‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 32 sur 47 · POUR L · texte numérisé non relu

POUR L

iPiècc I.)

A Meffieurs de La Grange, Du Croify et à Madame De

la Vigne fuiuant vn mémoire cy raporté ' 86' ii*^

A Meffieurs Du Croif}^ et Hubert pour Vn Voyage par

eux fait à S^-germain le lundy 24"^auril- 15 lo

A Monfieur du Croify ^ pour Vne chaife pour aller chez

Monf"' de Champeron 2 5

A Madame De la Vigne pour Vn caroffe pris le mardy iG" auril pour mener Mefdemoifelles De Molière, De Brie et du Croify % chez Monf"" De Champeron. . . 3 »

A Mademoifelle Du Croify -^ pour Vn Voyage fait àSèue

chez Monl""" de Sourdéac 14' «'

A Monfieur De La Grange pour Vn Voyage fait à S'-

germain 6 »

A Monfieur Du Croify Vne chaife pour aller chez Monfieur Duchés I 5

A Monfieur De La Grange pour Vn Voyage fait à Saint-

Cloud^ auec Monf"" Du Croify, le mardy 9® may . . 615 Pour Vn Voyage fait au mefme lieu le mercredy 10* may. 415

NOTES

(i) C'est le mémoire précédent, où M"'"" Delavigne est portée pour i8 livres, ayant fourni «le carrosse à quatre chevaux qui a conduit la Compagnie à Saint-Germain » .

Le carrosse à quatre chevaux était une grande économie, puisqu'il en avait coûté 90 livres à la Compagnie, avant la représentation du Malade, pour se rendre à Saint-Germain dans cinq chaises.

^me Delavigne avait l'entreprise des voitures pour le service de la Cour. Voir dans les Nouvelles Pièces sur Molière, de M. Emile Campardon, l'état de la dépense du divertissement de Chambord et le détail si intéressant des 645' 10' qui lui sont dus à elle, ou plutôt qui sont dus à M. Delavigne. Entre le divertissement de Chambord où fut représenté M. de Pourceau gnac, et le Malade imaginaire , M™*^ Delavigne était sans doute devenue veuve; on ne voit plus ailleurs que son nom.

Sur le même état de dépense sont portés « 7 carrosses pour le retour, à raison de 20' par jour ». Le Roi payait. Delavigne fit-il meilleur marché aux Comédiens, en réglant la journée du carrosse à quatre chevaux, sur le même prix que la journée de chaise ? ou du Pradel (Voitures parisiennes) a-t-il dit judicieusement la chose : a II y a en différents endroits de grands carrosses qu'on

appelle carrosses de remise et qui peuvent être loués par jour ou par mois, selon leur beauté ou leur simplicité ? » Il y a aussi carrosses et carrosses,

(2) Le Roi était venu, la veille, à Montmartre, voir M""^ de Guise dans le célèbre monastère dont elle était l'abbesse, et il était retourné, en chassant, à Saint-Germain, par la plaine de Saint- Denis.

La Reine aussi avait rendu visite à M"^ l'abbesse de Montmartre, qui lui montra les reliques des premiers martyrs et lui offrit ensuite une magnifique collation. Charité, piété admirables, excellent appétit toujours prêt, c'étaient trois grandes parties de la bonne Marie-Thérèse.

(3) On devine bien dans quel but Du Croisy s'était fait conduire chez M. de Champeron. Les pourparlers continuaient pour l'acquisition du théâtre de la rue Mazarine. Toute la Troupe était en campagne. Elle solUci-tait par les hommes, elle sollicitait par les femmes ; mais on remarquera que les femmes ne sont pas députées à Saint-Germain. C'est auprès des deux propriétaires de Guénégaud qu'on les envoie et qu'elles semblent avoir plus de crédit. Il est vrai de dire que l'acquisition du théâtre se faisait plus ou moins secrètement pour M"*" Molière. Il était assez naturel qu'elle intervînt personnellement dans le marché. Elle se rendait chez M. de Champeron; mais, plus en garde contre la médisance, depuis qu'elle était seule maitresse d'elle-même, elle s'y rendait vêtue de deuil, avec M"" de Brie et Angélique Du Croisy dans son carrosse. C'est ainsi qu'elle voulut avoir chez elle M"" Aubry, sa sœur, et Aubry son beau-frère, afin qu'ils fussent

les témoins de sa vie et qu'ils pussent en rendre compte à une ombre jalouse.

(4) On a dit d'Angélique Du Croisy :

Elle a la taille fort mignonne, Elle a beaucoup d'efprit, elle a de l'agrément, La bouche belle et beaucoup d'enjoûment;

Mais de trop près fon papa la talonne.

Le Mazurier, qui a reproduit ce quatrain (Galerie historique des acteurs du Théâtre-Français'), et qui s'excuse ou se repent de le reproduire, termine ainsi son nieâ ciilpâ : « Par la place qu'il occupe dans une note, nos lecteurs jugeront que nous ne l'avons recueilli qu'avec une certaine répugnance. »

Répugnance est un bien gros mot. Si Le Mazurier se reproche d'avoir pris sa citation dans le pamphlet la Fameuse Comédienne, à la bonne heure : je conviens que c'est en mauvais lieu ; mais une fois tiré de là, le madrigal n'a plus que le tort de finir un peu trop à la cavalière. Quoi de plus simple! Elle est joHe, enjouée et spirituelle; mais on conseille à messieurs les muguets de chercher fortune ailleurs; car le père n'est pas d'humeur à leur laisser le champ libre. Cela fait honneur à Du Croisy.

Enfin, ce fâcheux surveillant, ce digne homme de père, ne marchait pas toujours si obstinément sur les talons de sa fille, qu'il ne lui permit d'aller à Sèvres chez le marquis de Sourdéac, sans être accompagnée. Laissons dire les faiseurs d'épigrammes; Angélique Du Croisy se gardait bien elle-même. En 1673, elle n'avait que quinze ans, et c'est encore un grand porte-respect que cette première jeunesse qui confine à l'enfance.

A quinze ans, comme à quatre-vingt-dix-huit, car elle mourut

presque centenaire, celle qui devait échanger le nom de son père contre celui de son mari Paul Poisson, fut toujours une personne respectée.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la visite qu'elle fit à Sèvres, c'est que, le 26 avril, elle n'avait pas signé son engagement avec l'ancienne Troupe du Palais-Royal; mais, à défaut d'engagement écrit, il v avait déjà parole donnée, et c'était plus qu'il n'en fallait pour que la fille se tînt déjà du même théâtre que son père.

(5) Voir dans la notice sur Ch. Varlet de La Grange (Publication du registre de La Grange fliite par la Comédie-Française) les trois lettres écrites par Duché au comédien-orateur de la Comédie-Française, les 5 et 12 janvier, 5 août 1681.

Tant que vécut Molière, on ne trouve sur le registre de La Grange, ni le nom de M. Duché, ni aucun autre nom appartenant à quelqu'un des officiers civils de la maison du Roi. Il semble que la faveur dont jouissait Molière auprès du souverain le mit en dehors de l'action des bureaux et permît à sa Troupe de ne compter avec eux que pour le paiement de la pension annuelle ou des voyages à la Cour. Le paiement, toujours bien venu, d'autant plus qu'il se faisait attendre, La Grange le constatait régulièrement, mais sans ajouter par quelles mains il était servi. Même omission durant les sept années qui séparent la mort de Molière et la jonction de 1680. C'est alors que, la seule Troupe des Comédiens français réunis à Guénégaud se trouvant officiellement rattachée à la maison du Roi et placée sous la direction des gentilshommes de la Chambre en exercice, MM. les gentilshommes de la Chambre transmettent aux Comédiens les ordres du Roi, ceux de M""' la

Dauphine ou leurs propres décisions, par l'intermédiaire des contrôleurs de l'argenterie.

En 1681, Antoine Duché était un des contrôleurs de l'argenterie; mais, avant cette époque, il devait être déjà dans les menus plaisirs; on peut donc présumer que ses relations avec les Comédiens dataient de plus haut. Entre La Grange et lui, elles étaient amicales, ce qui ne veut pas dire familières ; les positions ne le permettaient pas. Les lettres de Duché à l'orateur des Comédiens gardent la tenue du service. Elles communiquent des ordres, mais avec une civilité affectueuse et délicate. Il y a entre les deux hommes une estime qui va jusqu'à la confidence. Dans les difficultés que lui suscitent trop souvent ses camarades vis-à-vis de la Cour, la Cour vis-à-vis de ses camarades, La Grange prend l'avis de Duché, qui le lui donne discrètement et toujours conforme à la sagesse pratique, à l'esprit de conciliation qui leur sont communs.

On sent que Duché a dû être un ami de Molière; c'est encore un lien entre ces deux hommes qui sont restés fidèles à l'ancienne maison. Lorsque La Grange s'inquiète d'un projet qui se forme en dehors de lui et qui pourrait aller à rétablir l'Hôtel de Bourgogne, en faisant desservir les deux théâtres par la Compagnie, La Grange écrit tout de suite à Duché pour savoir s'il a été fait quelque démarche dans ce but auprès des supérieurs, et Duché lui répond qu'il n'a entendu parler de rien, mais que, en cas d'une surprise, il aura l'oreille aux écoutes pour y parer.

On sait s'il était bien placé pour cela.

La signature de Duché est au bas du règlement de 1685 qui est la constitution même de la nouvelle Société :

« Fait et arrefté par Monfieur le Duc de Saint- Aignan, à Ver-

failles, le i" avril 1685, et coUationné à l'original par M. Duché, In^"' con'^"'' en année. ;)

« M. Duché mourut ces jours paffés à Paris », dit le Journal du marquis de Dangeau, sous la date du 8 février 1691, Versailles; — « il étoit tréforier de l'argenterie, charge qui paulette (a) et pafle à un de fes enfms. — ■ Outre la charge de tréforier de l'argenterie, Duché étoit tréforier des galères, et fa charge étoit partagée avec M. de Malezieux qui n'en avoit aucuns appointemens. »

On connaît deux fils de Duché, Duché de Vancy et Duché de Belmont. Je ne sais si Duché de Belmont a laissé quelque autre trace qu'une lettre très-obligeante écrite de Versailles à La Grange, le 17 mai 1689, et qui indique qu'il s'occupait sous son père des affaires du Théâtre.

Duché de Vancy était le poëte Duché, l'auteur à'Absaloii, de Jonathan et de Débora, agréé par M™^ de Maintenon, pensionné par le Roi, pour continuer, à la maison de Saint-Cyr, le théâtre édifiant de Racine, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, arrivé de bonne heure à ces brillantes distinctions, et qui devait aussi mourir avant l'heure. Dans le temps où Duché écrivait sa tragédie de Débora, J.-B. Rousseau, qu'il avait invité à venir passer quelques jours auprès de lui, s'excusait par

{a) « Les officiers des Maisons royales ne paulettent point, dit le Dictionnaire de Trévoux, à Tarticle Pauletter, leurs charges vaquent par mort. »

La charge de trésorier de l'argenterie paulettait, c'est-à-dire que le titulaire payait, sur la valeur présumée ou reconnue de son office, la taxe annuelle d'un soixantième, pour pouvoir le transmettre à ses héritiers.

La Paulette tirait son nom du nom de Charles Paulet, secrétaire de la chambre du Roi sous Henri IV, qui en fut l'inventeur et le premier fermier. La célèbre M"° Paulet, la Lionne de l'Hôtel Rambouillet et de Voiture, était la fille de Charles Paulet.

une ode affectueuse et faite pour rassurer un valétudinaire inquiet. Il parlait au poëte de son œuvre commencée, de ses vers, de ses « concerts » — c'est l'expression de Rousseau — , qu'il se promettait d'aller admirer, à l'arrière-saison. En attendant, lui disait-il :

En attendant, puissent leurs charmes, Apaisant le mal qui t'aigrit.

Dissiper tes vaines alarmes Et tarir la source des larmes D'une épouse qui te chérit!

Débora ne fut pas jouée à Paris. Si elle fut jouée à Saint-Cyr et en 1706, comme on peut l'entendre d'après le Dictionnaire portatif des TJdéâtrcs, Duché était mort avant la représentation de sa tragédie, puisqu'il cessa de vivre le 14 décembre 1704, à l'âge de trente-six ans.

Rapprochons cette fin prématurée de ses inquiétudes et des chagrins d'une femme en pleurs. Duché semble appartenir à cette flimille de poètes distingués, doux de cœur et languissants, qui s'en vont jeunes, à la chute des feuilles.

J.-B. Rousseau n'eut peut-être pas lieu de tenir la promesse qu'il avait faite à son ami.

Dans l'édition des Œuvres de J.-B. Rousseau, Lefèvre, 1820, le cinquième volume contient trois lettres de suite, à l'adresse d'un seul Duché. La première est bien écrite à notre poëte, puisque Rousseau le complimente sur sa traduction de Phocylide* La seconde, datée du 25 février 1707, ne pourrait plus être adressée qu'à Duché de Belmont. La troisième, datée de 17 12, sans cordiahté et sur le ton de la cérémonie, ne va ni à l'un ni à l'autre des deux frères.

(6) La troupe de Molière avait porté, sept ans, le nom de Troupe

de Monsieur, lorsqu'en 1665 le Roi voulut qu'elle fût à lui et témoigna à son frère le désir de l'avoir. Les comédiens du Palais- Royal, prenant alors congé du duc d'Orléans, le prièrent de vouloir bien leur continuer sa protection ; il la leur promit , et , soyons juste, s'il avait toujours oublié de leur payer la pension qu'il leur avait également promise en 1658, il demeura toujours le premier protecteur, après le Roi, de la troupe de Molière.

Dans la crise où se trouvaient La Grange et ses compagnons, comment ne se seraient-ils pas autorisés des bontés de Monsieur pour solliciter de nouveaux effets de sa bienveillance ?

A la date du 9 mai 1673, le Roi rentrait en campagne contre la Hollande, et Monsieur s'apprêtait à rejoindre son frère, sans se presser toutefois, attendant des ordres et donnant des fêtes dans son château de Saint-Cloud. La plus brillante fut celle qu'il oifrit le 4 mai, cinq jours avant la visite de La Grange et de Du Croisy, à M""" de Guise, à la princesse de Monaco et à l'ambassadrice d'Angleterre. Promenade en calèches par les jardins, bal improvisé dans une salle de gazon, superbe collation galamment servie dans un pavillon au bout du parc, spectacle au château dans un salon resplendissant de lumières, orné de vases et de cuvettes d'argent remplies de fleurs à profusion. Mais Molière était mort, hélas ! Guénégaud n'était pas ouvert. Le Marais ne devait pas se rouvrir. L'Hôtel de Bourgogne triomphait. « La Compagnie, dit la Galette, fut très-agréablement divertie de la représentation de Mithridate, du sieur Racine, par la seule troupe royale. »

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