DE VOHÉMAR AU SUD DE CE VILLAGE. ■— CHEMINS, RIVIÈRES; LE
FORT ROVA.
Lorsque, du village de Vohémar on veut se rendre dans le sud, la route passe sur des collines arrondies qu'on aperçoit en sortant du village. Avant d'arriver à ces collines, on a à traverser : 1" le marais de palétuviers dont j'ai déjà parlé plus haut; lorsque la mer est pleine, un homme a de l'eau jusqu'à la ceinture ; 2" il y a à passer encore un marigot d'eau saumâtre, et enfin on arrive à la colline; on suit à mi-côte, parallèlement à la mer dont on est séparé par des dunes de sable. Avec de bons porteurs, en une heure et demie on arrive à la rivière de Manambery. Là, si la mer est basse, on peut la traverser à gué ; les hommes ont de l'eau à la hauteur des seins; si la mer est haute et qu'on soit dans la saison fraîche, il faut attendre la mer basse, attendu qu'il n'y a pas de pirogue. Dans les chaleurs, il y a un passeur, car alors les caïmans sont à craindre.
La rivière une fois franchie, on suit le fond dp la vallée, et en trois
quarts d'heure on arrive au village d' A.mboanio où se trouve le fort hova.
Ce village est composé de deux parties distinctes : 1® le fort ; 2** le village sakalave.
Le fort est construit sur la crête d'un n^amelon défendu à sa base, dans le sud, par la rivière de Manambery, qui est à trois quarts d'heure de là, et par un marais qui est au pied; au nord, par la rivière de Fanamba ou Ampantiobé, dont je parlerai plus loin ; à Touest, par un ruisseau et un marais, et enfin à Test, par la mer. Néanmoins, lorsque la rivière de Manambery est traversée, qn y arrive de plain-pied en suivant la crête du mamelon sur lequel est coastruit le village sakalave.
Le fort est entouré d une triple palissade; celle du centre sert de réduit, et là est la demeure du commandant hova; celle du milieu a la forme d'un carré dont les faces et les angles sont défendus par de petits avant-corps carrés oii sont placés les canons ; il y a environ vingt pièces de canon autour du fort; sur ce nombre c'est à peine si on en trouve cinq en état de faire feu ; le reste est là comme épouvaurtail pour les Sakalaves. La troisième enceinte est complètement vide; le soir, on y rentre les bestiaux. Toutes les constructions qui sont faites dans la batterie sont en falafîes couvertes en paille sen^blablç à du vélivert, et, sauf la poudrière qui est dans un trou, tout le reste peut être incendié avec la plus grande facilité. Les palissades oi\t de 3 à 4 mètres de hauteur et sont construites en ièzes d'envii'on 12 centimètres de diamètre.
Les alentours du fort sont défendus pqr des haies de raquettes toujours disposées de façon à intercepter la vue du fort à celui qu^ gravit le chemin.
. Le village sakalave touche presque le fort, dans l'est de ce dernier; il est composé d'environ deux cents cases en paille.
Dans tout Titinéraire que j'ai tracé jusqu'ici, il va sans d|re que les chemms, quoique portant le nom pompeux de grande route, ne sont que des sentiers oii souvent deux personnes ne peuv<3nt passer de front; les communications sont pourtant faciles.
d'aMBOHANIO a ANHORONTANY et a BÉMARIVO.
En continuant la route indiquée ci-dessus, et après la sortie du village, on arrive en trois quarts d^heure à la rivière d'Ampanhobé
328 RAPPORT DE M. GUIHET
dont on voit les sinaosités se dessiner dans la plaine da village hovâ; il est difficile de rencontrer un terrain plus riche et plus fertile. J'y ai vu des racines de manioc et de patates énormes, des cannes à sucre d'au moins 8 mètres de long et grosses comme le bras. La vaUée,dans laquelle coule cette rivière, est une des plus riches que j'aie vues* J'ai pris possession de toute la partie située au fond du fort, sur la rive droite de la rivière.
Là, comme à Manambery, dans les temps ordinaires, c'est-à-dire quand il n'y a pas de crues d'eau et qu'on est dans la saison froide, on traverse cette rivière à gué ayant de l'eau jusqu'aux aisselles et souvent jusqu'au cou; les porteurs sont obligés de mettre sur leur tête les brancards du fitacon lorsqu'ils arrivent au plus profond à mer basse; car, à mer haute, il n'y a pas possibilité de passer. Il faut au moins vingt minutes pour effectuer ce passage.
La route suit alors le bord de la mer qui bat en côte avec une violence extrême, puis à une demi-heure de là on atteint la montagne d'Andreva.
En arrivant à cette montagne, on remarque d'énormes rochers formés d'une agglomération de roches reliées ensemble par une pâte siliceuse très-dure ; on y remarqus^ de l'agate et d'autres cailloux qui contiennent des cristallisations blanches ou de couleur. Je crois qu'on en pourrait tirer parti pomr la joaillerie. Sur un petit morne, attenant à la montagne d'Andreva, à l'est, et que la route qu'on suit traverse, nous avons trouvé des échantillons de minerais de fer oligistes très-riches. Il y a au3si à cet endroit un petit ruisseau de très-^bonne eau.
Je ne pourrais pas trop spécifier à quelle formation appartient cette montagne ; il n'y a ni granit ni quartz; en gros blocs, ni calcaires ; toutes les roches que j'ai observées sont d'une pâte très-^ dure, farcie de cailloux de toute espèce de couleurs, verts, rouges, noirs, agates, etc.
La route suit alors une vallée formée parla continuation de la montagne d'Andreva h l'ouest et les dunes à Test; entre ces dunes et la montagne règne une belle vallée qu'en suit jusqu'à Anhorontany, c'est-à-dire pendant trois heures envivon avec de bons porteurs; dans tout ce parcours, on rencontre souvent des minerais de fer de toutes espèces, que je n'ai pu classer..
Les montagnes suivent à peu près une direction parallèle à la mer, mais pourtant un peu plus à l'ouest. Entre chacune d'elles exis* tent de belles vallées ou la terre parait très-bonne quoique de formation différente ; ainsi on y rencontre des quartz, des pierres schisteuses, des grès gris ou verts, des granits,des roches basaltiques, etc.
COPALIERS.
Du village d'Ambohanio à Anhorontany, il y a quatre heures et demie de marche en fitacon ; lorsque les herbes soQt brûlées, la route est facile.
Anhorontany prend son nom d'une petite baie de laquelle, avec quelques travaux, il serait, je crois, facile de faire un port pour y embarquer les produits du centre de la province de Vohémar ; c'est le lieu que j'avais choisi pour cela.
A cet endroit commence la grande forêt de copaliers dont j'ai pris possession, et qui se continue sans interruption jusqu'à la rivière de Bénarivo, à trois jours de marche d'xVnhorontany.
Commele bord de la mer est impraticable à cause des embouchures de rivières qu'il faudrait traverser, la grande route (lalambé n'sovaly) passe dans Tintérieur dfcs terres et souvent dans la forêt de copaliers. Dans le but d'éviter des tracas avec les Hovas, je n'ai pris possession que de la partie comprise entre ce qu'ils appellent la grande route de la mer, leur laissant la partie ouest de la route.
Avec les mines de fer qui existent aux alentours de ce point, la ressource de la forêt qui se trouve à proximité, et dans laquelle on peut abattre une grande quantité de bois sans nuire à la copalerie et en faire du charbon, je ne doute pas que ce point ne puisse devenir très-important. C'est là que j'ai établi le commencement de l'exploitation de gomme copale que j'ai voulu essayer, moins en vue des produits qu'elle pourrait donner de suite que pour m'assurer de la bonpe vdonté des Hovas.
Puis dans ces forêts, dont le parcours est au moins de trente lieues, il existe des bois d'ébène, nath, aramy, des arbres à caoutchouc d'une espèce que je ne connais pas, mais dont les produits sont infiniment supérieurs au caouthouc de liane, et d'autre^ produits que je n'ai pu classer, mais dont l'industrie commerciale et agricole peut tirer parti immédiatement;
3!K) RAPPORT DE M. GLIÎSET
J'ai pris possession aussi de la belle vallée de Fanamba ; eHe est
• très-grande et très-riche, -entourée de montagnes volcaniques; en
• un mot elle me paraît devoir devenir un jour le centre d'une exploitation agricole pour tous produits du. plus grand avenir. Elle est située à peu près par le travers d'Anhorontamy, et s'étend très-loin dans le sud sur une largeur de 2 à 3 milles.
Malheureusement les ports manquent, et pour faire les embarquements il faudra créer, sur les points les plus propices, des ports comme à la Réunion.
Alors les ports étant choisis il sera facile, en se servant des rivières et en ouvrant des routes dans la plaine, de faire les chargements assez promptement. Mais il faut avant tout être sûr de la tranquillité et débarrassé des tracasseries des Hovas doat j'ai déjà eu beaucoup à me plaindre.