Pièce n
3. On sait que, selon De La Mare (Traité de la police, v éd. [Paris, 1722 ; in -fol.], I, 301), il existait au xiii^ siècle deux cimetières juifs rue de la Harpe et rue Galande. Voir aussi Sauvai, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, I, 20. Un certain nombre d'épitaphes, retrouvées en 1849 lors de la reconstruction d'une maison de la rue Pierre Sarrazin et aujourd'hui déposées au Musée de Cluny, ont été successivement étudiées par Ph. Luzzatto, Notice sur quelques inscriptions hébraïques du XIII^ siècle, dans Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XXII (185^), p. 60 ; A. de Lougpérier, Œuvres complètes, éd. G. Schlumberger, t. VI, p. 103 ; et M. Schwab, Rapport sur les inscriptions hébraïques de la France (Paris, 1904), p. 237. Il existe en outre au département des mss. de la Bibliothèque nationale une copie faite par Baluze d'une série de pierres tombales subsistant encore au xviie siècle et aujourd'hui disparues. Ce document, signalé par M. L. Lazard dans sa thèse (non imprimée) de l'Ecole des Chartes, Essai sur les Juifs dans le domaine royal au xiii^ siècle (1885), a été examiné par M. Schvv^ab dans le même Rapport, p. 270. — Le même auteur a depuis décrit Une épitaphe juive trouvée à Paris, dans Bulletin de la Société de l histoire de Paris, 36e année (1909), p. X13, et Une nouvelle épitaphe hébraïque médiévale à Paris, dans Revue des études juives, LXIII, p. 298.
l6 DOCUMENTS SUR LES JUIFS A PARIS
A la fin de l'ancien Régime, les Israélites parisiens possédaient deux cimetières, l'un à la Villette et l'autre à Montrouge. Un précieux article des Archives israélites ' et un chapitre de l'ouvrage de Léon Kahn ^ nous renseignent sur les conditions dans lesquelles ces enclos avaient été créés. Le 3 mars 1780, Jacob Rodrigues Pereire^, agent de la nation juive portugaise à Paris, achetait, avec l'assentiment du Lieutenant général de police et après visite des lieux par le commissaire Duchesne '^, deux petits jardins situés derrière la maison des frères Bonnet, grande rue de la Villette, à l'effet d'y établir un lieu d'inhumation pour les Juifs Portugais. Cerf Berr, S3'ndic des Juifs d'Alsace, acquérait de son côté le 22 avril
I. II (1841), p. 602-606 : Des cimetières israélisies de Paris [signé : R.]. Il utilise en effet des documents consultés aux Archives de la Préfecture de police et incendiés depuis.
2 Cimetières, p. 98 sqq.
3. Cf. E. La Rochelle, Jacob Rodrigues Pereire, premier instituteur des sGurds-miiets en France, sa vie et ses travaux, p. 452.
4. Y. 15288. Le 16 février, le Lieutenant de police envoyait au commissaire Duchesne un mémoire de Pereire relatif au cimetière et lui demandait « d'examiner le local pour savoir si la situation n'exciteroit pas des plaintes et des réclamations de la part des domiciliés les plus voisins » et de lui donner son avis en lui renvoyant ce mémoire. La visite eut lieu le 25 février à 8 heures du matin. Voici un extrait du rapport : « Nous avons observé 1° que la maison desdits sieurs Bonnet a son entrée par la grande rue dudit lieu par une porte charretière d'environ huit pieds de large et qu'elle est élevée d'un rez de chaussée, d'un premier étage et de greniers au dessus couverts de thuilles, 2° que la cour de laditte maison a cinq toises de largeur et huit toises ou environ de longueur... 3° qu'au fond de laditte cour il y a une grange couverte en paille dans laquelle l'on passe pour aller au jardin dépendant de laditte maison ; 4" que ledit jardin... a vingt huit toises ou environ de longueur... 5° que le mur de closture du coté du septentrion depuis la grange jusqu'au pignon de l'écurie du sieur Matar est bon et élevé d'environ trente pieds, que depuis ce pignon il y a une continuation de mur d'environ dix toises de longueur et de cinq à six pieds de hauteur jusqu'au mur qui fait coude, le mur en retours jusqu'à celuy qui fait closture du coté de l'orient et des champs a huit toises de longueur, ces derniers
AU XVUr SIECLE I7
1785 pour les Allemands ' un terrain au Petit Vanves sur la route de Châtillon à Montrouge. Ces deux cimetières existent encore, 44, rue de Flandre et 94, Grande Rue à Montrouge ; on en trouvera les plans et les vues dans l'ouvrage de Léon Kahn ^, avec la liste des tombes subsistantes ; et une photopraphie du cimetière de la Villette en son état actuel figure dans les Dix promenades dans Paris, de A. Mousset et G. Mazeran'.
Après 1780, c'est l'un ou l'autre de ces enclos que désignent les procès-verbaux de décès, en spécifiant que l'inhumation se fera « dans le cimetière des Juifs » ^. C'est d'ailleurs dans cette région du Nord-Est parisien que dès le début du xviii= siècle, ou peut-être la fin du xv!!"" >', étaient ensevelis les Israélites qui pouvaient mourir à Paris. L'inhumation ordonnée par un
murs sont défectueux et tombés en partie de sorte qu'on peut passer facilement dans le jardin du sieur Matar qui sert depuis longtemps de cimetière commun à tous les Juifs. La grange et le jardin que le S. Pereire est dans l'intention d'acquérir paroissent suffisants pour remplir ses vues au moyen de ce que les vendeurs s'obligeront par le contrat de vente de donner la liberté de la porte charretière de laditte maison et de la cour. Mais il sera nécessaire de rétablir et mettre en bon état les murs qui sont actuellement défectueux. Lesdits vendeurs et lesdits sieurs Matar et Laurent, propriétaires des maisons voisines, nous ont déclaré qu'ils ne s'opposoient point à l'établissement dudit cimetière et même ledit sieur Matar au rétablissement des murs défectueux qui séparent son jardin d'avec celui dont s'agit... »
1. On sait que les Juifs originaires de Lorraine, d'Alsace, d'Allemagne (ou Askeiiaiim) se distinguent par leur prononciation de l'hébreu et quelques particularités liturgiques des Juifs Espagnols et Portugais (Scfarâiiii).
2. D'après les plans figurés conservés dans les archives du Consistoire Israélite.