‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de MadagascarChapitre 16 sur 49 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Baie de Narrenda et de Matiamba. — Rivières débouchaot dans cette dernière. — Vents de terre violents sur cette partie de la côte. — Relâche à la baie de Bombétok. — Visite au gouverneur. — Ville de Majunga et ses fortificatioDs.

En partant de Mouroun'sang, j'aurais bien volontiers visité d'abord les baies de Narrenda et de Matzamba, situées entre le point que je venais de quitter et la baie de Bombétok; mais l'une et l'autre, étant alors inhabitées, n'avaient aucun iu' térêt quant au but principal de ma mission : et comme le temps qui me restait pour l'accomplir me semblait déjà insuffisant, je ne pouvais en employer la moindre partie à ce qui ne s'y rattachait pas directement. Aussi ce que je dirai de ces deux baies n'est-il pas le résultat de mes propres observations, mais seulement le résumé des renseignements qui m'ont été fournis ou la reproduction de ce qu'en ont dit les voyageurs qui les ont visitées.

La baie de Narrenda est la baie Moramgani des cartes et manuscrits anciens. Les iles situées à l'entrée de la première, et la rivière considérable qui débouche à sa partie nord, sont des détails assez remarquables pour caractériser le lieu où ils se rencontrent; et, comme on les retrouve tous dans la description de Morumgani, il est facile de reconnaître que cette baie n'est autre que celle maintenant désignée sous le nom de Narrenda ; cette identité est, d'ailleurs, confirmée par un accord entre leurs latitudes. La rivière Louza , qui décharge ses eaux dans la baie de Narrenda, peut donner entrée aux plus grands navires et être

remontée par eux jusqu*à plusieurs lieues de son embouchure : elle est mentionnée d^s la description de Morumgani sous le nom de Soudjée. La pins grande des îijes de Tentrée de la baie , que les naturels désignent par le nom de Nossi-Sancassé « est rile nommée autrefois Saint-Etienne par quelques navigateurs.

La baie de Matzaniba est celle désignée sur les cartes anciennes et dans les anciens portulans parles doins de Vieux-Manelage ou Massalège, et de Vieax-Massaly ou Massailly. La concordance entre certains faits, contenus dans la description de la baie connue autrefois sous ces divers noms, et les événements dont la baie Matzamba a été le théâtre, selon les traditions antalaots\ ne permet aucun doute à cet égard.Voici un extrait de cette description.

• La baie du Vieux-Masseiago, qui est par les i5^ lo' de latitude, etc., a été habitée autrefois par des Arabes dont on voit encore les maisons de pierre et quelques - unes de leurs mosquées ; elle est belle et grande et les navires y sont en sûreté

À trois lieues en dedans il y a une petite île du côté de TEst, sur laquelle nous trouvâmes un fort beau village bâti de pierre^. . . >

Des détails analogues , et qui ont été déjà cités^, se retrouvent dans la description de la baie de Majambo ', par le capitaine Boteler.

Les baies de Narrenda et de Matzamba ont été explorées en 1834 par Tun des navires attachés à Texpédition hydrographique du capitaine Owen. On peut donc s*en former une idée exacte au point de vue nautique, par les plans qui en furent alors dressés. Sous le rapport topographique, od trouve sur ces deux baies, dans Touvragedu capitaine Botelek*, quelques détails dont j'ai extrait ce qui suit :

«La baie de Narrenda est bordée, en beaucoup d'endroits, comme celle de Majambo, de collines élevées se terminant sur quelques points en plan incliné, mais le plus ordinairement en falaise. L'ensemble revêt toute l'apparence d'une grande fertilité, et oiTre une variété de sites qui forme un frappant et agréable

^ Voir au dépôt des cartes et plans de la marine (Archives), le noumuscrit intitulé Eiat des ports et haies de tÛe Daaphine.

' Voyei à la note G de l'Appendice.

^ La baie ainsi désignée sur les cartes d'Owen n'est connue^ des indigènes que sous le nom de Matzamba, et ils appellent Mouramba le petit havre situé plus au nord,qtic Thydrographe anglais a nommé ftoriMoiamhOy et qui est, je crois , la rivière Didane des anciennes cartes.

contraste avec la fastidieuse uniformité du fond de la baie. Ici, en effet, Tœil ne rencontre partout que la sombre et monotone verdure des palétuviers, qui s'y étendflht à perte de vue en une masse étroite et unie, bordée de chaque côté par de haut^ collines. »

Lorsque le capitaine anglais visita ces deux baies, elles étaient habitées : dans celle de Narrenda surtout, il y avait un grand nombre de villages et les naturels y étaient à ce qu'il parait, d*un commerce plus facile que ceux qui vivaient au Sud de Bombétok ; mais, depuis, ces villages ont été détruits ou abandonnés.

A répoque où je me trouvais dans ces parages, il n'y avait dans la baie de Narrenda que quelques familles temporairement établies à la pointe de Mouroumouni, sur le côté ouest de cette baie : population faible et craintive, qu'eût certainement éloignée lapparition du moindre détachement hôva. De temps à autre, quelque bateau de Zanzibar y mouille pour chai^r du bois de sandal qu on y trouve en abondance.

Quant à la baie de Matzamba , elle était depuis longtemps déserte : sa proximité du poste de Majunga aurait exposé ses habitants à des attaques continuelles de la part des Hôvas qui forment la garnison de ce poste. Le gouvernement de Majunga y fait exploiter des bois pour ses constructions, et y envoie fréquemment des bateaux dans ce but. Autrefois les Antalaots' de Moudzangaie tiraient, du même lieu, du riz, de la cire, du sel, des gommes, en outre des bois de mâture et de construction; aujourd'hui, des bateaux arabes iraient encore y chercher des pièces de mâture, s'ils ne craignaient d'y rencontrer les Hôvas et d'être arrêtés par eux comme cela est arrivé, il y a quelques années, à deux bateaux du sultan de Mascate.

Quatre rivières assez importantes déchargent leurs eaux dans ia baie de Matzamba ; ce sont en allant de l'Est à l'Ouest : la Soufia, dont Dumaine dit qu'une de ses branches porte vers la baie d'Anton-Gil, l' Ambouaniou , la Matzamba, qui a donné son nom à la baie, et la Sambélahé. C'est sans doute à l'afOuence de ces grands cours d'eau , et de ceux peu éloignés qui débouchent dans la baie de Bombétok, traversant tous, pour arriver à la mer, des terrains très-boisés, que sont dues ces fortes brises de terre qu'on éprouve ordinairement, pendant la nuit, sur toute la partie de la côte comprise entre la baie de Matzamba et celle de Bombétok. Dans les mois de juin, juillet et août, elles soulBent

quelquefois avec violence : c'est ce qui eut lieu lorsque, dous dirigeant vers cette dernière localité, nous arrivâmes par le travers de la contrée en i|uestion. Mais au lever du soleil le vent tomba comme par enchantement; il n'y en eut même pas assez durant toute la journée, pour nous faire franchir les quatre ou cinq lieues qui nous séparaient encore du mouillage; et il fallut laisser tomber l'ancre à l'ouverture de la baie, afin de ne pas être rejetés au large par le courant de jusant. Au calme succéda bientôt la brise de terre , qui souffla très-fort toute la nuit et diminua un peu dans la matinée, sans changer de direction. Néanmoins, au commencement du flot nous appareillâmes et, louvoyant sous toutes voiles, nous allâmes mouiller dans la partie nord de la baie, devant la ville de Majunga.

La baie de Bombétok est celle indiquée sur nos vieilles cartes sous les divers noms de Manigaro, Manangare, Manangara, qui tous ne sont évidemment que des corruptions du motManan'hara, ancien nom du fleuve qui s*y jette. Les premiers Européens qui la fréquentèrent ne virent en elle que l'embouchure de ce fleuve et lui donnèrent le nom que portait alors celui-ci.

Plus tard, cette baie fut nommée il mpampa^ouAa^ par les indigènes, mot dont les Européens firent Pombétok et Bombétok. Quelques navigateurs l'appelèrent aussi, par erreur, Massailly, ou Grand-Massailly ; mais l'usage général consacra le nom de Bombétok, sous lequel elle est encore aujourd'hui désignée. Les indications que j'ai trouvées sur cette baie au dépôt des cartes et

* Selon M. Noël ( Recherches sar les Sakkalava, page 8 ) , Ampampatouka serait une corruption de Ambava-Bétsibouka , qu'il traduit ainsi : Dans la bouche du Bétsihouka , et qu'il donne comme la dénomination d'un village situé h l'emboucbure de ce fleuve. S'il était vrai, et je ne suis à même ni de le nier ni de l'aflirmer, que telle fût l'étymologie du mot Bombétok, il faudrait, je crois, traduire plutôt ainsi : là, bouche du Bitsibouka; ce qui s'appliquerait à la baie où le fleuve verse ses eaux et non au village , qui me parait au contraire tenir son nom de la baie. Il y a en eflet plusieurs raisons de croire que celle-ci était déjà appelée Bombétok avant qu'il y existât un village de ce nom. Dans un manuscrit nautique de 1726 où il est question du port de Pombétoc, etqui donne quelques détails sur l'intérieur de ce port, il n'est fait mention de village que sur son côté ouest. Or, c'est sur l'autre côté qu'a été situé celui de Bombétok. En outre, sur un plan de 1732, figurant une baie nommée le Grand-Pombétoc, il n'est indiqué non plus aucun village de ce nom. Il y a plus, il paraîtrait, d'après Dumaine (Annales de Malte-Brun, tome II, page 33 ], que le nom de Pombétok ou Bombétok, n'aurait été donné à un village de cette baie que par les Européens, et que celui qu'ils désignèrent à tort par le nom de la baie était nommé Taflian-Tarang par les indigènes.

plans de la niÀiine ne me laissefit aucun doute quant à Tidentité de Manigaro ou Manan'hara , ou Graud-Massailly et de la baie de Bouibétok. Les passages suivants, extraits de manuscrits différents rétablissent d'une manière positive.

« La terre la plus loin en vue de File de Makiamay (Makambi), est à cinq lieues S. £.!£.( du compas), qui est la teste de rentrée de Manigaro. Auprès d'y celui est un lit de marée qui fait paraître la rivière barrée, mais il n'y a pas moins de six à sept brasses, et plus en dedans, huit, neuf, dix et douze brasses, sable et vase K ■

— « On a été en un village qui est sur le bord de la mer, nonmié Machourang, lequel est dans la partie Est du port. Le chef du village nous a dit que le port s'appelait Pombétok et que c'était le grand port du roi Rafiinénahé, que nous appelons KatoukafTe, et le port, le grand port de Massailly. •

— . L'île Makabaye (Makambi) restant à l'0. 7 N.O. et O.N.O., à deux lieues et demie, j'ay relevé l'entrée du grand port Pombétok au S. E. ^ E., à quatre lieues et demie, et la pointe ou cap de terre rouge qui est dans le côté ouest du port, au S. E. et au S. E. I E., à trois lieues, etc \ »

La baie de Bombétok s'étend dans une direction moyenne N. N. O. et S. S. E., à environ dix-huit milles dans les terres. Sa largeur est à l'entrée de trois, milles et demie , mais en dedans elle varie de trois à sept milles. Les terres qui circonscrivent ce magnifique bassin présentent un aspect agréable et varié : du côté de l'Est, elles sont basses et couvertes d'une riche végétation ; une large lisière de palétuviers prolonge cette masse de verdure jusqu'à la mer. A la partie moyenne de la baie se projette, de ce même côté vers l'ouest, une presqu'île de trois à quatre milles de longueur, qui divise la baie en deux parties; c'est dans l'arrière-baie qu'elle forme que débouche le Bétsibouka. Cette presqu'île masque ainsi les bords marécageux du fond de la baie; mais au-dessus d'elle on en aperçoit les terres élevées, avec leurs formes moins arrêtées et leurs teintes plus claires. Le côté de l'Ouest, présente une série de collines d'une hauteur moyenne et uniforme, boisées à leur partie supérieure, mais arides et pier-

^ Voir au dépôt des cartes et plans de la marine, le manuscrit déjà cité : Etat des ports et haies de Vile Dauphine.

* Voir au dépôt de ta marine un autre manoscrit intitulé : Extraits pris sur les journaax des voyaaes faits en Vile de Madagasear,

reuses à la base, où tranche ça et là en larges taches rouges la terre ocreuse qui concourt à leur formation. Enfin, sur le côté nord , le terrain, plus élevé en certains endroits • est en même temps plus accidenté. Les détails du paysage accusent la préseqçe et Tactivité de Thomme, et Toul embrasse avec satisfaction dans son entier le tableau où se dessinent, en un pittoresque ensemble, la ville fortifiée de Majunga et les ruines à demi restaurées de Tancienne cité antalaots\ entremêlées de bouquets de cocotiers, de manguiers et de grenadiers.

Après avoir suivi à Majunga la même marche qu'à Mouroun'sang, je i)s ma visite au gouverneur, nommé Baen*zaro, que je trouvai entouré d*un nombreux état-major. Chacun des individus qui le composaient était revêtu d'un uniforme à l'anglaise plus ou moins brillant : l'ensemble rappelait assez bien, tant pour les physionomies que pour les bigarrures du costume et la gêne évidente de ceux qui le portaient, un état-major haïtien aux premières années de l'indépendance.

L'accueil qu'on me fit ici, sans avoir rien de désobligeant, fut cependant moins courtois et moins franc qu'à Mouroun'sang: on était sans doute intrigué de l'apparition d'une corvette française à M^unga. Afin de ne pas porter ombrage aux autorités, je donnai pour cause de ma relâche la nécessité dans laquelle j'étais de me procurer quelques vivres frais et des sangsues pour les malades du bord. Aussitôt le gouverneur me proposa de les fournir en échange de farine et d'autres provisions dont l'état-major de la place était en disette; mais, sur ma réponse que je ne pouvais opérer de cette manière, il fut convenu que les approvisionnements que je prendrais seraient payés en piastres.

Le caractère des chefs à Majunga me parut beaucoup plus mercantile que guerrier, et le ton général était au négoce, en dépit de l'allure militaire qu'on avait voulu prendre, eu égard à 1â circonstance. Si un pareil laisser-aller ne m'avait semblé inconvenant pour moi-même, j'aurais pu, en m'y prêtant un peu , voir se trahir sous les uniformes dorés les marchands de bœufs et de volaille, et tous ces brillants officiers débattre avec acharnement le prix d'un canard ou d'une douzaine d'œufs.

Le lieu de la réception était une varangue dominant l'entrée de la palissade qui entoure le Gouvernement, et ayant à chacune de ses extrémités un petit appartement : c'était là tout ce dont se composait pour le moment la demeure du gouverneur, le corps

de logis principal , qui est en maçonnerie et dans la même enceinte, .se trouvant alors en réparation. Raen'zaro, en me signalant cette circonstance et la gène quelle lui occasionnait, en prit occasion pour s'excuser de ne pouvoir me faire de politesses chez lui , et il me pria d'accepter un bceuf comme cadeau de la reine. Après une demi-heure d'entretien , que l'embarras et la défiance de mes interlocuteurs rendirent fort décousu et fort insignifiant, je me retirai et fus reconduit jusqu'à la porte de la ville par quelques-uns des officiers.

Raen'zaro me parut avoir environ quarante-cinq ans; sa physionomie et ses traits présentaient le type hôva dans toute sa pureté. Ses manières, embarrassées et communes, me firent penser qu'il était d'un caractère méticuleux et peu élevé. Les indigènes le disaient méchant et cupide, se plaignaient beaucoup de son gouvernement et regrettaient Rabémila, son prédécesseur. Raen'zaro avait le rang de onzième honneur, ce qui correspond à notre grade de maréchal de camp.

Si les autorités de Majunga m'avaient semblé inférieures en affabilité et en dignitédecaractèreà celles de Mouroun'sang, elles ne leur cédèrent en rien quant au système de surveillance dont nous avions été l'objet dans ce dernier lieu. A Majunga aussi, toutes les mesures furent prises pour nous empêcher d'examiner la ville et ses moyens de défense ; mais ici je trouvai dans mes relations avec quelques individus à nous dévoués, des facilités que je n'avais pas eues à Mouroun'sang pour obtenir des renseignements sur ce qu'on mettait, d'autre part, tant d'importance à me cacher. Je vais donner d'abord le résultat de mes propres observations.

La ville de Maj unga est de création hôva et date de l'année 1824, époque à laquelle Radama envahit le pays de Bouéni et força Andriansouli à reconnaiti^e sa suzeraineté. Ce fut d'abord un poste militaire, comme ce roi en établissait, dans toute circonstance analogue, sur quelques points des provinces qu'il avait soumises. 11 y installa un gouverneur pour faire exécuter ses ordres et contrôler les actes de son vassal, auquel il ne laissait ainsi que les apparences du pouvoir. Une maison en pierre, dans la forme et le goût arabes, y fut bâtie par des maçons antalaots' pour Ramanétaka, le premier gouverneur de cette partie du Bouéni; des paillotes furent élevées à l'entour, et une palissade enceignit le tout. Mais bientôt la tentative faite par Andriansouli, pour se-

couer le joug, ayant fait renaître les hostilités en Bouéni, le poste de Majunga se trouva dès lors en butte aux attaques d Sakalaves, ce qui obligea de le fortifier; puis, sa position mar time ajoutant à son importance, il devint enfin le poste principal des Hôvas dans la partie occidentale de File. Peu à peu, la plupart des cases en paille avaient été remplacées par dés maisons en planches avec couvertures de feuilles; et, au moment où je me trouvais sur les lieux, il pouvait y avoir dans Tenceinte de soixante-dix à quatre-vingts maisons et cases.

La ville est située sur une colline qui, sans être bien élevée, domine cependant tout le terrain environnant; elle est entourée d*une palissade assez faible en beaucoup d'endroits. Du côté du Sud, où se trouve Feutrée qui fait face au mouillage, cette palissade est remplacée en partie par un pan de muraille haut d'environ trois mètres, et contre lequel il a été établi un remblai formant plate-forme: des tas de pierres, distribués plus loin le long de la palissade , semblaient annoncer Tintention de le continuer sur tout ce côté. Dans ce pan de mur sont pratiquées une porte d'entrée et six embrasures garnies de canons ou caronades; trois autres pièces d'artillerie sont placées en divers points du pourtour de la ville ^ Il existe aussi sur le flanc de la colline, du côté du S.O., un petit bastion à deux embrasures, dont une seule est armée : il bat le chemin qui mène à la porte du Sud. Outre celleci , trois autres ouvertures ont été ménagées dans la palissade , l'une au Nord , de laquelle part la route qui mène à Tananarivou, une seconde au N. O., et la troisième à l'Est; à celle du Sud aboutit l'avenue qui conduit du débarcadère à la ville. En dehorsdela palissade il y a une sorte de glacis large de dix à douze pas, planté d'arbres dont les branches toujours feuillues forment autour de la ville comme une haie vive ou un rideau de verdure. Huit paillotes servant de corps de garde de nuit y sont réparties : la garde de chacune est de cinq hommes, qui sont relevés tous les soirs. Le glacis est borné par un fossé d'une largeur et d'une profondeur irrégulières et qui se confond en quelques endroits, au Sud, au S. O. et au S. S. E., avec les ravines dont les flancs de la colline sont sillonnés. Des ponts fixes y ont été jetés vis-à-vis des quatre portes; ces ponts sont fortement palissades et fermés.

^ Toutes ces bouches à feu étaient de calibres très-différents, quelques unes de 12 et 18; mais, en fait de projectiles, il n*y avait dans la ville qite des boulets d^une livre cl de six livres.

A environ denx cents pas en dehors de Tenceinte, dans un ravin profond situé au N. N. 0. de la ville , se trouve une source qui fournit aux besoins de la garnison , et où les habitants des villages extérieurs vont aussi prendre Teau qu'ils boivent. Les travaux qu on y a exécutés jadis, pour l'approprier aux usages de la population de Moudzangaïe, indiquent que celle-ci n était pas complètement étrangère aux arts de la civilisation et rappellent une époque plus florissante pour la contrée. On y voit encore» en assez bon état de conservation, un grand réservoir-fontaine, d'où l'eau tombe en cascade dans un bassin ou lavoir : c'était là que les vrais croyants venaient faire leurs ablutions. Les bords du ravin , ainsi que le sentier par lequel on y descend, sont plantés d'arbres qui lui prêtent un mystérieux ombrage et y entretiennent, pendant presque tout le jour, une délicieuse fraîcheur. A l'intérieur, il est tapissé d'arbustes grimpants et de lianes dont les rameaux, déliés et flexibles, retombent en festons et en colonnes de feuilles et de fleurs au-dessus du réservoir, à la surface duquel s'épanouissent comme à l'envi les corolles bleues d'une espèce de nymphéa. Ce site pittoresque est constamment animé par des groupes de personnes de sexe, d'âge et de costumes différents. 11 y aurait là, pour un artiste, le sujet d'un ravissant tableau.

La porte du N. 0. de l'enceinte ouvre sur un chemin conduisant à un petit fort situé sur la pointe Aouroun'batou ( pointe Saribengo d'Owen), à 900 mètres environ dans l'O. N. O. de la ville. Il consiste en une maçonnerie circulaire formant plateforme avec parapet. Dans celui-ci sont pratiquées douze embrasures, régulièrement distribuées sur toute sa circonférence. Quatre d'entre elles seulement étaient alors garnies de canons, du calibre de quatre. Autour de la batterie est une levée de terre et de pierres, formant masque, qui p;arantit une grande partie de la muraille : de telle sorte que celle-ci laisse peu de prise aux projectiles qui seraient dirigés sur elle par des navires mouillés à portée convenable. Je m'approchai un jour du fort, en feignant d'herboriser; mais, aussitôt qu'on m'aperçut, deux hommes de la garde qui y stationne furent dépêchés vers moi et m'enjoignirent de rebrousser chemin, coupant court ainsi à mes observations personnelles, et, par suite, au récit que j'en aurais pu faire. Les détails qui suivent y suppléeront en partie; je les

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liens de personnes vivant sur les lieux, el qui aront paru clignes de i^onfiance.

« La niui*aille du fort d'Aouroun'l)alou est haute d'à peu près .|uatre mètres. Le tiers de cette hauteur est prise par le parapet. L'épaisseur de la plate-forme esl d'environ cinq mètres. Quatre cavités y ont été ménagées à Tintérieur, pour servir de magasins et de corps de garde. Chacune d'elles a communication sur le chemin creux que forme le masque avec la muraille : elles sont situées aux quatre points cardinaux de Tenceinte. Au centre de Tespace circonscrit par celle-ci se trouvent la poudrière et une espèce de citerne où fou porte de feau dans la saison sèche. Quant à la ville, il nS' existe ni puits ni citerne, et on n^y entrelient pas d'approvisionnements de prévoyance en vivres. •

La garnison de Majunga est (omposée de trois cents hommes, mais il en est toujoursquelques-unsd'absents, occupés d'opérations commercialesdans les villages du Nord et du N. K ., dont les populations vivent en paix avec eux. Dans ces excursions, ils sont parfois assaillis par des djérikis sakalaves, qui leur font un mauvais parti: aussi ne s'y aventurent-ils qu'en nombre de dix à vingt Ils portent chacun un petit ballot de coton américain , eu échange de quoi ils obtiennent des peaux, dont ils trouvent le débit à leur retour au port

Le poste de Majunga offre prise à l'incendie aussi bien que le poste de Mouroun'sang , et, quoiqu'il soit défendu par un matériel d'artillerie plus considérable que celui de ce dernier, il serait encore plus facilement réduit; car, la batterie et la ville pouvant être approchées à portée de canon par des navires du plus grand tirant d'eau, seraient attaquées à la fois par mer et par terre. Mon opinion est qu'une petite frégate et une corvette avec trois cents hommes de débarquement en auraient bientôt raison.

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