‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 78 sur 101 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

CoDsidérations générales.— Commerce intérieur. — Commerce extérieur — Mécanisme de l'échange. — Douanes. — Monnaies et papiers de crédit. — Poids et mesures. '

Le commerce de l'Afrique orientale, stationnaire depuis bien des siècles, livré à un monopole inique et anticivilisateur, est devenu, depuis quelques années, licite pour tous les spéculateurs du monde. Les marchés du littoral de cette contrée, où les Arabes ont régné pendant si longtemps en maîtres aIBsolus, se présentent désormais comme un nouveau champ ouvert à la concurrence commerciale des grandes puissances industrielles et maritimes.

En comparant les premières notions que l'histoire nous fournit sur le commerce de cette côte à ce qu'il est aujourd'hui, on est d'abord surpris du peu de changement qui s'y est opéré quant à l'étendue des relations et à la nature des objets d'échange. Mais cela s'explique, si l'on considère que la condition politique et sociale des populations avec lesquelles il s'exerçait est restée la même : privées qu'elles étaient de tout contact avec des nations supérieures en lumières et en moralité, les besoins et les goûts ont dû, chez elles, s'immcybiliser comme les idées et les mœurs qui en sont à la fois le stimulant et la règle. Sauf les cultures

nécessaires à leur alimentation, ces populations se sont bornées à récolter les produits naturels les plus abondants de leur pays, pour les échanger contre les étofiFes, la quincaillerie et la verroterie que les Arabes et les Indiens leur apportaient.

Le trafic des esclaves a toujours été, sinon le plus important, du moins l'un des principaux éléments de leur commerce^ dès le deuxième siècle , les esclaves de la côte, au nord du Djoub, étaient en grande réputation sur les marchés de l'Egypte; et, plus tard, les noirs exportés de Kiloua et de Zanzibar formaient la base des transactions que ces points opéraient avec l'Oman et le littoral des golfes Arabique et Persique.

Les navigateurs portugais nous ont laissé un tableau brillant et pittoresque de ce qu'étaient quelques villes de la'^ côte, quand ils y abordèrent; mais cette demi-civilisation était toute locale : les villes fondées, comme je l'ai dit, par des groupes d'émigrants arabes et persans avaient atteint, il est vrai, un certain degré de prospérité en devenant les entrepôts du commerce de l'Afrique orientale; néanmoins cela ne modifiait que fort peu les conditions où se trouvaient les peuplades indigènes. Les maisons de style mauresque, la pompe dont certains individus marchaient environnés, leurs vêtements de soie ou du coton le plus fin, ces produits des arts, et d'une industrie relativement avancée dont le pays semblait doté; en un mot, tout ce luxe qui éblouit les premiers explorateurs n'était pas le partage des populations aborigènes, mais seulement le privilège de la caste dominante, c'est-à-dire des descendants des anciens colons, désignés, depuis, sous le nom de Souahhcii ; ayant

accaparé tout le commerce du pays, ils l'exploitaient pour leur plus grand profit, et sans qu'il en résultât aucune amélioration réelle dans l'état social de ses habitants. Les articles demandés de l'extérieur étaient toujours les mêmes, c'est-à-dire les produits bruts de la contrée; et, afin de ne pas provoquer chez les naturels des exigences quf auraient diminué les bénéfices de leur courtage, ils ne tenaient à leur portée que les objets du plus bas prix possible^v^ r? ■■

Sous la>lomination passagère des Portugais, ce monopole commercial ne fit que changer de main. En outre, leur fanatisme et leur avidité amenaient partout la désolation et la misère ; si bien que sous ce joug despotique et cruel le commerce déserta les villes qu'ils avaient trouvées florissantes. Depuis qu'elles ont reconnu la souveraineté des imams d'Oman, les Arabes et les Indiens sont redevenus les maîtres du marché. {Profitant de la répulsion que la cruauté des Portugais avait fait naître chez les populations du littoral contre les chrétiens, ils entretinrent parmi elles, envers ces derniers, des répugnances et des préjugés qu'ils émouvaient eux-mêmes à plus d'un titre, et affermirent ainsi leur prédominance commerciale. Elle s'est constituée presque définitivement de nos jours, et les marchands étrangers, maigré les conditions plus favorables dans lesquelles ils peuvent opérer, ne réussiront à les en déposséder que par un grand esprit de conduite et une persévérance inébranlable dans leur^ opérations.

Ces conditions plus favorables sont, on l'a déjà compris, les conventions passées successivement par Syed Saïd avec les États-Unis d'Amérique, l'Angleterre et la France. Par ces conventions, tous les ports placés sous l'autorité du Sul-

tan sont ouverts aux commerçants de ces nations : il est probable que, dans un avenir peu éloigné, la concurrence des négociants européens et américains détruira le monopole usuraire des Arabes et des banians, à l'aide du bon marché, joint à la variété et à la meilleure qualité des marchandises. Alors s'ouvrira, pour l'Afrique orientale, l'ère des progrès et des transformations sociales qu'apportent à un peuple les relations actives avec des nations plus avancées. Mais celles-ci , dans les rapports à établir avec des populations primitives qui leur sont entièrement inconnues, se trouveront nécessairement en face de nombreuses difficultés : je me suis efforcé de les aplanir dans le cours de l'ouvrage, en donnant un aperçu de l'état politique, des mœurs et des coutumes du pays; je vais maintenant compléter ma tâche en faisant connaître le mécanisme de son commerce.

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