CHAPITRE XVII
Rivière Sambaho. — Village de Nossi-Valavoo. — Pays de Milan'za. — Ses .
Sroductions. — Andrianah , chef des Mivavis. — Forces militaires dont il ispose. — Incidents do séjonr. — Gîte d*aspha]te en Milan*xa. — Renseignements sur le pays de Marah et sur son chef.
Après quelques jours de calme ou de petites brises qui me contrariaient d'autant plus que, n'ayant point le gisement du point cherché, il me fallait aller par tâtonnements, nous jetâmes l'ancre, le 1 4 octobre au matin , devant l'embouchure de la Sambaho , à environ cinq milles de la côte. Le navire à peine mouillé, je partis avec ma chaloupe pour entrer dans cette rivière , et j'arrivai bientôt au village de Nossi-Valavou (ile aux Rats). Cette lie est circonscrite par les eaux de la Sambaho qui se bifurque en arrivant à la mer.
On entre dans la rivière en passant, soit au Nord, soit au Sud de l'île. Le chenal du Sud doit cependant être préféré, la barre y étant bien moins mauvaise que dans l'autre ; à mer haute on y trouve assez d'eau pour les boutres du plus fort tonnage, et, dans les grandes marées , des navires calant de neuf à dix pieds y entreraient avec un bon pratique. Cette bouche de la Sambaho est par i6* 37' de latitude Sud.
Les terres aux abords de la rivière, et surtout du côté du Nord, sont basses, comme toutes celles du littoral de TAmbongou; mais à Tio teneur s'élève la montagne d'Ambobitsoussi, dont j'ai déjà parlé , et qui , quoique située à environ huit lieues de la côte, peut, dans les circonstances favorables, être vue de six à sept lieues en mer. Un navire qui aurait à mouiller devant la Sambaho viendrait en reconnaître Tembouchure en gouvernant sur cette montagne ramenée au S. 64*^ E.
A trois milles au Sud de Nossi-Valavou, la côte s'élève en promontoire sur un espace d'environ cinq milles, qu'on a nommé Ambatou-Saroussi. Cette partie du rivage, dont l'escarpement et la hauteur relative sont remarquables, peut servir aussi de point de recoiuiaissance.
L'apparition de la chaloupe à l'entrée de la rivière répandit l'épouvante parmi les habitants de Nossi-Valavou. N'ayant jamais vu une embarcation de ce genre , ils ne savaient si celle-ci leur amenait des amis ou des ennemis, et leur premier mouvement fut d'agir selon l'hypothèse qui exigeait le plus de précaution de leur part. A mesure que nous approchions, nous aper^ cevions au milieu des palétuviers dont la rivière est bordée, un grand nombre d'individus qui , après avoir regardé un instant l'embarcation, s'enfuyaient et allaient sans doute donner l'alarme; puis des pirogues étaient mises à l'eau et passaient rapidement à l'autre bord de la rivière ou en remontaient le cours. Lorsque nous découvrîmes le village, le trouble et l'agitation y étaient manifestes : hommes, femmes, enfants couraient confusément et disparaissaient dans le bois.
Ne pouvant croire à tant de pusillanimité , je ne me rendais pas bien compte de ce que je voyais. Mais Aoudi, qui savait son monde, s'était placé à l'avant de la chaloupe, et là, criant, gesticulant et proclamant son nom, il parvint enfln à attirer l'attention de quelques-uns des fuyards, qui, l'ayant reconnu , se rassurèrent et firent bientôt rallier les autres.
La crainte l'avait d'abord emporté sur la curiosité; mais ce dernier sentiment, grâce à la réaction qui s'opéra d'une manière aussi prompte qu'énergique, n'eut bientôt plus de bornes. On comprendra cela facilement en songeant que quatre-vingt-dixneuf de ces individus, sur cent, n'avaient jamais vu un blanc.
Dès que je fus parvenu , après les préliminaires obligés , à m'aboucher avec les principaux habitants du village, je deman-
dai à celui qui en était le chef qu'il envoyât annoncer mon arrivée à Andrianah et lui témoigner le désir que j avais de le voir: deux hommes partirent à cet effet pour Soaningha , village où résidait ce prince.
Il se trouvait à Nossi-Valavou plusieurs Antalaots* établis dans le pays de Milan'za depuis leur émigration de Moudzangaïe. Deux d^entre eux, Manouhi et Malidi, qui avaient su gagner la confiance d^Ândrianah, étaient devenus les chefs du village. Ils avaient, à ce qu'il me parut, assez d'influence dans le pays et le connaissaient parfaitement ; mais ce ne fut qu'après les premiers jours, lorsqu'ils m'eurent entendu exhorter les chefs mivavis à des mesures équitables et libérales , qu'ils prirent confiance en moi et répondirent franchement à mes questions.
L'envoi d'un navire de guerre sur cette côte , et l'intention qu'une telle démarche manifestait de nous mettre en rapport avec les populations qui l'habitent, semblaient aux deux Àntalaots' être d'un bon présage pour l'avenir commercial du pays, et ils s'en réjouissaient; car, disaient-ils, on pourrait y faire bon commerce lorsqu'il y aurait sécurité pour les étrangers.
Depuis longtemps les marchands arabes et antalaots' ne vont que bien rarement en Milan'za , dans la crainte de se voir pillés, comme cela a déjà eu lieu plusieurs fois à Nossi-Valavou. Il arriva même, à la suite de divers actes de ce genre, que quelques années se passèrent sans qu'un seul s'y montrât, et, par suite de cette interruption de relations extérieures , les Mivavis et leur chef furent bientôt entièrement dépourvus de munitions ou d'autres objets qui leur étaient nécesaires. Comprenant alors les inconvénients de la conduite précédemment tenue envers les commerçants étrangers, Andrianah envoya quelqu'un à Tafikandre pour le prier d'engager les Antalaots' qui fréquentaient Cagembi à venir en Milan'za : il promettait, le cas échéant , de les protéger et de les garantir de toutes vexations. Après bien des pourparlers « un de ceux-ci, député par ses confrères, se rendit à Nossi-Valavou, où Andrianah se lia avec lui par le serment d'usage. Toutefois cet engagement, solennellement pris, n'a pas suffi pour faire oublier les abus précédemment commis : c'est à peine si deux ou trois boutres se présentent chaque année sur ce point.
Le pays de Milan'za produit du riz , des patates, du manioc.
de la résine élémi, du coton , de l'indigo ; on y recueillerait facilement beaucoup de cire, et le commerce des bœufs pourrait y être considérable. Les objets à importer de préférence seraient des armes à feu et des munitions , du fer, de la verroterie , des bouteilles, des miroirs et de la grosse quincaillerie. En Milan*za Ton aurait deux beaux bœufs pour un fusil de trois piastres.
La population de ce pays, d'abord peu nombreuse, a beaucoup augmenté dans ces dernières années par des émigrations du Ménabé , et surtout de la province de Marafa que tendent à dépeupler la folie et la méchanceté de Mounita, le grand chef de cette province. La partie sud de Milan'za, à travers laquelle coule laSambaho, et particulièrement les rives de cette dernière, sont bien plus peuplées que la partie nord.
Cest à peu près au centre du pays qu'est située Soaningha, résidence d'Andrianah, sur la rive dbroite d'un petit ruisseau qui aiBue dans la Sambaho, et qu'on appelle Saxnbaho-Mâti (Sambaho morte) ; en partant de Nossi-Valavou , on remonte ce ruis^ seau jusqu'à Ambobitz'ia ^ d'où un bon chemin mène à Soaningha, qui en est éloignée d'environ dix milles. Dans la partie N. E. de Milan'za on trouve le lac Safé ou Tsapi; et à l'extrémité S. E. est située Âmbohitsoussi, au pied de laquelle passe la Sambaho.
Le pays est plat, ouvert et par conséquent facile à envahir» puisque ses habitants n'ont aucune idée des ouvrages propres à arrêter ou à entraver la marche d'une armée ennemie. Aussi, les Hôvas y ont-ils fait plusieurs incursions, et s'ils n'ont pas un poste à Soaningha, l'insalubrité du climat en est la seule cause : les pertes qu'ils éprouvèrent, pendant deux mois qu'ils s'y établirent, les obligèrent à l'abandonner. Leur dernière invasion eut lieu en i836.
Venant de l'intérieur, on peut entrer en Milan'za par trois chemins différents : du côté du S.E., par Magnérinéri, en passant au Sud d' Ambohitsoussi ; du côté de l'Est, parNamourouka;du côté du N. E., par Béména» dans le pays des Tsitanipikis. Aucune de ces entrées n'ofire, à ce qu'il paradt, de diiEcultés.
Lorsque Mounita était en relations amicales avec les Hôvas, ceux-ci envahissaient le pays de MilaA*sa,en passant parle Marah, où ils trouvaient bon accueil, et d'où ils pouvaient presque inopi-
^ Ambobitz*ia est un roonticule situé tout près de Nossi-Valassou, où se trouvait autrefois, diton, le chef-lieu des établissements des Vasim^babi de TAnio boDgoo et la résidence du cbef dont ils reconnaissaient rautonié.
nûmeot faire irrupUoD sur le territoire des Mivavis. Andriandahé, le prédéresseur d'Andrianab , avait fait sans succès la guerre à Mounita pour le conlmindre à rompre avec les Hôvas, et pour échapper ainsi an daoger toujours imminent qu'entretenait pour lui un semblable voisin. Des évéoements dont il sera rendu compte amenèrent plus tard ce résultat, et le chef de Marah est depuis plusieurs années, à l'égard des Hôvas, dans les mêmes dispositions hostiles que les autres chefs sakalaves.
J'ai déjà indiqué, en énumérant les principales divisions d'AmboDgou, quelles étaient les limites du territoire de Milan'ïa : je dirai maintenant quelques mots de l'individu qui y commande.
Andrianah, le chef des Mîvavis, est, comme on sait, fds d'Andriandahé ' ; sa mère se nommait Fohara. Il est , m'a-t-on dit, d'une taille au-dessus de U moyenne et d'une coDstîtuti<Hi robuste. A l'époque de mon passage dans le pays, il pouvait avoir environ quarante ans. C'est, k ce qu'il parait, un homme dans le genre de Tsimandrouh pourle bon sens et ie caractère : il possède i un haut d^ré, comme ce dernier, l'éloquence du kabar, aidée par un oi^nequi lui permet d'en faire jouir tout son auditoire. Andnanah a trois frères : Ouzanha, Fiaréna, Tsinaussi, et une sœur nommée Mahfano. Il a épousé une fille de Tsifalagnî, chefdu paysan Sud du Marah, et il est père de cinq enfants, un fils et quatre filles , dont l'une est l'ainée de tous. La popution manifestait pour lui beaucoup de respect et d'affection.
Les Mivavis n'ont pas une grande réputation de bravoure et d'aptitude à la guerre; ils manquent de chefs qui puissent les y diriger. Andnanah, qui les commande depuis seiieans, est, d'après ce qu'on m'a dit, plus propre à gouverner sagement ses sujets qu'à les mener au feu. Son frère cadet, Onzanha, a pris part à quelques-unes des expéditions faites par les Magnéas et les Tsitampikis ; mais il est encore très-jeune.
Si les renseignements qu'on m'a donnés sont ssacts, le chef de Milan'za aurait de deux mille cinq cents à trois mille hommes annés, dont la nmitié , environ, avec des fusils. 11 ne faut pas s'étonner que les Mivavïs aient autant de ces armes, alors qae leur pays a si peu do relatioos commerciales : cette population n'a pas été désarnit-e par Radama. Les fusils que j'ai vus se
■ Andriandilié on ArulriaiiiiUn'ial-Arivou. il!» il'Andriaiuwrnék'-AriTou , fili d'Andriamamauii'n-Ariirou, xEur d'Andriainahoii'iOD-Ariiou, SU d'AndriaiMBiiMn'.Arivou,biUr<]<l'Aiidriaoainbouai-Ariirou, deuxième roi de Bou^ni.
trouvaient du reste en assez mauvais état, et paraissaient trèsvieux. Quant au cbifirede la population armée, quoique j'acœpte comme peu éloigné de la vérité celui de deux mille cinq cents bommes, je pense qu'Andrianah ne pourrait pas opposer à ses ennemis plus de huit cents à mille combattants.
A Nossi- Valavou , de même qu'à Cagembi , j'avais pris le parti de rester a terre, et d'envoyer tous les matins la cbaloupe à bord, porteries provisions etprendre le rapport des vingt-quatre heures.
Le 1 6 au soir, après deux jours d'absence , les hommes envoyés à Soaningha revïnreLt au village. Us m'annoncèrent qu'Andrianah, retenu près d'un proche parent dont une maladie mettait lesjoursen danger.neviendraitprobablementpasàNossj- Valavou , mais qu'un de ses oncles , Marahafatsi , et son manan'tani, Angandouko, avaient reçu l'ordre de se rendre près de moi pour l'y représenter et entendre mon kabar.
Ces deux personnages arrivèrent en effet le lendemain, et me furent aussitôt amenés par Manouhi. Ils me répétèrent ce qui m'avait été dit au sujet d' Andrianab, et m'exprimèrent ses r^rets de n'avoir pu venir lui-même , ajoutant qu'il le ferait sans doute plus lard, si je restais asses longtemps à Nossi-Valavou. Du reste, on ne m'offrit pas de me conduire à Soaningha , et je me dispensai d'en faire moi-même la proposition , pensant qu'on élait peu disposé à me laisser voir le pays et ne voulant pas augmenter la défiance qu'on m'avait déjà témoignée'.
Durant les deux jours qu'il* restèrent avec moi , je les entretins des sujets que j'ai précédemment indiqués, c'est-à-dire les avantages du commerce et la nécessité , pour se les procurer, d'assurer aux marchands étrangers qui viendraient en Milan'za une entière sécurité quant à leurs personnes et à leurs biens. Après avoir démontré aux deux chefs que cette manière d'agir était la seule conforme à leurs intérêts , je leur donnai à entendre d'ailleurs qu^ne conduite différente ne pourrait être tolérée par nous, du moins quant aux bateaux en affaires avec Nossi-Bé.
Tout cela devait vU-c parfaitement compris par les deux envoyés, surtout par Angandouko, qui, poî^^éctant de nombretu
* Pendant 4|u'on attendait la réponse d'Andmnali, j'n^aia manifeilé rintention de renwDter l« Sambalio aiiMi loin qu« U eKalnupp pourrait aller ; iniii le cher du village me «upplia dv n'en rien faire, diuiilcjui; soamaîlre en lerail mécontent et penserait 4|ue j'élaii venu pour euminer le pi;^ dans un but hiMlite.
troupeaux <le bœuf^, sentait Inen qu'il serait à la fois plus heureux et plusriches'il pouvait échanger ses bœufs pourlesobjets qui lui étaient nécessaires. Les deux Antalaots', qui savaient encore mieux que moi tout 1 a-propos de mes exhortations , étaient dans renchantemenl de Ce que Je disais, car c'était un puissant plaidoyer en Jeur faveur. Aussi, dès ce moment, ils se livrèrent à moi et me firent plusieurs confidences intéressantes qui ont été ou qui seront reproduites dans ce travail.
rinsistai beaucoup auprès des envoyés d'Andrianah pour qu'ils décidassent leurniaîtreù faire construire quelques boutres afin d'établir par ses propres moyens des relations commerciales avec Nossi-Bé. Les deux Antalaots", interrogés sur, la possibilité d'entreprendre ces constructions à Nossi-Valavou , me répondirent qu'ils étaient capables de les diriger, que le bois convenable était abondantaux environs, qu'ils y avaient déjà songé et qu'ils se seraient depuis longtemps mis à l'œuvre si le fer ne leur avait totalement manqué.
Le lendemain de l'arrivée d'Angandouko et de Marahafatsi à Nossi-Valavou, Ouzan'ha, frère cadet d'Andrianah, me fut présenté comme envoyé par celui-ci pour nie visiter. Je me montrai llatté de cette attention; mais le conle que m'avait iàbriqué Réenlengh,dans une circonstance à peu près semblable, m'avait rendu défiant , et cette démarche , faite vingt-quatre heures seulement après l'aiTÏvée deces deux chefs, sans m'avoir été annoncée par eux, me parut un peu équivoque. Mes soupçons se trouvèrent fondés : l'Antalaots' Malidi m'avoua ensuite qu'Oùzan'ha était venu à Nossi-Valavou, sans s'attendre aucunement à m'y rencontrer; le jeune chef savait seulement qu'un grand navire était mouillé devant ce point, et il s'y était rendu pour tâcher de vendre ses bœufs aux blancs; on avait alors voulu tirer parti de la cireonstance, et, d'après le conseil du Manan'tani, Ouzan'ha s'était présenté de la façon que j'ai dit.
Malgré ma défiance je au Tavais pas moins bien reçu, et nous fûmes btenl(\t liooi amû. Il me raconta ses excursions k travers le pays d'.\n]h^gDn cl dans la partie S. E. duBouéni. Il avait été à NussiFiUb.Ct c'fiSt d'après les indications qu'il Die donna sur ce point c[u6 j'aî fié conduit à le placer comme je l'ai fait sur mn cinie. Le gionpe de Nossi-Fitou (les sept îles), serait un peu au-dessus de la cataracte d'Amboudirouka, au Nord d'Andriba , à trois jours de marche au Sud de Mangha- Ooc. siin Madac. Il)
niki , à quatre de Bécéva , et à huit de Namourooka. Les gens de Tsambou, que j'avais vue à Kiakombi, avaient prétendu que tes H6vas étaient parvenus à passer sur les tles et à eo chaûer les Ojérikis-sakalaves qui en avaient fait leur repaire. Selon eux, les canaux qui séparent les iles entre elles, et tout le groupe des rives de Tlkoupa, étaient guéables, dans la saison sèche, et les Hôvas avaient dû à celte circonstance de pouvoir s'y transporter. Ouzan'ha et d'autres hommes qui Tavaient accompagné m'alErmèrent que cela était faux; en toute saison, les canaux sont, me dirent-ils, très-profonds, et le courant y est en oalre si violent que l'on ne peut, sans les plus grandes difficultés, communiquer d'une ile à l'autre.
Avant de quitter Nossi-Valavou, j'envoyai à Andrianah quelques cadeaux pour lui, sa femme et sa sœur. Je donnai aussi quelques objets à Ouzan'ha; enfin, Angandouko, MarahafatsJ, Manouhi et Malidi eurent , de même , part à mes libéralités. Je laissai donc chacun d'eux très-satisfait.
Dans tous les endroits où je m'arrêtais, je continuais mon enquête au sujet du charbon de terre, excitant les habitants à chercher s'il n'en existait pas dans le pays, et délivrant, pour fadliter les recherches, des morceaux de cette matière. Je le signalai aussi à Angandouko comme devant être une source de richesse pour Aadrianafa , si l'on venait à en découvrir dans la terre de Milàa'za. Les renseignements que je pris à Nossi-Valavou pour savoir si, comme on me l'avait dît, il existait une mine de houille dans l'Ambongou, ne m'amenèrent pas plus que mes précédentes démarches k constater le fait, mais elles me conduisirent à une autre découverte qui, sang être aussi importante, n'est cependant pas dénuée d'intérêt. J'ai acquis la certitude morale qu'il existe en Milan'za, aux environs et principalement au Sud d'Ambohitsoussi , des lits d'un bitume glutineux , que les Sakalaves appellent takoapanda. Je n'ai appris cette particularité qu'au moment de mon départ, et II aurait fallu le retarder de huit jours pour me procurer uu morceau de ce bitume: je n'eu ai donc pas vu; mais, d'après ce qui m'en a été dit, il n'y i pas d'erreur possible , c'est bien certaioeinent du pissasphdte on de l'asphalte. Les Anlalaots' qui en envoient chercher et l'emploient à calfater leurs bateaux en k- niCiant à la gomme résine élémi, le désignent par le même nom qu'ils donnent au goudron. Il est de couleur noirâtre, dur et cassant lorsqu'ou le
manie Je malin ; il se ramollit à la chaleur du soleil. Les lits de cette matière sont à fleur du sol ou recouverts seulement d*une légère couche de terre; mais les Sakalaves n'en tirent d'autre parti que d^y pousser des bœufs sauvages qu'ils prennent ainsi quon prend des oiseaux à la glu. A cet eflet, ils établissent de grands parcs tout près des bassins bitumineux, et les disposent de telle sorte, que les animaux chassés dans cette directioB soient forcés d'y entrer ou de donner dans le bitume, auquel cas, par suite de lembarras de leurs mouvements, ils sont très-facilement lacés. L'existence de ces lits de bitume en Milan'za me parait être un fait intéressant; car, outre l'utilité de ladite matière pour couvertures, dalles, terrasses et calfatage des bateaux, à Nossi-Bé et à Malotte, on serait conduit à admettre, d après l'opinion qui considère cette substance comme provenant de la décomposition de la houille, la coexistence possible de formations houillères dans les couches inférieures du terrain environnant.
Le 20 octobre au matin, je retournai à bord, et, aussitôt la chaloupe embarquée >j« mis sous voiles.
Je savais que le pays de Marah, situé au Sud du Milan'za, formait une dépendance du Ménabé, et l'on m'avait assuré de plus à Nossi-Valavou que Mounita, le chef du Marah, était sous l'autorité immédiate de Tsifalagni. Je ne jugeai donc pas nécessaire de m'arréter sur aucun point de Marah , et je fis route pour chercher Kivin'za^ lieu que mon guide m'avait indiqué comme étant le plus commode pour me mettre en relations avec Tsifalagni. Toutefois, afin de conserver l'ordre géographique jusqu'à présent suivi dans ma description , je donnerai ici quel-ques renseignements sur le pays que gouverne Mounita.
La province de Marah est bornée au Nord par le ruisseau Ma* routoundro, la haute terre de Manontankéna» ia rivière Sambaho et la montagne Kipatsi; la rivière Ounara forme sa limite -sud; à l'Est s'étend la forêt Magnérinéri.
En i82ii, Radama> quittiuit le pays de Bouéni qu'il venait de -soumettre à son autorité» jM tlottrnant à Tananarivou, traversa la partie orientale de rASwHigou. Il vint camper à Magne* rinéri, sur les bords de la Manahazaha, non loin d'Ambohitsoussi, où il appela en kabar les chefs des populations voisines , pour recevoir leur soumission. Mounita, eilrayé, reconnut la so«veraineié du roi héva. Il resta ensuite pendant plusieurs aniéeâ
en relations amicales avec le gouvernement dlmerne, laissant son pays ouvert à tous les corps ({expédition dirigés par ce gouvernement contre les provinces de TOuest. Les Hôvas y trouvaient des vivres et une station commode et non inquiétée qui facilitait leurs agressions contre les pays limitrophes. Andriandahé, alors chef des Mivavis, mécontent d*un état de choses qui lui enlevait toute sécurité et tenait incessamment son territoire sous le coup d'une invasion, voulut contraindre Mounita à rompre avec les Hôvas; mais le résultat de la lutte qu*il engagea à cet effet contre le chef antimarah lui fut défavorable, et il mourut avant d'avoir atteint le but qu'il s*était proposé. Le successeur d' Andriandahé, Andrianah, s'entendit avec Tsifalagni , son beau-père, dont le pays, presque contigu au Marah, avait aussi à souffrir de l'alliance de Mounita avec les Hôvas; et tous deux forcèrent enfin ce dernier à changer de conduite et à se ranger de leur côté contre Tenue mi commun.
Lorsqu'en i836, après cet accord entre les trois chefs, Ravalousalama, marchant sur TAmbongou, passa dans le Marah, Mounita, au lieu de recevoir ses anciens alliés comme de coutume , se sauva dans les bois avec la population. Le général le fit inutilement chercher: les villages furent déserts pendant tout le séjour des Hôvas en cette province , où ils ne ^trouvèrent plus dès lors les approvisionnements que Mounita leur avait précédemment fournis. Sur le compte qui en fut rendu au retour de l'expédition , à Tananarivou , le gouvernement d^Imeme envoya l'année suivante, dans l'Ouest, une division qui ravagea le Marah et enleva tous les bœufs de Mounita.
Autrefois le bétail était très-abondant en ce pays; des boutres arabes et antalaots' y venaient préparer et boucaner de la viande; ils entraient à cet effet dans la rivière Ounara, où ils stationnaient jusqu'à la fin de leur opération , puis allaient porter leurs chargements à Mozambique ou à Zanzibar. Aujourd'hui , par suite de la dépopulation qu'y a produite la folie de Mounita, le pays est privé de cette richesse et des relations commerciales auxquelles elle donl|H lieu.
Voici ce qui me fut dit de ce cBllpar les gens de Nossi-Valavou : c'est un homme de cinquante-huit à soixante ans, d'une haute taille et d'un embonpoint extraordinaire. Il est sujet à de fréquents accès de folie pendant lesquels il disparait et vit dans les bois, où nul ne peut l'approcher sans risquer sa vie. Il y reste
ordinairement pendant un mois ou un mois et demi que dure Taccès; puis, quand ]a raison lui revient, il retourne chez lui, et semble alors jouir de toutes ses facultés mentales. Durant ses moments d'aliénation, il se montre toujours très-eOrayé des Hôvas et croit en voir un dans toute personne qui Tapproche. Il est atteint de cette monomanie depuis le passage de Radama dans le pays : ce qui a fait attribuer sa folie à la peur que lui causa celte première invasion des Hôvas.
Mounita a un fils nommé Rindévouki , qu'on dit être intelligent et auquel Andrianah a marié sa sœur. Ce jeune homme est aimé des Ântimarahs, et c'est Taflection qu'il a su leur inspirer qui retient encore dans le pays une partie de son ancienne population. Rindévouki vit en bonne intelligence avecTsifalagni, sous l'autorité duquel, d'ailleurs , ni lui ni son père ne sont placés, comme on me l'avait dit dabord. Tous deux habitent un village situé au-dessus du petit ruisseau Assa-Mati, qui se jette à la mer à cinq ou six milles au Nord de l'embouchure de l'Ounara. Si Ton voulait communiquer directement avec eux, il faudrait mouiller à trois ou quatre milles de la côte, sur le parallèle des 17** 54' ou ly'* 55', en veillant au récif Kiakalla {Poq)oiso Reef d'Owen) , qui est un peu plus au Sud et à huit ou neuf milles de terre.