DESCRIPTION
« tins sont expulsées par les selles. Les premières nia- « tières vomies, sont comme de l’eau } celles
« qui sont expulsées par l’anus sont stercorales , liquides « et d’une odeur fétide. Si la maladie provient d’une « longue crudité, l’ingestion des lavements provoque « des selles d’abord pituiteuses et ensuite bilieuses; la « maladie semble peu intense au début , et ne s’accom- « pagne d’aucune douleur ; mais il ne tarde pas à se ma- « nifester une tension cardialgique et gutturale, et des « coliques abdominales. Si l’intensité de la maladie de- « vient plus grande, les coliques augmentent; il se ma- « nifeste des défaillances, une résolution des forces, « du dégoût pour les aliments et un accablement moral « extrême. Tout ce qui est ingéré est rejeté avec force « par les vomissements, avec nausées, une bile tout-à- « fait jaune se trouve alors dans les matières rejetées par « les vomissements et par les selles. Les nerfs se tendent , « les muscles des jambes et des bras se contractent spas- « modiquement, les doigts se recourbent, il survient « des vertiges et des sanglots. Les ongles deviennent « livides, les extrémités se refroidissent, et bientôt tout « le corps perd sa chaleur. Si la maladie arrive à son « plus haut degré d’intensité , le malade se couvre d’une « sueur abondante; une bile noire est rejetée par les « vomissements et les selles. La vessie, dans un état con- « vulsif , retient les urines, lesquelles d’ailleurs ne peua'vent être abondantes, puisque tous les liquides sont « dérivés sur les intestins. La voix s’éteint; les pulsations « artérielles sont très faibles et très fréquentes, comme « dans la syncope; il y a des efforts continuels et inu- « tiles de vomissements, des envies fréquentes d’aller à «i la selle et des épreintes. La mort survient enfin au « milieu des douleurs les plus atroces, par des convul- « sions, des étouffements et des efforts inutiles de vo-
DU CHOLÉRA PAR LES ANCIENS. I o3
« missements. Cette maladie règne ordinairement pen- « dant l’été , quelquefois dans l’automne, moins souvent « dans le printemps et très rarement dans l’hiver. Les « jeunes gens, et surtout les jeunes gens le plus robustes, « en sont le plus ordinairement pris; les vieillards en « sont rarement affectés, les enfants l’ont plus fréquem- « ment, mais elle n’est pas mortelle pour eux. » 1 On trouve entre la description d’Arétée et celle des observateurs de l'Inde, une différence qui ne me paraît pas essentielle, quant à la nature du mal : les vomissements, d’après la description d’Arétée, seraient moins abondants que dans le choléra indien, et ne seraient pas formés, comme dans ce dernier, presque exclusivement de matières mucoso-séreuses. Nous reviendrons sur ces circonstances, qui ne sont pas insolites dans le choléra indien; à Calcutta, les vomissements, en 1819 et 1820, n’étaient pas aussi abondants qu’ils l’ont été dans d autres localités, et étaient généralement jaunes, brunâtres ou porracés, en un mot, colorés par la bile; le rapport de Calcutta signale cette forme des vomissements, et M. Deville la constatée, lors de son séjour dans cette capitale du Bengale. J’entrerai bientôt dans quelques détails sur la presence de la bile dans les matières excrétées par les cholériques ; quant à présent , il s agit de montrer, par des extraits des anciens auteurs, que le choléra indien , désigné par l’épithète de spasmodique, n’est rien moins qu’une maladie nouvelle. La description de Cœlius-Aurélianus est encore plus précise, et moins éloignée des descriptions des médecins de linde, que celle d’Arétée.
« L’invasion du choléra, dit Cœlius-Aurélianus , est « fréquemment précédée par un trouble dans les fonc
' De cura<t°ne rnorb. acut. Lib. II, chap. ir.
«o4 DESCRIPTION
« tiens de l’estomac, trouble qui s'annonce par l’anxiété « et la tension épigastrique, la toux, avec insomnie, «coliques intestinales, borborygmes , douleurs abdo- 0 minales , diarrhée, éructations, nausées, salivation « et oppression aux précœurs. L’invasion du mal s’an- « nonce par des vomissements, d’abord des substances « ingérées dans l’estomac et déjà altérées, et ensuite d’bu- « meur et de bile jaune, et après cela, d’un liquide qui « ressemble à du blanc d’œuf. La matière des vomisse- « ments est d’abord verdâtre et érugineuse, et finale- « ment noire. Pendant que les uns vomissent des liquides « de cette nature, chez d’autres la matière vomie est « blanche comme la salive . Alors le pouls s’affaiblit, les « articulations se refroidissent et la peau devient noirâtre. « Le malade ressent en même temps une vive chaleur, « et a une soif insatiable , la respiration est accélérée; « les membres sont contractés, les nerfs et les muscles « des jambes et des bras se contractent, la région pré- « cordiale est rétractée comme dans l’iléus. Quelquefois « les déjections buccales sont sanguinolentes, tous les « traits sont affaissés, les yeux sont injectés, et vers la « fin de la maladie il y a du hoquet. » 1
Les anciens ont, comme on le sait, donné à la bile une très grande importance dans leurs théories des maladies abdominales ; ils ont parlé de bile de toutes les couleurs, et un malade vomissait-il un liquide muqueux blanc, dans une maladie qu’ils attribuaient à la bile, les galénistes n’hésitaient pas à dire qu’il vomissait de la bile décolorée. Je trouverais aisément dans Galien plusieurs passages où cette idée se trouve exprimée, mais, pour ne parler que de ce qui touche le choléra-morbus proprement dit, Celse fournit dans un passage sur le
1 De causés et signes murô. Lib. III, eliap. xx.
DU Cil O LU HA PAU LES AiVCIEJVS. 1 OD
choléra, une preuve que cette interprétation était admise de son temps, et il donne en même temps une description succincte fort exacte de cette maladie.
« Primo facienda mentio est choleræ ; quia commune « id stomachi atque intestinorum vitium videri potest. « Nam simul et dejeclio et vomitus est : præterque >< hæc inflatio est , intestina torquentur, bilis supra in- « fraque erumpit, primum aquœ similis , deinde ut in ea « recens caro Iota esse videatur, interdum alba , non- « nunquam nigra . vel varia. Ergo eo nomine morbum « liunc xotep «v Græci nominarunt. Præter ea vero , quæ «supra comprehensa sunt, sæpe etiam crura manus- « que contrahuntur; urget sitis, anima déficit. Quibus « concurrentibus, non mirum est si subito quis moritur. « Neque tamen ulli morbo minori momento succurri- « tur. »
Est-il nécessaire, après ces détails, que j’insiste davantage sur la similitude du choiera des anciens avec celui qui règne maintenant dans l’Inde? Cette seule différence sur laquelle on a tant insisté, que le choléra ordinaire se manifeste par des vomissements bilieux, jaunâtres, verdâtres, porracés, n’est qu’une circonstance d’intensité de la maladie. Lorsque le mal n’est pas excessivement violent, la bile continue à être versée dans le duodénum; elle colore les liquides, qui sont bientôt vomis. Si le spasme intestinal devient excessif, la sécrétion biliaire, comme toutes les autres, est suspendue : ce liquide, incessamment sécrété par la muqueuse digestive, et qui est incessamment rejeté, n’est plus alors coloré.
Je n entrerai dans aucun détail sur des observations plus récentes qui prouveraient , comme les des-
De medicina. Lib. IV, cap.xi.