III
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respect pour le Sultan et aime à faire savoir que celui-ci le tient en haute estime. Le Hhadji Aouïça a été, en effet, dans le^ premières années qui suivirent la soumission de la ville à Saïd , le représentant de ce prince et le chef des douanes de la localité.
Quant à Déra-ben-Omar, il ne le cède nullement à son collègue sous le rapport de la taille; mais il a dans le maintien beaucoup plus de réserve. C'est un vrai marchand, bien plus occupé de ses affaires que de celtes du pays. li parle un mauvais anglais et s'en sert fort avantageusement pour ses intérêts, auprès des capitaines et des subrécargues des navires anglais ou américains qui relâchent à Braoua. Il est donc le fournisseur ordinaire, j'allais dire breveté, des cargaisons de bœufs que viennent y prendre les navires de Maurice, et il a réussi à persuader aux capitaines qu'il ne pouvait leur en livrer à moins de dix piastres par tète, plus une piastre pour le transport de chaque animal à bord. Or le prix courani d'un beau boeuf est de cinq piastres; l'honnête cheikh s'adjuge donc une commission de 100 pour 400 et au delà dans toutes ces transactions.
Voici un exemple des supercheries à l'aide desquelles Déra et consorts trompent les commerçants étrangers. Le grand canot du Ducouedic étant à faire de l'eau au puits du minaret, et l'un des officiers occupés aux travaux hydrographiques s'y trouvant en même temps, celui-ci acheta un bœuf à un Soumali qui en conduisait un troupeau à la ville : il le paya quatre piastres, prix demandé. Comme Déra nons avait vendu jusqu'alors les bœufs 10 piastres, M. Vignard lui adressa des observations basées sur l'achat effectué d'autre part. Voyant sa loyauté mise en suspicion, notre cour-
lier protesta de son mieux, affirmant qu'il ne comprenait pas comment uatel marché avait pu se conclure; le lendemain il nous raconta une histoire de laquelle il résuHait que la bète en question avait été vendue à l'insu du propriétaire, et que le vol ayant été découvert, griftce à notre réclamation , on ne manquerait pas de châtier le conducteur du troupeau comme il le méritait. Tout cela n'était pas invraisemblable, mais les informations prises par M. Vignard, pour le vérifier, nous convainquirent de la fausseté des allégations de Déra : il n'en continua pas moins de nous compter toujours les bœufs à raison de dix piastres, le mot d'ordre ayant été donné par lui aux individus qui en possédaient dans la ville. Pour revenir à mes visiteurs , je dirai qu'ils me quittèrent visiblement enchantés de mon accueil , assurant qu'ils étaient disposés à faire tout ce qui me serait agréable.
J'avais espéré que ma réclusion à bord serait de courte durée et que je rendrais bientôt la visite que j'avais reçue. Mais, pendant notre séjour à ce mouillage, la fièvre ne me permit pas de descendre à terre, et à plus forte raison d'aller explorer la rivière en arrière de Braoua. J'aurais tenu beaucoup cependant à constater ce qu'on m'avait rapporté de la manière dont ce cours d'eau, assez considérable, se perd dans les sables à quelque distance dans le sud-ouest de la ville, sans aucune communication apparente avec la mer : ce (ait admis, il eût été intéressant de se l'expliquer et, pour cela, d'apprécier l'étendue et la profondeur des lacs par lesquels rOuébi se termine, la configuration et la nature plus ou moins absorbante du sol environnant, enfin le résultai possible de i'évaporation sur la masse d'eau extravasée.
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Je résolus donc d'y envoyer un ofOcler et un élève avec une escorte suffisante et des guides que les cheikhs de Braoua devaient fournir. M. Soi vin, qui, à peine se croyait-il mieux, sentait renaître sa ferveur scientifique, prétendait être de la partie; le brave naturaliste mesurait toujours ses forces à l'ardeur de sa curiosité, et il est très-probable que la réalisation de son projet aurait eu pour lui une funeste issue. Mais l'un des officiers valides, M. Caraguel, qui, de concert avec M. Grasset^ travaillait à lever le plan du moulllage, tomba malade. I^ n'en restait donc plus que deux, y compris le lieutenant, pour faire le service, et dès lors je ne pouvais pas en employer un à l'expédition que j'avais tant à cœur d'efTectuer. D'un autre côté, M. Vignard, à qui incombait, eu égard à sa spécialité, le plus grand nombre des allées et venues dans nos rapports avec la ville, M. Vignard, dls-je, vit s'ajouter aux accès périodiques de la fièvre une dyssenterie dont il avait été plusieurs fois atteint dans le cours de la campagne. Ainsi tous mes moyens d'action me manquaient simultanément. L'honneur restait sauf, sans doute, mais la déroute était complète : l'influence morbide contre laquelle nous nous débattions depuis Moguedchou l'emportait définitivement. Releub.
Forcé de quitter la côte, je me décidai à conduire le brick aux Seychelles, dont mes malades et moi nous connaissions déjà la salutaire influence. Comme pour augmenter mes regrets, deux envoyés de Youceuf venaient m'engager, de sa part, à me rendre à Mongguya, pendant que, de son côté, il allait se transporter à Golouine. Hors d'état de profiter de cette invitation, je lui en écrivis les motifs. Je lui rappelai la promesfc faile par ses frères d'accueillir et de traiter ami-
calement tous les Français arrivant dans son pays. Enfin je l'informais que je laissais pour lui, chez le Hhadji Aouïça, une paire de pistolets, un poignard, un Roran richement relié, quelques étoffes écarlates, elc. Je fis également quelques cadeaux au gouverneur Stambouli et aux cheikhs qui m'avaient visité à bord.
Mes petites affaires étant ainsi réglées et les travaux hydrographiques terminés, le i" mars, vers cinq heures du soir, nous mîmes sous voiles.
Le mouillage de Braoua ne justifie pas mieux que celui des autres Bénadir le titre de port dont les navigateurs arabes le gratifient; mais, aux époques où ceux-ci ont besoin d'y relâcher, il leur offre, aussi bien que les havres de Moguedchou et de Meurka, un abri suffisant. Pendant la mousson de nord-est, les bateaux trouvent, en effet, dans la crique formée par le banc de récifs qui réunit les îlots Barrette à la côte, un refuge contre la grosse mer, et un petit naP^ire pourrait, en cas de nécessité, y jouir du même avantage en s'amarrant à l'entrée de l'anse, dans laquelle, sur un espace de 160,000 mètres carrés, il existe des fonds de 4 à 10 mètres, sable, aux basses mers de syzygie. Ce mouillage est plus comraode que celui de Meurka, parce qu'on en sort facilement, soit à la voile, soit en élongeant des amarres, les fonds étant modérés au dehors, jusqu'à une distance des récifs qui permet d'appareiller. Le seul inconvénient à craindre serait d'y éprouver de la houle; celle du large, quoique brisée dans son impulsion directe par le banc dont j'ai parlé, entre un peu dans la crique en contournant ce dernier, et y occasionne du ressac, surtout vers la fin de la mousson, où les vents halcnt l'est et l'est-sud-est.
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La chaîne de récifs qui borde la plage laisse entre elle et la terre un canal de 270 mètres de largeur, ayant de i à 3 mètres de profondeur à basse mer, où quelques bateaux s'abriteraient également des vents de sud-ouest, sauf, toutefois, pendant les mois de juin, juillet et une partie d'août, où ces vents soufflent ordinairement avec violence.
Les navires de fort tonnage relâchant temporairement à Braoua, ce qui n'est sans dangers que de septembre à novembre ou de février en avril , seraient convenablement mouillés en relevant le gros îlot Barrette entre le nord-nordest et le nord-nord-est ^ est , et l'îlot au minaret entre l'ouest V nord et l'ouest { sud. Ils auront alors des fonds de 20 à 25 mètres, fond de sable mélangé, en plusieurs points, de roche molle. Les petits bâtiments pourraient, dans les mêmes circonstances, se rapprocher un peu plus de terre par des fonds de i5 à 20 mètres. Pou|r faire de l'eau, on sera plus à portée des meilleurs puits en jetant l'ancre à sept ou huit cents mètres dans le sud-ouest de l'îlot du minaret; aux époques que j'ai indiquées, on ne courrait aucun risque. Mais ce n'est probablement que pendant la mousson du nord-est, que les embarcations abordent aisément dans la petite anse, au sud du récif â l'extrémité duquel est placé l'îlot.
En résumé, Braoua ne possède qu'une rade foraine où, dans les plus beaux temps, on ressent la houle du large et où la mer devient grosse dès que la brise. fraîchit, ce qui rend les communications avec la ville très-difficiles.
La déclinaison de l'aiguille a été trouvée à terre de 6° 46 nord-ouest. .
Les précautions que j'ai indiquées contre les courants
pour l'atterrage de Neurka et de Moguedchou sont nécessaires pour celui de Braoua. Au cas où on ne seraiit pas sur de sa position en arrivant à la côte, l'aspect de celle-ci indiquera si l'on est dans le nord ou dans le sud de ce port. J'ai dit, en effet, qu'entre Meurka et Braoua le rivage et les collines qui s'élèvent au delà étaient passablement meublés d'arbustes et de buissons; il n'en est pas ainsi dans le sud, où la côte est plus aride et où^l'on remarque de grandes taches triangulaires qui sont des monceaux de sable blanc complètement dénués de végétation.
Quant à la ville, on la distinguera des autres par la chaîne d ilôts noirs qui bordent le rivage sur lequel elle est bâtie, les Ilots Barrette et celui du minaret. Au reste, Braoua est située par 1» 6' 30" de latitude nord et 41*' 44' 55 de longitude est ; elle est dominée par une haute chaîne de collines rougeâtres, où croissent à peine quelques rares arbustes. Entre la mer et le pied des collines, est une plaine sablonneuse plus dénudée encore. La ville, dépourvue de toute verdure , est parfaitement en harmonie avec le paysage ; c'est celle des Bénadir qui a l'aspect le plus triste. Développée parallèlement à la côte, sa longueur est d'un tiers de mille sur un dixième de mille de largeur à peu près. Elle présente, de même que ses voisines, un pêle-mêle de maisons en pierres, de cases ayant les murailles en torchis et le loit en chaume, et de huttes soumal construites comme celles de Hhafoun, mais couvertes d'ajoncs au lieu de peaux. Les mosquées sont les seuls édifices publics; il y en a quatorze. En voici les noms par ordre d'ancienneté : Djammaâ, Abdcr-Ralihmàn , Aliq, Cheikh-Abd-cl-Qadeur, Olsman, Abou- Bekeur-Soddiq, Cheikh -Deheur-Mallèh, Hhadj-Simbéya,
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Cheur-Maddé, Hhadj-Ouélo, Feuqih-Omar, Nour, Syed- Omar et Syed-Otsman. ^
Il y a cinq puits, grands et profonds, maçonnés à l'intérieur; leur construction, faite avec soin, remonte évidemment au temps de la prospérité de Braoua. A l'exception de celui de la mosquée dite Syed-Omâr, l'eau en est généralement saumâtre. On trouve, sur le marché, des bœufs, des moutons, des chèvres, des poules, du lait, mais point de fruits ni de légun^es.
On est surtout frappé, en arrivante Braoua, de la physionomie paci6que de sa population qui contraste avec l'allure turbulente de celle des autres villes soumal ; les indigènes n'y portent que de simples bâtons. Le langage aussi diffère un peu de celpi des pays soumal plus au nord et se ressent du voisinage du Souabhel ; le souahheli y est généralement connu; toutefois les habitants ne le parlent jamais entre eux. Les usages, les mœurs, la nourriture, etc., sont tels que je les ai décrits à propos de Moguedchou et de Hhafoun.
Les historiens et les géographes ne nous ont rien appris sur l'origine et le développement de Braoua; Edrisi est le seul qui paraisse en avoir eu connaissance sous le nom de Mérouat ou Bérouat. C'est à Barros que nous devons de savoir qu'elle est une des plus anciennes cités fondées par des Arabes mahométans à la côte orientale d'Afrique (1).
Braoua doit; dit-on, son nom à un saint musulman nommé Ali-Braoua qui s'y établit. Si cette étymologie n'est pas vraie, elle est du moins vraisemblable. En raison d'une
il) Vojez I" partie, livre in, page 175 et suivantes.
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certaine analogie dans les lettres et les consonnances, d'autres font venir Je mot Braoua de la racine berra (être bon, être juste), exprimant, selon eux, la manière d'être des habitants. Ce n'est là, sans doute, qu'un jeu d'esprit échappé à quelque lettré; car, par antagonisme de voisin à voisin, on a soumis au même procédé le nom de Meurka ou Merka, le faisant dériver du verbe meker (être insidieux, dresser des embûches), et les amateurs à'ana du pays ont prétendu qu'il avait été donné à Meurka à cause de la ruse et de la mauvaise foi de sa population. S'il en est ainsi , je crois que les deux localités avaient des droits égaux au second de ces noms.
Quoi qu'on dise, à Braoua, de l'ancienneté de la ville, on n'y a cependant conservé aucun souvenir antérieur à la domination des Odjourane, dépossédés, suivant les uns par les Galla, suivant d'autres par les Touni actuels. Dans tous les cas, les Galla se seraient bornés à ravager la ville sans l'occuper et les Touni y seraient entrés peu après la retraite des Odjourane. Les Touni habitaient l'intérieur des terres; c'était un démembrement des Déguel établis entre le Djoub et la Denoq. La discorde éclata un jour parmi ces derniers, et les Touni, joints à une autre branche des Déguel, se ruèrent sur le littoral , où ils s'emparèrent de Braoua. Les Odjourane, forcés de fuir, se réfugièrent dans le haut pays du côté de Ganâné (1), et ne lardèrent pas à se lier d'amitié avec les Déguel, frères de leurs vainqueurs, auxquels on les trouve encore aujourd'hui réunis; de telle sorte qu'ils semblent seulement avoir changé de place avec les Touni.
(l) Ceci n'rmplique pas contradiction avec ce qui a été dit, au chapitre sur Moguedchou, de rétablissement des Odjourane au pays de Chebcllé.
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Quant au passage des Portugais, le souvenir n'en a pas été transmis aux générations actuelles, et la ville ne renferme aucun monument, ouvrage soit des vainqueurs, soit des vaincus, qui puisse le rappeler.
La population de Braoua s^élève à environ 5,000 âmes, y compris les esclaves. Elle se compose de Soumal et de descendants d'Arabes. Les Soumal se divisent en cinq tribus, savoir : les Dafaradi, les Ouarileh, les Hhadjoua, lesDakhelera et les Gouïgal ; les descendants d'Arabes en forment deux : les Bidda et les Hhattemia. Lors de notre séjour à Braoua, les cheikhs de ces tribus étaient dans l'ordre où je viens d'énumérer celles-ci : Cheikh-Hhadji-Aouïça, Mehadi- Heraou, Abdallah-Abdi^ M'hammed-Otsman, Ali-ben-lbrahim, pour les Soumal; et pour les Arabes, Déra-ben-Omar et Cheikh-Abouki. Ces cheikhs jouissent toui.d'une autorité égale dans le conseil.
A côté de ce gouvernement quasi-républicain, il parait qu'il existe une espèce de monarque au petit pied. Il est élu pour^pt ans; l'élection a lieu à Braoua, puis de là est proclamee~Tlans l'intérieur. On m'a assuré gravement qu'autrefois on le mettait à mort au bout de la septième année; mais, comme il m'a paru inadmissible qu'on trouvât des gens disposés à accepter le titre de sultan avec une telle perspective, je crois que c'est là un canard soumal de force à avaler la fameuse pierre enduite d'huile de poisson, qu'a-
Cette peuplade, que la Iraditioa uous représeute comme ayant, à uur certaine époque, occupé tout le littoral des Bénadir, n'en fut pas expulsée d'un seul coup, mais bien, partiellement, au fur et à mesure que les villes autour desquelles elle se groupait tombaient aui mains de quelque envahisseur, et alors on comprend que les émigrations se soieut opérées vers des pays différents.
doraient, selon Edrisi, les habitants de Braoua. Le titulaire actuel habite dans les terres et se nomme Ali-Hap'hénou : quoi qu'on m'ait dit de sa puissance, je crois qu'à l'intérieur Youceuf ne lui laisse pas grand' chose à faire; quant à la ville, il est positif que le pouvoir y est exercé par les cheikhs.
Une des particularités les plus curieuses de ce que certains géographes appellent la république de Braoua, c'est la multiplicité de ses souverains :
Il en est jusqu'à trois que je pourrais citer. D'abord le sultan Ali Hap'hénou; puis touceuf, que les gens de Braoua ont bien quelques raisons de regarder comme leur seigneur et maître; enfin Saïd, qui a pris, là encore, toute l'autorité qu'on lui a laissé prendre.
Jusqu'au règne de Saïd, Braoua paraît être restée en dehors des rapports ou conflits que les diverses localités de la côte eurent avec les imams et sultans de Mascate. Ce fut seulement, comme il a été dit(l), en 1822 que ses habltans firent acte de soumission envers ce prince. Cet acte n'avait pas une valeur tellement absolue que Braoua ne se crût en droit, plus tard, de se placer, à l'imitation de Mombase, sous le protectorat de l'Angleterre. Lorsque le gouvernement anglais eut refusé le protectorat demandé et que Moip base se retrouva en lutte avec Syed Saïd, quoique Braoiia n'y fût en rien mêlée, elle ressentit néanmoins tes effets du triomphe définitif remporté par le Sultan sur les M'zara. En 1837, à la suite de la capitulation de Mombase, Syed Saïd envoya à Braoua le premier officier public qui l'ait représenté
(1) Voyez 1" partie, liv. t, pages 372-73.
dans celte ville : c'était un nommé Hhacen-Bédouï. Il y resta environ un an en qualité de gouverneur et de collecteur des douanes; mais il déplut à la population, et, ayant eu des démêlés avec les chefs, il fut rappelé £4' instigation du Hhadji Aouïça, qui pendant deux ou trois ans demeura chargé de remplacer le^ disgracié et de protéger les Arabes. Dans cet intervalle un certain Mèurched-ben-Naceur, expédié aux Béoadir pour 6xer le tarif des droits, passa à Braoua; après quoi, le Sultan ayant compris dans le fermage des douanes de la côte celui des Bénadir, le fermier général Djiram choisit pour son délégué, dans cette ville, Abd-el-Kemal, indien mahométan qui s'était fixé dans le pays pour y faire du commerce. Au bout de deux ans, cet homme, ayant entrepris un voyage à Zanzibar, y mourut; six mois plus tard, Stambouli le remplaça, ajoutant aux fonctions du décédé le titre de gouverneur des Bénadir.
Les productions des environs de Braoua et les objets dont son marché est pourvu ne diffèrent pas essentiellement de ce qu'ils sont à Moguedchou. La fabrication des tissus de coton est aussi la seule industrie propre à la ville; elle s'élève annuellement à 40,000 kourdjas de pièces au moins, sans compter les étoffes plus fines, qui servent à l'habillement des habitants. Enfin, quant à l'importance du mouvement commercial, ce port est considéré comme peu inférieur à celui de Moguedchou. S'il en est exporté une moins grande quantité de grains, il fournit autant d'ivoire el beaucoup plus de bœufs.
Des Indiens, des Arabes de Mascale et de toute la cote d'Arabie jusqu'à Djedda inclusivement, des Soumal du nord depuis Beurbera, se rendent à Braoua pour commercer :
il y va parfois des Anglais, des Américains, des navires de l'île Maurice; enfin les gens de Lébin', qui sont musulmans, y expédient, par caravanes, de l'ivoire et du mogat (1). Les banians et les Hindous y introduisent des étoffes de coton, du sucre, du fer, du vieux cuivre, de la faïence, et quelques autres produits européens. Les Arabes de la eôte nord-est apportent leurs étoffes, des dattes, du raisin, etc.; ceux de Djedda, Mokka, etc., du café, des verroteries et du cuivre : tous prennent en échange des peaux, des cornes de rhinocéros, du beurre fondu, du suif, de l'argent, de l'ambre gris et de l'ivoire.
Les Soumal du nord viennent avec du bois à poison (ouabaïo), de l'encens demandé pour l'intérieur et surtout par les Galla, du felfellahh (2) et un peu de gomme; ils reçoivent en retour quelques cotonnades du pays, des grains, des peaux de bœufs et de l'argent.
Les Américains et les Anglais achètent de la myrrhe, de la gomme, de grandes dents d'éléphants, des peaux qu'ils payent partie en argent, partie en cotonnades. Les Mauriciens ne prennent que des bœufs qu'ils soldent en argent. Les arrivages de ces trois dernières provenances n'excèdent jamais le nombre de quatre par an, et quelquefois il n'y en a aucun.
Les quantités d'ivoire et de gomme exportées annuellement sont très-variables. L'exportation du premier de ces
(1) Le mogat est uue espèce de sel à base de potasse qui sert à la préparation saivante r on le mêle avec du tabac à priser, da café en coque, da sel et de l'eau, puis on fait cuire le tout et ou le prend comme purgatif.
(2) Le felfellahh sert à faire des fumigations, pour les femmes particulièremput.
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produits ne dépasse pas 700 frazelas dans les meilleures années, et elle peut tomber à 150. Quant à la gomme» Sid- QouUatin en a réuni une fois jusqu'à 1»000 frazelas, et l'année où nous étions à Braoua, il n'en put trouver que iOO. Les habitants de la ville en font une petite consommation pour mouiller les fils qui leur servent à tisser des étoffes. L'ambre gris est un article encore plus incertain sous le rapport de la quantité, il est toujours rare et vient généralement des côtes qui avoisincnt l'embouchure du Djoub. La myrrhe est fournie par Ganâné, les Ougadine et Chebelleli. Ganâné en envoie de 30 à 50 frazellas par an. Le golili n'est, pour ainsi dire, pas connu à Braoua.
Les prix de ces diverses marchandises sont à peu près les mêmes qu'à Moguedchou.
Il faut, m'a-t-on dit, pour se rendre de la ville à l'Ouébi, envfron cinq heures de marche. Le lieutenant Christopher, qui a fait ce trajet, l'a estimé à 7 ou 8 milles. Quand on a franchi la ligne de collines qui borde la côte, le sol est ferme et dégagé de broussailles. L'officier anglais assure même que le point où le terrain d'allavion commence est tout au plus à un demi-mille du rivage de la mer, et qu'à cette distance on rencontre déjà des champs de maïs. Le premier endroit habité auquel on arrive sur les bords de la Denoq se nomme Doboï. Le pays est assez peuplé, mais on n'y voit pas, comme plus haut, des villages; il n'y existe que des lieux de station plus ou mofhs éloignés les uns des autres, où les cases sont dans le genre de celles de Ras-Hhafoun, c'est-à-dire portatives, ainsi qu'il convient à des populations nomades.
La largeur de la rivière est d'environ trente pas et son
niveau change presque tous les mois. Dans les grandes crues, la profondeur est de â brasses et 1/2, alors l'Ouébi déborde; dans tes basses eaui, son lit est à sec ou peu s'en faut{l).
A partir de Doboï, la Denoq fait un coude vers l'Ouest jusqu'à KoHamoye, où elle reprend sa direction sud-ouest. Elle se terminet à Balleh, correspondant à un point de la côte nommé Djira (puits pour les troupeaui). Avant d'arriver à Balleh, elle se divise en trois branches, se perdant chacune daris un petit lac, dont l'un est plus ^ndu que les autres; aucun d'eux n'a une grande profoodeor, elle est partout de 2 à 3 brasses; H ne faudrait pas moins de trois jours pour faire le tour des lacs : la distance qui les sépare du Djoub est d'à peu près quatre journées. Le territoire de Balleh n'est pas cultivé, et ses habitants sont tous nomades, pasteurs et chasseurs d'éléphants. Le pays circonvoisin est peu sûr à cause des Galla qui y font de fréquentes excursions : aussi, pendant que les femmes et les enfants gardent les troupeaux, les hommes sont-ils obligés de se tenir en sentinelles sur les hauteurs afin de guetter l'approche de l'ennemi et de marcher à sa rencontre pour donner le temps de sauver le bétail.
On nous a assuré que, lorsque les eaux sont élevées, on pourrait aller de Doboï à Balleh avec une embarcation ; mais c'eut été impo^ible à l'époque où nous nous trouvions
(1) Un passage de la relation da Kenteotot Ghristoplier contredit, au moins en partie, ces renseignement. Il donne à ce cours d'eau une largeur d'environ 70 à 150 pieds anglais, de 21 à 45 mètres; une profondeur de 10 à 15 pieds, de 3 mètres à 4",50, et un courant d'an mille à peu près à l'heure, l'eau étant alors à son niveau le plus bas.
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à Braoua. Dans tous les cas, on aurait besoin d'une escorte fournie par les chefs du pays même qu'arrose la rivière.
Du côté de l'intérieur, ce que Braoua offre de plus intéressant, après la Denoq, ce sont ses relations avec Ganâné. Voici quelques détails sur l'itinéraire de l'une à l'autre :
Parti de Braoua le matai, on couche le premier jour à KoUamoye, village situé sur la rive droite de la rivière et que l'on atteint vers une heure de l'après-midi. ^ Le second jour, à l'âseur (c'est-à-dire vers quatre heures du soir), on arrive à Kifara, lieu inculte et désert où l'on trouve de l'eau dans les temps de pluie. ,
Le troisième jour, on est à Bouloulo; on marche, pour s'y rendre, jusque vers 4 heures de l'après-midi.
Le quatrième jour, après un temps de marche égal au précédent, on arrive à Ail-Guèl, qui possède un puits. Ces deux derniers endroits sont habités par des gardiens de troupeaux, dans la saison pluvieuse, hors de laquelle le pays est aride et désert.
Le cinquième jour, même temps de marche pour atteindre Mourdya, où coînmence une chaîne de collines que longe la route décrite. On y trouve de l'eau de pluie qui s'y conserve toute l'année. Le pays est habité par des pasteurs.
Le sixième jour, on couche à Kinana; on y a de l'eau presque toute l'année. Les habitants sont pasteurs. On a marché depuis le matin jusqu'au coucher du soleil.
Le septième jour, même marche pour arriver à Bour- Moddo, montagne où l'on se procure de Teau le plus ordinairement. Les habitants sont pasteurs.
Le huitième jour, même marche pour gagner Djirta où
fîoit la chaîne. Il y a constamment de l'eau en cet endroit habité aussi par des pasteurs. -tiiij b iso< aî Sm »iu v-, ,■■.■■>
Le neuvième jour, on marche du matin au soir, et l'on couche à Deimeur, où l'on trouve des puits. Ce lieu est un abreuvoir de chameaux. Il n'y existe pas de village, il est parcouru par des nomades. , . i , i.-nu^,At u , ju^i (Mi, i .
De Deïmeur à Beurdalé , il y a près de deui journées : dans la seconde, on arrive vers les 2 heures du soir. Beurdalé est un pays qui possède des puits eii^FiQ^ nombre et OÙ commencent les cultures. -^*!;»t ax- iui
De là à leurkot , la distance est à peu près la mime. Le second jour, on est rendu à trois heures du soir. On y trouve des puits et des villages. ; |: . ;,< j,,, i^jgn.tjta «
Enfin, le lendemain, quatorzième jour, en part Ift matin et on est, vers quatre heures du soir, à Gaoané. •*>,;.„ -
Cet itinéraire est celui d'un piéton allant d'im pas ordinaire. Ou m'a assuré qu'un coureur pouvait faire ce trajet
en cinq jours. . ... j iwimo-» moii^k')!) «ni
Le sultan de Ganâné s'appelle Âliou Homoro : il est de la tribu des Guéçeurgoudé. Les habitants libres sont dits Garra, les esclaves Gaouaouine. La ville de Lébioe ou Léouine est sur l'autre bord'du fleuve (le Djoub); ce sont aussi des Garra qui en forment la population; elle dépend. du même sultan. Les Garra sont mahométans; ils ont pour voisins des Galla avec lesquels ils sont en rapport de commerce et
d'amitié.
Voici maintenant un itinéraire accompli avec des chameaux chargés :. 'i:ii .ij|t' .fr .^U|
En partant de Braoua le matin, on stationne, vers une heure de l'après-midi, à Arkan'leh, sur la cive gauche, où
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— iT8 —
se trouvent des huttes de Bédouins; puis on franehU la rivière, et on est le soir à Barodoï. On voyage ensuite pendant trois aoudahh en pays inhabité et sans eaù^ et, le eifiquième jour, on arrive à Atl-6uàl , déjà nstniioané dans le précédent itinéraire. Le stxiènie jour, o» va à Meardïa ; le huitième, à Deïmeur; enfin, de Deïmeur, on atteint Ganâné en cinq Journées de marche.
IXnn antre côté, Sid-Qoullatin m'a dit que, pour effectuer te trajet doQt il s'agit, il fallait à des chameaux chargés quinze jours et huit à un coureur; mais, comme il ne rêvait pas exécuté lai-mème, il ne put m'en décrire T itinéraire. ^
Je terminerai par quelques notions obtenues à Braoua sur le fleuve qui sert de limite, du côté du sud, au vaste pays des Soumal.
Le Dfottb, ou Ouébi-Ganâné, sort du versant sud-ouest de la chaine dont foit partie la montagne d'Afoba que Ton m'a désignée comme le lieu où l'Ouébi-Denoq prend sa source. Après avoir traversé le pays des Galla, qui s'étend au sud de f Abyssinie, il coule entre les territoires de RahhaR*ouine et de Léonine et vo se jeter à la mer, par 0* iA' de letrtnde sud, près du village de Gobouine. Son nom de Ganâné signiBe division, et lui a été donné, sans doute, parce qu'en certain point de son cours il se bifurque. On le Bonrae aussi Gionén» ; les Arabes senk rappellent Djoub, et les Souahhéli Youmbo.
L'entréo du Djoub ne présente aucun caractère topographique assez remarquable pour servir de moyeD de reconnaissance; (les deux rives sont sablonneuses et uniformément arides, eiceplé eertalM endroits de celle d« nord où se
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tfoiivént dèâ ârlM^d^ tfisdéfmir^éè. Il i^tàH bê^e^sâii^ de 9e proeuréf Uf» piloté petit passer la hhttt et eritfèt ètt rlvîèfc; cette Mttë e»t &iÉm é}fB<$ilè â frânChii' et, (f irptèâ 6ft ({Won ndUâ â dit, plUs^éUf^ eittbtrfcAtionsi dé Br&obâ 5^ 6arAteht été roulées et démolies par suite de l'inexpériefibe Aë téût qui les conduisaient. Mttis, une fois en dedèffs, le tnajet jusqu'à Ciobouine est Sans danger et s'effectue disémerit avec le flot ; de jusftnt, il est très-pénible, sinon impossible de remonter. La marée se fait sentir jusqu'à Kofeurto, point situé sur la rive noi^ et en face duquel lefleuve se bifurque et va, dans lé territoire gaïla, former, en un lieu ditOuama, un petit lac qui sert d'abreuvoir pour les troupeaux, tofeurto a une centaine tf habitants. Au-dessus de la barre, la profondeur du fleuve varie de 4 brasses (T^jâ) à i brasses (3",6) et peut suffire à des bateftux de 25 à 50 tonneaux ; lé lit est large d'une bonne portée de fusil en aval du vrilage, et (înand même on rencontrerait des geflfs hostiles, en natiguant au milieu, on serait hors de l'atteinte des flèche» lancée^ de l'un ou l'autre bofd. Les rrves sont peu élevées, surtout celle dû nord.
Gobôuine (grande réunion), qu'on désigne parfois sous les noms de Joub et Jouba, est sHué sur la rive gauche du fleuve, à entffon trois milles de la mer; quofque placé sur une émrnenCe, il n'est pas visible de l'embouchure. Une muraille l'entoure, et l'on y voit encore sept maisons en pierres qui témoignent qu'un établissement arabe y a autrefois etisté ; lé resfe du village est composé de huttes, les Galla rappellent Danéça. On y compte à peu près 150 individus, esclaves compris. On peut, sans crainte, s'y rendre avec un hebban, et prendre terre snr tonte la rive nord jusqu'à Bo-
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gaé, pays habité par les Mozguéla et distant de Ik mer d^une i)ODDe journée de marche. La rive sud n'est pas sûre, étant souvent occupée par les Gana;,au moment de notre séjour à Braoua, ils s'y trouvaient en grand nombre à faire paître leurs troupeaux.
En amont de Bogue, la largeur du fleuve diminue, et on risque, en le remontant au delà, d'être atteint par quelques flèches empoisonnées , lancées par les Galla qui habitent la rive droite jusqu'à Ganâné et y cultivent le café. Quant à la rive gauche, elle est déserte, d'abord parce que le terrain y est, au dire des indigènes, infesté d'une espèce de vers qui s' introduisent dans les pieds des animaux et les font mourir; ensuite parce que, la rivière ayant des gués nombreux, on y serait exposé aux déprédations des riverain^ de l'autre bord. En approchant de Ganâné, tous ces dangers disparaissent; les deux rives sont également peuplées et cultivées, la gauche par des musulmans , la droite par des Galla qui sont idolâtres.
Ces derniers ont un chef suprême pour les grandes circonstances, telles que la guerre; il y a huit tribus ou familles souveraines, dans chacune desquelles on le choisit alternativement. Il porte le titre d'ouama anolé, et ne peut garder le pouvoir que huit ans. On assure que, avant d'être reconnu, ce monarque électif doit, comme preuve de vigueur et d'audace, tuer un homme devant la population assemblée. Voilà un règne bien commencé! Chaque tribu a, en outre, un chef particulier^, soumis à l'ouama anolé dans les affaires d'intérêt général.
Il se fait un peu de commerce à l'embouchure du fleuve; les échanges ont lien tantôt à Gobouine, tantôt en face sur
le territoire des Galla ; ils consistent, de la part de ceux-ci, en ivoire, bestiaui et beurre fondu; du côté des Soumal, en grosses cotonnades, en fer et sagaies à lames très-larges, forgées exprès pour ce naarcbé. Les Galla prennent le khami quand on le leur donne, mais ils n'acceptent pas cette étoffe en paryement, non plus que de l'argent.
On ne va pas directement de Gobouine à Ganâné par terre; cette route est longue et difBcile. Elle est beaucoup plus courte en partant de Braoua ou de Meurka, et même de Moguedchou (4).
Les petits fonds se prolongent loin au large devant l'embouchure du Djoub; on n'a des sondes de 16 à 19 mètres qu'à trois ou quatre milles de terre, et, dans cette position, un navire ne serait pas plus abrité qu'en pleine mer. Si l'on entreprenait une exploration du fleuve, on devrait,
(1) Ces renseignements sur le cours da Djoab ne ressemblent guère à la description qui en a été publiée, d'après une exploration faite en 1844, par M. Henry G. Ârc Angelo, description telle, que des doutes se sont élevés sur la réalité ^e l'exploration. En effet, elle ne contient aucune indication des moyens dont le voyageur se serait serri pour remonter le fleuve, et les lieux y sont dépeints d'une manière qui révèle plutôt le travail de l'imagination que la précision d'un récit fait de visu.
Je connaissais cette notice quand je logeai k Meurka , chez le Hbadji Nour, dans la chambre même qu'y avait occupée M. Arc Angelo, et où je vis son nom écrit sur la muraille. Interrogé par moi au sujet de cette exploration du Djoub, mon hôte me répondit qu'il savait bien que M. Arc Aogelo était entré dans la rivière, mais que ce voyageur ne s'était avancé qu'à quelques milles au-dessus de Gobouine, n'ayant k sa disposition aucun moyen d'aller plus loin; le Hbadji Nour considérait, d'ailleurs, la chose comme tout a fait impossible, et , dans tous les cas, si elle eût été exécutée par qui que ce fût, il n'eût pas manqué, disait-il, d'en être instruit. On comprendra, d'après cela, que je n'aie pas cru devoir rejeter absolument les quelques détails qui m'ont été donnés à Braoua sur le cours d'eao dont il s'agit.
après avoir mis ses chaloupes en rivière, aU^r mouiller à Kismpyou, la plus nord deis îles Pundas et en dedaqs de la^ quelle on stationnerait sans risque ; tan()i^ que, restant de- Tant l'embouchure du fleuve, on serait exposé au moins à perdre ses ancres.
Et maintenant, un root sur Tavenir qui me parait réservé à ces Bénadir dont j'ai longuement entretenu le lecteur. Il est avéré qu'à une certaine époque les diverses localités comprises sous ce nom générique ont joui , par leur commerce maritime, d'une prospérité d'autant plus remarquable que, comme ports, elles laissaient beaucc^p à désirer. II a donc fallu qu'elles eussent, dans leurs ressources du côté de la terre, des moyens d'attraction.
En efiFet, derrière celte côte, n'offrant aux navigateurs que des mouillages peu sûrs et précaires, est une contrée non-seulement riche par elle-même, mais encore touchant aux régions centrales du continent» dont les pro(îuit$ divers, convoités à l'extérieur, ont leur écoulement naturel à travers le territoire soumal. Or, du pays Galla, où ils affluent, il n'y a, pour gagner la mer, que deui routes; l'une menant à Beurbera et à Zeïla, sur la côte d'Adel ; la seconde conduisant aux Bénadir. Les notions que l'on possède sur ritinéraire suivi par les caravanes pour arriver à l'une el à l'autre destination indiquent qu'elles parviennent plus promptement à Moguedchou, Meurka et Braoua, que dans les villes maritimes du nord. C'est, sans doute, à ces causes et à l'absence de tout havre sur la longjue côte qui s'étend entre eui et Hbafoun, que les Bé»adir ont dû leur prospérité relative. JusquTà ce jour, leur mouvement commercial a été alimenté exclusivement par le pacage; de^ bi^tq^ux
arabes et indiens qui visitent ie Souabbel, <»t U »oinin« de» exportations scamt! et galia écoulées par cette voie a été oécessairement proportionnée aux demandes ; mais »i celles»ci devenaient plus forte», i\ est hors de doute que les marché» dont il s'«gi| seraient bientôt en position d'y satisfaire, puisque les articles demandés arrivent déjà «ur des points encore plus éloignés des lieux de production. Que serait*ce donc, si on reconnaissait un jour que les deux grands court d'eau, dont l'un sillonne le pays des Souma! et dont l'autre le borne au sud , sont navigables et propres à faeililer les transports entre l'intérieur et les Bénadirl
A ne considérer que les besoins actuels de ces populations et, par suite, le débouché minime qu'ils offrent aux produits de l'industrie européenne, on pourrait avancer que nos commerçants ne trouveraient aucune opération sérieuse à faire dans ces ports, et en conclure qu'ils n'ont pas à s'en occuper : aussi ne veux-je pas les pousser à y expédier imntédiatement des cargaisons , mais seulement appeler leur attention sur ce qu'il y aurait de possible, en ce pays, dans un avenir peut-être très -rapproché. ',
Si les besoins y sont aujourd'hui peu variés, on en (mtovoquera, certainement, de nouveaux par une offre mesurée de nos produits industriels. Pour toute consomoMtion de luxe, et j'entends par là ce qui n'est pas absolument nécessaire à l'existence, les besoins ne se développent qu'en présence des objdis propres à les faire naître, en excitant d'aboi^d le désir : et c'est quand ils sont eitcore peu nombreux dans une population, qu'on a le plus de chances d'en créer d'autres et d'être appelé à les satisfûre; si, au contraire, on n'a pas pris l'initiative, au lieu d'un placement assuré
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pour les articles qu'on apporte , on ne peut que les présenter en concurrence avec des siinîlaires dont l'usage est adopté; or, dans cette concurrence, l'avantage reste rarement et toujours difficilement aui derniers venus. En résumé, que les circonstances changent; qu'au lieu dé n'être visités que par des bateaui arabes , les Bénadir soient peu è peu fréquentés par les navires de commerce de quelque grande puissance maritime, alors une source d'heureuses \ ] spéculations sera ouverte aux commerçants intelligents et
actifs qui auront su comprendre et exécuter. ^ . .
De son côté, en protégeant les missions religieuses et les explorations scientifiques, en négociant, avec les chefs indigènes, des traités qui assurent d'avance, à ses nationaux, des relations faciles avec les pays où la civilisation et le commerce européen n'ont point encore pénétré, un gouvernement encourage les commerçants à tenter des spéculations * nouvelles. C'est, je crois, dans ce sens qu'il y aurait lieu
d'agir à l'égard des pays soumal et galla , et tout d'abord sur le littoral des Bénadir, par lequel nous y arriverons le plus directement. Je dis nous, car c'est surtout notre commerce que je voudrais voir prendre là une place inoccupée; noire commerce qui se présente toujours Irop tard et se plaint ensuite d'être primé partout; notre commerce pour qui le gouvernement fait beaucoup et qui ne sait pas s'aider lui-même l Voici un terrain neuf et plein de promesses; ne vaut-il pas mieux s'y rendre que d'aller glaner dans des champs depuis longtemps exploités ? Notre établis» sèment à Maïotte est déjà un premier pas dans cette voie. Ce port est une position des plus favorables pour exploiter les marchés de l'Afrique orientale : là nous pourrons avoir