‹ Documents sur la Compagnie de Madagascar, précédés d'une notice historiqueChapitre 47 sur 96 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

VOYAGE UANS LA PROViNGR D ANGOrn^h

Limites de la Provifice. — La province d'Angontsi comprend toute la partie de côte située entré la rivière de Bemarivo ( peu profonde ) dont l'embouchure est parla latitude sud de iS<> 54

(cette rivière est marquée Vohémarina sur la carte de Robiquet), et le ruisseau de Famolahana un peu à l'ouest du cap Masoala. La frontière suit ce cours d'eau, passe par la ligne de faite de la chaîne de montagnes formant Taxe de la presqu'île , pour atteindre à une distance inconnue dans l'intérieur, la source de la rivière de Benariva qui sépare la province d'Angontsi de celle Vohémar. La limite Ouest est peu importante , car à une distance de 10 lieues au plus de la côte , le pays est complètement inhabité. Il est cependant très-probable qu'elle passe par le sommet de la grande chaîne qui forme l'arête centrale de l'île de Madagascar.

Population, — La population de la province d'Angontsi peut se diviser comme suit :

Race indigène 8,000 âmes pouvant fournir 2,000 hommes en état de porter les armes, Racehova...J,000^ — — — 238 — «-

Total. 9,000 2,238 — —

La portion de la province sur laquelle je puis donner des rensei* gnements exacts , comprend toute la contrée située au sud de la ri* vière de Manangara-bé. Tout ce qu'on lira s'appliquera à cette région ; pour le reste, je ne pourrai donner que les indications prises auprès des gens du pays.

Orographie. — Hydrographie, — Le centre de la presqu'île d'ÂBgontsi est formé par une chaîne de montagnes très-élevées dont on ne connaît pas l'orientation; elle est marquée à grands points sur la carte jointe à ce rapport, telle qu'elle est figurée sur la carte de Robiquet. Si on en juge par les collines plus basses, elle aurait deux directions différentes ; l'une presque N. S, magnétique correspondant à la partie comprise entre le cap Masoala et le parallèle d'Angybe , l'autre , nord. W ouest pour la région située au nord de ce dernier point. D'après cette orientation, ces montagnes iraient rejoindre l'axe central de l'île ^ suivant une ligne qui, prolongée vers la côte ouest, suivrait le cours de la rivière de Somberano et côtoierait la partie ouiest de la baie de Passandava.

Toutes ces montagnes et collines parallèles ont été fracturées normalement à la côte; c'est par ces cassures que les rivières arrivent à la mer.

A peu de distance du rivage , à 3 kilomètres au plus, se trouve

Rapport de m. coignet, ingénieur 269

une première rangée dç collines peu élevées, limitant a l'ouest la région sablonneuse et marécageuse. Les ruisseaux qui, autrefois, servaient à l'écoulement des eaux tombant sur le littoral , n'ayant pas assez de pente ni un débit assez considérable pour refouler les sables que poussaient continuellement les vents S. E. et N. E., ont été complètement barrés. Un cordon littoral, une véritable levée de sables s'étant ainsi formée tout le long de la côte, a empêché l'écoulement des eaux. Les rivières à forte pente ou à grand débit ont pu seules contrebalancer l'action des vents , mais toutes leurs embouchures sont considérablement rétrécies et on prévoit le moment où obligées d'allonger leurs cours par suite des ensablements successifs, elles subiront le soit des ruisseaux plus faibles.

La formation des dunes a donc eu pour résultat d'empêcher la plus grande partie des eaux tombant entre les premières collines et la mer, de s*écouler naturellement et de former les marais qui, depuis le cap Hasoala jusqu'au Manangara-bé , longent toute la côte. Ces marais au niveau de la mer sont inondés d'eau salée à l'é^ poque des hautes marées, très communes dans le pays. Le mélange d'eau salée et d'eau douce donne lieu à la production de véritables forêts de palétuviers, foyers des lièvres si connues à Madagascar.

Cette explication simple de la formation des marais, indique ellemême le moyen qu'il convient d'employer pour assainir toute cette zone marécageuse : il suffirait , en effet, d'ouvrir les anciennes embouchures des ruisseaux.

A l'ouest de la première ligne de collines , se trouve une plaine inclinant sensiblement vers la mer, d'une longueur presque nulle au sud de Voe-bé ; elle va s'élargissant vers le nord à Magnembahemba; elle a trois lieues de large. D'après les renseignements de mon interprète , sa dimension transversale augmenterait encore au nord de Manangara-bé, et toute la partie comprise entre cette rivière et Vohémar, offrirait les mêmes caractères orographiques et géologiques que celle située au sud de Voé-bé.

Cette plaine légèrement ondulée , surtout vers le nord, n'a de marais que près des rivières, encore sont-ils de peu d'étendue ; ils pourraient être facilement asséchés au moyen de tranchées transversales.

A l'ouest de la région plate, commence une série de montagnes

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parallèles augmentant rapidement de hauteur jusqu'à la chaîne centrale.

IMft Qiift Mie est CMwrle 4e forêts impénétrables; les rivières n'y sont plus navigables, même en pirogue, à cause de la pente trè^forte des vallées et des roches qui en obstmenL te cours.

Au cap Masoala,.la ligne de faite arrive insensiblement à ta ro«r; le premier relief que Ton remarque sur la carte n'a pas plus de 60 mètres d'élévation. A partir de là, elle augmente rapidement de hauteur, en même temps que le mas«f montagneux occupe un espace horizontal plus considérable; par la latitude de Tembouchure du Manangara-bé » les sommets les plus élevés doivent atteindre une élévation d'au moins 200 mètres,

Oéologie. — Tout le pays est recouvert d'une couche épaisse ae terre végétale et d'une forêt presque continue; il n'existe d'èclaircies que dans les parties incendiées par les indigènes pour les plantations du ri?. Dans des conditions pareilles, les recherches géologiques et minéralogiques sont excessivement difficiles. On ne peut pénétrer dans l'intérieur qu'en suivant les deux routes d'Angontsi à Maransette (baie d'Antongi), l'une allant au nord, Tautreau sud, ou bien en remontant les rivières^. En dehors des sentiers , la forêt est complètement impénétrable ^ même pour les Malgaches. On ne trouve que quelques blocs de roche en place ou des cailloux roulés, mais leur composilion toujours la même (basaltique ou graBitique ) indique suffisamment la nature du sous-sol. La meilleure manière, d'sâlleurs . de faire connaître sous tous les points de vue la partie du pays qUe j'ai explorée, est de décrire les courses que j'ai' faites.

Voyage. — Mon point de départ a été Tsïcori^ dans le sud du poit improprement nommé Angontsi. Ce dernier nom a été dçwié à cause de l'Ue d' Angontsi formant le prolongement du cap Est ; elle sert de point de reconnaissance aui^ navires à destination d'Àngbé.

Le port est formé par une rade foraine fermée du côté de la mer par deux pâtés de coraux laissant entre eux une passe très-large ouverte au N. E. Le mouillage est bon, les bâtiments tiennent bien çur leurs ancres, même dans la saison de l'hivernage, époque pendant laquelle les vents soufflent dans la direction de l'entrée. ^U^ontsi est le port le plus sûr de toute la côte Est ; depuis Vohé-

um 4U$4U*^ Mabéla, » ma dei Tânia(aYe(à l\aon;^tkw e^nr dant de celui de Ssûtè-Marie). La carte de M. Bridet» capitaine d« port à Saidt-OMjri (RéunioQ) montre que les routes parcourues par les eycUMiés n'ont jamais atteint la Isrtitude du cap Est; d'ai.l«^ leurs pfrMHie, dans le pays, ne se rappelle avoir vu de ces bourrasc^fe» si communes dans la partie comprise entre la baie d'Aï»t09ttgit et Fort-Dauphin.

A peu de distance du village de TsicQri» composé de buit cases» se trouve celui d'Àndrohom-*basa (ou sont les Européens) comprenant une vingtaine d'habitations. C'est là qu'est la douane et la pl«$ grande partie des officiers hovas s*occupant de commerce. Tout navire arrivant dans le port ne peut communiquer avec la terre que par ce point; les capitaines de bateaux marchands ne peuvent commencer leurs opérations qu'après s'être entendus â^ec le eomt mandant de la prpvince mandé à cet effet.

Les courses que j'ai faites dans l'intérieur o« sur la eftte, sMI les suivantes :

l"" Sur la roote d'A'ngontsi à M)iiraii$ettev en passait piav le Nord;

f* Exploration de la rivière d' Angbe ;

3^ Sur la route cle Yoé-bé.

Route i'4^tgonts% à Maransttte en passant par k Nord. -^ La route partant dAndrohom-^basa suit la plage en eontoomant le port et arrive à 3 kilomètres plus loin au village d'Angbë (Angbé, corn* I^t. beaucoup ~ Grande rivière) composé d'une dizWe de cases. Ce village se trouve à l'embouchure da la rivière de mâme nom^ dont je parlerai plus longuement, en décrivant ma seconde excursion. On aperçoit sur le bord du rivage à peu de distance des habi^ tations, un petit fortin en terre^ abandonné depuis longtemps,

La rivière se passe en pirogue. Le seotier sur ta rive gauche entre dans les ha^iers qui, sur une longueur de un kilomètre, longpnt la côte. Nous voyons sur notre passage des bpis assez beaux dont voici quelques noms :

Le Yacoa, très-commun sur le bord de la mer, boisa tissu làdie; son écorce sert à b construction des cases ; à cet effi:t elle est fendue longitudinaleinent , développée et appliquée sur le sol pour

former le plancher on sur les piliers, qui supportent la toiture pour servir de cloison ; •

Le Bâdamier, avec ses larges feuilles, ses branches en parasol et son bois qui ressemble au noyer;

L*Alao, bois rouge plus dense que Teau, très-droit; atteignant souvent 40 mètres de hauteur, très-propre aux constructions;

Le Ramé, quelques Naths, les Filaos qui remplacent notre pin maritime pour la fixation des dunes.

Enfinr, les différentes lianes à caouchouc et Tarbuste. à gomme élastique.

' La route passe ensuite sur le bord de quelques petits marais et arrive au village de Saacels, composé de onze cases. Au milieu de la place se trouve un mât de pavillon, sur lequel on hisse le drapeau hovas, quand un navire est signalé au large ou quand un officier supérieur est de passage. Comme au village précédent, on remarque sur le bord de la mer un fortin en ruines. La distance d'Angbé à Saacels est d'environ 2 kilomètres.

A partir de ce point le chemin, parallèle à la cftte, laisse à droite la lisière du bois d'un kilomètre d'épaisseur qui longe le llt- .toral, et passe dans une petite plaine sablonneuse composée de sable blanc quartzeux. Le quartz est blanc-laiteux et contient quelques rares cristaux transparents ; il doit provenir de la désagrégation des , granités des montagnes de Tintérieur ou des quartzites formant le fond de la mer ; le mica est peu abondant ; je n'ai pas trouvé de cristaux de feldspath. Cette plaine s'étend à 2 kilomètres à l'ouest jusqu'aux premières collines dont le pied, au commencement de notre époque géologique, devait être baigné par la mer. Elles sont formées de basaltes en décomposition. La terre provenant de ces roches est d'une couleur rougeâtre, focilement reconnaissable et excessivement fertile. Le contraste est frappant : tandis que dans la partie d'origine volcanique la végétation est luxuriante, la région basse, sablonneuse^ ne contient que de maigres pâturages et quelques plantes aquatiquec sur les bords des marais. Cette différence est tellement remarquable, que très-souvent, on peut à de grandes distances déterminer la nature du sol.

Si nous continuons notre route, jious passerons tantôt dans les haziers qui longent la mer, tantôt sur la plage, pour arriver dans

une grande baie bordée de coranx et au fond de laquelle se trouvent deux villages. Le premier, Fafam-boage (planche aux caifmans), se compose de quinze cases ; c'est le point d'oii part le chemin qui conduit à la batterie d*Ambohitsara, résidence du commandant de la province d'Angontsi.

Le deuxième village, situé à un kilomètre plus loin que le précédent, compte dix cases ; on l'appelle Vinang ny Marimbo (embouchure du Marimbo). Sa position à l'embouchure du Marimbo lui a valu ce nom.

. Ce cours d'eau, comme celui d'Angbé, est presque complètement barré par les dunes en voie de formation. Au point où il se jette dans la mer, il n'a qu'une vingtaine de mètres de large; mais à peu de distance en amont, cette dimension atteint 40 mètres. Les rives sont bordées de palétuviers jusqu'au point oii le mélange de l'eau salée et de l'eau douce ne peut plus se faire ; toute cette partie est très-insalubre. Les pirogues peuvent remonter la rivière pendant une journée; sa profondeur moyenne, ou plutôt celle des passes est donc d'au moins 0" 60 au mois d'octobre, c'est-à-dire pendant la saison sèche.

Le Marimbo traversé, le chemin suit les bords d'une grande baie complètement entourée de récifs; pour la première fois je rencontre des roches en place; elles forment un petit cap limitant la baie au nord. Ce sont des quartzites stratifiés ressemblant beaucoup h ceux de Sainte-Marie et aux échantillons rapportés des environs de Vohémar. Ces couches appartiennent probablement aux terrains tertiaires; leur direction est de 10*» et leur pendage de 45* à Tesr. Elles ont été soulevées et métamorphosées par l'immense éruption de basalte qui du cap Masoala va jusqu'à Vohémar.

Dans la direction de ces bancs, se trouve vers le nord, un mamelon isolé de basalte à droite duquel passe le sentier. La route se rapproche ensuite des collines qu'elle suit sur une certaine longueur. Le sol formé de roches volcaniques décomposées et d'un peu de sable quartzeux est excessivement fertile ; l'épaisseur de la terre végétale paraît considérable. Sur la droite se trouve une plaine basse, humide, couverte de gras pâturages où paissent de magnifiques troupeaux de bœufs et terminée, comme toujours, vers la mer, par un épais rideau de bois. De nombreuses cases habitées par des

274 HAPPOKT DE M. COIGNET, INGIiSlEUR

esclaves, prouvent que ce terrain convient très-bien à la culture du riz.

Nous pénétrons ensuite dans une véritable forêt de beaux manguiers sur une longueur d'une lieue ; le chemin passe sous une véritable voûte de verdure. Cet endroit, aimé des Malgaches, devait autrefois être garni de villages que la mort des chefs a fait progressivement transporter en d'autres points.

Au sortir du bois on aperçoit une dizaine de cases habitées exclusivement par des Hovas. Placé dans une situation délicieuse, au pied d'une colline, entouré de superbes plantations de riz et de manioc, ce hameau est renommé par son eau fraîche et pure, ce qui lui a valu son nom d'Andranovelo ( à Teau vive).

Pi^sque immédiatement après, on entre dans un bois aboutissant à un marais salin couvert de palétuviers où j'aperçois pour la seconde el dernière fois les quartzites dont j'ai déjà parlé. On traverse ensuite une petite rivière nommée Anranotani (à l'eau qui vient de terre) qui prend sa source à peu de dislance de la mer. Le terrain est sablonneux et recouvert d'une couche peu épaisse de terre, provenant de la décomposition de blocs de basaltes roulés.

Le chemin gagne le bord de la mer pour suivre une grande baie fermée au large par un banc considérable de coraux sur lequel les vagues viennent se briser. En plusieurs points se trouvent quelques passes étroites assez profondes pour permettre aux boutres arabes qui font le commerce de la côte de se mettre à l'abri dans les gros temps. Au fond de la baie, ou rencontre deux villages de quinze cases en tout, appelés Anivorano (au milieu de l'eau), parce qu'ils sont au milieu de marais. Ceux-ci venaient autrefois se déverser dMW la mer par plusieurs embouchures encore visibles, actuellement obstruées par les sables, mais qu'on pourrait facilement déblaya*. Ce point parait très-malsain ; les Hovas sur lesquels les miasmes qui 3e dégagent du sol ont autant d'action que sur les Européen», y sont malingres, chétifs; les enfants indigènes ont le ventre bal. lonné, signe caractéristique d'engorgements abdominaux, et par conséquent de la présence de la fièvre à l'état permanent.

La distance de Vinangny Marimbo à Anivorano est d'environ quatre lieues.

Nous faisons toujours route le long de la plage; nos porteurs en-

foncent dans le sable jusqu*à la cheville et fatiguent beaocoap. Au large, nous apercevons toujours la longue ligne de récifs, tandis que nous avons à gauche un interminable rideau de bois. Les essences sont toujours les mêmes ; les caoutchoucs abondent ; je remarque quelques échantillons de ramé d une très-grande taille; plusieurs parfaitement droits atteignent certainement S6 mètres de hauteur, le diamètre du tronc étant de 0** 70 au collet.

A 3 ou 4 kilomètres du viUage précédent, on en trouve un au celui de Santaa, composé de dix cases. A «ne faible distance, on rencontre sur la plage des grès à ciment calcaire en voie de forma tion ; ils proviennent de Pagglutination des sables et occupent une âendue très-Jfaible ; je les indique seulement pour mémoire.

A une lieue plus au nord, nous trouvons le village de Amboambo (un peu élevé), contenant dix cases et remarquable par un latanier énorme qui pousse près des habitations. Cet arbre, de la famille des palmiers, n^existe pas dans le centre et le sud de Madagascar; dans le nord il est très-abondant et remplace le ravenal devenu très-rare.

A 500 mètres plus loin, commence une colline de un kilomètre et demi de longueur, baignée par la mer; pour la première fois je rencontre des basaltes en place. Ces produits volcaniques peuvent se diviser en deux classes aussi abondantes Tune que l'autre. La roche qui compose la première, est très- dure et très-tenace; on y remarque très-distinctement des cristaux de Peridot et de Labrador composant la pâte; ces caractères correspondraient assez bien à Tes* pèce nommée dolérite. Dans la roche de la seconde catégorie, la pâte basaltique est moins compacte, très- souvent grenue et rougeâtre; elle contient de nombreux noyaux de chaux carbonatée et de zéolithesi. Cette espèce correspond au basalte variolitique. Trèsfacilement décomposable à Tair, c'est â lui qu*on doit la formation de cet immense manteau de terre végétale très riche qui recouvre tout le pays. Tout le massif de Amboambo est sillonné de nom* breuses fentes affectant deux directions principales : h. 10 et h. (5« Ce ne sont probablement que des ouvertures accidentelles : les pre* mières sont remplies de quartz blanc-laiteux, les secondes de peirosilex. La direction de ces rwppes volcaniques est encore h. 10 identique à celle des couches de quarizites dont j'ai parlé plus lukui; le

pendage est aussi le même vers Test . Toutes ces observations faites et un échantillon détaché de la masse, nous continuons notre route.

Nous atteignons bientôt le village d*Ândaroni, composé de dix cases, situé à 300 mètres environ au sud de la rivière de même nom, sur une pointe dé sable et dans une position exactement semblable à celle des villages deMarimbo et d'Angbé.

L'embouchure de la rivière poussée vers le Nord parla formation continue des dunes, aurait été complètement barrée sans une crête basaltique qui en ferme l'entrée et qui Ta préservée des ensablements. Cette digue naturelle présente les mêmes caractères et la même direction que les couches que je viens de décrire.

Au point oii elle se jette dans la mer, la rivière n'a que 30 mètres de large, tandis qu'en face du village elle en a 200; les bords sont garnis de palétuviers jusqu'à 2 kilomètres dans l'intérieur. Comme les autres grandes rivières traversées depuis Angontsi, elle prend sa source dans les montagnes centrales nommées Ambaenrambo (aux lianes de bétel); elle peut se remonter en pirogue pendant une journée; plus loin, elle n'est pas navigable à cause des rapides.

Le fleuve traversé, on entre dans le village de Dinang ny Andaroni composé de dix cases. A partir de ce point, nous quittons te rivage pour ne plus y revenir. Le chemin traverse de Testa l'ouest une plaine marécageuse contenant de gras pâturages et dont le soi est formé de sable quarlzeux, recouvert par des débris de roches basaltiques. On atteint bientôt le pied de la colline de Béfala (beaucoup de fleurs), également de formation volcanique. Tous les environs, aussi loin que la vue peut s'étendre, ne présentent que des terres rouges provenant de la décomposition des basaltes, et d'une fécondité extraordinaire. Les herbes y atteignent des hauteurs prodigieuses, à peine du haut de mon takon puis-je en atteindre le sommet. La canne, le café, les épices, le coton, y réussiraient trèsbien ; les copaliers sont en grand nombre et commencent la forêt qui, longeant la mer, arrive jusqu'à ving-cinq milles de Vohémar. Les Malgaches, d'ailleurs, ont reconnu la richesse du pays, car la plaine est parsemée de cases habitées à l'époque de la culture du riz.

Après avoir suivi pendant quelque temps le versant des collines, nous les gravissons de l'est à l'ouest; nous atteignons au sommet la côte de 106 mètres au-dessus du niveau de la mer.

RAPPORT DE Si. COIGINET, INGÉNIEUR 277

Le chemin passe dans les bois par une pente rapide; c'est une véritable route de 3 raètres de large faite par mains d'hommes dans une forêt magnifique; les habitants l'appellent la route du Baron, ce qui indique assez son origine. Jusqu'en haut de la montagne, on rencontre des copaliers, mais à partir de là, cette essence disparaît ; elle a besoin, pour prospérer, de l'air salin de la mer.

La descente est aussi rude que la montée; de tous côtés, on est entouré d'arbres très-élevés, d'espèces rares et de bambous de 25 mètres de haut. Au point le plus bas, le baromètre anéroïde accuse 21 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Au pied de la colline, se trouve une petite plaine d'une largeur d'un kilomètre, formée presque exclusivement de sable quartzeux, La végétation cesse tout à coup ; les beaux pâturages et les belles forêts sont remplacés par une herbe rare et courte et par des ravenals dont la monotonie fatigue la vue. La route suit du rordau sud cette vallée sablonneuse, sur une longueurde 3 kilomètres, jusqu'au village de Bevapaza (beaucoup de papayes), composé de douze cases et éloigné d'environ quatre heures d'Andaroni. Ce point qui sert de halte aux voyageurs qui vont à iMaransetle,est à 30 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Pour continuer le voyage, on revient sur ses pas, et à un kilomètre on reprend la route de Beniowski qu'on avait quittée. On traverse bientôt une série de collines basaltiques et de ravins, au milieu d'une torôt vierge de deux lieues de large ofa l'on rencontre à chaque pas l'ébène, le takamaka, le nath,lejutsi,randromena, l'arbre à caoutchouc, enfin toutes les essences très-nombreuses dont je parlerai plus bas à l'article Bois. La route a trois mètres de large et peut être parcourue à cheval presque partout. Dans le fond des ravins seulement, elle est défoncée par le passage des bœufs venant de l'intérieur ; un sentier très-raide contourne les parties mauvaises. Le premier sommet traversé se trouve à 62 "02 audessus du niveau de la mer; le ravin qui le suit a 36 "* 80; le point le plus élevé de la dernière colline de l'ouest atteint la cote de S9 "* 92, et enfin, le pied de celle-ci 31 "* 55.

La forêt s'arrête à cette dernière colline ; on traverse ensuite une grande plaine m.imelonnée, d'une largeur de 12 kilomètres, qui

278 IIAFPOKT UE tf. COICNET, fNGÉNIËUR

s*étend jusqu'aux premières grandes montagnes de Tintérieur. La route allant de Test à Touest, traverse des cardamones sauvage» et des plantes herbacées d*une hauteur prodigieuse. Le sol couvert d'alluvions provenant de la décomposition des roches basaltiques dottt la contrée est formée, est recouvert d'une couche de terre végétale d'une épaisseur considérable. Cette plaine s'étend au nord et au sud sur une très-grande surface. Dans la première direction^ on remarque un mouvement de terrrain correspondant à la rivière de Manangarabé. Ce fleuve, qui se jette dans la mer à peu de distance de Bevapaza, suit une direction E. 0. jusqu'à cinq lieues dans l'intérieur; là, il se divise en deux branches, l'une allant au nord l'autre au sud. Au milieu de cette plaine^ se trouvent disséminées «ne soixantaine de cases dont la réunion forme ce qu'on appelle le village de Magnembahemba. Les habitations sont entourées de plantations de cannes d'one grosseur prodigieuse (0 "" 08 de diamètre et 2 '^ 50 de haut) avec lesquelles les indigènes fabriquent une liqueur fermentée appelée Betsa-betsa.

Magnembahemba, qui se trouve à 45 ™ 30 au-dessus du ni-^ veau de la mer, est le point le plus éloigné de la côte que j'aie pu atteindre. Arrivés 15, mes porteurs se refusèrent d'aller plus loin; d'ailleurs, à 6 kilomètres plus à l'ouest, commence la région montagneuse ob les granités ne doivent pas tarder à se montrer.

Au delà du village précédent, le chemin qui conduit à Maransette, remonte jusqu'à sa source l'affluent sud du Manangara-bé, traverse la chaîne centrale par un col assez bas correspondant à cette vallée, et suit une direction sensiblement S .0. pour arriver à l'ancienne Louisbourg, h l'embouchure de la rivière de Tambato, au fond de la baie d'Antongih

Route de De7iiowski. — Beniovvski, dans ses Mémoires, parle d'une route de 28 lieues qu'il fit taire pour relier Angontsi à Louisboui^. Elle aurait été conunencée des deux côtés à la fois, la partie ouest sous la conduite de M. de Boispréaux, celle de l'est sous la la direction de M. de Rosières, tous deux ingénieurs. Six mille ouvriers fournis par les chefs des différentes tribus y auraient travaillé.

Cette route ne devait servir que pour le passage des troupes et pûur rendre les communications faciles. Le transport des marchan-

UAPPOUT DE M. COIGNET, INGÉNIEUU 270

dises ne devait probablement pas s'y faire, car il aurait été plus simple et mains coûteux par mer, en doublant le cap Masoala. Ce qui prouve qu'il devait en être ainsi, c'est que le tracé n'a pas de pentes régulières ; il franchit les obstacles en ligne droite où ne pour raient, par conséquent,passer quedes piétons. La seule difficulté qu'aient eu à surmonter les ingénieurs était le choix du col par oîi on pourrait communiquer facilement d'un versant à l'autre de la chaîne des montagnes centrales. Le point qu'ils choisirent était le seul convenable, car, plus au sud, à lawSourcedelaiivièred'Angbé, la plus considérable depuis Bevapaza jusqu'au cap Masoala, le col est beaucoup plus haut que celui de Manangara-bé, et le pays que le chemin aurait dû traverser était moins praticable. Les seuls travaux un peu considérables que nécessitèrent le tracé, furent le passage dans les forêts ; ailleurs, il suffisait d'arracher les herbes, ou de longer la mer; c'est pour cela qu'il ne reste de vestiges de cette roule que dans les bois. Dans les parties difficiles, elle est actuellement entretenue par les indigènes au moyen de la corvée.

Le trajet d'Angontsi à Maransette se fait en cinq jours et demi par les gens du pays, mais pour les Européens montés en takon il faut sept jours. Les haltes sont : Andaroni, Magnembahemba, Andranovelo, Antegnetombaka, Foisoro, Anavana. Pour arriver à la deuxième station j'ai mis trois jours, et autant pour revenir.

2" Course. Rivière (TAngbé, — L'embouchure de la rivière d'Angbé, coBtinuellement poussée vers le nord par les dunes, n'a que 40 mètres de large, tandis qu'en amont, en face du village, cette dimension atteint 100 mètres. Jusqu'à 2 kilomètres de la mer, les bords, ainsi que les petites îles formées sur les alluvions, sont couverts de palétuviers. Les terres qui bordent les rives sont basses et marécageuses, mais facilement asséchables par des tranchées transversales. De nombreuses cases sont disséminées sur les bords; tout autour on aperçoit de magnifiques plantes de manioc, de cannes et beaucoup d'indigo. On passe en pirogue près de deux villages charmants nommés : l'un Ambouitch-Andia, (montagne du riche), l'autre Ambonimango (en haut des manguiers); ce dernier est situé au pied de la première colline basaltique dirigée N. S. à deux lieues de la ufier.

Derrière ce premier relief du sol se trouve une plaine ondulée

380 RAPPORT DE M. GOKirSET, INGÉNIEUR

d'une lieue de large; la rivière la traverse en formant des méandres sans nombre. Les berges ont 6 mètres d'élévation. Les terrains, comme précédemment, sont argileux et formés de basaltes décomposés ; la végétation est toujours magnifique, mais, comme dans toute la province, les champs restent sans culture à cause du manque de bras. On aperçoit sur la rive droite un village de 25 cases, nommé Amborano (au-dessus de Teau), dans une position un peu élevée et entouré de beaux manguiers, de champs de manioc et de cannes.

On atteint bientôt la région montagneuse, à l'entrée de laquelle se trouvent quatre misérables cases habitées par des esclaves : ce point se nomme Saavata. A partir de là, les bords de la rivière deviennent très-élevés. Les montagnes qui la bordent de chaque côté, dirigées N. S. augmentent rapidement de hauteur et sont couvertes de forêts impénétrables contenant des essences de toutes les espèces propres aux constructions. On rencontre dans un petit élargissement de la vallée le village de Pandrikiarena composé de 15 cases, et plus loin, à trois lieues à Touest de la plaine précédemment traversée, s*en trouve un autre dont je ne puis lire le nom sur mes notes. Ce point est le dernier lieu habité dans celte direction. On peut encore rencontrer la rivière sur la distance d'une lieue, mais au pied du village, je trouvai les granités en place. En poursuivant ma course, j'aurais rencontré les mêmes roches recouvertes, comme les basaltes, d'une couche épaisse déterre végétale; je n'aurais donc rien vu d'intéressant.

Les granités, qui forment l'axe de la chaîne centrale au point ou je me suis arrêté, sont à grain fin, quelques échantillons semblent passer aux gneiss. Le feldspath y est comparativement en petite quantité, il est plus souvent bhnc que rose; le quartz et le mica sont, au contraire, très-abondants. Dans les ravins on remarque souvent de gros blocs de quartz blanc-laiteux, ce qui semblerait indiquer que ce massif granitique est traversé par de nombreux filons de cette roche.

3® Course. Route de Voé-bé, — Pendant les quelques jours qui précédèrent mm départ, je fis quelques courses au sud d'Angbé.

La route du cap est à Voé-bé (Ambouitch, montagnes ; bée beaucoup) suit presque continuellement la plage ; elle atteint ensuite le cap

Masoala qu'elle contourne, puis longe la c6te est de la baie d'Antongil, pour se réunir sur les bords de la rivière de Ranofotsi (eau blanche) à la route de Beniowski. Ce chemin plus court que celui passant par le nord, est presque impraticable en takon, k cause des marais qu'il traverse d'Angbé au cap Masoala : toute la partie comprise entre les montagnes et la mer est marécageuse. Les communications avec rintérieur sont très -difficiles sinon impossibles ; la seule voie par laquelle on puisse y pénétrer, est la rivière de Ratsianara, qu'on peut remonter en pirogue sur une longueur de 4 lieues. Tout les terrains bas sont couverts d'arbres et d'arbustes de mêmes espèces que ceux énumérés dans ma première course ; lesaloës, les ravenals, les lianes à caoutchouc y sont en grand nombre ; le pays est très-malsain et cultivé en riz, au milieu des clairières peu étendues. La partie montagneuse est couverte d'immenses forêts où l'on rencontre toi^s les bois de haute futaie propres à la construction ; leur faible distance de la mer en rendrait l'exploitation facile.

Près d'Angbé, à un kilomètre de la côte, se trouvent les ruines de l'établissement que Beniowski avait fondé à Angontsi. Il n'en reste plus comme souvenir que les vestiges d'un pont en bois composé de piquets enfoncés dans un marais et sur lesquels des madriers avaient été cloués ; cet endroit est encore nommé par les indigènes port du Baron. A ce propos, je rappellerai que les Malgaches de la province d' Angontsi ont conservé un excellent souvenir de Beniowski. Le chef du villige où nous avions notre case, en avait souvent entendu parler par son grand-père qui l'avait connu ; il nous dit que s'il n'avait pas été tué par suite de la jalousie des Français de Maurice, les Malgaches ne seraient pas actuellement sous la domination hova. Il devait leur apprendre à faire des moulins, des forges, etc. ; c'était d'ailleurs un homnje bon, juste, et d'une grande valeur. Chose remarquable, partout où j ai passé et où j'ai parlé de Beniowski, les indigènes s'extasiaient sur sa grandeur, sa sagesse, ses talents, et tous regrettaient qu'il n'eût pas pu continuer les établissements qu'il avait commencés. Cette religion pour un blanc dont ils ne connaissent pas la nationalité^ mais qu'ils prennent pour Français, est la seule raison qui puisse expliquer Tempressement que les indigènes ont mis à se faire nos alliés dans

283 HAPfHmi DE M. GOIGNET, INGÉNIEUR

toutes les tentatiTes malheureuses que nous avons faites sur la côte est de Madagascar.

Résumé. — D'après la description qu'on vient de lire, on peut tirer les conclusions suivantes :

Au point de vue géologique, la presqu'île d'Angontsi comprend deux formations principales différentes.

La masse primitive du sol, avec un bombement considérable correspondant à la cbalne centrale, est formée de granités. A une époque très-récente, des marnes et des grès tertiaires se sont déposés sur une étendue très-faible dans la partie que j'ai visitée, mais probablement sur une surface de plus en plus considérable, à mesure que l'on s'avance vers le Nord. La ressemblance entre les échantillons que j'ai recueillis moi-même près de la rivière de Marimbo et ceux rapportés de Vohémar, rendent cette conjecture trèsvraisemblable. Des basaltes se seraient ensuite fait jour au milieu des granités, auraient soulevé les couches plus modernes et modifié légèrement la direction de l'axe central granitique.

Cette formation basaltique est d'une immense puissance à Madagascar. D'après les renseignements que j'ai pu me procurer, on les ix^ncontrait déjà à quelques lieues à l'ouest de Mahéla, au sud de Tamatave. Je l'ai constatée moi-même dans la rivière d'Yvondro, à 4 lieues de la mer, et les voyageurs qui sont allés à Tananarive, parlent tous d'un énorme pic de cette roche au pied duquel on passe avant d'arriver sur le plateau d'Ankova, dans la baie d' Antongil ; on la rencontre encore sur une très-grande surface, et elle se continue ainsi sans interruption jusqu'à Vohémar. Sur la côte ouestj les mêmes roches se présentent; les îles de Nossi-bé, Mayotte, les Gomores et plusieurs points visités par M. Guillemin en démontrent Texistence.

Les formations basaltiques sont généralement très-pauvres en minerais; en géologie, on ne cite que quelques rares mines de cuivre exploitées sur ce terrain.

La formation granitique qui forme l'axe, le noyau central de Madagascar, doit contenir, comme je l'ai dit plus haut, un grand nom* brade filons quartzeux; les blocs blanc-laiteux qu'on trouve à chaque pas dans les vallées ou les ravins, les échantillons de cristal de roche très-nombreux en certains endroits en sont une preuve

RAPPORT DE M. COfGNET, INCÉNIBDR 283

suffisante. Sont-ils riches ou pauvres? A cela je répondrai que pour la partie que j'ai visitée, et à plus forte raison pour celle que je ne connais pas, je ne puis me prononcer ni pour Taffirmation ni pour la négation. Il faudrait pour s'en assurer faire une exploration complète, une recherche minutieuse dans ce terrain, chose que je n'ai pu faire, tant à cause du peu de temps dont je disposais, que des conditions dans lesquelles je me trouvais. Cependant, il est bien avéré qu'il existe dans la province d'Emyrne (de même formation granitique) des mines de cuivre et de plomb, pui^ qu'à diverses reprises, on en a rapporté des échantillons. II est donc irës-probable qu'une exploration ne serait pas infructueuse. D'autre part, il n'est pas encore démontré que dans un point autre que la presqu'île d'Angontsi (d'une structure tout à fait particulière) il n'existe pas enti*e les basaltes et les granités, les terrains anciens de transition dans lesquels se trouvent presque tous les minerais.

Si les documents géologiques et minéralogiques que je rapporte de mon voyage dans le nord de Madagascar laissent quelque chose à désirer comme résultat, il n'en est pas de même de ceux que comprend la partie agricole. D'après ce qu'on a lu de mes excursions, on a déjà pu se persuader que le sol, depuis les grandes montagnes de l'intérieur jusqu'à la mer, est d'une très*grande fertilité. Il faut cependant en excepter une zone étroite longeant la côte et toute la partie comprise entre Voé-bé et le cap Masoala ; ces régions sont presque complètement marécageuses. Gomme on l'a vu, les roches basaltiques, en se décomposant, ont formé, soit sur le lieu même soit par les alluvions déposées par les rivières, une Couche de terre végétale très-épaisse, propre à tous les genres de culture ; depuis les épices les plus rares jusqu'au riz, tout prospère également. Le coton donne aussi des produits très^beaux ; des échantillons, que j'ai vus chez M. Richard, à Saint-Denys, montrent que le cUmat de la côte convient très-bien à ce végétal. Près de Vohémar, chaque fa-^ mille indigène possède quelques plants de cet arbuste qu'on laisse végéter sans soin et dont cependant on retire assez de matière textile pour fabriquer les étoffes nécessaires aux habitants. Les diverses plantations de café et de girofles faites dans les environs de Fénérive, Mahomba, etc., prouvent que la terre produit tout ce qu'on lui de-

384 RAPPORT DE M. GOIGNET, IINGËINIEUR

mande. On se fera encore une idée plus nette des richesses de ce pays, quand on aura lu le paragraphe qui suit.

Produits que Von peut retirer actuellement du pays sans nécessité de bras européens et sans nouvelles cultures. — Il est trèsintéressant pour la Compagnie de connaître les produits que Ton pourrait immédiatement retirer du sol par le moyen des indigènes surveillés par quelques agents. On passerait ainsi facilement la période toujours si difficile que toute entreprise traverse, depuis son installation jusqu*à la mise en pleine exploitation.

Riz.— Quoique produite en très-petite quantité sur la côte N.E., je place cette denrée en première ligne, parce qu'elle deviendra la plus importante quand les Européens auront pris pied dans le pays.

Les indigènes de la partie comprise entre la baie d'Antongil et Vohémar, pressurés par les Hovas et ne pouvant se procurer Fargent nécessaire pour satisfaire leurs maîtres, émigrent soit sur la côte N. 0., soit dans le sud, entre Fénérive et Mahéla. Les premiers partent pour se réunir aux Sakalaves et aux Antakares chez qui la domination hova n'est que nominale. Les seconds, plus attachés au pays qui les a vus naître, ne passent pas a l'ennemi afin de pouvoir revenir sans crainte dans leurs pénates. Ils sont attirés près des ports fréquentés par les blancs, par l'appât de quelques piastres à gagner, avec une partie desquelles ils peuvent assouvir la rapacité des commandants de province et des officiers. Ils s'engagent donc comme porteurs, ou, s'ils ont leur famille, cultivent le riz qu'ils veudenl aux traitants, quitte à rester à rien faire pendant trois ou quatre mois, jusqu'à ce que, poussés par de nouveaux besoins, ils soient obligés de reprendre le travail.

C'est à cause des deux raisons précédentes que la côte N. E. est presque complètement dépeuplée. Si un établissement considérable, solide , se formait dans cette partie , et surtout si l'influence des Hovas était anéantie , tous ces émigrés de l'est et du sud rentreraient chez eux. Il suffirait même de quelques traitants européens pour attirer toute cette population. Le Malgache, en effet, tient essentiellement au sol ; loin du village qui Ta vu naître, il pense toujours non à son clocher, mais à sa case, à sa famille, à ses parents,, et saurait-il gagner moins, il s'empressera de revenir. Donc le premier résultat produit par notre arrivée dans le pays, sera d'attirer

RAPPORT DE M. GOIGNET, ir^GÉNIEUR ^285

tous ces émigrés. De retour chez eux, ils mèneront leur vie habituelle, ils cultiveront le riz, la seule culture à laquelle ils puissent se livrer, car elle ne demande pas un travail soutenu, régime impossible à faire suivre, pour le moment du moins, à la population indigène. On verra se produire alors ce qui a été remarqué entre Maransette et Mahéla , c'est-à-dire que chaque année Texportation en riz augmentera. Si Ton joint à cela la culture de môme genre qu'on pourra, au bout de quelque temps, faire, faire par des engagés importés, on arrivera en peu* d'années à avoir des récolte» considérables.

Tout le monde sait que le riz de Madagascar est plus estimé que celui de FInde ; la même préférence existe pour celui qui provient d'AngODtsi et du nord, au détriment de celui de Fénérive , Tamatave et Mahéla. Ainsi, lors démon voyage, le riz du nord était coté 3 piastres 25 les 100 livres (16 fr. 2o c.) à Maurice et à Réunion, tandis que celui de Tamatave se vendait à raison de3 piastres (15 francs). D'ailleurs dans la province d'Angontsi on peut, comme à Nossi-bé, Mayotte et à la côte ouest, faire deux récoltes par an, avantage considérable sur les points qui sont au sud de la baie d'Antongil ou on ne peut en faire qu'une.

Gomme copaîe. — Presque toute la gomme copale produite par Madagascar passe par Zanzibar, d'oh pendant longtemps on a cru qu'elle était originaire. Les chefs hovas qui en connaissent la valeur , ou qui savent que ce produit est très-recherché , s'en arrogent seuls le commerce. Tout indigène qui en récolte sans permission est passible de confiscation et de châtiments corporels. Ce produit était vendu aux Arabes, transporté sur leurs boutres sur la côte d'Afrique, oii les navires européens venaient Facheler. Ce n'est que depuis quelques années que quelques chargements se font directement pour Maurice et laRéunion. Depuis la rivière de Marimbo, jusqu'à 25 milles au sud de Vohémar, la zone maritime, sur une largeur de 3 kilomètres et une longueur de 27 lieues marines, contient une quantité considérable de copaliers. On pourrait en récolter actuellement 300 tonnes par an, valant dans le pays de 00 à 80 francs les 100 kilogrammes, soit une valeur de 180 à 240,000 francs. Cette gomme, vendue sur les marchés d'Europe à raison de 3 francs le kilogramme, représenterait une somme de 900,000 francs, différence

660 h 720,000 francs, sur laquelle il y aurait à retrancher le fret et les dépenses diverses qui peuvent se monter à 80 francs la tonne. On ferait donc ainsi un bénéfice de 636 à 696,000 francs. Par une exploitation bien entendue, on pourrait certainement augmenter cette production. De plus, jusqu'ici, on n'a tiré aucun profit des grains gommeux très-petits qui restent attachés à la partie ligneuse du fruit. Chacun d'eux en contient environ 10 grammes ; en faisant pourrir cette enveloppe et lavant le résidu , on en retirerait une assez grande quantité complètement perdue jusqu'à ce jour.

Comme je Tai dit plus haut, cette résine est une source rapide de profits pour les Hovas. Le prenaier ministre, par exemple, veut-*il se procurer de l'aident : il envoie on aide de camp au commandant de ta province dans laquelle doit se faire la récolte. Ce dernier réunit les diefs indigènes , leur dit que le premier ministre compte sur eux pour Taccomplissement des ordres qu'il a donnés et que les plus zélés, en cas de nécessité, pourront compter sur son crédit et sa puissance, aussitôt les chefs de village installent la corvée, et tes indigènes se répandent dans la forêt pour ramasser la quantité de gomme fixée à chacun. Au jour convenu, chaque individu est tenu d'apporter le produit de ses recherches, sans en détourner la plus faible partie, sous peine de châtiments sévères.

Du temps de Râdama II, le produit de la vente était partagé comme suit : la moitié pour le premier ministre, un quart pour les chefs indigènes dirigeant la corvée, et un quart pour les chercheurs ; mais, sur ces deux dernières parts, le commandant prélevait une forte dîme, ce qui réduisait presque à rien la somme reçue par les indigènes. Depuis la mort du roi, ce qui doit revenir aux chefs et aux hommes de corvée est laissé à la merci du commandant qui profite de cela pour augmenter ses revenus.

Au sud de Tamatave, et on peut dire sur toute la côle, depuis le cap Sainte-Marie jusque près de Vohémar, existe une zone presque continue de copaliers qui donnerait lieu à une immense exploitation.

^œw/s.— Dans l'espace compris entre Vohémar et le cap d'Ambre, on exportait avant l'invasion des Hovas, tant en animaux vivants qu'en viandes salées, près de 30,000 bœufs par an. Depuis la conquête, les Hovas se sont emparés de presque fous les troupeaux; leurs

ex actions ont fait émigrer les grands propriétaires, de sorte que les têtes de bétail ont diminué dans une forte proportion ; cependant il en Beste encore beaucoup. Dans le district que j*ai exploré, j'ai vu de nombreux troupeaux. Vivant dans de grands pâturages, les bœufs sont plus beaux que ceux de Tamatave. Les marchands de la Réunion et de Maurice n'envoient que quelques navires au commencement de l'hivernage à Maransette et à Ângonsti. A cette époque les vents variables permettent aux bâtiments à voiles de faire des traversées relativement courtes. Pendant la belle saison, au contraire, d'avril à novembre, les vents du S. 0. qui régnent presque continuellement rendent le retour trè&*long ; durant l'hivernage , saison des calmes et des ouragans y les navires restent dans les ports. Les voyages à destination de Tamatave étant beaucoup plus faciles, soit parce que la distance est moins grande, soit surtout parce que les vents sont plus favorables, les commerçants se sont portés presque exclusivement sur ce point. Les prix, d'ailleurs, étant les mêmes sur toute la côte, ils ont une raison de plus pour fréquenter ce port de préférence h tout autre.

Si rinfluonce des Hovas venait à disparaître, les prix de vente seraient fixés par les propriétaires indigènes et n'auraient plus cette égalité qui fait que Tamatave a le monopole de ce commerce. Il suffirait d'une baisse assez faible dans les prix des bœufs du nord pour amener sur ces côtes une grande partie des bouviers, et bientôt, suivant l'exemple du Mascareigne, des bateaux à vapeur ne tarderaient pas à faire le service d'Angontsi ou de Vohémar à la Réunion et Maurice.

Bois. — Les essences de bois qu'on rencontre dans les forêts sont très-nombreuses et peuvent servir soit aux constructions, soit à rébénisterie ; les principales sont les suivantes :

1"* L'ébène, qui est très-beau et assez commun dans les forêts de l'intérieur. Ge bois est considéré comme propriété de l'État, son exportation est défendue;

^2^ Les naths (nanto) sont très-abondants. Ge bjis est rouge, dur et fin; il ne le cède en rien à l'acajou pour la couleur. L'écorce fournit une grande quantité de tannin. Depuis quelques années elle est très-employée dans la préparation des cuirs; mal-

288 RAPPORT DE M. GOiGNET, INGÉNIEUR

heureusement, ces derniers, ainsi traités, retiennent la matière colorante rouge et déteignent par l'usage;

. 3<> Le jutsi atteint un diamètre considérable, il ressemble au vieux chêne ; il est moins dur que le nath, mais plus fendant ; on en fait de beaux parquets et lambris;

4" Le tacamaka (vingtanglio), bois blanc-rougeâtre, moins dense que Teau et très-flexible; il donne de bons bordages pour les navires;

5® L'alao, bois rouge d'une couleur plus foncée que le nath, mais moins dur, plus dense que Teau, très-droit; il atteint souvent 40 mètres de hauteur ; il donne aussi d'excellents bordages de navire;

6^ Le fora, très-abondant sur le rivage, moins dense que Teau ; il donne d'excellentes courbes pour les constructions navales; son tronc est court, ses branches très-longues; c'est un des plus beaux arbres de Madagascar. Les Malgaches retirent de son fruit une espèce de graine dont ils se servent comme pommade ; elle exhale une odeur très-désagréable ; on lui attribue la propriété de faire croître et conserver les cheveux ;

7° L'indramèna (flambeau rouge), essence résineuse, d'une couleur rouge-carmin noircissant à Tair et ressemblant alors au palissandre. En pulvérisant des copeaux de ce bois et faisant macérer la poussière dans de l'alcool à 30**, puis distillant le produit, on obtient comme résidu une résine noire très-belle, plus dure que la copale, et avec laquelle, je crois, on pourrait remplacer la laque de Chine. L'indramèna est ainsi nommé parce qu'il brûle avec une grande facilité ; il donne une lumière très-vive, ce qui le fait souvent employer comme flambeau ;

8*> Le touéravi, bois blanc-jaunâtre, résineux ; traité comme le précédent, il donne aussi une résine très-dure et très-brillante;

9** Le lohindry, plus dur que le nath, partage avec les deux espèces précédentes la propriété d'être incorruptible ;

10** Le badamier, bel arbre qui croît généralement au bord de la mer, remarquable par ses branches étendues en parasol , donne un bois en tout comparable au noyer ; son fruit produit une amande comestible très-agréable ;

11" Le copalier qui, outre sa gomme recherchée, donne un bois ressemblant au jutsi.

RXPPORÎ de m. COIGNET, INGÉNIEUR 289

Presque toutes les essences précédeutes ont ce que les indigènes appellent le tèze, tiui n*est autre chose que le cœur du bois. Cette partie de l'arbre atteint une assez grande dimension dans les naths, le lohindry, l'indramèna, le touéravi, etc* Ce tèze, une fois sec> est presque incorruptible; j'ai vu à Sainle-Marie des bois, enierrés depuis vingt ans, aussi sains que le jour oii on les avait débités.

Les variétés de bois blanc sont nombreuses, je n*en citerai que trois : le ramé, le rafia et le filao; ils sont généralement d'un assez bon usage ; mais ils sont perforés en tous sens par les insiectes et ne durent pas très-longtemps;

12® Le ramé donne un bois blanc, léger, facilement attaquable par les insectes; il atteint souvent 40 à 50 mètres de haut et un diamètre de 1™ 50. Il donne une gomme particulière qui s'échappe entre Técorce et l'aubier; les indigènes s'en servent pour calfater leurs pirogues; elle remplace pour eux le goudron. Lorsqu'elle est fraîchement cueillie, elle est blanche et ressemble au mastic en larmes. Cette résine durcit difOcilement; au bout de deux mois, elle n'est pas assez dure pour qu'elle ne puisse être roulée entre les doigts et s'y attacher fortement. Son odeur est vive et rap^ pelle à la fois celle de la térébenthine et du benjoin; sèche, elle est friable et ressemble au brai ; elle se nomme colophane à la Réunion, et se vend pour telle ;

13® Le rafia, nommé monlfia à la Réunion, est très-commun à Madagascar, surtout dans la province d'Angontsi. Cet arbre, de la famille des palmiers, est des plus utiles aux indigènes; toutes ses parties ont un emploi ; ou peut dire que le Malgache ne peut exister sans lui. Avec les branches, il fait ses cases, et des feuilles il relire le fil qui sert à la fabricatioh des tissus dont il se couvre.

Comme dans tous les palmiers, la végétation s'échappe du centre de l'arbre. A chaque pousse d'un nouveau rameau sort une branche droite et pointue dont les feuilles restent enroulées autour pendant quelque temps. Lorsqu'elle est suffisamment longue, et avant que les feuilles ne s'en séparent, on la coupe et la met à l'ombre; dans cet état, elle a une couleur blanchâtre qui provient de ce que la matière colorante verte, la chlorophyle, n'a pu se développer encore. Le soir ou le lend^ain de la récolle, les femmes enlèvent la côte iigneuse médiane, font avec un couteau une incision transversale sur

la partie supérieure de chaque feuille, en ayant bien soin de ne pas attaquer le revers; saisissant ensuite Tépiderme supérieur incisé en-- (re le pouce et le dos du cputeau, elles IVn lèvent complètement. La partie inférieure est seule recueillie et exposée au soleil pendant quelques heures. Quand elle est sèche, chaque brin est pris à part, bien tendu, puis, au moyen d'un peigne en fer dont les dents sont plus ou moins rapprochées, suivant la grosseur du fil qu'on veut obtenir, on divise Tépiderme dans le sens des fibres;

14® Les filaos poussent sur les bords de la mer; ils sont peu nombreux mais très-utiles ; remplaçant nos pins nriaritimes des landes, ils serviraient à fixer les dunes et empêcher la formation des marais. Leur croissance est rapide ; au bout de dix ans, ils peuvent être mis en coupe et employés à toutes sortes d'usages; ils donnent du charbon de bois excellent ;

IS** Les palétuviers, qui recouvrent les marais salins, abritent par leur ombrage des vases qui, à l'abri des rayons solaires, sèchent difficilement et permettent aux miasmes de se dégager continuellement. Si donc, on enlevait ces forêts épaisses qui bordent l'embouchure des rivières, on assainirait un peu le pays. Le produit de ces coupes donnerait un bois très-dur au moyen duiiuel on pourrait fabriquer à peu de frais des quantités considérables de charboii de bois très-dense et très-bon.

L'exploitation des forêts pourrait donner lieu à quelques bénéfices, mais il ne faudrait pas se les exagérer, du moins pour ce qui concerne la côte est. Le débouché principal est et sera toujours les deux colonies de Maurice et de la Réunion qui n'en consomment pas de très-grandes quantités. Tous les bois autres que l'ébène ne supporteraient probablement pas le voyage d'Europe, à cause du fret très-élevé variant de 60 à 120 francs le tonneau. On pourrait bien en charger comme fardage, mais en petit nombre, car on aurait avantage à compléter les chargements des navires avec du riz.

II ôst bien entendu que je n'étudie la question qu'au point de vue du district que j'ai visité. Il paraît, en effet, que sur la côte ouest, on trouve des bois de santal qui, eux, pourraient supporter* des frais plus considérables; mais comme dans la province d'Ângontsi celte essence n'est pas connue, je n'ai pu m'occuper des modifications que ce produit pourrait faire subir au commerce des bois.

RAPPORT ÛE M. GOIGNET, INaÉNlEUR 291

Caoutchouc. —Après rénumération des bois, doit venir celle des lianes et arbustes utiles qu'on rencontre dans les forêts ; jusqu'ici on îi'a reconnu comme dignes d'attention que les espèces qui produisent la gomme élastique. Il y a à Madagascar deux, variétés de caoutchouc : l'une produite par trois espèces de lianes, l'autre par un arbrisseau à écorce lisse, qui atteint 5 à 6 mètres d'élévation.

Les lianes du genre vahehène, de la famille des apocynées, sont assez communes dans les forêts de la province d'Angontsi. Elles diffèrent à la vue par leurs feuilles qui, quoique de même forme, sont plus ou moins longues ou arrondies^ mais surtout par leurs fruits. Ceux du vahehène talandoa, sont les plus gros et en forme de poire à écorce dure. Le suc qui s^exsude des incisions faites dans le corps de la plante de ce nom, est celui qui donne les meilleurs produits. Les deux autres espèces produisent aussi du caoutchouc, mais beaucoup plus difficile à coaguler. Celui que fournit le vahehène ranghisto est mou et gluant; ce suc est sucré (et même comestible) et par conséquent fermentescible. C'est probablement au mélange de ce dernier avec celui de vahehène talandoa, qu'on doit attribuer l'altération des gommes élastiques expédiées de Madagascar en Europe. Jamais la récolte n'a été faite avec discernement, et toutes tes espèces sont mélangées.

L'arbrisseau, probablement de la famille des siphonias, donne un caoutchouc beaucoup plus facile à recueillir que celui des lianes, €t de qualité bien supérieure. II est abondant dans les terrains humides et s'appelle barabandza; son suc est blanc, le caoutchouc très-élastique, et peut être comparé aux meilleurs produits de cette espèce employés en Europe.

Pour exploiter la liane, on incise avec un instrument tranchant le corps de la plante et on reçoit la sève qui s'écoule dans un récipient. Le soir ou sitôt après la cueillette, les indigènes se contentent pour la plupart de jeter dans le lait qu'ils ont ramassé, une certaine quantité d'eau de mer qui fait aussitôt coaguler la matière utile en suspension dans le liquide; puis, pendant qu'elle est fraîche, ils la pétrissent et en forment des boudins. D'autres versent le produit de leur récolte dans une marmite ou un bambou, l'exposent au feu, et le caoutchouc ne tarde pas à se prendre en masse.

La sève de l'arbrisseau ne précipite pas par l'eau de mer; la des-

i9:2 RAPPUKT DE M. G01G?<ET, INGÉNIEUR

sication naturelle ou artificielle peut seule amener la solidificatiorl de la gomme. On se contente d'inciser les troncs le matin et le soir^ puis on recueille de temps à autre les larmes que le soleil fait durcir. On obtient de cette manière 5 à 600 grammes de produit par jour et par homme. Quoique l'exportation du caoutchouc soit défendue, les Hovas s'en procurent une assez grande quantité au moyen de la corvée; ils l'ont vendu aux Américains qui viennent commercer sur la côte ouest, à raison de 60 à 80 francs les 100 kilogrammes.

Cire. — La cife est aussi abondante dans la province d'Angontsi* mais son exportation est prohibée. Les Hovas qui, jusqu'ici, n'ont pas considéré ce produit comme un moyen facile de se procurer de Targent, n'en font pas la contrebande. Je n'ai aucune donnée pour fixer, même approximativement, la quantité qu'on pourrait récolter^ mais il est certain que, bien dirigée, l'exploitation pourrait devenir importante.

Pêche, — Toutes les côtes, et principalement les baies, sont très^ poissonneuses. Des établissements oii l'on ferait sécher, et où on salerait le poisson, réussiraient très-bien dans toute la partie N. E. de Madagascar. Ces salaisons seraient d'une grande ressource pour les noirs des colonies auxquels elles procureraient une nourriture plus fraîche et plus saine que ne l'est ordinairement la morue d'Èiirope. Le bas prix du poisson salé dans File malgache, permettrait aussi d'en faire un plus grand usage. La côte, d'ailleurs, est parsemée de plages trés-bâsses sur lesquelles on pourrait à peu de frais établir des salines importantes.

M. Bernier, docteur en médecine, chargé en 1834 par M. le gouverneur de la Réunion, d'étudier la partie comprise entre Vohémar et le cap d'Ambre, pour s'assurer si on ne pourrait pas établh* en ce point une colonie française, dit qu'à cette époque, les baleines étaient très-communes sur la côte N^ E. Actuellement, elles y sont trèsrares, mais les squales et les dauphins sont assez abondants pour donner lieu à une chasse fructueuse.

C'est principalement sur les récifs que les pêcheurs vont à marée haute chercher le poisson qui fait leur nourriture principale. Ils pèchent quelquefois aux flambeaux. Rarement ils se servent de lignes et dé filets ; c'est presque toujours avec une lance légère ou un

harpon à deux pointes qu'ils atteignent le poisson lorsqu'il passe près de leur pirogue.

La pêche la plus lucrative, depuis Angontsi jusqu'au cap d'Ambre, celle qui occupe le plus de monde, est celle de la tortue caret.

Avant de se mettre en mer, les pêcheurs préparent le jus de certaines plantes, qu'ils doivent réj»andre sur Tcau, pour forcer les tortues à apparaître à la surface. Us sont armés de deux ou trois harpons crochus, à douille, dans laquelle on enfonce une perclie de 3 mètres à 3*° 50 de long, dont le bout est retenu par une corde à la pirogue. Après avoir allumé un feu dans la carapace d'une tortue franche, posée en travers sur les bords de Tembarcation, ils partent le soir et pjurcourent pendant la nuitles lieux fréquentés par les carets. Dès qu'un de ces animaux arrive à portée, les pêcheurs lui lancent le harpon avec la plus grande adresse, en visant la tête ou la queue afin de ne pas endommager les quatre grandes feuilles latérales qui ont plus de prix que tout le reste. De retour à la case, et après des libations nombreuses,ils dépècent les tortues, enterrent les carapaces, afin d'en séparer facilement l'écaillé, lorsque la putréfaction a détruit la matière fibreuse qui la retient aux cêtes ; on obtient le même résultat en les exposant un certain temps au feu.

Bien que cette pêche se fasse pendant toute l'année, l'époque oii elle est la plus fructueuse, est celle oii le caret quitte la haute mer pour venir déposer ses œufs sur le rivage, ordinairement depuis septembre jusqu'en février. L'écaillé est vendue aux Arabes nomimes Autalotchs (Anta qui vient, et lotch large) et aux rares Euro^ péens qui fréquentent ces parages, à raison de 4 à 5 piastres la livre ; un beau caret peut en donner 3 livres à ^ livres et demie. M. Guine^ estime à 3,000 kilogrammes l'exportation de ce produit sur la côte N. E. ; ce qui correspond à une valeur de 150,000 francs dans le pays, et de 600,000 francs sur les marchés d'Europe.

Produit dont on pourrait développer la production, — Cultures nouvelles. — Le coton, la canne, les épices, le café, tes arachides, réussissent très-bien sur la côte N. E. de Madagascar.

Les plantes tinctoriales sont abondantes, et les indigènes en retirent des couleurs très-belles et très-solides.

La couleur noire est seule minérale. On l'obtient en faisant macérer les objets à teindre, dans une sorte de boue, prise le plus

294 RAPPJnT {)E M. 4:0Ii;?iET, INGÉNIEUR

souvent, dans un marais ou Teau de mer se mêle à Feau douce. €es terrains sont très-riches en sulfate de fer qui, mélangé aux débris v(fgétaux qu'ils renferment, donne une couleur noire très-belle et très-solide.

Le jaune est produit par le curcuma qui est très-abondant; on râpe la racine, on la fait digérer à froid dai^s Teau : la couleur est fixée avec de la cendre de bois.

Le rouge provient des feuilles et fleurs d'un arbuste très-commun, noinmé arongha qui, je crois, est de la |famille des gommes gntte.

Le bleu provient de l'indigo très-répandu sur le bord des rivières^ surtout sur celle de Tombato, au fond de la baie d'Antongil, où Beniov^'ski l'avait déjà indiqué. La plante est traitée par l'eau bouillante; la cendre de bois sert, comme toujours, de mordant.

Il existe aussi une espèce de racine que les Malgaches récoltent dans les marais et qu'ils nomment vaha-lingo. On en retire un rouge carmin assez vif; pour cela, on se contente de la piler jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poudre, et après l'avoir mise dans Teau, on y met de la cendre pour raviver.

Le vert est produit par le mélange de l'indigo et du curcuma*

Pour pouvoir introduire ou développer les cultures dont je viens de parler, il faut d^s bras, mais pas des bras malgaches. Il serait, je crois, impossible, du moins pour le moment, d'astreindre ceux-ci à un travail régulier. Cette opinion ne m'est pas persoanelle- Toutes les personnes qui connaissent Madagascar sotit persuadées qu'il ne faut pas compter sur les indigènes. Poussés par la misère, ils s'engagent volontiers, mais au bout de quelque temps ils se dégoûtent et s'en vont souvent sans réclamer leur salaire. Si on a le naalheur d'acheter des esclaves, ceux-ci au bout de peu de jours s'enfuient dans les bois; il faut alors employer ceux qui sont restés au travail à la chasse des nègres mairons. Aifisi, dans la sucrerie de So'imandra Kisaï, près de Tamatave^ M. Rche possède 300 esclaves ; 150 à peine, se trouvent chaque jour au travail. Pour éviter ces désertions, il faudrait être maître du pays, avoir une police bien faite qu'on pourrait confier aux Hovas, et employer les moyens en usage dans les colonies françaises pour les engagés déserteurs. Je m'étendrai d'ailleurs plus longuement sur ce sujet, quand Je parlerai dies services que peuvent rendrelesindigèaieset les Hovas*

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