APPRÉCIATION DES SYMPTOMES
pulmonaires, que tout rétablissement est au-dessus des ressources de l’art.
Pour achever de faire bien connaître le choléra indien, et surtout pour vous mettre à même de bien apprécier l’opinion que plusieurs observateurs ont adoptée, et que vous venez de retrouver dans ce que dit le docteur Annesley que le choléra épidémique diffère essentiellement du choléra observé chaque année dans l’Inde et même dans presque tout le globe , il faut porter votre attention sur les lésions que cette maladie détermine sur les organes, et que les ouvertures des corps mettent en évidence, vous avez déjà vu que le docteur Annesley a fait un rapprochement entre la douleur sentie par les malades à l’épigastre et autour de l’ombilic et la teinte vermeille que l’on trouve après la mort sur les intestins grêles. Il résulte aussi de ce que nous ont déjà appris les rapports du conseil de santé d’Angleterre, et ceux sur l’épidémie de Moscou et sur celle de Saint-Pétersbourg, que des lésions très prononcées se trouvent sur les cadavres, soit dans le tube digestif, soit dans les grands vaisseaux et les organes pulmonaires, et que ces lésions présentent différentes formes, ou même peuvent manquer tout-à-fait suivant les périodes de la maladie auxquelles la mort est survenue: toutes ces circonstances doivent être appréciées ; et dans l’état actuel de la science, c’est la voie la plus directe pour arriver à déterminer le caractère et la nature d’une maladie.
Tous les médecins qui ont observé le choléra , non seulement dans l’Inde , mais même dans tous les lieux où cette affection épidémique s’est étendue, et qui ont disséqué des corps de personnes mortes de cette maladie,
DU C.HOLÉRA-MOREUS. 63
ont constaté l’existence des mêmes lésions organiques. Ce que je vous ai rapporté sur les épidémies de Moscou et de Saint-Pétersbourg vous a fait connaître succinctement les résultats des ouvertures de corps faites dans ces villes; je reviendrai sur ces résultats lorsque j’examinerai avec vous si le choléra-morbus , en s’éloignant des bords du Gange, s’est modifié dans ses formes et dans sa nature. Je ne veux m’attacher aujourd’hui qu’aux observations nécrologiques, recueillies sur cette maladie dans l’Inde : ces observations seront résumées en vous présentant l’extrait des ouvrages publiés sur l’épidémie de choléra-morbus de ce pays.
Vous connaissez déjà quelques unes des conséquences tirées par le docteur Annesley de ce qu’il a reconnu dans les viscères abdominaux de ceux qui ont succombé à la maladie. Je commence par le résumé des observations de ce praticien.
M. Annesley présente d’abord dans son ouvrage douze observations sur des malades atteints de choléra-mor- ? bus, recueillies avec beaucoup de détails et terminées toutes par la description minutieuse très bien faite des lésions reconnues à l’ouverture des cadavres. Il résume ensuite dans un chapitre, dont voici la traduction textuelle , l’histoire des désordres qui se rencontrent dans les corps de ceux qui ont succombé à cette maladie.
Des lésions constatées a l’ouverture des cadavres
DE ceux qui ont succombé au choléra-morbus;
par le docteur Annesley.
J’aurais pu réunir un plus grand nombre de faits dans lesquels l’ouverture du corps a été pratiquée, mais comme les lésions qu’on a constatées ont été presque toujours les mêmes, et comme aussi la marche de la
maladie a toujours été presque exactement semblable, je n’ai pas dû présenter plus de détails qu’il ne m’a semblé nécessaire d’en réunir pour faire bien connaître cette partie de l’histoire de la maladie. Quoique les lésions constatées dans les solides n’aient été que peu considérables , et que ces lésions ne soient pas toujours d’une nature très sérieuse , letat des fluides de la circulation , observé tant pendant la vie des malades que sur leurs cadavres , me paraît pouvoir expliquer la plupart des symptômes de la maladie, et ses progrès rapides vers une terminaison funeste.
Etat extérieur des cadavres.
Les extrémités paraissent rétractées et les téguments qui les revêtent sont plissés. Tout le corps est livide. Les lèvres et les parties qui sont recouvertes par les muqueuses extérieures sont d’un brun pourpré. Les parties molles paraissent crispées. Les yeux sont enfoncés , les traits sont affaissés et hideux à un degré surprenant, pour une maladie de si courte durée; les vaisseaux de la surface du corps sont contractés et vides de sang.^
État des organes encéphaliques.
Les sinus et les veines du cerveau et de ses membranes sont toujours remplis d’un sang noir, épais et visqueux.
L’arachnoïde est fréquemment opaque et quelquefois épaissie et adhérente aux tuniques adjacentes; et l’on a plusieurs fois trouvé dans les ventricules et entre les membranes un épanchement gélatineux ou séreux.
Le cerveau était chez quelques sujets ramolli, mais on a rarement reconnu en lui de traces évidentes d’irritation.
La congestion de sang noir et l’épanchement séreux,