CHAPITRE XIV
Alerte occasionnée par l*approche des HAvas. — Retour k Kiakombî. — Rencontre de plusieurs groupes de fuyards. *- Incendie à Kiakombi. — Fausse accusation. — - Fourberies des chefs du village. — Réflexions au sujet de Tafikandre et de ses Sakalaves. — Incident. — Départ.
Je dormais d'un profond sommeil, lorsque, entre minuit et une heure, je fus réveillé à ce cri, répété instantanément par des voix nombreuses : Les Hôvas! les HôvasI En même temps retentirent des coups de fusils et le son sauvage de l'antcive ^ accompagnement lugubre tout à fait en harmonie avec les danfeurs d'épouvante qui s'élevaient de toutes parts. En un instant le tumulte fut au comble.
M. Maizan , M. Guillermau et Âoudi se rendirent aussitôt près de moi pour me consulter sur le parti que nous devions prendre; mais il n'y en avait pas d'autre que d'attendre le jour, pour se mettre en route ou se décider à rester, selon les cir-
^ Cest le nom que donnent les Malgaches à une coquille de la fiimille des Tritons, dont ils se servent comme d*une trompe.
constances. Les Hôvas, arrivés le soir sur le bord du ruisseau Mainti-Massou , dans TEst de Kiombikibou , s y étaient arrêtés , et n'étaient plus ainsi qu'à trois lieues de ce village; mais ils allaient trouver devant eux les Sakalaves de Tsimikiki, le chef réputé le plus brave , qui les occuperaient au moins quelque temps ; et puis les Hôvas, pas plus que les autres Malgaches , ne combattent jamais la nuit: nous pouvionsdoncdemeurerjusqu'au matin sans être compromis. D'un autre côté , notre départ en ce moment aurait eu 1 air d'une fuite, et eût été attribué à la peur par les Sakalaves, qui ne pouvaient comprendre dans quel embarras m'auraient mis une surprise et mon arrestation par l'ennemi. Au reste , le bruit s'apaisa peu à peu , et une heure s'était à peine écoulée que le plus profond silence régnait autour de nous.
Au point du jour il n'y avait pas vingt personnes dans le village. Cette désertion générale me démontra la nécessité de partir, sous peine de nous voir bientôt laissés à nos seules ressources pour r^agoer Kiakombi. Des dix hommes désignés la veille par Bello pour nous accompagner, pas un ne restait ; et si nos premiers conducteurs n'avaient pas été des gens de la baie, désirant y retourner avec nous parce qu'ils y trouvaient plus de sécurité qu'aie faire isolément, ils se fussent certainement enfuis comme tous les gens du village.
Nous primes pour revenir à Kiakombi le chemin qu'on dési-gne , en raison de sa situation par rapport aux autres , sous le nom de chemin du Sud. D n'y a point de mares à traverser, et, quoique moins direct que chacun des deux suivis en venant, 1 un par M. Maizan , l'autre par moi, conmie sur presque toute son étendue il est pratiqué en pays découvert , le tracé en est beaucoup moins sinueux que dans ceux-ci, et donne en totalité moins de chemin à faire. Par cette voie , au lieu de couper les petites collines boisées qu'on traverse en suivant l'une des deux autres, on passe en dehors et à l'Est de toutes, marchant parallèlement à leur gisement» qui m'a paru être généralement entre le Sud et le S. E. ; arrivé à peu près à la hauteur de Kiakombi , on tourne au S. O. et ensuite directement à l'Ouest pour atteindre ce point. On n'évite pas complètement, cependant, le passage à travers les bois : la route en coupe deux dont le parcours transversal exige encore bien, pour l'un, une demi-heure de marche, et pour l'autre plus d'une heure. Dans ce dernier, le sentier présente de nombreuses intersections avec le lit d'un ruisseau,
entièrement à sec danâ la saison on notl» nous troitviôtié, nfàis qui • dans la saison pluvieuse <;doit rendre 6e chetiàn dtt Sud beaucoup moins facile. Le pays à travers lequel fl est frtyé est tout aussi inculte et inhabité que la partie ouëét; le sd,] encore plus aride et plus pierreuis^
Nous fîmes halte vers onae hetireë du itiatin, ft6tli|unj[b6it* quet d'arbres, au bord d'un petit étang t un groupe d'hommeii, de femmes et d'enfants s'y étaient arrêtés atssi , pour abreuver le troupeau de bœufs qu'ils eumienaieUt. Près d'eut étaient leurs bagages, consistant en quelques nattes, dti riz* du mab, des calebasses d'eau et de miel et quelques grossiers ustensiles de ménage. C'était le commencetnént de là débandade qn^oc^sionne toujours l'arrivée des H6vas i ces malheureux allaieUt chercher, dans les bois et les parties marécageuses du littoral, ou sur les îlots de la baie , un abri pour eux et pour leurs biens contre les dévastations de l'ennemi qu'ils n'osaient braver et combattre. Toute la population des villages situés aux environs du lac Kinkouni ^, sur les bohls duquel étaient arrivés les Hôvas, effectuait ainsi sa retraite, et pendant les c[Uelques heui^ que dura notre atation , nous vimes passer deux autres groupes de fuyards, outre ceux que nous rencontrâmes plus tard en faisant route. D'après ce qu'ils nous dirent, les Bôvas n'avaient pas encore franchi Maînti-Massou, Tsimikiki et sa, baude leur tenant tête de ce côté; mais une de leurs divisions s'était avan« cée par le Sud en contournant le lac, et oh évacuait en conséquence les villages de dette partie.
Tout cela ne nous empêcha pas de donner lé temps nécessaire à un copieux déjeuner très-confortable pour là circonstance, et que notre appétit , aiguisé par une marche de cinq heures, et par l'imprévu et le pittoresque de la situation, nous fit trouver
(7 ^ Le bord occidental du lac Kinkouni est» d après les indicatiens aùî m*ôi&t été données, à sept ou huit milles dans TEst de Kionibikibou. A environ nMf milUes du même pmnt, ses eaux communiquent avec celles de la Mandiaraî par un ruisseau très-sinueuz nommé Maînti-Massou. Ce lac est assez Itrg^ pour que d*un des bords on ne voie pas le bord opposé; sa profondeur, en certains endroits, va Jusqu'à dix brasses; Teau en est belle et le poisson y est trës-abondant. On cultive beaucoup de plantes alimentaires sur ses bords, oh s'élèvent un grand nombre de villages habités principalement par des Sandangouatsis : c'est la partie la plus peuplée de tout le pays de Miari. An milieu du lac, il y a trois petites îles sur lesquelles les habitants des villages voisins se réfugient à l'approche des Hôvas.
délicieux. Pour l'arroser, nous avions d^abord Teau du bassin à discrétion; mais, comme elle avait été troublée parle piétinement des animaux qui venaient de s'y abreuver, nous fûmes obligés de nous en tenir aux vins de Bordeaux et de Madère, qui étaient dans nos provisions. Le café termina dignement ce repas, plus champélre par les lieux où nous le primes que par le menu qui le composait. Bien nous avions fait de ne pas nous être enîbarqués dans cette expédition sans prendre quelques mesunsdê prudence et, surtout, sans être suivis de mon Va tel, muni de ses instruments les plus nécessaires.
Aussitôt après le déjeuner, nous expédiâmes les porteurs dé bagages, nous réservant d'attendre, pour partir, que Tardeur du soleil fût un peu calmée. Ce temps de repos était bien nécessaire surtout à la pauvre Zéna, dont les jambes, enflées par la fatigue, menaçaient de ne pouvoir plus la soutenir. Ses femmes la massèrent et lui frictionnèrent les membres inférieurs avec de leau-de-vie; mais, malgré ce traitement tonique, elle n'aurait pu achever la route sans le secours de porteurs.
Nous levâmes le camp vers trois heures et demie : il nous restait tout juste assez de temps pour arriver le soir à Kiakombi, et peu s'en fallut que nous ne fussions pris par l'obscurité dans le dernier bois que traverse le chemin , véritable labyrinthe dont nous n'eussions pu sortir de toute la nuit. Nous la passâmes beaucoup plus commodément à bord de la Marie- Annelte ; mais plusieurs de nos Malgaches restèrent en route et n'arrivèrent que le lendemain.
Il était à peine cinq heures du matin, on venait de sonner le réveil à bord du brick, lorsque des flanmies s'élevèrent à l'extrémité du village : l'habitation de Zéna était en proie à l'incen die. M. Maizan accosta immédiatement avec la chaloupe; par un prompt et intelligent secours, il coupa le feu et en limita les ravages à la case où il s'était déclai^ , qui fut entièrement consumée. Cette case avait été occupée et venait d'être évacuée par des marchands antalaots' , venus à Kiakombi sur le boutre dont j'ai déjà parlé, et qui allaient en repartir avec ce même bateau. L'incendie fut attribué à leur n^ligence et même à une intention malveillante de leur part; mais cette dernière accusation me parut être sans fondement : c'était en effet tout simplement un prétexte dont on voulait s'autoriser pour arrêter les individus et saisir leurs marchandises. Dans un désir de ven-
geance, réel chez quelques-uns, mais qui, chez la plupart^ n*était qu'un masque destiné à voiler TinstiDct de cupidité et de rapine qui les poussait, les habitants, après s'être emparés des accusés, se disposaient à envahir le bateau; toutefois l'équipage , comptaut sans doute sur mon intervention , ût bonne contenance , tandis que d'autre part les agresseurs jugèrent prudents de s'assurer de mon approbation.
Zéna arriva bientôt, échevelée et les yeux en pleurs, me demander justice du crime commis, et me prier, au nom de Tafikandre dont j'étais, disait-eiie, l'ami, d'arrêter le boutre jusqu'à ce que l'aQaire eût été jugée en kabar. En même temps elle se prétendit informée que les Hôvas s'avançaient vers Kiakombi; que TaQkandre, s'étant vu obligé d'abandonner Riombikibou, était venu se réfugier dans le bois situé près du village, et que se trouvant fatigué et sans moyen de défense il demandait une bouteille d'arack et un fusil.
Elle nous disait tout cela avec un air si naturellement em* preint de chagrin et de crainte, que tout d'abord et sans trop de réflexion nous y ajoutâmes foi. M. Guillermau lui donna ce qu'elle désirait et mit en outre à sa disposition la chaloupe du brick pour transporter son bagage de l'autre côté de la baie. De mon côté, jugeant, d'après l'expérience du passé, que les Hôvas ne viendraient pas jusqu'au bord de la mer sans qu'une flottille partit en même temps de Majunga pour opérer sur la côte, j'envoyai aussitôt la chaloupe à bord de la Dordogne y prendre des munitions pour les deux canons du brick et des cartouches pour ses hommes, afin de le tenir à l'abri de toute vexation et de faire respecter notre neutralité.
IMTétant ainsi mis en mesure contre toute éventualité, je descendis à terre pour voir ce qui se passait dans le village : les femmes et les enfants s'étaient déjà rendus sur les îlots de la baie, les pirogues étaient employées à y transporter le mobilier des habitations, et Tamaï, entouré des notables et de quelques autres individus, présidait le kabar où l'on discutait la culpabilité des prétendus incendiaires ou plutôt la peine à leur infliger. Déjà on leur avait imposé d'emblée une amende de deux cents piastres : c'était, disaient les juges, la peine fixée dans le pays pour le délit d'incendie. On voulait les condamner, en outre, à payer la valeur de la case et de tous les objets qu'elle contenait, au nombre desquels figuraient douze à
quinze quarts de sel et un baril de salpêtre appartenant aux deux Portugais dont j*ai fait mention précédemment. Bref, d'après Testimation du jury, les accusés n'eussent pas eu moins de quatre cents piastres à payer; et, comme ils se seraient trouvés dansTimpossibilité de fournir cette somme, on eut tout naturellement confisqué bateau et marchandises : tel était en définitive le but qu'on se proposait d'atteindre.
Je me hâtai de déclarer à ce tribunal draconien que cela ne pouvait se passer ainsi ; que, du moment où l'on avait eu recours à mon intervention, je prétendais prendre part au jugement et en diriger la marche; enfin, que la partialité dont les juges étaient animés me paraissant maintenant évidente, non-seulement je me refusais à faire exécuter la sentence portée par eux, mais que je m'opposerais même à son exécution, à moins qu'on ne me laissât conduire les débats comme je le trouverais convenable. Zéna, comptant d'abord sur l'effet de ses bons procédés pour moi et pensant peut-être, selon certain proverbe tout aussi bien connu à Cagembi qu'ailleurs , qu'entre chefs nous devions nous entendre, Zéna, dis-je, accepta ma proposition, et je commençai publiquement l'instruction par l'interrogatoire des témoins.
J'avais déjà entendu quelques-uns de ceux-ci, lorsque la plaignante, comprenant que je voulais agir en toute équité, et doutant alors de ma décision et du gain de sa cause, interrompit l'information et fit retirer ceux de ces gens qui déposaient, disant que ce n'était pas ainsi qu'il fallait juger. La séance se trouva par là brusquement suspendue , et , comme c'était l'heure du déjeuner, je laissai les juges à leurs impressions et regagoai la Marie- Annette,
Quand je retournai à terre, je découvris que, M. Guillermau et moi, nous avions été dupes de la fourberie de Zéna, à propos de ce qu'elle nous avait conté au sujet de Tafikandre, et je vis clairement dès lors que , si elle était plus prévenante que les autres, elle n'était ni meilleure ni plus vraie. D'abord, je sus positivement que le chef n'avait pas quitté son village, et que les Hôvas étaient encore sur la rive opposée du Maïnti-Massou ; puis, quelques instants après, je vis dans un groupe un homme ayant à la main la bouteille d'arack livrée le matin à Zéna pour son cousin, et à laquelle on avait déjà fait une ample saignée. Lorsque je provoquai une explication de la part de cette femme, elle voulut persister dans ses mensonges , et me présenta un
individu qui m'affirma avoir été lui-même chaq^ du message par Tatikandre; mais j'eus bieiltât rai^u de leur impudence. Je proposai à cet homme de me conduire au lieu oh il disait avoir laissé le chef, m'engageant à pay^ vingt piastres si celui-ci s'y trouvait réellement, mais à condition que, dans le cas contraire, il recevrait vingt coups de corde pour châtiment de son eflronterie. Le marché ne lui sourit pas, et il se retira confus, en butte aux risées de tous les assistants, qui ne parurent d'ailleurs éprouver ni honte ni regret qu'on eût ainsi abusé de ma confiance.
Cette nouvelle preuve de mauvaise foi qui venait de m*étrc donnée réveilla mon juste mécontentement , et je me décidai à retourner à bord pour continuer mon voyage. Coomie ma pnh chaine destination était la baie de Bali , qui n'est qu'à cinq lieues de Cagembi, je priai M. Guillermau de m'y envoyer un exprès dans le cas où se il passerait autour de lui quelque événement important. Ne voulant cependant pas abandonner le boutre aux mauvais desseins des habitants du village, je déclarai à Tama! et à ses dignes acolytes qu'ils eussent à terminer promptement raflaire pendante, parce que, quoi qu'il en fût, le boutre partirait le lendemain en même temps que moi. Voyant que leur proie leur échapperait s'ils se montraient trop exigeants, ils me prièrent de décider moi-même quelle indemnité les accusés de« valent payer. Comme j'avais acquis la certitude que l'incendie avait été réellement causé par leur négligence, je fixai cette in* demnité, d'après estimation de la case et des divers objets brûlés, à une somme de soixante piastres, payable immédiatement en marchandises, au prix courant du pays; cette dernière clause réduisait le déboursé réel des coupables à environ trente-cinq piastres. Aussi se libérèrent-ils promptement, heureux d'en être quittes à si bon marché et glorifiant, dans leur joie, Allah, le prophète, et même le commandant de la Dordogne.
De leur côté, Tamaî et consorts songeaient à me jouer encore un tour de leur métier; ils savaient que j'avais envoyé prendre des munitions à bord, et ils auraient bien voulu que je les leur laissasse. Ils cherchèrent donc si , par quelque nouvelle fourbe» rie, ils ne pourraient me pousser à cette concession, et après s'être consultés, aucun d'eux n'osant se présenter à moi, ils me députèrent à cet effet un des deux Portugais. Pour toute réponse, je leur fis dire que je partais le lendemain matin.
J'ai cherché longtemps à me rendre compte de la conduite de Tafikandre et de ses subordonnés dans leurs rapports avec moi , et je n'ai pu encore parvenir à en trouver une explication satisfaisante. En résumé, voici les impressions qui me sont restées à leur sujet, après mon passage à Cagembi.
Tafikandre , chef actuel des Sakalaves réunis dans la partie sud du Bouéni , est généralement dans un état ou d'ivresse oa d'aliénation mentale, et, lors de ses rares moments lucides, il n'a qu'une autorité apparente et toute passive : il peut résister, mais non commander et diriger. Cette situation précaire tient d'abord à son état habituel , qui lui rend impossible une action continue dans les affaires du pays , puis , entre antres causes , à la position difficile où il se trouve vis-à-vis des Hôvas : position qui l'oblige, en quelque sorte , à ne jamais mécontenter les cheft ni la population qu'il commande , sous peine d'être abandonné ou peut-être livré par eux. Cette situation tient aussi à l'anarchie dans laquelle vivent ordinairement les Sakalaves : anarchie qui ne laisse guère au chef suprême , dans les affaires pu* bliques , d'autre initiative ni d'autre pouvoir que ceux consentia par la population , à moins que , par une grande énergie de caractère ou un appui venu du dehors, il ne puisse imposer sa volonté.
Les chefs subalternes sont, autant que j'en ai pa juger, four* bes, vaniteux, cupides, adonnés à l'ivrognerie, et s'inquiétànt peu de l'avenir du pays. J'ai déjà dit qu'ils ne sont pas plut obéis par la population qu'ils n'obéissent eux-mêmes à Tafikandre : la masse résiste ouvertement à l'autorité d'un supé^ rieur ; l'individu s'y soustrait par un éloignement momentané , ou bien en se plaçant sous le patronage d'un autre chef.
Si les uns et les autres se livrent parfois à quelque agression contre l'ennemi , ce n'est pas avec la pensée de le chasser de tel ou tel point et d'en délivrer un jour complètement leur pays , mais bien dans le seul but d'enlever des femmes, des enfants et du bétail ; puis , quand ils ont plus ou moins réussi , ils reviennent dans leur village : voilà ce qu'ils appellent faire la guerre aux H6vas. C'est en un mot un vrai peuple de sauvages , insouciant, mutin et pillard.
Leurs sentiments envers les Hôvas tiennent bien plutôt de la crainte que de la haine. Sans juger absolument de leur aptitude à faire la guerre , je dirai du moins que la mollesse de leur dé-
fense, quand ils sont attaqués, n'en accuse pas une bien grande: voici comment les choses se passent en pareille drconatance. A rapproche des Hôvas, Talarme est donnée de village en village ; les fenmies , les enfants et la plus grande partie des honunes se sauvent dans les bois, emmenant avec eux troupeaux et bagages. Deux ou trois chefs , vraiment courageux, rallient autour d'eux le plus de monde qu'ils peuvent, et, s'avançant à la rencontre de l'ennemi, ils se placent près de quelque passage difficile pour le harceler. Cette guerre d'embuscade lui tue bien quelques hommes , mais ne l'empêche pas d'avancer. Bientôt la faible minorité qui avait opposé cette résistance momentanée se dissout, car il n'y avait pour elle aucun approvisionnement, soit en munitions, soit en vivres: l'un a faim, l'autre manque de poudre; celui-ci veut, en outre, mettre sa propriété à l'abri ; celui-là s'enquérir de sa famille. Il en résulte qu'au bout de quelques jours l'ennemi se promène librement dans le pays, brûlant les villages et les moissons , et faisant la chasse aux esclaves et au bétail. Lorsqu'à leur tour les Hôvas, n'ayant point fait de préparatifs pour s'établir en quelque point du pays , se trouvent réduits, par le manque de vivres ou les maladies, à battre en retraite, les fugitifs reviennent sur leurs pas, et bâtissent de nouveaux villages , sans plus se prémunir qu'auparavant contre une nouvelle invasion.
On pourrait penser, d'après la facilité avec laquelle les Hôvas mettent en fuite ces populations et parcourent le pays, qu'il y a de leur côté une grande supériorité de force, de courage et de tactique: ce serait se tromper grandement. Je ne crois pas que, d'homme à homme, les Hôvas soient plus courageux que les Sakalaves : en outre, les uns et les autres se servent des mêmes armes, et les premiers n'emportent dans leurs expéditions , pour toute artillerie, que quelques pierriers fort mal montés, avec lesquels ils font plus de bruit que de mal; il est vrai que ce bruit suffit souvent pour épouvanter les Sakalaves. Quant à la tactique enfin, elle consiste seulement pour ceux-ci, comme pour les Hôvas, dans les ruses sans art que leur imagination leur fournit.
Cependant il y a du côté des Hôvas une supériorité réelle à quelques égards : ils ont le sentiment de la hiérarchie, une politique arrêtée et persévérante, une administration qui pourvoit, en de certaines limites, à l'entretien numérique de l'armement et des approvisionnements de guerre. Cest à peu près tout ce qu'ils
ont conservé des grandes idées de Radama et des améliorations réalisées par ce prince ; mais cela seul est beaucoup en face de lanarchie, de Tinsouciance et de l'imprévoyance dans lesquelles vivent les Sakalaves. Ainsi, dans Tarniée hôva, autorité absolue du chef , obéissance passive chez le soldat ; dans le gouvernement , ridée de la conquête fidèlement continuée. Il est vrai qu'il la réalise maintenant par des moyens moins nobles et plus lents qu'au temps de Radama , mais ces moyens n'en sont pas moins efficaces. Quand, après plusieurs invasions , on a dépouillé une province de la partie la plus énergique de sa population, on y établit un poste que l'on fortifie selon les nécessités, et par lequel on domine toute celte partie du pays : autour de ce poste, viennent se grouper les individus paisibles de la population vaincue , qui, lassés de l'état de lutte continuelle dans lequel ils vivaient, ou mécontents de la turbulence, sinon des brigandages, de leurs chefs naturels et de leurs compatriotes, se trouvent souvent heureux de ce changement de maîtres ; du moins s'y soumettent-ils sans trop de regret , préférant le travail de l'esclavage avec le calme et le peu de bien-être qu'ils peuvent y trouver, à une sauvage indépendance toujours agitée et dont ils n'avaient d'ailleurs que les charges. C'est ainsi que, chaque année, les Sakalaves perdent du terrain , tandis que les moyens de leurs adversaires croissent d'autant en puissance.
Des Antalaots' de NossiBé m'avaient assuré que Tafikandre et les chefs placés sous ses ordres pouvaient mettre en campagne quatorze mille hommes , dont huit mille armés de fusils]; mais il me suffira , pour montrer tout ce qu'il y a d'exagéré dans cette assertion, de faire observer qu'un pareil nombre de combattants est hors de toute proportion avec une population de 20,000 à 25,000 âmes. Et si, par suite d'une erreur possible dans le chiffre que j'ai donné pour celle-ci, on se croyait autorisé à admettre comme exact le nombre de quatorze mille combattants, il faudrait en conclure que les Sakalaves sont de bien pauvres soldats puisque des Hôvas, en nombre sept fois moindre, peuvent impunément parcourir et dévaster le pays.
J'ai omis de dire que, la veille de mon départ pour Kiombikibou , j'avais reçu la visite de deux personnages suivis chacun d'un groupe d'hommes armés. L'un était Réentengh', frère de Tsambou, le chef des Tsitampikis ; l'autre, un agent de ce dernier. Tous les deux étaient venus à Kiakombi pour des motifs qui ne
me conceraaieot en rien ^ ; mais ayant été avisés de ma présence en cet endroit , et pensant que je leur ferais quelques ca4^|ix , ik se présentèrent litemativement à moi» le premier comm^ ye^ nant pour me visiter, l'autre comme envoyé pair Tsamboiidant le même but
Je causai avec Tun et l'autre, et leur annonçai mon intention d'aller sous peu de jours à Bâli, où Tsambou et ses friras pourraient me voir s'ils le désiraient.
D'après leur réponse, je les quittai dans la conviction que ces chels s'y rendraient, mais une démarche de Réentengh' m'en fit ensuite douter. Il m'envoya dire par un Antalaots' que si je lui destinais quelques cadeauk, je les li»i donnasse de suite , parce qu'il ne pourrait peut-être pas se rendre à Bâli. in répondis qu'efiectiv^nent j'avais à lui ofiHr le cadeau d'usage, mais que cela était à bord • et que d'ailleurs il fallait avant tout que nous bous connussions un peu mieux. Les choses en res* tèrent là , et le lendemain de très-bonne heure je partais pour KJombikibon.
Le 3 octobre au matin , je quittai définitivement Kiakombi* A peine arrivé à bord je mis sous voiles, et, à quatre heures de l'après-midi, je mouâiais la Dordogne ààm la baie d<s RàH. J'étais alors entré dans l'Ambongou.