CHAPITRE VIII
Mort de la princesse Taossi. — Faits relatifs à Maka et k son fils Tsimandroub. — Tsioumeîk succède à Ouantitsi. ; — Reprise des bosdlités par les Hôvas. — Fuite de Tsioumeîk et de ses sujets clans le Nord. — Amoassade envoyée par Tsioumeîk au sultan de Mascate. — Intervention du souverain arabe. — Retraite des Sakalaves sur Nossi-Bé. — Arrivée d*un brick de guerre français dans les eaux de cette ile.
Comme nous l'avons déjà dit , les débris de la population de Bouéni, réunis sous Tautorité d'Ouantitsi , goûtaient enfin quelques moments de repos , bien nécessaires après toutes les calamités et les misères qui avaient accablé cette population durant ses luttes avec les Hôvas. La reine , qui avait eu tan t à soufinr ellemême des chances de la guerre , jouissait aussi de la paix et du bonheurquesapolitiqueconcilianteavait procurés à ses sujets, lorsque la niort vint la frapper dans ses plus douces aflèctions. Sa nièce Taossi , qu'elle chérissait comme une sœur, et qui n avait jamais voulu se séparer d'elle, fut enlevée à sa tendresse; étant encore dans toute la force de 1 âge. Elle mourut à Gapani , le premier jour deRejeb de l'année Djumani (lo octobre i835]. Le peuple lui donna deux noms posthumes, Ândrian-Tangiani-Ârivou et Andrian-Tsimissarak -Ârivou : le premier faisant allusion aux regrets qu'inspirait sa mort, le second à l'attachement qui existait entre elle et la reine ^
Ce triste événement causa un vide affreux dans l'existence de
' M. Noël a commis, une erreur en représentant Taossi comme la fille d^Ouantitsi, et nous sommes porté à croire qu'il se trompe encore dansTexplication qo*il donne des deux surnoms que la première reçut après sa mort. Voyez Reekerehes sur les Sakhalava, page 66.
celle-ci : pour échapper à ses souvenirs, elle voulut fuir les lieux qui lui rappelaient la perte qu'elle avait faite , et transporta sa résidence de Capani à Marandavi; mais elle essaya vainement de tromper sa douleur. En outre, une fâcheuse complication venait aggraver cet état pénible : Ouantitsi se trouvait déjà enceinte quand Taossi mourut; sous la double influence de ses douleurs physiques et morales, sa santé s*altéra gravement, et elle ne survécut que peu de temps à celle qu'elle avait tant aimée. Au reste, elle échappait par sa mort à de nouvelles tribulations : sur la fin de son règne encore, la paix sembla devoir être bientôt troublée, et en effet, peu de jours après qu'elle eut rendu le dernier soupir, les Sakalaves furent menacés d une agression parles Hôvas. Voici ce tjui avaitamené ces démonstrations hostiles.
On n a peut être pas oublié que , sous le règne de Tsimaloume , le pnnce Maka , après avoir sans succès disputé le pouvoir au petitfils de Ravahini, s'était réfugié à Ankara auprès de Rabounah, qui gouvernait alors cette province. Un certain nombre de ses partisans Ty avaient rejoint, et plus tard il s'était ligué avec Tsialan » neveu de Rabounah , pour l'aider à renverser son oncle et à s'emparer du pouvoir :Tsialan s'était engagé, en cas de réussite , à le soutenir dans ses prétentions au trône de Bouéni. Le prince antankare parvint à déposséder son oncle ; mais il ne se trouva plus alors disposé à tenir la promesse qu'il avait faite à Maka; cependant, pour reconnaître les services qu'il avait reçus du chef sakalave , il lui donna une partie de l'ile dite Nossi-Fâli , où ce dernier s'établit avec ses gens, et mourut quelque temps après.
Tsimandrouh , l'ainé de ceux des fils de Maka qui se trouvaient alors près de lui, avait hérité de l'autorité de son père à Nossi-Fâli , et quand les Hôvas attaquèrent Ankara , il combattit avec ses gens dans les rangs des An tankares. Grâce à la grande influence qu'il s'était acquise sur les indigènes par sa naissance, son éloquence dans les kabars et son extérieur imposant, celix-ci ayant fait leur soumission à Radama , il fut choisi par le gouverneur de Vohémare pour commander à la population réunie autour de ce poste, et exerça ces fonctions jusqu'en i835; mais, à cette époque, des actes arbitraires et vexatoires , commis à son égard par le gouverneur hôva, vinrent jeter de l'irritation dans son esprit; et, désespérant de se faire rendre justice, il s'enfuît de Vohémare avec son frère Sambaïe ; tous deux , suivis de leurs Doc. SUR Madag. ^^
anciens vassaux , se rendirent alors en Bouéni, et arrivèrent à Marandavi le huitième jour du mois de Ramazan, année Djumani (27 décembre i835).
Dès que le gouvernement dlmerne eut connaissance de leur faite , il se hâta de demander leur extradition. Ce fut pendant les pourpariers relatifs à cette affaire qu'Ouantitsi accoucha d'un fils qui mourut trois jours après sa naissance. Elle-même ne survécut à son enfant que quinze à vingt jours. Peu de temps auparavant elle était revenue habiter Gapani , comme si , prévoyant sa fin prochaine, elle eût voulu se rapprocher des resti^ de celle qu'elle n'avait cessé de regretter. Elle y rendit le dernier soupir le a 6* jour du mois de Fongouapili, année Djumani (i3 mars i836), et fut inhumée sur nie Lavaloualiki, qui sépare la baie de Mouroun'sang de celle de Saumalaza; le peuple lui donna le nom posthume de Andriamanhorign'Arivou ^ La fille de la princesse Taossi «Tsiouméïk , seul rejeton de la branche régnante qui se trouvât sur les lieux , était naturellement destinée à succéder à Ouantitsi.
Cependant le gouvernement bôva voyait toujours avec inquiétude la présence de Tsimandrouh et de Sambaîe parmi les Sakalaves, persuadé que ces chefs mécontents chercheraient à ranimer Hnsurrection dans le Bouéni; en conséquence il avait résolu d'obtenir de gré ou de force leur expulsion « et, dan^ ce but, quelques troupes venaient d'être expédiées de Vobémare contre le point où les réfugiés avaient trouvé asile. Les Sakalaves étaient encore au milieu des fêtes qui, selon l'usage, avaient suivi les funérailles de la reine, quand on apprit qu'un corps de Hôvas et d'Antankares s'avançait vers Capani avec des intentions hostiles. A cette nouvelle , on se hâta de procéder à l'élection de Tsiouméîk, et les hommes de guerre s'étant ralliés autour de Tsimandrouh et de quelques autres chefs, marchèrent à la rencontre de l'ennemi. On se battit à Sambéranou : les SakafaiVes, plus nombreu x que leurs adversaires , eurent l'avantage , et ceuxci s'en retournèrent à Vobémare.
Tsiouméîk ' (ut publiquement reconnue comme reine de
' Manhorigni signiGe qui est planté en terre, posé, fixé, et dit alliuioo à rélectioQ d*0uantit4i qui fut mise par le peuple en la place de son frère Andriansonli.
* Tsioamiîk est un assemblage des mots Tsi, ne pas, ouméi^ donne, Kmhi, je : je ne donne pas. — La jeune reine Tut ainsi appelée k Foccasion du fait sui-
Bouéni, le 17* jour du mois de Fongouatano, année Djumani (5 avril i836). Elle avait alors 8 ans et 3 mois: Était-ce de ce faible enfant qu'on pouvait attendre Ténergie nécessaire pour conjurer les nouveaux orages qui menaçaient les Sakalaves, et relever leur courage abattu par tant de défaites]
L'affaire de Sambéranou ne fut que le prélude de plus sérieuses hostilités. Sur le refus fait au nom de Tsiouméîk de livrer les réfugiés, de nouvelles dispositions avaient été ordonnées par le gouvernement central pour dompter cette résistance, et à denx mois de là, en Fongouatano, année Djumani (à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin), 2,000 Hôvas, commandés par le général Rainiguitabé, étaient dirigés dlmerne vers le pays occupé par Tsiouméîk et les populations soumises à son autorité.
 leur approche, la jeune reine quitta le village d'Ambativoukouni qu'elle habitait, et fut conduite dans les* bois qui bordent la rivière Saumalaza , en un lieu où elle pouvait espérer d'échapper à toutes les recherches. Rainiguitabé rencontra d'abord une assez vive résistance; mais, après un engagement qui coûta la vie à beaucoup d'hommes des deux partis, les Sakalaves ae dispersèrent, laissant l'ennemi maître du pays. L'armée hôva y séjourna environ deux mois, envoyant des détachements qui pourchassaient les habitants dans toutes les directions, puis elle reèournà en Imeme, emmenant avec elle un millier de prisonniers.
Débarrassés encore une fois de la présence de leurs oppresseurs « les Sakalaves ne tardèrent pas à se réunir de nouveau autour de Tsiouméîk; mais les moments de répit qui leur étaient laissés n'étaient pas exempts de préoccupations pénibles , car ils pouvaient voir alors les vides que la guerre opérait au milieu d'eux. Les pertes que l'ennemi leur faisait éprouver n'étaient pas les seules qu'ils eussent à regretter: il arrivait encore que beaucoup des familles dispersées restaient dans les lieux retirés où elles avaiettt trouvé un refuge. Ainsi chaque expédition faite contre eux leur enlevait une partie de leur force, et en outre de toutes
vaut : dans un kahar qui suivit la mort d*OaanUtsi , Tsimandroub, qui intriguait pour lui succéder, ayant voulu $*emparer du siège royal (espèce de billot sur lequel le souverain s^asseyait dans les assemblées) , Teiiiaut protesta aussitôt contre cette prétention, en prononçant, d*un ton d*autonté, ces iujIs: Tài ûamM kou , jp ne donne pas; et les Sakalaves, enchantés de cet acte de aotînefie, la nommèrent dès ce momeat Tsiouméîkêtt.
ces causes d affaiblissement , qui auraient sufli pour amener leur ruine totale , des désordres intérieurs vinrent encore aider à la précipiter.
Laissée aux débiles mains d'un enfant, i*autorité royale devint promptement un but d'exploitation pour toutes les présentions rivales ; les chefs , jaloux les uns des autres , repoussèrent toute direction supérieure , et Tanarchie vint s'ajouter aux autres éléments de dissolution qui travaillaient les restes épuisés de cette peuplade infortunée. Au milieu de ce conflit d'ambitions sans frein, un pouvoir occulte et redoutable ne tarda pas à s'élever ; les individus qui formaient l'entourage particulier de Tsiouméik et la dirigeaient, gens capables de tous les excès et de tous les crimes, combinèrent leur influence avec les intrigues de quelques mécontents, pour prendre en main la toutepuissance. Â la tête des premiers , figuraient deux anciens esclaves de Taossi, récemment affranchis : Ouinguitsi, femme d'un caractère énergique , mais d'habitudes vicieuses , qui , dans son affection feinte ou réelle pour la fille de son ancienne maitresse, s'était posée conmfie sa gouvernante; puis Bouba-Maharts' (Bouba-Maharetsi}, homme ambitieux et fourbe, ne manquant pas d'une certaine dose d'intelligence, mais l'employant tout entière au service de ses mauvaises passions. Ces hardis intrigants sentirent tout d'abord qu'il leur fallait se défaire des chefs qui pouvaient gêner l'accomplissement de leurs projets : le manan'tani Fianhouna fut leur première victime. Ils l'accusèrent auprès de Tsiouméîk d'avoir donné du poison à Taossi, et, ayant surpris le consentement de cette enfant, ils le firent assassiner par un des leurs, Milabé, esclave mozambique , qui fut affranchi en récompense de son crime , et devint depuis l'exécuteur de leurs arrêts sanguinaires. Un jeune chef, appelé Naïkou, fut nommé Manan'tani à la place de Fianhouna. Ce dernier ne fut pas sacrifié seul à la haine et à l'ambition des conseillers de la jeune reine ; un autre chef, qui avait eu des relations intimes avec Taossi, fut enfermé, et on le laissa mourir de faim dans sa prison.
Pendant tous ces déchirements, l'hiver s'écoulait , et le retour de la belle saison allait ramener contre les Sakalaves leurs ennemis implacables. Dans le courant du mois de Fongouani, année Djumatano (avril 1837), deux petits navires appartenant à une maison anglaise de Zanzibar, et qui parcouraient la côte
pour essayer d'y traiter , se présentèrent dans la baie de Saumalaza où Tsiouméîk et ses sujets avaient rétabli leurs villages. Les Anglais entrèrent en arrangement avec la reine pour se procurer un. chargement de bois d'ébène et de gommes. Les Sakalaves étaient occupés çà et là à ramasser les objets demandés, lorsque, dans le courant de Fongouasita (en juin], lesHôvas arrivèrent à Timproviste à Capani. Tsiouméîk fut emmenée à Lavaloualiki, d'où Tun des navires anglais la transporta à Mouroun'sang. Les Sakalaves, surpris, se sauvèrent devant Tennemi, et ne se rallièrent qu'à Bézava; le plus grand nombre était d'ailleurs sans armes. Par suite d'un arrangement fait avec les capitaines des navires, Tsiouméîk se procura environ 4oo fusils qui furent aussitôt envoyés à ses partisans , mais malgré ce secours leur résistance ne fut pas longue.
Les Hôvas les ayant mis en fuite continuèrent de s'avancer vers Mouroun'sang. Alors la jeune reine et les gens de sa suite s'embarquèrent dans des pirogues, et, se dirigeant vers le Nord , ne s'arrêtèrent qu'à Kiakamba. Les Sakalaves avaient suivi par terre, et, arrivés à Baramahamaî , ils avaient à la hâte élevé quelques retranchements en pierres entassées, à l'aide desquels ils espéraient arrêter l'ennemi; mais celui-ci les prit à revers en suivant la côte, et les dispersa de nouveau.
Tsiouméîk, de son côté , ne pouvait rester à Kiakamba : quelques boutres avaient été envoyés de Majunga à sa poursuite, et ceux qui les montaient allaient sans doute, conmie pré^ cédemment , faire des descentes sur la côte. Elle s'éloigna donc encore, et, après s'être arrêtée successivement à Ampahangha et à Ambarata, où elle avait été ralliée par une partie des fuyards, elle se transporta avec eux sur Nossi-Gomba ( île aux makis). Les Hôvas, après avoir visité la côte jusqu'à l'entrée de la baie Passandava, retournèrent à Mouroun'sang, et y établirent un poste.
A la fin de septembre , la flottille hôva se présenta devant Nossi-Comba pour attaquer les Sakalaves, qui y étaient toujours réunis. Mais la disposition topographique de cette ile rendait cette opération presque impossible avec la moindre résistance de ceux qui l'occupaient. Nossi-Comba n'est, à proprement parler , qu'une montagne dont les flancs escarpés et déchirés par des ravins aboutissent à la mer par des pentes abruptes, sans former de plages. Les Sakalaves, cachés au milieu des buissons et des lianes qui couvrent l'île , derrirre les blocs de pierre qui
hérissent sa sarface, oa dans les cavités qu'elle présente, auraient fusillé un à un les agresseurs, s'ils avaient osé mettre pied à terre. Ceux-ci , reconnaissant* Timpossibilité de débusquer les fuyards de leur retraite, envoyèrent quelque boulets sur les cases quils apercevaient; puis s'en retoumèreut à Movroun'sang, où ils travaillèrent à se fortiCer.
Par suite de ces derniers désastres, la population , déjà bien réduite , qui vivait sous Tantorité nominale de Tsiounoiéîk , se fractionna encore en plusieurs groupes. Les uns gagnèrent les montagnes d'Androunah, oà se trouvaient déjà beaucoup de leurs compatriotes, émigrés en 1826, lors de la première invasion de Mouroun'sang ; d'autres allèrent se cacher dans les parties boi* sées du pays, au S. E. du nouveau poste h6va, et s'y tenant, soit isolément , soit en bandes , harcelaient les convois hôvas servant aux relations entre ce poste et Tanarivou ; un millier d'individus , lassés de ces luttes impuissantes , qui ne leur apportaient en définitive qu'un surcroitde misères, se résignèrent à accepter le joug , et restèrent avec leurs chefs auprès des Hôvas, à Mouroun sang; un autre groupe d'environ !i,ooo individuss'était établi, sous l'au* torité de Tsimandrouh, dans la partie S. E. de Nossi-Bé et sur Nossi-Fàli ; enfin 7 ou 8,000 individus, qui suivaient toujours la fortune de Tsiouméîk, s'étaient répartis sur Nosai-Bé et Nossi- Comba, et aussi sur la partie de la Grande Terre, comprise entre les lies Mamouko et la baie dite depuis Ambavatoubé (baie Dalrymple) : parmi ces derniers se trouvaient encore quelques Antalaots', ayant pour chef un des leurs , nonuxié Maaafi.
Tsiouméîk, de retour à Ambarata, y véeut quelques nK>is en paix , mais non sans inquiétude pour l'avenir : les Hôvas étaient établis trop près de ce point pour qu'elle y pât désormais jouir de quelque sécurité. Au milieu des perplexités dfune pareille situation , l'idée de demander du secours à Séyid-Said fut acceptée par elle et ses chefs comme un dernier espoir de salut. Soit que cette idée leur eût été suggérée par les Antalaots', soit que le souvenir de la démarche &ite autrefois par Andriansouli auprès du sultan la leur eût inspirée , toujours est-il qu'ib se décidèrent à faire une tentative dans le même sens. Le manan'tani Naïkou , Bouba-Maharts' et l'antalaots' Hassani furent choisis pour remplir cette mission ; ils s'embarquèrent à cet effet sur le if au; ik, l'un des deux bâtiments anglais dont il a été fait mention plus haut ^ et mirent à la voile d' Ambavatoubé le
1 6* jour delà lune Zulbadja, de Tannée Arba, i a 54 de Thégire- ( 1 1 mars i838). Us arrivèrent 1 1 jours après à Zanzibar.
Séyid-Said accueillit avec bienveillance les ambassadeun de TsiouDDiéîk, et se montra tout disposé à acquiescer aux propositions qu'ils se disaient chargés de lui transmettre. Cependant, comme ils n'étaient porteurs d'aucune pièce qui prouvât qu'il» avaient été autorisés à faire cette démarche auprès de lui et à traiter des conditions de son intervention, il suspendit temporairement tonte décision. Par suite de ce manque de formes, Bouba Maharts' dut retourner auprès de la reine pour recevoir d'eDe les pouvoirs nécessaires : il fut chargé de lui porter aussi quelque» munitions que le prince arabe envoyait à Tsionméîk en cadeau « comme témoignage de ses bienveillantes intentions, et dans le but de pourvoir aux plus pressants besoins. Le schooner anglais le Kiie, appartenant à la même maison que les deux autres navire», et qui se rendait à la côte, déposa l'envoyé sakalave à Ambftrata.
Quelque temps après, le même bâtiment le ramena à Zanzibar, muni d'instructions en règle; mais des dispositions, prises en son absence , firen t qu'il n'y trouva plus ses deux collègues et qu'il fut ainsi empêché d'agir. Le i''deDjumadielawal,derannéeT8é* latsé ( 24 juillet i838), le brickdeguerre du sultan , leCoaWl>a^ était parti de Zanzibar pour Bourbon, ayant à bord Seyid-Mousselim , oHicier de son altesse , chargé par elle de remettre qudques cadeaux au nouveau gouverneur de cette colonie. Naîko« et Hassanî y avaient été embarqués , et le brick devait , aprèB avoir rempH sa mission à Bourbon, relâcher en Bouéni, Séyid- Saîd désirant sans doute faire examiner l'état du pays par queï* qu'un ayant sa confiance.
Le Conriieu, arrivé le 20 aoâl à Bourbon, en partit le 28 , et toucha d'abord à la côte ouest d'Ankara, dont le chef, Tsimiare, fils de Tsialao, essayait depuis quelque temps de secouer le joug des Hôvas;'il mouilla ensuite à Nossi-Fâliet enfin à Ambarata, le 6 septembre. A son arrivée dans ce dernier lieu, un grand kabar fut assemblé , dans lequel Seyid-Mousselim expliqua d'abord les raisons qui avaient retardé Faccomplîssement des bonnes in* tentions de son maître en faveur des Sakalaves : après quoi il
' Ce brick , construit dans l'Inde anglaise, y avait ^té nommé Curlrw, noi qiir les Arabr5 prononçaient KarJou.
demanda que les chefs disposés à mettre leur pays sous la protection de Séyid-Saïd fissent connaître leurs intentions par écrit, et envoyassent à Zanzibar des représentants d*un rang éminent, pour les transmettre au sultan.
Trois jours après» le 9 septembre au soir, le CooAieu partait, ayant à bord le prince Tsimandrouh, rantalaots*Hassani et deux frères de Tsimiare , Tsimagnéri et Driman (Âbderrhaman).
À leur arrivée à Zanzibar, le 1 5 septembre, ils furent présentés au sultan, et les négociations, bientôt entamées, ajboutirent à la convention suivante : Tsiouméïket Tsimiare plaçaient leur pays respectif sous la suzeraineté de Séyid-Saïd; celui-ci s'engageait à y rétablir leur autorité, en les aidant à en chasser les Bôvas, sous la condition de recevoir des deux autres parties, comme tribut annuel , la somme équivalente à un impôt d'une piastre par tête, impôt qui serait frappé sur toute la population sakalave et antankare.
Les choses étant ainsi arrêtées, Séyid-Saîd résolut peu de temps après de donner au traité un commencement d'exécution. En conséquence, le 27*" jour de Shewal [k novembre), il expédia à Madagascar un de ses bâtiments de guerre , la corvette le Sultan, sur laquelle avait été embarqué un détachement de 45 soldats, ainsi que des munitions et le matériel nécessaire à l'armement de deux forts qu'on se proposait de construire. La corvette, commandée par Moalim-Aly, était armée de 1 4 canons et montée par 79 hommes d'équipage; elle portait, en outre , à son bord un certain Abdallah-ben-Âbdel-Kader» espèce de conmiissaire pour SeyidSaîd, chaîné provisoirement de la direction des opérations.
La coi*vette toucha d'abord à Mohéli , où elle resta quatre jours. Abdallah devait probablement communiquer au prince Bamanétaka les projets de son maître, et le consulter peut-être sur la conduite à tenir dans l'opération qu'il allait entreprendre. De Mohéli elle fit route pour Nossi-Bé, et mouilla à Tafcndrou le 20* jour de Bamazan (6 décembre i838}. Quelques jours après elle se rendit à Âmbavatoubé» où l'un des deux forts projetés devait être établi, non loin du village d'Âmpahangha, résidence de la reine. Aussitôt les honmaes de l'expédition , aidés par les Sakalaves, furent employés aux travaux préparatoires, et pendant les deux mois qui suivirent, leurs opérations ne furent point troublées.
Mais le 20* jour de Zulhadja (ô mars iSSg] les Hôvas de Mouroun'saDg, au nombre d'environ 200, se présentèrent à rimproviste à Âmpahangha. Le manan*tani Naïkou était en ce moment à Nossi-Bé, surveillant ses esclaves employés aux plantations de riz. Fiounzouna, qui commandait en son absence, chercha vainement à rallier du monde pour faire résistance ; les Sakalaves, épouvantés de cette attaque inattendue, s'enfuirent en désordre vers Âmbavatou-Bé. Tsioumeïk , après avoir failli tomber entre les mains de lennemi, fut conduite par Abdallah à bord du Sultan, où elle resta jusqu'à ce que tout danger fût passé.
Les Sakalaves, arrivés au fond de la baie, s'étaient retirés sur une petite presqu'île qui s'en projette , où les Arabes avaient déjà comqfiencé des travaux, et dont l'isthme avait été barré par une palissade de pieux très- forts; les Hôvas, n'étant pas en nombre suffisant pour attaquer les Sakaiaves retranchés derrière cette barrière et protégés par le canon de la corvette, se retirèrent le soir à Âmbarata, après avoir ^ccagé le village d' Ampahangha.
Naïkou , informé de ce qui se passait , avait de suite regagné la grande terre; il arriva dans la nuit à Ambavatoubé, comme on s'y disposait , avec l'aide des Arabes, à aller combattre les Hôvas. Au point du jour, le 21, on marcha sur Ambarata; cinq embarcations , montées par les soldats et les matelots arabes, et dont l'une était armée d'une pièce d'artillerie, suivaient le long de la côte. Les Hôvas attaqués simultanément des deux côtés, abandonnèrent le village et firent retraite sur Mouronn'sang. Les Arabes et les Sakalaves retournèrent alors à Ambavatoubé, où ils restèrent à peu près dans l'inaction , en attendant l'arrivée deSeyid-Mousselim, le gouverneur nommé par Séyid-Saîd, que le Coariiea devait y porter.
Ce personnage n'était pas encore arrivé lorsqu'on atteignit l'époque à laquelle, selon ses instructions , le capitaine de la corvette devait rentrer à Zanzibar ; et, pour se conformer aux ordres reçus , ce dernier fit ses préparatifs de départ. Abdallah , qui restait sur les lieux, voulut garder avec lui le détachement; mais l'officier qui le commandait n'étant pas disposé à demeurer, il s'éleva entre eux à ce sujet une longue et vive discussion , à la suite de laquelle Abdallah frappa son antagoniste d'un coup de poignard dans le dos et le blessa grièvement. Le capitaine intervint, et, donnant raison à l'officier, fit embai^quer les soldats
et partit pour Zanzibar ; Abdallah s*y rendit aussi de son côté sur |in boutre.
Ainsi se termina la seule tentative fiiite par le sultan de Mascate pour exécuter, en ce qui le concernait» la convention passée entre lui et Tsioumeïk. Il est évident qu il n'avait jusquelà rempli en aucune manière ses engagements, et qn*à défaut de démonstrations ultérieures dans le sens du traité, ce n'était pas FinsigniGante expédition d'Ambavatonbé qui pouvait obliger les Sakalaves à se considérer comme liés envers lui , et ju»tiGer les singulières prétentions qu'il chercha.à faire valoir plus tard.
Quoiqu'il en soit, abandonnés à cnx-mémes par suite du départ du navire et des troupes arabes, et ne se sentant pas en sûreté sur la grande terre , où , d'un moment k l'autre, U garnison de Mouroun'sang pouvait encore venir les surprendre, les sujets de Tsiouméïk se décidèrent à se réfugier en masse sur Nossi- Bé, et la population de cette ile fut ainsi subitement augmentée de 5 à 6,oit>o âmes. Ce mouvement s'opéra vers le milieu du mois de Fongooatano de Tannée Djuma (dans les premiers jours de mai 1839].
Les arrivants se répartirent sur divers points de file, principalement au sud et àFouest, et de nombreux villages s'élevèrent. La résidence de Tsiouméïk, d'abord établie dans la partie S. O., à Passen'd&va, fut ensuite transportée sur la plage située au bas de la montagne LoocooM, du côtéqai regarde l'ouest, lieu appelé Petit Passen'dàva. Aucun ordre, aucune idée de prévoyance n'avait d'ailleurs présidé à cette occupation de l'Se par les réfugiés; avec leur insouciance ordinaire , et ne tenant aucun compte du passé, qui devait pourtant leur faire préfoir de nouvetie» attaques, ils s'éparpillèrent en faibles groupes, chacun s'établissaat où bon lui semblait, et formèrent ainsi des villages de 20 à 3o cases, ne prenant pas même la précaution de les entourer de fossés ou de palissades , moyens de défense familiers cependant à toutes les populations malgaches.
Au reste, s'ils n'avaient rien appris sous le rapport matériel .. malgré les sévères leçons que le destin leur avait données, ils étaient demeurés tout aussi incorrigibles sous te rapport moral. A peine se virent-ils, pour quelque temps du moins, hors des atteintes de leurs ennemis, que de nouvelles dissensions s'élevèrent entre les chefs. Les sourdes menées et les san-
se-
guinaires desseins de la coterie que dirigeaient les gens de la reine s'étaient récemment encore révélés à Âmbavatoubé parle meurtre de deux des principaux chefs, Imbalhou etManafi; et, deox mois après qu'on s'était établi sur File, le manan'tani Naîkou et le fahatélou Fiounzouna furent obligés de la quitter, menacés qu ils étaient d'un sort pareil. La cause apparente de la réprobation qui s'éleva contre ces chefs était la volonté qu'ils avaient manifestée de faire instruire les Sakalaves au maniement des armes, et d'organiser, avec un certain nombre d'entre eux, une espèce de milice destinée à la défense du pays ; mais , en réalité, leur énet^ie et l'influence qu'ils avaient acquise a\ aient porté ombrage aux conseillers de Tsiouméïk , qui exploitèrent dès lors contre les deux chefs la répugnance des Sakalaves pour tout ce qui sentait la hiérarchie et la dépendance. Bouba-Ankare, parent de l'ancien manan'tani Roussi, homme d'un caractère craintif et faible, mais réunissant sons son patronage un grand nombre d'individus, fut choisi pour remplacer Naîkou; un simple Sakalave, appelé Mangala, brave, mais de la plus basse extraction, fut nommé Fahatélou.
Cependant, depuisle retour delà corvette leSultank Zanzibar, Séyid-Saîd n'avait, par aucune démonstration nouvelle en faveur de Tsiouméïk, témoigné qu'il fut toujours disposé à poursuivre l'exécution du traité passé entre eux. Les Sakalaves, craignant encore quelque attaque de la part des Hôvas, et ne voyant autour d'eux aucune autre protection que celle du prince arabe à laquelle ils pussent avoir recours, résolurent de renouveler leurs sollicitations auprès de lui. En conséquence, quelques individus, conduite par le petit chef Tsimilitsi, furent à cet effet envoyés à Zanzibar; mais ils n'y trouvèrent plus Séyid-Saîd , qui, peu de temps avant, était parti pour Mascate, et ils restèrent là dans l'inaction , attendant indéfiniment le retour du prince. Sur ces entrefaites , et quelques jours seulement après leur départ de Nossi-Bé, le brick de guerre français le Colibri mouilla dans les eaux de cette ile, le 2g septembre, et J'arrivée imprévue de ce bâtiment vint donner aussitôt une direction différente aux idées et aux espérances des Sakalaves.