IMAG
Receîi des mains de Monfieur Heubert les quarante fcpt Liures ^ conpris au dict mémoires, donct Je le quite Et tout aultres. Faict ce fept mars 1673.
CUILLER (paraphe).
NOTES
(i) La fourniture de plumes faite par François Guiller se rapporte au second intermède, celui des Égyptiennes chantantes et des Egyptiens dansants.
Ces Egyptiens-là ne viennent ni de Memphis, ni de Damiette; ils appartiennent à une autre Egypte, non moins mystérieuse, qui ne formait qu'un seul État avec une Bohême également inconnue des géographes. Sur cet État régnait à la fin du xV siècle, par la grâce du grand poète, en s-x Notre-Dame de Paris, Mathias Hungadi SpicaH, duc d'Egypte et de Bohême.
Ah ! les maudits satans d'Egypte et de Bohême !
fait encore dire Victor Hugo à son Laffemas, en 1638, entre la représentation du Cid et celle ^'Horace; mais les temps héroïques du royaume d'Argot étaient passés. Le sinistre tournait au comique. Encore quinze ans, Benserade allait fiiire de la Cour des Miracles un des tableaux les plus amusants du Ballet royal de la Nuit, avec ce court argument en tête de l'Entrée :
« La Cour des Miracles, où fe rendent le foir toute lorte de
gueux et cftropicz, qui en fortent fiiins et gaillards pour danfer leur entrée, après laquelle ils donnent vue férénade ridicule au maiftre du lieu. »
Clopin Trouillefou était remplacé par un hôtelier de bas étage.
Dans ce même livret du Ballet royal de la Nuit, le plus ingénieux que je sache, il y avait déjà eu une entrée d'Égyptiens et d'Egyptiennes, la huitième de la première partie; en voici encore le dessein sommaire :
« Quatre Égyptiens et deux Égyptiennes prennent l'occafion de la nuict pour faire leur meftier, et vont de boutique en boutique difans la bonne aduanture et emportans de chacune quelque chofe. »
Voilà le nouveau métier des Égyptiens, qui tient toujours un pendes anciennes pratiques. S'ils ne sont plus tout à fliit magiciens et sorciers, ils font un brin de chiromancie. Ils lisent la bonne aventure dans les lignes de la main, la bonne aventure d'amour, cela va sans dire. Ils sont aussi courtiers de galanterie, et, quand les femmes sont jeunes, elles sont elles-mêmes une bonne fortune au passage. Égyptiens et Égyptiennes ne volent plus les enfants; mais ils dévalisent habilement les boutiques. J'avance que la tribu n'enlève plus les enfints; cela n'est pas très-vrai pour le théâtre. Les enfants enlevés par des Égyptiens seront longtemps encore un des ressorts de l'action ou comique ou dramatique. C'est de cette façon que CéHe, dans l'Etourdi, a vécu parmi des Égyptiens, et c'est ainsi que Mascarille peut s'entretenir avec elle, en feii::nant de la consulter sur le succès des amours de son maître.
Zerbinette, des Fourberies de Scapiii, raconte son aventure qui est la même : « La destinée a voulu que je me trouvasse parmi
une bande de ces personnes qu'on appelle Egyptiens, et qui, rôdant de province en province, se mêlent de dire la bonne fortune et quelquefois aussi de bien autre chose. » Un fils de famille la vit, se prit à l'aimer et crut naturellement « que ses affaires étaient faites». Mais les Égyptiennes, en ce cas-là, jouent dans la comédie du XYH"^ siècle le même rôle que la fille ou la sœur de la courtisane dans la comédie latine, imitée de la grecque. Elles se font respecter de leurs amants et ceux-ci les épousent.
Nous savons maintenant ce quesont les Egyptiennes du second intermède et si elles peuvent y chanter autre chose que ce qu'elles prédisent, ou ce qu'elles font, c'est-à-dire l'amour.
Profitez du printemps De vos beaux ans, Aimable jeunesse.
Donnez-vous à la tendresse; Les plaisirs les plus charmants, Sans l'amoureuse flamme, Pour contenter une àme, N'ont point d'attraits assez puissants...
L'Amour a pour nous prendre
De si doux attraits, Q ue de soi, sans attendre,
On voudrait se rendre
A ses premiers traits; Mais tout ce qu'on écoute
Des vives douleurs Et des pleurs Qu'il nous coûte,
Fait qu'on en redoute
Toutes les douceurs.
II est doux à notre âge D'aimer tendrement
Un amant
Q.ui s'engage ; Mais, s'il est volage, Hélas ! quel tourment !
L'amant qui se dégage N'est pas le malheur.
La douleur
Et la rage.
C'est que le volage Garde notre cœur.
Quel parti faut-il prendre Pour nos jeunes cœurs ?
Devons-nous nous y rendre (à l'Amour) Malgré ses rigueurs ?
Oui ! suivons ses ardeurs, Ses transports, ses caprices.
Ses douces langueurs ; S'il a quelques supplices,
11 a cent délices
Qui charment les cœurs.
Quinault, quoi qu'on en dise, n'a jamais mis dans ses vers d'opéra ce ravissement de tendresse et ce balancement gracieux du rhythme, qui produit à lui seul le vertige musical de la valse. Mais c'est assez de digressions, il ne faut pas que Quinault vienne encore nous détourner de nos Égyptiennes vêtues à la moresque. Elles étaient donc quatre Égyptiennes ou quatre femmes mores chantantes. Chacune d'elles portait un écran hk ou garni de plumes et un bâton doré, attribut ordinaire des magiciennes de théâtre, qui leur épargnait d'ailleurs le grand souci des comédiens novices, la gêne des mains vides.
A côté d'elles, dansaient six Égyptiens tenant chacun d'une main un parasol, de l'autre une raquette, parasol et raquette à
plumes, agrémentes de frisons de plumes; d'où il résulte que ces Égyptiens et Egyptiennes vêtus de plumes ne ressemblaient pas mal aux sauvages emplumés de l'ancien carnaval, ces parents pauvres des Incas ou à'Al:(ire.
Nous savons que M"" Marion était une des « femmes mores »; M. Poussin en était une autre. Laquelle celui-ci? laquelle celle-là? Je me plais à croire que M""^ Marion faisait la première. C'était le droit de son sexe. Quant au talent, on serait tenté de croire que le talent de M"'^ Marion devait le respect à celui de M. Poussin, quand on se rappelle les patientes assiduités de M. Crépin auprès d'elle. M. Crépin avait mis deux mois entiers à lui apprendre « son rôle », c'est-à-dire, apparemment, ses deux rôles. M, Poussin n'en était pas à avoir besoin d'un maitre qui lui montrât ce qu'avait montré M. Crépin à M"*" Marion. Depuis deux ans déjà, si ce n'est davantage, il appartenait au Palais- Royal. Il y datait au moins de Psyché. Il était même de ce petit groupe chantant dont parle La Grange , qui consentit , pour quelque supplément de gage, à ne plus se dissimuler dans « les loges grillées et treillissées » , où s'étaient jusque-là tenus les musiciens, et à paraître sur la scène, visage découvert, en habits de théâtre.
C'est un titre à mériter une médaille d'honneur; mais la médaille de M. Poussin a aussi son revers. D'abord son nom ne ligure pas sur le livret de Psyché. M. Poussin ne chantait donc que dans le nombre anonyme; ensuite LuUi ne l'avait pas détourné du Palais-Royal, ce qui suppose qu'il ne le lui avait pas envié. Au surplus, que M. Poussin ait eu plus d'étude, ou que M"*^ Marion ait eu plus de voix , les deux parties de chant pour la première et la seconde femme more sont, à bien peu de chose
DU MALADE IMAGINAIRt:. 2^1
près, d'une égale importance et revenaient aux coryphées des deux sexes.
A la suite du quatuor, le livret indique ainsi l'entrée du ballet qui termine l'intermède : a Tous les Mores dancent cnfemble et font fliuter des fmges qu'ils ont amenés avec eux. »
Les singes pouvaient être ou des bêtes naturalisées ou des sauteurs travestis ; mais je suis toujours pour ce que j'ai dit ailleurs : je parierais plus volontiers pour des animaux véritables.
(2) Les plumes de Mascarille — je sais bien qu'il ne faut pas le prendre au mot — lui coûtaient un louis d'or le brin. A ce compte, les 368 plumes fournies par François Cuiller pour nos Egyptiens, auraient coûté plus de 7,000 livres à la Troupe du Roy; mais elle en fut quitte à meilleur compte : 47 livres, dont il faut déduire les 20 sous des quatre bâtons dorés. Restent donc 46 livres, prix doux et modeste, d'après lequel on jugera la qualité de la marchandise. Il se peut en même temps que, de Mascarille à nos Égyptiens, le prix des plumes fût tombé ainsi que la mode. Du Malade ima[;inaire à VAhnauach de du Pradcl, elle avait eu le temps de revenir et de disparaître encore. Ce qui est vrai, du moins, c'est que le livre des Adresses ne donne l'adresse d'aucun plumassier. Le mot plume ne s'y rencontre même que dans cette combinaison et avec ces circonstances imprévues :
« Le fieur Dalefme, rue Saint-Denis, près la Fontaine-la- Reine, vend des plumes et des femelles d'acier de fon invention, et encore un tuyau de toile de fer, où l'on brûle le bois fans cheminée et fans fumée. » (P. 61.)
Faut-il lire des plumes d'acier aussi bien que des semelles de même métal? Et quel rapport entre des plumes et des semelles? Mais, si ces plumes du sieur Dalesme étaient des plumes à écrire.
par hasard? Voilà cncote un inventeur inconnu dont on aurait réinventé l'invention, disons les inventions tout de suite; car le tuyau de tôle de fer dans lequel on brûle le bois sans cheminée et sans fumée a bien l'air d'appartenir à ce musée du Vieux-neuf, dont Ed. Fournier, le spirituel érudit, a déjà publié un si curieux, catalogue.
xMÉMOIRE DE LALOUETTE.
Mémoire de ce que j'ay fait et fourny pour meifieurs de la troupe du Roy.
Premièrement :
4' 10 Six coliers de mores^ de '. 5' »'
Plus, une demye doic^ainc de plaques, marché fait
Plus, pour auoir garny dix poulies de cuiure, pour
I 10 ce 2 ))
Pour auoir accommodé des plaques et des branches
■■ 10 de chandeliers-, pour ce 2 n
9'- 10. Somme toute 11' 5'
Receu de MefTieurs les Coaiédiens du Palais ' la fomme de neuf liures dix folz, pour le contenu au mémoire cy delTus. Fait ce 5= mars 1673.
Lalouette (avec un paraphe griffonné).
NOTES
(i) Les six Égyptiens pour lesquels Cuiller avait fourni les raquettes et les parasols garnis de plumes. Ils avaient pour colliers des carcans de cuivre, et la demi-douzaine de plaques comptée à l'article suivant, fliisait aussi partie de leur costume.
(2) Dans le registre de La Grange, on lit, à la date du 11 mai 1660: « Sur les chandeliers de criftal, M. du Parc a receu en trois fois 47' 8'. » En d'autres termes : pour payer les chandeliers de cristal, il a été prélevé en trois fois 47' 8' sur la recette, et les 47' 8' ont été remis h. cet effet entre les mains de M. du Parc,
Remarquez, par parenthèse, qu'il y a les et non pas des. Si La Grange eût écrit « Sur des chandeliers de cristal », c'était une dépense comme on en fait à l'ordinaire et sans bruit ; mais a Sur les chandeliers de cristal » c'est autre chose. On sent tout de suite les chandeliers qui ont été longtemps en question, qui sont la grande affaire du moment, les fameux chandeliers enfin.
Aussi bien coûtaient-ils une somme assez honnête. Après dixhuit acomptes qui se succèdent correctement, le dimanche 25 juillet, La Grange met à la marge : « En tout pour les chandeh. de crircal, 318'. »
Et revenant à son point de départ, au-dessus de la première note qui constatait les 47' 8' de retenue, il écrit non sans orgueil : « Achepté et pavé. »
Qu'était-ce donc que ces-fiimeux chandeliers de cristal? Ce que nous appelons des lustres; seulement le mot lustre, dans le sens où nous l'entendons le plus habituellement aujourd'hui, n'était pas de commun usage. Molière, qui avait une si belle occasion pour s'en servir dans le récit des Plaisirs de ille enchantée, où les planches d'Israël Sylvestre reproduisent la chose à profusion, s'en tient à l'ancienne^ façon de dire : « Un nombre infini de chandeliers peints de vert et d'argent, portant chacun vingt-quatre bougies, et deux cents flambeaux de cire blanche tenus par autant de perfonnes vêtues en mafques, rcndoient une clarté prefque aufTi grande et plus agréable que celle du jour. »
Quatre ans plus tard, par exemple, le mot lustres se montre dans la Relation de la Fejie de Fer/ailles du iS juillet mil fix cens J oixante-huit , dirai-je pour la première fois? Je n'ai garde; mais, comme sur ce point le Dictionnaire de Littré n'emprunte ses citations qu'à La Fontaine et à La Bruyère, j'ai lieu de penser que les exemples se rencontrent rarement plus tôt. Du reste, l'auteur même de la Relation n'arrive pas tout de suite à l'expression nouvelle. La distinction doit s'être étabhe entre le chandelier suspendu qui perd son nom, et le chandelier à base solide qui le garde : « Dans les angles du fer à cheval et entre les vafes, il y avoit trente-huit candélabres ou chandeliers antiques de fix pieds de haut. » Pour les autres, il se sert plus élégamment de girandoles : « Une girandole de cryftal allumée de 10 bougies de cire blanche. » Ce n'est que pour varier enfin qu'il écrit : « Le fond étoit d'azur femé de fleurs de lys d'or, et le refle enrichi de rofes
et d'autres ornemens d'or, d'où pendoient trente-deux luftres, portant chacun douze bougies. »
C'était donc des lustres de cristal qu'avait achetés la Troupe du Petit-Bourbon. Faut-il remarquer la date de l'achat, ou plutôt des premières retenues données en acompte? Le 11 mai 1660, avons-nous dit d'après La Grange. Or, on en était alors aux préliminaires du mariage de Louis XIV avec l'Infante d'Espagne. La Ga:yCtîe donnait iwec enthousiasme les nouvelles de Saint-Jeande-Luz, où était la Cour :
« De S. Jean de Lji:^, h 15 mai 1660.
« L'ii (le onze) de ce mois, le Roy d'Efpagne arriva à S. Sébaftien, où il eft encore, avec l'Infante. Le 14, la Reyne (Anne d'Autriche) alla aux Vrfulines affifter au fervice qui s'y faifoit pour le Roy Louis XIII, de glorieufe Mémoire. Le mefme jour, la Cour fut à la promenade le long de la Mer, fur des chaloupes des mieux parées, qui ell fon divertiffement ordinaire, avec la Comédie Efpagnole où les deux Nations fe trouvent toujours méfiées, ainfi qu'en la Cour de Sa Majefté Cathohque : les François et les Efpagnols allans et vcnans continuellement de l'une à l'autre, et fe donnans tous les témoignages poffibles d'une parfaite amitié. »
Les grandes et dernières solennités du mariage allaient avoir lieu le 9 juin; le jeune Roi, la jeune Reine devaient être à Paris le 19 juillet, et tout s'y apprêtait pour faire un digne accueil à ce couple auguste et charmant, qui arrivait dans tout l'éclat du luxe souverain, de la puissance et de la beauté.
Ne semble-t-il pas naturel que Molière, de son côté, ait voulu
restaurer la vieille salle du Petit-Bourbon et la mettre en état de recevoir les nouveaux hôtes de la France? L'Espagne nous avait ftiit les honneurs de sa Comédie, c'était à nous de lui faire les honneurs de la nôtre. Peut-être annonçait-on déjà la venue d'une troupe de comédiens espagnols à Paris. C'était le cas de leur présenter des théâtres dignes de la circonstance, et l'on sait si Molière était l'homme de l'élégance et du goût dans toutes les habitudes de sa vie. Il n'avait pas d'ailleurs à compter avec les acteurs ita- Uens qui auraient pu lui susciter des embarras en refusant d'entrer dans la dépense. Pour le moment, et depuis l'année précédente, Scaramouche était en Italie avec sa troupe. Quant aux comédiens espagnols, ils arrivèrent à Paris, même avant la Reine et le retour du Roi.
C'était trop tôt.
« Il vint en ce tems, écrit La Grange, vue Troupe de Comédiens Efpagnols qui joua 3 fois à Bourbon : vue fois à demye pift., la féconde fois à vn efcu , et la 3^ fois fift un four (a). « (11 juillet i6éo.)
(a) « Il fait noir comme dans un four », dit Hali, au début du Sicilien. La phrase est du domaine commun. Tout le monde la répète après Molière, et Molière déjà la répétait avec tout le monde. On sait bien ce qu'elle veut dire; mais entend-on le mot /o«r aujourd'hui de la même façon qu'on l'entendait autrefois ? Je ne crois pas. Combien peu de gens semblent soupçonner qu'il peut être question d'un autre four que d'un four à cuire le pain? Il y en avait un autre cependant, c'était le cachot provisoire dans lequel la police jetait les vagabonds, les ivrognes, les blasphémateurs ou les malfaiteurs sur lesquels elle mettait la main; et non-seulement la police avait ses fours généraux, mais les principaux agents de la sûreté publique avaient aussi chacun leur /o!ir particulier. «Du mercredi 6 mai (1695). Sur les quatre heures après-midi, MM. Auzillon père et fils, dit le founial de M. du funca, ont amené ici M. Pardiac, prêtre, et de Condom, en Guyenne, lequel avoit
Ce four n'a pas trop l'air de déplaire à La Grange. Il avait tort cependant de s'en réjouir. A quelques jours de là, c'était le 20 juillet, les comédiens espagnols s'établirent à l'Hôtel de Bour-' gogne et, le lendemain, les grands Comédiens de l'Hôtel donnèrent un dîner à leurs hôtes. On peut croire que la Reine leur en sut gré. La troupe étrangère eut plus ou moins de succès, peu importe. Il paraît même qu'elle n'en eut guère; car elle fit bien peu de bruit. Tant mieux pour les grands Comédiens; et l'accord qui se fit entre les deux compagnies, française et espagnole, dut être une des causes de la protection que la fille de Philippe II accorda toujours à la Troupe de Floridor contre la Troupe de Molière.
Lorsqu'en 1662 les ItaUens revinrent alterner leurs représentations avec celle-ci, les choses avaient changé en leur absence.
été cinq jours dans le four de M. Auzillon. » (Ravaisson, Archives de la Bastille, t. VIII, p. 5.) — N'oublions pas le nom de M. Auzillon, nous le retrouverons plus tard. Nous avons déjà vu (Premier État de recette et de dépense) le nom de M""^ Oizillon, sa femme, comédienne à Guénégaud, qui fit faire plus d'un vo3-age à La Grange et à ses camarades sur le chemin de Sceaux ou du bureau de M. de la Reynie.
Le four était complètement obscur.
Quand, à l'heure de la représentation, et après l'heure bien passée, un théâtre se trouvait à peu près vide, les comédiens se décidaient à congédier leurs trop rares spectateurs. On éteignait les chandelles et la salle retombait dans les ténèbres. Cela s'appelait faire un Jour. Le mot est resté dans la langue des coulisses.
A titre de fourbe et de valet d'intrigue, Hali avait eu plus d'une occasion de nouer connaissance avec les petites geôles de MM. les exempts, d'où cette comparaison tirée, suivant les règles, des objets qui nous sont familiers : « Il fait nuit comme dans un Jour. » Voilà pour Hali, et voici pour Molière : « Le ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche. »
L'image, qui est amusante au point de vue de la fantaisie, l'était encore plus par allusion au directeur de la Troupe italienne, dans une salle qui lui appartenait de moitié et où il faisait les lendemains de Molière.
La salle du Petit-Bourbon avait été jetée bas, pour faire place aux chantiers de Perrault construisant la colonnade du Louvre. Le Roi avait donné à Molière la salle de spectacle du cardinal de Richelieu, au Palais-Royal. Ce n'était donc plus Molière qui allait être chez eux, c'étaient eux qui allaient être chez lui. Molière leur avait pris leurs jours, il les garda. Il avait fliit des frais d'installation ; par ordre du Roi, la Troupe italienne eut à l'indemniser de la même somme dont il l'avait indemnisée en entrant au Petit- Bourbon : 1,500 livres. Ce fut ainsi qu'elle paya sa part des chandeliers de cristal; car ceux-ci, comme le matériel complet du Petit-Bourbon, avaient été transportés au Palais-Royal, où ils virent toute la gloire de Molière.
En 1677, « la Troupe, dit La Grange, a faict fiiire des luftres de criflail (décidément chandehers est devenu vieux) à commun frais avec la Troupe italienne. Il nous en a confié, outre les vieux, que nous auions du pallais Ro3-al, la fomme de mil liures. »
C'était à l'occasion de la reprise du Festin de Pierre que la Compagnie remplaçait les anciens chandeliers par de nouveaux lustres, juste dans le même temps où elle faisait remplacer, mais avec moins d'avantage, la prose de Molière par les vers de M. Corneille le jeune.
En mars 1673, les chandeliers du Petit-Bourbon devaient déjà sembler un peu insuffisants et l'on ne s'étonnerait pas d'y voir ajouter des plaques ainsi que des branches; mais, à supposer qu'il fût question d'eux, une dépense de trente sous ne représenterait qu'une bien petite réparation.
(3) Les Comédiens du Palais, heureuse abréviation, si ce n'est pas un mot resté par mégarde au bout de la plume. Elle sonne
bien. Elle prend bien son avantage sur celle des Comédiens de l'Hôtel. C'est la première fois que je la rencontre; c'est peut-être la première fois qu'on l'essayait. Quel dommage de ne l'avoir trouvée qu'à la veille de ne plus pouvoir s'en servir, au moment où l'on tombait du Palais-Royal à l'hôtel Guénégaud !