‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 21 sur 47 · BONNETIER · texte numérisé non relu

BONNETIER

Meflieurs du palais Royal doiuciit Liurc a m. hubert par pierre defgroulx marchand bonnetier à Paris.

Du 6<= Fehu" 1673 :

35 ' paire bas foye 20 perle - et i<y bruns prix faict a 10' — '^^ paire -^ 5)S 15'

iQ 3

Du i^ Mars 1675 :

Fiie paire bas Joye Rouge bas^ dang extra pour M. delà tourilUère =£16 »

Recen de monjieur hubert La fouiine de trois cents Joixante et cinq Hure pour trente Jix paire bas foye que J'ay fournis dont Je quitte ledit feeur et tous autres. Faict à paris ce quatriefnie mars 1673.

P. Desgroulx (paraphe).

2l6 ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE

NOTES

(i) Ti'cntc-cinq paires de bas de soie. En réunissant danseurs, musiciens et musiciennes, violons et symphonistes, on ne trouve pas tout à fait trente-cinq personnes, mais on en trouve trentequatre. Nous voici bien près du compte, et si, comme nous l'avons fait ailleurs, on ajoutait un de MM. de Beauchamps, nous aurions le compte tout entier. Est-ce ainsi que nous sommes autorisés à l'entendre?

(2) On devine perle ; on lirait vaguement pâles , le p est surmonté d'une sorte de boucle inclinée à gauche, avec un appendice qui bifurque au-dessous et en fait comme un v renversé, sorte d'abréviation obscure que je n'ai pas comprise. L'écriture de Pierre Desgroulx n'est pas celle d'une main novice, mais la main court, se précipite et devient illisible. C'est une écriture qui bredouille.

(3) On peut relire bas, si l'on veut, quoique nulle part ailleurs le b et Ys ne soient faits comme ils sont ici; quant à l'abréviation qui suit (daug ou dang), j'ai essayé d'y voir a d'Angleterre » , mais je ne propose pas autrement mon interprétation.

J'ai déjà parlé des bas de soie rouge de La Thorillière, les voici, bas d'Angleterre ou non, mais bas extra, prix : seize livres, — foi de marchand ! — Foi de marchand , seize livres , a dit La Grange; mettons dix livres. — Dix livres cinq sols, prix fait, pour les bas perle ou les bas bruns; mettons quatre livres dix sous. — Mais le prix fiit.'^ — C'est cela même. La Grange savait comment Desgroulx fiisait ses prix.

En principe, les comédiens s'habillaient à leurs frais. C'était pour eux une dépense considérable. « Il y a peu de pièces nouvelles, dit Chappuzeau, qui ne leur coûtent de nouveaux ajuftemens, et, le faux or, ni le fiux argent, qui rougillent bientôt, n'y étant point employés, un feul habit à la Romaine ira fouvent à cinq cents écus. Ils aiment mieux ufer déménage en tout autre chofe pour donner plus de contentement au pubHc ; et il y a tel comédien dont l'équipage vaut plus de dix mille francs. »

Si la Compagnie fit cadeau d'un habit du malade à La Thoril- Uère, il y a bien des raisons pour cela : c'est que La Thorillière hésitait sans doute à jouer le rôle d'Argan, également troublé et inquiet d'y succéder à son ami et à son maitre ; c'est qu'il préférait garder, soit Fleurant, soit Purgon, le rôle qui lui avait été donné d'origine et dont il avait déjà le costume ; c'est que pour celui d'Argan, un vêtement de malade pouvait passer pour ce qu'on appelle aujourd'hui un costume obligé et à la charge de l'administration ; c'est que la Troupe enfin, lui demandant un grand service, ne prétendait pas le lui faire payer.

Outre l'amer déplaisir qu'avait éprouvé Molière à ne pas représenter d'abord le Malade imaginaire devant la Cour, il y avait eu la perte des indemnités de costumes accordées par le Roi dans ces occasions, et c'était bien quelque chose. Chappuzeau

2l8 ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE DU MALADE.

compte cent écus, trois cents livres, lorsqu'un comédien faisait un personnage dans les divertissements royaux; deux ou trois fois autant, s'il en faisait deux ou trois. Disons cependant que Chappuzeau n'est pas d'accord ici avec La Grange. La Grange, après avoir joué dans les onze pièces commandées par le Roi, a relevé les chiffres de ce qu'il avait reçu pour ses habits, et le total ne va qu'à deux mille livres {a). Les chiff'res de La Grange ne peuvent pas avoir tort; mais Chappuzeau, — qui sait si ses renseignements n'étaient pas vrais pour l'hôtel de Bourgogne? — mérite aussi qu'on l'écoute. Ce qui est assez remarquable, c'est que le chiffre de cent écus s'est conservé jusqu'à nos jours. Cent écus étaient encore le feu qu'ont touché les sociétaires de la Comédie-Française pendant presque tout le règne de Napoléon III, lorsque l'empereur les appelait à Compiègne, à Fontainebleau, à Versailles, à Saint-Cloud et aux Tuileries. Sur la fin de l'Empire, le feu fut porté de cent écus à cinq cents francs pour les sociétaires (U), et, comme sous Louis XIV, le feu était doublé lorsqu'un comédien jouait dans deux pièces.

Il est difficile de ne pas voir là une tradition de l'ancienne monarchie; la modicité même du jeton l'indique et nous fait remonter à un temps où trois cents livres pouvaient passer pour munificence royale. La tradition viendrait donc, jusqu'à certain point, confirmer le dire de Chappuzeau.

(a) Aussi ajoute-t-il : « Comme ce que le Roy donnoit n'eftoit pas fuffifant pr la defpenfe qu'il falloit faire, lefd«s habitz m'ont coufté plus de deux autres mil Hures fur mes partz. »

(U) Le jeton des pensionnaires, qui n'était que de cent cinquante francs, fut alors porté à trois cents.

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