BONIFACE
Monsieur Guillaume et Monsieur Turlupin, vous serez satisfaits.
Beauchateau.
Puisque nous voici tous assemblés, ne perdons point de temps. Demearez-vous d'accord qu'ils partagent également ;i.vec nous ? Pour moi, je me conformerai à vos opinions.
Gautier.
J'en suis content. (Bas à M"^^ Gautier.) Que regardez-vous tant de là, ma femme ?
Mme Gautier, de même.
Je regarde un beau gentilhomme qui me salue en passant.
BoxiFACE, répondant à Beauchateau. Je m'y accorde aussi.
Bellerose.
Je suis de votre avis.
Beauchateau.
Et moi de môme.
M. Gau. (M'iie Gautier).
Je le veux de tout mon cœur. Or, encore que Turlupin m'ait toujours persécutée, il n'y a rien de fliit sans la qualité de Monsieur : j'en suis contente.
M. Bell. (M^ie Bellerose?) Je l'accorde de tout mon cœur.
M™e DE La Fleur.
Et moi aussi.
Bellerose.
Où trouverons-nous maintenant le Capitaine pour avoir son opinion? Ha! le voici à propos.
Le Capitaine, entrant.
Enfants ! ne craignez point.
Guillaume.
Il faut dire Messieurs, ou nous vous appellerons simplement Capitaine.
Capitaine.
Je viens de passer la colère que vous aviez émue en moi sur un lion, deux tigres et trois géants; touchez là, je suis votre ami.
Bellerose.
Ces Messieurs ont résolu d'avoir part égale aux émoluments qui proviendront de nos exercices. Y consentez-vous? Nous trouvons que cela est juste et [il] ne reste plus que votre voix.
Capitaine.
Je leur donne non-seulement ma voix, mais je leur offre mon épée.
Beauchateau.
Il ne reste donc plus que de passer le contrat de notre association.
Mais avant de signer l'acte de société, c'est-à-dire avant de terminer la première partie de la pièce, celle qui lui donne particulièrement son nom : la Comédie des Comédiens, il faut le grand couplet final, les variations sur le thème favori du moment : l'excellence du théâtre qui s'épure et qui s'exalte, à la veille du Cid, dans le pressentiment de ses gloires prochaines.
C'est le sujet d'un docte entretien auquel prennent part tous les membres de la Compagnie. M"^ Bellerose et M"" de La Fleur rapportent en riant la conversation qu'elles viennent d'avoir avec un philosophe atrabilaire, un censeur chagrin du théâtre, qui se nomme Brionte. On discute ses opinions, on les réfute en s'appuyant sur l'autorité des historiens et des morahstes de l'antiquité. Turlupin lui-même atteste Cicéron et Valère Maxime. Après quoi le théâtre change; la tragi-comédie va commencer.