CHAPITRE XXL
Réponse de Tsimivohits\ — Message envoyé à Taragne. — Résultat de ce message. — Renseignements sur le pays de Ménabé. — Notice sur le chef actuel de ce pays.
C'était pour le lendemain démon retour à bordque j'attendais Tsimivohits', ou du moins que je devais recevoir une réponse au sujet de Taragne. Le 8 novembre, deux pirogues accostèrent en effet la corvette ; mais la nouvelle qu'elles m'apportaient, loin d'être satisfaisante , me mit dans le plus grand embarras : Tsimivohits' me faisait savoir qu'à son arrivée à Manamboule il n'y avait plus trouvé son maitre, et qu'il l'avait alors suivi à Sizoubounghi pour lui porter mon kabar.
Si j'avais été sûr de la réussite de cette démarche, j'aurais attendu bien patiemment à Marouantali; mais je craignais d'y passer inutilement huit jours et peut-être plus. D'un autre côté, je m'exposais, en partant sans connaître les intentions de Taragne, à lui occasionner une course inutile, et à lui laisser voir dans ma conduite une mystification; puis, si, arrivé à Sizoubounghi, je n'y pouvais mouiller, je manquais complètement mon but , car je n'aurais ainsi ni directement ni indirectement établi de relations avec ce chef. Or de nouveaux renseignements pris avec les hommes des pirogues confirmaient ce qui m'avait déjà été dit sur le danger de laisser, dans cette mousson, le navire mouillé en pleine côte devant Sizouboungi.
D'après ces considérationss , le plus sûr était encore pour moi de persister dans la voie que j'avais choisie : je me décidai donc à attendre; et, pour me donner toutes chances de succès dans le sens de cette décision , je chargeai les hommes de Tsimivohits' d'aller eux-mêmes droit à Sizoubounghi, pour renouveler à Taragne l'assurance qu'il mie trouverait encore à Marouantali. Ils me promirent de se conformer entièrement à mes désirs.
Mais je ne me contentai pas de leurs protestations. Connaissant les idées superstitieuses des Sakalaveset le prestige qu^exerce sur eux tout ce qui sent le mystère, je voulus en tirer parti
pour m*ass'urer la iidélité de mes envoyés et leur faire une obligation sacrée de Tacœmplissement de leur promesse. A cet eflèt , je pris un anneau d'or, dont la châsse contenait des cheveux qui passèrent pour être des miens; j^y attachai tin bout de ruban de couleur rouge, la couleur symbolique du Ménabé; puis ayant renfermé le tout dans un petit étui en palissandre incrusté , je le remis scellé à Tun des Antiménas, en lui enjoignant de le porter à Taragne, qui, lui dis-je, pouvait seul l'ouvrir sans inconvénient. J'étais bien certain que, du moment où l'individu acceptait la boite, il la porterait , sauf empêchement, à sa destination , et mon but serait dès lors atteint.
Il arriva malheureusement qu'en passant à Manamboule les pirogues rencontrèrent deux envoyés de Taragne, qui les firent revenir à Marouantali , où la boite me fut rapportée.
Ces deux envoyés étaient Taïza, frère de Tsimîvohils', et un petit chef, nommé Tinahé. Ils venaient m'annoncer, de la part de Taragne, qu'étant retourné à sa résidence avant d'avoir reçu mon kabar, il avait pensé devoir y rester, espérant que je m'y rendrais aussi; mais que, si je ne pouvais le faire, il me priait de dire à ses envoyés tout ce que je désirais qu'il sût de moi, car il les avait chargés de le lui rapporter fidèlement.
En questionnant ces hommes sur les intentions définitives de leur chef, je demeurai convaincu qu'il me fallait renoncer à l'espoir que j'avais jusque-là conservé de le voir à Marouantali; et comme il ne me restait guère plus de chances d'une entrevue avec lui , je pris le parti de garder à bord Taîza et Tinahé tout le temps nécessaire pour m'entretenir avec eux : après quoi , je continuerais ma route vers le Sud.
Les détails et les observations qui vont suivre résultent des renseignements que ces deux hommes m'ont donnés, et qui ont été contrôlés ou corroborés par ceux que j'avais obtenus déjà, soit à Kivin'za, soit ailleurs, avec un grand nombre d'Antalaots'. C'est du reste de ces derniers qu'on doit attendre les meilleurs documents; car, outre que la plupart connaissent tous ces pays, plusieurs d'entre eux ont été acteurs dans les événements contemporains qui s'y sont passés; et, eu égard à leur position vis-àvis dcsSakalaves, ilssont bien plus intéressés à nous dire la vérité qu'à nous la cacher.
Le Ménabé proprement dit comprend tout le territoire situé entre la rivière Douko au Nord, la chaîne dite Bongôulava
à TEst, la montagne Moudounghi au S. E., la rivière Mangouki au Sud; la mer le borne à TOuest. Il est arrosé par un grand nombre de cours d*eau qui , sans y comprendre les afr fluents, sont, en allant du Nord au Sud: les rivières Douko, Pandoukouara , Sobàni, sur les bords de laquelle on trouve beaucoup d'ébène et de sandal; Manamboule, Maroumquki , Tangankassi, dont les rives aussi sont fertiles en sandal; Sizoubounghi, le plus grand fleuve du Ménabé et au-dessus de l'embouchure duquel est la résidence de Taragne ; puis encore les rivières Andahangbi, Boutsi, Ampatipatiki , Mouroundava, Louvoubé, Maharivou, Angara, Mandéioulou, Akomba, en face des lies Barlow et Crab; Angorikasou, au nord de laquelle, il y a, non loin de la plage, une immense saline naturelle; enfin la rivière Mangouki , qui est la limite commune du Ménabé et de la province de Féérègne.
Ce pays, dontle littoral est plat, sablonneux et souvent couvert de palétuviers , devient très-boisé à l'intérieur. Le terrain y est inégal sans être montagneux ; le minerai de fer y est si abondant et d'une extraction si facile, qu on pourrait dire sans hyperbole que ce sol sue le fer; les gites les plus riches se trouvent, dit-on, dans les terres de Mangoutouke et d'Ambiabé, entre la Sizoubounghi et la Mouroundava.
Outre le fer, le Ménabé est aussi très-riche en bois de construction, résine élémi, indigo, coton, vers à soie, cire et bétail; ce dernier surtout y est très-abondant. De nombreuses parties du sol seraient propres à la production du riz ; mais les indigènes n'ont pas le goût de cette céréale , et ils trouvent d'ailleurs que sa culture exige trop de soins et de peines relativement à ce qu'elle produit : ils préfèrent cultiver le maïs , qui leur donne trois récoltes par an. Ils plantent aussi des patates, des ignames et des girau monts. Le poisson et le caret foisonnent sur les côtes du Médabé.
Toutes ces ressources naturelles sont annihilées par suite de la dépopulation du pays, résultat de la guerre et des nombreuses invasions qu'il a subies depuis vingt-cinq ans. Son commerce est anéanti, et c'est à peine si, dans toute une année, deux ou trois boutres de Mozambique, de Zanzibar ou des Comorres passent à Sizoubounghi ou à Mangouki ^ Us y portent quel-
* Ces deux points sont, depuis huit ou dix ans, les seuls de cette côte qui soient visités dans un but de commerce. Moaroan*dava , nommé Andakabé par
ques fusils, de la poudre, de la verroterie, de petits miroirs ronds en boite, des bols, des couteaux et des toiles. Autrefois un bceuf s'y vendait une piastre ; on avait douze ou quinze têtes de bétail pour un fusil; aujourd'hui, pour avoir un bœuf, il faudrait donner quatre ou cinq piastres, ou une grande marmite, ou de quatre à cinq brasses de toile. La toile blanche y est peu prisée ; les indigènes préfèrent celle de couleur. Les fusils et la poudre sont les meilleurs objets d'échange ; on obtient encore quatre ou cinq bœufs pour un fusil.
Le Ménabé , après avoir longtemps résisté aux Hôvas et repoussé plusieurs invasions, fut soumis par Radama au désarmement et à l'occupation partielle; mais les chefs et la population de ce pays n'acceptèrent jamais franchement cette humiliation, à laquelle la force, seule, avait pu les contraindre de se résigner temporairement; et, même du vivant de ce prince, les hostilités furent reprises en diverses occasions.
 l'avènement de Ranavalou, Ramitrah', qui régnait alors sur le Ménabé, fit de nouveaux efforts pour s'afiranchir du joug des Hôvas ^ ; mais il mourut sans avoir pu réussir à en délivrer son pays. Ses successeurs ont toujours protesté à main armée contre cette domination oppressive; toutefois, ils n'ont pu trouver, dans une population en grande partie désarmée et considérablement diminuée, dans un pays déjà épuisé par les luttes et les invasions précédentes, les ressources nécessaires pour décider la question en leur faveur; ils ne doivent même qu'à un affaiblissement correspondant de la puissance des Hôvas, et à rinsuffisance de la population conquérante pour une occupation plus réelle des provinces envahies , de n'avoir pas été depuis longtemps réduits.
Les postes hôvas actuellement existants dans le Ménabé sont, en allant du Nord au Sud : Bédiatsa , Ankofouti , Manen'daza, Malaîbandi et Ningan'soa. Voici le peu de renseignements que j'ai pu obtenir sur l'état de ces postes à l'époque où je me trouvais dans le pays.
]e8 naturels, était le mouillage fréquenté par les boutreset les navires de traite alors que les rois de Ménabé avaient leur résidence non loin de là , sur le bord de la rivière du même nom. Il n'est plus babité maintenant que par quelques DjérikiSf partisans des Hôvas. Ceux-ci ont un poste à un jour de marcbe dan» i*Est de Mouroun'dava.
' Voir la première partie, pages 123 et 124.
Bédiatsa, situé à la partie nord de Bongoulava, dans TE. S. E. de Mavouhazou, à environ six jours de marche de la côte, est entouré d'une palissade sans fossé ni canons, et a pour garnison deux cents hommes commandés par Raïkouti, neuvième honneur.
Ânkofouti est situé au Sud du précédent, dans la partie orientale d'Ambaliki , à sept jours de marche de la côte et au pied du versant occidental de Bongoulava. Il est entouré d'un fossé et d'une palissade défendue par deux petites pièces. Sa garnison est de quatre cents hommes, commandés par Haounitsi, dixième honneur, et Tsizéhé, huitième honneur (Tsizéhé est aussi nommé Bélrongo). U y a, autour d'Ankofouti, une population sakalave d'environ deux cents âmes; elle était d'abord beaucoup plus nombreuse, mais presque toutes les familles qui la composaient ont rallié leurs anciens chefs, Tsifalagni et Taragne. La rivière Manamboule, qui prend sa source dans Bongoulava, passe au N. 0. de ce poste.
Manen'daza est à un jour et demi de marche dans le Sud du précédent: il est bâti sur une éminence et entouré de deux fossés et d'une palissade. Il a une garnison de quatre cents hommes.
Malaïbandi est situé sur une petite colline, au Sud de la rivière Sizoubounghi et du confluent des rivières Sakengna et Manampa ndah', don t les eaux réunies aflluent dans la première. En 1 8 4 1 1 ce poste était entouré d'une palissade défendue par quatre canons, et occupé par trois cent cinquante ou quatre cents hommes. Les cases étaient faites de feuillage, et il ne s'y trouvait pas de puits. A cette époque, les Sakalaves de Taragne firent une expédition contre Malaïbandi , dans le but ordinaire d'y enlever les familles sakalaves et le bétail tenus sous la garde du poste. Pendant qu'ils étaien t occupés à cela , les Hôvas , au nombre d'environ deux cents hommes, firent une sortie, amenant avec eux une petite pièce en bronze; mais, dans la lutte qui s'engagea , les Sakalaves, après s'être emparés de ce canon, les forcèrent à rentrer dans leur poste. La pièce capturée a été transportée au village de Taragne, où on la conserve comme un trophée de cette victoire.
Malaïbandi est commandé par Tsitétraï, dixième honneur. Le pays qui sépare ce poste de la côte est, à ce qu'il parait, fort difficile à traverser, car on met huit journées à se rendre de Malaïbandi à Sizoubounghi (village à l'embouchure de la rivière de
ce nom), et, cependant, leur distance ne doit pas être de plus de seize à dit-huit lieues.
Ningan'soa est situé à TOuest de Malazarive, dans FEst d'Andakabé, sur la rive droite de la Mouroun'dava et à une journée de marche de la côte; il occupe un terrain plat, mais est entouré d*un fossé et d'une palissade que défen<fent quatre canons. Sa garnison est de quatre cenis hommes, commandés par Toarivou , dixième honneur. C'est à Ningan'soa que Rainassa , le fils de Ramitrah', est tenu en tutelle par les Hôvas , qui ne reconnaissent que lui pour roi de Ménabé. 11 s'y trouve aussi une population sakalave d'environ un millier d'individus attachés à ce prince.
Je vais exposer maintenant en peu de mots les principaux événements survenus en Ménabé depuis l'avènement de Taragne.
Quelsambaïe, que les Sakalaves avaient élu à la place de Rainassa ^ mourut trois ans après son élection , laissant quatre enfants : une fille, nommée Narouva, qui était l'aînée, et trois garçons, Taragne, Oulanghitsi et Quizandra. Lorsque sa mort fut connue dans le Ménabé, les Sakalaves appelèrent Taragne à Sizoubounghi , et l'élurent comme successeur de son père. C'était en l'année 1887, Taragne avait alors quatorze ans.
Dans le cours de la même année, les Hôvas firent leur apparition annuelle à Sizoubounghi; mais en apprenant la mort de Quelsamfoaïe, et pour se conformer à la politique suivie jusqu'alors par le gouvernement d'Imerne (politique qui consistait a sonder les dispositions du nouveau chef avant de l'attaquer), Mananéra, qui commandait Texpédition , s'abstint de toute hostilité et se retira. A l'approche des Hôvas, Taragne s'était réfugié à Bédémo^ Tune des petites iles de la Sizoubounghi; il revint sur la grande terre après leur départ.
A quelque temps de là un boutre arabe relâcha à l'embouchure du fleuve, d'où il devait se rendre à Mangouki. Taragne voulut, je ne sais dans quel but, faire ce voyage, et il s'embarqua sur le bateau avec quelques Sakalaves. Pendant qu'il était à Mangouki , un autre boutre, appartenant à l'Arabe Hassani, y arriva. Taragne désira s'en servir pour effectuer son retour ; et, comme le patron ne se prêtait pas de bonne grâce à ce désir, il s'empara du boutre et l'emmena à Sizoubounghi, avec. l'intention de l'y
' Voir, pour plus de détails, la 1" partie, pages 125 et 126.
retenir. Mais Hassani sentendit avec quelques-uns des principaux chefs de lendroit, qui, mécontents du caractère turbulent et despotique deTaragne, songeaient déjà à se débarrasser de lui. A cet effet, ils feignirent d'approuver le projet qu avait formé le jeune roi de faire un voyage aux Coniorres et à Zanzibar; il lui persuadèrent d'employer, pour Texécuter, le boutre confisqué, et d'en confier la conduite à son ancien patron Hassani; puis ils donnèrent le mot à ce dernier a&n qu'il abandonnât son passager en quelque lieu où il s'arrêterait. Taragne partit donc avec Hassani, qui, ayant touché à Nossi-Valavou , l'y laissa à la charge d'Andrianah, et fit route avec son bateau pour Zanzibar.
A peine Taragne était-îl parti , que les chefs antiménas avaient élu à sa place son frère Oulanghilsi ; mais bientôt la mésintelligence se mil parmi eux; il y eut scission, et un chef ampandzaka, nommé Tsimiond'zi, touché de la position du déporté, profita des circonstances pour l'envoyer chercher à Nossi- Vala vou.
Taragne arriva à l'improviste, pendant la nuit, à Sizoubounghi. Il se rendit à son ancienne résidence , d'où il chassa son frère; mais il la quitta lui-même après s'être emparé des insignes de la royauté. Le lendemain il se présenta devant la population assemblée, et l'entraîna à sa suite chez son ancien manan'tani, Rabidi, qu'il fît réintégrer dans ses fonctions.
Ayant ainsi ressaisi le pouvoir, il ordonna de poursuivre Oulanghitsi, que ses partisans emmenaient dans le Nord: on les rejoignit à Manamboule. Après de nombreux pourparlers entre les deux partis , Oulanghitsi se décida à revenir près de son frère , ce dernier protestant qu'il ne lui en voulait pas et ne lui ferait subir aucun mauvais traitement. Mais les chefs qui avaient le plus travaillé à l'avènement d'Oulanghitsi ne pouvaient échapper à la vengeance de Taragne : Raïlaka, manan'tani de l'usurpateur, et trois Ranghits'Ampandzaka furent sagaîés. Depuis ce moment, la bonne intelligence n'a point été troublée entre les deux frères, et, au dire des Antiménas que j'ai vus, le jeune roi est devenu moins irascible et plus sage.
Taragne est, d'ailleurs, fort intelligent, mais rusé et peu esclave de sa parole : Tsimivohits' et Tinahé eux-mêmes en sont convenus tacitement avec moi. On me l'a représenté comme étant très-désireux de se mettre en relations avec les blancs.
D'après les indications que j'ai pu recueillir sur les forces
militaires du Ménabé , j*ai estimé que la population armée sous les ordres de Taragne pouvait être de treize à quatorze mille hommes, dont six mille environ munis dé fusils. Toutefois, je suis convaincu qu'il serait très-difficile , sinon impossible de les réunir; je n'oserais même pas aflirmer qu'il y eût réellement, dans ce nombre d'hommes, six mille combattants. Quatorze mille hommes armés font supposer une population d'environ 70,000 âmes ^ dans la partie indépendante du Ménabé; et c'est, je crois , le chiffre le plus fort que l'on puisse admettre, en considérant que , depuis bientôt un quart de siècle , ce pays est en proie à la guerre et à l'invasion : or ces deux fléaux ont causé la mort des uns, l'esclavage de beaucoup d'autres, l'émigration de presque toute la population du littoral , la soumission de celle des districts du S. E. et de l'Est, et probablement de tout le territoire situé en arrière de la ligne des postes hôvas.
Depuis l'expédition qui suivit l'avènement de Taragne, les Hôvas n'ont fait qu'une seule apparition aux environs de Sizoubounghi : un corps d'environ six cents hommes, envoyé sans doute en observation , s'y présenta en avril i84i. H eut un engagement peu sérieux avec une bande de Sakalaves et se retira.
J'ai appris de Tsimivohits' et de son compagnon que Radzacamana, officier hôva qui, disait-on, avait quitté, avec sept ou huit cents hommes, le service de la reine, était arrivé près de Taragne, à la fin de septembre ou au commencement d'octobre 18A2 * ayant seulement trois hommes à sa suite ; mais je n^ai pu rien savoir ni de ses desseins ni de la cause de sa désertion. Radzacamana était huitième honneur.
Les envoyés antiménas reçurent de moi des avis ou des remontrances sur les sujets que j'ai déjà mentionnés. Je leur racontai ce qui s'était passé chez Tsifalagni, en leur expliquant les raisons de ma conduite , et insistant beaucoup pour qu^ils fissent bien comprendre à Taragne tout l'intérêt qu'il avait à accepter la convention conclue sous mes auspices. Je leur remis
* Chez les Malgaches, et parlicuiiërement chez les Sakalaves, tout homme est armé dès Tâge de seize à dix-hnit ans, et jusqu'à dnquaote-cinq ans, ou même plus. Or, en prenant pour limites les nombres 18 et 55, considérant comme guerriers actifs les deux tiers des hommes d'un âge intermédiaire, supposant un nombre égal des individus des deux sexes, et acceplant comme donnée exacte le nombre de 14,000 pour celui des hommes de guerre, on trouverait 67,000 pour celui de la population totale correspondaDte.
pour lui divers cadeaux, y compris la petite boile, qui contenait mon anneau, et j'exprimai le désir que Taragne le gardât en mémoire de moi qui lui avais, le premier, porté des témoignages de Tamitié des Français. Cet anneau se trouva très-fortuitement avoir un certain à-propos ; car le chifiFre qui y était gravé se composait précisément des initiales de nos deux noms, C et V. Taragne se nomme aussi Vinangh', et cest même celui de ces deux noms pour lequel ses sujets mont paru avoir le plus de prédilection. Il ne manquait à tous ces gens-là qu'une seule chose pour apprécier la valeur de mon procédé : c'était une idée de l'écriture.