DE RADAMA
Situation difficile de Radama à Tégard des pays couquis. — Insurrections simultanées en Ménabé et en Bouéni. — Détails sur 1 insurrection du Bouéni. — - Destruction de Moudzangaie. — Émigration des Ântalaots\ — Fuite d'Andmnsouli dans le Nord.
Peu après son arrivée à Tananarivou, Radama, à peine remis des fatigues de la dernière campagne, et encore affaibli par de récentà accès des Gèvres qu^il avait contractées en Ambongou , assistait à on grand kabar et haranguait ses peuples avec cette emphase naturelle aux jeunes gloires et aux civilisations nais-
• L^ile entière est à moi, leur disait-il, la voilà maintenant sounube à une seule autorité et régie par les mêmes lois; les charges doivent être les mêmes pour chacune de ses parties. La guerre est finie. Déposez vos sagaies et vos ftisils... je suis le père de Forphelin , le protecteur de la veuve et de Topprimé , le redresseur des torts et le rémunérateur de ce qui est bon et juste. Voici des soldats pour maintenir dans Tordre les populations vaincues; pour défendre vous et vos enfants , vos droits et vos propriétés : le devoir des autres est de travailler. A vous donc le soin de cultiver la terre, de défricher les champs incultes et d*y planter tout ce qui peut y venir, riz, froment, orge, manioc, patates, coton, chanvre , lin, et le mûrier nouvellement introduit. Si vous ne labourez pas le sol , vous serez, comme ce
bouvillooqui est sous vos jfeax, sans pcrè, ni mère, ni pcTsoonequi ail soîo ou pitié de vous. Les jodcs poussent de la terre; For et Vargent ne tombent pas du ciel 1 »
Certes, ces parole» témoignaient bien plutM de la noble aoibilion du monarque et de ses tendances élevées , qu^elles n^exposaient fidèlement la situation politique de Tike, ni même un état de choses procbainemeot réalisable. La volonté feime et persévérante dont il était doaé, Tesprit de Hgoureuse jnstioe qui dictait ordinairement ses décisions, lautorité absdoe dont il disposait sur un peuple idolâtre de son chef, lui avaient init beaucoup obtenir de ce peuple : on ne peut même songer sans une sorte d'étonnement aux changements qui s'étaient accomplis dans lesprit public et les mœurs des Hôvas , pendant les cinq ou six années précédentes ; mais il ne pouvait de sitôt s attendre aux mêmes résultats de la part des peuplades conquises et surtout de celles de TOuest. Déjà , sous le règne d*Andrianampouine, les traitants européens visitaient souvent Tananarivou, qui, par suite des guerres continuelles entreprises par ce prince, était devenue le grand marché à esdaves de Hle; eu depuis lors, les Hôvas avaient été préparés, par des contacts fréquents et des relations commerciales avec eux , à la transformation qaV pérait, depuis quelques années, le gouvernement civilisateur de Radanui : nous avons dit ce qu^avait foit aussi pour eox la politique anglaise. Les populations de TOuest, au contraire, étaient restées presque complètement abandonnées à lenv sauvagerie primitive; elles n'avaient en d'autres initiateurs à nà état social plus avancé, que les Hesceudants dégénérés des premiers colons arabes ; 6r, si par leur présence au milieu d'elles, les Antalaot5' avaient d'abord coatribuéau développement de letir puissance politique, ils avaient ensuite mis obstacle à leurs progrès en les éloignant de toute communication avec les étrangers, afin de conserver l'influence qu'eux-mêmes avaient acquise dans le pays. Au lesle, le jeune conquérant n'avait pas sealement à redouter de trouver les vaincus rebelles à ses tendances civilisatrices; il devait encore éprouver bientôt le peu de solidité de ses conquêtes.
Avec une armée nombreuse et disciplinée , il avait été facile à Radama de parcourir les pays sakalaves, et d'obtenir de leurs chefs des promesses et des apparences de soumission; mais il élait évident que ces princes n'avaient fait que céder
à raciion delà force , et que ce n était qu eD rendaut celle-ci periDanente qu*il lui serait possible de faire de ces promesses une réalité, de ces apparences une certitude. Les populations ne s*étaient de même inclinées que devantrirrésistible puissance du roihôva; et à la première mesure ordonnée par lui qui serait de nature à contrarier leurs habitudes ou à exciter leur défiance, il était probable qu'elles se révolteraient contre une autorité à laquelle elles n avaient fait que se résigner. U est plus diflicile de gouverner que de conquérir, etKadama avait à résoudre Timmense diificolté de maintenir dans Tobéissance, des peuples soumis par la force, quand cette force n'était déjà plus assez étendue pour agir partout à la fois. En effet, la population hôva, épuisée par les guerres continuelles où Tavait conduite depuis 3o anslambilion de ses deux derniers souverains, était tout à fait insuffisante à fournir les garnisons nécessaires pour une occupation , même Irès-restreinte, du territoire conquis, et chaque nouveau succès de Radama augmentait encore la difficulté, de tout ce qu*il lui en coûtait pour l'obtenir et pour en profiter : sa grandeur faisait ainsi sa faiblesse.
Pour obvier à cette impuissance , le désarmement des populations, qui avaient reconnu sa souveraineté, avait dû naturellement se présenter au roi hôva comme la seule garantie de leur soumission. Mais une pareille mesure était trop contraire aux habitudes des Malgaches pour qu'il pût se flatter de l'effectuer par les voies de la persuasion ; et vouloir y arriver par la force, c'était recommencer la guerre. Radama ne recula cependant pas devant ce dernier parti.
Dès les premiers jours du mois de janvier i825, il expédia de Tananarivou quelques milliers d'individus, soldats et bourgeois , desti&^s à former des garnisons et à élever des villages dans différentes parties des pays sakalaves. Les villages devaient être convenablement espacés pour établir une ligne de communications faciles ei-tre la capitale et les points les plus importants du Bouéni et du Ménabé; Radama voulait en faire en même temps des espèces de colonies modèles où les indigènes seraient attirés, et s'habitueraient peu à peu à vivre paisiblement parmi les Hôvas; à chercher leur bien-être dans l'agriculture et non dans le maraudage; à reconnaître, en un mot , les avantages d'un état social plus civilisé que le leur. C'était là une idée sage et féconde; mais les troupes avaient aussi pour mission de dé-
sariuer lout le Ménabé, et cette entreprise était grosse d*orages et de périls.
On a vu combien cette mesure du désarmement avait été incomplètement exécutée en Bouéni , alors que Radama s*y trouvait encore avec son armée. Pour les Sakalaves, plus encore que pour les autres Malgaches, il est aussi naturel de marcher armé " que de manger et de boire : relui qui est assez heureux pour posséder un fusil ne s*en sépare plus; les soins qu'il lui donne sont un véritable culte ; il éprouve pour son arme une passion égale à Famour de TÂrabe pour sa cavale. Les chefs eux-mêmes auraient vainement exîgé de leurs sujets ce que Radama voulait leur imposer : à ceux-là, les Sakalaves auraient répondu que leur prétention était contraire aux usages des ancêtres , et n'auraient pas obéi; à celui-ci, ils répondirent par Tinsurrection.
Aux premières tentatives faites par les troupes envoyées en Ménabé, le pays fut en feu. Sur tous les points, les vaincus de la veille se soulevèrent, attaquèrent les garnisons hôvas, et, se trouvant bien supérieurs en nombre à celles^i , ils les massacrèrent « puis se livrèrent au pillage et aux plus grandes cruautés dans les villages qu'elles occupaient. Ramitrah', qui , tout en paraissant adhérer aux volontés de son gendre, était Tinstigateur de cette révolte, avait envoyé des émissaires secrets vers son parent Andriansouli, pour l'engager à secouer aussi le joug; et, au moment même où les Sakalaves du Ménabé se livraient à leurs sanglantes exécutions, ceux du Bouéni égorgeaient les soldats du poste d'Anfiaounah , sous la garde desquels était Andriansouli, et assiégeaient Ramanétaka dans Majunga ^
Dès que ces événements furent connus àTananarivou, tladama ordonna les dispositions nécessaires pour réduire les rebelles et prévenir de plus grands désordres. Dans le courant de mai, le général Rafozéhana entra avec de nouvelles troupes en Ménabé, et se dirigea vers la partie du pays où résidait ordinairement Ramitrah'. Il devait presser ce prince de se déclarer ouvertement
* Majunga était le nom donné par les Hôvaii au village fortiCé qu'ils avaient établi sur la colline au pied de laquelle était la ville de Moudzangaïe. Je crois que le premier root n'est qu'une corruption du second, dev'enu d'abord Mouzangaïe, puis Mazangaîe, dont les Hôvas firent Maazounga ou Majunga : toujours est-il que ce dernier désigne maintenant tout à la fois la ville hôva et les restes de 1 ancienne cité, sauf pour les Antoiaots\ qui consenent à cette dernière lés nonns de Mouzangaîc et de Mazangaîe.
pour Radama« et d'user de*son influence sur ses sujets pour les décider à remettre leurs armes. Mais Ramitrah*, dont les dispositions, comme nous venons de le dire, n'étaient nullement favorables aux exigences de son gendre , se déroba constamment aux recherches du général bôva. Celui-ci, après avoir parcouru le pays pendant plusieurs mois, en quête du roisakalave, finit par ^ retourner à Tananarivou avec les fusils qu'il avait pn se faire délivrer par quelques chefs de districts et la population sous leurs ordres.
Du coté du Bouéni', les mesures tiécessitées par l'état du pays n'avaient pas été non plus négligées, et pendant que Rafozéhana se dirigeait sur le Ménabé , des renforts considérables marchaient au secours du gouverneur de Majunga.
Le coup de main exécuté par les Sakalaves d'Andriansouli n'avait point été, comme on pourrait le croire, l'eflet des suggestions de Ramitrah' ou le résultat d'une combinaison entre les insurgés des deux pays : ce fut par l'effet du cours naturel des choses en Bouéni que la révolte y éclata en même temps que dans le Ménabé. Andriansouli était déjà décidé à agir, quand les envoyés de Ramitrah' arrivèrent près de lui. Habitué qu'il avait été jusqu'alors à voir tout ce qui l'entourait céder et se plier à ses moindres caprices , il supportait impatiemment le contrôle exercé par Ramané^ka sur tous ses actes : et il parait que de son côté celui-ci avait en plusieurs circonstances blessé, par de mauvais procédés, l'orgueil du roi sakalave. D'autre part, les ' officiers et les soldats hôvasi enchérissant encore , comme c'est l'ordinaire, sur la conduite de leur général, avaient, par toutes sortes de vexations, irrité contre eux les populations circonvoisines. La discipline sévère qui régnait parmi les troupes hôvas, tant que Radama était resté dans le pays, et qui avait si puissamment contribué à y faire accepter son autorité , n'avait pas été maintenue dans les garnisons laissées sous les ordres de Ranianétaka, et chaque jour de nouvelles exactions commises par elles venaient augmenter le mécontentement des Sakalaves: Ceux-ci couraient alors se plaindre à Andriansouli et le solliciter de faire la guerre aux Hôvas, afin de les délivrer de l'oppression qui pesait sur eux. Le roi déchu voyait avec joie ces dispositions, et s'il résista d'abord aux instances qui lui étaient faites, c'est qu'il voulait laisser encore s'accumuler les griefs et fermenter les haines. Mais un acte de violence, commis à son égard
par Ramanétaka, le décida à comiûencer les hostilités. Vo'ci conmienl les choses se passèrent.
Après la Gn tragique d'Houssein , gouverneur de Moudzangaie pour Andriansouli, Ramanétaka nommé par Radama au même emploi , s'était emparé de tous les esclaves qui avaient ^appartenu au chef dont il prenait la place. Quelques mois ensuite, en janvier 1826 (mois de Fongouakendra, année Djuma), une trentaine de ces esclaves , lassèi des mauvais traitements qu'ils essuyaient au service de leur nouveau maître, s'échappèrent, et vinrent se mettre sous le patronage d'AndriansouK à Anfiaounah. Ramanétaka les fit réclamer, mais Andriansouli, déjà irrité contre le gouverneur hôva, ne se montra pas disposé à le satisfaire : il argua d'une coutume sakalave par suite de la quelle, à la mort d'Houssein , ude partie des esclaves de ce chef devaient lui appartenir ; puis ajoutant qu'il n'avait point appelé ceux qui étaient venus à lui , mais qu'ils avaient agi de leur propre mouvement, il déclara que le fait accompli se trouvant ainsi d'accord avec son droit, il garderait les esclaves.
Ramanétaka, persistant dans ses prétentions, envoya de nouveau vers Andriansouli ; mais il appuya cette fois sa réclamation' d'un détachement de 5o hommes, et le roi sakahive, ayant persisté dans son refus de livrer les esclaves, les Hôvas s'introduisirent dans sa résidence et les emmenèrent de force.
Indigné de cette violence , Andriansouli comprit mieux que jamais l'abaissement dans lequel il était tombé , et forma dèsce moment le dessein de se venger de Ramanétaka; mais, convaincu de son impuissance, il concentra sa colère. Cependant le soir même, il manda près de lui les chefs qui lui étaient le plus dévouas, Mari-ben-Roussi et Raîvalà, et, après leur avoir racoDilé l'outrage dont il avait été l'objet, et rappelé, en les opposant aux promesses si différentes de Radama , toutes les vexations que Ramanétaka et ses soldats exerçaient dans le pays , il leur manifesta ses désirs de vengeance, et se concerta avec eux sur. les moyens à employer pour secouer un joug devenu si intolérable. Ils arrêtèrent alors que, tout en continuant de feindre la soumission, on préparerait un soulèvement général contre les Hôvas ; qu'au moment convenable on rassemblerait assez de monde autour de la résidence d'Andrîansôuli pour s'emparer du poste d'AnGaounah, après quoi l'on ferait un appel à tous les Sàkalaves
de la province, pour marcher sur Majunga dont la garnison se trouvait déjà tr^-réduite par les fièvres.
Ce fut pendant ces préparatife que les envoyés de Ramitrah* arrivèrent près d*Andriansouli, et lui transmirent le message de leur roi , qui se trouvait dès lors parfaitement en rapport avec les intentions de celui du JBouéni. Ce dernier leur confia son [dan d*attaque contre Ramanétaka : ils applaudirent à ses projetaet restèrent même près de lui avec une trentaine d*hommes qui composaient leur suite , pour Taider à les réaliser.
11 parait que malgré le silence et le mystère avec lesquels les chefs sakalaves ourdissaient leurs trames, le gouverneur hôva n*était pas sans quelques soupçons des desseins d^Andriansouli ; mais il ne «attendait pas à ce que l'exécution en dût être aussi prompte qu'elle le fut, et, ayant en conséquence négligé de prendre des mesures pour la prévenir, il se trouva désarmé quand Finsurrection éclata.
Le i* mars (i 2* jour de Rgeb , année Djuma) , vers à heures du soir, les hommes qui entouraient Andriansouli , aidés de ceux de Ramitrah' et de quelques autres qu'on avait introduits avec précaution dans l'enceinte, se ruèrent sur le poste d'Anfiaounah. La garnison attaquée aussi inopinément ne put faire de résistance : Manzakatompo et ses soldats furent massacrés, sans qu'un seul pût échapper à la fureur des Sakalaves. Mais un Antalaots' nommé Faki Mouïaka , qui descendait le Bétsibouka en pirc^e, vint à passer devant Antitéraka au moment où s'effectuait ce coup de main ; et ayant appris qu'on se battait à Anfiaounah , il poursuivit sa route vers Majunga et s'empressa à son arrivée d'en aller informer Ramanétaka.
A cette nouvelle, celui-ci dirigea aussitôt un fort détachement vers Anfiaounah pour reconnaître l'état des choses, et porter secours s'il en était temps encore à la faible garnison de ce poste. n dépécha en même* temps un courrier à Tananarivou pour instruire Radama de ce qui venait de se passer et lui demander des renforts. Enfin il fit en toute hâte exécuter quelques travaux pour assurer la défense du camp, où il s'attendait à être bientôt attaqué par les insurgés.
Le camp de Majunga, situé sur le sommet de la colline de Saribengo, qui s'élève brusquement à la hauteur d'environ 120 mètres en arrière de la ville de Moudzangaîe, n'était alors qu'un assemblage de cases faites de feuilles et de paille, selon l'usage du
pays. Une seule maison de pierres dont la constructioji était confiée à des niaçons anlalaots\ s'élevait au milieu de ces huttes: elle était destinée au gouverneur. Le tout occupait une surface d'environ un demi-mille de tour, et n'était défendu que par une palissade de bambous dans laquelle on avait ménagé deux ouvert turcs servant d'entrées: l'une regardait Moudzangaïe, Tautre le côté opposé; à la première étaient placées 3 pièces de groscalibre, mais dont une seule était montée. Telle était la position dans laquelle Ramanétaka allait avoir à braver les efforts des Sakalaves, et pour la défendre il n'avait que 5 à 600 hommes, dont une partie était déjà réduits par les maladies au plus pitoyable état. Son courage et son énergie ne l'abandonnèrent pourtant pas en cette circonstance ditlicile. 11 fit doubler les pieux de la palissade et élever à la hâte en dedans de celle-ci un rempart en terre d'environ i pieds de haut ; en outre une pièce d'artillerie fut placée à chacune des ouvertures , la bouche saillant entre les lourdes poutrel^ suspendues dont les indigènes forment ordinairement leurs portes. Ces dispositions terminées, il attendit tranquillement l'ennemi.
De son côté, Andriansouli, maître d'Ânfiaounah, avait envoyé à tous les Sakalaves réunis dans les environs l'ordre de se rendre sur ce point; etle surlendemain les insurgés se mirent en marche vers Majunga. Au moment du départ, la colonne pouvait être forte d'environ 5oo hommes; mais, à mesure qu'elle avançait, des groupes nombreux venaient s'y joindre, et elle se trouva bientôt plus que doublée. Toutefois, ses mouvements furent lents et indécis : au lieu de se précipiter à marche forcée sur le camp hôva, qu'ils pouvaient atteindre le matin du troisième jour, les Sakalaves s'avancèrent à petites journées, afin de réunir plus de monde. Un engagement qui eut lieu dès le second jour à Béda-béda avec les troupes de renfort envoyées à Anfiaounah par Ramanétaka, contribua aussi à retarder le mouvement, et les insurgés n'arrivèrent à Majunga que le septième jour après leur départ.
La veille , l'armée sakalave , forte alors d'environ 2,000 hommes, avait Fait halle à Amparighi-guidou , et s'était formée en quatre divisions, quidevaicnt attaquer $imuitanément le camp sur quatre points diiTérents. En arrivant, chacune d'elles alla prendre le poste qui lui avait été assigné : la première, avec Mariben-Roussi, se plaça au nord ; la seconde, commandée par Raîvala
et Fianhouna, à Test; la troisième, sous les ordres d'Ânangha et d'Andaka-Toufoutsi, à Touest; en fin Tsiinl)a et Moussa , tons deux Antalaots*, allèrent, à la tête de la quatrième, se poster au sud, entre la ville et le camp.
Le huitième jour, dès les premiers chants du coq ', Fattaque commença sur les quatre points à la fois. Mari et les siens arrivèrent promptement au pied de la palissade, qui fut même abattue en quelques endroits. Au sud , malgré lartillerie relativement plus formidable qui défendait l'approche du camp de ce côté , la division de Tsim*ba avait bravement engagé Faction ; mais, convaincus par ce qui avait eu lieu à Anfiaounah qu'il ne leur serait fait aucun quartier si le camp était emporté, les assiégés^firent une opiniâtre résistance. Abrités derrière leurs retranchements, il reçurent Fennemi avec une fusillade si vive, que l'ardeur de Fattaque en (ut tout d'abord ralentie. Bientôt, un des plus vaillants chefs de la division de l'est ayant été tué , sa mort mit le désordre parmi ses troupes, et elles ne tardèrent pas à lâcher pied. Encouragés par ce succès, les Hôvas redoublèrent d'efforts sur les autres points ; en même temps, Ramanétaka , furieux de la persévérance des assiégeants , fit une sortie à la tête de quelques hommes, et, par une vigoureuse attaque sur le flanc de la division de Mari , il força Fennemi à la retraite. Le plus grand nombre des fuyards se dirigea sur Ambondrou, où Andriansouli attendait le résultat des opérations ; d'autres se replièrent sur Moudzangaîe, où, retranchés dans les maisons et derrière les murs des jardins, ils continuèrent à tirailler sur les Hôvas, qui les y avaient poursuivis. Ramanétaka voyant qu'il perdrait beaucoup d'hommes s'il voulait venir à bout de les en déloger, fit mettre le feu à la ville, et Moudzangaïe, dont presque toutes les maisons étaient de bois et de feuilles, fut en un instant dévorée par l'incendie.
Dès l'arrivée des Sakalaves devant le camp hôva , tous ceux des habitants de Moudzangaïe qui en avaient les moyens embarquèrent leur famille et leurs richesses les plus précieuses sur lesboutresquisetrouvaientdans le port. Maisau moment de l'incendie de la ville , la plupart ne l'avaient pas encore quittée et ils n'eurent que le temps de se sauver sur la plage , abandonnant leurs propriétés
'* Ce D^est point ici une figure de style, mais un fait caractéristique d*une habitude des indigènes, qui cboisicsent ordinairement ce moment pour engagrr Taction.
Doc. scR Madag. 7
et leurs biens, qui devinrcDlaiusi la proie des flammes. Cinquan tetrois boutrcs appartenant au port, seizedaws arabes qui y étaient en relâche, et un grand nombre de chaloupes et de pirogues fur rent employés à transpoiler de Tautre côté de la baie, à Catchépi , ces malheureux et ce quils avaient pu sauver de la destruction.
Cependant les fuyards arrivés à Âmbondrou y avaient répandu répouvante, et tous les villages environnants forent immédiatement évacués par leurs habitants, qui redoutaient les représailles des Hôvas. Les chefs essayèrent en vain de rallier leurs hommes ; la déroute était complète, et le lendemain de Faction il n'y avait plus d*armée sakalave. Andriansouli se trouva lui-même presque complètement abandonné : il ne restait près de lui queTsim'ba, son confident , et deux femmes qui leur étaient attachées. Tous quatre se cachèrent dans le bois qui borde la partie Est de labaie , et, le soir, Tsim*ba s'étant , à la faveur de robscurité, rapproché de la plage qui s'étend devant la ville, s'y procura une pirogue, avec laquelle il revint prendre Andriansouli et les deux femmes , et les transporta sur la petite lie Bouyoni {Green-hUaid du plan d'Oviren). Il y avait déjà avr cette lie plusieurs Antalaots' qui s'étaient enfuis de Moudtangaie avec quelques pirogues, et, le jour suivant, tous allèrent Avec le roi sakalave rejoindre à Catchépi ceux des leurs qui s'y étaient réfugiés, après l'incendie de la ville.
l^is AndriânsouH ne se sentait pas en sûreté en restant amd près de Hamanétaka, et au milieu de tant de gens parmi lesquels il aurait pu se trouver quelques traîtres : il se rendit donc en pirogue à Bouéni, au fond de la baie du même nom (Makun^ba river, d'Owen), suivi de son fidèle Tsim'ba, des deux femiçes déjà mentionnées et de trois autres Antalaots', Manafi-Bakari , MalimoFakiet Bound'ha Sirounto. Un quatrième , nonnné Bakari Koussi, qui lui était aussi dévoué, les rejoignit bientAt par terre avec tous les esdaves du roi* Andriansouli envoya ce dernier Venu à Matzamba, chercher un bontre qui y avait été ^pédié pour fiiire do bois, quelques jours avant l'attaque du eatnp hdva. Le boulin appartenait à l'antalaots' Massoudi, qui, aussitôt qu'il connut la situation difficile d' Andriansouli, vint se mettre à sa disposition. Le roi s'embarqua alors sur ce bateao avec tous les gens qui l'entouraient , et l'on fit route vers le Nord.
Avant son départ, Andriansouli, avait envoyé un message aux Antalaots', toujours réunis à Catchépi, pour prévenir ceux qui
voudraient le suivre d'aller laitendre à Marousakoua , petit bras de tner situé à peu près à mi-distance de la baie de Bombétok ^ celle de Matzamba. Sans prendre ouvertement part à la lutte qui venait d'éclater entre Ramanétaka et le prince sakalave, les Antalaots' avaient cependant tnontré leur sympathie pour la cause de ce dernier : ils lui avaient, en secret, fourai des fusils et de largent pour acheter des munitions ; quelques-uns s'étaient même trouva dans les rangs des assiégeants à llattaque de Majunga : la plupart se trouvaient donc plus on moins compromis aux yeux du vainqueur. D'ailleurs, qu'auraient-ils été faire alors à Moudzangaîé, où , de tout ce qu'ils avaient laissé, ils ne restait plus que des cendres et des ruines ? D'un autre côté, les nouveaux r^emeats du port, étant tout à l'avantage des odiciers hôvas et du gouverneur, sans Fintervention intéressée duquel aucune transaction ne pouvait s'opérer, l'e^oir d'y rétablir leur fortune n^étàit plus permis à ceux que l'incendie avait ruinés. Les Antalaots* n'avaient donc plus intérêt à retourner dans leur cité désolée : le plus grand nombre d'entre eux se décidèrent , en conséquence, à suivre la fortune d'Andriansouli, et le rejoignirent au lieu indiqué. D'autres, moins attachés au pays, qu'ils o*airaient habité que temporairement, regagnèrent leur terre natale, et se dirigèrent vers Mozambique, Oîbo, Zanzibar ou les C6morres.'De toute la population de Moudzangaîé, il ne resta, pour habiter ses débris fumants et les restaurer, que quelques filmilles, à qui les moyens avaient manqué pourémigrer, et un très-petit nombre d'individus dévoués aux H6vas, créatures de Ramanétaka, qui en avait fait des chefs pour se les attacher.
Ceux des Antalaots' qui, selon l'avis d'Andriansouli , s'étaient joints à lui à Marousakoua, firent route à sa suite pour la baie de Matzamba, où leurs ancêtres avaient eu jadi^ leur principal étaUissettient : on y débarqua dans les premiers jours d^avrii (fin du mois Shébani) , avec l'intention de s'y fixer, et l'on s'étabHt près de la pointe de Beri-Midjamanga , en un lien que les Antalaots' désignèrent par l'ancien nom de Langani. Là , Andriaûsoult appella lès populations voisines à son aide pour continuer la guerre, et, peu de jours après son arrivée, il envoya à Iren^to, à Mandrafatsi et à Tchiava, chefs des districts aux environs de la Sambéranou , l'ordre d aller attaquer le poste que Radama entretenait à Passandava, depuis l'expédition faite en 1823 par le prince Ratèfi dans les provinces du Nord.
Ce poste, commande par le major Faralahé-Marouzouko, était défendu par quelques retranchements, derrière lesquels la garnison était à labri des balles et des sagaies des Sakalaves» ce qui rendit d'abord inutiles les efforts de ceux-ci pour s'en emparer. Andriausouli , informé du peu de succès de cette première attaque, envoya un renfort de 70 Antalaots', sous le commandement d*Abdal]ah-Faki , qu'il chai^ea de la direction supérieure des opérations. Le boutre qui les transporta était armé de deux petites pièces d'artillerie : elles furent mises à terre sur des massifs assez élevés pour dominer les retranchements, et le poste hôva, d'abord foudroyé par elles, fut bientôt enlevé par les Sakalaves, qui l'incendièrent, et massacrèrent sa garnison.
Lors de la déroute qui suivit la tentative d'Andriansouli contre le camp de Majunga, tous les membres de la famille royale et un grand nombre de chefs avaient gagné Marouvouaî , et là s'étaient assemblés en kabar, pour décider ce qu'ils avaient de plus sage à faire. Tafikandre, le cousin d'Andriansouli, était d'avis qu'on se retirât sur la frontière d'Ambongou, pays boisé et marécageux, où l'on serait à l'abri des attaques de l'ennemi, restant cependant assez près des points occupés par lui, pour pouvoir y faire de fréquentes agressions. D'autres furent d'avis d'élire, à la place d'Andriansouli , sa tante Tarats', et d'envoyer alors demander la paix aux Hôvas, en renouvelant le serment d'-obéissanoe àRadama. D'autres opinions, toutes différentes, furent encore émises, et, comme c'est l'ordinaire dans tous les kabars, on parla et discuta beaucoup dans celui-ci sans arrivera s*entendre^ Tafikandre , n'ayant pu décider la retraite générale sur TAmbongou , songea à l'effectuer lui-même pour ne pas tomber entre les mains des Hôvas, et, suivi des che& Anangha et Fihandra, et de quelques centaines d'individus, il se dirigea vers le Sud. II restait encore à Marouvouaî les personnages suivants : Tarats* et ses, deux filles, Mina etMbizi; Ouantitsi, sœur d'Andriansoali ; les princesses , ses nièces, Miha et Taossi , filles d'Ânhitsaka ; puis l'ampandzaka Fitahangnha , le manan'tani Mari-ben-Roussi ou Bouana-Mari, et enfin les grands chefs Raîvala, Tsimanompa, Kang'ha, Gôrah, Tsimipokaî et quelques autres moins importants. Tous ces personnages furent arrêtés et mis en surveillance par les Hôvas, sauf l'Antalaots' Mari-ben-Roussi, qu'ils laissèrent libre, dans l'espoir sans doute que, par son inflivence, il ferait revenir une partie de ses coreligionnaires à Majunga. Les prison-
mers étaient menacés d'être bientôt dirigés sur la province dlmeme, eti on pouvait facilement prévoir le triste sort qui leur était réservé. BouanaMari , désirant sauver Ouantitsi , à laquelle il était très-attaché, lui suggéra alors Tidée de feindre une maladie pour détourner l'attention de ses gardiens, et faciliter par-là l'évasion dont il comptait lui préparer les moyens. Le conseil fut suivi etlaruseeutun plein succès :laprétendue malade fut mise dans un logement à part* avec sa nièce Taossi , qui obtint la faculté de rester près d*elle pour lui donner des soins; et , quelques jours après, toutes deux étant sorties un soir à la dérobée, allèrent joindre Bouana-Mari et le chef sakalave Fanouhangha , qui les attendaient à quelque distance pour protéger leur fuite. Les familles des deux chefs vinrent ensuite se rallier à eux, et tous se dirigèrent vers Matzamba pour rejoindre Andriansouli. Chemin faisant, ils entraînaient les habitants des villages qu'ils traversaient, et ils arrivèrent sur le bord de la rivière Matzamba , suivisde bandes Ambreuses de Sakalaves. Mais des événements se préparaient à Langani, qui devaient empêcher ia, réunion projetée.
Nous avons dit quen apprenant ce qui s*était passé à Ânfiaouûah, Ramanétaka, convaincu que ce n'était là que le premier acte d*une révolte organisée contre l'autorité de Radama, en avait expédié en toute hâte la nouvelle à Tananarivou', demandant les troupes nécessaires pour réprimer l'insurrection et maintenir la population dans l'ordre. Peu de temps après , le général Rainimaka était expédié à son secours avec un corps d'environ a,ooo hommes. L'énergie déployée par le gouvemevr hôva , le courage de ses soldats , et surtout là mauvaise direction donnée aux opérations des insurgés , lui ayant permis de conserver sa position , il avait pu employer, peu après leur arrivée , les troupes de renfort à poursuivre Andriansouli; et, dans les premiers jours de j uillet , après avoir rétabli le poste de Marouvouaî , pais , augmenté par quelques travaux les moyens de défense de Majunga, où il laissait une forte garnison , il s'était mis à la tête de cequilui restaitdesoldatsdisponibleset avaitmarchésurLangani. Parvenu sur les bords de la SoufBa, il y trouva un bateau qui la descendait; ce bateau, armé par des Antalaots', avait été expédié de Langani par Andriansouli , pour porter des fusils à un corps de Sakalaves réunis dans le haut de la rivière. Le général hovâ le laissa continuer sa route, se contentant de confier aux hommes qui le dirigeaient un message par lequel il en-
gageait les nouveaux habitants de Langani à quitter leur chef, et à retourner à Majunga, leur promçtUnt qu'il De leur mv^i fait aucun mal et qu'on leur rendrait leurs propriétés.
Les Antalaots' ne tinrent aucun compte des avis ni des pro* messes de Ramanétaka : ils étaient bien décidés à prendre ouvertement parti contre lui et à lui résister ; mais à la nouvelle de l'approche de la division hôva , les Sakalaves disparurent, et comme les premiers, restés seuls, ne se trouvaient plus assez forts pour défendre Langani et s'y maintenir, Andriansouli décida qu'on n^attendrait pas l'ennemi , et qu'on irait s'établir plus au nord, aQu d'être éloigné di^vantage du centra des force$ bôvas. Déjà* en prévision de la prise du village» des dispositions avaient été faites pour la fuite, dès la réception du message de Ramanétaka : on avait mis abord des boiitres les fanmes» les enfants et une partie des bagages, et quand le départ eut été déèHé , on put achever rapidement d'embarquer tout ce qui restait encore k terre. Quatre jours après» lorsque les H6vas arrivèrent devant Langani , ils le trouvèrent complétexnept évaciii« et le lendemain matin, la flottille appareillait sous les yeu^de Ramanétaka, sans q^'il put rien faire pour s'y opposer. Dans m lage impuissante à poursuivre les fugitift , il fit incendier le vil* lage et retourna à Majunga.
En sortant de la baie de Matsamba, la flottille fit route pour celle de Naréenda. On devait , avant d*aller plus loin , toiiclier à Ambatou-Maînti , village et port situé dans la partie N.-E* de l'entrée de cette dernière baie. Les émigrants s'y arvétèreni en effet pendant trois jours; mais, le terrain ne convenant pat au but qu'on se proposait, oa renodt à la voile» et la flottille se dirigea surMouroun'sang, où elle arriva ver^ le 35 juillet»
On s'établit sur le côté nord delabaie :le0 Antsdaots'^aubord de la mer, à l'endroit où est aujourd'hui la douane hôva ; Aa>" driaosouli et les Sakalaves, dans la f^ine située en arriérât w pied de la montagne sur laquelle s'est élevée » depuis» la vU}0 hôva de Mouroun'sang.
Les populations des villages les plus éloignés vinrent tour à tour rendre hommage à leur souverain, et retournèrent ensuite dans leurs foyers; les Sakalaves qui habitaient dans le voisinage furent seuls astreints à venir s'établir à Mouroun'sang avec leurs familles. C'était sur ces quelques milliers d'individus que régnait alors Andriansouli ; c'était à leurs vains hommages que
6e trouvait réduit ie descendant de la puissante famille des Voulamèoesl Peu d'années se sont écoulées, et nous voilà déjà bien loin de ces jours glorieux où Ravahini abritait de sa grandeur le pouvoir naissant qui devait déposséder ses petits-Gkl Et oDOinient reconnaître Fun de ceux-ci dans ce prince errant dV sile en asile , qui ramasse en passant Taumône de quelques res* pects, et se leurre d'un simulacre de souveraineté; heureux encore, dans son impuissance à se sauver lui-même, de trouver un %ffm en cette peuplade étrangère, qui aidera à Hoo salut après avoir aidé à la gloire de ses ancêtres !