‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de MadagascarChapitre 19 sur 49 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rive gauche du Bétsibouka et poster hôvas qui s y trouvent. — xNavigation du

fleuve dans chaque saison.

En donnant dans la passe de Kandranihéli, la plus au Sud de l'embouchure du Bétsibouka, on trouve, un peu en dehors et au S. S. O. de Nossi-Kibondrou , le village d'Ânkabouki, aiflrefois considérable : Andriansouli y tenait une partie de son monde pour la culture du riz. Vers la fin de i84o, les H6vas y

placèrent un poste et l'entourèrent dune palissade; niais ils y étaient à peine établis , que les Sakalaves indépendants, qui occupent le pays au Sud de ce point, vinrent les attaquer, les en chassèrent et mirent le feu au village.

A trois milles d'Ânkabouki est Marouriha, ancien grand village encore habité aujourd'hui par des Sakalaves qui y cultivent des plantes alimentaires, sous la direction de quelques colons venus d'Imerne. Le poste hôva de Mahabou est situé à environ trois milles dans TO. S.O. de Marouriha, sur la petite montagne Mahabou, dont les flancs sont assez roideset le gisement, à peu près Nord et Sud. A sa partie nord, qui est la plus élevée, se trouve le tombeau d'Andriamahatindi - Arivou et des autres rois de Bouéni, ses successeurs; à l'autre extrémité est le poste hôva, entouré d'une palissade défendue par quatre canons, qui sont répartis à ses quatre portes. On va prendre l'eau au pied de la montagne , à un petit ruisseau situé à l'Est, qui afllue dans le Bétsibouka , près de Marouriha. La garnison de Mahabou est de quatrevingt-dix hommes, commandés par Réentina^, onzième honneur.

Quoique le poste de Mahabou soit peu éloigné de Kiombikibou, où se tiennent des bandes nombreuses de Sakalaves, sa garnison, toute faible qu elle est, suffît encore pour le garder; le respect que ceux-là professent pour les tombeaux qui se trouvent dans le voisinage de ce poste, les empêcheront toujours d'aller l'attaquer.

A deux milles et demi environ de Marouriha, est l'ancien village d'Ankaravatou. En cet endroit, le Bétsibouka a près d'un mille de large , mais, un peu plus loin , il est rétréci par la pointe élevée d'Ambalabongou , auprès de laquelle est le village du même nom i à environ trois milles et demi du précédent. Vis-à-vis de la pointe, le fleuve n'aurait guère que quatre cents mètres de largeur.

A un mille et demi d'Ambalabongou vient Tanhouravi, autrefois très-grand village ; puis, à deux milles au delà, commence le district de Maroufoutoutsi, où il y avait plusieurs villages oc-

^ Réentina est Sakalave de naissance. Pendant les luttes d'Ândrianampouine avec ses voisins, luUes auiqueilcs prirent part les sujets de Bavahini, il fut, encore enfant, emmené en Imerne, où il a été élevé. Devenu homme, il suivit les expéditions militaires des Hôvas, et il est ainsi parvenu aux premiers rangs de leur hiérarchie.

cupéspar Makâ, père de Tsiinandrouh\ et ses Bémazavas. Cest à Mizari, Tun de ces derniers, que naquit Tsiiuandroub'.

Au-dessus de Mizari est Ântsoa; il s'y trouve une colline, dans le Sud et au pied de laquelle était un village. Là, le fleuve aurait environ un kilomètre de largeur.

A deux milles et demi de ce point, on trouve Ambinanghi-Mauansanga. La petite rivière de Manan^sanga forme un marais audessus de son confluent; ce marais était autrefois une rizière environnée de plusieurs villages.

Sur la rive gauche de la Manan'sanga , à six ou sept milles de son embouchure , est situé Bécéva, poste hôva d'une centaine de cases, entouré d'une palissade défendue par trois canons. Il est commandé par Tsimamanga, dixième honneur; sa garnison hôva est seulement de quarante-huit hommes, mais elle est complétée à trois cents par des Bézauns ^

A quatre milles au delà d'Ambinanghi-Manan'sanga est Kaboura, où il y avait autrefois un grand village commandé par TAntalaots' Faki-Koua. Viennent ensuite Nossi-Lava et la terre d'Amboina , après laquelle on arrive à Ambinanghi-Ankarambilou. Les boutres de moyen tonnage mouillent à cette embouchure dans la saison sèche, et ils pourraient remonter à deux ou trois journées au-dessus, dans la saison pluvieuse. Ankarambilou est Tafiluent le plus considérable du Bétsibouka; il y avait autrefois plusieurs villages et de nombreuses rizières sur ses bords. Son embouchure est seulement à un petit mille à l'Ouest d*Ambatou ; c'est tout près de là , et directement vis-à-vis de ce dernier point, qu'était Mahabé , plantation de bananiers parsemée de quelques cases.

Après Mahabé, on trouve la petite montagne Bétani-Mahamaï , et, à environ trois milles de celle-ci, Kamoto , où il y avait encore un village; enfln, la terre de Maroabouali et le village Bondrouni, qui est à l'embouchure de l'ikoupa.

En remontant le cours de l'ikoupa , à environ quatre milles de son confluent avec le Bétsibouka, sont deux petites lies nommées Andriantani , près desquelles le courant est si violent qu'on a grand'peine à les atteindre en se servant à la fois de la cordelle et de la perche. Un boutre attend quelquefois pen-

^ Les Bézauns étaient les indigènes des parties de TEst et du S. E. du pays de Manan'hara. Quoique devenus Sakalaves par la conquête, ils conservèrent |cur appellation primitive.

dant plusieurs jours les circoostaoces favorables pour faire ce trajet.

A un mille au-dessus est Manghaniki ^ où il y avait autrefois trois villages; et à cinq milles plus loin était Béhazoumati, où les Hôvasvenaientacheter des bœufs etdu selauxSakalavesdeBouéni et aux Antalaots' de Moudzangaïe. C'est à dix ou douze milles audessus de Béhazoumati que se trouve , dit-on , Amboudirouka , cataracte formée par llkoupa; puis, un peu au Sud de ce dernier point, s'élèvent au milieu du fleuve sept petites îles qui, en raison de leur nombre, sont désignées par le nom de Nossî-Fitou. De Manghaniki à Amboudirouka, llkoupa n'est plus navigable, à cause de la violence du courant. 11 n'y a d'ailleurs rien à faire maintenant au delà de Kaboura.

En outi^ de Nossi-Kiboundrou et des autres ilôts mentionnés comme existant à l'entrée du Bétsibouka, on rencontre encore dans le cours de ce fleuve plusieurs petites iles, dont les principales sont : Nossi-Mangaoki , Nossi*>Maroariha, devant le village du même nom, Nossi-Lava , en face d'Ambalaiitétiki, et Nossi- Gouaka, entre Bétanimahamaï et Andomboulava.

Les boulres destinés à la navigation du Bétsibouka étaient seulement du port de dix à vingt-cinq tonneaux, et construits à varangues très-plates : condition indispensable à cause des fréquents échouages, soit fortuits, soit volontaires^, auxquels sont exposés les bateaux qui font la navigation du fleuve. Cette navigation est soumise à des mouvements très-divei^, selon les saisons : je vais en décrire la marche générale pour chacune.

Pendant la saison sèche, les eaux étant basses et courant plus lentement, le flot se fait sentir dans le fleuve plus loin et avec plus

^ Avant que les Hôvas eussent frayé la roule qui mène actuellement de Taboun^zi à Tananarivou, celle de Bouéni en Imerne partait de Manghaniki , où Ton se rendait, soit par le fleuve, soit par terre. Dans ce dernier cas, la route précédemment indiquée pour aller de Majunga à Tabou nn se continuait jusqu'à Manghaniki; Ton traversait, à cet effet, le Bétsibouka à gué on en pirogue, tout près de son confluent avec Tikoupa. Mais, depuis ladoption de la nouvelle voie, celle par Manghaniki a été abandonnée, et il m'a été impossible de me procurer des renseignements sur cette ancienne route, si ce n'est qu'elle était facile et pouvait être parcourue en huit jours. C'est même , ai-je< entendu dire, en considération de la grande facilité et de la promptitude avec lesquelles on arrivait par Ik au cœur de ses États, que Radama, par des motifs politiques, en décida Tabandon.

^ JUes bateaux ne mouillent jamais en plein courant; lorsqu'ils ont une station k faire, ils s'échouent parallèlement à la rive.

de force que pendant Tau tre saison. Par la même raison encore, les mouvements à la perche et à la cordelle y sont plus praticables. Mais, comme en ce temps-là le vent est constamment contraire pour remonter, et que souvent il souiQe frais , les mouvements eu amont sont très-difficiles durant toute la saison sèche, qui comprend les mois d avril , mai , juin , juillet , août et septembre.

Les circonstances les moins défavorables pour remonter alors le Bétsibouka sont donc naturellement celles où le vent est faible avec un bon flot. Ce qui offre le plus de difficulté, c'est le trajet de Majunga aux passes, et il n'est même possible, en un laps de temps raisonnable, que dans les circonstances qui viennent d'être indiquées. A défaut de leur concours, on ne saurait dire le temps nécessaire à ce trajet : favorisé par elles, on mettra ordinairement deux marées à le faire. Une fois dans la passe, et supposant la continuation des circonstances favorables, une troisième marée portera à Titéraka; la quatrième, à Maroulambo; une cinquième, àSangaboua;unesixième, àManan'sanga; une septième , à Nossi-Lava , où le flot n'est plus sensible , et où l'on n'avance plus qu'à la perche. Dans ces nouvelles conditions , on arrivera en une autre journée jusqu'à Ambalafitétiki , et la journée suivanteon atteindra Mahabé, ou bien Ambaton , au-dessus duquel le fleuve n'est plus navigable dans cette saison , même pour les plus petits boutres. Bref, la durée du trajet de Majunga à Ambatou, dans les mois de mai , juin , juillet, août et septembre, serait de six jours, en profitant de la marée, la nuit comme le jour , et il faut pour cela être bon pratique.

Pour descendre d' Ambatou à Majunga, durant les mêmes mois, on a pour soi le courant, pendant la première moitié du trajet, et le vent toujours favorable; mais on ne profite qu'en partie de ce dernier avantage. Les changements sont trop fréquents dans la direction du chenal pour qu'on puisse y naviguer à la voile : oi. se sert des avirons seulement. Par ce moyen, une journée mènera entre Bongamari et Matahitsilangn'ha ; une seconde, à Ambalabongou ; une troisième, à Ankabouki; et, si Ton y arrive à la fin du flot, on pourra être de bonne heure , dans la quatrième, à Majunga, parce qu'on met à la voile aussitôt qu'on est en dehors des passes.

Dans la saison pluvieuse, les circonstances sont entièrement difl<érentes pour chacun des deux mouvements en aval et en atnont. Les eaux étant alors très-hautes et le courant très-rapide^

le flot se fait sentir bien moins avant dans le fleuve ; son action n'est plus sensible que jusqu'à Anibaiabongou, encore n*y a-t-il d'autre eflet que d'occasionner une élévation dans le niveau des eaux : au delà de Marouriha, il ne produit plus de courant dans le chenal. On ne peut, dané cette même saison ,se servir de la perche, à cause de la profondeur de leau; et le halage à la cordelle nest pas toujours possible, parce que les eaux débordées dépassent souvent la lisière des herbes et des arbustes qui garnissent les rives naturelles du fleuve, et au milieu desquels les haleurs ne sauraient marchera Mais la direction du vent, qui, à cette époque, se trouve favorable et règne du N. O. au N. E. , compense ces inconvénients, et permet aux bateaux , remontant le fleuve , de refouler le courant à la voile. Ce vent a sa plus grande force dans les mois de janvier et février, et lient généralement alors du Nord et N. N. E. Ces deux mêmes mois sont aussi ceux des plus grandes pluies. Durant presque tout le cours de cette saison , les mouvements en amont seraient très-dangereux pendant la nuit, parce que le fleuve charrie de nombreux troncs d'arbres que les eaux débordées ont détachés des rives : on s'arrête donc ordinairement le soir. Dans les circonstances qui viennent d'être énoncées, et en s'aidant du flot, un boutre parti de Majunga pourra se rendre dans une journée à Marouvouaï; une seconde, le conduira à Ambalabongou; une troisième, à Mizara; uae quatrième, à Kaboura; une cinquième, à Bégara; une sixième, à Ambatou. Si le vent est faible, on peut mettre jusqu'à dix et onze jours à faire ce trajet, à cause de la force du courant; mais il en est de même dans la saison sèche, quand le vent, alors contraire, souflle fort. Au-dessus d' Ambatou, le chenal est trop sinueux ou trop étroit pour remonter toujours à la voile ; mais la diminution de la profondeur de l'eau , à partir de ce point, permet l'usage de la perche, et on l'emploie simultanément et tour à tour avec la cordelle, selon la nature du fond et les facilités des rives. Le septième jour, on arrivera à Bétanimahamaï;le huitième, à l'extrémité de Kamoto; le neuvième, à Boundrouni; le dixième, à Andriantani, et le onzième, à Manganiki.

' Ces fourrés sont composés d'une espèce de bambous à épines, dont le nom sakalave est bararata, et d'une liane appelée tatikiliUi. A l'entrée de \à rivière, il y a des palétuviers; mais il n'en existe plus sur ses bords au-dessus d'AnkabouLi.

La descente s exécute à l'aide du courant, avec les avirons : on atteint ainsi, dans la première journée, Ambatou; dans la seconde, Âmbinanghi - Manan^sanga ; à la troisième, Âmbalabongou; à la quatrième, Titéraka; à la cinquième, Ambatoukéli; à la sixième, Pirpirine; à la septième enfin, on arrive à Majunga.

On voit, par tout ce qui précède r que les avantages et les inconvénients attachés à Tune et lautre saison sont combinés dç manière à exiger, dans chacune d'elles, à peu près le même temps pour se rendre d'un point à un autre, soit en remontant, soit en descendant le fleuve; cependant, au dire des mariniers, la navigation en est moins pénible pendant la saison pluvieuse, ce qu'explique suffisamment, d'ailleurs, l'emploi qu'on fait alors, pour la plus grande partie du trajet en amont, de la voile au lieu de la perche ou de la cordelle. Il ne faut pas oublier, en outre, que l'étendue navigable du Bétsibouka étant bien moindre dans la saison sèche, l'avantage du transport par le fleuve est réduit presque de moitié pendant toute la durée de celle-ci.

Page 1