LETTRE A H. COIGNET, INGÉNIEUR
OÙ VOUS pourrez être en communication avec Sainte-Marie dont le trésorier vous servira de caissier.
Vous avez à rechercher toutes les richesses métalliques ou minéralogiques que peut renfermer Madagascar, dans la partie comprise entre la baie de Diego Soarez et la baie d'ÂntongiL Comme votre exploration doit durer deux campagnes, voua déterminerez sur place, et après avoir pris connaissance de la nature des lieux, réiendue du terrain qui pourra être soumise à vos investigations pendant la première et la seconde campagne. Le peu d'exactitude des cartes ne me permet par d'apprécier, même approximativement, la largeur de la chaîne de. montagnes qui se trouve située entre Vohémar et la baie de Passandava. Il sera indispensable que ces montagnes soient parcourues par vous deux ou trois fois dans toute leur largeur, en vous entendant, autant que possible, à cet égard avec M. Guillemin, qui, de son côté, devra chercher à vous rencontrer. Vous pourriez arriver à obtenir une coupe transversale géologique complète. On affirme, d'après des cartes qui remoment à Beniowski et qui vous seront expédiées par la malle prochaine, qu'il existe un passage assez fréquenté entre Vohémar et Nossi Fali.
Vous trouverez à Vohémar un Allemand,, le docteur Guntz, que M. Lambert a chargé d'aller prendre possession de divers territoires. Cet Allemand aurait fait la découverte de plusieurs gisements métalliques. Si vous jugez son concours vraiment utile, vous pourrez l'adjoindre à votre section. On assure qu'un Anglais nommé John Leigh Study, a découvert des mines d'or sur le territoire de Vohémar. Il est à présumer qu'il n'aura donné à personne aucun renseignement précis sur cette découverte. A cette occasion, je vous rappelle la prescription absolue faite dans l'organisation hiérarchique, de maintenir parfaitement secrètes les découvertes importantes que vous pourriez faire. Il y a là une question de haute prudence dans l'intérêt des personnes et de la Compagnie, sur laquelle il est inutile que j'insiste. ^
Vous devrez tenir, avec une régularité parfaite et jour par jour, un journal sur lequel seront consignées vos découvertes, vos observations de tout genre.
A la fin de la première campagne, vous devrez remettre pour
LETTRE A M. GOIGNET, INGÉNIEUR 849
moi h M. le commandant Dupré un rapport oii seront résumes tous vos travaux.
Dans ce pays, oîi vous ne rencontrerez que quelques sentiers, vous serez un peu comme en pleine mer, et vous serez obligé de faire votre point comme 5 bord pour connaître vos positions. Les divers instruments mis à votre disposition vous permettront d'y arriver d'une façon certaine, et vous devrez chaque jour marquer votre marche sur la carte. La photographie vous viendra en aide pour déterminer les points intéressants.
Quant à la partie technique de vos recherches et de vos travaux, l'étude géologique, la constatation des différentes natures de terrains, vous avez à cet égard, à côté de l'initiative la plus complète, la responsabilité la plus entière. La direction de vos travaux, le soin que vous y apporterez, le degré auquel vous devrez pousser rinvesligalion dos gisements par vous découverts, tout cela est entièrement confié à votre capacité, à votre énergie, à votre dévouement. Nous voulons savoir ce que la portion que vous êtes chargé d'explorer, renferme de richesses minéralogiques. Nous avons choisi à cet effet un ingénieur dont nous connaissons le mérite et l'honnêteté, et nous nous en rapportons à lui.
Je ne terminerai pas sans vous rappeler les prescriptions sur lesquelles j'ai déjà insisté de vive voix : je veux parler du soin que vous devrez mettre dans le classement de vos échantillons. Il est à désirer que chaque ingénieur les choisisse, autant que possible, de même forme et de même volume pour que Ton obtienne une collection homogène qui sera pleine d'intérêt; mais ce qui est d'un prix extrême, c'est d'éviter la confusion entre les nombreux échantillons que vous rapporterez. De petits sacs en toile forte et auxquels on a cousu une ficelle pour les attacher, doivent vous permettre d'échapper à toute confusion.
Recevez, Monsieur, l'assurance de toute ma considération.
Le Gouverneur, Signé : Baron Paul de RICHEMONT.
ââO LETTRE A M. GUlLLEMhN, INGÉNIEOR
Paiis» le 17 mai 1863.
M. Guillemin^ ingénieur, chef de la section de Bavatimbé,
Monsieur, à votre arrivée à la Réunion, vous aurez à compléter rouUUâge nécessaire pour les travailleurs qui doivent vous attendre à Bavatoubé; vous prendrez à la Réunion dix ouvriers habitués au jeu de la mine, dix bûcherons charpentiers et deux forgerons. Ces hommes seront nourris par la Compagnie. J'ai recommandé à M* Richard, h qui je me suis adressé à la Réunion, de les choisir autant que possible parmi des Malgaches, ils seront donc accoutumés à la nourriture du pays; toutefois, il sera peut-être nécessaire de prendre pour eux une certaine quantité de poisson, de viande salée et de légumes secs. Cette recommandation serait inutLe, si vous pouviez vous procurer à bon compte ces objets à Nossi-bé. J*ai faii mettre il bord du ponton trente barriques de rhum pour vos ouvriers^ vous vous en servirez comme un au)yen d*encouragement.
En arrivant h Bavatoubé, vous trouverez, je le pense, le ponton dont j'ai recommandé l'acquisition à Maurice. Du reste, j^ vais don* ner l'ordre par la malle prochaine, qui sera à Maurice longtemps avant votre arrivée à la Réunion, d'expédier ce ponton à Madagascar.
L'Arabe Kalifane, dont je vous ai parlé, aura réuni, sans doute, environ 300 travailleurs à Nossi-bé ou auprès des terrains carbonifères, pour que vous puissiez entreprendre tout de suite vos travaux de recherches. L'équipage du commandant Dupré vous facilitera diinguliërement votre installation et celle de vos hommes. Le corn-* mandant se sera muni à la Réunicm de certains approvisionnements pour vous et les membres de la mission. Si vous vous trouviez k court, vous auriez l'occasion de vous pourvoir lors du prochain pas^ sage à Nos&i-bé d'un bâtiment qui est expédié de Marseille par la maison Rabaud.
J'ai à vous faire connaître l'évaluation qui a été faite par le commandant Dupré et par M. Lambert, de la somme que la Compagnie doit affecter par jour à chacun des agents ou ouvriers faisant partie de la section de Bavatoubé, dont vous êtes le chef.
Les vivres que l'on peut se procurer à Madagascar, c'est-à-dire
LETTRE A M, GUILLEMIN, INGÉNIEIJR 951
le riz, le bœuf, les volailles, le cabri, y sont à vil prix, les seules choses dispendieuses sont le vin et les provisions venant du dehors. On a cru calculer largeinent en évaluant à 5 francs par jour la dépense de table do chacun des agents de la mission. Quant aux ouvriers provenant de la Réunion, on a estimé à 50 francs par mois la nourriture de chacun d'eux. Vous aurez dû prendre à Tamatave deux interprètes Malgaches; on a estimé le prix de leur nourriture à environ 3 francs par jour.
Votre comptabilité sera tenue conformément aux prescriptions énoncées dans le règlement spécial. La correspondance est également réglée dans les instructions générales. A votre nHour en France, vous rapporterez le rapport complet de vos observations. Chaque jour, vous tiendrez au courant votre journal. Vous savez rintérôt immense que la Compagnie attache à l'étude des terrains carbonit^res. Celte question a, en quelque sorte, décidé TEmpereur à favoriser la création de notre Compagnie. Je ne doute pas des efforts considérables que vous fer^z pour obtenir dès la première campagne des renseignements exacts sur la qualité des charbons naturels et autant que possible sur Timportance de leurs dépôts.
Nous attachons un tel prix à Fétude approfondie de cette question, que je n'hésite pas à vous engager à lui consacrer la ptus grande partie de votre temps. Si, cependant, vous pouvez être suffisamment remplacé par M. Girerd, sous -ingénieur attaché à votre section, il serait très-utile que vous pussiezA^ous livrer à la recherche des gisements métalliques et des minéraux précieux. Il serait fort à désirer que, faisant coïncider vos recherches avec celles de M. Coignet, vous arrivassiez par vos études combinées à obtenir une coupe géologique comj^ète, de la côte Ouest à la côte Est, Comnie j'ai l'espoir que vous retournerez à Madagascar pour y faire une seconde campagne, je pense qu'il serait sage de ne vous préoccuper durant la première que de Texploration des terrains compris entre le port Kadama et la montagne d'Ambre. Vous pouiriez réserver pour Tannée suivante rétude de la partie avoisinant Bon>bétok. Recevez, etc.
Le Gouverneur, Baron Paul de RICHEMONT.
2S2 LETTRE A M. GUÉRIN, SÉRICICULTEUR
Paris, le 16 mai 1863.
AT. Guérifiy sériciculteur.
(Section de Tanaoarive.)
Monsieur,le voyage de circumnavigation (jue vous elfecluerez autour deMadagascaravantde vousrendreà Tananarive, vous offrira un vaste champ d'observations. Je désire que pendant ce voyage, vous portiez particulièrement votre attention sur toutes les questions relatives à la production de la soie et au parti qu'en tirent les indigènes. Vous connaissez l'importance de la sériciculture, et vous chercherez, j'en suis certain, l'occasion de doter notre pays de quelques nouveaux bombyx. Je suppose qu'il y en a de différentes espèces, suivant le degré. Dans votre voyage autour de l'île, vous devrez recueillir le plus grand nombre possible d'échantillons des diverses variétés de cocons et vous en ferez l'objet d'études spéciales, lorsque vous serez à Tananarive muni de vos instruments. Vos analvses donneront lieu h des rapports très-détaillés qui nous permettront sans doute de fournir aux chambres de commerce des renseignements intéressants.
S'il faut en croire les voyageurs, Madagascar est d'une richesse exceptionnelle en soies, et c'est cette persuasion qui nous a décidés à vous attacher à la mission. Toutefois, en agissant ainsi, nous n'avons pas été guidés simplement par un intérêt matériel : nous avons eu à cœur de prouver au roi Radama les avantages que trouverait son pays dans l'application des procédés perfectionnés de l'Europe à une industrie déjà familière aux Malgaches. G'est pour atteindre ce but que nous avons fait la dépense des appareils que vous avez demandés.
Avec un zèle que j'apprécie, vous vous êtes chargé de tout foire par vous-même ; mais je ne doute pas que vous ne soyez très-intelligemment secondé par des indigènes que vous procurera M.Laborde. Je mets un grand prix à ce que vous formiez des ouvriers habiles ; rien ne frappera plus le roi que la démonstration pratique de l'aptir
LETTRE A M. GUÉRIM, SÉRICICULTEUR S53
ludede ses sujets aux procédés européens. Comme vous passerez rhivernage, c'est-à-dire l'époque de la végétation à Tananarive, je désirerais que vous en profitiez pour expérimenter par vous-même la rapidité avec laquelle poussent les plantes qui servent à nourrir les vers. Il serait également fort intéressant d'expérimenter le nombre d'exclosions qui peuvent se faire pendant la révolution de Tannée. Tananarive étantsituéeà plus de 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et la température ne dépassant pas 16 degrés au-dessus de zéro pendant plusieurs mois de Tannée, il y a lieu de présumer que les plantes qui servent à la nourriture des bombyx et les bombyx eux-mêmes pourraient s'acclimater dans le midi de la France. J'attends de vous l'étude minutieuse de tout ce qui se rattache à Texistence de ces intéressants animaux; vous trouverez un guide parfait dans M. Laborde qui avait organisé dans les njagnifiques ateliers de Soansimanpiovana une magnanerie très-importante.
Ainsi que je vous l'ai dit, vous devrez étudier la question de la production de la soie et de la filature. Aussi longtemps que Tananarive sera séparée des côtes par une route impraticable, ne permettant les transports qu'à dos d'hommes, il sera impossible de songer à exporter des cocons; il n'en seniit pas de môme si la soie était convertie en fil: sous un petit volume il est toujours facile de transporter des matières de prix. Je me persuade que vous trouverez grande assistance chez les frères et les sœurs qui tiennent des écoles à Tananarive ; ils se montreront jaloux d'initier leurs enfants à une industrie si pleine d'avenir.
Les articles qui dans les instructions générales concernent les avis à demander à M. Laborde, et la déférence à lui témoigner en toute circonstance, ainsi que l'obligation de se conformer aux prescriptions de M. Lambert, dans tout ce qui a rapport aux relations avec le roi, devront être bien médités par vous. Dans aucun cas, vous ne devrez vous écarter de mes prescriptions. Le séjour à Tananarive présente des dangers que j'ai signalés, notamment lorsque j'ai parlé de Tinfluence anglaise et de la question religieuse. Vous voudrez bien vous tenir en dehors de toutes ces controverses. Il est du plus haut intérêt pour la Compagnie, c'est la volonté expresse du conseil comme la mienne, que les agents de la mission donnent Texemple de la plus grande prudence dans tous leurs actes comme
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dans toutes leurs paroles. Il faut convaincre le roi par la puissance des faits, que l'organisation de la Compagnie est un véritable bienfait pour Madagascar, et ne peut jamais devenir môme l'occasion d'un ennui pour son gouvernement.
Recevez, etc.
Le Gouverneur, Baron Paul de RICHEMONT.
Paris, le 25 mai 1863.
M. Simonin^ ingénieur , chef de la section de Tananarive.
Monsieur, la mission dont vous êtes chargé dans l'exploration de Madagascar, a un caractère tout particulier ; à côté d'observations scientifiques, d'élides géologiques, de recherches, de travaux techniques, vous aurez maintes occasions de prouver votre esprit de conduite dans des cas difficiles ; votre prudence, voire tact au milieu des intrigues qui se produiront infailliblement à la cour de Tananarive.
En esquissant les différentes phases de votre séjour àMadagascar, j'appellerai votre attention sur les questions les plus délicates, et je vous indiquerai les principes qui devront vous servir de règle afin d'établir un accord parfait entre la manière d'opérer de tous les agents de la Compagnie.
D'après l'organisation hiérarchique, vous êtes chef de la section de Tananarive, et le .personnel de la compagnie faisant partie de la mission temporaire et attaché à cette section, est placé sous votre direction.
Il se compose de deux opérateurs, conducteurs de travaux, de M. Guérin, sériciculteur, d'un interprète et des indigènes dont les services vous seraient nécessaires.
Je définirai plus loin la mission spéciale de ces divers agents.
Vous trouverez à Tananarive un médecin. M, Mayons, auquel vous pouvez vous adresser pour tous les soins dont vous ou les agents de la section aurez besoin. C'est la présence de M. Mayons à Tananarive qui m'a déterminé à ne pas adjoindre de médecin spécial à votre section.
Vous avez au-dessus de vous, mais dans un ordre d'idées tout