A. N. GENDRIN
P. S. Le choléra-morbus a été partout le sujet d instructions adressées par les autorités pour indiquer les précautions à prendre pour s’en préserver ou pour le guérir. Je pourrai discuter un jour avec vous ces instructions, qui sont généralement bien médiocres; j’ai pensé cependant que celle dont cette maladie a été 1 objet à Constantinople pourrait vous paraître de quelque intérêt et exciter votre curiosité à cause de l’état d’ignorance où nous supposons les médecins du Levant, et surtout aussi comme une de ces pièces qui pourraient
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' montrer que le fatalisme, que nous attribuons si gratuitement aux mahométans, est encore un de ces contes avec lesquels on berce notre enfance, et qui ne sont honteux que pour les imposteurs qui les imaginent. Vous ne trouverez sans doute pas dans ce travail du premier médecin de Constantinople, la preuve d’un savoir bien étendu , mais on ne peut nier, en le lisant, que son auteur ne soit jusqu a un certain point au courant de la science , surtout relativement au choléra-morbus; il a cet avantage sur beaucoup de membres de nos conseils supérieurs de santé, conseils de salubrité, intendances sanitaires, etc. 11 est d’ailleurs médecin, et sous ce seul rapport, au moins, le gouvernement turc s’est gardé du ridicule d’aller demander des lumières sur les questions médicales à des hommes étrangers à la médecine, à des hommes à préjugés , auprès desquels le médecin de Constantinople serait un grand savant avec sa doctrine de la contagion adoptée sur parole.
Instruction sur le choléra-morbus , publiée en turc par
l Uelkim-Bachi , chef des médecins de Constantinople .
( Traduction textuelle . ) 1
Mettant ici de côté tous les bruits et toutes les exagérations auxquels a donné lieu la nouvelle maladie qui se répand, ainsi que tout le monde le sait, parmi les hommes, bien que jusqu a ce jour elle soit légère, peu répandue, et que surtout elle ne le soit pas au degré que l’on se plaît à répéter, comme la loi divine et la raison s’accordent pour faire un devoir à chacun de s attacher a l’emploi des moyens qui peuvent le garantir canhei de mort, il est aussi du devoir de celui qui
' Co,n,nuniquée par M. le docteur R. Prus.
120 INSTRUCTION SUIl LE CHOLKR A-MORBUS occupe le poste de chef des médecins , de publier les moyens préservatifs à employer avant, et autant que possible le traitement à suivre après l’invasion de la maladie. C’est uniquement dans ces vues d’utilité publique qu’a été rédigée cette Note, qui renferme un
avant-propos et trois chapitres.
Avant-propos. Cette maladie est la maladie terrible connue dans la riche langue arabe, sous les noms de heïd'a et maradi éswed, dont la cause est l’épanchement dans l’estomac et dans les intestins d’une bile enflammée; les effets sont des déjections par haut et par bas, la terminaison la plus ordinaire est la mort. Mais l’on n’avait jamais entendu dire, et les livres de médecine n’ont point fait mention qu’aussi prompte à se répandre de ville en ville, et, suivant quelques rapports, à se communiquer d’homme à homme, elle fît périr en si peu de temps.
Les gazettes et les lettres des médecins, apprennent qu’elle a pris naissance dans les Indes à peu près en l’an i2 3o (i8i4); elle s’est attachée aux rives de l’Indus, d’où, après avoir alternativement été légère et maligne, avoir disparu un instant pour reparaître l’instant d’après, elle a envahi la Perse, et en dernier lieu les parties basses, arrosées de rivières ou couvertes de lacs des pays situés au nord-est. Extrêmement maligne, et donnant la mort en très peu de temps dans les villes et pays qui , éloignés de la mer, sont arrosés par un fleuve, l’expérience a démontré que si elle s’étend sur les rivages de la mer et dans les îles, elle n’y est pas meurtrière.
Chapitre 1er. Invasion et symptômes du choléra. — Le choléra se déclare souvent par des vertiges violents,