DES HOVAS
Je n'ai pas à parier de l'origine de ce peuple, elle est counue : mais je parlerai de leur manière d'être vis-à-vis de leurs populations
â48 RAPPORT DE M. GUmET
et des étrangers qui se fixent dans cette partie de Madagascar ëtoi-^ gnée da grand centre commercial de Tamatave et plus encore de Tananarive. Ils se divisent en deux classes comme partout, les Maramila (militaires) et les Bouzzanes (civils).
Dans ces contrées lointaines, les Hovas en général imposent leur nationalité ; ce seul titre leur constitue le droit qu'ils s'arrogent de conserver eu tout le monopole le plus positif sur toutes les affaires commerciales. Malheur au traitant qui, se fiant dans la foi des traités et des ordres de la reine, voudrait faire un commerce quelconque sans en passer par oii les Hovas voudront le faire passer; il peut être sûr de voir toutes ses marchandises rester en magasin et les acheteurs indigènes s*éloigner de lui comme s'il avait la peste. Pourquoi? G*est que le commandant et son conseil ont défendu à tous de ne rien vendre et de ne rien acheter chez celui qui a été misàrindexl et tous savent parfaitement que le contrevenant serait sévèrement puni.
Mais, dira-t-on, plaignez-vous. Â qui? Â Tananarive? A la reine? Mais quel est le traitant qui, habitant le nord de Madagascar, osera risquer une plainte? Il s'expose à être plus malheureux qu'auparavant; puis, admettant qu'il écrive et que sa lettre ne soit pas arrêtée, il faut trois mois pour recevoir une réponse, et, pendant ce temps, le commandant, s'il le veut, peut le faire mourir de faim. Quant à une réparation des torts que vous avez soufferts, il n'en faut pas attendre, et, eùt-on été volé et ruiné dix fois, personne ne s'en occupera.
Le joug tyrannique des Hovas pèse non -seulement sur les étrangers qui viennent pour faire le commerce, mais encore sur toute la population.
Le commandant et les ofiiciers achètent leurs dignités; les fonds qu'ils placent dans ces achats sont considérés par eux comme des dépenses qui devront leur être remboursées par les populations avec lesquelles ils seront en contact. Ce sont elles qui payeront le capital et les intérêts au taux oii les acheteurs d'honneurs le jugeront convenable. Aussi de quelles vilenies ne sont-ils pas capables! quelle partialité dans leurs jugements I que d'injustices dans leur administration I quelles bassesses ne commettent-ils pas pour se procurer de l'argent! Ils vont même jusqu'à saisir le nrtoindre prétexte
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pour dépouiller même de ses vêtements un malheureux qui ne pourra $e plaindre! pour eux tous les moyens sont bons.
Ils mettent si peu de retenue dans leurs exactions, ils épuisent avec si peu de scrupule les indigènes de la côte, qu'ils sont en général détestés et redoutés de tous : la terreur qu'ils ont fait naître, par les moyens employés par eux pour assurer leurs conquêtes, est le seul lien qui retient les populations sous leur joug.
Enfin, par leur manière d'êire de militaires et de marchands, de juges et d'administrateurs, ils s'immiscent dans toutes les affaires de famille, accaparent les affaires commerciales, et savent s'arranger entre eux pour soutirer de ceux qui vivent sous leur domination le plus d'argent qu'il leur est possible. Ils sont du reste presque assurés de l'impunité dans le cas où leur conduite serait connue à la capitale.