CHAPITRE XXIII
Position de Mombase; ses ports et son monillage extérieur.— Description de nie. — Sa popaUtico. — Mœurs et coutumes. — La citadelle et les deux Tilles. — Tombeaux des M'zara. — GouTemement des M'zara. — Gonrernement actuel. — Takaonggo et Gassi. — Productions. — Commerce. — Monnaie. — Excursions à Rabaye et k Derouma. — Itinéraire des pays de Tchaga, de Kamba et de laassaïe.
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L'tle Mombase, nommée M'yita par les indigènes et Mom'bâça par les Arabes, est comprise dans le Souahhel et git à 47 ou 48 lieues au nord | nord-est de la ville de Zanzibar. Sa position, d'après nos observations, faites à la forteresse, serait par A" A' de latitude sud et 37*24' 48'' de longitude est. Elle est située dans une baie presque fermée dont elle occupe la partie centrale et qu'elle transforme ainsi en deux bras de mer, profonds et sinueux, offrant des ports où l'on est abrité de tous les vents, et s'avançant, l'un au nord-ouest, l'autre versi'ouest au delà de l'île. Au fond de chacun d'eux se jettent plusieurs petites rivières et ruisseaux quedes embarcations remontent jusqu'à 8oui0milles. Ces cours d'eau facilitent les communications entre la ville et quelques-uns des villages du continent qui sont autant de marchés d'où Mombase tire des grains et divers produits apportés de l'intérieur.
L'ile est plate. Sa plus grande longueur est de près de
trois milles et sa plus grande largeur de deux milles; sa surface est d'environ i,561 hectares. £lJe a pour base un plateau de calcaires, dont la hauteur varie entre 45 et 20 mètres. Ses bords, minés par la mer du côté de l'est et du sud, y sont presque partout rocailleux et escarpés; du côté de l'ouest, le rivage présente quelques plages. A sa partie nord-ouest , elle se rattache à la terre ferme par une laiigHQ de s^lç qui «léeouvre dans \^ aiaréei d'équinoie, c'est risthme duquel j'ai parlé au chapitre précédent. Les bateauï sei^ls peuvent donc çomipuniqu^r d'un port à l'autre, en arrière de l'tle. Ce passage est gardé par le petit fortin de M'koupa. ^
Le double port de Mombase est, sans contredit, le plus beau de l'Afrique orientale, tant à cause de la parfaite sécurité qu'y trouve un navire, que de la possibilité d'y entrer ou d'en sortir qootidienneniient, à certaines heures, avec ud vent favorable. En e£fet, quelle que soit la saison, la direction des vents généraux se modifie à l'ouvert de la baie, venant du large durant le jour et halant la terre pendant la nuit, jusqu'à sept ou huit heures du matin. Les hrises du jour soufQent de rest'nord'«st à l'est, dans la mousson de nord-est; de l'est^sud-est au sud-sud-«st, dans celle de sudouest; de l'est à l'est-sud-est pour la période de transition de l'une à l'autre. Dans les beaux temps qui précèdent et suivent celle de nord-est, il n'y aurait aucun inconvénient, pour ÙB navire, à stationner au mouillage extérieur indiqué sur le plan ; mais dans le fort des moussons, particulièrement celle du sud^ouest, la mer y est grosse, et, le fond étant parsemé de roches et de coraux, on court risque d'y perdre des ancres. Au reste, si l'on y était surpris par
un coup de vent du large, on aurait la ressource de se réfugier dms run des ports. ■ 'â », U} ri..i *, r,
Un navire manœuvrant pour prendre ou qaMtar eo mouillage devra se tenir en garde d'un haut fond pacouvert seolement de S mètres d'eau, à JMisse mer, dans la grandes marées. Cest le point le pluâ élevé d'un bane qui gît i l'en^ Irée du jM)rl, et wr leqod on a des sondes de H à d mèlras ; il laisse de ehaque oAté, entre lui fit les réci& des deux pointes, on ctieoal qu'on peut indifféremment suivre pour se rendre aux mouillages intérieurs. Outre ce haut fond, il existe, plus en dehors, d'autre» endroits oà la «er doit lerer et briser dans un gros temps, mais it n'y a jamais moins de H à 9 mètres d' eau dessus. Ces pAtés sont signalés snr le plan.
Ayant à séjourner dans Tun des ports, on choiain naturellement celui dn vent, eu égard à la moaaaon refusante; il sera ainsi plus aisé de sortir avee les brises de terre de chaque mousson. Ce ehoix sera d'autant plus opportun pe»dant oelle de sud-ouest, qu'alors la mer du large» pénétr^Al dans le bras du nord, en rend la passe difficile à recov^aUre au milieu des brisants; d'ailleurs la sortie en est» avec cette mousson, très^souvent impraticable.
L'entrée du port sud n'a que 250 mètres de largeur ; pour y donner, après avoir dépassé- le récif qui se projette 4e la pointe Mouaki-Singgoé, il vaudra mieux, si le vent h permet, ranger la côte de l'île, parce que le récif dont eUe est bordée est plosr accore que celui de l'autre cèilé et que sa limite est ordinairenkent indiquée par une ligne de briquets; au surplus, la couleur de l'eau marque assexdistiBC^Mnent le chenaL On a, dan» celte passe, des fonds de 40 à 50 m/^es et une mer calme. On peut jeter l'ancre suc toute la ton-
gueurdu bras de mer, jusqu'à la pointe nord-ouest de l'Ile, par des fonds variables, vase, sable ou roche molle; >.t ,
La crique Mouéza, située dans ce port sur la terre ferme, serait un bon endroit pour abattre en carène ; il y a 4 mètres d'eau. Elle est entourée de bois et à proximité de quelques villages oua-nika. A deux tiers de mille, dans le nordnord-ouest de cette crique, un puits éloigné du rivage de 150 mètres donne de, leau excellente; toutefois la source n'en fournit que deux tonneaux dans une journée.
En face de la pointe nord-ouest de l'île, le bras de mer du sud se bifurque et se ropand du côté de l'ouest en un bassin assez étendu, qui forme comme un arrière-port; il est désigné, sur la carte d'Owen, par le nom de port Reitz; on trouve des fonds de 8 à 10 mètres à l'entrée, mais il est presque partout encombré de bancs de sable.
Pour s'engager dans le bras de mer du nord-est, on se mettra environ à un demi-mille de l'île, relevant le pilier au nord 59° ouest et on gouvernera sur ce pilier jusqu'à deux encablures de terre. Venant alors sur tribord, on longera la côte de l'île pour éviter le banc de sable qui se projette de la pointe M'konou-Gniom'bé et obstrue une grande partie de l'entrée. Les moindres fonds que l'on aura dans la passe seront de H mètres. On fait de l'eau aux puits de la ville, ou bien à d'autres puits situés vis-à-vis, sur la terre ferme.
L'extrémité du bras de mer dont il s'agit et que la carte d'Owen désigne sous le nom d'Owen-Tudor n'est qu'un étroit chenal entre des bancs de sable et de vase. Les palétuviers qui bordent toutes ses rives indiquent que le séjour doit en être insalubre.
Les marées observées au mouillage de KiliiKlini, pendant dix-sept jours, nous ont donné les résuUstS suivants : établissement du port, quatre heures vingt-trois minutes; hauteur de la marée d'équinoxe, 4",44; unité de hauteur, 1",93. Les grandes marées ont lieu un jour après la nouvelle et la pleine lune. Le courant de jusant était de 4 mille 6/10; celui de flot, de 1 mille 1/40. Le jusant durait six heures ; le flot; cinq heures. Ces chiffres varient, sans doute, selon les saisons. Au dehors, les courants vont le long des récifs avec une vitesse qui nous a paru aussi considérable que dans les deux ports. ' ■.
Du 9 an 5i mai, les vents ont régné entre le sud et le sudsud-ouest, halant quelquefois le sud-est vers dix heures du matin, et l'ouest pendant la nuit. Au large, dans la journée, ils étaient presque toujours au sud-est variable. Le ciel a été souvent couvert ou nuageux ; nous avons eu cinq jours de forte pluie avec de petites brises.
L'île de Mombase est naturellement parée d'une admirable végétation, mélange d'arbres, d'arbustes, de lianes et de buissons; vue de l'extérieur, elle offre une masse confuse de verdure, qui, lorsqu'on y pénètre, a l'aspect le plus agréable et le plus varié. Au sortir d'épais fourrés de goyaviers entremêlés de lianes aux fleurs odorantes, on débouche sur quelque large clairière ombragée par de magnifiques manguiers, ou bien plantée de cocotiers au milieu desquels s'élève, çà et là, un immense baobab. Pas de fossés, pas de limites; rien n'annonce qu'on traverse une propriété; la présence de l'homme ne s'y trahit que par de méchantes cases en torchis, à toiture de feuillage et environnées, parfois, de petits carrés de millet ou de mais : c'est là ce que les Mombasiens appellent
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leurs eham'bah; des Profençoui dirAÎeni leurs bastides. Au r«8te, les inities sud et ouest de l'Ile sent oompIétenieQt désertes et garnies d9 halliers et de fourrés aaseï épftii 4ni servent de repaires à des «qiwaux MttYSges, \m indigènes assureat qu'on y reocoDlrç mègi« dflR ehats^tigres} ^ que jç puis afQrraer.e'estreiisteqoeâe QhaoaJs. d'hyèPQ«. 4t surtout de singea et de poros. Ces derniçra, probi(]Meimi9t introduits dans l*ile par les Portugais, sont tont à fait seroi^lablos aui pères domestiques ; grèeo à la sainte horranr qu'Us iospireot aux musulfiians , oea animaut ont été rondin à l'état sauvage ; mais, demeurés Gdèles à leurs anciens maitroSi ilsyengent leur cemmune déebéanee, en dévastait aoriipuleusement les plantations de patates et de manloo des fidèlas croyants. Quant aux hyènes, nous les entendkms, toutes les nuits, crier sur ta terre ferme, et souvent elles ont arraché au sommeil nos chasseurs qui, à leur grand déf>lai9jr, en ont toujours été pour leurs frais de poursuite. I^ parties du continent situées en regard de Mombase, du eÀté de Touest, sont moins boisées et plus cultivées; on y trouve, à peu de distance les uns des autres, des groupes de cases.
Il n'y a sur l'île ni sources, ni étangs, ni marais; le sol paraH être extrêmement perméable ; une journée de pluie n'y laisse plus de traces une heure après que l'eau a cessé de tomber.
Mombase est soumise à l'influence des moussons » dont j'ai déjà indiqué la durée et les mouvenaents généraux, là, comme sur les divers points du Souahhei , les pluies périodiques commencent quetqwes jours niTupi la mousson de sud-ouest, c'est-à-dire vers le 1" avril. Elt)a^ sont très- fortes pendant le mois de mai , pais elles diminuent , et , à partir
de la dcnùèpe quioeaiiie, elles se loot plus qu'aeeidentelleg. Dans la saisoii fèehe, c'est^*éire eatM éictmhre et mars, il tomlwà peine dca^ ou trois ondées; mais H y a des rossées trèsrtbonctoiitss. Les grandes plaies séiiC seaTeiit ii€eompagaées d'erages; eependant la A)ndre ne tombe que
très-rarement i elles sont aassi suivies, chaeae a^née, d'une
. j ou deat foeurretques de la partie de l'ouest, dans les-v
quelles le vent est, dit-on, asseï fort pour déracln^les cocotiers. Pendant notre séjour au mouillage de Morabue, da^ 9 mai au 1** juin, la températupe a été comme IMndiquie W tableau suivant :
Moyennes pour les 31 jçars. . . , .
Maximnm. . . . ,
MiDimoni