‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 20 sur 47 · SUR SON MEMOIRE · texte numérisé non relu

SUR SON MEMOIRE

Je prie Monfieur hiibert de donner Les fix Louis d'or ' à Mons. Arouet -. Il nous obligera tous deux et II me rabatra les trois Efcus Vendredy. Je fuis à Versaille. Sans cela Je vous aurois efté prié moi mefme. Je vous donne Le bon Jour.

Baraillon.

NOTES

(i) Il est plus que probable que ce billet autographe de Baraillon se rattache au précédent mémoire. Si l'un et l'autre étaient datés, le rapprochement des dates nous aurait déjà tirés du doute. Faute de ce renseignement décisif, il nous reste les deux chiffres à rapprocher. Soixante-six livres d'une part, autrement dit six louis d'or pour l'habit du Malade imaginaire. (Le total de l'addition posée par Baraillon donne 71^ 9^; c'est La Grange qui l'a réduit

Six louis d'or, autrement dit soixante-six livres, d'autre part, délégués à Arouet, somme égale. Le rapprochement n'est pas moins décisif. C'est le prix de l'habit que Baraillon passe tout entier à Arouet, comme s'il n'avait pas déjà reçu neuf livres sur cette même facture.

(2) C'est bien lui, ce nom d'Arouet que l'on cherchait si peu et qu'on ne rencontre pas sans quelque émotion parmi des papiers qui sont comme les papiers de la succession de Molière. Ainsi tout se touche. Ainsi Voltaire, qui remontait déjà par les entretiens de son père à l'abbé Gédoyn et de l'abbé Gédoyn à Corneille, remontait encore par son grand-père au souvenir de Molière vivant.

Et quel était cet aïeul de l'auteur de Z^zr^ qui avait été en relations avec le tailleur du Palais- Royal, avec Molière lui-même aussi sans doute et les comédiens de sa Troupe? M. Gustave Desnoiresterfes va nous le dire : Il s'appelait François Arouet, qualifié en outre de La Motte-aux-Fées, du nom d'un des deux petits biens qui étaient à son père. Du nom de l'autre bien, le père, tanneur et marchand, s'appelait Hélénus Arouet, sieur du Pasdu-Cygne.

Troisième de cinq enfants, François de la Motte-aux-Fées commença par faire plusieurs années d'apprentissage dans une fabrique d'étoffes à La Châtaigneraye, chez un de ses parents par alliance, puis il revint demeurer quelque temps à Saint-Loup (des Deux- Sèvres), sa ville natale; après quoi, c'est le fidèle historien qui parle, « François prenait une décision qui, à cette date, dénotait une incontestable énergie, et sur laquelle la mort de son père arrivée en 1621 et celle de sa mère peu après, ne durent pas être sans influence; il partait et venait s'établir marchand drapier à Paris, où ses affaires prospérèrent. En 1666, nous le trouvons installé, sa fortune faite, rue Saint-Denis, vis-à-vis de la rue de la Haumerie, à V Aigle Royal, dans une maison à lui appartenant et qui reviendra plus tard à M™^ Mignot, la sœur de Voltaire. »

On voit où nous en sommes. De maitre tailleur à marchand drapier, il n'y a que la main. Baraillon dut se fournir chez François Arouet et peut-être donna-t-il à celui-ci Molière pour cHent; mais ce n'est plus de François Arouet qu'il est question ici, puisqu'en 1670 sa femme était devenue veuve. De qui s'agirait-il donc? M. Desnoiresterres a soupçonné qu'avant de se retirer des affaires, le drapier avait appelé à Paris son neveu Hélénus Arouet, le fils de Jean Arouet, apothicaire à Saint-Loup, pour lui céder sa maison

de commerce. Le billet que nous avons là changerait le soupçon en certitude. Hélénus succédant à son oncle, tout va de soi. C'est chez lui que Baraillon a continué à se fournir. C'est à cet autre Arouet, arrière -cousin de Voltaire en ascendance, qu'il prie Hubert de remettre les six louis d'or dont il donnera quittance à la Compagnie.

Je ne voudrais pas médire de l'illustre maître tailleur; mais, quand je vois cette délégation des six louis d'or en faveur d'Arouet ; ces trois écus — que les Comédiens étaient déjà en droit de retenir sur les six louis — remis à retenir sur une prochaine recette; et, ailleurs, à la fin de l'état des dépenses de La Grange, ce petit article : « Plus deux louis que j'ai donnés pour M. Baraillon, 22 livres », je me figure le sieur Baraillon comme un très-habile ouvrier, un artiste, si l'on veut, choyé à Paris, choyé à Versailles, appelé partout, travaillant bien, comptant mal, gagnant gros, toujours à court d'argent, vivant sur les avances, mangeant son blé en herbe et ses factures en acomptes.

Dans le programme de Psyché, parmi les noms des six Amours du Prologue, figure celui de Baraillon, qui devient Barillonnet sur la liste des acteurs de la pièce. Si le petit Baraillon, ou Barillonnet, était fils de notre Baraillon, comme on pense, ce serait un fils né d'un premier Ht, ou bien encore il faudrait supposer entre Baraillon et M"^ Brouart, la sœur de M'^*" de Brie, une liaison déjà ancienne , d'où serait issu l'enfinit , légitimé , le 24 avril 1672, par le mariage du père et de la mère.

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