leeds,. se rendant de Zsmzibar à Aden. Pien aprèa qoe dois eûmes mouillé, cet officier vint me visiter; il m'annonça son départ et m'offrit de se charger de mes lettres pour l'Europe. Je ne pus profiter de son' obligeante proposition, ayant été pris, le soir même, d'un nouvel accès de fièvre, provoqué, sans doute, par les fatigues d'une journée passée sur le pont pour euminer la côte et diriger les mouvements du brick.

Les autres navires étaient le Nimble, que nous avions rencontré en mer, et im trois-mâfls eipédié, comme Ini , de Maurice pour prendre des bœufs. Celui-ci, dont le chargement était complet à notre arnvée» appareilla le lendemain ; le Nimbk, qui ne nous avait précédés que de vingt-quatre heures au mouillage de Braoua^ acheva le sien le 27 et partit le soir.

Les officiers valides levèrent le plan du mouifîage, et on remplaça, ce ^^ù avait été consommé de notre provisioD d'eau. L'aiguade la moins manvatse est située À Î0(^ mètres au nord de la petite tour du sud de Ta haie; mais on ne peut y faire de l'eau que duRant la raouason dn notd^-est,

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— i6ô — parce que la crique où l'on aborde pour se rendre an puits est complètement ouverte aux vents de la mousson de sudouest. Il y en a encore un dans Test de la ville, mais l'eau en est très-saumàtre et peu potable : le roulage des barriques y serait, au reste, plus long qu'au précédent la distance de celui-ci au rivage n'éti^nt guère que le tiers de l'espace qui en sépare l'autre. ^. ^;. , • n^

Retenu à bord par la maladie, je chargeai M. Vigoard de se mettre en relation avec les chefs de la ville, pour les informer du but de notre relâche et des raisons qui m'empêchaient momentanément de les visiter moi-même. La première personne à qui s'adressa notre interprète fut le représentant de Syed Saïd, Stamboul i-ben-Combo, gouverneur des Bénadir (1), et qui avait fait de Braoua lé siège de son autorité beaucoup plus nominale qu'effective, du moins ail-

(1) Yoici la lettre écrite par Syed Saïd aax cheikhs de Braoaa, pour lear annoncer la nomination de ce gouremear et l'introdaire anprès d'eux :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

« De la part de celui qui met sa confiance en Dieu, Saïd-ben-SoaltaD', « aux personnes des cheikhs aimés, tons les yienx de Braoua. Que Dieu a (qu'il soit éleré) tous sauve, s'il lui plaît. Salut sur tous. Que Dieu « vous accorde sa miséricorde et sa grâce.

« Ensuite, celui qui arrive -près de vous est notre ami , le gouverneur « (Ouali) Stamhouli, fils de Combo. Nous l'envoyons gouverneur des « trois ports Braoua, Meurka, Moguedchon et tous autres points| qui s'y « rattachent. Il nous remplacera en toute occasion. Nous désirons que « vous lui portiez honneur complet, le sauvegardiez, et lui veniez en « aide pour la perception des douanes. En un mot, soyex-lui présents en « toute chose. Il vous loue beaucoup ; ne le laissez donc revenir près « de nous que rempli des mêmes sentiments et satisfSiit de votre con- « dttite à son égard, ainsi que nous l'espérons. Salut.. ^ ^

« Son serviteur, Séliman-ben-Mohhammed , a écrit ceci lui-même et « par son ordre.

« A la date du 4 djoomadi 1" 1263 (11 avril 1847). »

leurs que dans cette ville. Il alla ensuite chez les cheikhs les plus influents de la cité : le'Hhadji Âouïça, d'origine soumal, et le cheikh Déra-ben-Omar, d'origine arabe. Ces personnages exprimèrent le désir de me venir voir; seulement ils hésitaient à exécuter ce trajet dans une de leurs pirogues, la mer étant houleuse et parfois un peu grosse. Je leur fis offrir une de nos embarcations qu'ils acceptèrent avec empressement, et au jour fixé par eux la visite eut lieu. Ils furent reçus avec le cérémonial usité pour les person-^ nages de haut rang , ce dont ils parurent très-flattés ; puis je les conduisis dans ma chambre où on leur servit le café, et nous nous entretînmes près d'une heure des affaires de Braoua et d'autres sujets intéressants pour moi. Mais, avant tout, il faut que je donne une idée de mes hôtes.

Je commence par Yalter ego du Sultan : Stambouli est un homme d'une stature élevée, gros en proportion ; ses traits présentent les caractères de celui des types souabhéli , qui a le plus conservé de traces du type arabe. Il portait le costume des Arabes. Ses manières sont aisées et obséquieuses ; il m'a semblé fin et rusé, et, grâce à ces avantages naturels, il a pu suffire aux exigences de sa position, sans amoindrir notablement les prérogatives des cheikhs indigènes, ni les blesser dans leur amour-propre : aussi a-t-il su rendre peu sensible, et par suite plus facilement supportable, l'autorité qu'il est chargé d'eiercer au nom de son maître. . .

Le cheikh A ouïça est de taille colossale; ses traits sont

ceux qui constituent le plus beau type soumali ; il avait le

costume des Souabhéli de distinction. Il est d'humeur assez

joviale, et très-accessible à la flatterie. Il professe un grand

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