CHAPITRE IX
Dbpoftitions des Sakalaves à l*égard de la France. — Propositions faites à an officier français par Tsiouméîk et les chefs. — Mesures prises à ce sujet par Tadministration de Bourbon. — Le gouvernement de la métropole ordonne Toccupation de Nossi-Bë. — Conclusion.
Âla suite de notre expédition de 1829 à la côte est de Madagascar, et de Févacuatioù de rétablissement, à peine créé, de Tintingue, divers projets, ayant pour but de rendre à la France un port dans cette grande ile , et d'y rétablir avec honneur son pavillon, avaient été présentés au Gouvernement ^ La corvette la Nièvre avait tour à tour exploré les différentes baies de la côte N. E., et le résultat de cette exploration avait attiré Tattention du département de la marine sur la partie Nord de Tile, complètement obligée par nous depuis l'établissement de Bényowski. Nommé en i838 au gouvernement de Tile Bourbon et dépendances, au moment où le ministère de la marine se préoccupait de la création d'un établissement maritime à Madagascar, M. le capitaine de vaisseau de Hell était arrivé dans la colonie, déjà disposé à s'occuper sérieusement de cette importante question ; et la nécessité d'une pareille création lui avait bientôt paru d'autant plus absolue, que le projet de creuser un port à Bourbon paraissait alors devoir être abandonné. Le nouveau gouverneur, youlant savoir d'une manière positive quelle était à cette époque la situation politique des peuplades du Nord de l'ile, avait chargé son aide de camp , M. Passot, capitaine d'infanterie de marine, d'en visiter les points principaux. Le brick le Colibri avait été mis à la disposition de l'oflicier choisi pour remplir'cette mission, et c'était ainsi que ce bâtiment venait de se trouver conduit dans les eaux de Nossi-Bé.
Les Sakalaves exposèrent à M. Passot la situation critique dans laquelle ils se trouvaient, et leurs inquiétudes pour l'avenir. Touché de compassion à la vue des misères de tout genre qui affligeaient cette malheureuse population , cet officier promit d'en donner connaissance au gouverneur de Bourbon, et fit espérer à Tsiouméîk et aux autres chefs que , s'ils réclamaient la protection de la France, elle ne leur ferait pas défaut. Ceux-ci accueil-
' Voir le PrécU sur les étahlissemenlsfrançais formés à Madagascar, publié en I83Ô par le département de la marine.
Hrent avec empressement Tidée qui leur était suggérée; Séyid- Saïd paraissait décidé à les abandonner, et, en tout cas, leur position était telle, qu'ils ne pouvaient attendre patiemment les secours , au moins fort incertains , du souverain arabe. D*un moment à l'autre, les Hôvas pouvaient opérer une descente dans l'île, qui, avec ses plages découvertes, était presque partout dun abord facile; ils y étaient venus une fois en i83i , et le bruit qu'ils allaient y faire une seconde et prochaine expédition avait déjà plus d'une fois répandu la consternation et l'épouvante dans la population. En présence de ce danger toujours imminent , et à défaut des secours qu'ils avaient vainement attendus de Zanzibar, les chefs sakalaves se trouvèrent autorisés à recourir au nouveau moyen de salut qui se présentait à eux. Ils chargèrent donc M. Passot de faire connaître au gouverneur de Bourbon leur désir de se mettre sous la protection du Roi des Français , et de le supplier de leur envoyer promptement les renforts nécessaires. Toutefois , ils ne crurent pas devoir rompre de suite avec le sultan , et ils continuèrent même de réclamer son intervention, se réservant d'accepter pour protecteur celui qui se révélerait à eux par une coopération vraiment eilicace et une puissance réelle.
Néanmoins, en raison des engagements qu'ils avaient pris visà-vis de M. Passot, cet officier voulut leur prouver qu'il s'intéressait sérieusement à leur sort : comprenant dignement la mission de tout agent français, là où il y a des malheureux à secourir, il se présenta avec le brick devant le poste de Mouroun'sang, et signifia au commandant hôva qu'il eût dorénavant à s'abstenir de toute hostilité contre les habitants de Nossi-Bé, attendu qu'ils venaient de réclamer la protection de la France.
II est permis de penser que cette démonstration ne fut pas sans effet sur l'esprit des Hôvas, car ils ne firent depuis aucune tentative sur l'île; et, si ce n'avait été les désordres intérieurs qu'amenaient les mésintelligences de leurs chefs , les réfugiés auraient pu y trouver enfin un peu de repos et de bien-être. Mais la jeune reine et l'ampandzaka Tsimandrouh, entre lesquels avaient d'abord existé des relations de bon voisinage, se brouillèrent au sujet d'esclaves qui s'étaient éphappés de chez l'un pour aller se piettre sous le patronage de l'autre, et réciproquement : de là des menaces d'agression de part ou d'autre, qui entretenaient une continuelle agitation dans le pays. En
outre, ci surtout dans la partie de Tile où semblait régner Tauiorité de la reine , la population était horriblement exploitée et victime de tous les excès; le parti occulte dont nous avons déjà parlé avait continué d'y répandre la terreur, et nul n'y était sûr de sa vie ni de ses biens : en un mot, le vol et le meurtre y étaient exercés au grand jour par quelques scélérats auxquels le nom et la protection de Tsiouméïk assuraient l'impunité de leurs crimes. Ainsi s'écoulèrent les derniers mois de 1839 et les premiers de Tannée suivante.
Cependant, à son arrivée à Bourbon, le capitaine Passot avait rendu compte au gouverneur de la situation dans laquelle il avait laissé les débris de la population du Bouéni. et du désir que lui avaient témoigné les chefs réfugiés sur les iles du N. O. de se placer sous l'autorité de la France. Les dispositions kiianifestées par les Sakalaves , bien qu'elles fussent inutiles pour établir vis-à-vis de toute puissance étrangère nos droits de souveraineté sur Madagascar, n'en étaient pas moins bonnes à constater, comme adhésion de la population à cette souveraineté, pour le moment où il nous conviendrait de l'exercer. Aussi M. le gouverneur de Hell envoya-t-il , à peu de temps de là, le même o/Hcier à Nossi-Bé, l'autorisant à dresser, de concert avec les chefs, un acte par lequel ils concéderaient leur pays à la France, et se reconnaîtraient, eux et leurs sujets, comme Français. La ga* bare la Prévoyante, qui portait cette fois le négociateur, partit de Bourbon le i3 avnl i84o , et mouilla quelques jours après à Nossi-Bé.
M. Passot y trouva les Sakalaves aussi inquiets que par le passé, et dans les mêmes intentions qu'ils lui avaient déjà manifestées. Leur dernière démarche auprès du sultan de Mascate D^avait eu aucun résultat : Tsimilitsi , qui depuis six mois était en instance à Zanzibar, n'avait rien pu obtenir, et il annonçait , en désespoirdecanse, son prochain retour à Nossi-Bé. En diverses occasions pourtant, et à l'instigation de ses conseillers, dont le chef,Bouba-Maharts', avait embrassé l'islamisme lors de son ambassade auprès de Séyid-Saîd, Tsiouméïk avait fait savoir à Zanzibar que, malgré les propositions adressées aux Français, elle garderait toujours ses engagements avec le sultan : et tout cela n'avait pas décidé ce dernier à sortir de son inaction, ni même à donner aux Sakalaves la moindre espérance pour l'avenir. Seyid-Saîd avait eu sans doute connaissance des droits qui nous
étaient acquis depuis longtemps sur Madagascar, à l'exclusion de toute autre puissance , et il prévoyait que l'opposition de la France viendrait bientôt rendre inutiles les dépenses qu'il aurait pu faire pour établir son autorité sur quelque point du Bouéni. Toujours est-il que sa conduite et son silence permettaient aux chefsavecqui il avait traité, de se regarder comme libres de tout engagement envers lui; ceux-ci se décidèrent donc à passer, avec M. Passot, représentant le gouvernement de Bourbon, une convention par laquelle Tsiouméïk, reine de Bouéni, et ses premiers chefs réunis autour d'elle , cédaient leur territoire à la France, et se reconnaissaient dès lors sujets du Roi des Français; puis quelques chefs furent désignés pour aller porter le traité au gouverneur de Bourbon , afin d'y donner, par celte démarchent encore plus d'authenticité.
Pour qu'on puisse se faire une idée de ce qu'étaient la stupide ignorance de Tsiouméïk et le ridicule orgueil développé chez cette enfîmt par les adulations de son entourage, nous mentionnerons un fait qui se passa lors de la rédaction de l'acte de cession : la jeune reine se trouva très-choquée qu'on plaçât S. M. Louis- Philippe au-dessus d'elle, prétendant être considérée comme son égade , et traiter de puissance à puissance.
Ladite convention avait été passée le 1 4 juillet i84o, et, à partir de cette époque, nous eûmes toujours un bâtiment sta^ tionné dans les eaux de Nossi-Bé pour en protéger les habitants contre toute agression. La résidence de la reine fut transportée du petit Passendâva sur le plateau situé entre la pointe de Mabatin'zo et l'anse de Passiména; on éleva pour elle une maison en maçonnerie autour de laquelle furent groupées bientôt un grand nombre de cases , et ce village , qui reçut le nom d'Heltville, devint le plus considérable de l'ile. Quoique notre pavillon ne flottât pas encore surNossi-Bé, notre influence s'y exerçait déjà pleinement : le commandant du stationnaire était consulté sur toutes les affaires intérieures; une maison de commerce dé Bourbon y avait fondé un établissement; nos ouvriers y exploitaient des bois; en un mot, nous préludions par des actes de souveraineté réelle à la prise de possession oflicielle qui devait avoir lieu aussitôt que le gouvernement de la métropole y aurait donné son approbation.
Une décision afiirmative de celui-ci ne tarda pas à autoriser l'administration de Bourbon à donner à la convention du
I à juillet une exécution pleine et entière. Par arrêté du gouverneur de celte colonie, en date du i3 février i84i» toutes les dispositions furent prises pour l'occupation de Nossi-Bé , et M. F. Goubot, capitaine en premier d artillerie de marine, nommé commandant particulier de cette île, y fut transporté par la corvette de charge la Dordogne, avec un détachement destiné à former la garnison, et le matériel nécessaire aux premiers besoins de rétablissement.
Le 5 mai 184 1 ,ractedeprise de possession fut consommé, avec les cérémonies d'usage; et le pavillon français, arboré à Hellville au bruit des déchaînes de mousqueterie tirées par les marins et par les soldats français, et aux acclamations de la population indigène.
Ici se termine l'esquisse historique que nous nous étions proposé de tracer. Nous nous reprocherions d^en avoir étendu et rempli le cadre avec trop de complaisance, si nous n'étions préoccupé avant tout des relations intimes qui rattachent le sujet à la France, pourtant si rarement nommée dans ces pages.
II en est de certains peuples , modestes affluents des grandes nations de la terre, comme de ces ruisseaux sans nom dont on aime cependant à suivre l'humble cours à travers des régions ignorées, par intérêt seulement pour les grands fleuves dans lesquels ils viennent se perdre en les enrichissant du tribut de leurs eaux. Qu'on ne s'arrête donc pas trop à cette réflexion . que les peuples obscurs dont nous venons de parier tiennent plus de place dans ce livre qu'ils n'en tiendront jamais dans l'histoire du monde. Le passé des hommes vaut surtout par l'avenir; et bien des naissances infimes ont été sauvées de l'oubli pour avoir été le point de départ d'éclatantes destinées. Depuis des siècles, les voyageurs cherchent sans se lasser la source mystérieuse du Nil, qui n'est peut-être à son origine qu'un mince filet d'eau suintant des flancs d'un rocher , mais qui plus loin donne à l'Egypte la fécondité et la richesse.
L'avenir réservé aux sauvages enfants de l'Sle Malgache doitil être tel, un jour, que la postérité veuille s'enquérir de ce qu'ils auront été, en raison de ce qu'ils seront alors ? Nous le croyons , et il n'a pas fallu moins que cette ferme croyance pour nous soutenir dans la tâche, souvent aride, que nous nous étions imposée : et puis , nous avions la France en regard; et l'on s'aperçoit peu des fatigues de la route quand c'est là qu'on doit alK>utir.
Disons, après tout, que ce-récit ne nous a pas paru complètement dénué d'intérêt : cest toujours un spectacle attachant que celui d*un peuple, si faible quil soit, marchant avec courage à laccom plissement de sa destinée, et luttant ensuite avec des agitations convulsives contre le principe de mort qu'il porte en son sein. Nous avons pris à son berceau cette famille sakalave, et, là déjà, nous ne l'avons pas trouvée sans gloire; nous l'avons suivie danssalongue carrière aventureuse, et nous l'avons vue, à son apogée, constituer une assez puissante agrégation politique, une agrégation telle qu'il est rarement donné à une race purement sauvage d'en fonder une pareille. Enfin nous l'avons accompagnée, à travers toutes les vicissitudes de son déclin, jusqu'au jour où , par l'ciret de désordres intérieurs et de l'invasion étrangère, les deux dynasties Voulamènes et le peuple qu'elles gouvernaient se sont trouvés réduits, d'un côté, à un enfant régnant sur quelques milliers d'individus emprisonnés sur un îlot, et de l'autre, à deux jeunes princes ^ sans autorité ni influence sur les groupes désunis et découragés qu'ils appellent encore leurs sujets : rois et peuples, semblant, au Nord comme au Sud , ne plus attendre pour disparaître complètement que le moment où ils pourront être absorbés dans une unité supérieure à celle qu'il leur avait été donné de réaliser.
Les races ne comptent que par ce qu'elles ont fait dans le sens de l'organisation de l'unité humaine : leur blason se mesure à leur puissance d'agrégation. Pour prouver que la part d'action des Sakalaves dans l'œuvre du développement humanitaire n'a pas été tout à fait nulle , il suffirait de se rappeler ce qu'ils ont accompli ou tenté pour la constitution de l'unité politique de Madagascar, dont plus de la moitié a été soumise à leur autorité souveraine. C'était là leur raison de vitalité : lorsqu'ils se sont arrêtés dans cette voie de progrès pour s'endormir à l'ombre de la gloire acquise, leur mort politique a commencé.
Si nous étions de ceux qui font de l'histoire fataliste, en se mettant au point de vue d'une prétendue intervention providentielle dans les actes humains, nous ne manquerions pas de signaler l'àpropos de la venue d'Andrianampouine et de son fils Radama,
> Rainâssa, dont ii a été parlé, et Taragni, fils de Quelsambaîe, élu par les Sakalaves du Ménabé pour succéder è ce dernier.
Doc. SUR Madag. 10
rois des Hôvas , prenant en main cette œuvre de Tunité tuaigâche, au moment où elle est abandonnée des Sakalaves affidblis par leurs luttes intestines et amollis par le règne des femmes. Mais nous ne croyons pas que Dieu jette sans cesse le poids de sa volonté au milieu des événements du monde : il a fait à chacun sa part de sociabilité et d'intelligence, et Ta faite assez généreusement pour qu'il n'ait plus besoin de tenir luimême la lisière aux peuples enfants. L'homme s'agite ou marche suivant qu'il use bien ou mal des forces natives dont il dispose , ou suivant la direction plus ou moins sage que le faible reçoit du fart : mais ce n'est plus Dieu qui le mène.
S'il est une preuve fondée de linégalité des i*aces , c'est bien celle que l'histoire nous révèle, en nous racontant leur grandeur et leur décadence , leur progrès ou leur immobilité. Toutes n'ont pas reçu la même virtualité, la mémeardemr, la même faculté d'accroissement. Sur la route de la civilisation , toutes ne marchent pas ; beaucoup s'arrêtent par impuissance ou par lassitude ; quelques- unes seulement vont toujours. Eh bien! hàtons-nous de le dire, la race malgache n'est pas de ces dernières , elle n'est pas non plus de celles qui vont longtemps.
D y eut un moment peut-être où , grâce à l'ardeur ambitieuse et à l'intelligente énergie d'Andrianampouine et de son fils, on put croire que le peuple hôva, s'asbimilant les éléments de civilisation que l'Angleterre lui apportait avec une générosité calculée, allait continuer l'œuvre ébauchée par les peuplades de l'Ouest , et constituer un empire malgache, à la honte de la France, qui depuis près de deux siècles semblait s^être donné cette glorieuse mission. Mais cet espoir est mort avecRadama, et le règne de Ranavalou est une preuve que, passé une certaine borne, ces peuples malgaches ne peuvent rien tout seufs, pas même imiter. Attendre désormais pour eux quelque chose du simple contact de notre civilisation, ce serait vouloir obtenir une résurrection du rapprochement d'un vivant et d'un cadavre.
On se méprendrait étrangement en se flattant que les Peaux rouges d'Amérique, les noirs africains, la race océanienne, pourraient jamais parvenir par leurs propres forces à un état social notablement différent de celui dans lequel ils vivent, et qu'il suffirait pour cela de leur laisser un libre développement on de les intlnencer seulement par l'exemple et le voisinage d'une
civilisation supérieure. Voyez Saint-Domingue, et cette caricature méthodiste grimacée par les indolents sauvages d*Otaïti ! Sous ce m
rapport, le passé des uns ne nous raconte-til pas suffisamment Tavenir de tous ? Il n'y a qu*un moyen pour civiliser ces peuples; et celui4à est vraiment ou providentiel ou fatal, c'est de les absorber dans la vie plus parfaite des races initiatrices : nous disons absorber et non pas anéantir; le procédé d'anéantissement, employé par les Espagnols et les Anglo-Saxons de l'Amérique du Nord contre les tribus indiennes , est une politique barbare, qui n'est plus de notre siècle, ou du moins qui n'est pas française. Mais le respect exagéré de leur indépendance, prêché par une eertaine école libérale, a un caractère de duperie, nous dirons mieux, un caractère antihumain tel, qu'on ne saurait y condescendre sans révéler son impuissance ou faire acte de pusillanimité. Et qu'on ne se méprenne pas sur le sens de nos paroles : ce n*est pas l'indépendance individuelle que nous proposons de sacrifier, mais une indépendance politique sans profit pour le peuple qui la possède, et non-seulement impuissante à l'introduire dans les voies de la civilisation, mais qui , le maintenant dans les limbes de la vie sauvage et de la barbarie, tend infailliblement à le faire disparaître. D'ailleurs, pour un peuple comme celui dont il s'agit , ce serait précisément par un respect absolu de sdn indépendance politique qu'on anéantirait chez lui la liberté individuelle, car là, plus que partout ailleurs, l'homme est victime de l'abus de la force brutale et d'une horrible exploitation.
Donc il faut à ces malheureuses peuplades , pour les amener à la vie commune , la direction des aînés de la famille humaine : les laisser libres, c'est les condamner à périr. Cette suprécnatic active de la race européenne sur les races barbares et sauvages, ici comme partout, est plus qu'un droit: elle est un devoir que celle-ci ne doit pas laisser tomber en oubli.
Maintenant, à laquelle des nations civilisées doivent échoir ce droit et ce devoir de conquête civilisatrice sur le pays dont nous venons d'ébaucher l'histoire ? A laquelle, sinon à la France, qui, il y a deux siècles, donnait à l'ile entière le nom de France orientale! Est-il besoin d'énumérer ici tous nos titres de souveraineté sur Madagascar? Nos archives et les annales de notre marine en sont pleines; l'Angleterre elle-même les a reconnus en 18 15, quand elle a prétendu alors les avoir acquis de nous ^fjjjft
parle traité de Paris, prétention aussitôt combattue par les
ministres de la restauration et aussitôt abandonnée par le cabinet de SaintJames \
Faut-il enfin faire briller aux yeux de nos hommes politiques le prix d*une pareille possession? Qui ne connaît cette il<& magnifique , la reine de Tocéan Indien ; la fertilité de son sol , la variété de ses productions, ses richesses métallurgiques, ses vastes et excellents ports , enfin son admirable situation géographique , à deux pas du continent africain , non loin de la grande presqu'île asiatique, entre les deux routes de rinde, de la Chine et de rOcéanie occidentale, entre le cap de Bonne-Espéranœ et Tisthme de Suez ? Nous allons demander, à nos rivaux en industrie, des matières premières que nous trouverions à souhait à Madagascar, en échange de nos produits manufacturés, et dont le transit serait naturellement dévolu à nos navires. Cette insouciance au sujet de tels avantages se conçoit- elle au moment où notre industrie et notre commerce extérieur réclament de nouveaux débouchés? alors que notre marine commerciale , n'ayant guère d'autre emploi que la navigation réservée de nos colonies, semble ne pouvoir édiapper que par Texlension de celles-ci, à une ruine totale !
La France se doit à elle-même, elle doit à l'humanité tout entière » elle doit surtout à ces malheureux opprimés qui crient vers elle et croupissent dans la plus dégoûtante barbarie, d'être fidèle à son passé, qui l'engage; d'avoir le courage de sa mission présente, et de prendre soin de sa grandeur future, en associant les peuplades malgaches à sa vie progressive, en les unissant en corps de nation sous son autorité bienfaisante, et répandant enfin sur elles les lumières de la civilisation qu'elles attendent de nous depuis si longtemps, et qu'elles nous renverraient, un jour, en richesse et en puissance.
' Voir le Précis iur les étahlissfmfnls français formés à Madagascar, cité ci-dessut.
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