‹ Documents sur le choléra-morbus épidémiqueChapitre 13 sur 24 · APRÈS LE C.HOLÉRA-MORBUS · texte numérisé non relu

APRÈS LE C.HOLÉRA-MORBUS

du tube digestif, et en d'autres points des apparences prononcées d’une augmentation de l’action artérielle. Une large portion de l’iléum et du colon était complètement gangrénée. Les symptômes que le malade avait présentés indiquaient une affection cérébrale, les traces qui se rencontrèrent, après l’enlèvement du crâne , convainquirent de son existence. Le plus habile anatomiste ne serait pas parvenu à injecter la millionième partie des vaisseaux, qui se ramifiaient sur les membranes et à la surface du cerveau ; on aurait dit que toutes ces parties n’étaient qu’une masse de vaisseaux sanguins. Chaque petite branche semblait si distendue et tellement gorgée , qu’une goutte de sang de plus, l’aurait rompue. Il n’y avait de fluide épanché, ni à la surface du cerveau, ni dans les ventricides. Ainsi dans l'espace de vingt ou trente heures, non seulement il s’était formé une vraie maladie congestive, mais même une inflammation, et la gangrène s’était établie. « M. Craw ajoute ' que « tous ces malades ont succombé dans le coma. •>

« Dans l’excellent ouvrage duquel ces extraits sont tires ( le Rapport de la Société du Bengale') , on trouve encore plusieurs descriptions de désordres constatés à l’ouverture des cadavres : mais ces désordres sont tellement semblables à ceux déjà décrits qu’il est inutile de les présenter en détail. J ai consulté plusieurs observations sur des dissections recueillies par des médecins de la même colonie, qui ont constaté les mêmes altérations morbides. On a quelquefois trouvé des traces d inflammation du foie, et dans quelques cas on a constaté aussi des désordres de même nature dans le cœur et les poumons , l’inflammation ordinaire de l’estomac et des intestins est évidemment au moindre degré dans les cas où la mort est survenue le plus rapidement ;

LESIONS DES ORGANES mais aussi sur tous ceux qui n’out succombé qu’au bout de quelques jours, cette inflammation a été constamment trouvée à un très haut degré.

Les conséquences les plus importantes découlent évidemment de ces observations; elles se réunissent toutes pour établir que tous les organes internes sont le siège d’un haut degré de congestion veineuse: elles prouvent toutes une tendance universelle à l’inflammation qui a déjà été fréquemment signalée. «

Les maladies se caractérisent par l’ensemble des phénomènes que détermine leur présence ; les résultats des ouvertures des cadavres viennent ensuite , pour un assez grand nombre d’états morbides, s’ajouter aux signes diagnostiques pour caractériser d’une manière tranchée la maladie et quelquefois pour permettre d’en déterminer la nature. Pour le choléra- tnorbus épidémique de l’Inde, on a réuni les signes puisés à ces deux sources d’observations, l’unanimité qui existe entre tous les praticiens dignes de foi qui ont étudié cette maladie sur tout ce qui constitueson diagnostic, autorise à tirer avec confiance parti de leurs observations. Sans les résumer en ce qu’elles ont de commun, votre esprit le fait aisément à la lecture de cette Lettre, je me propose d’établir :

i°. Que le choléra-morbus de l’Inde est connu depuis long-temps dans cette contrée ; qu’il y est habituellement sporadique, très fréquemment endémique en plusieurs lieux et, dans certaines années, par certaines circonstances, épidémique , comme il l’a été depuis quinze ans.

2°. Qu’il ne diffère pas essentiellement du choléramorbus connu des anciens et de celui qu’on observe, tantôtsporadiquement, tantôt épidémiquement, en Europe,

LE CHOLÈRA-MORBUS, etc. 87

Les plus anciens livres de l’Inde font mention de maladies qui semblent avoir beaucoup d’analogie , si elles ne sont identiques, avec le eholéra-morbus. Dansle Chilitamani , livre antique que l’on attribue à Dhanwantari, personnage mythologique qui occupe dans la cosmogonie des Hindous la place que les Grecs ont donnée à Esculape dans la leur, se trouve décrite, sous le nom de sitanga , une maladie du genre des affections spasmodiques ( sannipata ), qui présente les caractères suivants :

« Frisson , froid sur tout le corps , toux, respiration pé- « nible , hoquet , douleurs dans tout le corps , vornis- «sements, soif, défaillances, évacuations alvines con- « sidérables , tremblements dans les membres.» Cette maladie a de la ressemblance avec le choléra dont elle diffère cependant par quelques symptômes. Il en est de même de la maladie suivante , décrite aussi dans le Chiniamani , sous le nom de vidhuma vishiichi :

« Obscurcissement de la vue dans les deux yeux, sueur,

« évanouissement subit , perte de l’intelligence, déran- « gement des sens internes et externes, douleur dans « les genoux et dans les mollets , douleurs de coliques ,

« soif excessive , excrétions faibles de matières bilieuses « et de flatuosités, froid des mains, des pieds et de tout « le corps. Lorsque le visliùchi, ajoute l’auteur, est « joint aux vomissements et aux évacuations alvines, « il détermine immédiatement la mort. » Je ne donne pas à ces rapprochements plus d’importance qu’ils n’en méritent. Il est évident que les maladies décrites par l’ancien auteur du livre que j’ai cité , pourraient tout aussi bien se rapporter à d’autres affections graves de 1 abdomen. Je remarque cependant la gravité extrême que présentent ces maladies et qui les caractérise, les désordres des fonctions digestives , et j’en conclus sans crainte d erreur que l’on a observé dans l’Inde, dès la

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plus haute antiquité, des maladies abdominales de la plus grande intensité. J’ai puisé les citations du Chintamani , que je viens de vous rapporter, dans une lettre d’un savant très versé dans la littérature des Hindous, insérée dans le n° du 2 janvier 18 19 du Courrier de Madras.

Arrivant à des époques plus modernes, mais aussi mieux connues , je trouve dans Bontius , qui observait, en 1629, dans la colonie insalubre de Batavia, une description du choléra, qu’il met au nombre des maladies endémiques les plus fréquentes de ce pays. « Cette « maladie, qui consiste dans l’expulsion abondante, coure tinuelle , par la bouche et par l'anus, de matières bi- « lieuses irritant l’estomac et les intestins, est, dit-il, « des plus aiguës; aussi exige-t-elle l’application immé-

« diate des moyens de traitement Elle s’annonce par

« le pouls faible, la respiration difficile, le froid des « extrémités, une chaleur intense à l’extérieur, avec soif «insatiable; insomnie, agitation et anxiété^ extrêmes « de tout le corps. Lorsqu’à ces accidents se joint une « abondante sueur fétide et froide, la mort ne tarde « pas à arriver. » A cette description générale incomplète, mais suffisante pour indiquer la maladie , Bontius ajoute : « Les évacuations excessives du cho- « léra épuisent bientôt les esprits animaux : le cœur, « cette source de la chaleur et de la vie, est paralysé «.par les effluves putrides. Ceux qui sont atteints de « choléra périssent en général, et si rapidement, que la « maladie ne dure au plus que vingt-quatre heures. « Cornélius Van-Boyen , intendant de l’hôpital des ma- « lades, était en parfaite santé à six heures du soir ; il « fut subitement pris du choléra , et périt avant minuit « dans les convulsions et une agonie terrible. La vio- « lence et la rapidité des accidents ne purent être vain- « eues par la puissance des remèdes. »

n’eST PAS NOUVEAU DANS 1,’lNDE. 89

Le docteur Curtis , dans son ouvrage sur les maladies de l’Inde, rapporte une lettre datée de Madras, le 12 février 1774? écrite par le docteur Paisley, dans laquelle ce médecin lui dit :• « Je ne puis douter que les circon- « stances dans lesquelles se trouve l’armée ne contri- « buent à la fréquence et à l’intensité des attaques de « cette maladie dangereuse, qui n’est, comme vous « l’avez bien reconnu , que le vrai choléra-morbus, le « même dont les soldats étaient affectés à Trincomalée.

« Elle est souvent épidémique parmi les noirs , qui en « périssent rapidement, parce que leur constitution af- « faiblie ne peut supporter les effets des évacuations «subites, ni l'action trop puissante delà bile malade.

« Pendant ma première campagne dans ce pays, cette « maladie fit des ravages horribles sur les noirs, et ein- « quante Européens en furent atteints. J’en ai observé « depuis des cas isolés dont plusieurs sont devenus « très dangereux et funestes. Ces affections prove- « naient de l’altération de la bile troublée dans sa sé- « crétion par diverses causes, ou par les émétiques ou « les purgatifs intempestivement administrés. Lorsque « le choléra-morbus est épidémique dans ces contrées, « il constitue absolument une maladie produite par la « bile altérée à un haut degré, agissant sur tout le sys- « tème comme un poison : les résultats immédiats de « cette action sont une subite prostration des forces et « des spasmes sur toute la surface du corps. »

Cette lettre montre que le choléra-morbus régnait en 1774 dans l’armée anglaise dans l’Inde, et qu’il y était épidémique parmi les soldats campés dans différents lieux tandis qu’il épargnait les troupes qui occupaient d autres parties plus salubres du pays. C’est ce qui est arrivé depuis 1817 , où nous voyons, d’après le docteur Annesley, que des divisions de l’armée an-

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glaise étaient décimées par cette maladie dans certaines localités, et qu’il suffisait de les changer de garnison pour les en préserver.

Curds a désigné le choléra-morbus de l’Inde par un mot qui se trouve aussi dans Lind pour indiquer cette terrible maladie. « Le choléra-morbus, dit-il , est appelé « généralement ici mordechm » , dénomination vulgaire dont on a fait en Europe, par altération de prononciation ou d’orthographe , mort-de-chien.

Dans son Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds , qui a été publié en 1780 , et dont la traduction française, parTliion delà Chaume, a paru en 1784 , Lind n’entre pas sur le clioléra-morbus dans des détails étendus. Il en dit cependant assez pour désigner, sans équivoque, le véritable choléra-morbus, dont il fait, avec raison, une maladie de même nature que la dysenterie. « S’il y a choléra-morbus , dit-il; si la « dysenterie s’annonce avec de fortes envies de vomir, « ou des vomissements considérables, il faut d’autres « remèdes. » La fréquence de la maladie dans l’Inde est indiquée par une simple note au commencement de la deuxième section du premier chapitre de la troisième partie de son ouvrage. « Cette maladie, dit-il, est coin- « mune et très dangereuse dans les Indes-Orientales. »

Sonnerat, dans la Relation de ses voyages dans l'Inde de 1774 à 1781, rapporte que le choléra régnait à la côte de Coromandel, et qu’il y avait pris un caractère épidémique et une malignité des plus graves. 11 attribue la manifestation de cette maladie à des causes agissant spécialement sur les individus. « Les uns, dit-il, « furent attaqués de la maladie pour avoir dormi en « plein air; d’autres pour avoir mangé du riz froid « avec du lait caillé ; mais le plus grand nombre pour « avoir mangé après s’ètre baignés et lavés dans l’eau

n’eST PAS NOUVEAU DANS L'INDE. 91

« froide. Cette maladie épidémique arriva pendant le « règne des vents du nord en décembre, janvier et février; lorsque ces vents cessèrent, l’épidémie dis- « parut. »

Un des documents qui prouvent le mieux que le choléra épidémique dans l’Inde n’est rien moins qu’une maladie nouvelle pour cette contrée, est une lettre du gouvernement suprême de l’Inde à la cour des directeurs, du 27 avril 1781 , qui se trouve dans le rapport le la Société médicale du Bengale \ Ce document, qui confirme ce que Sonnerai a consigné dans la relation le son voyage, nous apprend que cinq mille hommes, sous les ordres du colonel Pearse , se rendirent au printemps de l’année 1781 à l’armée du général Eyre Coote, qui se trouvait sur le bord de la mer, entre Ganja et Chicacole. Il paraîtrait qu’une maladie semblable au choléra régnait dans cette contrée dès avant l’arrivée de ces troupes. Elles arrivèrent à Ganja le 22 mars. Les soldats y furent attaqués par la maladie avec une violence inconcevable. Des hommes en parfaite santé périssaient par douzaines. En moins' d’une heure, ils étaient généralement morts , ou hors de tout espoir de guérison. « Tous avaient clés spasmes des plus « douloureux aux extrémités et au corps ; tous étaient « épuisés par des vomissements ou des évacuations al- « vines. » Sans compter ceux qui périrent , cinq cents entrèrent ce jour-là à l’hôpital. Les deux jours suivants , la maladie continua avec la même fureur : plus de la moitié de l’armée en fut affectée. Le commandant voulut aller plus loin , espérant trouver un lieu plus salubre ; mais il lui fut impossible de le faire; presque tous les conducteurs de transports du

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1 Préface

9'^ LE CHOLÉRA-MOltBUS

camp avaient déserté; et quoique l’on eût laissé en arrière la plus grande partie des magasins, on manquait de convois pour transporter les malades ; l’armée était dans la plus affreuse position. « La mort, dit le colo- « nel Pearse , ravageait le camp avec une fureur hor- « rible qu’on ne peut décrire ; tous s’attendaient à pé- « rir de la maladie. Je cherchai en vain à découvrir la « cause de ce fléau , je l’attribuai d’abord au poison; « mais je reconnus ensuite que c’était une maladie qui « dévastait tout le pays que nous avions traversé , et « qu’une partie de notre camp était déjà infectée par les « morts. » On laissa des morts sur toute la route; la division fut dispersée dans un espace de plus de trente milles. Il y avait alors onze cents quarante trois malades à l’hôpital. On se détermina cependant à s’arrêter quelques jours à Itchapore. Les habitants abandonnèrent une partie de la ville pour loger les troupes. Les heureux effets de ce séjour se firent immédiatement sentir; les morts furent moins fréquentes , et on ne l’eçut plus de nouveaux malades. Le 29 , le nombre des malades était réduit à neuf cent huit, et au commencement du mois suivant, l’armée put se remettre en marche , laissant derrièi’e elle environ trois cents convalescents. On n’a pas l’état exact du nombre desmorts, mais, au rapport de ceux qui se trouvaient avec ce détachement, il na pas été au-dessous de sept cents. Dans cette épidémie , comme dans les épidémies récentes , la maladie attaqua d’abord les hommes de la suite de l’armée, ensuite les Cipayes : les Européens furent les derniers affectés ; peu d’offîciens furent malades , et un seul périt.

Cette maladie .était tout-à-faift inconnue de toute l’armée : on l’attribua d’abord à la fatigue et à la vit irrégulière que menaient les troupes, et enfin on y

n’est pas nouveau dans l’tnde. 93 vit l’effet d’un poison dont on trouvait beaucoup d’apparence dans les cadavres de ceux qui succombaient. On découvrit que les naturels de ce pays se servaient d’une euphorbe au lieu de savon en lavant, et que les soldats buvaient l’eau des étangs imprégnés de cette substance ; mais lorsqu’on eut reconnu que la maladie ne diminuait pas malgré les précautions prises pour éviter l’action de cette cause, on se trouva amené à l’attribuer, avec plus de raison , aux eaux de pluie fangeuses, et aux vicissitudes atmosphériques jointes à la situation particulière des troupes; elles avaient presque continuellement marché pendant six jours dans le sable et l’eau salée ; elles étaient si fatiguées qu’à peine pouvaient-elles continuer à marcher. Un vent violent soufflait nuit et jour sur cette côte; et quoique ce vent fût plus faible pendant la nuit, il était alors accompagné d’une humidité si pénétrante , quelle traversait les vêtements du drap le plus épais. Les soldats n 'étaient d’ailleurs pas dans des conditions favorables pour résister à l’inclémence de la saison. Ils n’avaient point de tentes, et à peine si quelques hommes possédaient même des couvertures pour se mettre à l’abri dans leurs bivouacs. On marchait ordinairement la nuit, et quelques uns furent malades pour s’être couchés sans précaution , ayant chaud , et pour s’être endormis exposés à l’influence de l’atmosphère humide et insalubre.

Le choléra-morbus, à l’époque où il attaqua si cruellement la division du colonel Pearse , ne régnait pas seulement, comme maladie endémique, dans le district de Chicacole, de la province d’Orixa , que traversait cette division; la lettre du gouvernement de l’Inde à la cour des directeurs a soin d’en avertir, et de dire que cette maladie s’est propagée d’un lieu à un autre, à la

î)4 LÉ CIIOLÉR .V-MORBUS

manière des épidémies. « La maladie dont nous parlons, " ajoute cette lettre, n’est pas restée confinée dans le « pays qui environne Ganja; elle s’est ensuite dirigée «vers cette place (Calcutta), et, après avoir surtout « affecté les habitants indigènes au point d’occasionner « une grande mortalité pendant une période de quinze « jours, elle a maintenant généralement cessé, et elle « poursuit sa course vers le nord. » La relation de Sonnerat se trouve d’accord avec cette lettre, dont le contenu est d’ailleurs aussi confirmé par ce que dit Girdleston. Cet auteur, dans son Essai sur les affections spasmodiques qui régnent dans l'Inde , établit comme Curtis l’existence ordinaire du choléra , soit sporadique , soit même endémique dans beaucoup de points malsains de ce pays. Il considère comme épidémique, et ayant régné avec une intensité, et une fréquence insolite, le choléra des années 1781 et 1782, qu’il attribue cependant aux saisons, à l’influence du climat et aux circonstances dans lesquelles se sont trouvés ceux qui ont été atteints de cette maladie.

Curtis rapporte qu’en mai 1782, le vaisseau sur lequel il servait, le Cheval marin , arriva à Trincomalée, dans l’île de Ceylan, et qu’il fut informé , par le chirurgien, « que le mordechin, ou la crampe, avait été très « fréquent et mortel parmi les marins, tant à l’hôpital « qu’à bord de quelques uns des vaisseaux, particulière- « ment sur le Hero et le Superbe. Le Cheval marin n’eut « point de malades jusqu’au 21 juin, mais il en eut huit « du 21 au 25. »

Un fait d’une grande importance dans l'histoire du choléra-morbus épidémique, est la manifestation et la propagation de cette maladie parmi les hommes accumulés, et par les rassemblements d’hommes se transportant d’un lieu à un autre. Je ne tirerai pas avec vous,

nW pas nouveau dans u’inde. C)£

quant à présent, toutes les conséquences de ce fait niais j'insisterai cependant sur cette circonstance de l’étiologie de cette maladie épidémique , parce qu’on s’en est servi pour la déclarer tout-à-fait, ou au moins presque indépendante des influences de localité; et dun autre côté, pour la présenter comme étant, par cette circonstance même, une maladie essentiellement différente du choléra ordinairement observé dans l’Inde et dans les pays chauds, et dont tous les observateurs ont parlé. Voici , à cet égard, un des faits les plus remarquables, que j’extrais du rapport du Bengale: ‘

« Nos lecteurs n’ignorent pas que Hurdward, lieu ou les eaux du Gange descendent des montagnes dans la plaine, est un lieu sacré pour les Hindous : chaque annee à la pleine lune d’avril , et plus spécialement à cette époque de chaque douzième année, un immense concours de peuple s’assemble en ce lieu pour se baigner dans l’eau sacrée du fleuve. L’année iy83 fut une des douzièmes années qu’on considéra comme la plus e ureuse. La quantité de pèlerins réunis à Hurdward fut extraordinaire ; on n’en estima pas le nombre à moins de un a deux millions. L’usage des pèlerins est de rester sur le bord du fleuve ; ils y passent la nuit, à peine ou meme nullement abri.*. Plusieurs se rassemblent à , " ‘ l,ne se"le col*verture tendue comme une banne

La température est très variable, les jours sont chauds t les nu.tssout froides et accompagnées d’épaisses rocs. y a des coups de vent t,ès froids qui viennent 'les ouvertures des montagnes. Ces cause, suffirent

men cernent' cT '? Ch°'éra’ ?Ui Se n*anifota «H* le cornforce nue l’ *' “ Cera,10n‘e> el regna avec une telle ’ q“e l0n assure <Iuen moins de huit jours il fit

‘ Préface, p. xvj.

9^ Llî CFIOLlîRA-IVrORBUS

périr au-delà de vingt mille personnes , mais la maladie fut tellement confinée, qu’elle ne s’étendit pas au village de Juwalapore, qui n’est éloigné que de sept milles; elle cessa immédiatement, avec la fin du rassemblement d’hommes le dernier jour de la fête. »

Il s est, comme vous le voyez, passé bien peu d’années dans la dernière moitié du dix-huitième siècle sans qu’on ait observé le choléra-morbus dans l’Inde, toujours plus ou moins lié dans son développement à des circonstances locales , et le plus ordinairement épidémiques. Les deux dernières épidémies de cette période séculaire ou peut-être les deux dernières périodes de l’épidémie de choléra qui avait commencé dans l’archipel indien vers 1774, et qui aient été recueillies, sont l’épidémie cholérique d’Arcot en 1787 , et celle de Manikpatam de 1790. Le docteur Duffin a décrit la première dans une lettre adressée au docteur Anderson, qui se trouve rapportée dans le rapport de la Société de Médecine de Madras. Il est parlé succinctement de la dernière dans le rapport du Bengale. 1

Epidémie d’ Arcot. — « L’atmosphère fut constamment humide et chaude à Arcot 2 pendant tout le mois de septembre 1787. Il y avait chaque soir d’épais brouillards avec des exhalaisons putrides qui s’élevaient des immondices dont cette ville est infectée. Tous les matins d’abondantes rosées froides dérangeaient la transpiration insensible. Toutes ces causes eurent , sans doute, pour résultat de porter le trouble dans toutes les sécrétions. Les miasmes atmosphériques exercent une

1 Préface , p. xxiij.

a Arcot ou Arcate , capitale de la province de Carnate au sud de la province de Golconde , sur la côte de Coromandel et à l’ouest de Pondichéry.

n’est PAS NOUVEAU dans liniie. 97 grande influence sur les voies digestives , et occasionnent en général l’anorexie et le dérangement des digestions. C’est dans ces circonstances que des excès , soit dans les boissons, soit dans l’ingestion ries aliments, ou l’usage d’aliments ou de boissons mal saines, déterminent souvent le choléra. Les soldats et les indigènes sont plus sujets à cette maladie à. cause de leur manière de vivre, que les officiers, dont le régime et les logements sont plus sains. Nous avons cependant acquis la conviction par l'expérience que telle a été cette année l’influence de l’air à Arcot, que toutes les précautions ont été inutiles pour se garantir de l’infection. Lorsque j ai visité cette place, je recommandai de soustraire les malades et l’eau potable à l’influence des miasmes deléteres. Les symptômes que j observai étaient généralement ceux que cette maladie m’a toujours présentés. Je remarquai seulement que la violence des spasmes était plus grande selon les forces vitales des malades et la quantité de matière corrompue qui se trouvait dans les premières voies. La maladie débutait en général par des nausées, des alternatives fréquentes de chaleur et de frisson, de la sécheresse à la peau, et une sensation incommode d’engourdissement dont les malades se plaignaient dans différentes parties du corps. Dès-lors survenaient des sueurs froides, de violentes coliques et de fréquentes excrétions alvines bilieuses. Les matières excrétées avaient l’apparence de la levure de bière; elles avaient une odeur fétide : des vomissements survenaient; ils étaient souvent bilieux, et t autres fois les matières excrétées ne paraissaient être que des liquidés ingérés parles boissons; la soif était intense, il y avait de I oppression aux hypochondres, et de la gene dans la respiration. Fréquemment les spasmes commençaient dès l’invasion , quoique ordinaire-

9^ LJ* CHOLRR A-MORDUS

ment ils ne se manifestassent qu’à mesure que la maladie faisait des progrès ; ils affectaient en général les extrémités inférieures; ils s’étendaient ensuite aux muscles abdominaux, et enfin à tout le corps. Le pouls dès le début de la maladie perdait sa force, et bientôt ne pouvait qu’à peine être senti. Une sueur froide et visqueuse couvrait tout le corps , qui prenait en même temps une teinte livide; les traits étaient décomposés, les yeux enfoncés, et la voix si faible, qu’à peine pouvait-elle être entendue; les déjections étaient excessives : la langue était eu général humide jusque vers la fin de la maladie ; elle devenait alors sèche et fuligineuse;' l’urine était généralement pâle, rendue en très petite quantité. Les vomissements violents et les évacuations putrides montraient qu’il existait dans le canal digestif une matière morbide , dont la nature était de déterminer des efforts d’expulsion, et jusqu’à ce que celte expulsion fût opérée, on ne pouvait guère administrer d’antispasmodiques et de cordiaux que pour soutenir le malade pendant ces évacuations. Comme cordial , le vin chaud me parut le meilleur remède à administrer. Les bains chauds furent de l’usage le plus avantageux, on leur joignait des frictions et des fomentations : on entretenait la chaleur avec des vases remplis d’eau chaude ; des lavements purgatifs furent aussi très utiles. »

L’épidémie d’Arcot s’étendit à Vellore, qui n’en est distant que de quatre lieues. M. Thompson fut envoyé dans ces villes pour rechercher les causes qui faisaient que cette année 1787, le choléra régnait dans ce district d’Arcate, avec une intensité et une étendue insolites. 11 fit un rapport dans lequel il déclare que « le « choléra d’Arcate était exactement le même que celui « qui avait régné à Trincornalée dans les mois d’avril

N EST PAS NOUVEAU DANS l’ïNDE. 99

« et de mai 1782, dans une saison à la fois très chaude « et froide, et pendant le règne de vents de terre à « quelques lieues de la mer : l’état de l’atmosphère est « ici, disait le docteur Thompson, tel que je l’ai observé « à Tri ncomalée. »

Il manque à cette indication de l 'épidémie cholérique d Arcot des détails d’une grande importance On regrette surtout de n’y trouver aucun renseignement sur la durée ordinaire de la maladie, et sur les résultats de cette épidémie. Mais la nature du mal est trop évidente par les caractères énoncés pour qu’il puisse rester quelque doute que c'est bien un choléra-morbus qui ne paraît pas différer du choléra actuel qui s’est dé veloppé dans cette ville en ,787, en apparence, par 1 action de causes locales. 1

Epidémie de Mandatant. - . Un détachement de troupes bengalaises , sous les ordres du colonel Coclerell, fut envoyé à Seringapatham au printemps de

79°, i| fut attaque en route de la même maladie qui atteignit si vivement les soldats du colonel Pearse

7 1dae,aChemen,t à la ^ ^ mars du voisinage

Je la nviere de boobanreccka : comme il allait au

sud, .1 trouva un pays dont la température devenait plus chaude. Un vent frais du sud régnait pendant le jour, augmentait de force à mesure que le soleil s eleva.t, et s affaiblissait à mesure qu! le j„ur munuait, pour disparaître enfin au coucher du so- ‘f Ll nUlt eta“ «'me, chaude et sans vent dans sa

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LE CIIOLÉR V-MORBUS ral jusqu’au i5 avril ; mais il prit alors une plus grande activité sous l’influence d’une rafale froide de vent et de pluie qu’éprouva le détachement à Manikpatam, au nord de Chilka-Lake. De ce moment, jusqu’au milieu de juin, jusqu a ce que la division ait passé Ellore , et que le vent soit devenu plus modéré à la suite de pluies fréquentes, la maladie fit beaucoup de ravages. Comme celles du colonel Pearse, ces troupes n’avaient point de tentes, et ne se mettaient à couvert de l’influence des nuits que par l’abri incomplet de couvertures minces tendues sur des bambous, et encore ce moyen de s’abriter, les domestiques du camp ne l avaient-ils pas. Les soldats étaient harassés par de longues marches sur un sol sablonneux fréquemment privé d’eau, et parla difficulté de traîner leur artillerie dans de très mauvais chemins; ce qui les empêchait quelquefois d’arriver à leur halte avant le coucher du soleil. Le thermomètre au milieu de la journée n’était pas au-dessous de 19.4 degrés F. La maladie était caractérisée par tous les mêmes accidents qui se sont présentés dans la dernière épidémie. Le choléra débutait par une douleur et des spasmes intenses de l'estomac et des intestins, après lesquels se manifestaient les évacuations par en haut et par en bas , et tous les signes d'une excessive faiblesse. » '

Tous les détails dans lesquels je viens d’entrer, et les .longues citations dont vous venez de lire le rapprochement, démontrent que le choléra-morbus de l’Inde est connu depuis long-temps dans cette contrée; qu il y est habituellement sporadique , très fréquemment en plusieurs lieux endémique, et dans certaines années, par certaines circonstances, épidémique, comme il l’a été depuis quinze ans.

« Rapport du Bengale, Préface , p. xxij.

WEST PAS NOUVEAU DANS L’iNDE. ÎOI

On ne pourrait objecter à cette conséquence des faits que des différences observées entre les maladies cholériques observées anciennement, et celles qui vienneut de régner dans l’Indoustan. Il n'y a eu entre les épidémies anciennes et l’épidémie régnante aucune différence essentielle, il y a identité entre le choléra épidémique de ces dernières années et celui qui a régné autrefois. Cette identité , résultant du rapprochement des phénomènes essentiels de la maladie, me paraît devoir être étendue an choléra décrit par les anciens, et à celui qui se montre quelquefois épidémiquement, et presque tous les ans, sous la forme sporadique en Europe , je n entrerai dans la discussion de cette identité qu après avoir fait passer sous vos yeux les descriptions et les faits de choléra-morbus consignés dans les anciens écrivains, et dans les livres de quelques épidémiologistes européens.

Le choléra-morbus de l’Inde qui s est propagé jusqu’au centre de l’Europe, est le même que celui que les anciens auteurs ont décrit; il n’en diffère par aucun symptôme essentiel ; il suffit pour le démontrer, de rapprocher les descriptions que les auteurs nous ont laissées de celles que noqs avons empruntées aux observateurs modernes qui ont étudié cette maladie dans l’Jnde.

Les auteurs anciens qui ont écrit sur cette maladie avec le plus de précision sont, Arétée, Cœlius-Aurelianus et Celse.

Le choléra-morbus, dit Arétée, «est un flux vers la » ouche, 1 estomac et les intestins, qui se fait de toutes « les parties du corps : c’est une maladie des plus aiguës.

“ Les matières accumulées dans le pharynx et à l’ori-

ice te 1 estomac sont rejetées par les vomissements; et .es îumeuis qui nagent dans l’estomac et les intes-

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