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DES RESSOURCES AGRICOLES, FORESTIÈRES ET COMMERCIALES

Ressources agricoles.

Les grands planteurs sont inconnus dans tout le nord de Madagascar. Les terrains de culture y sont divisés entre les principales familles qui les considèrent comme des propriétés dont ils peuvent toujours retirer l'usufruit , mais dont le fond appartient à la reine des Hovas.

Chaque famille cultive donc généralement les terrains qu'ont cultivés ses ancêtres; mais elle n'y récolte le plus souvent que juste le riz qui est nécessaire à son entretien. Chaque membre de la famille a son champ particulier dans le patrimoine général ; il Tensemence et. le cultive comme il l'entend, et jouit en toute propriété des produits qu'il en retire.

Les familles, quoique nombreuses,se forment donc par une association ; chacun y vit séparé des autres et ne peut compter que sur ses seules forces pour faire sa fortune particulière : aussi les plantations sont-elles très-restreintes ; les esclaves mêmes, qui sont un agent de fortune si puissant entre les mains de gens sachant les utiliser, ne sont pour les indigènes de Madagascar que des instruments d'une très-faible valeur; l'esclave a lui-même sa part dans les terres de la famille de son maître ; il cultive ce qu'il lui faut pour vivre, et le maître ne prélève souvent qu'une part insignifiante sur les produits du travail de son esclave.

Le maître ne se croit pas tenu de nourrir et d'entretenir son esclave, c'est-à-dire de chercher ce qui est nécessaire à son entretien. Aussi, il arrive souvent que, s'il est trop tracassé, après avoir fait d'abord toute l'opposition dont il est capable, il s'enfuit marron et ne rentre à la maison que s'il y est forcé.

Le plus souvent l'esclave ne travaille que quand il veut ; comme il sait qu'il est la chose d'un autre, et que cet autre a toujours droit sur tout ce qu'il peut gagner, il en résulte qu'il fait le moins qu'il

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peut, afin de ne pa^ voir ce qu'il a acquis sans l'ordre on le â)Beours de son maitre passer entre les mains decelui-oci^sans qu'il puisse s'y opposer.

De tout ce qui vient d'être dit, il résulte donc que, quoiqtf ayant entre les mains des éléments de fortune assez puissants, c'est à peine si les indigènes libres et riches peuvent trouver ce qui leur est strictement nécessaire pour vivre d'une existence relativement un peu aisée.

En conséquence, ces grandes cultures qui, dans les pays dvilisés, font la fortune des planteurs, ne peuvent pas exister ici où les forces manquent complètement pour les exécuter ; les indigènes, privés de lois protectrices pour les producteurs, ignorants de toutes les ressources que procure l'industrie, sont donc forcément réduits à se contenter des cultures ordinaires , telles que riz, patates, manioc, tabac, etc., qui leur sont de première nécessité, et d'abandonner presque complètement toutes les autres.

Le travail de l'esclave se réduit généralement à ce qui suit : il doit aider son miître de tout son pouvoir et dans tous les travaux que celui-ci veut exécuter, c'est-à-dire construire ou entretenir les cases servant à l'habitation, soigner les plantations et garder les bestiaux ; il a ensuite à planter ses vivres à lui et à s'entretenir complètement. Généralement ils sont peu maltraités, et il faut des circonstances bien graves,ou un besoin d'argent bien pressant,pour que le maître consente à s'en séparer; aussi le fait ne se présentet-il que .pour cause d'insoumission complète.

En un mot, pourvu que Tesclave soit quelque peu docile et soumis, il est plutôt considéré comme un membre de la famille que comme une chose dont on peut faire, de l'argent, et l'existence du maitre et celle de l'esclave sont d'une similitude presque complète.

Ressources forestières.

Les forêts étant considérées comme appartenant à la reine des Hovas,tous les produits naturels qu'on peui y trouver lui appartiennent et ne peuvent devenir uh objet de spéculation ou de trafic que par son autorisation spéciale.

Les indigènes y prennent, sans aucun contrôle^ tous les bois qni leur sont nécessaires pour leurs cases ou pour faire leurs pirogues;

OMIS il leur est interdit d'ea £sùre l'objet du plus mince commerce pour l'extârieur. .

U arrive souvent que les naturels défrichent des parties assez considérables de forêts; mais quelle que soit la nature des essences . d'arbres abattus, quelle qu'en soit la valeur commerciale, ils sont impitoyalement livrés à l'incinération, et le terrain qu'ils recouvraient est planté en riz ou une autre sorte de culture.

Dans le nord de Madagascar, quoique les forêts soient beaucoup plus rares et moins étendues que dans le sud, il n'en est pas moins vrai qu'on pourrait en exporter d'immenses quantités de bois propre à tous les usages.

Ou y trouve en grande partie toutes les essences qui croissent dans le sud ; les bois tendres y sont beaucoup plus fréquents ; un grand nombre de ces derniers sont employés par les indigènes pour foire leurs pirogues : tels sont les farafatra, bois blancs tendres et légers comme le liège, les mafaie, un peu plus durs, mais presque aussi légers que le précédent; les barabanza, joli bois blanc, au grain fin et serré, néanmoins très-léger; il peut donner de fort jolies planches. De son écorce on obtient par incision une espèce de caoutchouc d'excellente qualité, bien préférable à celui qu'on tire de la liane Yahéhène. Dans les bois plus durs, mais qu'on peut encore classer parmi les bois blancs, on trouve le takamaka, le foura, les intus dont la fibre ressemble au vieux chêne, le rami, variété de thérebentacé qui donne par incisiop une gomme résine blanche et odorante qu'on pourrait employer dans la mirine ; les copaliers, qui fournissent la gomme copale si recherchée dans le commerce des vernis et dont le bois est d'excellente qualité ; les badamiers, dont l'amande est comestible et dont le bois ressemblant au noyer est très-estimé dans la construction.

Parmi les bois durs on trouve toutes les variétés de naths ou nanthou si connus dans les colonies ; le lohindri ressemblant aux nath, mais plus dur ; les bois d'indramena, incorruptibles et dont on pourrait obtenir un vernis ressemblant à la laque noire de Chine. Il y a aussi plusieurs variétés de bois ressemblant au palissandre, tels que le karabo et l'azovola, puis des bois d'ébène très-recherchés des Arabes qui les portent à Nossi-bé; puis quelques variétés de bois odoriférants.

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Tous les bois que j*ai indiqués atteignent de très^grandes dimensions et peuvent trouver emploi dans la construction et dans rébénisterie.

Pour la province de Vohémar, les principales forêts sont situées au sud du village d*Amboaniou ; et, tant que le pays ne sera pas coupé de routes, Textraction et le transport du bois peut devenir très-coûteux, surtout s'il n'est pas possible de trouver un port à proximité des forêts du bord de la mer.

Dans la province d'àntombokou, les forêts les plus étendues sont situées à l'ouest et à proximité du port de Rigny; il y a, autour de ce point, au-dessous de la montagne nommée Andrahon, de grandes quantités de bois qu'on pourrait exploiter avec assez de facilité. Il y a une autre belle forêt au sud-est de la baie des Français, dans la rade de Diégo-Suarez. Enfin, lorsque la colonie prendra de l'accroissement, on aura encore une immense quantité de bois à exploiter au pied et jusqu'au sommet de la montagne d'Ambre, appelée par lés indigènes Ambouïtes.

Les principaux produits, qu'on pourrait exploiter immédiatement dans ces forêts, seraient, pour la province de Vohémar, la gomme, copale et le caoutchouc, et pour la province d'Antomboukou, le bois d'ébène, le caoutchouc et la cire.

Ressources commercialôs ,

Si, parle mot commerce, on entend seulement les quelques objets qui font aujourd'hui l'unique mobile des transactions commerciales dans le nord, Ténuméraiion en est si restreinte qu'il serait, je crois, inutile d'en parler, car, pour la province de Vohémar il se résume à 300 ou 350 bœufs par an, environ 40 à 50 tonneaux de gomme copale et à 300 ou 400 kilogrammes de tabac.

Pour la province d'Antomboukou, il est encore plus restreint, et c'est tout au plus s'il s'y vend annuellement plus de '30 à 40 mille kilogrammes de riz en paille.

Je crois que ce n'est pas à ce point de vue seulement qu'il faut envisager la question commerciale du nord de Madagascar. Car il y a non-seulement à exploiter les produits qu'on y traite aujourd'hui; et qui doubleront et même quintupleront facilement sous la moindre impulsion libérale d'un gouvernement sage, mais il y a encore l'ex-

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ploitation de tous les produits des forêts, des mines et des carriëred que l'industrie ne tardera pas à mettre au jour, lorsque la liberté commerciale sera un fait accompli dans, ces contrées.

Maintenant, toutes les transactions auxquelles donnent lieu les produits du nord sont entre les mains des Arabes Ântolotsi. Ge sont eux seuls qui traitent avec les Hovas et les Sakalaves les quelques mille kilogrammes de gomme et de tabac de Vohémar.et les riz d'Ântomboukou; ils arrivent sur la côte est avec la mousson du nord, vers le milieu du mois de janvier, et retournent au mois de mai avec la mousson du sud^est. Us apportent généralement peu d'argent; mais, en revanche^ ils sont bien approvisionnés de toileries et de bimbeloteries, tout ce qu'il y a de plus commun. Les Hovas les voient arriver avec plaisir parce que presque tous connaissent la langue malgache, et que de prime abord les relations sont faciles ; puis les Arabes sont généralement patients, souples, et affectent d'accorder aux chefs une grande considération. Ils font avec le» Hovas leur commerce officiel à Taide duquel ils achètent en contrebande aux indigènes tous les produits qu'ils veulent obtenir et qu*ils payent alors moitié moins cher; c'est ainsi que la gomme co-' pale, que les Hovas leur vendent 35 ou 40 francs les 30 kilogram^ mes, est payée par eux de 30 à 30 francs au plus aux indigènes.

Malgré toute la surveillance des Hovas> ils ne peuvent empêcher la contrebande de se faire ; les indigènes s'entendent tellement bien avec les Arabes que les douaniers font bien rarement des saisies. En cas de prise en contravention de vente ou d'achat de gomme copale, le vendeur et l'acheteur sont dépouillés immédiatement de tout ce qu'ils possèdent chez eux au moment de la saisie.

Le tabac pousse admirablement bien dans la province de Vohémar ; mais il est généralement d'une force telle qu'il est presqu'impossible de le fumer sans l'avoir préalablement lavé. On l'achète environ 20 ou 25 francs les 50 kilogrammes.

Si le pays était libre et que les transactions de tous genres puissent s'y faire, il est impossible de prévoir oii les résultats pourraient s'arrêter ; la population laborieuse ne tarderait pas à se fixer dans ce pays si riche en terres fertiles, et l'abondance ferait place à la médiocrité qui règne aujourd'hui.

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