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LETTRE A M. SIMG5IN, INGÉNIEUR

différent de celui qui vous unit au personnel de la mission, le résident général de la Compagnie auprès du roi Radam.i, M. Lambert, duc d'Emyrne, que vous devrez consulter dans toutes les circonstances qui vous mettront en rapport avec le roi ou avec les autorités de Tananarive.

Vous pourrez demander à M. Laborde, le consul de France, conseil en toutes choses, même dans les questions spéciales dont Tétude vous est confiée.

M. Laborde n'est pas comme vous un homme de haute instruction scientifique, miis comme vous, il est homme pratique, et vous apprécierez de quelle importance seront vos relations avec un homme qui avait organisé à Madagascar d'immenses ateliers, dans lesquels dix mille ouvriers faisaient du fer, fondaient des canons, des boaleta, fabriquaient de la porcelaine et du verre et filaient de la soie. Mieux que personne M. Laborde connaît les ressources du pays en tous genres, l'aptitude, les goûts, les répulsions des indigènes. Par son caractère, sa bonté, sa générosité, notre consul est la providence de nos compatriotes, à Tananarive. Je ne doute pas que vous ne considériez le voisinage d'un pareil homme comme un véritable bienfait. Je ne dois pas omettre de dire qu'au point de vue particulier des recherches minéralogiques dont vous êtes chargé, M» Laborde a fait déjà d'importantes découvertes qui faciliteront votre tâche.

Avant de vous rendre a Tananarive, vous ferez autour de Tlle sur le bâtiment désigné par M. le commandant Dupré, et probablement avec lui, un voyage complet de circumnavigaiion. Ce voyage sera utilisé par les études géologiques qu'il vous permettra de faire, du moins d'une manière générale, dans les différents points que visitera la mission. J'appelle particulièrement votre attention sur l'importance de rechercher les terrains houillcrs. On assure qu'entre Bavatoubé et Baly, on trouve constamment des traces de charbon; vous comprenez l'intérêt qui s'attache à ces études.

(Suivent ici quelques détails sur les dépenses à faire et la comptabilité.)

Ainsi que je vous l'ai dit, M. Guérin est hiérarchiquement sous votre direction. Mais son droit d'initiative et sa responsabilité sont entiers en ce qui concerne sa spécialité de sériciculteur. Au point de vue financier, vous avez le contrôle sur ses dépenses. Je compte que

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VOUS l'exercerez, et je désire que dans cette partie du service comme dans toutes les autres, l'économie la plus stricte soit observée. Toutes les fois que le personnel de la section pourra avoir à se réunir, vous en serez le chef, et s'il s'agit d'une question politique quelconque, vous serez vous-même entièrement subordonné au résident général de la Compagnie sur qui pèsera la responsabilité de la direction à donner dans ces circonstances aux agents placés à Tananarive.

Les opérateurs ont pour principale mission de rechercher la possibilité d'établir une route carrossable entre Tananarive et Tamatave ou Bombétok. Vous comprenez de quel immense intérêt il est pour la Compagnie d'ouvrir l'accès de la capitale, dont la population n'est pas moins de 70,000 habitants. Pour Textension de Taulorité du roi dans tout le pays, cette route n'est pas moins indispensable. Aucun moyen ne contribuera plus efficacement a l'assimilation de ses sujets avec les Européens que de faire tomber la barrière presque infranchissable qui sépare aujourd'hui la capitale des côtes. Les 70 lieues qu'on est obligé de parcourir dans des routes impraticables, font de ce voyage une entreprise extrêmement coûteuse. Ces difficultés empêchent l'exportation des objets que peut produire l'intérieur; elles contribuent par là à perpétuer la pauvreté des indigènes de la capitale, et d'un autre côté, elles les mettent dans l'impossibilité de consommer les produits étrangers, à cause de l'augmentation de valeur résultant du prix dû transport à dos d'homme. Mais cette question des routes est de la nature la plus délicate. Jusqu'ici le gouvernement et les indigènes s'étaient opposés à toute amélioration de la route de Tananarive, dans la crainte de trop favoriser l'accès de la capitule aux blancs dont ils redoutaient l'intelligence, et qu'ils supposaient toujours animés d'un esprit de conquête. Aujourd'hui la pensée suprême du gouvernement est évidemment modifiée; l'existence seule de la Compagnie en est la preuve. Le roi attire les blancs, que sa mère repoussait. Mais les intentions du roi sont loin d'être approuvées par tous les grands, et il est très-probable que cette question de routes donnera lieu à des difQcultés considérables. Vous n'aurez point à intervenit apns ces difficultés à moins que vous n'y soyez expressément inviér par M. Lambert ou M. Laborde.

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Je crois qu'un excellent moyen d'engager le roi à entrer dans ces vues, sera d'utiliser d'abord les opérateurs pour faire des projets d'amélioration de la viabilité soit dans Tananarive, soit dans les endroits le plus habituellement parcourus par le roi et la cour. Si dès le début, comme il est raisonnable de le penser, les ot)érâteurs ne peuvent commencer leurs travaux de nivellement, vous les emj)loierez dans vos recherches. Je dis que, dès le début, il pourra être difficile de les employer au travail que nous nous proposons réellement, parce que s'ils commençaient leurs opérations avant d'en avoir reçu Tautorisation formelle du roi, ils pourraient inquiéter la population dont les mauvaises passions sont aisément soulevées contre les blancs. Or, il y a à Tananarive un perpétuel instigateur de mauvaises pensées contre tout ce qui n'est pas anglais, c'est un missionnaire méthodiste, que dévoile Touvrage de M. Dupré dont il vous sera remis un exemplaire. Je suis certain que cet agent ne manquera pas de dire que si nous voulons faire une route mettant en communication Tananarive avec les côtes, c'est uniquement dans le but d'ouvrir un chemin à une armée qu'il affirmera devoir venir détrôner le roi. Le pouvoir de ce missionnaire est d'autant

plus grand que le peuple auquel il s'adresse est plus crédule et plus impressionnable.

; Vous tiendrez comme chacun des autres ingénieurs le journal .quotidien de vos opérations. Vous y puiserez les éléments de vos rapports, et nous y trouverons plus tard, nous-mêmes, une foule de renseignements pleins d'intérêt, j'en suis certain. Ne négligez pas les détails dans ce journal fait couramment. Tout est curieux à connaître dans un pays aussi neuf.

Dans vos courses, vous tracerez votre marche sur la carte, et il sera fort intéressant de voir ainsi les points que vous aurez parcourus. Vous corrigerez, chemin fiiisant, les erreurs qui doivent abonder dans la carte de Robiquet. Vos conducteurs de travaux vous seront à cet effet d^un précieux secours. Je pense que la meilleure manière d'exphquer leur présence dans voire mission, sera d'annoncer qu'ils sont chargés de rectifier les erreurs des géographes précédents.

Je crois avoir touché h presque toutes les questions qui vous intéressent plus particulièrement. Je me suis abstenu de traiter celles

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qui sont spéciales à votre qualité d*ingéDieur deç mnes, Vou$ s£(yez dsgis quel but nous vous savons choisi. NiNis voulons connaîtra tomes les richesses métalliques on minéralogiques que peuvenjt contenir les parties du pays soumises à votre examen. Votre droit d'initiative et votre responsabilité sont complets. Vous devrez feir« échantillon pour la Compagnie de tout ce que vous trouverez d'intéressant. Les échantillons minéralogiques devront avoir euyiron 0,10 centimètres de haut sur 0,5 de large et 0,3 ou 4 d'épaisseur^ suivant la possibilité. Vous trouverez sa^s doute de beaux morceaux de cristal de roche. Tâchez d'en apporter de beaux spécimens. U y a dans Tintérieur des charbons naturels. Vous les étudierez. Quant aux instruments qui pourront vous être nécessaires, tels que barres, pioches, etc., vous vous les procurerez à la Réunion. — N'oubliez pas d'y prendre la poudre de mine dont vous aurez besoin.

Recevez, etc.

Le Gouverneur^ Baron Paul de RICHEMONT.

P. S. Nous avons estimé que chaque agent de la mission en voyage avait besoin de 20 porteurs tant pour lui-même que pour son bagage. Une partie de ces hommes pouiTa être employée aux recherches, pendant les temps de halte. M. Lambert nous a affirmé qu'à Tananarive te prix de location d'un j)orteur n*excède pas 7 fr. 80 c. par mois, la nourriture comprise.

Paris, le 3$ rai^i 1893.

M. le docteur Ley.

Monsieur, lorsque j'ai proposé au conseil d'administration de la Compagnie de Madagascar de vous attacher, de préférence à plusieurs médecins qui sollicitaient le même empli», k la mission d'exploration, je vous ai donné une preuve de la confiance que mlnspirent vos parrains, MM. les docteurs Â,rnal et Nélato9<.

Le climat de Madagascar est généralement réputé fort insalubre* Toutefois les renseignements précis que j'ai recueillis avec beaucoup de soin auprès de plusieurs personnes dont les unes, ont séjourné dans ce pays, et dont les autres y ont fait de fréquentes

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