‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 25 sur 47 · MÉMOIRE D'ANDRÉ BOUDET · texte numérisé non relu

MÉMOIRE D'ANDRÉ BOUDET

Mémoire pour la troupe du roy, fourny par André boudet, marchand tapiflier à paris.

fourny les bois de fix placets -, les aiioir gnrny, fourny

de f angle, clou, ioilJe à fafçon el clou doré, cy . . . £ i8' »'

fourny fix tabourets fon de bois de chef ne, auoir mis de

' la toille tout autour, cy  15 »

fourny fix orillier ^ de coutil plain de plumes ( un

mot illisible) +, cj' ^18 »

fourny fix aulnes de toille Indiane ' large, pour couurir

les fix careau^ de ces (et les ?) fix placct a trante hiiict

fols l'un ^11 8

fourny Imict aulne et deniye d'agrément argent et noir ^

pour les placets à dou^e fols l'aune, cy £. 5 2

pour auoir fait prandre les Dou:;e.^ tabouret, cy . . . £. 3 »

Receu de monfieur hubert la fonime de foixante et fix Hures à quoy les partys (?) fy defus ont efîé modérés, dont fe tient (?) quitte jufques a ce four, fait ci paris , le vingt cinquiefme Nonenibre lô"" (J) foixante et trei:;^e.

A. Boudet 9 (avec paraphe).

NOTES

(i) En 1673, après avoir demeuré sous les piliers des halles, où on le trouve établi en 1667, André Boudet, marchand tapissier, bourgeois de Paris, demeurait toujours dans la circonscription de la paroisse Saint-Eustache, mais sous les piliers de la Tonnellerie.

En 1621, le 14 février, il avait épousé Madeleine PoqueHn, l'ainée des deux filles de Jean Poquelin, marchand tapissier, valet de chambre du Roi, et le troisième enfant qui restait à celui-ci de son mariage avec Marie Cressé ; c'est ainsi qu'André Boudet était devenu le beau-frère de Jean PoqueHn le jeune, de Catherine Poquelin, née d'un second lit, et de leur aine Jean-Baptiste Poquelin, autrement dit Molière.

Au mariage de Jean Poquelin le jeune avec Marie Maillard, — on l'appelait le jeune pour le distinguer de Jean son père et de Jean son frère, — André Boudet fut un des témoins du côté du mari.

Huit ans plus tard, le 20 février 1662, lorsque Molière épousa Armande Béjarr, André Boudet lui servit de témoin avec Jean Poquelin, son père, et, l'année suivante, comme sa famille, la

famille d'André Boudet, s'accroissait d'un second fils, Armande tint l'enfant sur les fonts de baptême.

Les liens se resserraient entre beaux-frères et belles-sœurs. La mort, qui enleva la femme de Boudet en 1665, ne désunit pas les deux fiimilles. Pendant une absence de deux ans que fit le gendre de Jean Poquelin, son beau-père vint diriger sa maison, et plus tard il lui donna en location son propre magasin, le magasin que l'on sait, ouvert sous les piliers des halles, à l'image de saint Christophe.

Je ne me charge pas d'expliquer les affaires d'intérêt qu'eurent à débattre avec André Boudet, tantôt Jean Poquelin le père, tantôt Molière, tantôt la femme, puis la veuve, puis le mari de la veuve de Molière. Affaires obscures, d'autant plus difficiles à éclairer qu'on se sent moins désireux d'y porter la lumière. Eudorc Souhé l'a fait avec un grand courage et un rare esprit d'mvestigation ; c'est par lui qu'il fiiut se laisser guider dans ce dédale. A force de le hanter, il a fini par s'en rendre l'ombre familière. Je renvoie donc aux Recherches sur Molière et sur sa famille les lecteurs curieux de ces htiges entre parents, où la famille, hélas ! perd presque toujours de sa dignité, et je continue de recueillir les diverses circonstances dans lesquelles intervient à titre officiel le beau-frère de Molière et d'Armande.

A la mort de Poquelin le père, conjointement avec Molière et avec Marie Maillard, la femme de Poquelin le jeune, devenue veuve, André Boudet signe l'inventaire après décès, et, de concert avec Marie Maillard, proteste contre la qualité de tapissiervalet de chambre que reprend Molière, par suite de la mort de son père.

En 1672, lorsque Molière perdit son second fils, le filleul de

MAL. IMAC".

Boileau - Puymorin et de Catherine Mignard, l'enfant, né le I" octobre, fut inhumé le 12 dans l'église de Saint-Eustache, en présence de Boudet et d'Aubry, ses oncles.

Molière mort, un acte du Châtelet, en date du 4 mars 1673, nomme Armande Béjart tutrice de sa fille et André Boudet subrogé-tuteur de sa nièce.

Du 13 au 20 mars 1673, ^^ subrogé-tuteur de la petite Esprit- Madeleine signe l'inventaire dressé après la mort de Molière.

Ici, parmi les dettes de la communauté : « Déclare encore ladite demoifelle (Molière) qu'il eft dû au fieur Boudet, fubrogé, ce qu'il juftifiera par fes mémoires. »

Les mémoires manquent, ce qui est regrettable ; on voudrait voir comment André Boudet, jusqu'à présent débiteur, se trouve tout de suite en posture de créancier vis-à-vis de la succession de Molière, avant de prendre la même attitude, et pour une somme très-importante, vis-à-vis de l'ancienne Troupe du Palais- Royal.

Il y a là en effet un problème assez délicat à résoudre.

Lorsque les Comédiens du Roi, dépossédés du Palais-Royal, furent obligés de traiter avec les propriétaires de Guénégaud pour l'acquisition de leur salle, l'accord se fit sur le prix de trente mille livres, contrat signé le 23 mai 1673 et contenant quittance de ladite somme. En même temps, contre-lettre des Comédiens, reconnaissant qu'ils n'avaient payé que quatorze mille livres. Quant au reste de la dette, ces messieurs prenaient l'engagement de se hbérer sur les recettes, à raison de cinquante Hvres par chaque représentation jusqu'à complet remboursement des seize mille livres.

Ce n'était pas le dernier mot de Sourdéac et de Champeron.

En dépit de l'axiome : Donner et retenir ne vaut, Sourdéac et Champeron voulaient vendre et retenir, — rétrocéder leur bail et demeurer maîtres de la maison, ou du moins s'arranger de manière à y rentrer en maîtres.

Seconde contre-lettre, toujours du 23 mai, annulant la première. Par celle-ci Sourdéac et Champeron faisaient abandon des seize mille livres pour entrer dans la Société des Comédiens, participer à tous profits, etc., avec voix délibérative dans toutes les assemblées de la Compagnie. La convention fiât acceptée.

On sait comment finit cette association dangereuse : par un procès qui la rompit, à la demande des acteurs de Guénégaud. Mais laissons là l'issue du procès ; ce qui nous occupe, ce n'est pas le procès lui-même, ce ne sont pas les seize mille francs convertis en des situations et des avantages attaqués devant la justice, ce sont les quatorze mille livres versées comptant dans les mains de Sourdéac et de Champeron,

Où l'ancienne Troupe du Palais-Royal les avait-elle trouvées ? Qui les lui avança ?

Voici ce que La Grange a écrit sur son registre : « . . . . Pour paruenir au payement defd^ 14,000', il fufi: pafTé contract, le 15 Juillet, de la d^' fomme de 14,000' dont la Troupe faifoit 700' de rente au profEt de M. Boudet, tapilTier du Roy, qui auoit prefté ladite fomme. — Amortys depuis (ajouta-t-il) le 3 avril 1675. ^^

Voyons maintenant l'acte de partage signé en 1704 (la veuve remariée de Molière étant morte) entre la fille de Molière, son beau-père Guérin d'Estriché et le fils de Guérin d'Estriché, son frère utérin. Il y est fait mention d'une rente de 306 livres appartenant a la défunte, et de divers remboursements qui en avaient formé le capital.

Un de ces remboursements, effectué par André Boudet (septembre et octobre 1675), était celui d'une somme de onze mille livres, à lui prêtée, le 14 juillet 1673, par M"^ Molière, lesquelles onze mille livres étaient déjà un remboursement fait, le 22 mai 1673, P^^ LuUi et sa femme, de la même somme que ceux-ci avaient empruntée eux-mêmes à Molière.

Si l'on rapproche ces dates (rt), le 14 juillet 1673, c'est-à-dire le jour où la veuve de Molière prêtait onze mille livres à André Boudet et le 15 du même mois où André Boudet prêtait quatorze mille livres aux anciens camarades de Molière, on ne saurait douter qu'André Boudet n'eût reçu d'une main pour prêter de l'autre à la Compagnie, autrement, que la veuve de Molière ne se fût servie de son beau-frère pour prêter, sans paraître, à ses camarades.

Craignait-elle d'exciter leur jalousie ombrageuse? Dissimulaitelle avec eux l'état de sa fortune ? Avait-elle dû le dissimuler avec Lulli, lorsqu'elle réclama de lui un argent qu'elle n'obtint peutêtre qu'en prétextant des besoins personnels.^ C'est le cas de se demander : Qui trompe-t-on ici? En tout cas, le jeu, si c'en fut un, se joua jusqu'au bout.

Le 3 avril 1675, l'amortissement se fit dans les règles. La Grange l'enregistre ainsi :

« ...Rembourfé, furet tant moins (c'est-à-dire en acompte), M. Boudet de la fomme de 14,000' faifant 700' de rente, en lui payant 11,000' de principal,

(à) Un autre rapprochement de dates : celle du 22 mai, où Lulli rendit les onze mille livres à la veuve de Molière, et celle du 23 mai, où fut signée, contre un paiement de quatorze mille livres, l'acquisition du théâtre Guénégaud par la Troupe du Roi.

«plus pour intérefts d'un an. . . 700'

« plus pour intérefts reftans . . . 501' 13' et 4'^

« La quittance efl au pied du contract chez M. Gigault, notaire. »

Puis en mai 1677 : «Le 17 May, la Troupe a emprunté d'vn particulier 3,400' pour acheuer le rembourfement des quatorze mil qu'on avoit empruntés de Alonf"" Boudet par Contract du 15 Juillet 1673, ^01^^ 1^^" Troupe auoit desjà rembourfé 11,000' et les intérefts le 3*^ Avril 1675. »

Finissons-en avec cette affaire de chiffres. La pousse plus loin qui voudra ; je n'en voulais tirer que deux conclusions, elles sortent d'elles-mêmes :

D'abord, si c'est la veuve de Molière qui a prêté aux Comédiens la somme ou le gros de la somme nécessaire pour rétablir le Palais-Royal à Guénégaud, il est bien naturel qu'on ait dit la Troupe de M'^^ Molière jusqu'au moment où le Théâtre eut complètement éteint sa dette, qui fut le moment d'ailleurs où elle-même échangeait son nom contre celui de Guérin.

Et d'un autre côté, ce qui est encore à sa décharge dans le cruel procès qu'on lui a intenté de nos jours, c'est que la mort de Molière n'avait rompu aucun des liens qui attachaient sa veuve à tous les siens. Les camarades de M"* Molière se ralliaient autour d'elle. La Grange lui gardait une affection dont le dévoûment ne se démentit jamais. Les anciens commensaux de la maison, comme de Visé, y conservaient leurs habitudes. La Forêt n'en était pas sortie. André Boudet restait l'homme de confiance et le prête-nom de sa belle-sœur, plus directement en relations avec elle, comme subrogé-tuteur d'Esprit-Madeleine, sa fille,

pour laquelle jamais personne n'avait songé à la déclarer une tutrice indigne.

(2) Tout le monde connait ces trois vers de Boileau :

Saint-Araand n'eut du Ciel que sa veine en partage; Un lit et deux placets composaient tout son bien, Ou, pour en mieux parler, Saint-Amand n'avait rien.

Mais du placet lui-même c'est à peu près tout ce qu'on sait, si ce n'est qu'il était un siège sans dos.

De quelle forme ? Et par où le placet différait-il du tabouret, puisqu'ici nous avons six placets d'un côté, six tabourets de l'autre ? J'avoue que je n'ai pas réussi à m'en rendre compte. Tout ce que le mémoire d'André Boudet lui-même m'a laissé entrevoir, contrairement à une prévention assez naturelle et dont le pittoresque croquis de Despréaux doit être la cause, c'est que le placet coûtait un peu plus cher de premier établissement que le tabouret, celui-ci cinquante sous, celui-là trois livres ; que le placet avait un fond de sangle et qu'il était garni de toile à façon avec des clous dorés, tandis que le tabouret avait un fond de bois et qu'il était garni tout autour de simple toile.

J'ai consulté le Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France (1671, p. 7), et je n'y ai trouvé que ceci :

« Dans l'ordre des fiéges, le fauteuil eft le plus honorable , la chaife à dos va après et enfuite le fiége pHant. » Nous le savons bien :

Vous irez vifiter, pour votre bienvenue, Madame la Baillive et Madame l'Elue Qui d'un fiége pliant vous feront honorer.

dit Dorine à Angélique ; mais le placet, mais le tabouret, il n'en est pas question, à moins que l'un et l'autre ou l'un des deux ne soient compris sous le nom de pliant. Lequel des deux, en ce cas ? Je pencherais pour le placet, à cause de la sangle, et attendu que le tabouret à fond de bois n'a pas trop l'air d'un siège qui plie.

Voj^ons maintenant les dictionnaires :

« Placet , dit Nicot , vient de placer et fignifie une façon de petit fiége à femme, ians doffier et accoudoir. — Scdile muliehre.

« Tabouret fignifie ce petit fiége bas, embourré, couvert de tapifferie, de point ou autre étoffe, où les femmes s'afféient tenant leur caquctoire (Nicot a le mot pour rire) en faifant leurs ouvrages.»

Jusqu'ici rien qui ne soit commun aux deux petits meubles. Le tabouret serait peut-être plus bas. Rembourré, il fallait bien que le placet le fût aussi et recouvert d'une étoffe quelconque ; on ne s'asseyait pas sur la sangle. Il est vrai que la sangle pouvait porter un coussin.

Mais continuons :

Voici venir le Dictionnaire de l'Académie (1694) qui va fixer la langue du grand siècle :

« Placet, forte de fiège, qui n'a ni dos ni bras (c'est la définition de Nicot) : Un placet dur, un placet mollet, un placet trop bas, trop haut. »

« Tabouret, placet (pourquoi n'avoir pas dit d'abord : Placet, Tabouret 7), forte de fiége qui n'a ni bras ni dos (même définition) : Tabouret de velours, s'affeoir fur un tabouret, avoir le tabouret. « La dignité du tabouret se relève.

Furcticre avant l'Académie :

« Placet, tabouret (nous y voilà !), petit liège de femme ou d'enfant, qui n'a ni bras ni dollicr. »

« Tabouret, placet (la réciproque a lieu), fiége carré qui n'a ni bras, ni doflier, où l'on fe puiffe accoter ou appuyer »... « Ce mot vient de tambour, à caufe de la reiTemblance de ce fiége à un petit tambour (Ménage). ))

Il paraîtrait que les anciens tambours étaient carrés.

Trévoux enfin :

« Placet, tabouret. Petit fiége qui n'a ni bras ni dossier. Sedicv.la, » Furetière abrégé.

« Tabouret, placet. Siège carré, qui n'a ni bras, ni doffier. Sediciihr Jhnplex. » Toujours Furetière abrégé, et toujours l'étymologie empruntée à Ménage : « Ce mot vient de /^w^o//r, etc.. »

Je iinis par croire que le placet était un tabouret rond.

(3) Les six oreillers du premier acte, ceux qu'apporte Toinette à Béline et dans lesquels M™*" Argan accommode hypocritement son mari. Le compte est réglé par le texte de Molière:

« Béline (à fon mari) : Levez-vous que je mette ceci fous vous (un). — Mettons celui-ci pour vous appuyer (deux) — et celui-là de l'autre côté (trois). — Mettons celui-ci derrière votre dos (quatre) — et cet autre-là pour foutenir votre tète (cinq).

« Toinette (lui mettant rudement un oreiller fur la tète) : Et celui-ci pour vous garder du ferein ». Voilà le sixième.

Le jeu de scène était bien plus naturellement amené lorsque les oreillers étaient sur le lit et qu'il n'y avait pas à les envoyer chercher par un laquais dans la chambre voisine.

(4) On a essayé de lire vieilles ou molles ou même d'oilles.

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comme qui dirait d'oies, dans une orthographe surabondante. Qui sait s'il ne faudrait pas en revenir à oreiller ? Le pléonasme aurait-il fait grand'peur à André Boudet?

(5) La protection déclarée dont Louis XIV honorait (il faisait mieux que l'honorer) la Compagnie des Indes avait mis à la mode les marchandises importées en France par les vaisseaux de la Compagnie. Le tabac en était une, et l'on sait par quel éloge du tabac à priser Sganarelle ouvre le premier acte du Festin de Pierre. La toile indienne était une autre importation ; aussi Molière ne l'a-t-il pas oubliée. Dans le Bourgeois gentilhomme, M. Jourdain venant conférer en robe de chambre avec ses maîtres de musique et de danse, leur dit, de l'air d'un homme qui sait le bel usage : «Je me fuis fait foire cette indienne-ci. »

(6) Etant donné que les tabourets sont carrés et à tond de bois, il semble que les six carreaux soient destinés à être posés sur les tabourets, d'autant plus que les carreaux et les placets garnis étaient couverts de la même étoffe.

(7) L'agrément noir et argent est de deuil, et convient aux sièges d'une Faculté qui « fait tant de chofes pour la mort », comme dit à Bartolo le comte déguisé en soldat.

On remarquera peut-être que dans le programme des préparatifs de la Cérémonie, où il est question des bancs, il n'est question ni des placets ni des tabourets ; c'est que des bancs eux-mêmes il n'en est parlé que par rapport aux danseurs qui les placent en cadence. Les autres sièges étaient apportés par la figuration. Assistants, danseurs et chanteurs s'asseyaient sur les bancs. Les placets et les tabourets étaient pour les comédiens et les

comédiennes. Il y en avait douze. La cliaise du Prascs faisait treize. C'était justement le nombre des acteurs en société.

(8) « Rôti, bouilli, môme chose. » A la bonne heure ! Nous l'avions à peu près deviné : six tabourets et six placets font douze tabourets.

(9) Dans le 3^ numéro du. Moîiériste (p. 75-78), M. Paul Lacroix a pubUé, le i" juin 1879, ^^ curieux article intitulé : Un Beau- Frère de Molière, seigneur de Franconville, extrait en partie des Nouveaux Entretiens des jeux d'esprit et de mémoire. Lyon, Jacques Lyons, 1709, p. 15 et suiv.

D'après les Nouveaux Entretiens du marquis de Châtres, ou, pour être plus exact, d'après l'aîné et le plus ingénieux des moliérisants qui les cite, — entre 1670 et 1682, André Boudet aurait acheté du prince de Condé la terre avec la seigneurie de Franconville. Grand déplaisir pour le curé du lieu. Celui-ci déclara tout de suite qu'il ne tiendrait jamais ce nouveau paroissien pour son seigneur et qu'il le recommanderait, non pas comme seigneur, mais comme marchand, dans les prières publiques.

Sommation faite au curé par l'acquéreur d'avoir à lui rendre les honneurs qui lui étaient dus.

Dès son premier prône, le curé de dire à ses paroissiens qu'il ne les empêchait pas de prier pour M. un tel, tenant boutique en telle rue, et se prétendant seigneur de Franconville ; mais que surchargé, quant à lui, d'offices et de prières, ce seigneur-marchand le dispenserait, s'il lui plaisait, de prier pour sa santé et le succès de son négoce.

L'affaire ayant été déférée au parlement, la cour ordonna que le curé réciterait la prière, à la manière accoutumée pour les autres

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seigneurs, sans faire mention du seigneur nouveau, sur quoi le curé récalcitrant répondit, parlant à l'huissier porteur de l'arrêt, que la sentence de la cour serait exécutée; mais qu'il faudrait à ce marchand un autre arrêt pour obtenir que la paroisse et le pasteur dirigeassent à son gré leur intention dans leurs prières.

L'affaire en était là, lorsque François Harlay de Champvallon, nommé archevêque de Paris (janvier 1671) commença, dit le marquis de Châtres, à remplir le premier devoir de sa mission, en allant tenir un synode dans le doyenné de Montlhéry, proche de Chcîtres.

Ce fut pendant ce synode que le nouveau possesseur de Franconville se présenta devant lui, le requérant de réduire l'opiniâtre à la raison.

Harlay de Champvallon, libertin forcé d'être hypocrite, était un homme d'esprit, lorsqu'il ne s'acharnait pas à priver Molière mort de la sépulture chrétienne : affaire de jeter sur ses déportements un manteau de dévotion outrée. Il dut bien s'amuser, à part lui, du sot qui le suppliait de faire une enquête sur les consciences et de leur donner des ordres. En fait d'ordres, ce fut au plaignant qu'il donna un conseil, et il le donna judicieux :

« Payez une année de la taille à la décharge des habitans ; allez à l'offrande tous les jours de fêtes à la paroiffe, et toutes les fois que vous y irez, portez un louis d'or au curé, vous verrez qu'ils dirigeront toutes leurs intentions comme vous fouhaiterez. »

L'anecdote est plaisante en elle-même, et il serait piquant que Molière eût eu dans sa famille, soit un original, soit un second exemplaire vivant de M. Jourdain ; mais voici que dès le numéro suivant du Moliériste, un autre moliérisant (je ne dis pas : A moliérisant, moliérisant et demi), un autre moliérisant, laborieux et

chercheur difficile à satisfaire sur les documents historiques, élève des doutes contre l'identité du seigneur de Franconville, beaufrère de MoHère, et pose ces deux points d'interrogation :

« Dans quels titres M. Paul Lacroix a-t-il vu que le prince de Condé céda la terre de Franconville à André Boudet, marchand tapissier à Paris, demeurant sous la Tonnellerie, an Soleil d'or?

« A quels signes reconnaît-il qu'André Boudet, marchand tapissier demeurant sous la Tonnellerie, au Soleil d'or, est le même personnage que M, Boutet (l'auteur des Nouveaux Entretiens écrit toujours Boutet, sans prénom), bon et riche marchand qui tient boutique, rue.,., c'est-à-dire que M. Boutet, marchand dont on n'indique pas le commerce et dont on ne désigne pas la rue ? »

Sur ces deux questions, c'est à M. Paul Lacroix seul qu'il appartient de répondre. Il le fera, on peut en être sûr, dès qu'il aura le loisir de reprendre sa recherche. En attendant, le point établi, c'est que la terre de Franconville fut achetée par un riche marchand du nom de Boutet, puisque le marquis de Châtres le dit et qu'il était en mesure de le bien savoir.

Quant à la transcription du nom de Boudet en Boutet, sans vouloir l'approuver, je fais seulement cette remarque, que Voltaire, qui s'est trompé sur le nom de la mère de Molière, le confondant avec celui de la femme de notre tapissier, au heu d'appeler la première, Marie Cressé, l'appelle également Anne Boutet par altération. Les deux noms devaient donc se dire habituellement l'un pour l'autre.

C'est égal : nous avons bien ici André Boudet ; va pour André Boudet. Je ne me sens guère porté à croire que le marchand tapissier qui a signé André Boudet cette facture des tabourets du

Malade imaginaire, eût déjà pu ou ait jamais pu signer : Marquis de Franconville.

Il y a aussi, dans les deux articles que je viens de citer, au sujet des onze mille francs de Lulli, remis par les mains d'André Boudet aux mains de Sourdéac et de Champeron, deux façons de parler que je ne trouve pas exactes. « Il (André Boudet) emprunte à la veuve de Molière une somme de onze mille livres », dit Paul Lacroix. Et Ch. Livet : «Je ne m'arrête pas à rechercher, pressé par quel besoin, Boudet réclama de sa sœur (de sa belle-sœur) une somme de ii,ooo livres. » — Boudet n'eut rien à réclamer; il ne réclama rien. Pour emprunter, il n'emprunta pas non plus; sa belle-sœur lui fit un prêt simulé. C'est une différence.

Voici maintenant une autre pièce introduite dans le débat. (Yoir le Moliériste, t. I, p. 34.) C'est M. Aug. Vitu qui l'ajoute au dossier. On sait que le brillant critique est aussi un patient chercheur, de ceux qui cherchent bien et qui trouvent :

« En 1697, le sieur Boutet, capitaine du régiment de Picardie, se quaUfiait... seigneur de Franconville-la-Garenne. » Ainsi parle l'abbé Lebœuf, Hist. du. diocèse de Paris, t. IV, p. 78, éd. de 175 5 .

« Vous remarquez que le seigneur de Franconville s'appelle Boutet et non Boudet, qu'il était militaire et non tapissier, qu'enfin il vivait en 1697, tandis qu'André Boudet, le beau-frère de MoUère, était mort le 8 mai 1682. »

Reste toujours cependant à entendre M. Paul Lacroix en sa réplique.

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