‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 31 sur 47 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Le Vendredy 7 auril 1673' pour Vn difner fait à S'-

germain par M" De la Grange, Du Croify et Hubert. 5' »'

Pour le Caroffe qui les a menez, payé 12 »

Le dimanche lé^ auril. M" De la Grange et Hubert ont efté à S\germain, duquel Voyage La defpence ce monte à 1810

A Madame De La Vigne pour Vn caroffe à quatre chenaux qui a mené la Compagnie à S*-germain. ... 18 >•>

A M"" Du Croify pour Vn Voyage fait à S^-germaii),

payé 18 6

A M"" De La Grange pour Vn Voyage ^ fait à S*-ger-

main auec M' Du Croify, le jeudy 20^ auril, payé. . 14 15

Somme totalle 86' 11^

(i) En 1673, ^^ vendredi 7 avril était celui qui suivait le dimanche de Pâques, et par conséquent le jour où les théâtres recommençaient leurs représentations. Triste jour pour la Troupe de Mohère qui n'avait plus d'asile. Etait-ce la permission de se survivre dans quelque autre salle qu'elle allait encore une fois demander à Saint-Germain? Il y a bien de l'apparence; mais le rôle de solliciteur, et de solliciteur inquiet, a besoin qu'on le dissimule. La circonstance prêta peut-être le meilleur moyen de le dissimuler.

(c Le 7 et le 8 de ce mois, dit la Ga:(ette sous la rubrique de Saint-Germain, le Nonce du Pape, l'ambassadeur d'Espagne, celui d'Angleterre et tous les autres ministres étrangers, firent à Leurs Majestés les compliments de condoléance sur la mort de l'Impératrice. »

L'Impératrice Marguerite - Thérèse d'Autriche , femme de Léopold I", morte depuis le 1 1 mars, était fille de Philippe IV, par conséquent sœur de Charles II, roi d'Espagne, et de Marie- Thérèse d'Autriche, reine de France.

Si toute la Maison du Roi eut alors, d'une manière ou d'une autre, à remplir un semblable devoir envers ses maitres, la Troupe

du Roi ne manqua pas sans doute d'envoyer à la Cour trois des siens, dans un carrosse de cérémonie. C'était, sans rien demander, se rappeler au souvenir de ceux qui pouvaient tout et constater en môme temps l'existence de la Troupe du Roi.

(2) Entre le 2 1 mars, où eut lieu la clôture annuelle du Théâtre, et le 3 mai, où l'ex-Troupe du Roi, encore sans hôtel, mais ayant parole de Sourdéac et de Champeron pour Guénégaud, fit les deux engagements de Rosimond et de M"'= Du Croisy , il y a dans le registre de La Grange une lacune naturelle. Les renseignements journaliers nous manquent sur les mouvements de La Grange lui-même et de ses camarades, travaillant à reformer, avec l'ancien cadre du Palais-Royal, une nouvelle Troupe de Molière, sous le nom de sa veuve.

Faute de documents exacts, si l'on ne sait pas ce que firent jour à jour ces comédiens, fidèles à une illustre mémoire, on sait du moins ce qu'ils avaient à faire.

Éviter, avant tout, la jonction avec l'Hôtel de Bourgogne, — mais de ce côté-là le péril était déjà conjuré; malgré le premier dessein qu'il avait eu de fondre en une seule compagnie ses trois compagnies de Comédiens français, Louis XIV avait bien voulu se souvenir de Vlmproniptu de Versailles, et ne pas sacrifier l'œuvre de Molière aux ennemis que Molière avait vaincus pendant quinze ans ;

Obtenir l'autorisation de se transporter avec leur titre et leurs privilèges de Troupe du Roi dans une salle nouvelle;

Louer à Sourdéac et à Champeron la salle du premier Opéra, dont ils avaient chassé Perrin et dont Baptiste les avait chassés à son tour, c'est-à-dire qu'il leur avait fait fermer en vertu de son

monopole ; terminer promptement l'affaire de Guénégaud et enlever l'Hôtel aux Comédiens du Marais qui étaient également en pourparlers avec les propriétaires de la salle;

Détacher les meilleurs Comédiens de la Troupe de La Roque, et la désagréger en complétant celle de M"'' Molière ;

Finalement, après avoir évité de se fondre dans la Troupe de l'Hôtel de Bourgogne, obtenir la fusion de celle de La Roque dans l'ancienne Société du Palais-Royal et la suppression du Théâtre du Marais.

Pour cela, il fallait s'assurer du bon vouloir de la Cour, il fallait tenir le Ministre au courant de la situation, tant pour les engagements des Comédiens que pour le bail de la rue Mazarine.

Ce qui dut être l'objet des trois voyages à Saint-Germain, fliits :

Le premier, par La Grange et Hubert;

Le second, par Du Croisy;

Le troisième par Du Croisy et La Grange.

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