‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 3 sur 47 · RECETTE · texte numérisé non relu

RECETTE

Premièrement

Le Vendredy lo^ fehurier 1673 : retiré à la première repréf entât ion du Malade imaginaire Soixante huict Hures, cy- 68' »'

Le dimanche 12° dudit iuois\ retiré Deux cens quatre

vingt:^ trois Hures cinq fol:^^, cy 283 5

Le mefme jour, recea des mains de Madame Prouofl'^

Cetit vingt trois Hures, cy 123 »

Le mardy 14^ dudit mois^ , retiré Trois cens Hures,

cy 300 »

Le vendredy^ 17^ dudit mois, retiré Trois cens trois

Hures, cy 303 »

Le vendredy i/^"' diidit mois , retiré Vingtifol^, cy . . i^ »'

Le mardy 2^^^ dudit mois, retiré fixliiires, cy .... 6 »

Le vendredy ■^^mars, retiré Six cens foixante hiiict Jinres

qtiaior:(e fol:(^ , cy 668 14

Le dimanche 5^ dudit mois, retiré Sept liiires cinq fol:^^°,

Le mardy 7*" dudit mois, retiré cent trente cinq Hures,

^y jji ^

Le Vendredy 10^'^ dudit mois , retiré Deux cens fept

liures, cy 207' »'

Le dimanche 12^ '5 dudit mois, retiré Vingt-cinq liures

dix fol i, cy 25 10

Le mardy 14'' dudit mois, retiré Sept liures dix foli^"^,

cy 7 10

Le me/me jour, receu de Monfieur Le Duc de Brijfac, pour toutes les entrées de comédies qu'il deuoit. Trois cens trente liures , cy 330 »

Le vendredy 17^ dudit mois, retiré Trente trois liures

quin:(e fol^'^, cy 33 15

Le mardy 21^ dudit mois, retiré Six liures quin:(e fol:(^,

cy 6 15

I095 4 Somme totalle de la recette. Deux "^Q ^Q mil cinq cens cinq liures qua- 2505 14^"^ tor^e foli, cy'^ 2505' 14=

(a) Ces gros chiffres et les chiffres semblables que l'on rencontrera sur les factures particulières, généralement à la marge et en regard des prix énoncés

Premièrenient

Vingt vue paires d'ef car pins pour fei::^e danccurs, trois

inujiciens et denx fauteurs^", à trois liiircs la paire. . 63' »'

Trente trois paires de gans^^ pour les danceurs et ninficiens, à dou^e fol^ la paire 19 6

Au nommé Louis'^ meniùijier, pour cinq journées, à raif on de trente cinq fol:(^ par jour 8 15

91' iV

Au nommé Le Clerc menuifier, pour huict journées , à raif on de trente cinq fol:;^ par jour 14'

Au nommé Cbauuet-° menuifier, pour huict journées, me/me fomme de 14

Au nommé La Pierre charpentier^, pour fix journées, à raifon de trente foli par jour 9

Au nommé Caron menuifier, pourrejle de fou trauail. . 37

A Monfieur de La Grange -', fuiuant le mémoire de toutes les defpences qu'il a faites, defduction faite de ce qu'il a cy deuant receu 163

Pour cinq chaifes^^ qui ont mené la compagnie à Saint- Germain, à raifon de dix huict Hures chacune ... 90

par les fournisseurs, figurent les prix rectifiés et arrêtes par le contrôle du théâtre.

On avait besoin de reconnaître, soit qu'elle compte ou qu'elle écrive, l'administration des comédiens. Passé les trois premières pièces de la comptabilité : le grand état anonyme de la recette et dépense, l'état dressé au nom d'Hubert, le compte des journées d'ouvriers tenu par La Grange et la suite de sa minute autographe , on reconnaîtra les chiff"res et les diverses écritures de la Compagnie à la diff"érence du caractère typographique.

Donné a vn cocher, à Saint-Germain i' 10'

A vn laquais de Motif de Viuonne, pour auoir porté le flambeau iio

A Monfleur De La Grange, pour vn difner fait à S' -Germain , le famedy 11^ fehurier, pour la Compagnie 12' 5'

A Mon/'' Hugot qui a payé la de/pence faite par la

compagnie à S'-Ger main » »

Le dimanche et lundy i^ et 20" feburier. Trente trois

Hures, cy 33' »=

Pour vn difner fait à S'-Germain , le famedy 25' feburier, par la Compagnie 17 5

A la chandellière^^^ qui a fourny quatre vingt:{ quatre Hures de chandelle, pour les répétitions de la pièce, à fept fol^ la Hure, fuiuant fou mémoire quittancé. . . 29 8

A Moitf" Préuofi ^^ chandelier, qui a- fourny trente huict Hures de chandelle pour les peintres et les menuifiers, fuiuant fon mémoire quittancé 13 6

A François, pour la def pence qu'il a faite, fuiuant fon

mémoire quittancé et pour récompence^'^ 47 »

A Crofnier, pour le feu des répétitions, fuiuant fon mémoire ^^ 60 »

A La Forefl, pour ce qu'elle a fourny aux répétitions

de la mufique, fuiuant fon mémoire ^^ 35 ^o

A Monfleur Crefpin qui a monflré a Mademoifelle

Marion, par ordre de la compagnie ^^, payé 11»

Au Serrurier fuiuant le mémoire des ouuragcs qu'il a faits ^^, quittancé 102 5

AM^^Verteuille, lingère,fuiuantfon niéinoire quittancé ''° 89' 5

A Monfieur Barbier, fuiuant fon mémoire quittancé^'. . 95 »

A M"^^ Vagnard, fiiiiiant f on mémoire quittancé ^'^ . . 299 »

Aîù Nattier, fuiuant fon mémoire qnittancé^> 45 ^'

A la Cartière, fuiuant fon mémoire quittancé'^'^ . ... 19 17

A Monfieur Defgroux, pour trente fix paires de bas de

foye, fuiuant fon mémoire quittancé^^. ...... 365 »

A Monfieur Boyiiin, pour h pain et le vin des répétitions, fuiuant fa quittance''^ 186 «

A la Cordière, fuiuant fon mémoire et l'arrefté de Monfieur De la Grajtge^'7 24 j>

Au marchand de fer; pour le cloud qu'il a liuré, fuiuant

fon mémoire quittancé "^^ 38 »

A Monf Lalouette, fuiuant fon mémoire quittancé ^'^ . . 9 10

Au marchand de bois, fuiuant fon mémoire quittancé^" . 240 »

A Monfieur Cuiller, pour les plumes qu'il a liurées, fuiuant fon mémoire quittancé -^^ 47' ^''

A Monfieur Baraillon, pour l'habit du Malade mrx-

gincàre, fuiuant fon mémoire "^^ 66 ^:>

91 II Somme totalle de ladefpence, Deux

342 7 mil trois cens fix Hures quinze

348 14 foll,cy 2306^15=

ht La Recette monte a .... 2505 14

. /' - Partant Le contable doit. ... 198 19

198 19 Defpence 2306 15

Autre despence faite par la compagnie : A Monf de La Grange pour pluficnrs de/pences par

luy faites pour la compagnie, fuiuantfon mémoire^' . 31^10^ A Meffieiirs de La Grange, Du Croify et à Madame

de La Vigne, fuiuant vn mémoire cy rapporté"^ . . . 86 11 A M"^ Boury, pour le petit pain fourny aux répétitions

des danceurs, fuiuant fa quittance cy raportée. ... 22 »

A Meffieurs Du Croify et Hubert, pour vu voyage par

eux fait à S'-Germain, le lundy 24.^ aurih^ . ... 15^10' A Monfieur du Croify, pour vne chaife pour aller che^

Monf de Champeron 2 5

A Madame De La Vigne, pour vn carojfe pris le mardy

26* aunl, pour mener Mefdemoifelles De Molière,

De Brie et du Croify che:^ Monf de Champeron . . . 3 » A Mademoifelle Du Croify, pour vn voyage fait a

Seue che^ Monp de Sourdeac 14 »

A Monfieur De La Grange, pour vn voyage fait à

S'-Germain 6 »

A Monfieur Du Croify vne chaife pour aller che:(

Monfieur Duché i 5

A Monfieur De La Grange, pour vn voyage fait à

Saint-Cloudauec Monfi Du Croify, le mardy 9^ may . 615 Pourvn voyage fait au mefme lieu, le mercredy 10^ may . 4' 1 5^ Pour plufieurs autres menus frais paye:(^ pour la compagnie 5 S

Somme totalle de cette defpence.

198' 19' Partant quitte des 198' 19' qu'il dcuoit de refte du premier conte.

NOTES

(i) « Le Trésorier assiste ordinairement aux comptes, avec le Secrétaire et le Contrôleur, garde les deniers de la Communauté et les distribue selon qu'il est nécessaire. Ces deniers sont toujours les premiers levés sur la recette de la chambrée, après les frais journaliers, et quelquefois, ces frais-là payés, la chambrée entière est remise au Trésorier, sans qu'il se partage rien entre les particuliers » — lisez entre les comédiens. — « Car enfin, ce petit État » (le théâtre) « a comme d'autres ses nécessités. Le public n'est pas riche; mais il se trouve de riches particuliers qui, au besoin, lui font des avances, et qui en sont fidèlement remboursés. C'est pour de pareils remboursements, pour le paiement des auteurs, pour de nouvelles machines » — machines dans le sens de décors ■ — « pour des louages, pour des réparations et d'autres choses de cette nature qu'on met des deniers à part, et le Trésorier, qui en est dépositaire, tire des billets de toutes les sommes qu'il délivre, pour en rendre compte tous les mois selon l'ordre établi dans cette communauté. » (Samuel Chappuzeau, Le Théâtre-Français, 3^ livre, chap. 51 : Officiers du théâtre qui ne tirent point de gages.}

Ces deniers de la communauté, dont parle Chappuzeau, ne lui constituaient pas une fortune et ne formaient pas même une

éo ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE

réserve de prévoyance. Dans les troupes du dix-septième siècle, en règle générale, les frais ordinaires prélevés, les comédiens se partageaient le reste de la recette, moins quelque fraction excédante dont ils fusaient volontiers l'aumône aux ordres religieux. En cas de frais extraordinaires, faute d'un fonds d'épargne, on subvenait à la dépense soit par l'emprunt, soit par des retenues sur le présent. C'est ainsi que les retenues destinées à couvrir la dépense extraordinaire du Malade commencent avec la première représentation de la pièce.

L'auteur du Théâtre-Français a vu de près les choses, — son livre, daté de 1674, est de 1673 — etillesabien vues. Telles qu'il les expose, telles nous les retrouvons ici, presque dans le même ordre. Sous le titre Recette, voici les deniers de la communauté, et le trésorier ou le secrétaire-trésorier à l'œuvre pour en recueillir les éléments. Voici comme il les distribue, ces deniers, dans le détail, et comme il tire des billets, disons des quittances, de toutes les sommes qu'il délivre, pour en rendre compte à la Comédie. L'état, les deux états que nous avons sous les yeux. Recette et Dépense, avec les mémoires quittancés à la suite, sont la mise en action du chapitre 51 de Chappuzeau.

Le livre de Chappuzeau est très-précieux et très-exact sur l'organisation des trois Troupes de comédiens français qui se partageaient le public de Paris, au moment de la mort de Molière. Il les connaissait bien pour avoir été joué sur les trois théâtres, où ses pièces n'avaient pas trop fait fortune. Auteur comique audessous du second ordre, médecin de peu de malades, professeur d'humanités à l'occasion, gazetier sans gazette, avec autant de demi-professions il restait toujours nécessiteux, et c'était en changeant de place qu'il échappait encore le mieux aux difficultés de la

DU MALADE IMAGINAIRE. 6l

vie. Il voyageait pour étudier les villes et les gouvernements. Il avait toutes les curiosités de ces nouvellistes d'alors qui remplaçaient nos journaux par l'entretien habituel sur les affaires publiques. Il les remplaçait, lui, par son Europe vivante, Lyon en son lustre et le Théâtre-Français ; mais c'était le nouvelliste sérieux et sans malignité, admirateur par état et par nature. Il se faisait, comme bien d'autres, une ressource de la dédicace, mais sa flatterie était sincère et convaincue. Il avait le respect et le culte des puissances. Il en recherchait partout la protection. Il la sollicitait, il s'offrait et s'engageait à elle avec une ingénuité touchante. Dans sa comédie des Eaux de Pirmont, qui fut jouée à Pirmont en juin 1669, devant toute la maison de Brunswick et Lunebourg, il se mettait lui-même en scène, sous le nom du poëte Pohdas, pour adresser à ses sérénissimes auditeurs le compliment qui va suivre, et je ne suis pas sûr qu'il n'ait pas été son propre acteur :

Je viens voir à Pirmont quatre pompeuses cours, Où régnent les vertus, où régnent les amours. Depuis deux ou trois mois que je suis en campagne, J'ai vu, de compte fait, vingt princes d'Allemagne. Ils ont lu mon Europe avec quelque plaisir. De pouvoir plaire aux grands c'est mon plus fort dcsir. Et c'est ce qui me porte en ce lieu solitaire. Pour divertir les Grands et tâcher de leur plaire.

J'abrège. Le compliment fut bien payé, je pense; mais Chappuzeau de son côté ne manquait pas de reconnaître les bons offices qu'on lui rendait. Il était à L3^on avant 1656. Il y connut Molière, qui joua peut-être quelqu'un de ses rôles, et la famille Bejart et Madeleine qui lui donna ses entrées, je suppose. Tout ce que l'on voudra, mais Chappuzeau, honnêtement traité, se fit

le précurseur de cette Compagnie élégante, et c'est ainsi qu'il l'annonçait à Paris, dans la première partie de Lyon en son lustre :

« Le noble amusement des honnêtes gens, la digne débauche du beau monde et des bons esprits, la comédie, pour n'être pas fixe, comme à Paris, ne laisse pas de se jouer ici, à toutes les saisons qui la demandent, et par une troupe ordinairement, qui, toute ambulatoire qu'elle est, vaut bien celle de l'Hôtel, qui demeure en place. »

On ne s'y trompera pas, c'est bien de la Troupe de Molière qu'il s'agit, et si, par l'Hôtel, Chappuzeau entend l'Hôtel de Bourgogne — de quel autre en effet disait-on l'Hôtel par excellence? — nous voyons qu'il savait chatouiller les amours-propres par où ils étaient le plus sensibles, et que MoUère était déjà pour ses perpétuels ennemis « les grands Comédiens » de la rue Mauconseil, un rival en espérance.

MoUère installé au Palais-Royal, Chappuzeau lui présenta une comédie en cinq actes, en vers, le Riche impertinent, dont les frères Parfait n'ont pas connu le nom. Molière la reçut et la joua. Ce fut l'affaire de huit représentations, au mois de juin 1661. Sa dette était payée.

Molière mort, on retrouve encore Chappuzeau sur le registre d'Hubert : «A. M. Chappuffeau... 55^». C'était le 21 septemtembre 1673. Le permis d'imprimer, pour le Théâtre-Français, donné à Michel Mayer, Hbraire de Lyon, est du 22 janvier 1674. On ne s'étonnera pas si cet excellent petit hvre de Chappuzeau, comme ses autres panégyriques, £iit également honneur à la sûreté de ses informations et à sa reconnaissance.

(2) La recette avait été de 1,992 livres. Une seule des premières

représentations de Molière avait passé ce chiffre, celle de Tartuffe, à la reprise du 5 février 1669 (2,360); mais aussi c'était Tartuffe! et après l'interdiction de 1667. La recette même de 1667 n'avait donné que 1,390. L'Amour médecin étaitalléà 1,696. LesFeniines savantes avaient fait 1,735, ^ cause du petit ou du gros scandale de Trissotin; le Bourgeois Gentilhomme 1,797 seulement. Molière devait donc être, de ce côté du moins, satisfait et à demi consolé de n'avoir pas été appelé à la Cour.

(3) Recette 1,459 livres.

(4) M™*" Provost « ou Nanon Brillart », comme dit La Grange, tenait le bureau de la recette. Elle devait être la fille de Brillart et de sa femme, ouvreurs de loges, portés aux « Frais ordinaires » pour trois livres par jour, sur le tableau de Pâques 1660. La fille recevait le même gage; elle avait changé de nom, en se mariant.

C'était une femme de mérite et très-estimée des comédiens qui la conservèrent dans leurs diverses fortunes. En 1685, M"'^ Dupin, mise à la pension par ordre de M™" la Dauphine, essaya de se rattacher au Théâtre, en dépossédant M™^ Provost du contrôle qu'elle croyait obtenir aisément de ses anciens camarades. L'assemblée délibéra sur sa demande , et M™'^ Provost fut maintenue par vingt-cinq voix sur vingt-neuf. M"" Dupin n'eut que quatre fèves blanches.

(5) Troisième représentation du M(7/i^J^. Recette, 1,459 livres. Le même jour, à Saint-Germain, second bal masqué, donné dans l'appartement du Dauphin.

(6) Quatrième représentation, 1,219 Hvres. La retenue avait

été faite à la fin du spectacle, et avant la mort de Molière, sur ces 1,219 livres qu'il avait sauvés pour tout son monde, en les pavant de sa vie. La recette avait décru, mouvement naturel dans un temps où la première recette était généralement la plus forte. Ajoutez d'autres causes de baisse : la fatigue des dernières fêtes du carnaval, l'entrée en carême, et, le 17 février, une grande partie du public surprise par le spectacle avancé de plus d'une heure.

(7) Réouverture du Palais-Royal après sept jours de deuil. Reprise du Misanthrope . Baron dans le rôle d'Alceste. Recette éi8 livres. Retenue d'une livre pour le principe. Pas de retenue le dimanche 26. On partagea tout ce qu'il y avait, et cela se conçoit; on n'avait rien partagé pendant la semaine de fermeture.

(8) Le Théâtre donnait la Comtesse d'Escarbagnas et les Fâcheux, mauvais spectacle pour le moment : une pièce fatiguée, l'autre pièce, d'une convenance douteuse, 325 livres de recette. MoUère était déjà doublé depuis longtemps dans les Fâcheux. Le registre de La Grange ne dit pas qui joua son rôle ou ses rôles ce jour-là.

(9) Grosse retenue et proportionnée à la recette qui fut de 1,590 livres. Le Palais-Royal reprenait les représentations du Malade imaginaire. La Thorillière osait jouer le rôle funeste.

(10) La recette s'était pourtant élevée à i,éo6'io'.

(11) Toujours le Malade. Recette 1,118 livres.

(12) Recette i,285'io'.

(13) Recette i,363'io'.

(14) C'était peu sur un chiffre de i,034'io'; mais les trois cent

trente livres payées par le duc de Brissac pour tout ce qu'il devait d'entrées à la Comédie, s'ajoutèrent à la retenue,

La place des petites gens ou des petites bourses était au parterre, celle des gens de qualité sur le théâtre. Le prix d'une entrée au parterre était de quinze sols. Boileau l'a dit. Le prix d'une entrée sur le théâtre était de cinq livres lo sous, d'où la phrase de Molière : « Apprends, marquis, que le bon sens n'a point de place déterminée à la Comédie ; que la différence du demi-louis d'or et de la pièce de quinze sous ne fait rien du tout au bon goût. »

Si les entrées du duc de Brissac étaient toutes des entrées sur le théâtre, il en devait donc soixante au prix du tarif; mais le moyen de savoir s'il n'a pas pris d'autres places pour sa maison ? le moyen encore de savoir en combien de temps le crédit qu'il s'était ouvert a pu produire une somme relativement considérable }

Grâce au registre d'Hubert, on voit mieux comme le nombre des entrées prises s'est rapidement accru, du mardi 20 novembre 1672 au mardi 7, ou au mardi 14 de l'année suivante.

Le II novembre, eut lieu la grande reprise de Pi}^/;^'. Le 20, le duc va voir la pièce, et Hubert inscrit : Dû par M. le duc de Brissac 26'- 10 '•

Le duc revient le 27 Dû un louis d'or.

22''^' le 16 24'- 5'- le 18 II 1- 15 =• le 20 16 ^- le 23

et maintenant il ne manquera guère une représentation. C'est

au théâtre du Palais-Royal et avec Psyché qu'il commence l'année nouvelle.

Dimanche i^"" janvier, dû un louis d'or.

Mardi 3 — 16 '• 10 ^•

Vendredi 6 — id.

Dimanche 8 — 3 places ; ce qui est encore la même chose.

Mardi 10 — 4 places.

Vendredi 13 — id.

Mardi 17 — 3 places. — C'était le jour où la Troupe des Comédiens du Marais représenta devant Leurs Majestés à Saint-Germain « la belle Pulchérie du Sieur Corneille l'aîné», dit la Gazette, en ajoutant que toute la Cour en a été merveilleusement satisfaite.

Cependant les deux dernières représentations de Psyché se donnent, sans que le duc y assiste; mais il prend trois places pour la première des Maris infidèles, qui ne lui inspire pas le désir de voir les trois autres.

3 places, le 3 février, pour Trissotin, autrement dit les Femmes savantes. 4 places le 10. Il est de ceux qui restent fidèles à Mo- Hère et n'abandonnent pas la comédie pour l'opéra, ni même Charpentier pour LulH; mais il n'est pas non plus de ceux qui ont surpris, le 17, dans l'équivoque sourire du pauvre Argan prononçant le jiiro, la convulsion de la mort prochaine.

Le duc de Bris'^ac ne devait revenir au Palais-Royal que pour la triste réouverture du Théâtre sans Mohère et le début de Baron àxnsAlceste. Il y revint encore, le 7 mars, pour la reprise du Malade avec La Thorillière. Sa dette était acquittée le 14. Le 21, les chandelles éteintes, l'année théâtrale achevée, ce qui avait été la Troupe de MoUère n'avait plus d'asile.

Henri-Albert de Cosse , duc de Brissac et pair de France, n'avait que vingt-huit ans. Dans cette préférence si déclarée qui le fixait au Palais-Royal, ne verrait-on pas quelque goût un peu vif pour la charmante comédienne qui jouait Psyché? M, de Brissac n'en dut être que plus touché de la situation de M"*^ de Molière et de celle de la Troupe. Il envoya solder ce qu'il devait d'abord et j'imagine qu'il voulut qu'on payât sans compter.

Le livre de La Grange ne mentionne pas plus la grosse dette acquittée qu'il n'a fait pour chacune des petites dettes au passage.

Il est vrai que La Grange enregistre à peine ça et là ces sortes de loges dues; plus volontiers il les oublie et laisse au grand-Hvre le soin d'en tenir compte. C'était un procédé habituel aux grands seigneurs de ne pas s'arrêter, pour mettre la main à la poche, devant la porte ou sous la porte de la Comédie. Le portier, qui savait son monde, n'avait à faire que de s'incHner respectueusement. Reste à savoir si la receveuse se permettait de leur présenter quelquefois leur compte {a) ou s'ils se chargeaient eux-mêmes de s'en souvenir. On sent là des pertes pour les comédiens. Le Roi ne voulait pourtant pas que l'on entrât dans les théâtres sans payer. Il faisait à ce sujet des ordonnances souvent renouvelées, trop souvent même pour qu'elles semblent avoir été bien efficaces,

(15) Bien peu de chose sur une recette de 1,097 livres. Le dimanche 19, qui était le dimanche de la Passion, recette, 907

(rt) « 18 février 1689 (on jouait Laodamie, tragédie nouvelle de M"» Bernard). Il y a eu aujourd'hui une place au théâtre pour M. le prince d'Auvergne. On lui a remis un mémoire qui monte en tout, y compris la place d'aujourd'hui, à 15'"" 17^ 6^. » {Reg. de la Comédie.')

Le contrôle présentait donc quelquefois son mémoire et pour des dettes fort modestes.

livres ; pas de retenue. Le mardi 21, le jour de la clôture annuelle, 663' 10' de chambrée; retenue 6' 15% pas davantage.

Ce même mardi, la Troupe reçut l'année de la pension que lui faisait le Roi, 7,000 livres, auxquelles on ne toucha pas d'ailleurs. On n'y toucha du moins qu'au mois de juillet 1674. Il en fut fait alors quatorze parts, dont unepart d'auteur pour Molière, c'est-à-dire pour sa succession, une autre part pour les frais du Malade imaginaire.

(16) Dans ce total de 2,505' 14^ produit par les réserves de six semaines (10 février-21 mars), les quatre représentations du Malade, données du vivant de Molière, entrent à elles seules pour 1,077 livres, presque la moitié de la somme. On devine ce que La Grange dut avoir de peine à obtenir que la recette disponible ne passât pas, chaque jour, tout entière entre les mains de ses camarades, et à la disputer contre ceux qui, comme La ThoriUière, Baron, le ménage Beauval, prenaient déjà leurs mesures pour entrer à l'Hôtel de Bourgogne après les vacances de Pâques :

« Lorsqu'on cessa les représentations à Pâques, dit son registre, la Troupe devait encore plus de 1,000 livres desdits frais extraordinaires. »

A qui la faute ?

(17) La facture manque. Remarquons seulement le nombre des gagistes employés dans les intermèdes : Seize danseurs, trois musiciens et deux sauteurs. Il y en avait peut-être davantage ; il n'y en avait pas moins, à coup sûr,

(18) Le mémoire manque également ; mais voici que le nombre des danseurs et des musiciens monte tout de suite de 21 à 33. Le

moyen de remplir l'écart semble être d'ajouter les 12 violons. « Douze violons, note La Grange, 12 danseurs, 3 symphonistes, 7 musiciens ou musiciennes. » Seulement, les chiffres de La Grange additionnés donnent 34 au lieu de 33. Supposons, par exemple, que Beauchamps, compris dans les douze danseurs, avait une paire de gants à part, comme chef de ballets, nous reviendrions aux 33 . Quant à la différence des seize danseurs, portés sur le mémoire des chaussures, avec les douze de La Grange, elle tient à peu de chose. Seize danseurs et trois musiciens, compte le marchand qui confond les uns avec les autres ; rétablissons douze danseurs et sept musiciens. Cela revient au même pour le montant de sa facture.

(19) Manque aussi la note du menuisier Louis et celle de Le Clerc, mentionnée ici à la suite. Le nom de Louis avait d'abord été porté en marge, avec celui de Le Clerc, qu'on va voir tout à l'heure sur la Hste des journées de travail dressée par La Grange. La Grange effaça les deux noms, parce qu'ils étaient passés dans l'état d'Hubert.

(20) Manque le mémoire de Chauvet, lequel Chauvet semble être aussi un des ouvriers supplémentaires pris au commencement de février. (Voir la Hste de La Grange.)

(21) Le mémoire de La Grange dont il est parlé ainsi se trouve au second feuillet de la liste des journées de travail.

(22) Mémoire non retrouvé. Celui-ci devait comprendre les six articles à la suite qui regardent le voyage de Saint-Germain, le séjour, avec les deux dîners de la Compagnie. Cette dépense et d'autres du même genre — on les rencontrera tout à l'heure —

yO ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE

représentent les démarches actives de la Troupe du Roi, sollicitant d'une part l'autorisation de se survivre, de l'autre poursuivant la difficile entreprise de se compléter et de s'établir dans une salle nouvelle. L'ordre des dates a fait reporter ces notes à la fin des mémoires qui concernent la représentation du Malade imaginaire. On les y trouvera groupées. C'est le combat pour la vie. Après la mort de Molière, sa veuve, La Grange et leurs camarades restés fidèles, en connurent les douloureux efforts, les jours mêlés de découragement et d'espérance. Ils vainquirent enfin par la force de vitalité que le génie du maitre avait incorporée à sa création. La maison de Molière, telle qu'elle est aujourd'hui, sa fortune présente, la gloire de deux siècles, sont le fruit de la victoire. A l'aide de ces simples pièces comptables (voir du n° XXVIII au n° XXXIV), nous essaierons de reconstituer le second âge héroïque du Théâtre-Français et d'en refaire, non pas l'Iliade, mais l'Odyssée.

(23) Voir la pièce X. Les observations que nous avons à faire sur chacun des mémoires portés à l'état général accompagnent le mémoire détaillé, quand celui-ci existe.

(24) Voir la pièce IX.

(25) Pièce VI.

(26) Pièce XL

(27) Pièce XII.

(28) Pièce XV.

(29) Pièce VIL

(30) Le mémoire n'a pas été retrouvé,

(31) Pièce XXIV.

(32) Le mémoire n'a pas été retrouvé.

(33) Pièce XXV.

(34) Pièce XXVIL

(35) Pièce XVIIL

(36) Pièce XIIL

(37) Pièce VIIL

(38) Pièce V.

(39) Pièce XXL

(40) Pièce IV.

(41) Pièce XX.

(42) Pièce XVI.

(43) Pièce XXXI.

(44) Pièce XXIX.

(45) Pièce XIV.

(46) Pièce XXXIV.

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