‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de MadagascarChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

lies Stériles. — Kivin^za. — Pays au Sud de TOunara, dépendant du Ménabé. — Notice sur le chef qui y commande. — Productions et commerce.

Dans les renseignements qtie j'avais recueillis sur la position de Kivin'za, l'abord de ce point était représenté comme encombré de bancs et d'ilôts , sur l'un desquels un brick américain s'était perdu depuis peu. D'autre part, M. Max, le chef du comptoir américain établi à Majunga, m'avait raconté qu'un des navires de sa maison s'était jeté sur l'une des iles Stériles; que l'équipage, après avoir opéré le sauvetage d'une partie du chargement et avoir déposé sur cet ilôt les objets sauvés, s'était rendu à Majunga, d'où un brick anglais avait été expédié pour rapporter ces objets du lieu du naufrage; mais qu'à l'arrivée du navire on ne trouva plus sur l'ilot ce qu'on y avait laissé, les habitants de Kivin'za en ayant enlevé ce que leurs

pirognes pouvaient porter. Il résultait pour moi , de toat cefar, que Rivin*Ea devait être à peu près par la latitude des îles Stériles, et je donnai la route pour atterrir sur ces îles.

Le 25, au soir, j'eus connaissance de la plus Nord d*entre elles; je courus de petits bords toute la nuit, en dehors du méridien du danger le plus à fOuest , et le lendemain , au jour, je ralliai pour donner dans le groupe en me tenant sur son parallèle moyen.

Je n'avais, pour m'y diriger, que le gisement des Mes et des dangers extérieurs, donné dans Horsburgh; mais, comme le temps était fort beau , nous avan<^âmes, avec une vigie et un canot sondeur de Tavant, vers Nossi-Marouantali, Tile que Ton m'avait indiquée comme la plus voisine du lieu que je voulais visiter. Je passai ainsi, sans m'en douter, dans la partie la plus saine du groupe, qui est Tespace compris entre Nossi-ftfrrouni et Nossi-Rountou. Cet espace est large d'environ onze milles et libre de tout danger, ce qui permet, en venant de Fouest, d'aborder directement Nossi-Marouantali, en dedans de laquelle est le mouillage le plus sur pour un bâtiment destiné à séjourner sur cette côte. A quatre heures de l'après-midi , nous laissâmes tomber l'ancre à un mille dans l'Est de cette ile, par dix et onze brasses, fond de vase : le navire était ainsi à environ cinq milles de la grande terre , ayant à l'Est l'embouchure de la rivière Pandoukouara, et dans le N. E., mais hors de vue, les terres de Kivin'za.

La mer était belle le jour de notre arrivée , et le canal qui separe Marouantali de la côte me parut alors navigable dans toute son étendue. Deux jours plus tard, une forte brise d'O. S. O. ayant soulevé la houle, on aperçut des brisants sur plusieurs points peu éloignés de la corvette , où la sonde ne donna que deux brasses ou deux brasses et demie; et on trouva moins de fond encore sur quelques pâtés qui, aux basses -mers des grandes marées , doivent rester à fleur d'eau , si même ils ne découvrent pas. Ces bancs sont d'autant plus dangereux que, sur toute la côte , l'eau étant trouble et d'une couleur jaune , ils n'y produisent pas cette décoloration qui , dans une eau transparente , décèle les hauts-fonds; et, comme d'autre part, ils sont très-accores, la sonde ne peut les annoncer.

Le jour qui suivit celui de notre mouillage à Marouantali, je partis dans ma chaloupe pour l'emboudiure de la rivière Ra-

noumaînti, sur la rive gauche de laquelle est le village de Ki* vin*za : cette embouchure se trouva située à quinze ou seize* milles du navire. Par suite des incertitudes d'Aoudi , qui avait un peu oublié les lieux , nous mouillâmes d'abord devant Feutrée de la rivière Douko; puis, Terreur étant reconnue et la barre de la Douko ne pouvant être franchie par notre embarcation, nous poursuivîmes au Nord, ayant toutes chances de passer une mauvaise nuit sur la côte , car la brise était fraîche , la mer grosse , et il ne se trouvait là ni banc ni ilôt pour nous abriter ; mais nous fûmes assez heureux pour reconnaître à temps le lieu que nous cherchions.

Le soleil disparaissait à Thorizon quand nous nous trouvâmes devant la barre de la Ranoumaïnti; nous la franchîmes sans accident et tombâmes alors subitement en eau tranquille. Lia , comme à Nossi-Valavou, la vue de la chaloupe avait jeté Tépouvante parmi les habitants du village, et bon nombre de pirogues étaient déjà passées à lautre bord de la rivière. Mais, de même aussi, la présence d'Aoudi rétablit la confiance, et, dès le soir, deux hommes partirent, me dit-on , pour aller informer de mon arrivée Tsifalagni, le chef du pays, et savoir s*il viendrait ou non à Kivin'za.

Le maître du village. Raisonne, était parti depuis deux mois pour Nossi-Bé, et son frère Raîmiri, chargé de le remplacer, était lui-même momentanément absent; mais je fus bien accueilli par les deux fils du premier.

J'arrivais fort à propos en ce pays pour intervenir dans un différend récemment élevé entre Tsifalagni et Taragne , roi du Ménabé : voici quelle en avait été la cause et ce qui en était déjà résulté quand j'abordai à Rivinz'a.

Il y avait quelques mois que Taragne ayant, sans motifs sérieux , manifesté l'intention de déclarer la guerre aux habitant» deFéérègne, un vieillard, nommé Quidada, oncle maternel du jeune prince, avait désapprouvé ce projet et fait tous ses efforts pour en empêcher la mise à exécution. Taragne était parti en dépit des représentations de son oncle; et soit qu^il eût témoigné du ressentiment de l'opposition de celui-ci, soit que Quidada, pris d'une de ces craintes chimériques assez habituelles aux Malgaches, se fût persuadé que Taragne voudrait le punir plus taid, ce vieillard s'était enfui chez Tsifalagni, suivi d'une cinquantaine de personnes, et en emportant plusieurs objets appar-

tenant à son neveu. Mais , à son retour de Féér^ne , Taragne , ap prenant ce qui s'était passé , avait réclamé près deTsifalagni l'extradition des personnes et la restitution des objets, puis il avait dirigé deux mille hommes sur Mavouhazou^, pour appuyer sa réclamation : ces deux mille hommes étaient campés à une journée de marche de Kivin*za , attendant le résultat des négociations.

Deux de ces honuues se trouvaient au village quand j*y arrivai , et le lendemain, avant qu'ils retournassent au camp, je les fis appeler pour causer avec eux. Je les chargeai de dire aux chefs de l'expédition qu'ayant été envoyé par le gouverneur de Bourbon pour visiter Taragne, leur roi, et désirant m'entendre avec eux à ce sujet , je les priais de venif me voir à Kivin'za, où je me proposais de rester quelques jours.

Mais, avant de poursuivre le récit de ce qui a trait à cette affaire , il me parait indispensable de donner quelques indications touchant les personnages et les localités qui y seront mentionnés; je vais d'abord parler des localités.

Au Sud de l'Ounara, déjà désignée comme limite méridionale du Marah, entre cette rivière et la petite rivière Kin'gala, est un territoire peu étendu (l'ancien pays des Marendrahs), que commandait il y a quelques années une femme nommée Raboulac, connue depuis sous le nom posthume d'Andriamagnin*- Arivou. Le chef qui lui a succédé est un certain Rabouki , lequel, ayant été lié par le fatlidrah avec Raboulac, fut, à ce titre, nommé pour la remplacer. Ce territoire n'est qu'une annexe du Marah , sous la suzeraineté de Mounita. Le pays compris entre Kin'gala et la grande rivière Manambaho est la province de Vouai. Son village principal est Tambouhouranou , sur la rive droite de la Mangaréombé. C'était là que résidait Agnisoura, femme qui gouvernait le pays avant que Tsifalagni ne s'en rendit maître. A l'Est de Vouaï, au S.E. du Marah, à l'Ouest de Magnérinéri, est le territoire de Béhéta, borné au Sud par le cours de la Manambaho. Entre cette même rivière et la Douko, qui débouche à environ quatorze lieues plus au Sud, est le pays de Mavouhazou, habité par les Antsansas^. Enfin à l'Est deMavou-

' Mavouhazou eat le pays qu'habite Tsifalagni.

* C*est le nom que portent les Sakalaves vivant sous raulorilé directe de Tsifalagni.

bazou, au Sud de Bébéta, à TOuest de Magnérinéri et de Bodgoulava (la montagne longue) est située la province d*Ambaliki.

Tous les pays dont les limites viennent d'être indiquées sont dépendants du Ménabé, mais placés sous Tautorité immédiate de Tsifalagui, dont les possessions comprennent ainsi la partie de littoral qui s'étend entre Kin'gala et Douko.

Tsifalagni estfils deRaïco^ [ Andriamanzoutou-Arivou] et de Relbéa; il est membre de la faiâille royale de Ménabé, et cousingermain de Taragne. U ny a pas un siècle que TsimValou, grand-père de Tsifalagni, après avoir vainement disputé le pouvoir à son frère Miakala, légitime héritier du royaume, vint se réfugier avec son monde aux environs de la rivière Namila, au Nord de laquelle il s'établit. Miakala, en Ty tenant relégué , lui donna autorité sur le pays situé entre les rivières Manambaho et Namila^ : les choses restèrent ainsi jusqu'à la mort des deux frères.

Le (ils de Tsim'valou, Raïco, avait eu six enfants, dont Tsifalagni était l'ainé^. Il mourut, laissant tous ces enfants, encore très -jeunes, aux soins de leur aïeul. Miakala ayant alors désiré se charger de l'un des orphelins, Tsiviroueh , le cadet de Tsifalagni, lui fut envoyé. Tsiviroueh resta en Ménabé jusqu'à la mort de son grand-oncle, puis il rejoignit Tsifalagni, qui avait déjà succédé à Tsim'valou.

Lorsque, après la mort de Radama, Ramitrah', voulant secouer le joug des Hôvas , fit attaquer les garnisons qu'ils entretenaient sur plusieurs points du Ménabé et de ses dépendances , Tsifalagni, agissant de concert avec lui, parvint à chasser les Hôvas de leurs postes du Nord ; et les provinces de Bébéta et d'Ambaliki, dans lesquelles ces postes étaient situés, comptèrent depuis au nombre de ses possessions.

J'ai dit autre part qu'à la mort de Ramitrah', son fils Rainassa, destiné à lui succéder, avait été livré aux Hôvas, par sa mère Douniah, et que les Sakalaves, mécontents de cette conduite, avaient élu pour roi Quelsambaïe, oncle du jeune prince^.

^ Raîco, fils de Tsim'valou ou Andriamahavoots'-Àrivoa , frère de Miakala ou Andrianisoan'Arivou , ancien roi de Ménabé.

* La Namila débouche à six milles au Nord de Kivin^za

^ Les autres enfants étaient Tsiviroueh, Izéa, fille, Tsimahounatsi , et deux autres filles qui, de même que le premier, n'existent plus.

^ Voir la première partie, pages 125 et 126.

Sous le règne de celui-ci la guerre fut continuée sans résnitats décisifs. L'embarras qui résultait pour les Antiménas ^ de l'existence simultanée de deux rois, les invasions très-fréquentes des Hôvas, «t une méprise de la part de quelques chefs sur les intentions de Quelsambaîe, provoquèrent, comme on le sait', l'émigration d'une partie considérable de la population du Ménabé, qui aiSua vers le Nord en Mavouhaeou. Là, tous les émigrés se rallièrent autour de Tsiviroueh qu'ils avaient vu grandir au milieu d'eux ; les parties non encore habitées de Mavouhazou furent peuplées par eux ; plusieurs villages s'élevèrent sur le littoral au Sud de Namila , et la limite du territoire soumis à Tsifalagni fut reculée de ce côté jusqu'à Douko.

Ce dbef s'était établi avec sa famille à deux jours de marche et dans l'E. N. E. de Kivin'za. Son village et celui de Tsiviroueh étaient adossés aux flancs d'une montagne formant une enceinte naturelle. Les Ântsansas avaient comblé avec de grosses pierres et des troncs d'arbres les solutions de continuité et les endroits accessibles qu'elle présentait, et en avaient fait ainsi une position inexpugnable. Si l'arrivée des Hôvas avec des forces considérables donnait à craindre de ne pouvoir défendre les villages extérieurs, on se réfugiait dans l'enceinte : l'ennemi, ne pouvant rien tenter contre une semblable forteresse, ne tardait pas à se retirer.

C'est seulement un peu plus de deux ans avant mon passage à Kivin'za que le pays de Vouai a passé sous l'autorité de Tsifalagni. Jadis il s'y trouvait des établissements de Vazim'bafas , principalement sur les bords de la Manambaho ; les Vazim'bahs composaient même seuls la population de Vouai, au temps où Andriamandissou-Arivou le traversa, dans sa marche conquérante vers le Nord. Eni8i4oui8i5, une femme du nom de Tsimfoundrah, et tenant à la famille royale de Ménabé, commandait à ce pays. Agnisoura, sa fille, s'insurgea contre elle, lui fit la guerre et finit par la forcer à se réfugier à Mouroun'dava , auprès de Ramitrah', qui régnait alors sur le Ménabé. Cette Agnisoura avait été femme de Tsifalagni et en avait eu une fille , Téhendra, qui est aujourd'hui l'épouse d'Andrianah. Je ne sais pour quelle cause Tsifalagni s'en sépara (susuite ; mais toujours estiL

' Àntiméoa est one abréviation d'Antiméoabé , homme du Ménabé. * Voir la première partie, pages 126 et 127.

qu'elle conserva )usqu*à la fin de i84o rautorité dont elle avait dépouillé Tsinifoundrah , sa mère. Sans cesser d'être en bonnes relations avec son ancien mari , elle vivait en paix avec les Hôvas, et les accueillait amicalement lorsqu'ils venaient faire des incursions dans les provinces voisines.

En i84o, les Hôvas entrèrent en Mavouhazou : Tsifalagni et ses frères disposèrent leur monde pour les repousser. L'ennemi simula des attaques sur plusieurs points pour opérer des diversions ; et Tsiviroueh , s'étant imprudemment avancé avec une dizaine d'hommes d'un côté où l'attaque se trouva sérieuse, re<^ut une balle qui le blessa mortellement. Il succomba deux ou trois jours après, et fut surnommé Andrianmiféfi-Arivou, mot dont le sens fait allusion à la surprise dont il fut victime.

Or, deux mois avant que ceci eût lieu, Âgnisoura avait envoyé quelques cadeaux à Tsifalagni. Les relations de cette femme avec les Hôvas ayant éveillé les soupçons superstitieux des Ântsansas , ils rapprochèrent cet envoi de cadeaux de l'arrivée de l'ennemi et de la mort malheureuse de Tsiviroueh , et attribuèrent ces deux derniers événements à quelque maligne influence attachée aux objets envoyés. Ils décidèrent en conséquence une attaque contre Agnisoura, cause évidente pour eux de tout le mal qui leur était arrivé ; et comme Tsifalagni et ses conseillers trouvaient, dans ce stupide ressentiment, l'occasion de se débarrasser d'un voisin qui tenait toujours une porte ouverte à l'ennemi , ils approuvèrent ces dispositions hostiles , et l'on entra dans le pays de Vouai pour s'emparer d' Agnisoura.

Cette femme se sauva dans une pirogue en Milan'za, auprès de son gendre, où bientôt des envoyés de Tsifalagni et de Mounita (qui agissait de concert avec les An tsansas], vinrent la sommer de se rendre près de ces deux chefs ; mais n'osant se livrer à ses agresseurs , dont elle avait toute raison de suspecter les intentions à son égard , et ne pouvant , d un autre côté , rester plus longtemps près d'Andrianah sans le compromettre , elle se décida , d'après le conseil de ce dernier, à se réfugier en Imerne. Les envoyés ayant été instruits de la résolution qu'elle avait prise, allèrent se poster sur le chemin qu'elle devait suivre, et l'y assassinèrent. Lorsqu'on parle d'Agnisoura aux gens du pays, ils disent qu'elle est partie pour Imerne ; mais ils savent bien quel a été son sort, et s'ils ont l'air de l'ignorer, ce n'est que par suite d'un sentiment de respect humain et dans un esprit de déférence

envers leurs chefs, dont ils se porteraient accusateurs s'ils parlaient selon la vérité.

Tel est lenchainement des faits qui ont permis à Tsifalagni de réunir sous son autorité les provinces ci-dessus mentionnées.

Tous ces pays, sauf Mavouhazou, n'ont, d après ce qui m'a été dit, qu'une très-faible population ; celle d'Ambaliki est même actuellement concentrée dans le district ou grand village de Mitsin'zou, poste avancé de Tsifalagni, commandé par un certain Tsimagnen'to. Selon les divers individus que j'ai consultés, la population armée sous les ordres de ce chef s'élèverait à trois mâle hommes , dont un quart environ avec des fusils. Je crois que, si ce n'est pas là le chiffre exact , il est plutôt trop fort que trop faible ; du moins suis-je convaincu qu'il serait impossible à Tsifalagni de réunir sur un seul point, pour une expédition , un pareil nombre de combattants.

Le littoral de Mavouhazou est un sol sablonneux , stérile et inculte. Cependant, dans la partie nord , il se prête un peu plus à la culture, et on y récolte, ainsi que dans l'intérieur, du maïs , un peu de manioc, des bananes, des pistaches et des patates; on n*y plante qu'une très-petite quantité de riz.

Les productions naturelles de toutes les possessions de Tsifalagni sont : la résine élémi , l'ébène, le sandal , l'indigo , la ouate, la cire et la canne à sucre, avec laquelle les indigènes font un mauvais arack. Sur la côte et sur les îles Stériles, le caret est trèsabondant. L'intérieur est riche en bétail, et, outre les bois d'ébénisterie déjà cités, on y trouve un arbre dont le bois, un peu odorant et très -léger, est employé sur les lieux pour les balanciers de pirogues; cet arbre porte un petit fruit dont la pulpe, d'abord desséchée, puis broyée dans l'eau, colore la peau d'un rouge cerise très-vif, mais qui ne se manifeste qu'apriès entière dessiccation de la partie qui en a subi le contact. Les naturels appellent cet arbre hazoamalanghi , et les Antalaots', mourainL Je m'en suis procuré quelques graines, qui ont été plus tard remises à M. le jardinier-botaniste de Bourbon. Enfin, les bois de construction sont, au dire des indigènes, d'une abondance et d'une beauté remarquables dans cette partie de Madagascar. J'ai pu, d'ailleurs, en juger par leurs pirogues, dont le bordé va d'une seule pièce bien au-dessus de la flottaison : elles sont, avec celles des Ântiménas» les plus belles pirogues que j'aie vues sur toute la côte.

Le commerce extérieur des provinces dont il s'agit est encore plus nul que celui des précédentes. Les boutres et bateaux caboteurs trouveraient cependant des mouillages faciles et des abris sûrs dans les diverses rivières dont les embouchures découpent le littoral de ce pays; ces rivières sont : la Mangaréombé, la Manambabo, les rivières de Kanatsi, de Namila et de Kivin^za. Le chef de ce dernier endroit. Raisonne, est propriétaire de deux petits boutres : c'est sur l'un d'eux qu'il était parti pour Nossi-Bé ; si ce premier essai lui a réussi , il est probable qu'il trouvera des imitateurs , et que des relations s'établiront entre cette île et les états de Tsifalagni.

Raisonne et son frère Raïmirî, ont, depuis longtemps, embrassé la religion des Antalaots'. Quoique cette conversion n'ait consisté, pour les deux néophytes, qu'à adopter certaines pratiques du mahométisme, et à porter le costume arabe, elle avait cependant produit chez eux, en les mettant plus fréquemment en relations avec leurs coreligionnaires, un développement intellectuel peu commun parmi leurs compatriotes : ce sont deux hommes influents près de Tsifalagni.

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