‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 4 sur 47 · RECETTE · texte numérisé non relu

RECETTE

Premièrement

Rcccii pour mil quatre vingt:(^ cinq Hures de plomb, à

cent quin:(e liures le millier 124' »'

Receu de Monfieur Du Cerceau ' la fomme de Quatre cens Hures par vue proinejfe jignée de la compagnie, cy 400 »

Receu cinq cens liures-^ reflans des fept mil Hures de la penfion, cy 500 0

Somme totalle de la Recette Mil vingt quatre Hures.

Premièrement

Payé fiiiitant deux qiiitances 5 des peintres que Monficiir de La Grange a en fes mains trois cens foixante dix fept Hures, cy 377' j)'-

Plus donné à Mon/'' De la Grange pour payer les frais faits par les peintres 53 ;>

Rendit à Monf de Fifé^ pour vn Voyage de chaife . . . i 10

Payé Vne journée de chaife le jeudy 25^ may pour aller

à Sceaux 9^5

Payé à Monfeur Dit Croify fuiuant fon mémoire cy

raporté 21 14

Payé à Monfieur De La Grange fuiuant fon mémoire

cy raporté, cy 7^ 15^

Payé le jeudy i<^^ juin pour vn voyage fait a Sceattx . 5 5

Payé pour trois Voyages faits che^ Monf De la Reynie pour l'affaire de Madem^'^" OifiUon 4 15

Payé le dimanche i"^^ juin pour vn voyage fait a Sceaux pour l'affaire de Mad^^^ Oifillon 6 »

Payé pour vn voyage fait che^ Monfieur De la Reynie pour l'affaire de Madem^^"" Oifillon 115

Payé pour Vn autre Voyage de chaife che^ Monf' De la Reynie pour retirer l'ordonnance concernant l'cflabliffement 2 5

Paye Vne demie Journée de chaife pour aller che::^ Monf" Le Bailly de S'-Germa'm et en plufieurs autres endroits 4' lo^

Payé à Vn charetier qui a mené La décoration pour jouer la première fois dans le lieu i 10

Payé à Monp De La Grange pour la Tarre d'Vn facq

de mil francs'^ » 15

Payé a Vn crocheîteur qui a porté L'argent de lapenfion . »' 1 5'

Payé a Monf^ Boudet^ marchand TapiJJier pour ce qu'il a fourny à la pièce du m:iladc Imaginaire fuiu' fon mémoire quittancé^ cy raporté 66 »

Payé à Mon/' Creiion'^ marchand pour ce qu'il a fourny à la pièce du malade Imaginaire fuiuant fon mémoire quittancé, cy raporté 60 »

Payé à Monfieur Du Cerceau la fomme de Quatre cois Hures que La Compagnie luy auoit empruntée fuiuant la promeffe dattée du ij" may 16 j} : cy raportée, cy. 400 »

Somme Totalle de la Defpence Mil Vingt quatre Hures quatre fol:(.

Et la Recette monte à Mil Vingt quatre Hures.

Partant le Contable demeure quitte enuers la Compagnie.

NOTES

(i) Dans le même temps que La Grange écrivait sur son registre : « M. de Brécourt eft forty de la Troupe de monsieur, pour entrer à l'hoftel de Bourgogne», c'était pendant les vacances de Pâques 1664, il ajoutait :

« Monf. Hubert, l'un des Comédiens au Marais, eft entré à fa place. »

Vingt et un ans plus tard, tandis qu'un nouveau règlement de M™^ la Dauphine effaçait du tableau de la Compagnie M"" de Brie, Dupin, d'Ennebaut et Guyot, assez mal remplacées par M"" Dancourt, Desbrosses, Du Rieux et Bertrand, au-dessous de ce « changement d'acteurs », et, distinguant les circonstances, La Grange écrivit encore sur son registre : « M''^ Poiffon et Hubert ont voulu quitter et eflre mis à la penfion. »

« M. Hubert a demandé à se retirer, dit aussi le Mercure galant. Il était l'original de plusieurs rôles qu'il représentait dans les pièces de Molière, et, comme il était entré dans le sens de ce fameux auteur, par qui il avait été instruit, il y réussissait parfaitement. Jamais acteur n'a porté si loin les rôles d'homme en femme. Celui qu'il représentait dans les Femmes savantes, M™'^ Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme et M"'= Jobin dans la Devineresse, lui ont attiré l'applaudissement de tout Paris. Il s'est fait aussi admirer dans le rôle du vicomte de VInconnu, ainsi

que ceux de médecins et de marquis ridicules. » — • « Les rôles de femmes qu'Hubert jouait furent donnés à M"^ Beauval. » (Note de M, Granval, le père.)

Les personnages qu'Hubert représenta d'original dans le répertoire de Molière sont Iphitas de la Princesse d'Élide, sans doute aussi Damis de Tartuffe aux Fctes de Versailles, où il avait déjà figuré le Siècle d'argent sur le char d'Apollon; Pierrot de Don Juan, Clitandre du Misanthrope , M™^ de Sotenville de George Dandin, maître Jacques de V Avare, Lucette, la feinte Gasconne, de Monsieur de Poiirceaugnac, Anaxarque des Amants magnifiques, Cléomène de Psyché, Argante des Fourberies de Scapin, M. Thibaudier dans la Comtesse d'Escarbagnas, et Philaminte des Femmes savantes (pourquoi pas Bélisei^).

Le rôle de M^'^Pernelle, qu'il dut jouer aussi, ne lui échut qu'en second, et après Louis Béjart. Quant à celui delà comtesse d'Escarbagnas, qu'on lui prête généralement, il appartenait dès le début (voir la distribution dans le livre du Ballet des Ballets^ à M'^^ Marotte — Marie Ragueneau, — l'Aglaure de Psyché, qui allait être bientôt la femme de La Grange, et qui ne quitta ce rôle de la comtesse qu'en 1692, au moment de sa retraite, où il fut donné à M"^ Du Rieux.

Si l'on prend garde qu'Iphitas est un père noble, Damis un amoureux jeune et pétulant, Pierrot un petit paysan ingénu, Clitandre un marquis ridicule, ou tout simplement un marquis, M™^ de Sotenville une grande caricature, maitre Jacques un premier comique, Lucette une fille d'intrigue, Anaxarque un troisième rôle, Cléomène un amoureux héroïque, Argante un cassandre, M. Thibaudier un jocrisse, Philaminte une précieuse de haut style, on reconnaîtra dans le comédien qui touchait à tant

yS ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE

d'emplois une singulière souplesse de talent et de voix, une aptitude particulière à se transformer de sa personne et de sa physionomie.

Il ne manque à cela qu'un rôle de Docteur; encore probablement Hubert jouait-il une des quatre illustres robes noires de V Amour médecin; peut-être aussi faisait-il M. Fleurant, s'il ne faisait pas M. Bonnefoi du Malade imaginaire, sur lesquels on est livré au hasard des conjectures.

En dehors du répertoire de Molière, Hubert représenta d'original Etéocle dans les Frères ennemis et Taxile dans V Alexandre de Racine; Céliante dans la Délie de de Visé; Flavian dans la Bérénice deP. Corneille; le Capitaine dans le Triomphe des Dames de Corneille le jeune, et plus tard on le retrouve un peu partout: dans Zaïde de la Chapelle, dans Hercule de l'abbé Abeille, dans Andromaque (Saint-Germain, 1682), dans Œdipe, dans les Femmes Savantes, où il a échangé Philaminte contre Bélise, Bélise contre Ariste; dans Ariane, dans Tartuffe y sera-t-il resté M""^ Pernelle ? dans les Carrosses d'Orléans, dans VAganieninon de Boyer, dans la Rapinicre de Jac. Robbe et le reste; mais nulle part plus goûté du public que dans VInconnu (rôle du vicomte) et dans la Devineresse (rôle de M""" Jobin).

Hubert eut aussi naturellement sa part dans l'administration du Théâtre. La Grange rendant compte à la Compagnie des deniers qui lui avaient été mis entre les mains, du 3 février 1675 ^^^ 8 mars 1679, a tant pour payer les loyers de l'Hoftel que cas impréuus et autrement » ajoute : a N'' que cy-deuant M. Hubert receuoit lefd' deniers. » En d'autres termes, avant le 3 février 1675, Hubert remplissait les fonctions de trésorier pour la Troupe du Palais-Royal, et, comme les fonctions de trésorier étaient

ordinairement réunies à celles de secrétaire, c'est à ce titre de secrétaire-trésorier qu'Hubert tenait le registre de la Comédie en 1673 et qu'il eut le triste honneur d'y écrire, sur la page du 24 février : « On n'a point joué, dimanche et mardy, à caufe de la mort de Monfîeur de Molière, le 17"% à dix heures du foir. »

C'est au même titre qu'il liquide l'exercice 1672-1673 et solde les dépenses faites pour la comédie du Malade imaginaire.

(2) « Lorsqu'on cessa les représentations à Pâques, nous ne l'avons pas oublié, la Troupe devait encore plus de mille livres des frais extraordinaires. »

Jusqu'aux vacances de Pâques, la Troupe, comme on l'a vu par le premier état, avait eu ses chambrées pour fournir aux retenues; mais, dans l'intervalle de la clôture du Théâtre à la réouverture, plus de chambrées d'abord; ensuite la jonction s'était fliite entre les Comédiens du Palais - Royal et ceux du Marais. Les deux troupes réunies jouaient à Guénégaud ; mais il ne parait pas qu'elles eussent entendu se rendre mutuellement solidaires à l'égard des anciennes dettes. De là, pour les acteurs du Palais- Royal, cette seconde « recette » où n'entre aucune retenue faite sur les représentations communes. Ils vendent 1,425 livres de plomb provenant de charges et contre-poids à l'usage des machines ; ils empruntent quatre cents livres et terminent le compte avec cinq cents livres, restant de la pension payée par le Roi.

Total : 1,024 li'^'res, le chiffre de la dette.

En tête de son registre, sur un feuillet de garde, La Grange a écrit :

« L'Eftat des contrepoids de plomb efl; fur le lo"^ Regillrc de la Trouppc, au feuillet 102, qui porte 24 juillet 1682, favoir :

« ?•■ Circé 1200 livres pefant.

nV'' Andromède 2200 —

a P' La Toifon d'or (a) . 1500 —

Les contre-poids de plomb étaient une valeur. De cette valeur, les comédiens du Marais étaient plus riches que ceux du Palais-

(a) A la même date du 24 juillet, dans la suite du petit registre qui reproduit sommairement le registre de la Troupe, on retrouve en effet : « Contrepois de plomb, 3,400 livres pefant, en fix contrepois et 8 charges. »

On s'attendait à 4,900 livres; ce sont les 1,500 livres pesant de la Toison d'or qui manquent naturellement ici. En juillet 1682, la Troupe de Guénégaud n'avait pas encore repris la tragi-comédie de Corneille.

La première représentation de Circé avait eu lieu le dimanche 7 mars 1675.

La reprise d'Andromède se donnait depuis cinq jours seulement (dimanche 19 juillet 1682).

La reprise de la Toison d'or n'eut lieu qu'un an plus tard, le 9 juillet 1683.

Il parait que le dimanche était un bon jour pour lancer les pièces à divertissements et à spectacle. Molière donna, le dimanche, la première représentation, à Paris, des Fâcheux, de la Princesse d'Elide, du Festin de Pierre et du Bourgeois gentilho)inne. Disons tout : il donna aussi, le dimanche, les premières représentations de l'Impromptu de Versailles, de l'Avare et des Fourberies de Scapin, sept en tout. Le mardi n'en eut que six pour sa part ; mais le vendredi était le jour de la bonne compagnie; c'était aussi et c'est encore pour les théâtres, par une sorte de contre-superstition, le jour d'heureuse influence. Molière lui confia quatorze fois la fortune de ses chefs-d'œuvre et de ses œuvres mineures; celle de l'Ecole des maris, de l'Ecole des femmes et de la Critique, du Mariage forcé, de Tartuffe, du Misanthrope, du Sicilien, à'Amphytrion, de Georges Dandin, de Pourceaugnac, de Psyché, des Femmes savantes , de la Comtesse d' Escarhagnas et du Malade imaginaire. Mais ici, comme à Tartuffe, la superstition populaire n'eut que trop raison contre lui. Le vendredi 5 août 1667, Tartuffe avait failli mourir étouffé par la cabale. Si, le vendredi, 10 février 1673, la journée du Malade imaginaire fut une victoire, le vendredi 17, c'était Molière lui-même qui se sentait mourir et passait, comédien presque en costume, de la vie à l'immortalité.

DU MALADi; IMAGLKAIRE. 8l

Royal, puisque leur théâtre avait été particulièrement un théâtre à machines. Avec ce qu'apportaient leurs nouveaux camarades, les acteurs du Pabis-Royal pouvaient se défaire de 1,425 livres de plomb à peu près inutiles; mais il ne serait pas étonnant que les acteurs du Marais leur eussent contesté le droit de les retirer de la communauté, revendiquant en ce cas les contre -poids de la vieille rue du Temple comme leur propriété particulière. Au sujet de Circé précisément, en septembre 1674, quand il s'agit de monter la pièce de Thomas Corneille, il y eut entre les nouveaux associés un dissentiment des plus vifs et qu'on ne s'explique guère, la pièce étant une grande Jcerie; car c'était le Palais-Royal qui voulait la jouer et le Marais qui reculait devant la dépense.

Parmi toutes les causes de cette querelle ardente, n'y eut-il pas, du côté du Palais-Royal, la prétention de se servir des contrepoids du Marais comme d'un bien commun, et, du côté du Marais, celle de ne pas les laisser utiliser sans qu'on les lui rachetât ?

Les contre-poids d'aujourd'hui ne sont plus en plomb. «On £tit les contre-poids en fonte et par fractions d'un poids déterminé, dit Moynet dans l'Envers du Théâtre. Chaque fraction ou « pain » est percée par le centre et fendue sur le côté, de manière à s'cmboiter dans une tige... »

(3) Quel était ce créditeur obligeant, cet utile ami des Comédiens, qui vint à leur secours pour une somme de quinze cents livres? J'avoue sans difficulté que je l'ignore; mais, pour ne pas paraitre avoir passé trop négligemment à côté de la question, je propose cette conjecture telle quelle :

Dans sa notice sur Jacques Androuet Ducerceau et sa fimiille, M, Jal parle d'un Jacques Androuet Ducerceau, descendant de

l'illustre architecte du xvi= siècle, lequel descendant mourut à Paris en 1689, et fut enterré à l'église Saint-Séverin. Le défunt avait deux fils, nommés Paul l'un et l'autre, qui signèrent l'acte d'inhumation de leur père. L'un d'eux était dessinateur du Roi. Celui-ci, né vers 1630, avait donc 43 ans en 1673. Il ne paraît pas impossible que le dessinateur du Roi se soit trouvé en relation soit avec Molière, soit avec quelque autre comédien du Palais- Royal et qu'il fût un des habitués du Théâtre.

Ce qui me gâte un peu M. Du Cerceau, c'est qu'il a prêté prudemment, sur une garantie bien en règle. Après tout, si les bons comptes font les bons amis, on ne peut pas reprocher à de bons amis de s'assurer sur de bons comptes. En définitive, comme nous verrons plus loin, la dette ne tarda pas à être acquittée.

(4) A la date du 21 mars 1673, « Reçeu l'année de la penfion, dit La Grange, 7000'. Partagé en 14 parts — en juillet 1674... 500'. »

« En juillet 1674 » a été ajouté plus tard.

Trois lignes au-dessous : « N-'' que la penfion a été partagée en 14 partz, fauoir : 12 p'' les acteurs, i part pour M. de Molière comme autheur et la 14™= pour payer les frais du Malade Imaginaire. ))

Voilà les 500 livres portées en recette par Hubert.

Outre la part d'auteur que toucha la succssion de Molière, elle toucha également sa part de comédien; autrement, le nombre des parts dévolues aux acteurs n'aurait pas été de douze, mais de onze.

Pour revenir à l'intercalation que je signalais tout à l'heure, si l'on recherche dans La Grange le mois de juillet 1674, on y trouve à la date du 6 :

« Reçeu du R03' pour la dernière année de la pcnfion du Pallais-Royal, 7000', Partagé entre les acteurs qui y étoicnt avec M. de Molière, chacun 500'. »

La date introduite après coup doit être une erreur de chiffre. Au lieu de 1674, je propose 1673. Il y a eu deux annuités payées aux Comédiens, l'une en 1673, l'autre en 1674; La Grange les aura confondues, car l'État des Recettes et Dépenses dressé par Hubert est bien évidemment de 1673, et ne peut pas porter en recette la quatorzième part de la dernière pension du Palais- Royal, qui ne fut versée que l'année suivante.

Il parait, d'après la rédaction de La Grange, que les transfuges du Palais-Royal, Baron, La Thorillière et les deux Beauval, entrèrent aussi dans le partage de 1674, ce qui était juste.

Mais on s'étonnait de l'exactitude inaccoutumée avec laquelle les 7,000 livres étaient arrivées le jour même de la clôture de 1673; ^^ pouvait voir dans cette ponctualité inquiétante un règlement de comptes définitif, au moment où le Roi congédiait ses comédiens dépossédés de leur salle : ce n'était qu'un paiement d'arriéré, un peu activé par la circonstance.

(5) Manquent les deux quittances en question et la note de La Grange pour les 53 livres qui ont servi à payer les frais faits par les peintres.

(6) Pour cet article et les onze suivants, voyages à Sceaux et à Saint-Germain, voir au n° XXXIV.

(7) La tare ici n'est pas un déchet, c'est le prix fliit du sac. La Grange, qui est allé toucher l'argent de la pension, a dû payer la tare réglementaire et la Compagnie la lui rembourse. Mais quel

sac ctait-cc donc qu'un sac de quinze sous! Une sacoche, n'est-ce p2s? Aussi ne fallait-il pas moins pour contenir une somme de 7,000 livres, et il ne fallait pas moins non plus qu'un crocheteur pour cette somme qui, en argent, représentait , comme de nos jours, le poids de 35 kilogrammes. Je demande pardon d'employer un mot si étranger au xvii^ siècle , mais c'est pour éviter l'équivoque du mot livres.

(8) Voir pièce XXIII.

(9) Voir pièce XIX.

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