‹ Documents sur le choléra-morbus épidémiqueChapitre 8 sur 24 · C. C. Greville, Esq., etc., etc · texte numérisé non relu

C. C. Greville, Esq., etc., etc

Les documents que vous venez de lire suffisent pour donner une idée générale bien précise des caractères du choléra-morbus épidémique , et peut-être aussi , comme j’espère vous en convaincre, pour faire bien connaître la nature de cette maladie, et déterminer par-là son traitement rationnel.

La description tracée par le conseil de santé d Angleterre d’après l’enquête à laquelle il a procédé , et sur les rapports des médecins de linde, est remarquable par la clarté avec laquelle tous les phénomènes sont mis en évidence suivant leur importance. Le docteur Keir a donné à la description de la maladie observée à Moscou la couleur pratique qui décèle un médecin exercé et un observateur d’une grande capacité. On trouve dans ces deux pièces un mérite qu’on est bien loin de rencontrer dans la description , à la vérité fort abrégée, des docteurs Russel et Barry; les symptômes delà maladie épidémique sont présentés par ces médecins d’une manière diffuse, sans ordre et surtout sans tenir compte de leur importance. On remarque aussi dans ce document une idée dominante qui semblerait puisée dans quelques mauvaises leçons de certains professeurs de Paris, sur ce qu’ils appellent fièvre typhoïde, maladie qui serait en quelque sorte le type de toutes les fièvres graves.... à l’exception de ces défauts, et en tenant grand compte de la facilité avec laquelle les auteurs paraissent se laisser aller à tirer des conséquences générales absolues des faits particuliers qu’ils n avaient pu encore observer en assez grand nombre à 1 époque où ils écrivaient, la lettre de MM. Russel et Barry n en est pas moins un document utile pour faire connaître les formes et les caractères du choléra en Eujope. Toutefois, avant de porter votre attention sur les caractères que le choléra a présentés dans la partie du

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monde que noushabitons , vous me saurez , je l’espère, gré de la retenir encore sur les observations importantes auxquelles elle, a donné lieu dans l’Inde, puisque c’est dans ces observations très multipliées et recueillies par des hommes habitués à observer les maladies endémiques de ce pays , que nous puiserons les faits les plus précis et auxquels nous pouvons ajouter le plus de confiance pour nous guider dans l’appréciation de la nature et de l’importance des phénomènes constitutifs ou accidentels de cette maladie à toutes ses périodes.

Parmi les documents venus de l’Inde sur le choléramorbus épidémique, et écrits dans ce pays par des praticiens qui l’ont observé, le rapport du conseil médical de Madras est un de ceux qui ont le mieux fait connaître cette formidable maladie. La société de Calcutta a publié aussi un important ouvrage sur cette épidémie; j’aurai occasion de vous le faire connaître; il l’emporte peut-être sur le rapport de Madras par la précision des détails et la description des espèces et des formes de la maladie; mais il est loin de présenter avec autant de précision et de clarté ses formes et ses caractères généraux, et surtout les modifications que présentent les symptômes du mal suivant les sujets qu’il affecte. C’est pour cela que j’ai préféré vous donner ici la description générale de la maladie d après le rapport de la Société médicale de Madras, et remettre à vous parler du rapport du Bengale, dans une lettre spéciale que je vous adresserai sur les périodes de la maladie et sur les formes et les modifications quelle a présentées dans certaines circonstances.

R APPORT DE LA SOCIETE MÉDICALE , etc, 4^

Extrait du Rapport de la Société médicale de Madras SUR LE CHOLÉRA-MORBUS DE l’InDE.

Description générale de la maladie.

L’invasion du choléra-morbus se fait en général pendant la nuit ou vers le matin. Le malade éprouve de la douleur à l’estomac, et vomit tout ce que ce viscère contient ; les évacuations alvines se manifestent aussi en même temps. Ces évacuations sont d’une nature toute particulière à cette maladie ; le tube digestif tout entier paraît se vider en même temps de toutes les matières fécales solides qu’il contient ; le malade est accablé par un sentiment d’épuisement, de défaillance inexprimable et des plus débilitants. Des faiblesses se manifestent, la peau se refroidit, et il survient souvent des vertiges et des tintements d’oreilles ; les forces locomotrices sont en général immédiatement perdues -, il se manifeste des contractions spasmodiques ou des crampes dans les muscles des doigts et des orteils ; ces contractions s’étendent graduellement le long des membres jusqu’au tronc; elles participent des spasmes cloniques et toniques, mais la forme clonique prédomine. Le pouls devient, dès lé début, petit, faible et accéléré; au bout d’un certain temps, spécialement lors de l’invasion des spasmes, ou dès que les vomissements deviennent considérables, il tombe subitement au point qu’il cesse rapidement d être sensible sur toutes les parties externes du corps. La peau, qui dès le début de la maladie avait perdu de sa chaleur naturelle, devient de plus en plus froide; elle est rarement sèche ; en général elle est couverte dune sueur froide profuse , ou d’une moiteur visqueuse ; elle prend souvent par place, sur les Européens, une teinte livide ; toute la surface extérieure du

44 RAPPORT dp la société médicale de madras corps semble affaissée , les lèvres deviennent livides; il en est de même des ongles; là peau des mains et des pieds devient très ridée, et présente l'apparence que lui donnerait la macération ; la peau, à cet état, est insensible, même à l’action des agents chimiques. Les malades se plaignent en général d’une chaleur vive à la peau , et veulent se débarrasser de leurs couvertures; les yeux s’enfoncent dans leurs orbites , et son l entourés d’uç cercle livide ; les cornées deviennent flasques, et la conjonctive est fréquemment injectée, les traits du visage sont affaissés , tout l’extérieur du corps prend un aspect homme cadavéreux essentiellement caractéristique de cette maladie ; la soif est presque toujours ardente; le malade désire des boissons froides, quoique la bouche ne soit pas ordinairement sèche; la langue est humide, blanchâtre et froide. Une sensation de douleur et de chaleur vive à l’épigastre se fait ordinairement sentir; les sécrétions de l’urine, de la bile ou de la salive sont presque nulles ou même supprimées ; la voix devient faible, caverneuse , et tout-à-fait non naturelle; la respiration est opprimée et en général lente, et l’haleine est moins chaude que dans l’état naturel.

Pendant que les symptômes qui viennent d’être énumérés se succèdent , le canal alimentaire est très différemment affecté; après les premières évacuations par haut et par bas , quelque violents d’ailleurs que soient les accidents, les matières rejetées sont toujours aqueuses, et dans le plus grand nombre des cas elles sont incolores, inodores et souvent homogènes; elles sont quelquefois troubles, et ressemblent à de l’eau sale ; d’autres fois elles sont d’une couleur jaunâtre ou porracée. Le plus ordinairement elles ressemblent à de l’eau incolore ou à de la sérosité dans laquelle nagent de nombreux flocons muqueux. Les matières rejetées de

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l’estomac ne semblent pas différer de celles qui proviennent des intestins, si ce n’est par leur mélange avec des matières ingerees. Les vomissements et les évacuations alvines ne sont point des symptômes de longue durée, soit que l’art les arrête, soit que les malades deviennent bientôt hors d’état d’exécuter ces actes violents ; quelle qu’en soit la cause, ils disparaissent en général avec les spasmes beaucoup avant la mort. Si l’on a tiré du sang on le trouve toujours brun ou presque noir ; il est visqueux , et en général il sort lentement ou difficilement. Vers la fin de l’attaque, l'agitation se manifeste; elle est jointe à une anxiété interne, à des angoisses accablantes. La mort arrive enfin souvent au

bout de dix ou douze heures, et généralement de la dixhuitième à la vingtième heure du commencement de la maladie.

Pendant que l’organisme est en proie à cette lutte mortelle l’esprit reste net et ses fonctions ne sont pas dérangées. Jusqu’au dernier moment de la vie, le malade, quoique dans la prostration, accablé par le mal, et devenu insensible, ne voulant plus parler, et ne cherchant que le repos, conserve encore ses facultés intellectuelles , et le pouvoir de rendre ses idées aussi long-temps que ses organes obéissent à sa volonté. C’est ce qui s’observe le plus ordinairement dans le choléra le plus promptement mortel, lorsque l’art est impuissant pour prévenir sa terminaison funeste.

Le choléra, comme toute autre maladie , a été observé avec des formes très variables dans ses symptômes : lorsque la maladie règne épidémiquement on l’a vu se manifester chez tous les malades sans présence de vomissement et avec une prédominance des évacuations alvmes. D autres fois c’étaient les vomissements qui prédominaient , et il n’y avait pas d’évacuations alvines.

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Ce dernier symptôme est cependant celui quia manqué le plus rarement. Chez quelques sujets les spasmes existent dès 1 invasion; chez d’autres, ils ne se présentent pas. La plus grave de toutes les formes que présente encore assez souvent le choléra, est celle qui se caractérise par un faible ébranlement de l’organisme ; dans celle-là il nese manifeste pas de vomissements età peine quelques selles, une ou deux au plus. On ne constate aucun spasme ni aucune douleur dans quelque organe que ce soit ; un froid de mort s’empare du malade dès 1 invasion etarrête la circulation , et la mort arrive sans aucun effort de réaction.

Les vomissements manquent quelquefois entièrement, ou s’ils se sont manifestés, cessent presque immédiatement par l’état d'atonie de l’estomac, qui fait que cet organe reçoit et retient tout ce qui est ingéré dans sa cavité, comme s’il était réellement privé de vie.

Les évacuations alvines sont un symptôme du choléra plus constant que les vomissements ; dans le plus grand nombre des cas elles constituent le premier symptôme qui se manifeste. Mais comme elles constituent un accident moins frappant que les vomissements, qui fixent immédiatement l’attention, on les a ordinairement présentées comme consécutives à ce dernier symptôme. Les évacuations alvines manquent très rarement tout-àfait , leur absence semble dénoter un certain degré de malignité de l’attaque. Ces selles sont rarement jointes à beaucoup de coliques et de ténesme, bien qu’elles se manifestent d’une manière tout-à-fait soudaine , et que le malade ne puisse se retenir ; quelquefois aussi elles se montrent simultanément avec les vomissements, les spasmes et l’affaiblissement du pouls, comme si ces lésions naissaient toutes au même instant par l’action d’une cause commune. Aux périodes avancées de la

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maladie les évacuations alvines cessent en général , mais dans quelques cas un écoulement de liquide aqueux par le rectum , survient à chaque changement de position du malade.

Les matières évacuées après l’expulsion de celles qui se trouvent accumulées dans les intestins dès l’invasion sont verdâtres ou jaunâtres, troubles et écumeuses comme de la levure de bière; quelquefois elles sont sanguinolentes, mais leur aspect le plus ordinaire est celui de la sérosité pure : elles sont si peu colorées dans ce cas qu’elles ne tachent meme pas le linge du malade. Le fluide évacué le plus communément, après celui que nous venons d’indiquer, est un liquide ressemblant à de l’eau de riz , dans lequel le mucus est si complètement mêlé avec le sérum qu’il donne tout-àfait à ce fluide l’apparence du lait ou du chyle; on a aussi noté des évacuations d’un liquide ressemblant, pour la couleur et la consistance , à l’eau de gruau ; dansces cas la hialadie est bénigne.

La quantité de liquide aqueux excrété dans cette maladie est excessivement considérable, et comme ces évacuations sont constantes, elles expliquent aisément la débilité, la soif, la consistance du sang et les autres symptômes du choléra. 11 n’en est pas moins incontestable que les cas les plus funestes, et qui marchent le plus rapidement, ne sont nullement ceux qui se distinguent par des flux excessifs. On a au contraire très souvent vu la mort survenir après une ou deux selles aqueuses sans qu’il se développât aucune autre lésion des fonctions naturelles* On a même observé le collapsus sans qu’aucune évacuation par les selles se soit manifestée.

Quant aux dérangements des fonctions animales, on a en général remarqué l’état d’intégrité des fonctions

48 RAPPORT DR LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MADRAS intellectuelles; on ne peut cependant s’étonner, si dans quelques cas exceptionnels, il s’établit une lésion cérébrale, suite de l’état de congestion sanguine. Il ne manque pas d’exemples de malades qui ont pu continuer à marcher, et à vaquer à plusieurs de leurs occupations ordinaires , même après que la circulation a été lésée au point que le pouls avait cessé de pouvoir être senti au poignet. Cette forme de la maladie s’est particulièrement rencontrée chez ceux où le choléra a commencé par une insidieuse évacuation alvine aqueuse ; plusieurs malades sont ainsi devenus victimes de la maladie à cause de ces apparences trompeuses, qui ne leur faisaient pas prendre l’alarme à temps, et ne faisaient pas recourir aux secours des médecins. On remarque encore dans quelques cas que les fonctions animales semblent avoir été dérangées de bonne heure, et que la prostration des forces paraît avoir précédé le plus grand nombre des symptômes. La voix participe en général de la débilité de toutes les fonctions ; les observateurs disent tous qu’elle est faible au point que souvent même elle ne peut être entendue ; on a quelquefois vu la surdité complète se manifester. Les spasmes ont été considérés comme symptômes si essentiels de l’espèce du choléra qui nous occupe, qu’on en a déduit le nom particulier qu’on lui a donné. Cependant pour les spasmes des muscles des mouvements volontaires, et c’est de ceux-là seulement qu’il est question, aucun symptôme ne manque plus fréquemment. On observe surtout ces spasmes dans les cas qui s’accompagnent d’un ébranlement violent de tout le système, aussi les observe-t-on plus souvent chez les Européens que chez les malades indigènes, et chez les personnes robustes que chez les personnes faibles. Dans le choléra lent, qui constitue la forme la plus dange-

reuse de cette maladie , les spasmes manquent généralement, ou au moins existent à un très léger degré ; les muscles qu’ils occupent le plus ordinairement sont ceux des orteils, des pieds et des mollets, et ensuite les muscles correspondants des extrémités supérieures, puis ceux des cuisses et des bras, et enfin ceux du tronc. Ces spasmes font éprouver aux malades des douleurs très pénibles.

l}e tous les symptômes du choléra, aucun n’est plus constant, plus véritablement essentiel et pathognomonique que l’affaiblissement immédiat de la circulation. Il faut cependant encore admettre que dans des cas où l’on a eu immédiatement recours , avec succès , à des moyens de traitement, ce symptôme ne s’est pas manifesté; et qu’il s’est même rencontré des cas dans lesquels on a observé une excitation dans le système vasculaire à la première impression du choléra sur l’organisme. Des praticiens habiles ont élevé des doutes sur la nature cholérique de ces maladies : il faut remarquer que c’est précisément dans ces cas que nos moyens de traitement sont le plus certainement suivis de succès ; il en résulte par conséquent que les médecins n’ont que bien rarement l’occasion de constater si cette forme de la maladie dégénérera ou non en choléra à sa dernière période; on peut cependant rapporter des faits de maladie qui, manifestés sous cette forme, ont enfin pris tous les caractères du choléra, et se sont terminés d’une manière fatale. Ces symptômes ont été observés sur des soldats qui avaient bu au commencement de la maladie des liqueurs spiritueuses qui avaient agi sur la circulation. L’époque à laquelle une diminution marquée de l’action vasculaire se manifeste est variable ; le pouls se soutient quelquefois , quoique très rarement, jusqu à un certain point, pendant plusieurs heures; le

5o RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MADRAS plus ordinairement, il devient petit et accéléré, dès le début, et dès que les spasmes et les vomissements se manifestent , il cesse subitement de pouvoir être distingué aux extrémités ; la longueur du temps pendant lequel le malade vit quelquefois après que le pouls ne peut plus être perçu , est extraordinaire.

La soif et la sensation de chaleur ou de brûlure à la région de l’estomac se montrent généralement en même temps ; elles constituent les symptômes dominants et constants du choléra ; et cependant ces symptômes ont souvent manqué tout-à-fait, non seulement chez des individus, mais même épidémiquement. Lorsque ces symptômes existent au plus haut degré, souvent la bouche et la langue ne sont pas sèches, elles sont même au contraire assez humides, et tandis que, comme M. Jameson l’a fait observer, tout brûle en dedans , ces parties sont froides et blanches, parfois cependant, la bouche est desséchée, et la langue sèche et fuligineuse. 11 y a des praticiens qui paraissent douter si l’on peut tirer de ces phénomènes aucune induction pratique: en quel état seraient en effet ces parties si le calomélas , les esprits ardents, le laudanum et les épices étaient employés aussi largement, chez des individus en bonne santé ou atteints de maladies ordinaires, qu’ils le sont dans le choléra, surtout avec l’administration si restreinte des délayants ? La soif semble dominer et effacer tous les autres symptômes; il n’est pas de soldat igno = rant qui ne soit aussi fermement persuadé qu’un médecin ,que l’eau froide détermine presque certainement la mort, et qui cependant n’en désire ardemment et n'en boive avec avidité.

La peau est en général froide, visqueuse et souvent couverte d’une sueur froide profuse; ce symptôme présente néanmoins aussi des variétés comme tous les au-

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tr6S symptômes du choiera: la peau est quelquefois seche, quoique froide-, elle se présente, dans quelques cas, dans son état naturel, et même, quoique rarement, on l’a observée plus chaude que dans l’état physiologique; on a vu plusieurs fois une augmentation de température se manifester quelques instants avant la mort , mais ce développement de chaleur semble alors confiné au tronc et à la tête; et dans presque tous les cas , cette chaleur locale est un symptôme funeste. Il n’a aucun rapport avec un rétablissement d’énergie du système artériel , ni avec aucune amélioration dans les fonctions de la respiration. Dès la première période du choléra, les sangsues ne tirent de la peau que peu ou point de sang; des médecins ont vu dans ce phénomène l’effet d’une horreur qu’inspire à ces animaux la peau d’un cholérique. Lorsque la sueur est claire , elle s’écoule ordinairement en quantité très abondante de toute la surface du corps; mais lorsqu’elle est épaisse ou visqueuse, elle est moins générale, et ordinairement limitée au tronc et à la tête. L’action de la vapeur ou des bains chauds paraît incontestablement augmenter l’exsudation ou la sécrétion cutanée ; et l’application de la chaleur sèche en même temps quelle augmente la température de la peau, semble diminuer ces excrétions.

L’altération remarquable des traits du visage, que l’on a désignée sous le nom de f acies cholérique , n’est jamais dissipée rapidement par les moyens de l’art. Cette expression des traits, qui rappelle trop bien celle de la mort, ne peut être méconnue; on peut même se convaincre, lorsqu’on observe avec attention, qu’une semblable rétraction des formes se manifeste même aux membres et sur toutes les parties saillantes du corps.

La respiration n’est pas ordinairement interrompue dans la première période du choléra. Dans plusieurs

5a RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MADRAS cas, qui se terminent parla mort, la respiration continue avec peine, ou même sans éprouver d’interruption, excepté quelle se ralentit progressivement. On a cependant noté plusieurs faits observés spécialement sur des Européens , dans lesquels l’interruption de la respiration a été des plus pénibles, et ne pouvait être comparée qu’aux plus violentes attaques d’asthme. On a noté dans plusieurs rapports sur le choléra le refroidissement de l’haleine comme unsymptômede cette maladie-, il n’est pas évident que ce symptôme se présente. En général, on ne peut aussi spécifier si le refroidissement s’est manifesté d’une manière plus particulière dans les cas où la respiration était difficile et laborieuse que dans ceux dans lesquels cette fonction semblait continuer à s’exercer sans interruption, au moins dans ses phénomènes mécaniques.

Il est surprenant que les fonctions sensoriales soient si rarement troublées dans une maladie aussi essentiellement congestive que le choléra, dans laquelle les vertiges, la surdité, les bourdonnements d’oreilles, sont si souvent des symptômes dominants, et après l’administration si fréquente de très grandes doses d’opium et de médicaments toxiques ; il semble même probable que dans beaucoup de cas c’est par une inexactitude d’expression que l’on a mis le coma parmi les symptômes du choléra. Le coma s’est bien manifesté occasionnellement, surtout vers la terminaison de la maladie, lorsque cette terminaison a été fatale, mais le délire a rarement été observé autrement qu’à la suite du choléra.

Lorsque l’on a recours de bonne heure aux secours de la médecine , et lorsque d’ailleurs les malades sont d’une bonne constitution , le rétablissement d’une attaque de choléra n’est pas moins remarquable par la merveilleuse rapidité avec laquelle il s’opère qu’il ne

l’est par ses résultats décisifs, la maladie n 'étant essentiellement liée à aucune lésion organique. Spécialement chez les naturels del’Inde, chez lesquels il n existe d’ordinaire que très peu de tendance à l’inflammation, le rétablissement du choiera est si rapide et si complet qu’il ne peut être comparé qu’au rétablissement d’une syncope, d’une colique, ou de maladies semblables; mais pour les Européens, chez lesquels il existe une beaucoup plus grande tendance à 1 inflammation et aux congestions sanguines vers les viscères , le rétablissement n’est ni si subit ni si complet; il n’est que trop souvent entravé par des affections des viscères propres à ces climats. Les affections qui succèdent le plus fréquemment au choléra sont des lésions des intestins, du cerveau, du foie ou de l’estomac. Lorsque cette maladie s’est prolongée long-temps et que des congestions paraissent s’être entièrement formées , un très petit nombre de ceux qui survivent à l’attaque, Européens ou indigènes, reviennent à la santé sans les plus grandes difficultés. Nous avons déjà fait remarquer que le rétablissement d’une attaque de choléra est annoncé parle retour de la chaleur à la surface du corps et par l’élévation du pouls. Un calme trompeur présente quelquefois ces favorables apparences, et se joue trop souvent de nos espérances; on a cependant aussi remarqué une marche contraire des accidents; on a vu des malades rester un, deux, et même trois jours dans l’état de collapsus le plus complet, et se rétablir ensuite contre toute attente.

De tous les symptômes du choléra aucuns ne sont si constants dans leur manifestation et leur développement que ceux qui se lient à l’état du sang et de la circulation. Il est établi par des faits hors de doute que le sang des personnes atteintes du choléra est devenu plus épais

>4 RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MADRAS et d’une couleur noire anormale. Ces changements dans l’état du sang sont d’ailleurs tout-à-fait en raison de la durée de la maladie. Le plus grand nombre des documents recueillis sur cette maladie établissent que, après qu’on a extrait à un malade affecté du choléra une certaine quantité de sang noir et épais, la couleur de ce liquide devient ordinairement plus claire, et sa consistance moindre, tandis que la circulation se rétablit. Ces changements permettent toujours de porter un prognostic favorable ; on ne voit néanmoins pas toujours de tels changements s’opérer après la saignée, quoique le résultat n’en soit pas moins avantageux. Le sang est généralement moins altéré dans ses apparences lorsque le choléra a débuté par des symptômes d’excitation que lorsque la maladie a été dès le début annoncée par un état de collapsus. On a parfois trouvé à l’ouverture du corps le sang d’une couleur noire dans les cavités gauches comme dans les cavités droites du cœur, d’où l’on peut inférer qu’il existe au même état dans tout le système artériel. L’ouverture de l’artère temporale a fréquemment mis à même de constater que le sang artériel est noir et épais tout comme le sang veineux. Chez les indigènes la respiration est presque généralement libre jusqu’à la fin de la maladie. Le sang, lorsque l’on a eu occasion de pratiquer des saignées qui ont permis d’examiner ce fluide, a été constamment trouvé noir, qu’il y eût eu ou non des évacuations. L’on est ainsi conduit à conclure, sans qu’il soit besoin d’autre preuve, que même lorsque le passage du sang au travers des poumons est libre, le changement physiologique qu’il y éprouve est interrompu par le choléra.

Plusieurs praticiens qui ont eu à combattre la maladie pensent que sa tendance à un résultat funeste est telle que la nature, abandonnée à elle-même, ne peut

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jamais le prévenir. Cette opinion est au reste d’accord avec les observations de tous les médecins qui établissent qu’il ne faut que.quelques heures pour que le mal arrive au point d’être au-dessus des secours de l’art. On compte par heure dans cette maladie comme on compte par jour dans les autres. On peut dire que la terminaison ordinaire du choléra est la mort , et il faut aussi reconnaître qu’il y a très peu de variétés dans la marche que suit le mal vers cette fatale terminaison.

Toutes les descriptions du choléra établissent que cette maladie consiste dans une suspension générale des fonctions naturelles et dans une suspension graduelle des fonctions vitales plutôt que dans le développement d’actions morbides. On a remarqué des cas dans lesquels les fonctions vitales ont été subitement suspendues, et où la mort est survenue avant le développement ordinaire des accidents. La terminaison fatale delà maladie s’annonce d’ailleurs aussi par la manifestation d’inflammations locales, comme la gastrite, l’entérite, et l’hépatite; le canal intestinal semble spécialement disposé à ressentir les effets du choléra; beaucoup de ceux que cette maladie a affectés ont été consécutivement atteints de la dysenterie.

Le rapport de la Société médicale de Madras, dont vous venez de lire un si long extrait, a été rédigé par le docteur W. Scott; il semble que ce médecin, comme la Société elle-même dont il est l’interprète, aient été plus frappés des dissemblances individuelles qu’ont présentées les malades frappés parla maladie épidémique, que des formes générales de cette maladie dans tous les sujets quelle a affectés. Un praticien distingué , qui a donné sur le choléra-morbus de l’Inde un ouvrage complet duquel il a puisé les éléments dans ses observa-

56 RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MADRAS tions à l’hôpital de Madras, dont le service lui a été confie pendant que cette maladie régnait dans toute son intensité, le docteur Annesley a négligé les variétés de formes de la maladie pour la présenter dans son ensemble. Si j ai voulu vous donner la description présentée par la Société de Madras avant celle de cet observateur, c’est que je vous ai déjà transmis dans les documents du conseil de santé anglais, une description générale de la maladie qui ne laissait à désirer précisément que cette indication des variétés que le docteur Annesley a aussi négligées; je vais cependant emprunter à ce praticien un de ses chapitres dans lequel il a apprécié à leur valeur avec beaucoup de clarté les symptômes principaux les plus importants de la maladie.

DES SYMPTOMES PATHOGNOMONIQUES, DIAGNOSTIQUES ET

PROGNOSTIQUES DU CHOLERA EPIDEMIQUE, par le docteur J. Annesley, chirurgien de F hôpital général de

Madras . 1

Les symptômes que j’ai toujours considérés comme propres au choléra , et que je n'ai jamais vu manquer dans aucun des cas de cette maladie que j’ai eu occasion d’observer, sont une sensation de brûlure entre le scrobicule du cœur et l’ombilic correspondant précisément à ce point du tube digestif que l’on rencontre si rouge sur les cadavres. Ce symptôme est un des premiers que ressentent les malades; il se manifeste en général avant que les vomissements et les évacuations aîvines s’établissent. Dès que cette sensation est jointe à un regard où se peint l’anxiété, et à un sentiment général de faiblesse ou d’oppression , même sans vomissements ou sans évacuations alvines, on peut être cer-

1 Extract from the sketches of the mosl prévalent Diseuses of India.

Ch. II, sect. iv, second édit., p. 33.

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