‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 24 sur 47 · MÉMOIRE D'ANGÉLIQUE BOURDON · texte numérisé non relu

MÉMOIRE D'ANGÉLIQUE BOURDON

Mémoire des cftancilles ' que i'ay fourny pour le palais royal.

l' ))' ponr la répétition^ Jlx palettes et fix ha fions .

I c » plus Jix parafols à cinquante fols la pièce .

^ )) plus hiiict ba fions d'oui et te à i ofols la pièce .

Pour le balet :

12 )) httîct cfcJjelles "^ à trente fols la pièce. . 4 10 plus fx marteaux à !<) fols la pièce. .

plus fx raquettes ■^ couuertes d'une peau argenté et le manche garny d'une frange

,) d'or CL un efcus la pièce 18

plus dou^e ba fions ^ peinds et argenté auec de la frange d'argent et des garlots à ) 10 fols pièce 6

MAL. ItliLG.

?' ))' phis une raquette de fil de L'autoui ... 3' »■" ( plus fix mortiers ^ peinds et argentés auec

l3 )) ( fix mortiers dehois dedans, à un e.f eus pièce 18 «

\ plus fix pilons argentés à 2^ fols pièce . . 4 10 plus fix maffues peintes et feiuées de poudre

12 » d'or à <,o fols pièce 15 »

20 » plus hnict moufquetons'' a un efcus pièce . . 24 »

5 » plus huict Lanternes fourdes ai <) fols pièce . 6 »

20' ))' plus pour huict^ feringues Cl un efcus pièce . 24 » /)///5 /)0//r fix oulettes et fix darcs ^ nernis de couleur de feu et argenté et garnies de

24 )) leur rubans, à "^o Jols pièce 30 »

plus une flûte de fer blanc pour le dieu

2 » p(^ii '° 2 5

je )) plus fix parafols" à <)0 fols pièces . .... 15 » plus trois paires de cajlagnettes '^ à un

g c efcus la paire 9 »

? )) plus un e finit de Lîihi ^^' 3 »

^//<5 cinq aufyies de Toille pinte pour garny Q )) les parafols à quarante fols Taufine. . . 10 »

/1///5 /ro/V aufnes de ga::ie pour faire une A )) bordure aux par a fol S, Ci ■^o fols Vauf ne . 4 10

plus uingt-fix palettes '+ à feigncr argen- 18 )•) lées et piules à !<) fols la pièce .... 19 10

2 » plus 2 couronnes de fleurs ^^ 2 »

^///j /;//zV^ hafion de parchemin à 10 fols la

3 ); /lifVi' 4 »

y)//« ////(' coifurc et un bouquet pour M"''

6 )) Mouuam ''' 6 »

l' ))' plus tm bouquet pour M'^' Ducreii:^' 'T . . i' ^^''^f/Jéf.) plus fei:(e grojfes et demy de fleurs a un

49 10 cf^'f^ ^^ gi'offc 49 10

plus fix aunes pour les tapilfiers .... 2 »

plus pour la façon de flx cordes garnies de

4 10 fli'iirs 4 10

plus pour la façon de flx fc fions auec neuf c )) pendans 6 »

plus trois pièces de rubans pour attacher les I 4 fleurs aux portes à ^ fols la pièce ... 14

plus deux groffes de feuilles , à 'yO fols la

5 » grojfes 9 »

Le tout ce montant . . . 327' 9'.

297' 19' (19 effacé.) 30 »

Receu de Meffieurs les Comédiens du Palais Royal La (ommc de Deux cens quatre vingtz dix neuf liures fuiuant le mémoire cy deffus, dont je les quitte. Faict ce 4"^ mars 1673.

Angéliclue bourdon.

244 F.STAT DE I..\ UECETTi: ET DESPEMCE

NOTES

(i) Estancilles, lisez ustensiles.

« Les frais de la d" pièce du Malade, écrit La Grange, ont efté grands à caufe du prologue et des intermèdes remplis de danfes, mufique et vRencilles, et fe font montés à deux mil quatre cent liures : 2,400'. »

Ustensiles, lisez accessoires.^

(2) Il y eut donc deux fournitures : une première et incomplète, £iite quand on se mit à répéter avec les accessoires, l'autre complète pour la représentation.

Six palettes, plus six bâtons à une livre, cela ne fait qu'un sou huit deniers chaque objet , palettes et bâtons payés au même prix, en location, je suppose; fût-ce en location, jugez quel bon marché ou quels objets cela représente !

Mais il ne s'agit que des répétitions où tout est bien qui simule à peu près les choses, et où il suffit aussi de quelques figurants pour former le cadre en attendant le nombre.

Nous verrons « au ballet » ou à la représentation, c'est tout un, les six palettes devenir au moins vingt-six, les six parasols douze, et les huit bâtons de houlettes s'additionner avec six autres plus enrubannés.

Mais ne nous faisons pas d'illusion ; le théâtre, au dix-septième siècle, n'avait pas encore organisé les masses chorales et les légions dansantes dont il dispose aujourd'hui. Le public se contentait de peu dans ce genre. C'était là qu'il mettait son imagination à la place de la réalité, lorsqu'avec une réplique, par exemple, on lui faisait supposer une foule arrêtée à la cantonnade, ou qu'il consentait à prendre des Égyptiens pour des Egyptiennes et qu'il acceptait, dans l'ordre de la chorégraphie gracieuse, une formule équivalente à celle de l'Auvergnat : « Ni hommes ni femmes, tous danseurs. »

(3) Les échelles et les marteaux (nous verrons plus loin les aunes) des tapissiers dansants qui venaient préparer la chambre d'Argan pour la cérémonie burlesque et placer les bancs en cadence.

(4) Pour qui les raquettes, sinon pour les Egyptiens et les Égyptiennes vêtus en Mores? Nous les avons déjà vues figurer sur le mémoire des fournitures de Cuiller pour soixante-douze plumes, douze par raquette, en ne comptant que six raquettes.

Outre les six raquettes couvertes d'une peau argentée , il y en avait une septième en fil de laiton (?) et sans plumes. Je ne trouve aucune note de menus frais, portant balles ou volants, qui indiquerait si les raquettes servaient à jouer des uns, ou à jongler avec les autres. En tout cas, les raquettes, les écrans, les parasols et les massues semées de poudre d'or que nous verrons plus loin étaient sans doute les divers accessoires d'autant de pas de caractère.

(5) Les douze bâtons peints et argentés pouvaient également

servir aux Mores qui fliisaicnt sauter leurs singes, aux faunes , aux bergers du prologue, aux bergers surtout, et animer les deux entrées finales du bruit de leurs grelots.

(6) Six apothicaires, dit le livret in-4°, dans le dénombrement des divers groupes dont se composait la Faculté comique. Autant d'apothicaires, autant de mortiers et de pilons; c'est juste. Quant aux mortiers, en même temps qu'ils faisaient décor, ils étaient instruments de percussion dans la partie musicale de la Ccréiiionie. Il y avait donc le mortier extérieur en cartonnage peint et doré pour le décor, et le mortier intérieur en bois pour le charivari, ce qui permettait aux apothicaires concertants de n'y pas aller de main morte.

(7) Ceci pour l'intermède de Polichinelle. « Pohchinelle, dans la nuit, — c'est le texte de l'argument, — vient pour donner une férénade à fit maitrefie. Il eft interrompu d'abord par des violons contre lefquels il fe met en colère et enfuite par le guet compofé demuficiens et de danfeurs. «

Ainsi, quand les violons se taisent à l'orchestre, voici venir, rasant les murs, le mousqueton sur l'épaule, les archers musiciens qui entendent Polichinelle accorder son luth pour préluder à sa sérénade. « Qui va là?» PoHchinelle fait de son drôle, et, profitant de l'obscurité, se donne les airs de lancer toute une meute de laquais sur l'escouade. Il imite même le bruit d'un coup, de feu, et voici les gens du guet en déroute ; mais bientôt les fuyards se rallient et reviennent renforcés des archers danseurs, ceux-ci encore avec leurs mousquetons, tous avec des lanternes sourdes. Le nombre des lanternes et des mousquetons nous donne celui des archers.

(8) Huit porte-seringues, dit le livret. Ici, liuit seringues, même chiffre ; mais le mémoire d'Angélique Bourdon ne dit pas qu'elles fussent en bois peint et argenté. Au prix d'un écu, comme elle les compte, on est bien tenté de reconnaître des instruments authentiques d'un effet comique d'autant plus sûr :

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

(9) Ces six dards élégants, argentés et enrubannés, appartenaient, comme les houlettes et les bâtons frangés d'argent, aux bergers de l'églogue.

(10) Le dieu Pan du prologue. Sa flûte à sept tuyaux dont on lui attribue l'invention, ce lointain modèle de nos grandes orgues, pendait nécessairement à sa ceinture ou à son cou.

(i i) Les six parasols finissent par coûter cher : 50 sous chacun pour la monture, 30 sous de toile peinte pour la garniture, 15 sous de gaze et trente plumes, et les frisons. La Grange avait raison de dire que la dépense de la pièce avait été grande à cause des ustensiles.

(12) Les castagnettes devaient encore appartenir à l'intermède des Égyptiens et des Égyptiennes pour accompagner la danse ou le chant.

(13) L'étui du luth de Polichinelle.

A propos de Polichinelle, je demande la permission defiiire un peu d'analyse critique sur les modifications introduites, presque à l'origine d'ailleurs , dans cette amusante parade de Polichinelle et des archers que Molière avait peut-être empruntée à son ancien répertoire bouffon de la province.

« Voilà un temps fâcheux, dit Polichinelle, pour mettre un luth d'accord. Plin, phn, pHn, pHn, tan, plan. Les cordes ne tiennent point par ce temps-là. PHn, plan. »

Pour ce jeu de scène aucune indication dans le ballet imprimé, c'est-à-dire dans le seul texte donné à l'imprimeur, relu et corrigé par MoUère. Aucune dans l'édition de 1675.

Mais un peu plus tard, dans l'édition de 1682, à la suite de la dernière taquinerie des violons, avant le compliment ironique de Polichinelle à ses fâcheux : « Par ma foi, cela me divertit ; pourfuivez. MelTieurs les violons, vous me ferez plaifir... », parait l'indication que voici :

« Polichinelle avec un luth dont il ne joue que des lèvres et delà langue, en difant : Plin, tan, plan, etc. »

Mieux vaudrait dire : Dont il ne joue pas ; mais n'importe : supposons l'avis donné aux troupes de campagne, dans le cas où elles n'auraient qu'un instrument sans cordes et pour la commodité de la représentation.

Passons à d'autres agréments du spectacle :

On a d'abord ajouté la plainte itaHenne de Polichinelle :

Noue e di v'amo e v'adoro.

Trente vers, ni plus ni moins, rattachés, l'occasion s'y trouvait — par double emploi — à cette dernière phrase du monologue : « O nuit, ô chère nuit, porte mes plaintes amoureufes jufques dans le lit de mon inflexible ! »

On a encore ajouté la « vieille » qui se présente à la fenêtre et répond au seignor PohchincUe en se moquant de lui :

Zerbineui ch'oiîn'hor confinti sguardi...

DU MALADE IMAGIXAIRE . 249

Vingt vers de plus avant la scie des violons à la cantonnade, autant de choses qui n'entrent ni dans le mouvement, ni dans l'esprit de l'intermède, pas plus que dans le plan général de la comédie.

Molière a pourtant voulu que ses trois intermèdes tinssent à l'ensemble de la composition. Le vieil usurier (et non pas le sclgnor) Polichinelle est presque un des acteurs du Malade imaginaire. Il y est nommé à la fin du premier acte. Toinette parle de lui à Angélique comme d'un amoureux ridicule qu'elle a sous la main et par l'entremise duquel elle se charge de donner avis à Cléante du projet de mariage concerté entre Argan et les Diafoirus.

« Il m'en coûtera pour cela quelques paroles de douceur, a dit Toinette, que je veux bien dépenfcr pour vous. «

D'où il suit que Toinette n'aura pas malmené son barbon, comme à l'ordinaire, et que celui-ci, ravi de sa bonne fortune, se glisse nuitamment sous la fenêtre de sa maîtresse pour lui donner une sérénade.

Qu'est-ce donc que cette vieille qui vient nasiller sa chanson en grimaçant ? Ce n'est pas Toinette, assurément, et je ne pense pas que ce soit elle qui l'ait apostée.

Pour revenir aux deux airs italiens, celui de Polichinelle et celui de la vieille, qui que ce soit qui les ait ajoutés, on n'a pas même pris le soin de les introduire où il était à peu près naturel de le foire, au moment, par exemple, où Polichinelle, interrompu jusque-là par les violons, a trouvé moyen d'avoir du silence et tire enfin son luth de l'étui.

Ce n'était pas l'idée de Molière que Polichinelle pût ouvrir la bouche. Il faisait venir les archers avant que son homme commençât ; mais enfin, soit ! Puisqu'on voulait le faire chanter, le

guet serait venu après le chant, et on serait resté dans la logique des choses.

Au lieu de cela, c'est avant la bouffonnerie des violons qu'on a placé la scène de musique. Ainsi, Polichinelle chante sa peine en tout loisir, la vieille le raille de même. C'est quand il n'y a plus à les gêner que les violons entrent en jeu, et Polichinelle de demander comme dans la première version : « Quelle impertinente harmonie vient interrompre ici ma voix ? » L'impertinente harmonie n'a rien à interrompre. Elle n'en joue pas moins son rôle, et quand elle a fini par se taire : « Or, fus, à nous, dit Polichinelle; avant que de chanter, il fliut que je prélude un peu et joue quelque pièce, afin de mieux prendre mon ton. »

Avant que de chanter, c'est après avoir chanté. Polichinelle ne se souvient plus qu'il a déjà donné sa sérénade.

Contradiction sur contradiction, étourderie sur étourderie. Ce n'est pas à ces signes-là qu'on reconnaît MoUère. Dans ces vingt dernières années, le Théâtre-Français d'abord, l'Odéon ensuite, ont fait deux reprises du Malade imaginaire avec les intermèdes. S'il s'en préparait une troisième, il serait bon de supprimer ou au moins de déplacer, dans l'intermède de Polichinelle, tout ce qui s'y est indûment glissé entre la mort de Molière et l'édition de 1682.

(14) Vingt-six palettes à saigner. Le livret ne porte que dix chirurgiens: huit dansants, deux chantants. D'un autre côté, toutefois, il porte vingt-deux docteurs ; mais les médecins de ce temps-là. tenaient trop en mépris les chirurgiens, ces confrères du barbier, pour porter les mêmes insignes. Outre les chirurgiens chanteurs et danseurs, il y avait donc seize assistants, à

DU MALADE IMAGIXAIRE. 25 I

moins que les seize palettes de surplus n'eussent leur emploi, ce qui n'est pas probable, dans les trophées de la décoration.

(15) « Les deux zéphyrs (de la suite de Flore dans le prologue) danfent avec deux couronnes à la main, qu'ils viennent donner enfuite aux deux bergers. »

Voilà les deux couronnes fournies par Angélique Bourdon au prix modéré de vingt sous l'une, sur lequel prix l'exacte économie de La Grange n'a rien trouvé à rabattre.

(16) Faut-il Hre M"'^ Mouvam ou M"*^ Mouvant? M"^^ Mouvam, inconnue jusqu'ici, était traitée comme la déesse Flore et comme les deux bergères.

(17) AP''' Ducreuzy, probablement Du Croisy. Angélique Du Croisy était fille de l'excellent comédien à qui Molière confia le rôle de Tartufe et qui jouait celui de Béralde dans \q Malade imaginaire. Son père et sa mère étaient entrés, en 1659, dans la Troupe de Monsieur, aux vacances de Pâques, ainsi que La Grange. Du Croisy avait été directeur d'une troupe de campagne. L'année précédente, cette troupe et celle de Molière s'étaient rencontrées à Rouen, comme se rencontrent deux navires; l'une avait coulé l'autre, on sait laquelle, et Molière avait généreusement recueilli l'équipage naufragé. Ce fut ainsi que les deux hommes sellèrent. Une fois fixé au Petit-Bourbon, Molière y appela Du Croisy dont il fltisait très-grand cas. Il avait bien placé son amitié et son estime.

De M''® Du Croisy la mère, ce qu'on sait se borne à peu près à ceci. Elle n'eut qu'un rôle au Petit-Bourbon. Elle se joua ellemême dans VImpromptu de Versailles, où Molière, qui s'est plu

à hlasonner plusieurs de ses camarades sur la liste des personnages, lui a fait, comme aux autres, son blason en deux mots : « Mademoifelle Du Croify, pefte doucereufe. »

Développant la devise au cours de la pièce : « Pour vous, lui dit-il, vous repréfentez une de ces perfonnes qui prêtent des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en paffant, et feroient bien fâchées d'avoir foufiert qu'on eût dit du bien du prochain. Je crois que vous ne vous acquittere:{ pas mal de ce rôle. »

La femme a eu son lot; continuons pour la comédienne. La Thorillière, marquis fâcheux, qui papillonne autour de ces dames, arrive à M"*^ Du Croisy et lui débite ses banales fadeurs : « Vous voilà belle comme un petit ange. Jouez-vous toutes deux aujourd'hui.-^ » poursuit-il en regardant M"" Hervé. C'est M"*-' Du Croisy qui répond : « Oui, Monfieur. » Et le marquis, intrépidement : « Sans vous, la comédie ne vaudroit pas grand'chofe. »

On pourrait douter que ce fût une ironie, tant elle serait cruelle; il est vrai que le compliment reste équivoque, partagé qu'il est entre les deux actrices ; mais voici qui en fixe le sens, à l'endroit de M"*^ Du Croisy.

L'Impromptu de Versailles fut joué à Versailles, entre le 11 et le 23 octobre 1663. Aux vacances de Pâques de 1664, c'est-à-dire entre le 28 mars et le 22 avril, La Grange écrit sur son registre :

« M"° Du Croify defdomagea la moitié de la Troupe de la part qu'on luy vouloit ofter, la Troupe fe trouuant mipartie, de forte qu'elle tira encore ili part en rembourfant ceux qui ne confentoient pas à fadite part. »

La note est obscure; mais enfin voici ce qu'elle veut dire : Aux vacances de Pâques, la Compagnie agita la question du renvoi de

M"® Du Croisy ou de son maintien dans la Société. Elle avait une part entière sur les bénéfices. Les voix se divisèrent par moitié, cela se conçoit bien. Tout le monde était d'accord qu'elle ne rendait aucun service ; mais ceux des comédiens qui se refusaient à l'exclure, hésitaient en considération de son mari. EUeoftrit alors d'abandonner à ceux qui étaient contre elle la demi-part de ses bénéfices. Le moven terme fut accepté. C'est ainsi qu'elle recommença l'année, comme sociétaire à demi-part; mais, en 1665, la demi-part fi.it encore supprimée. Ceux mêmes des comédiens qui avaient maintenu M"" Du Croisy pour un an, sous cette condition, ne furent « pas d'avis de continuer pour l'avenir », dit La Grange. D'où l'on peut conclure, à bon droit, qu'elle n'était ni bonne camarade, ni bonne comédienne.

En 1673, Angélique Du Croisy, sa fille, avait quinze ans. Elle avait déjà représenté une des deux Grâces de Psyché avec la petite LaThorillière. Devait-elle figurer ici, avec M^^" Mouvam, quelque suivante de Flore non mentionnée au livret ? Cela est possible ; nous avons déjà eu lieu de nous apercevoir que les distributions imprimées sont bien incomplètes. Nous sommes loin de connaître tous les gagistes, tous les acteurs des résidences royales qui ont apporté leur concours au répertoire de Molière. Quant à conjecturer que M"° Angélique, comme on l'appelait, eût fait un des deux zéphyrs, n'y songeons pas; si les hommes commençaient à perdre le privilège qu'ils avaient eu dans le ballet, d'y remplir les rôles de fi^mmes, les femmes n'avaient pas encore celui d'y suppléer les hommes. L'engagement de la fille de Du Croisy et celui de Rosimond, signés en même temps, le 3 mai 1673, furent les premiers que fit en se constituant la Troupe du Roi à Guénégaud. Le talent de j^iie Angéhque a fiit peu de bruit; il n'est pas douteux cependant

qu'elle ait été une comédienne utile, puisqu'elle fut conservée à la jonction de léSo. Elle épousa Paul Poisson, le second de la dynastie des Crispins, et mourut en 1756, à Saint-Germain-en- Laye, presque centenaire. Avec les souvenirs de sa jeunesse, elle a écrit un portrait de Molière qui, à côté des portraits peints ou gravés du grand homme, compte parmi les plus authentiques, et, par cette page fidèle, elle a eu le bonheur de se faire, dans l'immortalité de Molière, une part qui ne lui sera pas ôtée.

Sur le mémoire d'Angéhque Bourdon, l'article de M"° Ducreuzy a été biffé d'un trait de plume, non pas par le Théâtre, mais de la même main qui a fait la facture.

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