‹ Documents sur le choléra-morbus épidémiqueChapitre 6 sur 24 · ÉPIDÉMIE DE MOSCOU · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIE DE MOSCOU

chutes par suite d écarts dans le régime, j’ai même vu un cas de cette espèce qui est devenu fatal.

Résultat des ouvertures de cadavres.

Les lésions que l’on rencontre sur les cadavres après la maladie ne sont pas constamment les mêmes ; elles paraissent varier d’après la durée de la maladie et les circonstances dans lesquelles les malades ont succombé. La manière la plus simple de faire connaître les lésions trouvées sur les cadavres me paraît être de rapporter les résultats des ouvertures des cadavres, imprimés à Moscou et présentés au conseil médical de cette ville par ceux de ses membres qui se sont le plus spécialement livrés à ce genre de recherches, j’y ajouterai les impressions qu’ont faites sur mon esprit les dissections de corps auxquelles j’ai été présent.

Les extrémités étaient en général dans un état de congestion plus ou moins marqué ; la peau des mains et des pieds était ridée, les traits de la face étaient affaissés et livides. A l’ouverture du crâne on trouvait les vaisseaux sanguins du cerveau et les membranes de cet organe plus ou moins engorgés de sang, particulièrement vers la base. L’arachnoïde avait quelquefois perdu sa transparence en plusieurs points où elle adhérait à la pie-mère; on trouvait dans quelques cas du liquide épanché en certaine quantité entre les cinconvolutions du cerveau , et plus ou moins de sérosité dans les ventricules latéraux. Les vaisseaux sanguins de la colonne vertébrale et de la moelle étaient plus ou moins distendus par du sang qui se trouvait chez quelques sujets ^ épanché entre l’arachnoïde et la dure-mère rachidiennes. On rencontrait aussi dans certains cas avec ces dernières lésions un ramollissement local de la substance de la moelle épinière, ainsi que des traces d’inflammation dans

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les principaux nerfs. Les poumons étaient en général gorgés d’un sang noir, les cavités du cœur en étaient aussi remplies et contenaient des concrétions polypeuses i dans toutes les ouvertures de cadavres dont j’ai été témoin, on a trouve dans la crosse de 1 aorte, et dans les autres artères, du sang très noir ressemblant tout-à-fait par sa couleur, lorsqu il était etendu sur une surface blanche, à la teinte des cerises noires.

L’état des organes abdominaux variait beaucoup : l’estomac et différentes parties du tube digestif étaient très fréquemment partiellement , mais considérablement contractés; la surface interne de l’estomac semblait quelquefois légèrement affectée. Une matière fluide blanchâtre ou jaune qui ressemblait au produit des évacuations, se trouvait fréquemment dans différents points du canal digestif, qui quelquefois contenait aussi une assez grande quantité d’eau. Dans l’un et l’autre cas, l’estomac et les intestins présentaient des traces de congestion et d’un état sub-inflammatoire; ces traces étaient des taches brunâtres, variant d’une petite étendue à la grandeur de plusieurs pouces, et affectant toute la circonférence interne des intestins. La couleur de ces taches variait beaucoup aussi, de la couleur brune des congestions veineuses à la teinte rosée de l’inflammation. Dans un cas, la surface interne de l’estomac était si fortement et si généralement teinte en une couleur très noire qu’on l’aurait aisément prise pour une tunique frappée de gangrène. En interposant l’estomac entre l’œil et la lumière on reconnaissait évidemment qu’il n’était affecté ni de gangrène, ni de solution de continuité, mais que la couleur noire provenait d’une congestion générale et très considérable d’un sang très noir dans les vaisseaux de l'organe. Le sujet chez lequel l’estomac était dans cet état avait succombé avec

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des symptômes de nature typhoïde après avoir présenté les accidents ordinaires de l’épidémie. Excepté dans ce cas, qui offrait évidemment un exemple de congestion et non d’inflammation , je n’ai rien vu dans les traces de lésion morbide qui puisse porter à conclure que l’inflammation soit très généralement l’altération morbide constatée dans le canal alimentaire ou la cause ordinaire de la mort : néanmoins, par sa présence dans la seconde période delà maladie, l’inflammation peut ajouter à l’irritation générale, ou même comme conséquence de la congestion qui l’a précédée , elle peut être ïa cause occasionnelle de la terminaison funeste. L’estomac et les intestins sont fréquemment d’une couleur plus pâle que dans l’état naturel, tanta leur surface interne qu’à leur surface externe ; mais dans aucune des dissections de cadavres dont j’ai été témoin, on n’a trouvé ni épaississement, ni condensation inflammatoire des tuniques intestinales , ni ulcération , ni abcès, ni destruction de substance.

Le foie est en général assez engorgé de sang noir; la vésicule du fiel est souvent très distendue par une bile visqueuse épaisse d’une couleur brune jaunâtre ou verte. Les canaux biliaires sont quelquefois contractés et d’autresfois libres. Le pancréas , la rate et les reins sont dans des états variables, mais le plus fréquemment ils ne diffèrent guère de leur état naturel ; d’autres fois ils sont à un certain point gorgés de sang. La vessie urinaire est presque toujours affaissée sur elle-même et vide; l’utérus est en général dans l’état naturel.

La description succincte du choléra-morbus observé à àloscou par le docteur Keir suffit déjà pour montrer que cette maladie en se transportant de l’Asie en Eu-

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rope n’a pas été notablement modifiée dans ses formes et dans sa nature; nous trouverions, à rigoureusement parler, dans les deux descriptions que je vous ai rapportées, d’après les documents officiels du conseil de santé d’Angleterre , des matériaux suffisants pour déterminer exactement la nature et les caractères physiologiques de la terrible maladie épidémique qui nous menace ; il ne sera cependant pas déplacé, avant d’entrer dans les discussions nécessaires à établir sur les symptômes et les désordres que présente cette maladie, de donner encore ici , d’après la publication officielle du même conseil de santé, un extrait du rapport des docteurs Russel etBarry, envoyés par le gouvernement anglais à Saint-Pétersbourg, sur la maladie observée dans cette capitale. Ce serait un fait pathologique d’une si grande importance que l’identité des phénomènes, de la nature et des caractères d’une maladie épidémique dans le climat chaud de l’Inde et sur le sol glacé de la Russie, et encore pendant la violence de l’hiver, comme cela est arrivé à Moscou , qu’il est nécessaire de déterminer exactement si cette identité existe réellement.

Extrait du Rapport des docteurs Russel et Barry sur l’épidémie de choléra de Saint-Pétersbourg,

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