MONNAIES ET PAPIERS DE CRÉDIT
^ On a vu que, dans une grande partie du pays, les échanges se faisaient en nature, c'est-à-dire qu'on troquait direc-
tement une marchandise contre une aulre, en quantité qui nu rien de fixe et ne se règle que par une transaction entre les exigences des intéressés. Je crois avoir fait comprendre aussi que les marchandises échangées de la sorte étaient celles qui étaient particulièrement recherchées par les deux parties, mais qu'il n'y en avait aucune qui servît de commune mesure, qui, en un mot, fit l'office de numéraire : ceci a lieu cependant pour le petit commerce de détail, don je n'ai point à m' occuper, et pour des valeurs au-dessous du soumouni (i/8 de piastre );-la mesure d'évaluation est alors le grain. ; .
A Zanzibar et dans les ports principaux du Souahhel, les Kiloua, Pemba, Mombase et Lâmou, on se sert de monnaie comme signe représentatif des valeurs ; il en est de même aux Bénadir : toutefois, à part Zanzibar, elle fait plutôt l'office d'une monnaie de compte dont la valeur efifective, la piastre Marie-Thérèse, n'est employée entre commerçants que comme appoint dans les échanges en marchandises.
Les espèces monnayées plus ou moins connues sur les
divers marchés sont les piastres autrichienne, espagnole,
^mexicaine et française, et les fractions de quelques-unes ;
puis les roupies-compagnie et leurs fractions, 1/2 et 1/4 de
roupie.
La seule monnaie ayant un cours général et régulier est la piastre Marie-Thérèse, désignée par les indigènes sous le nom de gueurck assoued (piastre noire ou thalari noir) et aussi sous celui de gueurch frathincia, dont le poids (sans frai) est, d'après le cambiste universel, de 28*'-,098, au titre de 857.
La piastre à colonnes nommée gueurch ahiod (piastre
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blanche), et aussi gueurch hoû mèud'fâh et gueixrch moreurbit a généralement le même cours que la piastre Marie- Thérèse ; quelquefois cependant , il y a un agio de 2 pour 100 ien faveur de celle-ci. La piastre mexicaine ne passe ordinairement qu'à 5 pour 400 d'escompte, c'est-à-dire avec un agio de 5 pour 100 en faveur de la piastre Marie- Thérèse. La pièce de 5 francs ne passe au change qu'à 12 pour 100 d'escompte et souvent plus, quoique sa valeur monétaire^ait été reconnue par le Sultan comme n'étant moindre que de 10 pOur 100 de celle représentée par la piastre Marie-Thérèse (1). Dans les ports de la côte, on la ferait difBcilement accepter : on n'y connatt que les piastres autrichienne et espagnole. Les relations de jour en jour pins fréquentes qui s'établiront entre les États arabes d'Afrique et nos possessions de Maïotte et de Nossi-bé pourront seules améliorer désormais cet état de choses, et procureront, sans nul doute, à notre pièce de 5 francs un change plus rapproché du pair intrinsèque aussi bien qu'une plus grande facilité de circulation. Le cours de la roupiecompagnie, qui est, du reste, en petit nombre sur la place de Zanzibar et ne se voit guère que là, est à raison de 220 à 223 roupies pour piastre. On y trouve également quelques demi-onces en or qui, il y a peu de temps, y passaient pour 9 piastres au moment des départs de bateaux pour le nord : elles gagnaient à ce change environ 1 piastre sur leur prix à Mozambique, et étaient, à cause de cela, préférées à toute autre monnaie par les Arabes qui avaient à emporter du numéraire des possessions portugaises à Zanzibar ; mais leur
(1) Voyez chapitre I", page 43 et suivantes.
cours n'y est plus, aujourd'hui, que de 8 i/2 à 8 piastres3/4. Cette monnaie d'or n'est, d'ailleurs, jamais entrée dans la circulation à Zanzibar ; elle n'y était recherchée que par les banians, eu égard à la finesse de son titre, pourêtre^ exportée dans le Keutch et employée à la bijouterie.
La piastre monnaie de compte représentée par l'une ou l'autre des piastres Marie-Thérèse et à colonnes se subdivise en 1/2, 1/4 et 1/8 de piastre, qui sont désignés par les noms de nouss-gueurch, reubou-yueurch et soumoun-gueurch ou soumouni.
Un nouss soumouni vaut trois kila de grains.
Une kila de grains vaut quatre kibaba.
Le nouss-gueurch est représenté indifféremment par la 1/2 piastre Marie-Thérèse qui est très-rare, et la 1/2 piastre à colonnes qui l'est moins, sans être abondante; le reubougueurcli l'est également paroles subdivisions correspondantes des deux espèces déjà indiquées, et souvent, surtout à la côte, par la pécètay de cinq à la piastre. A Zanzibar, quelques schellings circulent au même taux que la pécèta à canons; des pièces d'un franc et d'une demi-roupie sont aussi parfois reçues au bazar comme pécèta faible; mais celle-ci ne passe plus légalement pour un reubou-gueurch : un arrêté du Sultan a été publié, à ce sujet, il y a environ deux ans, et celui qui les reçoit en payement peut en exiger 5 ^la piastre. Le soumouni a pour équivalent légal la 1/2 pécèta à canons, puis mainte fois, à cause du manque de petite monnaie, le 1/2 schelling, le 1/4 de roupie et même la pièce de 50 centimes.
Il existe aux Kiloua une monnaie de compte, nommée doti, dont j'ai déjà parlé; cependant, n'étant pas allé sur les
lieux, je n'ai pu personnellement m' assurer de son rapport avec la piastre, et les renseignements qui m'ont été fournis a cet égard ne s'accordent pas entre eux. D'après les uns, cette valeur serait invariablement le dixième de la piastre ; selon d'autres, il y aurait, en outre, un doit plus fort , dit doti du Sultan , dont on ne comptait que 8 à la piastre. D'après une troisième version enfin, que je crois erronipe, on compterait 20 doti à la piastre.
Les papiers de crédit en usage sont les obligations, dont j'ai déjà parlé au sujet du règlement des comptes, et les billets de dépôt avec ou sans hypothèque. Les traites ne sont employées qu'à Zanzibar et ne doivent être tirées que sur Bombay, Mascate et quelquefois sur Moka. On donne ordinairement, à Zanzibar, iOO piastres pour une traite de 245 roupies sur Bombay.
Les obh'gations se font sous seing privé, avec ou sans témoins, mais devant le cadi,dontIa déclaration, formulée au bas de l'acte, suffit au besoin; le cadi n'a droit, pour cet office, à aucune rétribution.
Les billets de dépôt ou les reconnaissances sont employés pour constater le prêt d'une valeur quelconque. Ce dernier se fait avec ou sans hypothèque, el korda ber-rehena ou el korda bela-rehena. Toute propriété mobilière ou immobilière peut servir de gage. Quelquefois celui-ci reste entre les mains du prêteur, par exemple s'il consiste* en un objet susceptible de perdre de sa valeur par l'usage; sinon, le prêteur fait acte de prise de possession devant témoins, laissant la jouissanee du gage à l'emprunteur: ceci a lieu s'il s'agit, par exemple, d'une maison, d'une terre, d'esclaves, etc. Celte formalité a pour but, on le comprend, de
suppléer aux garanties créées chez nous par l'inscription légale de l'hypothèque. /
POIDS ET MESUBES.
Il paraîtrait qu'on a adopté, dans le principe, pour unité de poids celui de 16 piastres Marie-Thérèse : c'est le retol des Arabes, correspondant, et non égal, à notre livrepoids. Il faudrait, par conséquent, d'après le poids de ladite piastre sans frai et sans tolérance, que cette unité équivalût à 449»' ,568 ou à peu près, 4 grammes de moins que la livre anglaise avoir du poids. Mais cette monnaie est déjà d'une émission fort ancienne; la quantité qui en existe à la c6te orientale d'Afrique est constamment en circulation ; et, par suite, le frai des pièces est devenu tel, qu'aujourd'hui le poids moyen de 16 piastres prisjes dans le pays ne dépasse pas 442 grammes, c'est-à-dire qu'il est trop faible de plus de 7 grammes. Comme on n'a pas conservé d'étalon de l'unité choisie, les poids qui en dérivaient, quoique restés nominalement les mêmes et formés de la même manière, ont dû se ressentir proportionnellement de la diminution du poids du retol; ainsi, un men, poids de kS piastres Marie- Thérèse, devrait être de 1^,348 et n'est que de 1^,326. La frazela, composée de 12 men, qui devrait correspondre à 16^,184, n^atteint plus actuellement que 15'',912. Mais il y a plus : depuis quelques années, soit pour remédier à cette instabilité dans le poids, soit pour faire cesser l'usage d'instruments d'évaluation que la mauvaise foi rendait plus défectueux encore, on en est venu, dans la pratique, à assimiler le poids de la frazela à celui de 35 livres anglaises,
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soit pour nous 15^,874, ce qui n'empêche pas le men d'être mesuré toujours par le poids de 48 piastres. A Moguedchou, OD se sert , outre les mesures de poids que je viens de désigner, du kiss, qui équivaut à 7 frazeia (112 kilogrammes).
Le kan'di est l'unité au moyen de laquelle on évalue le fret : pour l'ivoire, il est de 21 frazeia ou 3ô5^,354, le 1/5 de notre tonneau de poids; pour le bois de sandal, le copal, le girofle, on compte 22 frazeia; ie fret est de 4 1/2 à 5 piastres par kan'di pour un voyage à Bombay.
L'unité de mesure de capacité est la kila, qui contient en monggui (petit grain vert) 2 men ou 2^,652. Dans le Souahbel, 60 kila font une djezela. Aux Bénadir, il n'en est pas ainsi : la kila de Moguedchou n'est guère que la moitié de celle de Zanzibar, c'est-à-dire un peu plus de 2kibaba 1/2. On y compte par suite 100 kila pour une djezela. La kila de Meurka est la même que celle de Zanzibar. On se sert encore, à Moguedchou, des mots une tobla pour désigner 45 kila, et un m'sigo pour désigner 30 kila.
La capacité des bateaux est évaluée en djezela. En poids, un kan'di correspond à 2^^"*'*,103 ; mais pour des matières d'encombrement, on ne compte cependant que 1 kan'di par 3 djezela, c'est-à-dire que le rapport du poids à l'encombrement serait de 27 à 3ë,o : un bateau dit de 500 djezela correspondra donc à un navire de 55 tonneaux.
Djezela est un mot arabe; les Souahhéli emploient aussi, pour exprimer un nombre équivalent de kila, le mot m'zo. A Pcmba, par exception, le mzo n'est que de 20 kila, quoique celle-ci soit la même qu'à Zanzibar et au Souahhel. La kila sert pour la. vente des céréales et du sel ; à la côte, on en use également comme de mesure dans la troque de la gomme.
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Oûond on veut mesurer une grande quantité de grains» on emploie souvent, pour activer l'opération, un vase de grandeur arbitraire, après avoir déterminé sa capacité en kila; on donne à ce vase le nom de farrah. De même, pour mesurer l'huile de coco, on se sert, depuis quelques années, d'une sorte de cruche, nommée tonggui ou m'tonggui^ qui contient ordinairement 6 men ou i/2 frazela; mais le kmgguiy pas plus que ]e farrah, ne sont des mesures légales. À part les grains et le sel , presque tous les objets, bois d'ébène et de sandal compris, se vendent au poids (kan'di, frazela oo men); cependant les bois de construction se vendent à la kourdja, de même que les peaux et le poisson salé. Le bois à brûler est vendu en petits fagots ; les cocos, au cent ou an mille.
Les mesures linéaires sont le feieur (distance comprise de l'extrémité du pouce à celle de l'index tous deux tendus et écartés), Tempan chtbeufy la coudée (Trâ (i), la brasse bâhj le pied anglais fcot commence à être usité dans les constructions maritimes. Le pas est quelquefois employé pour évaluer de petites distances et les mesures agraires. Ces dernières sont le mita et Voukambâa pour Mombase, Lâmou et Patte ; à Zanzibar, on n'en fait pas usage. Le m'iia est une surface de 800 pas de long sur 200 de large ; Voukambâa est le 1/4 du m'/ta.
If n'y a pas de mesure itinéraire exacte en usage dans le pays; la longueur de la route entre deux points plus ou BM&ns éloignés s'estime approximativeoient par le nombre
(1) La coadée a été trouvée, eo moyenne, de 48 à 49 centimètres chez les Soumal, qui sont généralement grands, et de 45 centimètres cbez les Soiialilléb.
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de journées ou d'heures qu'on met à ia parcourir. On comprend à combien d'erreurs on est exposé avec un pareil mode d'estimation, car la rapidité de ia marche dépend nonseulement de la charge du voyageur, qui peut être plus ou moins grande ou même nulle, mais elle dépend encore de la nature des terrains à traverser.
Eu égard à ces diverses circonstances, le chemin fait dans une heure peut varier d'un mille et demi à quatre milles, suivant qu'il a été parcouru par une caravane se réglant sur le pas des chameaux chargés, ou qu'il a été suivi par un bon marcheur.
On comprendra, d'après ce que j'ai dit des poids et mesures légalement établis, combien le système en est incomplet et se prête à la fraude. On m'a, d'ailleurs, assuré que Il plupart des marchands, surtout dans le commerce de détail, avaient, chez eux, outre les poids légaux, des poids plus forts et plus faibles, dont ils se servent alternativement selon qu'ils achètent ou vendent, et que les mesures légales n'étaient là que pour être exhibées au besoin, par exemple en cas d'enquête faite par l'autorité locale.
Dans ce tableau du mouvement commercial de la partie de l'Afrique orientale située au nord du cap Delgado, j'ai eu principalement pour but d'en expliquer le mécanisme et les diverses ramiflcations, et, pour le rendre moins fastidieux, j'en ai écarté certains détails tout pratiques. Les commerçants ayant à traiter sur les lieux devront consulter, à ce point de vue, le rapport autographié de M. Loarer, dont plusieurs exemplaires ont été envoyés aux diverses chambres de commerce de France. t'