CHAPITRE V
Description de la ville de Mouroun'sang et des environs. — Garnison hôva. — Population sakalavc. — Productions. — Commerce. — Baie de Mouroun'sang et bassin dont elle fait partie. — Iles Radama. — Anciennes expéditions maritimes des Malgaches.
Jai décrit, dans lechapitre précédent, 1( s abords de la ville de Mouroun'sang, autant qu'on peut le faire quand on a été obligé de voir sans regarder : à ce que j'ai dit j'ajouterai lesdétails suivants. Cette ville est de fondation hôva, et date de iSSy. Elle contient de cent à cent dix cases, toutes en feuilles, à l'exception de la maison du gouverneur, qui est en planches. Les poudres sont déposées dans une casemate, située vers le milieu de la ville. L'emplacement de celle-ci est de forme à peu près triangulaire; le côté qui regarde la mer, c'est-à-dire celui du Sud, est garni de deux pièces de canon, placées sur des massifs semblables à celui dont j'ai parlé précédemment : tirées à toute volée, elles portent au rivage. La pièce qui défend l'entrée, la seule que j'aie pu examiner, est montée sur un affût marin en mauvais état; le sommet du massif sur lequel elle repose n'est pas disposé en plate-forme; il n'y a même pas de heurtoir, et, s'il fallait manœuvrer la pièce un peu promptemcnt, canonniers et canon pourraient bien choir dans le fossé.
A l'angle de l'Ouest, un espace, laissé vide de cases, sert de place d'armes; une troisième pièce y est établie de la même manière que les deux précédentes. Du côté du Nord il s'en trouve une quatrième : là le Hanc de la montagne est entièrement escarpé; on descend par un sentier fort étroit et fort difficile au fond de la vallée qu'elle domine, où coule le même ruisseau dont on rencontre le cours en allant du débarcadère à la ville. Le côté qui fait face à l'Est est fort court; il n'a pas de canons et n'offre rien de remarquable.
Située sur le faite de la montagne, à la ligne de partage des eaux, Mouroun'sang est dépourvue de puits; on n'y a pas non plus creusé de citernes, et l'on va chaque jour prendre de l'eau au petit ruisseau mentionné, soit au Nord soit au Sud de la montagne. Enfin on n'entretient pas habituellement dans la ville un approvisionnement en vivres : de telle sorte qu'au jour où Doc ^on Madac. 13
ia seule population des quatre villages d alentour se sentirait le courage et la volonté de secouer le joug, elle u*aurait même pas à s'emparer de vive force de ce poste : il lui suffirait de bloquer la garnison bôva derrière ses remparts, et elle serait bientôt réduite par la famine.
Quoique Mouroun^sang soit élevée de 172 mètres au-dessus du niveau de la mer, la colline sur laquelle elle est bâtie est cependant donn'née par quelques points des collines voisines. Le gouvernement local a depuis longtemps le projet d'élever un fort sur Tune de ces dernières, beaucoup plus rapprochée de la plage : la batterie qui y serait montée commanderait le point où Ion débarque habituellement ainsi que labord de la ville parla plaine. Cette plaine est aujourdliui dénuée de tout ouvrage apparent de défense; mais on ma dit que les Hôvas y avaient creusé plusieurs grandes fosses, ou trous de loups, masquées par des arbres et des buissons.
D après le nombre des cases de la ville et ce que j'avais vu de monde le jour de ma première visite, à propos de laquelle on avait sans doute mis sur pied tout ce qu'il se trouvait d'hommes valides dans la garnison, j'ai pensé que celle-ci pouvait être composée de trois cents à trois cent cinquante hommes.
Un autre poste hôva devait être établi à Ranoumiantouraka, au Sud des îles Mamouko, au fond de la baie de Passandava. Les troupes destinées à fonder ce nouveau village avaient même été expédiées de Tananarivou au commencement de i84i; mais Ramaroumish , qui les commandait, étant mort à peu de distance de la capitale , elles y furent rappelées, et on n'en a pas envoyé d'autres depuis.
Au résumé, une ville placée dans la situation où est Mouroun'sang, fortifiée convenablement et défendue par des troupes européennes, serait une place forte dont la prise exigerait un siège en règle. Telle qu'elle est actuellement, trois cents ou quatre cents matelots et soldats, débarqués avec deux obusiers de montagne, en auraient bientôt délogé la garnison; mais cinq mille Sakalaves, voire même le double, ne la prendraient pas, à moins de la réduire, comme je l'ai dit, par la famine.
Les Hôvas sont atteints des fièvres intermittentes à Mouroun sang comme sur tous les points de la côte; mais ces maladies paraissent y être moins persistantes qu'en beaucoup d'autres points, et les cas de mortalité n'y sont pas nombreux. On ren-
voie chaque année en Imerne les hommes qui ne peuvent s'acclimater, ainsi que les incurables.
Au lieu de l'oppression que tous les commandants hôvas font ordinairement peser sur les populations conquises, Rabémila apportait dans l'exercice de ses fonctions des vues libérales et paternelles; son gouvernement était, me dit-on, doux et facile pour les Sakalaves. Afin d'en engager d autres à venir habiter Mourounsang, il traitait ceux qui y résidaient déjà avec beaucoup de bienveillance , et les dispensait même des corvées ordinaires du gouvernement pour qu'ils donnassent tout leur temps à l'agriculture. C'est au point que, quand il s'était agi , quelques mois avant notre arrivée, d'entourer la ville de son rempart, les gens du pays d'Ândrounah et les Antsianaks^ qu'on avait fait venir pour prendre part à l'exécution de ces travaux , y avaient seuls été employés, alors que les Sakalaves étaient entièrement laissés aux soins de leurs cultures.
Les produits résultant de celles-ci consistent en riz, manioc, maïs et patates. Le riz est cultivé sur les hauteurs et dans les marais ; celui des hauteurs (vari-antétikalai) n'est susceptible que d'une récolte annuelle; le riz des marais (vari-zébi) se sème et se récolte à toute époque. Ce dernier est de très-médiocre qualité, et a la teinte rougeàtre du riz mangalore; on en cultivait à Mouroun'sang une moins grande quantité que de l'autre, qui est fort blanc et de qualité supérieure. Jusqu'alors la totalité des récoltes avait été laissée aux cultivateurs; mais ils ne pouvaient vendre leurs produits qu'aux officiers hôvas, à qui appartient exclusivement le droit de négocier avec les étrangers; et de cette manière ils n^en obtenaient qu'un prix toujours inférieur à celui qu'ils auraient eu s'ils avaient traité eux-mêmes avec les exportateurs. Cela équivaut, sans doute, à un impôt très-fort, mais
'Quelques voyageursécnventi4nfant5iana^. Quoique j'aie toujours entendu dire Antsianaks par les Malgaches, je pense que la première appellation serait la plus rationnelle si, comme Tout dit plusieurs auteurs, le nom du pays est Antsianaka, mot dont la composition serait, selon eux : an, là; tsi, ne pas; anaka, enfants, fils, sujets. Mais d autres, avec plus de raison je crois, considèrent ce nom comme celui de la population , et lui donnent la signiGcation de peuple du lac (antè ou anti, homme, peuple; sianaha, lac). On sait, en effet, que le grand lac d'Imanangora ou Nossi-Vola occu|)c une grande partie de la surface du pays, et que c'était sur Ins iles nombreuses, qui s'élèvent au milieu de ses eaux, qu'était e'tahlie presque toute la population de cette pro vioce. J ai d'ailleurs entendu désigner aussi le pays par le mot Sianaka seul.
cetait le seul qu'ils eussent à pajer. Quand on les employait à quelque corvée pour Uabéniila, celui-ci les en dédommageait ordinairement en faisant distribuer de la viande et de Tarack aux travailleurs, et donnant quelques cadeaux aux chefs.
La population des trois villages sakalaves placés sous la dépendance de Mouroun*sang devait, à Tépoqueoù j^y passai, s*élever à un millier d'âmes. J'y trouvai tous les habitants alertes et joyeux comme des gens satisfaits de leur condition ; et comment seraient-ils désireux d'en changer, eux qui n ont jamais eu conscience d'un état meilleur }
Tout le pays qui environne cette localité n'a aujourd'hui d'autre population que quelques bandes de Djérikis errants dans les forêts et sur le bord des sentiers suivis par les convois hôvas ou antandrounahs, qu'elles attaquent si elles sont en force, ou sinon qu'elles harcèlent autant qu'elles le peuvent.
On conçoit donc que le poste de Mouroun'sang, avec une population qui ne comprend pas plus de six cents à huit cents travailleurs, n'ait que des relations commerciales très-restreintes. Il ne fournit guère à l'exportation qu'un peu de riz, soixante à quatre-vingts tonneaux peut-être , des bœufs et quelques peaux. Le tout tend à être accaparé par un traitant portugais qui réside en ce lieu depuis le mois d'avril iS^i, et qui, en outre de son trafic particulier, fait la commission du riz pour le gouvernement de Mozambique.il reçoit de celui-ci des marchandises pour une certaine somme, et il lui envoie du râ, à une piastre les cent livres, jusqu'à concurrence de cette sqMme ou des facultés du marché. Il avait aussi expédié quelques bœufs dans les premiers chargements; mais il renonça à spéculer sur cet article, dont la vente, à Mozambique, ne donnait pas assez de bénéfice. A Mouroun'sang on paie un bœuf de ô à lo piastres, selon la grosseur. L'éloignement du mouillage ne permettant pas de les remorquer, ils sont transportés à bord en canot, et par suite de cette nécessité les caboteurs, avec leurs embarcations ordinaires, ne pourraient embarquer de fortes bêtes.
Le peu de peaux qu'on prépare à Mouroun'sang proviennent de la consommation de la garnison, et elles sont expédiées à Majunga où les Américains en traitent. C'est un des profits du gouverneur. On recueille aussi dans le pays quelques gâteaux de cire, et la contrée environnante en fournirait une très-grande quantité s'il en était demandé.
Entre les rivières Sambéranou et Louza, les arbres qui four-
iiissenl les résines copal et élémi se trouvent plus nombreux encore que dans toute autre partie do Tîle, mais on n'en récolte pas les produits. D abord, les bras manqueraient pour ce travail ; puis, de même que la cire et les peaux , ces résines ne sont pas demandées pour l'exportation.
Les importations consistent en arack, toiles bleues et blanches, calicots, indiennes et mouchoirs, bouteilles, marmites, quincaillerie et verroterie , le tout en très-petite quantité , excepté larack et la toile blanche. L arack est consommé à Mouroun'sang ainsi que la plus grande partie de la toile blanche. Une certaine quantité des autres objets est évacuée à Tintérieur dans les pays d'Androunah et de Sianaka ; mais pour ce commerce d'expédition il faudrait avoir un dépôt et un agent établis à Mouroun'sang. Les officiers hôvas qui y stationnent se livrent eux-mêmes à ce genre de spéculation ; toutefois leur concurrence ne serait pas à craindre, parce qu'ils n'ont pas le moyen d'acheter un approvisionnement quelque peu considérable, et ne font que des achats successifs pour 3o, 4o ou 5o piastres. La barrique d'arack se vend de 3o à 4o piastres; la pièce de toile bleue de 3 piastres à 3 7.
Les droits perçus à Mouroun'sang sont : un droit d'ancrage de { de piastre par pied de tirant d'eau, plus ^ de piastre par tonneau; on exige en outre les 10 p. 0/0 en dedans, sur les exportations et autant pour les marchandises vendues si l'on a fait ainsi ses conditions avant de mettre à terre, ou sinon pour toutes celles débarquées.
Voici quels ont été les mouvements du port de Mouroun'sang du mois d'avril 184 1 au mois d'août 18^2 :
i ** Un brick anglais du Cap y a laissé pour environ 2 ,000 piastres de marchandises en consignation au traitant portugais, et il y est revenu quelque temps après pour régler ses comptes ;
2° La Vénus, brick goélette de Maurice, y a pris pour environ 1,000 piastres de riz, dont 600 ont été payées en marchandises, toile bleue ;
3** L'Edouard, brick-goélette anglais, y a relâché sans réaliser aucune opération commerciale;
4"* Enfin la goélette portugaise le Philanthrope, qui sert au transport du riz traité par le gouvernement de Mozambique, y avait fait deux chargements.
On voit, d'après cela, que la localité dont il s'agit a encore bien peu d'importance au point de vue commercial.
La baie de Mouroun'sang ou de Rafala, où était mouillée la Dordogne, n'est, à bien dire, que la partie septentrionale d^an immense bassin qui comprend, en outre de cette baie, celle de Saumalaza et une troisième qu'Owen a nommée Raminitok. Les deux premières pourraient être considérées comme n^en fai- ^sant qu une seule, car elles communiquent Tune avec Tautre par un canal, étroit et peu profond il est vrai, mais qui n^est cedendant jamais à sec ; d où il résulte que la terre de Lavaloualiki qui sépare ces deux baies est, à proprement parler, une lie. G est sur cette ile que se trouve le tombeau de la reine Ouantitsi ou Andriamanhorign'-Ârivou. Le mouillage de Mouroun'sang est entièrement ouvert au N. O. et ne doit pas être très-bon dans la saison d*hivemagé , pendant laquelle les vents sont souvent frais de cette partie ; le débarquement y est partout fort incommode, à cause des récifs qui bordent le contour de la baie, et qui, en plusieurs points, se projettent à près de deux milles du rivage.
La baie de Saumalaza, désignée par Owen sous le nom de port Radama, est un bras de mer qui, sur une largeur de deux à cinq milles et avec des profondeurs inégales et très*irrégulières, s^avance à environ vingt-cinq milles dans les terres. Avec vent sous vergues, il serait praticable d'une extrémité à Tautre pour les plus grands navires ; mais les bancs et les récifs dont il est parsemé, surtoutdans sa partie nord, leur rendraient les mouvements de louvoyage fort difficiles. En outre de la rivière Saumalaza, qui lui a donné son nom, plusieurs petits cours d'eau viennent se jeter dans cette baie. C'est sur son côté oriental qu'on trouvait, il y a quelques années, les villages de Marandavi, Capani, Ambativoukouni, Perreni et Maroupapang', habités par une partie des Sakalaves qui composent aujourd'hui la population de Nossi-Bé.
La terre qui forme la rive gauche de la baie Saumalaza est une longue presqu'île à TOuest de laquelle est la baie Raminitok : cette baie, dont l'ensemble n a pas été nommé par les indigènes, est complètement découverte de l'Ouest au Nord, et il s'y trouve plusieurs bancs et hauts-fonds. Une pointe, saillante d'environ deux milles vers le Nord, forme à sa partie sud deux anses, dont la plus à l'Est est nommée Ampombihabou et l'autre Kambambi.
Toutes ces baies paraissent n'avoir pas été connues des navigateurs avant que l'un des bâtiments de l'expédition d'Owen
les eut visitées; du moins ne sont-elles mentionnées ni sur les anciennes cartes ni dans les manuscrits nautiques qui existent au dépôt des cartes et plans de la marine. Les nombreux bancs et récifs dont toute cette partie de la côte est bordée la faisaient sans doute éviter par les navigateurs.
Le bassin dont je viens de donner la description générale est borné à TOuest par plusieurs îles qui, en allant du Sud au Nord, sont: Nossi-Tanimoura, Nossi-Valia, Nossi-Ouvi etKarakadzouro. C'était de cette dernière que partaient ordinairement les expéditions dirigées par les Malgaches contre les Coniorres.
L'origine de ces courses maritimes n'est pas bien connue. Fressanges * dit que ce fut Bényowski qui , le premier, enseigna aux naturels la route d'Anjouan; mais il est bien plus probable quelle leur fut indiquée par les forbans, avec lesquels ils eurent si longtemps des relations, ou par les Antalaots' qui vivaient au milieu d'eux. La version répandue sur ce sujet, à la côteouest, me parait justifier en partie cette opinion; elle raconte ce qui suit :
Des gens d'An'gon'ci s'étant trouvés conduits aux Comorres, sur un navire pirate qui allait s'y ravitailler, furent, on ne sait pourquoi, débarqués à Anjouan. Us y passèrent un an et prirent parti dans la guerre que se faisaient entre eux les habitants des villages de Doumouni et de Moudsamoudou. Exercés à la guerre par les pirates avec qui ils avaient servi , ils firent triompher les gens de Doumouni , et obtinrent pour récompense d'être renvoyés dans leur pays. Un bateau les transporta à Sarabéranou, d'où ils gagnèrent An gon'ci par terre. L'un d'eux, nommé Rassariki , homme d'un esprit intelligent et hardi , avait remarqué la manière dont les marins a njouannais dirigeaient leurs bateaux , et il avait rapporte la route à certaines positions du soleil et des étoiles. Arrivé dans son pays , où l'on recherchait des esclaves pour la traite, il eut l'idée d'aller en enlever aux Comorres dont il connaissait les faibles moyens de guerre et de résistance , et décida bientôt ses compatriotes à entreprendre une expédition sur Anjouan. Ils construisirent, à cet elTet, de grandes pirogues pouvant contenir de trente à quarante hommes, et, en ayant rassemblé un grand nombre, ils partirent sous la conduite de Rassariki. La flottille s'avança au Nord en longeant la côte , contourna
' To^a^c à Madagascar, Annales de Malte-Brun, t. Il, p. 13.
le cap d'Ambre > et descendit la cote ouest jusqu'à Karakadzouro où elle relâcha pour prendre des provisions et rallier du monde : enfin, de cette position , qui donnait des vents traversiers pour faire route, on se dirigea sur les iles. Une première expédition ayant eu un plein succès , elle fut renouvelée dans les années suivantes.
On se demandera comment naviguant sans compas, et pouvant être dévoyées , soit par de fortes brises, soit par les courants, ces flottilles ne manquaient pas le plus souvent les points qu'elles cherchaient? Mais les Comorres, renfermant des montagnes très -élevées, peuvent être aperçues de fort loin : aussi était-il rare que ces hordes effrénées n y abordassent pas.
Il leur arriva, cependant, de dépasser le but et d'aller faire tête à la côte d'Afrique : c'était alors à la population voisine du lieu où ils prenaient terre, de souflrir tous les actes de violence et toutes les cruautés que ces forcenés n'avaient pu exercer sur l'une des iles. Ils ne craignirent même pas, à plusieurs reprises, d'attaquer et de piller le comptoir portugais d'Oïbo.
£n i8o5, le gouvernement de Mozambique, fatigué de leurs pirateries, expédia contre eux une corvette de quatorze canons, VEmbascade, qui rencontra la flottille à son retour, aux environs du cap d'Ambre. La corvette se trouvait alors en calme plat. Trop confiant dans ses moyens , i'oflicier qui la commandait ayant eu l'imprudence de laisser entourer son bâtiment par les pirogues, les Malgaches montèrent à l'abordage et s'en emparèrent. L'équipage fut égorgé , et le navire, conduit à Ancouala, où les capteurs le démolirent pour en retirer le fer et le cuivre.
En 1807, leur expédition se montait à sept ou huit mille hommes : elle rencontra le navire français la Bonne-Mère, venant de la côte d'Afrique avec une cargaison de noirs. Le capitaine Legars, qui ne se méfiait pas des Malgaches , se laissa accoster par quelques pirogues : les hommes qui s'y trouvaient montèrent à bord , et , ayant découvert de l'arack , ils se jetèrent dessus avec avidité et s'enivrèrent. Ils appelèrent alors leurs camarades qui se tenaient près du navire, et il y en eut bientôt à bord un si grand nombre, qu'il n'était plus possible de se faire entendre. Au milieu du désordre , des disputes s'élevèrent entre les visiteurs et les marins de l'équipage , et amenèrent le massacre de ces derniers. Le bâtiment fut ensuite conduit au cap d'Ambre, où il fut dépecé, et les pirates se partagèrent entre eux les noirs de traite.
Mais ils payèrent bien cher cette capture : la variole , qui existait parmi les esclaves mozambiques , se communiqua dans toute Tarmée des pillards et la contagion y fit de tels ravages, que, de toute l'expédition, il resta à peine huit ou neuf cents hommes. Du reste, soit par suite d'accidents de mer, soit par le manque d'eau ou de vivres dans le cours du voyage , ces courses maritimes coûtaient toujours la vie à un bon nombre de ceux qui les avaient entreprises.
Il parait que k dernière expédition de ce genre eut lieu en 1816.
Nous quittâmes Mouroun'sang le 5 septembre , et je dirigeai la Dordogne vers la baie de Bombétok.