UN ITINÉRAIRE AU PAYS DES OCA-KAMBA
Journée de neuf heures avec bagages.
Parti de Vangga, situé sur le rivage en face d'Ouacine, on s'arrête à Djongga le soir. On a rencontré çà et là quelques cases sur la route, et passé deux fois une petite rivière qui débouche à un quart de mille au sud de Vangga. Dans les temps de pluie, on la traverse ayant de l'eau jusqu'au cou ; dans la saison sèche, jusqu'à mi-jambe.
Le deuxième jour, on couche à Bomboui, colline autrefois occupée par lesOua-Kouavi. Elle n'est pas très-élevée, et la pente en est douce. Le pays est désert. On y trouve de l'eau dans la mousson de sud-ouest, mais pas dans celle de nordest; elle se conserve dans un petit réservoir; il n'y a pas d'eau courante. On a quitté le territoire des Oua-Digo à Gon'dja, village qui compte environ cinquante cases, et dont les alentours sont cultivés en bananiers, cocotiers, grains, etc.
Le troisième jour, on arrive à Kidangga-dangga, pays désert, ancienne résidence d'Oua-Kouavi. Il y a là trois montagnes placées sur une ligne nord et sud; le chemin m. 19
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passe entre les deux plus au nord. On y trouve un réservoir naturel de 3 à 4 coudées de profondeur, qui conserve de l'eau toute l'année. Il y a, en outre, au pied du plateau sur lequel elles sont assises, un petit étang ayant une centaine de pas de diamètre ; il assèche pendant la mousson de nord-est. Kidangga-dangga et ses environs sont fréquentés par des Oua-Ramba et des Oua-Taïta qui y viennent chasser l'éléphant. Ils construisent des cases qu'ils habitent à l'époque de leurs chasses.
A partir de ce point, on peut choisir entre deux chemins, l'un conduisant à Guipé et l'autre à Taïta. Le plus court est celui de Guipé, mais il traverse un pays désert où l'on ne renouvelle que difficilement ses provisions.
Le quatrième jour, on fait halte à Kerima-Ngnombé. Le pays est inhabité et sans cours d'eau. À l'endroit où l'on couche est une montagne assez élevée et escarpée ; la route en contourne ta base du côté du sud. Les chasseurs d'éléphants fréquentent aussi cet endroit. On y trouve un réservoir naturel qui assèche dans la mousson de nord-est. Pendant les trois dernières journées, on a marché vers l'ouest prenant un peu de nord.
Le cinquième jour, on arrive le soir, sans avoir rencontré âme qui vive, en un lieu où se trouve un étang, et qui s'appelle Zioua-la-Djemaii {zioua^ lac; Djemalif nom de l'individu qui le découvrit le premier). Cet étang assèche au fort de la mousson de nord-est.
Pendant les trois jours suivants, on voyage encore dans un pays qui n'est habité que pendant la chasse à l'éléphant; puis, à la fin du huitième jour, on va coucher sur le bord du lac Guipé (Zioua-la-Guipé), d'où sortent plusieurs
cours d'eau. Les rives du lac sont désertes , mais les eaux peuplées d'hippopotames et de crocodiles d'une longueur énorme. Pour écarter ces animaux , on entretient du feu toute la nuit.
De là on se rend en deux jours à Tavéta, oâfon arrive à une heure de l'après-midi; pendant cette route, on cAtoie le lac et l'on couche sur ses bords. Pepuis Gon'dja, c'est-àdire dans l'intervalle de neuf journées, on a marché sur un sol inculte couvert uniformémetit d'herbes et de broussailles. Aux approches de Tavéta, la scène change. Le pays est trèsfertile et possède des troupeaux. Les habitants tiennent ceux-ci constamment renfermés dans les étables et les y nourrissent de feuilles de bananier. On prétend qu'ils ne les mènent pas au pâturage dans la crainte de les voir enlever par les Miaci, leurs ennemis.
Le onzième jour, partant de Tavéta, on traverse, pendant trois heures, un bois de haute futaie, quoique trèsfourré; les arbres qui le composent, principalement le m'voulé, sont propres à la construction. On entre ensuite sur un terrain très-herbu et on franchit plusieurs petits ruisseaux affluents de la rivière. L'endroit où l'on couche n'a pas de désignation particulière.
Le troisième jour (treizième du voyage) après le départ de Tavéta, on coupe un afQuent de l'Ouzi (1), qui a, sur ce point, environ iO mètres de largeur et 4 mètres de profondeur, dans la saison des pluies, mais où l'on n'a de l'eau que jusqu'aux aisselles durant la saison sèche. On fait encoretrois journées complètes de marche, et l'on arrive, le
(1) On a aussi croisé ]a route de Mombase à Tcbaga entre Braoua rt Kiléma. : »
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seizième, à Kikom'bolo, commencement du territoire des Oua-Kamba. La direction générale depuis Tavéta aurait été à peu près le nord-ouest -5^ ouest ou l'ouest-nord -ouest. ■
Le dix-septième jour et les cinq suivants, on parcourt un territoire très-habité sans présenter, toutefois, de grand centre de population ; on y remarque seulement des groupes (Je quelques cases faites en forDae de ruches; enfin on arrive à Oulo, haute montagne qui se voit à une distance de quatre journées de marche. Il s'y trouve beaucoup de vivres et de bétail, mais pas de volailles. Le chef d'Oulo se nomme Oiiaérna. Ce pays aussi est parsemé de groupes de cases. La direction qu'on a suivie est toujours à peu près le nordouest | ouest.
La vingt-deuxième journée et les deux suivantes sont employées à se rendre en un lieu qu'on n'a pas pu me nommer, où ^nt réunies une cinquantaine de cases; le
jhef qui y commande est le vizir de Kivoï : il s'appelle N'goouïo. '
Le vingt-cinquième jour, à une heure de l'après-midi, on traverse un affluent du Djoub, sinon le Djoub lui-même, car les habitants l'appellent Youmbo, qui est le nom souahhéli du Djoub. Il a, en cet endroit, de 9 à 40 mètres de largeur ; dans la saison des pluies , il prend un accroissement considérable, remplit entièrement son lit et peut avoir jusqu'à 15 mètres de profondeur et une largeur moyenne d'environ 20 mètres. Le courant y est très-fort, au point que dans les plus basses eaux, il n'a pas moins de l^yB. Ses bords sont incultes et inhabités; ses eaux sont très-poissonneuses, quoiqu'il y existe des crocodiles et des hippopotames. Au delà de cette rivière, le chemin se bifurque; en suivant
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à droite^ on se rend au village de Kivoî, distant de deux à trois heures de marche ; le chemin de gauche côtoie la rivière, sur les bords de laquelle on couche au haut d'une élévation qui la domine presque à pic. On a fait roule au nord depuisN'goouïo. ; ,
Durant la vingt-sixième journée on longe la rivière ; le lendemain, vers midi , on la traverse à gué et l'on suit son autre bord, pays inculte et inhabité; direction nord.
Le surlendemain, mêmes circonstances.
Le vingt-neuvième jour, vers une heure de l'apr^-midi , on s'écarte de la rivière ; après avoir gravi une hauteur, on la retrouve et on la coupe de nouveau pour prendre la rive gauche, où l'on passe la nuit.
Le trentième jour, on la quitte définitivement et on continue au nord, toujours à travers un pays inhabité. Le soir, on arrive à Ouangoa Oua-Kapitéï, terrain sablonneux et aride, semé de quelques broussailles. A droite est une longue montagne que Ton côtoie pendant toute la journée suivante et au pied de laquelle on couche.
Le trente-deuxième jour, on a dépassé, vers midi , l'extrémité de la montagne et, continuant de marcher vers le nord, on gagne une petite rivière qui n'est jamais à sec. On bivouaque sur ses bords, après l'avoir traversée. Le pays est inhabité. - .
Le trente-troisième jour, on arrive le soir près d'une autre rivière plus grande.
Le trente-quatrième jour, on se trouve à une heure en vue de la montagne de Kikouïo ; là il est d'usage de s'arrêter et d'envoyer prévenir le chef, qui expédie quelqu'un au-de- Vaut des voyageurs ou qui vient lui-même pour enlrer en
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pourparler avec eux et les introduire. Kikouïo est le Dom d'un territoire et non celui de la montagne elle-même.
Le caravanier qui nous traçait cet itinéraire continua de la manière suivante l'historique de son voyage :
« Arrivés en vue et à six heures de distance de la montagne du pays de Kikouïo, notre guide refusa d'y entrer et voulut retourner dans le sien (Kamba); après avoir pris conseil de mes compagnons, je résolus dB me remettre en route, et me dirigeai à l'est quelques degrés nord. Trois jours de marche, à travers un désert, nous conduisirent à Ivétl, partie du territoire des Oua-Kamba. Nos provisions étaient épuisées et le pays ne fournissait pas de gibier. Le troisième jour seulement nous tuâmes un rhinocéros, ce qui nous procura de la nourriture ; heureusement nous avions conservé un peu d'eau. A Ivéti, nous célébrâmes la cérémonie dite de la fraternité de sang, et nous y restâmes dix-sept jours, après lesquels nous entrâmes en rapport avec un individu qui , vu le manque d'herbage dans son pays, s'était établi dans celui-ci pour y faire paître ses troupeaux et ceux du sultan de Kikouïo, dont il se disait frère. Il s'ofifrit à Jious conduire au but de notre voyage en passant sur le wterritoire de ce chef, où nous aurions dû nous engager, au lieu de venir sur la droite, comme nous l'avions fait quand notre guide nous avait quittés.
« Nous nous mîmes en marche vers l'ouest-nord-ouest, et revîmes la montagne d'Ouangoa Oua-Kapitéï, que nous laissâmes à main gauche; au bout d'une journée et demie, la route nous en rapprocha et nous allâmes coucher sur le bord d'une assez grande rivière.
« Le lendemain, nons traversâmes une autre rivière fort
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grande, d'environ 20 brasses de largeur sur les bords de laquelle nous nous établîmes pour la nuit. Le pays était inhabité et inculte. Notre route avait été le nord-ouest.
« Le jour suivant, nous repassâmes la même rivière vers une heure, et nous nous arrêtâmes pour cuire des aliments, la crainte d'être aperçus et attaqués par les Oua-Massai nous faisant une mesure de prudence de ne pas allumer de feu le lendemain.
a Notre nouveau guide prit alors les devants avec dii pièces de toile destinées aux dix chefs du territoire d^Kikouïo, et, d'après sa recommandation, la caravane ne se remit en marche que vers quatre heures, se dirigeant au nord. Au milieu de la nuit elle arriva à une montagne de couleur blanche, très-haute, boisée -à la base et entièrement dénudée au sommet; au delà, nous dit-on, se trouvait Kapitéï, territoire habité par les Oua-Kouavi Beurbouhi ; nou<i campâmes dans un lieu où étaient des parcs à bœufs.
« Le guide revint avant le jour, nous repartîmes avec lui, et, cinq heures après, nous étions au village de Kikouïo, composé d'une centaine de cases-ruches. Le chef se nommait Kippinggo.
« Nous restâmes un mois en cet endroit, traitant de l'ivoire en échange de cotonnads, de verroterie et de laiton. Pour une valeur de dix piastres en marchandises on avait une frazela d'ivoire. Les habitants se montrèrent très-hospitaliers. Us n'avaient aucune connaissance des blancs et n'avaient jamais antérieurement noué de relations avec les Souahhéli et les Arabes, mais seulement avec les Oua-Mika et les Oua-Kamba qui leur apportaient les marclrandi^es ci dessus mentionnées. »
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Voici maintcoant le résumé des détails que le carawanier nous donna sur Rikouïo et ses habitants : *v
Le pays est riche en bétail gros et petit. On y trouve des moutons à laine énormes dont la valeur vénale serait, disait-il, de 6 piastres à Zanzibar. Il vient aussi du nord des moutons à poil. En fait de volailles, il n'y a que des pintades. On y cultive le mais, le millet, la canne, les bananes, les haricots, etc. Les principales occupations des hommes sont l'agriculture et la chasse à l'éléphant; leurs vêtements se composent de peaux de bœufs rougies avec une terre ocreuse ; leurs armes sont l'arc, la sagaie et le sabré-broche des Oua- Tchaga. Ils ont les cheveux rudes ; ils les portent en petites mèches tressées tombant tout autour de la tête, et les oignent avec de la graisse mêlée de terre rouge. Leur teint est noir-brun très-foncé; ils ont à peu près le même type que les Oua-Kamba et les Oua-Rouavi, mais ne parlent la langue ni de l'une ni de l'autre de ces peuplades.
Les femmes se vêtent de peaux de moutons; elles participent à la culture des terres. La polygamie est en usage dans le pays. Si un étranger veut avoir des relations avec une femme de Rikouïo ou de Ramba, il suffit, pour les rendre légitimes, qu'il gratifie d'un certain nombre de moutons le père de celle-ci; après quoi, il est maître absolu de celle qui a attiré ses regards et peut môme l'emmener avec lui quand il quitte le pays.
Les habitants de Rikouïo paraissent n'avoir aucun culte. Ils se divertissent par des chants et des danses auxquels hommes et femmes prennent part en se tenant chaque sexe sur une file, en face l'un de l'autre.
Ils se servent de pots cl de marmites qu'ils fabriquent
eux-mêmes ; ils mangent et boivent dans des calebasses. Ils préparent avec la canne une boisson fermentée. Les cannes du pays sont noires à l'extérieur et plus grosses que celles de la côte.
Au nord-est de Kikouïo habitent des hommes noirs, de haute taille, ayant des chameaux. Dans le nord-ouest s'élève une grande montagne, au delà de laquelle se trouve un lac d'eau douce, large environ comme l'espace qui sépare, à l'ouest, l'île de Zanzibar de la terre ferme.
La caravane conduite par l'individu à qui je dois ces renseignements se composait de quatre-vingts porteurs de marchandises, quatre maîtres, trois domestiques et treize porteurs de vivres. Chacun devait avoir, outre sa charge, une calebasse pleine d'eau. Quand on arrivait le soir à une rivière qu'il fallait passer, on exécutait cette traversée tout de suite et on ne faisait halte que sur l'autre bord; lorsque les provisions manquaient, on tâchait d'y suppléer par la chasse. Cette caravane rapporta 90 à 95 frazela d'ivoire.
Ici se termine l'exposé des détails que j'ai pu me procurer sur Mombase, ses dépendances et ses relations avec l'intérieur. Cette île ayant été le dernier point de la côte exploré par le Ducouédic, je vais maintenant présenter dans leur ensemble les renseignements commerciaux recueillis dans le cours de l'exploratiou et qui en étaient le principal objet.