APRÈS LE CHOLÉRA-MOUBUS
si souvent observés dans le crâne, semblaient en rapport avec la stupeur, la surdité, les vertiges et les tintements d’oreille , généralement observés pendant la vie de ces malades. On a le plus souvent aussi remarqué que ces lésions se trouvaient plus prononcées dans les cas où ces symptômes avaient été plus évidents.
État des organes thoraciques.
Le cœur et les gros vaisseaux veineux étaient généralement distendus par un sang noir et épais , qui quelquefois cependant était fluide, et dans d’autres cas demi-fluide. Lorsque ce sang est coagulé il a l’apparence d’une gelée noire friable.
La substance du cœur semble quelquefois plus molle et plus aisée à déchirer que dans l’état sain.
Les poumons sont en général rétractés, affaissés et gorgés de sang noir. Ils sont plus pesants que dans letat naturel ; leur tissu est carnifié, hépatisé ou comme meurtri. i
Les plèvres sont ordinairement pâles et saines.
Le péricarde est dans l’état naturel, et contient quelquefois une très petite quantité de sérosité.
Les rapports entre toutes ces lésions d’organes et les dérangements des fonctions de la respiration et de la circulation qui s’observent pendant le cours de la maladie paraissent assez évidents. On remarque aussi une proportion bien établie entre l’étendue de ces désordres et celle des dérangements des fonctions des organes qu’ils intéressent. Je n’hésite pas à reconnaître qu’une grande partie de ces dérangements constatés, n’est réellement qu’une conséquence de la mort. Je n’en soutiens cependant pas moins que beaucoup de ces altérations se sont établies avant cette funeste terminaison ; la dépression de l’action vitale des organes qui existe
dès le début de la maladie et s’accroît graduellement, est liée à plusieurs des dérangements que ces organes présentent après la mort.
Autopsie des viscères abdominaux.
A 1 ouverture de l’abdomen on est quelquefois frappé, comme l’a remarqué M. Jameson dans le rapport de la Société médicale de la présidence du Bengale, d’une odeur désagréable particulière à cette maladie. C’est particulièrement sur ceux qui sont morts rapidement que celte circonstance s’observe.
L’estomac contient en général une plus ou moins grande quantité d’un fluide aqueux , trouble et quelquefois grumeleux. L’apparence de ce fluide est variable ; il est quelquefois incolore, d’autres fois verdâtre ou jaunâtre; dans quelques cas il est brun, approchant de la couleur noire. La surface péritonéale de l’estomac ne présente rarement d’insolite qu’une plus grande congestion veineuse que dans l’état physiologique. La surface interne de l’estomac est quelquefois couverte d’un mucus visqueux brunâtre, et après qu’on a enlevé cette couche, on observe une congestion considérable des ca pillaires veineux. Cette congestion semble avoir particulièrement son siège dans la couche cellulaire sous-muqueuse; elle est quelquefois si considérable dans certains points qu’il en résulte l’apparence d’une ecchymose dans ce tissu cellulaire. La membrane interne est parfois très ridée, en apparence épaissie et molle au toucher, spécialement lorsque l’estomac n’est pas très distendu par un liquideou par des gaz. L’estomac est fréquemment flasque et relâché , et ses tuniques sont plus faciles à déchirer que dans l’état sain. Dans les cas dans lesquels un certain degré de réaction des forces vitales s’est établi, la surface interne de l’estomac, par-
après le citolér a— morbls. 67'
ticulièrement autour du pylore, présente une couleurplus vive, approchant du rouge, et semble épaissie et contractée.
L’épiploon est quelquefois ridé ou rétracté dans un côté de l’abdomen.
Les intestins grêles sont parfois plus contractés qu’à l’ordinaire dans quelques points, fréquemment distendus par des gaz; leurs vaisseaux sont en général gorgés de sang noir. Examinés extérieurement ils semblent amollis et épaissis; leur couleur varie de celle du vermillon pâle , à celle du pourpre brunâtre avec toutes les teintes intermédiaires. La première couleur se remarque particulièrement à la surface péritonéale du duodénum et du jéjunum , 'et la dernière à l’iléura vers sa terminaison au cæcum. Ces différents degrés de couleur semblent provenir des différents degrés de congestion des capillaires et des veines dans les diverses parties du canal , de l’injection des capillaires artériels et de la couleur du sang que contiennent ces vaisseaux.
Après qu’on a ouvert les intestins grêles, leurs tuniques semblent épaissies, spécialement si le tube intestinal n’est pas. distendu ou s’il est jusqu'à un certain point contracté ; ils sont fréquemment ramollis et plus aisés à déchirer que dans l etat naturel ; leur surface interne se trouve en général enduite d’une matière visqueuse épaisse, de couleur d’argile, qui quelquefois est comme crémeuse ou jaunâtre. Ces désordres se remarquent particulièrement sur ceux qui ont succombé à une attaque subite et courte de la maladie. Après qu’on a enlevé cette couche on trouve la muqueuse ordinairement pâle à la partie •supérieure des petits intestins et colorée en brun , et dans l’état de congestion , à la partie inférieure, particulièrement où l’iléum est bleu ou pourpré extérieurement. Si la durée de la maladie a été plus
o8 LÉSIONS DES ORGANES
longue j et surtout lorsque des efforts de reaction se sont opérés, la couche visqueuse se trouve détachée dans une plus ou moins grande étendue, et se trouve flottante dans les liquides contenus dans les petits et les gros intestins ; dans ce cas la membrane muqueuse est plus vasculaire, et les capillaires artériels sont plus injectés que dans les autres cas.
Les gros intestins sont fréquemment contractés , quelquefois au contraire ils sont distendus, et dans d’autres cas , ils sont en même temps contractés dans certains points et distendus dans d’autres. La congestion des veines et des capillaires veineux est généralement évidente spécialement dans la couche celluleuse intermédiaire aux tuniques intestinales. La membrane externe est communément brunâtre à cause de la couleur du sang accumulé dans les vaisseaux en état de congestion quelle laisse voir. La membrane muqueuse est souvent très vasculaire ; quelquefois elle présente une couleur rouge brune, spécialement si le malade a vécu quelque temps, et si des stimulants actifs lui ont été administrés. Les gros intestins ne contiennent jamais de matières fécales, et les fluides qui se trouvent dans leur cavité ressemblent en général à ceux qui sont contenus dans l’estomac et les intestins grêles.
Il a déjà été fait mention^ en parlant des symptômes de la maladie, de l’état d’injection qu’on trouve dans les petits intestins, des symptômes rapportés par le malade, à la région ombilicale, et de la connexion entre la lésion intestinale et ces symptômes qui paraît évidente. Les contractions et les dilatations irrégulières du tube digestif, et la quantité considérable de gaz qu’il contient semblent évidemment, d’après l’existence des douleurs de colique au début, succéder à l’occlusion qui se fait d’abord dans le tube digestif à l’invasion par la cause
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déterminante de la maladie. On peut par conséquent considérer ces douleurs comme un indice du commencement de ces désordres organiques qui, bien que produits dans leur origine par un affaiblissement de la vitalité , peuvent augmenter plus tard par la condition morbide du sang qui circule dans les vaisseaux de ces parties.
Le foie est en général plus brun que dans l’état naturel, et engorgé de sang noir épais. Cet organe présente quelquefois une couleur pourprée ou brune bleuâtre; mais d’autres fois il est bigarré de diverses couleurs , augmenté de volume, ramolli, ou même à l’état pulpeux et facile à déchirer.
La vésicule du fiel est toujours distendue par de la bile épaisse et visqueuse qu’on trouve en général d’un brun vert ou noir chez des sujets qui ont succombé avant la manifestation de la bile dans les excrétions; et quoique le canal hépatique soit large et perméable , l’ouverture du canal commun est généralement resserrée, et permet rarement à la bile de passer dans le duodénum sans une forte pression sur la vésicule. Dans les cas où la mort n’est arrivée qu’après que la maladie s’est prolongée, et dans lesquels il y a eu une certaine réaction vitale, et écoulement de la bile dans les intestins, la vésicule du fiel est d’ordinaire presque vide, ou ne contient qu’une petite quantité de bile saine. Le canal cholédoque, bien qu’il ne soit jamais exempt d’un certain degré de constriction , est généralement plus perméable que dans les cas où la mort est survenue rapidement. 11 est rare que la vésicule soit tout-à-fait vide, relâchée et ramollie. Dans presque tous les cas où j avais observé de la bile dans les excrétions , et où la vésicule a été trouvée vide à l’ouverture du cadavre ; dans tous les cas par conséquent dans lesquels on a été
fondé à admettre que le produit de la sécrétion hépatique avait passé dans les inlestinspendant la vie du malade, j’ai remarqué que la matière visqueuse qui enduit ordinairement la surface muqueuse des intestins grêles se trouve détachée dans une plus ou moins grandé étendue, et est ou flottante dans les fluides contenus dans les gros intestins, ou a été entièrement entraînée avec les matières alvines.
La rate est le plus souvent tuméfiée, engorgée de sang noir et ramollie ; elle se brise quelquefois pendant qu’on procède à son examen et à celui des parties environnantes, présentant ainsi à la fois une distension considérable desa capsule, et un ramollissement de son tissu. La couleur de ce viscère est constamment plus brune que dans l’état naturel.
Les reins sont en général sains, et ne présentent aucune altération qui puisse expliquer l’interruption complète de leurs fonctions, qu’on remarque dans le cours de la maladie.
La vessie urinaire est ordinairement vide et retirée derrière le pubis. La surface muqueuse se trouve fréquemment enduite d’une quantité considérable de mucus visqueux. La contraction de la vessie est évidemment le résultat de l’absence d’urine sécrétée.
État du sang.
L’aspect particulier du sang excita surtout mon attention dans le premier cas de choléra que j’eus à traiter. Dans toutes les ouvertures de cadavres que j’ai faites j’ai trouvé les veines caves, mésentériques, iliaques et sousclavières , les veines voisines du cœur, la veine porte, les sinus encéphaliques , gorgés d’un sang visqueux , épais et noir. Les cavités droites du cœur étaient généralement distendues par un sang semblable, et dans
après le CHOLÉRA-MORBUS. 7 I
les cas où il se rencontrait du sang dans les cavités gauches du cœur il avait la même apparence que celui qui se trouvait dans les cavités droites. Les poumons sont toujours complètement engorgés de sang poisseux ou noir, et tous les viscères présentent à un degré plus ou moins grand, une congestion de sang offrant presque les mêmes caractères. Les vaisseaux de la surface externe du corps et des extrémités sont généralement contractés et vides, ou au moins presque vides.
Cet état particulier du sang n’est pas consécutif à la mort, bien qu’il puisse1 être plus ou moins augmenté après la cessation de la vie. Il est évident déjà dans le sang tiré aux malades dès la première période de la maladie. Pendant les périodes subséquentes, et plus spécialement à mesure que la maladie avance vers sa terminaison fatale, les caractères particuliers du sang que nous venons d’indiquer deviennent plus manifestes, comme l’ont prouvé les faits particuliers que nous avons recueillis. Que cet état du sang soit le premier dérangement matériel consécutif à l’invasion de la cause efficiente delà maladie, je ne le soutiendrai pas; mais je ne conserve pas le plus léger doute que cette altération ne soit le premier anneau de la chaîne des effets consécutifs à l’action de cette cause, et qu’elle tende ensuite par les progrès nécessaires et évidents du mal , à augmenter et à perpétuer le dérangement auquel elle doit elle-même son origine. On est fondé à en conclure que le système nerveux reçoit d’une manière quelconque la première impression de la cause morbide, et amène ensuite le sang à l’état morbide que nous avons décrit. On conçoit en effet que la diminution des fonctions des poumons, du foie et des autres organes excréteurs coexiste avec ces changements ou au moins s’établit presque en meme temps ; le sang ne peut ainsi subir
72 LESIONS DES ORGANES
1 élimination des principes nuisibles qu’il contient au degre necessaire pour que les fonctions organiques puissent continuer à s’exécuter de manière à entretenir la vie.
Les lésions qu’on constate à l’ouverture des cadavres dans les solides et les liquides de l’organisme sont les memes chez les naturels du pays que chez les Européens. La seule différence qu’on observe, est que chez les premiers la maladie se termine ordinairement avec rapidité , les forces de la vie étant rapidement épuisées ; aussi, chez eux, l’état de congestion après la mort est-il surtout remarquable ; tandis que chez les Européens la réaction s’établit plus fréquemment, et par conséquent les apparences d’une action des ca Polaires sont plus évidentes chez eux que chez les naturels du pays. , > '
Si l’on rapproche la description des lésions trouvées sur les cadavres , que vous venez de lire, de celles que les autres médecins de l’Inde ont tracées, on ne reconnaît aucune différence importante. Je pourrais donc me dispenser de vous transcrire d’autres descriptions générales de l’état des organes de ceux qui ont succombé au choléra; mais comme cette partie de l’histoire de la maladie est du plus grand intérêt, comme il est, d’un autre côté, indispensable pour bien connaître les désordres produits dans les viscères par une maladie qu’on n’a point observée soi-même, de lire plusieurs descriptions faites par divers observateurs, il n’est pas inutile de vous communiquer encore sur ce point d’autres descriptions; c’est d’ailleurs une autorité que j’aurai à invoquer, que celle des médecins qui ont vu la maladie dans l’Inde, moi qui ne l’ai point vue,
APRÈS LE CHOLÈRArMORBUS. 7 3
et qui vais cependant bientôt, d’après les documents bien recueillis, tâcher de déterminer la nature de ce mal épidémique.
Extrait du Rapport de la Société médicale de Madras SUR LES LÉSIONS QUE PRÉSENTENT LES CADAVRES DES PERSONNES MORTES DU CHOLÉRA.
Les cadavres des Européens qui ont succombé au choléra , présentent exactement à l’extérieur les mêmes apparences que pendant la vie. La surface du corps est livide, les solides sont affaissés, et la peau des mains et des pieds est comme crispée; les cadavres ne manifestent aucune disposition à la putréfaction plus marquée qu’après une autre maladie; il ne s’échappe pas aussi de l’abdomen ouvert , d’odeur insolite et propre à cette affection. On ne trouve aucune trace de lésion particulière dans les cavités des membranes séreuses , ni dans ces membranes elles-mêmes. Les cavités pleurales , péricardiaque et péritonéales ont été trouvées presque constamment dans l’état naturel, et les lésions qu’on a pu y rencontrer étaient manifestement indépendantes du choléra. Les surfaces revêtues par des membranes muqueuses ont au contraire présenté très généralement des altérations morbides. Ces altérations vont être indiquées en parlant des organes auxquels ces muqueuses appartiennent.
Les poumons sont assez souvent dans l’état sain, même sur des sujets qui ont éprouvé avant de mourir une grande gêne de la respiration ; le plus souvent cependant, ou on les trouve gorgés d’un sang noir au point qu ils ont perdu leur aspect physiologique et que leur tissu ressemble à celui du foie ou de la rate; ou bien on les rencontre dans un état tout opposé à la conges-
tion, c’est-à-dire qu’ils sont réduits à un petit volume et affaissés dans le fond du thorax de chaque côté, laissant la cavité de la poitrine presque vide. Ce dernier état des organes de la respiration a frappé le docteur Pollock , chirurgien du 33e régiment, qui n’a pu le concevoir qu en l attribuant au dégagement dans la cavité thoracique d’un gaz capable de contre-balancer le poids de l’air atmosphérique. Mais l’on a eu l’occasion d’ouvrir sous 1 eau le thorax de sujets morts du choléra et présentant cette disposition, et on n’a vu se dégager aucun gaz. Comme on trouve la cavité des plèvres absolument vide , et que cette cavité n’était évidemment pas remplie par les poumons; il semblerait que ces viscères ont acquis un pouvoir contractile susceptible de surpasser la pression atmosphérique. -Le sang qu’on trouve dans les poumons a toujours été rencontré très noir. Le cœur et les gros vaisseaux sont toujours distendus par du sang, mais pas au point que pourraient le faire croire la faiblesse de leur force d’impulsion , et la congestion évidente du sang vers les organes profonds. La distension par le sang de l’oreillette et du ventricule droit n’est point particulière au choléra ; mais on a trouvé les cavités gauches remplies de sang noir ou brun , et l’on peut considérer cette altération morbide comme appartenant plus particulièrement à cette maladie.
A l’ouverture de l’abdomen on ne rencontre dans la séreuse péritonéale que peu de changement de l’état sain. Quelquefois cependant l’engorgement morbide du sang dans les vaisseaux des viscères abdominaux fait naître une turgescence, une teinte livide, évidente à leur surface extérieure. Nous y avons cependant aussi trouvé des traces d’inflammation, spécialement sur des sujets qui avaient long-temps langui avant de mourir.
APRÈS LE CHOLÉRA-MORliUS. 7 5
Quelquefois tout le tube digestif est pâle , tarit à l’intérieur qu’à l’extérieur.
L’estomac et les intestins conservent , en général , leur volume ordinaire ; l’épiploon n est pas sensiblement affecté sur les cholériques. L’estomac présente, du reste , tant de variétés dans les lésions dont il est le siège , qu’il est impossible de trouver dans l’état où on le rencontre les bases d’un raisonnement sur la nature de la maladie. 11 est très rarement vide ou très contracté sur les cadavres; on ne trouve pas aussi le plus souvent de traces de contraction spasmodique du pylore ; celte contraction se rencontre cependant dans quelques cas. Les matières contenues dans l’estomac sont les substances qu’on y a ingérées avant la mort, qui 11’offrent aucune altération; quelquefois la cavité de ce viscère contient une matière trouble, verdâtre ou jaune; des médecins ont trouvé ses parois enduites d’une couche de calomélas. On a reconnu sur les membranes gastriques des traces , soit d’inflammation , soit de congestion sanguine , tantôt dans un point, tantôt dans un autre; les parois, au siège de ces traces de maladie, étaient comme sphacélées, épaissies, ramollies et friables. On a , en un mot, assigné tant de variétés de caractères à ces lésions depuis l’état physiologique le plus parfait jusqu’à l’état morbide le plus grave, qu’aucune d’elles ne peut jeter de lumière sur la nature de la maladie.
Le tube digestif est quelquefois affaissé, mais le plus souvent il est plus ou moins distendu par de l’air; il est élargi en certains points de manière à. former des sacs remplis d’un liquide blanchâtre , trouble , brun ou
Ivert ; d autres fois ce canal est spasmodiquement contracte; ce dernier état est cependant rare. On ne trouve point dans le tube digestif de matières fécales ou d’autres excréments solides ; mais le plus communément il est
rempli d’une grande quantité de fluide grisâtre ou de matière trouble, séreuse. Le duodénum, et parfois le jéjunum, ont été trouvés enduits d’un mucus adhérent, blanchâtre ou verdâtre; d’autres fois ils semblaient dénudés et privés de leur enduit muqueux naturel, et souvent parfaitement sains. Les traces de bile ou de substances descendues de l’estomac dans les intestins, sont excessivement rares. La congestion sanguine , et même l’inflammation active, ont été constatées plus communément dans les intestins que dans l’estomac, mais aussi s’est-il très souvent trouvé des sujets sur lesquels il n’existait pas de traces de ces lésions.
Le canal thoracique ne contient pas de chyle.
Le foie est communément mais non constamment gorgé de sang. Cet organe est très vasculaire, il faudrait donc des recherches plus attentives que celles dont il a été l’objet pour déterminer le degré de congestion dans lequel il est amené après les maladies ordinaires par la seule stase du sang après la mort, et pour le distinguer de la congestion qui a été constatée après les attaques de choléra. La vésicule du fiel contient presque toujours de la bile , et dans le plus grand nombre de cas elle en est remplie. Ce fluide est d’une couleur noire, comme il l’est d’ordinaire lorsqu’il est accumulé dans son réservoir. Les canaux biliaires ont été trouvés dans des états très divers; les faits dans lesquels ils ont été trouvés contractés et imperméables semblent aussi nombreux que ceux dans lesquels on les a trouvés dans un état opposé.
La vessie urinaire est toujours vide et très contractée; sa membrane muqueuse et celle des uretères sont enduites de mucus blanchâtre. On a en général cité le ^ rétrécissement de la vessie urinaire après la mort comme une preuve d’un état de spasme considérable ; il n’est cependant pas rare de trouver cette cavité également
APRfcS LE CHQLÉR A-M O R BUS. 77
rétrécie après la mort déterminée par d’autres maladies; il paraît en effet être de la nature de cet organe, lorsqu’il ne contient pas d’urine , de se contracter au point de conserver à peine une cavité.
L’état de la rate est si variable dans les conditions morbides ordinaires des cadavres , qu il ne peut lien indiquer comme propre au cbolera. Les vaisseaux du mésentère se trouvent en général gorgés de sang à un degré extraordinaire.
On a fréquemment observé des traces de congestion et même d’extravasation cérébrale, mais ces désordres ne sont pas assez constants ni assez étendus pour exiger une considération particulière. On a rapporté un fait dans lequel la moelle épinière a été examinée, et dans lequel on a trouvé des traces d’une violente inflammation dans ses membranes, mais il s’agissait d’un choléra avec un certain degré de complication. 1
Vous trouverez peut-être que j’ai donné déjà beaucoup d’extension aux extraits que je vous ai présentés sur les altérations qui se rencontrent à l’ouverture des cadavres de ceux qui succombent au choléra. Je veux cependant vous montrer encore par d’autres extraits sur ce point important de l’histoire de cette maladie, l’unanimité remarquable qui règne entre tous les observateurs sur les désordres que cette maladie détermine dans les viscères; dans un temps où l’on attache tant d’importance à l’anatomie pathologique, on regarderait comme une maladie inconnue celle dont l’histoire serait séparée de la description complète de toutes les lésions que présentent les cadavres, surtout quand ces lésions sont constantes. Je terminerai
1 Report of thc Madras medical Tioard by D. Scot , p. xxxii-xxxiv.
cependant ce que je ■veux faire passer sous vos yeux de cette partie de l’histoire de la maladie , par un seul extrait , qui sera la traduction textuelle d’un chapitre d’un livre bien fait, publié sur le choléra-morbus de l’Inde, par un médecin militaire, qui l’a observé dans l’armée anglaise dans ce pays. Vous jugerez, probablement, comme je l’ai fait, les faits qu’il contient dignes du plus grand intérêt , par cela même qu’ils sont le résumé des observations de plusieurs praticiens par l’autorité desquels l’auteur a fortifié ses propres observations.
Histoire des désordres constatés a l’ouverture des
CADAVRES DES PERSONNES MORTES DU CHOLÉRA, extraite
de P ouvrage de M. Orton; parle docteur Searle , qui
la présente comme confirmée par sa propre expérience. '
Les désordres que j’ai observés à l’ouverture des cadavres de ceux qui ont succombé au choléra dansun grand nombre de cas, sont presque toujours les suivants :
Les cadavres offrent sur des parties variables, mais surtout sur les extrémités, une teinte bleue, brune ou livide de la surface du corps. Cette teinte semble plus marquée sur les sujets sanguins et robustes; et dans les cas où la terminaison funeste se fait le moins attendre, le sans tiré, soit des veines, soit des artères, est d une
couleur extraordinairement brune et pourprée.
Les organes profonds sont en général très gorgés de sang; cet état de congestion se remarque particulièrement dans les veines du mésentère , de l’estomac et dans les poumons.
Des plaques étendues de couleur pouprée se trouvent dans l’estomac, et sont ordinairement confinées à sa
■ Choiera, its nature, cause and treatment, by Charles Searle. Chap. n, p. 27.
APRÈS LE CITOLÉR A-MOft bus. 79
membrane interne. De semblables plaques se remarquent aussi clans les intestins, et y sont plus apparentes sur leur surface interne, bien qu’elles se découvrent d’une manière plus évidente que dans l’estomac par la surface externe de ces organes. On les trouve aussi beaucoup plus marquées dans les intestins grêles que dans les gros intestins.
L’estomac contient les substances qu’on y a ingérées quelques heures avant la mort en quantité considérable et peu altérées dans leur aspect et même dans l’odeur qui leur est propre. On trouve fréquemment du calomélas, déposé parles liquides contenus dans l’estomac, et adhérent sur différents points de la muqueuse gastrique. Les intestins sont presque entièrement vides. Les matières qu’ils contiennent ne sont pas ordinairement colorées par la bile; elles consistent particulièrement en un mucus trouble, blanchâtre, ressemblant à de l’eau de gruau ou d’orge épaisse , légèrement troublée par l’addition du lait. De grandes portions du tube digestif, et particulièrement des gros intestins, sont contractées au point qu’on ne peut introduire le doigt dans leur cavité.
La vésicule du fiel contient la quantité ordinaire de bile, qui s’y rencontre sans aucune altération. Les canaux bilifères sont perméables, et la bile passe aisément dans le duodénum lorsqu’on comprime la vésicule.
La vessie est dans presque tous les cas contractée au point d’offrir le volume d’un œuf de poule sans contenir une goutte d’urine.
Les veines du cerveau sont très gorgées de sang noir. Les petites artères de la dure-mère et des membranes cérébrales sont fréquemment injectées. J’ai même appris qu on avait quelquefois trouvé du sang extravasé ! en quantité considérable à la surface du cerveau.
8o LÉSIONS DES ORGANES
M. Annesley, chirurgien de l’hôpital général de Madras , a observé les traces de la maladie sur un grand nombre de cadavres. Sur un Indien qui était en voie de guérison d’une amputation et qui périt du choléra en quelques heures, il a reconnu à la dissection les altérations suivantes : les intestins grêles semblaient ramollis en plusieurs points, et d’une couleur de chair ou d’un brun cramoisi ; ils étaient distendus par des gaz et présentaient des marques évidentes de congestion considérable; l’estomac offrait des traces semblables de congestion ou de suffusion ; le colon était contracté , mais n’était le siège d’aucune congestion ou changement de couleur. Les deux poumons étaient affaissés et condensés, d’une couleur brune; ils ressemblaient à des masses de chair meurtrie ; iis saignaient abondamment sous l’instrument qui les divisait. Le cœur contenait du sang noir dans toutes ses cavités. Les artères et les veines des méninges étaient excessivement engorgées dans leurs troncs et dans leurs branches sur la partie antérieure des deux hémisphères cérébraux; on y reconnaissait la trace d’une action artérielle considérable : les branches artérielles qui rampent sur cette partie du cerveau étaient considérablement injectées par du sang rouge. Les grosses veines de la même partie étaient également très gorgées de sang noir, et sur le lobe moyen de chaque hémisphère se trouvait une couche gélatineuse extravasée, comme si cette partie du cerveau avait ete le siégé dune violente contusion. Six onces de liquide aqueux étaient extravasees entre les membranes. Il y avait aussi un epanchement dans la cavité cérébelleuse et au bulbe rachidien , tous les vaisseaux qui entouraient le cervelet étaient dans un état de turgescence considérable.
Sur un autre sujet , qui périt au bout de dix-liuit
APRÈS LR CHOLÉRA-MORBUS. 8l
heures, on trouva des désordres semblables en général à ceux constatés sur le sujet de l’observation précédente ; mais toute la membrane interne de l’estomac était d’une couleur noirâtre , comme si du sang avait été extravasé en quantité considérable entre les membranes. Le cerveau et les poumons étaient comme dans le cadavre de l’observation précédente. Dans plusieurs dissections successives, les altérations furent si constamment les mêmes, que M. Annesley n’a plus jugé nécessaire de les décrire spécialement. Les faits que nous venons de lui emprunter suffisent pour faire connaître toutes les altérations que présentent les cadavres de ceux qui ont succombé au choléra; l’épanchement séreux encéphalique n’a cependant pas été en général observé à un aussi haut degré que chez le sujet de la première observation.
« Dans une circulaire adressée parla Société médicale de Madras, à la première apparition de l’épidémie dans cet établissement, pour faire connaître et distinguer cette maladie , et tracer les règles à suivre dans son traitement, les désordres reconnus à l’ouverture des corps qui ont été signalés , sont l’inflammation et la congestion du sang sur l’estomac et les intestins et sur les autres viscères de l’abdomen, et même sur le cerveau ; la contraction de la vessie urinaire. Dans un cas, on a trouvé l’estomac et les intestins enflammés, et leur texture tellement altérée qu’ils se déchiraient au toucher parla plus légère pression. Le duodénum était remarquablement dur et contracté.
« La Société médicale du Bengale a aussi observé les altérations déjà décrites sur les cadavres des personnes mortes du choléra : savoir, la congestion excessive des veines profondes, l’inflammation et l’épanchement de lymphe coagulable.
« Le docteur Burrell a trouvé le foie d’une couleur brunâtre, distendu par le sang, et la vésicule du fiel remplie de bile, la rate d’une couleur bleue très foncée. L’épiploon enflammé et les veines engorgées dans toutes ses parties , les petites artères intestinales d’un rouge vif, le colon contracté sur toute sa longueur, au point de ne pas dépasser le diamètre du doigt du milieu, et son calibre tellement diminué qu’on ne pouvait y introduire le manche d’un scalpel.
« Les veines de l’estomac ont plus spécialement fixé notre attention , dit le docteur Burrell : sur la grande courbure de ce viscère, elles étaient d’un volume intermédiaire à celui d’une plume de corbeau et d’une plume ordinaire. Ces vaisseaux engorgés étaient plus apparents à l’intérieur de l’organe. L’injection poussée avec le plus de force, n’aurait pu remplir plus complètement ces vaisseaux : les vaisseaux mésentériques aussi bien que les vaisseaux de chaque autre membrane interne , devaient à cet état d’injection l’apparence qu’ils auraient acquise par une exagération ancienne de leur action. Les poumons étaient noirs et engorgés par le sang : c’est probablement à cet état qu’il faut attribuer la respiration stertoreuse et pénible qui se manifeste dans presque tous les cas où la maladie devient fatale. »
« M. Whyte, sur un individu mort après dix-neuf heures de maladie , trouva le foie augmenté de volume, et engorgé parle sang. La vésicule du fiel était assez pleine ainsi que l’estomac. Ce viscère était d’ailleurs d’une teinte si brune, qu’à un examen superficiel, on l’eut cru dans un état de gangrène. Les intestins grêles étaient dans le même état, et on eût été aisément entraîné à commettre pour eux la même méprise ; mais leurs parois, comme celles de l’estomac, étaient parfaitement solides. Le colon était contracté au point de ne pas excéder le