‹ Documents sur le choléra-morbus épidémiqueChapitre 3 sur 24 · SUR LE CIIOLERA-MORBUS · texte numérisé non relu

SUR LE CIIOLERA-MORBUS

pières, les yeux sont enfoncés clans les orbites; la langue est froide; tantôt elle est nette; tantôt elle est couverte d’une légère couche blanche ; quelquefois meme l’air expiré est froid. Dans les cas de cette excessive gravité, les vomissements et les déjections alvines qui caractérisent la maladie ne se manifestent ordinairement pas aussi rapidement que lorsque l’invasion est plus modérée; il semble que la manifestation de ces évacuations soit retardée jusqu’à ce qu’il s’opère dans les fonctions suspendues un léger effort de réaction.

Il est digne de remarque que, à moins que la mort, dans ces cas d’excessive gravité, ne survienne en peu d’heures , il se fait dans l’organisme des efforts pour rétablir l’équilibre constitutif des fonctions : nous insistons sur ce fait parce qu’il doit servir de guide au praticien pour déterminer l’instant où les saignées et quelques autres moyens de traitement indiqués dans les documents des médecins qui ont pratiqué dans l’Inde peuvent être mis en usage avec quelque succès.

Bientôt les vomissements s’établissent: ils expulsent d’abord les matières ordinairement contenues dans l’estomac, et immédiatement après un fluide trouble comme du petit-lait, de l’eau d’orge, de l’eau de riz ou du blanc d’œuf. On indique assez exactement les caractères de cette matière des vomissements en disant que c’est un liquide séreux contenant des flocons d’albumine coagulée. Les intestins expulsent aussi les matières qu’ils contiennent; celles qui se trouvent dans le rectum ont plus ou moins leurs caractères naturels, mais les matières excrétées immédiatement après ressemblent à celles que rejette 1 estomac; elles sont poussées avec force comme un liquide qui sort d’une seringue. On peut en dire autant de 1 expulsion des matières vomies.

Des spasmes qui commencent aux orteils et aux doigts

8 RAPPORT DU CONSEIL DE SANTI* D’ANGLETERRE se manifestent immédiatement et s’étendent par degrés aux grands muscles des jambes et des bras et aux muscles abdominaux. Ces spasmes varient en intensité , mais ils sont quelquefois si violents qu’ils ont l’apparence du tétanos.

Dans des cas graves les vomissements sont peu considérables ; dans d’autres ils sont très abondants ; et les vomissements et les selles n’ont entre eux aucun rapport connu; quelle que soit celle de ces évacuations qui précède, une vive chaleur brûlante se manifeste d’avance à l’épigastre; le malade appète très vivement les boissons froides et particulièrement l’eau. Quoique la peau et la langue soient peu chaudes au toucher, que le pouls ne se sente plus ou soit peu perceptible , les malades se plaignent d’une chaleur intense et éprouvent une aversion insurmontable contre toute application chaude à la peau; les spasmes augmentent en s’étendant quelquefois graduellement vers l’abdomen jusqu’au scrobicule du cœur; d’autres fois ils s’y manifestent subitement.

Les autres symptômes graves sont une sensation intolérable de pesanteur et de constriction au thorax avec respiration anxieuse. Pendant que les spasmes persistent à se manifester, la face devient plombée ou bleuâtre ; la langue, les doigts et les orteils deviennent également livides. La paume des mains et la plante des pieds se rident, les doigts et les orteils prennent l’aspect qu’ils ont quand ils ont été long-temps plongés dans l’eau chaude. Pendant ce temps-là , la sécrétion de l’urine se suspend, ainsi que les sécrétions muqueuses de la bouche et du nez. On ne remarque pas de bile dans les évacuations, et l’on observe en général que toutes les fonctions par lesquelles la vie se conserve sont suspendues ou alfaiblies d’une manière alarmante. Les seules fonctions v cérébrales paraissent peu dérangées dans ces cas si

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graves , car les facultés intellectuelles restent entières jusqu’au dernier instant de la vie.

Le calme succède enfin aux symptômes graves que nous venons d’annoncer, il précède immédiatement la mort; car la dernière période de la maladie est communément marquée par la cessation des symptômes graves sans rétablissement du pouls, et sans retour de la chaleur naturelle; quelquefois la terminaison de la maladie se fait par des spasmes convulsifs.

Une heure ou deux après l’invasion du choléra, et quelquefois plus tôt, le pouls ne peut souvent plus être perçu au poignet ou aux artères temporales ; lorsqu’il est encore percevable, on trouve qu’il bat de quatrevingts à cent fois par minute; il est même assez souvent plus fréquent. Il ne faut dans beaucoup de cas que quatre heures pour qu’une semblable attaque anéantisse la puissance vitale ; il est rare que la vie se prolonge plus de huit heures.

Nous venons de décrire les symptômes de la maladie au plus haut degré d’intensité dans l’ordre ordinaire de leur manifestation. Lorsque la maladie marche si rapidement à une terminaison fatale, les médecins voient l'arement les malades avant que la plupart des symptômes se soient manifestés.

Dans la forme du choléra la plus ordinaire , les accidents ne se succèdent pas aussi rapidement: l’invasion se fait par une douleur d’estomac avec un léger vomissement et deux ou trois selles liquides qui ne fixent pas beaucoup 1 attention, mais bientôt une sensation de chaleur brûlante aux hypochondres excite les soupçons et fait présumer la réalité de l’invasion du choléra, dont la p îés en ce cesse d être douteuse par la manifestation d évacuations alvines et de vomissements de liquides de nature spéciale devenus plus fréquents, à

10 RAPPORT DU CONSEIL DE SANTÉ D’ANGLETERRE moins que déjà l’existence du mal n’ait été démontrée par la prostration des forces et par cette altération de la face qui n’est constante que lorsque la mort doit arriver en peu d’heures. Les accidents que nous avons déjà décrits se manifestent ensuite, mais cependant avec plus de lenteur ; les spasmes des extrémités augmentent à mesure que les évacuations se succèdent; ils sont particulièrement en rapport d’intensité avec le sentiment de constriction thoracique. La maladie, lorsqu’elle se développe ainsi progressivement, et d’abord d’une manière insidieuse et plus lente dans la succession des accidents qui la constituent, est plus accessible à l’action des moyens de l’art lorsqu’ils sont administrés de bonne heure; mais si on la néglige, la terminaison est fatale, comme dans les cas où l’invasion a été subite. La maladie sous cette forme dure de vinet à trente-six heures.

Entre ces deux formes de la maladie que nous venons de décrire, il n’y a de différence que celle qui résulte de la lenteur de la succession des accidents dans la dernière ; il n’y en a aucune en résultat pour le malade, puisqu’il succombe dans l’un et l’autre cas : la dernière forme présente néanmoins cet avantage, qu’elle permet, pendant sa durée, aux efforts de la nature contre le mal de devenir efficaces, et qu’elle laisse le moyen de recourir à toutes les ressources de la médecine. Il est cependant encore une autre différence qui mérite une plus grande attention. Nous avons déjà dit que dans la forme où les accidents se succèdent si rapidement, les facultés intellectuelles ne sont que bien peu altérées;

11 faut même ajouter que cette altération ne se manifeste pas par le délire, et qu elle consiste plutôt dans une confusion ou une hésitation dans les facultés intellectuelles, comme dans un léger empoisonnement. Dans les choléra qui ont une plus longue durée, si les nia-

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lades, soit par la vigueur naturelle de leur constitution , soit par l’efficacite des soins des médecins, résistent au mal pendant vingt-quatre heures, souvent la conjonctive s’injecte, et il n’est pas rare de voir le délire, et même le coma, se manifester.

On a remarqué qu’en général ceux qui passent la soixante-douzième heure se rétablissent; mais il y a encore des exceptions à cette observation. Les rapports des médecins des présidences de Bombay et de Madras établissent que la guérison des accidents d’invasion termine communément la maladie, ou, comme le disent ljes médecins de Madras, les accidents ultérieurs dépendent de maladies antécédentes et propres aux individus. Le rapport du Bengale présente une série de symptômes subséquents qui ressemblent à ceux de la fièvre lente nerveuse , et qui , lorsqu’ils deviennent mortels, se terminent ordinairement vers le onzième jour de l’invasion du choléra. Nous compléterons notre description par un extrait de celle que présente sur cette maladie le rapport des médecins du Bengale , en faisant observer que cette description correspond exactement à celle qu’a donnée le docteur Keir, pour la deuxième période de l’épidémie qui a régné à Moscou depuis le commencement d’octobre jusqu’aux premiers jours de mars. Nous avons à parler auparavant de la marche que prend la maladie dans la disparition des accidents lorsqu’elle marche à une terminaison favorable.

Les premiers symptômes d'amélioration sont la terminaison des spasmes et de la difficulté de respirer, le retour de la chaleur à la surface du corps, et le rétablissement du pouls. Ces symptômes d’amélioration sont néanmoins équivoques; ils ne sont souvent que temporaires; le prognostic quon en tire est très incertain, à moins quils ne suivent une marche d’amendement progrès-

\1 RAPPORT OU CONSF.IL DF SANTÉ DANGLPTERRE sive. Le sommeil avec une diaphorèse chaude sont des signes de rétablissement plus certains et de plus de valeur. Le retour de la sécrétion et de l’évacuation de l’urine est un des signes les plus favorables: vient ensuite le passage de la bile dans les intestins. Si ce passage est largement établi, et s’il s’accompagne de l’élévation du pouls et de l’augmentation de température de la peau , on peut considérer le malade comme débarrassé du choléra-morbus. Mais on verra par l’extrait que nous allons donner du rapport du Bengale, que souvent après ce rétablissement il reste une période de la maladie à combattre.

La maladie déclarée, lorsqu’elle ne devient pas fatale, a trois modes de terminaison. Le premier se fait par convalescence immédiate, accompagnée seulement d’une grande faiblesse. Le deuxième arrive par d’abondantes évacuations de bile altérée qui se prolongent pendant plusieurs jours ; quelquefois même dans ces évacuations la bile est mêlée à du sang, et elles s’accompagnent de vives douleurs dans les intestins , et surtout au rectum. Le troisième mode de terminaison consiste en la conversion des accidents cholériques en symptômes fébriles qui se trouvent décrits dans l’extrait suivant du rapport du Bengale.

« La fièvre qui s’est presque constamment manifestée « dans cette deuxième période de la maladie participait « beaucoup de la nature des affections bilieuses ordi- « naires dans ces latitudes: la peau était chaude et sèche ; « la langue était couverte d’un épais enduit saburrhal, « la bouche sèche, la soif vive, l’estomac douloureux; « le malade était agité, et privé de sommeil, le pouls fre- « quenl et irrégulier ; il y avait quelquefois du délire et « de la stupeiîr, et d’autres symptômes graves d’affec- « tion cérébrale. Lorsque ces accidents se terminent

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/« par la mort, la langue devient en général, de blanche « qu’elle était, brunâtre, quelquefois noire, sèche, et «plus fuligineuse encore; les dents et les lèvres sont « couvertes de fuliginosités; il y a des alternatives de « frissons et de chaleur; le pouls devient extrêmement « faible, précipité et tremblottant ; le hoquet, la res- « piration anxieuse, une grande agitation et des plaintes « profondes se succèdent; le délire survient, et le ma- « lade reste privé de ses facultés par l’action débilitante « de la fièvre lente nerveuse et des évacuations alvines « fréquentes et brunâtres. « L’habile auteur du rapport du Bengale doute si ces symptômes peuvent être considérés comme formant une partie essentielle et nécessaire de la maladie elle-même, ou s’ils ne doivent pas plutôt être rapportés aux affections bilieuses endémiques dans ce climat. En rapprochant cette description de celle de la seconde période de la maladie observée à Moscou pendant la saison la plus froide de l’année, on acquiert la certitude que l’influence du climat n’est pour rien dans la production de ces accidents.

Résultats des ouvertures de cadavre.

Les lésions constatées sur les cadavres de ceux qui ont succombé au choléra sont très différentes, à ce qu’il parait, en raison de la durée de la maladie. Sur ceux qui ont succombé en huit ou dix heures on trouve en général 1 estomac relâché , dilaté et rempli de la matière des vomissements ; il contient quelquefois des aliments qui y ont été ingérés, et qui n’ont point été rejetés quoique les vomissements aient été excessifs. Les tuniques ue 1 estomac sont dans ces cas pâles et privées de sang, les petits et les gros intestins sont dans le même état que \ estomac; l’arc du colon et quelquefois la courbure sigmoïde de cet intestin , lorsque le ventre a

l/| RAPPORT DU CONSEIL DE SANTÉ d’ ANGLETERRE été contracté spasmodiquement avant la mort, présente une telle contraction qu’il offre un diamètre inférieur à celui du duodénum; c’est cependant le plus communément l’arc du colon qui est ainsi contracté. Ce n’est que dans quelques cas que la contraction s’étend à l’S de cet intestin. 11 n’existe pas de traces de matières fécales ou de bile dans le tube digestif. La vessie est généralement vide : le foie et les vaisseaux qui se rendent à la veine-cave inférieure sont gorgés de sang; cette turgescence vasculaire s’étend à la veine-cave supérieure, aux cavités droites du cœur et quelquefois même au ventricule gauche. Le sang se trouve également accumulé dans les poumons; il y a une congestion dans tous les gros vaisseaux veineux; le sang accumulé dans les vaisseaux est extraordinairement noir, il ressemble à du goudron par sa couleur et sa consistance. Il est important de faire observer que cette congestion locale sanguine se trouve dans tous les cadavres , que la maladie se soit très rapidement terminée ou se soit prolongée. Elle est particulièrement évidente, comme on devait s’y attendre , chez ceux dont la respiration a été le plus gênée par l’oppression. La vésicule du fiel est remplie de bile, les voies biliaires sont généralement, libres , mais elles ne présentent aucune trace du passage récent de la bile dans les canaux.

Lorsque la maladie s’est prolongée, on trouve ces mêmes désordres principaux sur les cadavres , mais souvent avec bien d autres. Les vaisseaux de 1 estomac sont alors gorgés de sang; la surface de cet organe est quelquefois d’une couleur violette pâle , d autres fois d un bleu foncé; elle est enfin dans quelques cas tellement noire qu’elle paraît comme sphacélée: on reconnaît cependant qu’il n’en est point ainsi à la fermeté de texture de cette tunique et à la congestion vasculaire qu’on re-

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connaît en elle, en interposant l’estomac entre l’œil et la lumière. On a aussi trouvé les artères de l’estomac présentant 1 apparence qu elles offriraient si elles étaient injectées avec du vermillon • toutes ces alteiations se retrouvent dans les petits intestins , mais elles existent très rarement dans les gros.

Lorsque le coma s’est manifesté on trouve de la sérosité épanchée , tantôt entre les membranes du cerveau , tantôt dans les ventricules; il n’existe quelquefois qu’une congestion sanguine dans les vaisseaux cérébraux.

Les cadavres de ceux qui ont succombé après des accidents subséquents au choléra ne présentent point de désordres différents de ceux qu’on observe ordinairement dans les autres affections fébriles caractérisées par les mêmes accidents.

Traitement de la maladie dans l'Inde.

Les modes de traitement adoptés dans l’Inde sont très variés. Le grand nombre d’individus qui tombaient malades chaque jour, et le petit nombre de succès obtenus dans les premiers temps où le choiera se manifesta semblaient avoir découragé les médecins au point qu'ils passaient, dans l’état désespéré où ils trouvaient leurs malades, d’un moyen de traitement «à un autre opposé. C’est ainsi que, suivant l’opinion qu’il se formait sur les symptômes que lui présentait la maladie, chaque praticien avait recours quelquefois avec et d’autres fois sans succès, tantôt aux stimulants les plus actifs, et tantôt aux saignées , même dans le mode de maladie qui ne se prolonge que de quelques heures. Il n’est cependant pas clif ticile de tracer une méthode de traitement rationnel d après la pratique des praticiens de l’Inde, consignée dans le grand nombre de renseignements qu ils ont recueillis avec tant de zèle et d’habileté.

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La première indication à remplir consiste à rétablir les forces par l’application de la chaleur, par les stimulants externes ou internes, et d’apaiser les vomissements, les évacuations alvines et les spasmes par l’administration de l’opium ou d’autres sédatifs; il faut ensuite rétablir les sécrétions et l’excrétion bilieuse, et enfin s’occuper de l’oppression de la respiration. La difficulté de satisfaire à ces indications sera aisément comprise en se rappelant que dans les cas les plus graves on ne peut qu’à peine arriver auprès des malades avant le développement de tous les accidents , lorsque déjà le pouls au poignet est filiforme ou ne peut même plus être senti.

Les moyens de satisfaire à ces indications que presque tous les praticiens ont adoptés sont d’administrer d’abord l’opium, et aussitôt que les vomissements sont calmés de donner des purgatifs communément formés de calomélas; d’autres préfèrent le calomélas combiné avec l’opium , et administrent ensuite les purgatifs préparés avec les substances le plus ordinairement employées. On a émis l’opinion que le calomélas est le meilleur remède du vomissement , et qu’il suffit pour soulager les angoisses que produit la chaleur brûlante que l’on ressent aux hypochondres ; mais on a aussi opposé à cette opinion tant de faits contraires qu’il en résulte que ce résultat est bien douteux. Les doses d’opium auxquelles on a généralement recours sont de soixante à quatre-vingts gouttes de laudanum ou une quantité équivalente d’opium pur, que l’on a reconnu être de tous les médicaments celui que l’estomac conserve le mieux. On administre en même temps dix, quinze ou vingt grains, quelquefois même une plus forte dose encore de calomélas. Le plus ordinairement on administre soixante gouttes de laudanum et vingt

grains de calomélas, qu’on répète par doses, soit plus ' fortes, soit plus faibles , toutes les deux, trois ou quatre heures. Des praticiens qui ont une très grande confiance dans le calomélas, mais qui préconisent en même temps les avantages réels ou probables des sédatifs , combinent cinq, dix ou vingt grains de calomélas avec une quantité plus ou moins considérable d’opium. Les purgatifs auxquels on a en général recours sont le jalap , la scammonée, la rhubarbe, l’extrait composé de coloquinte, les pilules purgatives préparées avec l’huile de croton, le séné, les sels, la magnésie et particulièrement l’huile de ricin.

On a recours aux stimulants internes et externes pour rétablir la chaleur à la surface du corps, pour rappeler le sang à la peau; tels sont l’alcohol et les autres liqueurs spiritueuses, l’éther, l’ammoniaque, l’huile de menthe. Des praticiens ont administré l’assa-fœtida , soit seule soit combinée avec l’opium ; on a aussi eu quelquefois recours soit à l’opium seul, soit à la térébenthine administrée sous forme de lavement. On parle dans un des documents transmis au conseil , de l’huile de cajeput, administrée avec avantage à des naturels du pays, au début de la maladie, à la dose de trente à cinquante gouttes, par un domestique d'un des résidents delà compagnie dans l’Inde. Parmi les stimulants externes qui ont été employés, les emplâtres vésieants de cantharides ont été appliqués «à l’épigastre, ou dans des cas très graves, on s’est servi de l’eau bouillante pour déterminer une vésication immédiate. On a aussi pour préparer la peau à l’application des vésicatoires, et afin que ces emplâtres fissent leur effet avec une grande rapidité, eu recours à l’application de l’acide nitrique neutralisé avec la chaux. Des sinapismes ont été appliques à 1 épigastre, aux pieds, aux mollets et aux bras.

l8 RAPPORT DU CONSEIL DE SANTÉ D ANGLETERRE On a eu recours aux bains chauds, à la température de cent douze degrés de Fahrenheit, aux bains de vapeur, aux fomentations , aux simples frictions avec des flanelles chaudes , des vases remplis d’eau chaude, du sable chaud 5 des frictions avec différents liniments , avec l’huile de térébenthine, avec l'huile de cajeput et tels autres topiques stimulants qui se sont trouvés à la disposition de chaque praticien suivant l’imminence des cas. D’autres médecins se sont bornés à un traitement plus doux; ils ont administré de la magnésie dans du lait à la dose d'un demi-gros ou même d’un gros chaque demiheure ou chaque heure dans l’intention de modérer les vomissements en agissant sur l’estomac par les moyens les plus doux. Ce mode dé traitement a eu d’abord de grands succès pendant quelque temps, aussi l’a-t-on souvent répété; mais il a ensuite échoué au point qu’on a été amené à douter qu’il ait jamais été efficace. Un des moyens de traitement les plus doux auquel on a eu souvent recours consiste à vider l’estomac avec l’infusion de camomille et d’autres légers évacuants de cet organe, et à donner ensuite de l’opium, et enfin à puro-er, soit avec le caloméias , soit par un autre médicament. Quelques médecins ont administre les emetiques; mais ce moyen de traitement n’a point été employé d’une manière générale; les rapports des médecins de l’Inde signalent cependant l’utilité qu’on en a quelquefois retirée; il en a aussi été question dans l’enquête faite par le conseil.

Presque tous les modes de traitement ont réussi ou échoué. Nous devons même encore faire remarquer que dans le plus grand nombre des cas si la mort n est pas survenue dans les vingt-quatre heures; si la chaleur revient à la peau , et si la circulation se rétablit à un certain degré dans cet espace de temps ; si enfin l’amélio-

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ration obtenue soit par les seules forces de la nature, soit par l’assistance des médecins, est suffisante pour que la vie des malades se prolonge jusqu’à la soixantedouzième heure, presque toujours le malade guérit.

Le moyen de traitement qui est présenté comme ayant été le plus généralement suivi de succès, lorsqu’on a pu y avoir recours , est la saignée, même dans des cas où le pouls au poignet était à peine perceptible. Ce moyen de traitement semble s’accommoder naturellement au principe du mal ; il fait cesser la congestion dans le système veineux qu’on trouve constamment engorgé à l'ouverture des corps ; cette congestion , bien quelle ne soit que l’effet de la première impression du mal sur l’économie, paraît être la cause immédiate de la mort. Dans les cas les moins graves, ou même dans les cas d’une grande intensité contre lesquels les médecins sont appelés à diriger les moyens de l’art, avant que le pouls soit perdu au poignet ou soit devenu filiforme, on a recours à la saignée avec les avantages les mieux éta- • blis. On a quelquefois vu l’oppression thoracique, la chaleur brûlante aux précœurs, les spasmes, les vomissements et les évacuations alvines céder à une seule saignée ; d’autres fois il a fallu réitérer ce moyen de traitement. Lorsque l’on a pu dans ces cas pratiquer une large déplétion sanguine, ces bons résultats se sont montrés très constamment; on a même observé dans des cas où le pouls n’était déjà plus distinct, la saignée suivie d’heureux résultats et portée avec avantage jusqu’à dix-huit, vingt-quatre ou trente onces de sang; le pouls reprenait de la force et devenait de plus en plus percevable à mesure que le sang coulait. Si le pouls à cet état de faiblesse est encore assez distinct pour donner au doigt le sentiment d un pouls déprimé, la saignée est presque toujours suivie de succès. Le sang extrait est toujours

20 RAPPORT OU CONSEIL DU SANTÉ d’aNGLETERRE noir, qu’il provienne d’une veine ou d’une artère; il sort avec une grande difficulté ; ordinairement il s’échappe par gouttes desvaisseaux, ce n’est que graduellement que le jet s établit. Avant qu’on puisse extraire ainsi largement du sang, l’état du malade exige quelquefois qu’on ait recours au bain chaud, aux frictions, aux stimulants internes et externes pour amener une réaction suffisante. Si l’on ne peut obtenir qu’une petite quantité de sang, le cœur semble supporter la déplétion sans reprendre d’énergie, la masse du sang en circulation est diminuée , et la plus grande partie de ce fluide ne traverse plus le cœur et est agglomérée dans les veines caves supérieure et inférieure.

L’effet de la saignée est mécanique, cette déplétion n’agit qu’en faisant disparaître l’obstacle à la circulation causé par l’engorgement du sang dans les grosses veines. Si la déplétion n’est pas portée assez loin pour faire cesser cet obstacle, et pour amener les grosses veines à verser librement le sang qu’elles contiennent dans le cœur, il en résultejine faiblesse semblable à celle que la saignée produit chez des sujets* épuisés par une maladie. Le sang noir n’est pas enflammé. La quantité qu’il faut extraire pour amener du soulagement varie suivant les individus. Le signe le plus sûr du moment où il faut cesser de tirer du sang est la cessation des spasmes et de l’oppression thoracique, le retour de la force du pouls et la cessation de la chaleur brûlante aux précœurs, mais le guide peut-être encore le plus siir dans cette pratique est le changement de couleur du sang, qui de noir prend une couleur plus vermeille.

Quoique la saignée ait été quelquefois suivie d’un sommeil immédiat, du rétablissement du pouls et de la chaleur naturelle et d’une rapide solution de la maladie, il ne paraît cependant pas qu’on se soit en gé-

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néral borné à ce moyen de traitement, mais ou a eu recours soit apres son emploi, soit simultanément, aux autres moyens de traitement que nous avons indiqués.

Le conseil de santé s’est proposé en dressant ce rap-% port de répandre plus généralement la connaissance des symptômes de la maladie, tels qu’ils se présentent dans l’Inde, et des méthodes de traitement qui y sont adoptées. 11 pense qu’en rapprochant ce document des descriptions de la même maladie, telle quelle a régné à Moscou, et telle quelle règne actuellement à Saint- Pétersbourg, on acquerra une connaissance générale suifisante du choléra-morbus.

L’histoire de la maladie^ les résultats des ouvertures des cadavres et la connaissance des méthodes de traitement usitées dans l lnde et en Russie, mettront les praticiens de notre pays en mesure pour la première manifestation du mal. Le conseil se repose sur l’instruction si générale des médecins pour les laisser tenter les ressources que leurs moyens leur suggéreront sans les influencer, jusqu’à ce qu’une méthode de traitement plus généralement heureuse ait été trouvée. Le conseil accueillera en même temps avec une grande attention tputes les communications qui lui seront faites par ceux qui verront la maladie; il les invite à lui transmettre le résultat de leurs observations ; les membres du conseil s’estimeront aussi heureux de lier sur ce sujet des r apports avec leurs confrères.

Au nom du conseil. Henry Halford, président.

Après avoir trace le résumé de l’histoire de ia maladie observée dans l’Inde, le conseil l’a rapproché des observations recueillies en Europe à Moscou et à Saint-

Pétersbourg, afin de faire ressortir les rapports de la maladie épidémique de l’Europe avec le choléra épidémique de l’Inde. Voici la traduction textuelle de ces pièces :

Extrait du Rapport sur la maladie épidémique appelée CHOLÉRA-MORBUS , QUI A RÉGNÉ DANS LA VILLE DE Moscou ET DANS D’AUTRES PARTIES DE LA RüSSIE, PEN- DANT l’automne de i83o et l’hiver de le

docteur Keir.

Il n est aucun médecin familiarisé avec les bons ouvrages qui ont été publiés sur l’épidémie de l’Inde, improprement désignée sous le nom de choie ra~morbus , et qui ait eu occasion de traiter l’épidémie de Russie, qui conserve le moindre doute sur l’identité de ces deux maladies : le mal a certainement été transporté d’une manière ou de l’autre de l’Indostan aux bords du Volera.

Les symptômes de la maladie épidémique observée à Moscou ont été les suivants:

L’invasion et les symptômes primitifs n’ont pas été constamment les mêmes, bien qu’ils n’aient présenté que de faibles différences. Le plus communément l’invasion se fait par un malaise général qui est bientôt suivi d’une sensation extraordinaire de pesanteur ou d oppression au creux de l’estomac, avec une gêne ou une douleur à la partie antérieure de la tête, à laquelle succèdent ordinairement des vertiges, et quelquefois des bourdonnements dans les oreilles. Ces phénomènes d’invasion sont tantôt accompagnés, tantôt immédiatement suivis d’une sensation générale de défaillance, d’évacuations alvines, de nausées ou de vomissement. Si quelques heures s’écoulent avant l’arrivée du médecin, comme cela n’arrive que trop souvent pour les malades , de la classe peu fortunée, ou le médecin trouve le malade sans pouls au poignet, ou les battements de l'ar-

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