CHAPITRE VI
SQITB DE L*I1«SURRBCTI0N EN BOUSNI ET EN MÉNABÉ.
EipëditioDs dirigées d'Imerue contre Mooroun*tang. — Attaque et prise 9Ê ce point — Foîte d*AndriansouIi. Émigration générale des AntalaoCs*. — Re • Umr des Sakalafes à Monroan^sang et autres lieux précédemment occupés par am.— Élection d*Oiiantitsi, comme successeur a Andriansouli. — Naissanoa de Tsioaméîk. — Suite des événements en Ménabé. — État des clioaes dans les pays sakalaves. — Mort de Hadama. — Révolution dans le gouvernement et dans la politique des Hôvas.
Le malheur porte avec lui ses enseignements, toujours utiles aux forts , mais toujours très-tardifs pour les faibles. Une expérience qui leur avait ooûlé bien cher avait enfin appris, à Andriansouli et à ses chefs , la supériorité que les feux réguliers et la tactique militaire donnaient aux soldats de Hadama ; ils jugèrent donc nécessaire de profiter du répit qui leur était donné, pour travailler à mettre autant que possible les Sakalaves au niveau de leurs adversaires. Environ huit cents hommes furent aasaemblés dans ce but , et sous la direction de quelques Antalaots' qui avaient été instruits à Majunga, ils furent tant bien que mal exercés au maniement des armes. Quant aux Antalaots\ h peine installés h Mouroun'sang, ils reprirent leurs habitudes de négoce : quelques opérations de commerce furent entamées avec les Comones et Zanzibar, et, si le temps ne leur eût manqué, des isolations plus étendues se seraient bientôt établies entre ces points et la nouvelle colonie; mais les Hôvas ne les y laissèi^ent pas en repos.
Ramaoétaka avait fait connaître à Radauiala fuite d'Aiidriau- 50iilî vers le Nord, et les craintes qu'il t*pmnvait de l'y voir
avant peu entouré de forces assez considérables pour lui donner de sérieux embarras. Il insistait sur la nécessité de poursuivre le roi sakalave dans sa nouvelle retraite» et demandait qu'une expédition fôt envoyée dlmeme pour détruire l'établissement de Mouroun'sang. A peine de retour à Tananarivou , le général Rainimaka dut à cet effet rentrer en Bouéni , et s'avança avec un millier d*hommes à travers le pays de Sianaka , poqr aller attaquer les Sakalaves dans leur dernier refuge.
Andriansouli fit marcher à sa rencontre une division de 7 à 800 hommes, dont 200 Antalaots*, sous le commandement de Houssein-Faki. Les deux partis se trouvèrent en présence à Nanghiléza , dans le S. E. de Maévaranou , et, dans le combat qui s'engagea, les Sakalaves eurent , dit-on, l'avantage ; ce qui pourrait s'expliquer par ce fait que le corps d'armée de Rainimaka éis^ en partie composé de Bétanimènes, gens beaucoup moins exercés que les Hôvas. Quoi qu'il en soit, ce général succomba aux fièvres avant d'avoir pu remplir sa mission , et sa division retourna bientôt en Imeme, emmenant à sa suite un bon nombre de Sakalaves, les uns comme prisonniers, les autres ayant fait précédemment leur soumission , et craignant la vengeance et les déprédations des partisans d' Andriansouli.
Cette retraite des Hôvas, et le retour de la saison pluvieuse qui s'annonçait, assurait quelques mois de repos au roi sakalave; il profita de ses premiers loisirs pour expédier deux boutres à la recherche d'Ouantitsi.
Nous avons laissé celle-ci s'avançant vers Matzamba pour joindre son frère. En arrivant sur les bords de la rivière, elle avait envoyé Fanouhangha vers ce dernier, lui annoncer sa venue et le prier d'envoyer des pirogues pour la prendre et la transporter près de lui. Mais au moment où son esvoyé arrivait au fond de la baie , Ramanétaka approchait , marchant sur Langani; et bientôt la fuite d'Andriansouli et de sa flottille rendait impossible la réunion de sa sœur avec lui. Dans cet état de choses , les princesses , toujours accompagnées de Booana- Mari, de Fanouhangha et des familles de ces deux chefs, jugèrent opportun de se séparer du reste des gens qui les avaient suivies, et se tinrent cachées dans les environs jusqu'à ce qne les Hôvas fussent repartis pour Majunga. Après la retraite de ceux-ci, le groupe de fugitifs se dirigea à petites journées vers Mouroun'sang, se tenant peu éloigné des bords de la mer, dans
la crainte de rencontrer quelque parti hôva en suivant les chemins de l'intérieur. La route, rendue, par cette précaution, longue et pénible, nécessita de fréquentes stations, si bien que quand les boutres envoyés par Andriansouli mouillèrent à la baie Naréenda, ils apprirent que les personnes qu'ils cherchaient s'étaient arrêtées sur les bords de la Louza. Ils remontèrent alors la rivière jusqu'au lieu indiqué, et embarquèrent Ouantitsi et sa suite qu'ils transportèrent à Mouroun'sang.
Bouana-Mari rentra dès ce moment dans ses fonctions de Manan'tani, et Fianhouna, qui les avait temporairement remplies, reprit celles de Fahatéiou.
Tout l'hivernage se passa sans hostilités de part et d'autre; les Sakalaves ensemencèrent leurs champs et reprirent toutes leurs habitudes, avec autant d'insouciance et de sécurité que s'ils avaient été pour toujours délivrés de leurs ennemis. Cependant Radama, résolu d'en finir avec eux, et sentant qu'il ne pourrait gouverner réellement le pays tant qu' Andriansouli y serait en liberté, préparait une expédition sérieuse contre Mouroun'sang, et prenait des mesures pour que cette fois le roi sakalave, poursuivi à outrance, ne pût lui échapper.
En effet , dès le retour de la belle saison , il envoya à Ramanétaka l'ordre de faire voile de Majunga vers Mouroun'sang avec une flottille composée d'une gourabe» d'une dizaine de boutres et d'un grand nombre de pirogues. En même temps il expédiait dlmerne sur le même point un corps de ii,ooo hommes, sous le commandement du général Ramarousandi. Cette division devait attaquer Andriansouli par terre pendant que la flottille lui couperait la retraite du côté de la mer; mais, soit que les mouvements eussent été mal combinés , soit que Ramanétaka eût été entravé dans sa navigation par des circonstances défavorables, Ramarousandi, dont les opérations devaient être subordonnées à l'arrivée de la flottille devant le port, se trouva trop tôt aux prises avec les Sakalaves.
On entrait dans le mois d'avril de l'année 1826, lorsque l'approche de Tannée hôva fut connue à Mouroun'sang. Andriansouli , pour couvrir la ville , fit marcher ses troupes à la rencontre de l'ennemi. Environ 1,200 Antalaots', sous le commandement de Mandani-Taoria, prirent position au pied de la haute montagne Bézava (Saddle-Hill. d'Owen), gardant ainsi le passage qui conduit à la plaine de Mouroun'sang; les Sakalaves, réunis
sous le commandement de Bouana-Mtri, tenaient la campagne au Sud et défendaient le passage de Saumalaza. Ces derniers étaient en général très-mal armés et approvisionnés; aussi leur action se boma^t-eile à peu près à harceler les divisions hôvas et à inquiéter leur marche par des attaques partielles, qui ne les empêchèrent pas d'arriver à Bézava. Le lo avril , dans Taprèsmidi, les Antalaots' engagèrent le feu avec la tête des colonnes de Ramarousandi dans la plaine située au S. E. de Bézava, entre cette montagne et la petite rivière Béroundra ; ib y arrêtèrent quelque temps Tennemi qui , le soir, parut même faire an mouvement de retraite. Mais, pendant la nuit, une forte divisioQ hôva, prenant un peu plus à TEst, alla , par un chemin détourné, se placer sur le flanc des Antalaots' , au Nord de la montagne ; et le lendemain, comme ceux-ci, se portaient en avant pour pecom» mencer le combat, ils eurent connaissance du mouvement opéré par Fennemi, et se hâtèrent de battre en retraite pour n'être pas pris entre deux feux. En se repliant immédiatement sur la ville, ils parvinrent à se frayer un passage à triivers la difision avancée , et purent gagner Mouroun'sang le soir même.
Lorsqu'on y avait connu 1^ prochaine arrivée des Hôvas, toutes les mesures avaient été prises pour abandonner encore ce pmnt, si cda devenait nécessaire. Les Antalaots^ n'étaient pas gtas à brûler eus-mémes leurs vaisseaux , et , en prévision d'une défaite, qui devenait presque certaine par suite même de cette disposition des esprits, ils avaient end>arqué d'avance, comme à Langani, leurs familles et leurs biens, se réservant les moyens de se réfugier eux-mêmes à bord de la flottille , lorsque tout espoir de résister serait perdu. Tel était déjà l'état des choses lors de la retraite de Bézava, et aussitôt qu'on fut rentre dans Mouroun'sang , Andriansouli , qui avait lui-même pris bravement part à l'action dans les rangs des Antalaots', s'embarqua sur un des boutres, qui le transporta à Karaladzouro.
Le 12, quand Ramarousandi entra dans le village, les Aotalaots' venaient à peine de l'évacuer ; et , se croyant en sûreté sur leurs bateaux , ils discutaient s'ils devaient abandonner le pays ou attendre dans la baie que les Hôvas se fussent retirés, pour reprendre possession de leur établissement. Heureusement, des pirogues venant du Sud leur apprirent tout à la fois le départ de Majunga, de Ramanétaka et de sa flottille, et leur prochaine arrivée devant le port. Cette nouvelle les décida à s'éloigner défi'
nitivenient; cl le i3, en même temps que le boutre qui portait Andriansoulî mettait' à la voile pour Maïotte, tous les autres bateaux allaient mouiller à Karakadzouro pour y faire leurs provisions d^eau et leurs autres dispositions de départ.
Là , quelques individus proposèrent d*attaquer la flottille de Ramanétaka, qui était elle-même conduite par les Antalaots* restés avec les H6vas à.Majunga. Cette idée eut d^abord quelque faveur* et Tons^était presque décidé à la mettre. à exécution, mais les pirogues des Sakalaves sur lesquelles on comptait ne vinrent pas, et les boutres encombrés de femmes et d*enfants n'auraient pu, pour la plupart, se mêler à faction ; enfin, les sages et les prudents firent valoir cette dernière considération, en insistant sur Tinutilité des risques auxquels on s'exposerait, puisqu'on était décidé à abandonner le pays : « N'était-ce pas , disaient-^ils en outre, commettre un acte impie que d'aller combattre contre leurs frères, contre de vrais croyants, et cela, encore, pour une cause que ceux mêmes qui y étaient le plus intéressés n'avaient plus le courage de défendre* »
On se rendit à ces raisons : et le 1 5 au matin (9* jour du mois de Bamazan , année Djumamounsi), la flottille antalaots' appareilla de Karakadzouro. Celle de Majunga était alors en vue à quelque distance et retenue par un cidme presque complet; mais plus tard, la brise du large s'étant élevée, la gourabe que montait Ramanétaka rallia qudques boutres antalaots' à portée de voix , et celui-ci s'enquit de ce qui avait provoqué leur départ et de ce qu'était devenu Andriansouli. Les Antalaots* lui laissèrent ignorer la fuite de cdui-ci , et feignirent de se rendre aux exhortations qu'il leur faisait de retourner à Majunga ; mais à peine se furent-ils éloignés qu'ils changèrent de direction, et dûque boutre fit route, selon les intentions de ceux qui le montaient, soit pour Maïotte ou les autres Comorres, soit pour quelque point de la côte d'Afrique.
Onantitsi et le manan'tani Bouana-Mari n'avaient pu se résoudre à quitter le pays : le boutre sur lequel ils s'étaient réfugiés les transporta à Bavatoubé, où se rendirent aussi les Sakalaves, les uns en pirogue, le long de la côte, les autres par terre.
La flottille hôva mouilla dans la baie, et Ramanétaka connut alors toute la vérité; mais l'espoir qu'il conçut d'être, du moins pour longtemps, débarraj^sé d'Andriansouli , diminua le
dépit qu*il éprouvait de voir encore une fois son ennemi lui échapper. Après avoir donné ordre à Ramàrousandi de détruire les villages et de ramener ses troupes en Imerne , il retourna luimême aussitôt à Majunga, où il éprouva une nouvelle déception en apprenant qu'aucun des boutres antalaots' de Mouron n*sang ne s'y était rendu.
Quand les Hôvas eurent disparu , les Sakalaves sortirent des bois où ils s'étaient réfugiés, et revinrent aux lieux qu'ils habitaient avant l'arrivée de l'ennemi. Là, réunis autour des chefs Bouana-Marî , Fianhouna, Roussi et autres, ils songèrent à élire un successeur à Ândriansouli; et comme aucun homnie de la famille royale ne se trouvait avec eux, leur choix tomba naturellement sur Ouantitsi. La nouvelle reine s'établit d'abord à Marouvala , dans la plaine située entre Bézava et la colline de Mouroun'sang, au N.-È. de la baie, sur le bord d'un ruisseau qui y débouche. Plus tard elle transporta sa résidence à Capani, dans la baie où se jette la Saumalaza , à six ou sept milles au Nord de l'embouchure de cette rivière. Des villages furent élevés sur plusieurs autres points voisins, à Marandavi, Ambativoukouni, Perréni , Maroupapang' , et pendant le temps que dura l'absence de son frère, Ouantit'si vécut paisible dans cette partie du Bouéni, gouvernant la population qui l'occupait, sans être inquiétée par les Hèvas. Ce fut pendant l'absence d' Andriansouli, en janvier 1828 , que la princesse Taossi sa nièce mit au monde une fille , qui reçut le nom de Tsiouméîk.
Mais revenons un instant en Ménabé, et voyons quelles avaient été , dans ce pays , les suites de la révolte dont les premiers incidents ont déjà été racontés. Nous avons laissé notre rédt au moment où Rafozéhana rentrait à Tananarivou après avoir inutilement couru à la poursuite de Ramitrah', et fait quelques tentatives aussi infructueuses de désarmement. L'année suivante, en mai 1826, ce même général était revenu en Ménabé pour continuer cette opération. Plusieurs mois furent encore employés à rechercher Ramitrah', mais ces recherches n'eurent guère plus de résultat que les précédentes : le roi sakalave évita d'abord soigneusement toute rencontre. Cependant il se décida plus tard à entrer en pourparlers, et proposa de livrer dans quelques mois toutes les armes de son peuple, non à un général se présentant à la tête d'une armée, mais à quelques personnes inoffensivcs envoyées pour les recevoir; et, dans le cas où cette
proposition serait acceptée, il offrait, disait-il, d*en remettre sor-le-champ une partie.
Cette apparente concession n'avait, comme on va ie voir, d*autre but que de se ménager une suspension d'hostilités jusqu'à ce que la mauvaise saison vint encore une fois le débarrasser de ses ennemis. Néanmoins sa proposition ayant été portée à la connaissance de Radama , celui-ci rappela les troupes de Rafozéhana, et, pour complaire à son beau-père envoya en Ménabé sa femme Rasalimo, accompagnée de Robin, avec seulement un millier d'hommes pour servir d'escorte à l'ambassade. Mais Ramitrah' refusa de voir sa fille , et finit par éluder l'accomplissement de la promesse qu'il avait faite. Les envoyés de Radama eurent alors plusieurs entrevues avec Tsimikoutoukou, neveu du roi sakalave; on ne put parvenir à s'entendre et les deux parties en vinrent aux mains, chacune d'elles prétendant que I autre avait agi traîtreusement. Tsimikoutoukou perdit la vie dans cette escarmouche, ou les Hôvas, à tort ou à raison , avaient été les agresseurs. Néanmoins Ramitrah' , qui voulait éviter une rupture complète , feignit de rejeter ce qui s'était passé sur la faute de son neveu : il envoya à son tour une ambassade à Tananarivou, et par cette démarche, se procura, ainsi qu'à son peuple , repos et sécurité pour la saison suivante.
Durant le cours de l'année 1827, l'attention de Radama fut d'ailleurs appelée tout entière du côté de l'Est où des symptômes de rébellion se montraient sur plusieurs points, particulièrement dans les provinces d'Ântéva et de Sianaka. La mort de Jean- René , en réveillant les anciennes prétentions de quelques chefs indigènes, avait aussi occasionné des troubles chez les Rétanimènes. Radama se transporta lui-même chez ces derniers à la tète de quelques troupes, et resta àTamatave jusqu'en novembre 1827. ^^ même temps la plus grande partie de l'armée hôva était occupée, dans le Sud, à soumettre la province de Vangaîdranou où elle rencontrait une formidable résistance.
Du côté de l'Ouest , les choses restèrent à l'état où les avait amenées la fuite d'Andriansouli et les dernières concessions de Ramitrah'. Par suite de celles-ci, le Ménabé semblait encore une fois placé sous la suprématie de Radama; mais le roi hôva était tellement occupé ailleurs qu'il ne put se montrer très-exigeant à l'égard de son vassal. En Bouéni, Ramanétaka gouvernait sans opposition la partie centrale du pays , où il avait établi plu-
siears postes, tandis qu'Ouantitsi régnait paisiblement dans le nord de la province. D'autre part, les chefs d*Âmbongoii, auxquels s'était joints Tafikahdre et les gens qui lavaient suivi lors de son départ de Marouvouaî, avaient échappé au joug, grâce aux bois épais et aux marécages de leur pays, et surtout à son insalubrité qui empêchait les HôvÂs d'y séjourner; mais leur résistance était purement inerte et n'inquiétait en aucune fa^n Ramanétaka. Bref, aucun &it important ne se passa dans les provinces de l'Ouest jusque dans les derniers mois de Tannée i8a8. Mais, dans le cours de cette année, s'accomfdit un événement qui devait changer d'une manière complète la situation des choses à Madagascar^
Avant le dernier voyage que Radama fit à Tamatave, sa constitution était déjà visiblement affaiblie par les maladies, La vie irrégulière et les excès de tout genre auxquels il se livra pen* dantson séjour à la côte, ne purent qu'empirer son état; et, à son retour à Tananarivou , il s'était trouvé asses mal pour ne pouvoir donner aux affaires de son gouvernement l'attention et le soin qu'il y avait jusqu'alors apportés. Dans les mois de mai et de juin, le mdl s'aggrava, et les symptômes devinrent bientôt assez alarmants pour iaire présager une fin prochailie: Eu effet I le 37 juillet i8a8, il rendit le dernier soupir.
La mort de ce prince , encore dans toute la force de Tâge, fut «ne véritable calamité pour son peuj^e et un sujet de profonds regrets pour tous ceux qui s'intéressaient à la civilisation de Madagascar. Son règne fut marqué par deâ événements qui lui assignent une place importante dans l'histoire de ce pays 2 la suppression de la traite des esclaves, l'établissement d'un ays* tème d'éducation publique t l'enseignement du chrirtiafiisocie au coeur même du ptys, la conquête de presque toute Tile, l'organisation d'une armée régulière disciplinée à reuro|éenne« l'adoption de caractère» pour écrire la lai^e malgache, eofio l'introduction à Tananarivou de l'imprimerie, ainsi que d'an grand nombre de métiers européens; ce sont là des actes qui impriment un cachet particulier à cette époque < et font vivement déplorer que le monarque, sous le règne duquel ils furent accomplis, ait été si prématurément enlevé à la mission civilisatrice qu'il remplissait avec tant d'intelligence et de résolution.
Au reste, les événements vinrent bientôt faire sentir avec plus de force tout ce que le pays avait perdu par la mort de
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ce prince. A peine Radama était-il couché dans la tombe que son royaume fut en proie aux désordres et à Tagitatioli. Tout d^abord, Tordre de succession au trône fut troublé. La première des femmes du feu roi parvint, à force d'intrigues, à se faire donner le pouvoir au détriment du jeune prince Rakoutoubé, premier fils de la sœur ainée de Badama, et qui avait toujoursété jusqu'alors considérécomme Théritier légitime de la couronne. Non contente de cette usurpation , Ranavalouna, à peine arrivée au rang suprême, songea à se débarrasser de tous ceux dont les droits ou Tinfluence pouvaient nuire à son autorité, et alors commença une série de meurtres dont les proches parents de son prédécesseur furent les premières victimes.
De tous les membres de la famille de Radama , Ramanétaka, cousin de ce dernier, fut le seul qui échappa à Tarrét de mort prononcé par la Reine contre tous ceux qui pouvaient lui porter ombrage* Cependant les mesures paraissaient avoir été bien prises pour se défaire de lui : en même temps qu'on lui expédiait Tordre de se rendre dans la capitale pour prêter le serment d'usage au nouveau souverain, un parti de 200 hommes était aposté, pour l'assassiner, sur la route qu'il devait suivre. Mais l'adroit et rusé prince n'eut garde de donner dans le piège qui lui était tendu : lisant sa propre sentence dans la conduite tenue à T^;ard de tous les autres princes de sa &mille et des cheft qui avaient été les plus dévoué àRadama, il jugea prudent de ne pas s'exposera un sort pareil, et forma le projet de quitter Itle. A cet effet, aussitôt qu'il eut reçu Tordre qui l'appelait à Tananarivou, il affecta le plus grand empressement à se soumettre à la volonté de la reine* et, sous le prétexte de rendre le voyage plus facile et plus prompt , il persuada aux officiers qui éfident chargés de le conduire, d'en faire une partie par eau en remontant le Bétsibouka. Ceci décidé, il fit embarquer à bord d'un boutre arabe, qui se trouvait dans le port, sa famille, quelques hommes dévoués, ses esclaves, et ses richesses les plus prédeoses, à la grande satisfaction des émissaires de Ranavalouna, qui se réjouissaient à Tidée que tout cela allait devenir leur proie. Le moment du départ arrivé, il se rendit avec eux à bmrd du boutre; mais il y monta le premier, et, les invitant ironiquement à rester dans le canot pour n'avoir pas le mal de mer, il fit immédiatement couper le c&ble, en s'écriant dans l'expansion de sa joie : « la vie est douce, la mienne est sauve! »
Le boutre, qui avait déjà ses voiles déployées, fit rouleau large, à la grande confusion des officiers de la reine, et disparut bientôt à rhorizon.
Ainsi, celle-ci ne fut que momentanément débarrassée des craintes que lui avait inspirées Bamanétaka. Après avoir échappé à la mort qu*elie lui avait préparée, ce prince habile et entreprenant devait nourrir des projets de vengeance, et son nom allait servir de ralliement au parti, chaque jour plus nombreux, auquel avaient donné naissance l'usurpation deRanavalouna et ses sanglantes exécutions.
En attendant, lavénement de cette femme au trône d'Imeme eut les conséquences les plus funestes pour la civilisation du pays. Ce n'était pas sans de grandes difficultés que Radama était parvenu à Tentrainer dans une voie de progrès. La grande majorité de la population hôva, attachée aveuglement aux coutumes des ancêtres, avait vu avec déplaisir les innovations introduites par lui, et il n'avait pas fallu moins que la puissance et l'inflexible volonté de ce prince, pour &ire taire les protestations et les résistances : aussi sa mort fut-elle le ugnal d'une réaction déplorable. Les chefs attachés aux anciens usages s'empressèrent de favoriser Télection de Ranavalouna , dont on connaissait l'esprit superstitieux et les tendances rétrogrades, et ils conquirent par là une très-grande influence dans son gouvernement. Ce fut dès lors une lutte sourde entre les partisans de l'ordre de choses créé par Radama, et ceux des idées réactionnaires, en tête desquels marchaient les gardiens des idoles; il fallait que ce dernier parti fût bien puissant; car il l'emporta sur ses adversaires quoiqu'ils fussent dirigés par un jeune officier nonuné Andriamaje , l'un des élèves les plus distingués des missionnaires, et qui, après avoir été le principal artisan de l'élévation de Ranavalouna au trône , était devenu son amant en titre. Une des premières conséquences de cç revirement politique fut le changement qui survint dans les relations extérieures du gouvernement hôva. Le parti qui venait de triompher en Imerne détestait naturellement les Européens, promoteurs de toutes les innovations accomplies, et dont les enseignements religieux tendaient à faire abandonner le culte national. Son premier acte fut donc de décider la reine à rompre le traité conclu par Radama avec l'Angleterre; traité qui avait tant contribué au développement de la puissance et de la richesse
des Hovas, et dont la rupture allait priver Ranavaiouna de tous les subsides qui, d'après Tune de ses clauses, avaient été jusqu'alors fournis à son prédécesseur.
Toutes ces fautes, tous ces désordres intérieurs, les craintes et les mécontentements inspirés dans les plus hautes familles par les cruautés de la reine et la nouvelle ligne politique que semblait vouloir suivre son gouvernement, devaient, en affaiblissant la puissance des Hôvas, paralyser leur action sur les provinces conquises, et les chefs de TOuest ne tardèrent pas à en proBter.